• 1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

     

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    Quand on pense à la Révolution et la période noire qui s’ensuivit, on pense de suite à la Terreur, à la guillotine … .

    On ne pense pas nécessairement, (de prime abord en tout cas), à la guerre contre les Autrichiens et les Prussiens qui débuta en 1792 et du coup on ne pense pas à ce que purent endurer les populations du Nord face aux troupes ennemies qui avancèrent lentement mais sûrement jusqu’aux portes de Lille.

    J’avoue ne pas très bien connaître cette période. Je découvre donc en même temps que vous …

    Le 20 avril 1792, à Paris, sur une proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclare officiellement la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait l'archiduc d'Autriche François II de Habsbourg.

    La machine est lancée, l’ennemi, escorté de mercenaires et autre « brigands » va entamer sa traversée de la Flandre avec pour objectif Lille. La chute de la capitale des Flandres françaises aura en effet un effet psychologique considérable sur la nouvelle République et l’affaiblira.

    Leur avancée s’accompagne bien sûr de tout ce que l’on peut imaginer en terme de violences de campagne : massacres, viol, pillage, demande de contributions en nourriture, fourrage et monnaies trébuchantes …

    Je n’ai pas le détail de l’avancée des armées ennemies jour après jour mais

    Fin août, « un gros détachement d’impériaux d’environ 100 hommes armés de toutes pièces, se sont portés avec une fureur barbare sur les pauvres chaumières des habitans de Warneton-France et surtout de Deûlémont ; … ils ont pillé, dévasté, maltraité tout ce qui s’est présenté sans défense au-devant de leur brutalité et que secondés par des scélérats de Warneton –esclave ils ont chargé sur des chariots les effets, les outils, le linge et même les meubles de plusieurs indigens »

    Le 4 septembre Lannoy et Roubaix sont occupés : « une horde de misérables Autrichiens au nombre de 4 à 5000 dit-on, l’exécration humaine, mourant de faim et dépourvus de vêtemens, s’est portée sur Roubaix avec du canon, a tiré sur ce bourg comme s’il eut été fortifié, et l’a traité comme une ville prise d’assaut. Sans doute que son but étoit d’en faire fuir tous les habitans pour le piller avec plus de tranquillité et de sûreté ; dans ce cas les scélérats ont réussi en partie parce que ni le détachement peu nombreux qui y étoit cantonné ni la garde nationale ne pouvoient s’opposer au torrent de ces brigands avides de butin, ni résister à des volées de coups de canon chargé de mitraille, sans y trouver une mort certaine. […] sortant de Roubaix on dit qu’ils se sont portés sur Lannoy où ils ont commis les mêmes atrocités ». « on évalue les vols, les pillages et les dommages causés au bourg de Roubaix au moins à 600 000 livres ».

    Le 11 septembre les Autrichiens entrent dans Saint Amand Le 17 septembre ils sont aux portes de Pont à Râche

    Le 23 septembre, 1 300 impériaux commandés par Albert de Saxe-Teschen, gouverneur des Pays Bas autrichiens, mettent le siège devant Lille défendue par le général Ruault (à la fin du siège on recensera 32 000 soldats ennemis face à la ville).

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    Albert Van Sachsen Teschen

    L’avancée se poursuit : le 25 septembre, les Autrichiens entrent dans Seclin et Haubourdin

    Le 24 septembre les hulans (lanciers allemands) sont à Noyelles et à Emmerin

    Le 26 septembre ils se logent dans le faubourg de Fives Le 28 septembre, ils évacuent Orchies et Saint Amand

    Pendant ce temps, « les intrépides et braves habitans de Santes, de Loos, d’Emmerin se sont levés, les uns avec des fusils, les autres avec des instruments de labourage et ont donné la chasse aux brigands ».

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    Le siège de Lille - Nicolas François Joseph Masquelier

    Le 29 septembre 1792, le duc de Saxe-Teschen envoie une sommation à la place de Lille indiquant qu'il est disposé à épargner la ville contre reddition.

    Le major d'Hasper, porteur de la sommation, se présenta devant la porte Saint-Maurice accompagné d'un trompette et d'un porteur d'un drapeau blanc et il se soumit à l'obligation d'avoir les yeux bandés en pénétrant dans la ville :

    « Monsieur le Commandant,

    L’armée de Sa Majesté l’Empereur et Roi, que j’ai l’honneur de commander, est à vos portes ; les batteries sont dressées ; l’humanité m’engage, Monsieur, de vous sommer vous et votre garnison de me rendre la ville et la citadelle de Lille, pour prévenir l’effusion du sang. Si vous vous y refusez, Monsieur, vous me forcerez, malgré moi, de bombarder une ville riche et peuplée que j’aurois désiré ménager. Je demande incessamment une réponse catégorique.

    Fait au camp devant Lille, le 29 septembre 1792.

    Albert »

     

    Réponse de Ruault :

    « La garnison que j’ai l’honneur de commander, et moi, sommes résolus de nous ensevelir sous les ruines de cette place, plutôt que de la rendre à nos ennemis ; et ses citoyens, fidèles comme nous, à leur serment de vivre libres ou de mourir, partagent nos sentimens et nous seconderont de tous leurs efforts.

    Le maréchal de camp commandant à Lille, Ruault »

     

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    Le siège de Lille - Watteau

     

    Une proclamation est affichée à trois heures de l’après-midi le samedi 30 septembre 1792, suite à la sommation faite par l’ennemi aux corps administratifs de livrer la ville aux Autrichiens.

    « De Lille, le 30 septembre 1792, PROCLAMATION du Conseil de guerre, tenu à Lille le 29 septembre 1792 à midi et l’an 1er de la République françoise.

    Citoyens, nos ennemis désespérant de s’emparer de cette place par les règles de l’art, vous menacent, pour parvenir au même but, de la bombarder : Citoyens, soyez calmes, souvenez-vous de vos sermens, soyez assurés que la République vous indemnisera de vos pertes, et nos ennemis éprouveront que c’est sans succès que l’on attaque un peuple libre.

    Par ordre du conseil de guerre,

    Signé Poissonnier, secrétaire-greffier ». 

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    Le siège de Lille - Gaston Melingue

     

    Une seconde proclamation est affichée le lendemain, 1er octobre 1792, après une journée de bombardement.

    « Vous le voyez ! Un ennemi ne veut pas vous vous gouverner, il veut vous exterminer : courage ! redoublez de zèle contre les incendies : envoyez dans les campagnes libres vos tendres épouses, vos chers enfans, défendez vos habitations des flammes ; soyez assurés, soyez absolument certains que la république, riche de ses vastes domaines et des propriétés des infâmes émigrés, fera rebâtir vos maisons, vous indemnisera de toutes vos pertes ! Le conseil de guerre en prend derechef l’engagement au nom de la nation entière, libre enfin de ses tyrans. Par ordre du conseil de guerre. Signé : Poissonnier, secrétaire greffier. »

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    Le 30 septembre donc les bombardements commencent à 3 heures et quart de l’après-midi; les casernes de Fives, Saint Etienne et Saint Sauveur sont incendiés.

    Plus précisément, durant la première journée « l’église de Saint Etienne, quelques petites maisons qui l’entouroient, deux dans la rue Esquermoise, l’extrémité de la rue de Fives, toutes les rues du Croquet, de Pois, du Curé St Sauveur, les Moulins de Garence et quelques autres maisons éparses dans différents quartiers ont été incendiées ».

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    Ruault a pour se défendre quatre mille hommes plus six mille gardes nationaux et 132 canonniers. Il doit attendre le renfort des armées républicaines.

    Le maire de Lille, le 30 septembre, lance un appel désespéré aux villes voisines : "Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes, nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes... ".

     

    Le bombardement durera 185 heures quasi ininterrompues au cours desquelles 30 000 boulets rouges et 6 000 bombes tombèrent sur Lille. Pour rendre plus meurtrières ces « machines infernales », les Autrichiens y mirent «des clous et autres mitrailles mêlés dans la poudre ».

    « Quelques citoyens ont eu la bien louable audace d’empêcher l’éclat de plusieurs en arrachant la mèche avant qu’elle ait eu atteint l’ingrédient inflammable, auquel rien ne résiste. »

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    Le siège de Lille - Watteau

    A noter que ces fameux «boulets rouges» sont restés dans le langage courant puisqu'on dit toujours: «Tirer à boulets rouges»!

    Que pensent les historiens de ces 30 000 boulets rouges ? En fait il s'agissait de boulets de 4 ou de 12 qu'on avait portés à la température du rouge cerise et ceci posait naturellement un problème de chargement du canon. Avec des projectiles habituels les canonniers devaient d'abord introduire au fond du tube la charge propulsive fréquemment constituée par des gargousses en papier; on enfournait ensuite le boulet en usant habituellement d'un refouloir pour que le projectile vienne au contact de la charge. Il est évident que l'introduction d'un boulet porté au rouge dans un tube où se trouvait déjà la charge eut provoqué aussitôt une explosion et il fallait donc interposer de part et d'autre du boulet une couche isolante; pour ce faire on utilisait deux tampons de foin mouillé ou même deux mottes de gazon. Le boulet était au préalable chauffé sur des grils placés à une certaine distance du canon et on le transportait avec des pinces. L'ensemble de l'opération était donc très long et, de plus, il fallait fréquemment refroidir le tube, ce qui augmentait encore les délais. Bref, il était impossible d'atteindre la cadence habituelle du tir avec des projectiles normaux, c'est-à-dire 10 à 12 coups à l'heure. Avec les boulets rouges, on devait pouvoir débiter un coup par quart d'heure, aussi faut-il penser que sur les 30 000 boulets tirés pendant le bombardement, le tiers tout au plus fut tiré pour provoquer des incendies.

    A noter que ce mode de tir n'était pas exempt de danger. Napoléon écrira "« Le service du tir à boulets rouges est par lui-même dangereux, pénible et difficile ; les canonniers y répugnent tellement, que, pour peu qu’il y ait encore d’autres dangers, ils y renoncent, et ne tirent qu’à boulets froids. »

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    À bout de munitions et sous la pression des armées révolutionnaires, accourues d'Aire, de Béthune, Saint-Omer et Dunkerque, les Autrichiens finissent par lever le siège le 6 octobre non sans avoir mis la place à feu et à sang.

     

    Verdict de ces quelques jours de bombardement : 500 maisons sont détruites, plus de deux mille maisons sont touchées (les historiens pensent toutefois que ces chiffres ont été grossis) ; le quartier St Sauveur n’est plus qu’un amas de ruines. La rue Royale et ses environs, habités par « l'aristocratie," ont été épargnés par l'ennemi. «Parmi les édifices, l'église Saint-Etienne, alors sur la Grande Place, avait été incendiée, en même temps qu'une douzaine de maisons qui l'entouraient. L'église Saint-Sauveur avait perdu sa flèche ; la tourelle de la Bourse et le clocher de l'église des Jésuites (Saint-Etienne actuelle), étaient gravement endommagés. Les rues de Fives, de Poids, du Croquet, St Sauveur n’étaient qu’un monceau de ruines ».

    On profita des destructions pour élargir et aligner la rue Saint -Sauveur. L'église Saint-Etienne resta en ruines pendant des années; de là le nom de la rue des Débris-Saint-Etienne. L'église fut déplacée dans le collège des Jésuite, rue de l'hôpital militaire à quelques mètres de là.

     

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    Incendie de l'église St Etienne

     

    Quid des pertes humaines ? Aux dires d'un curé dont les paroissiens se trouvaient dans la zone la plus touchée, 150 personnes auraient été inhumées; mais un autre texte révèle qu'il y eut seulement une quarantaine de morts dans la population civile et parmi eux se trouvait un bébé de six mois. On ignore d'autre part le nombre des militaires tués.

     

    Le 8 octobre 1792, la Convention nationale décréta à cette occasion que « Lille et les Lillois ont bien mérité de la patrie ». Le vote de la Convention fit l’objet d’un poème révélateur de l’emphase d’alors :

    « Honneur à vous, Lillois. Françaises Thermopyles

    Vos murs, tout de granit, ont protégé nos villes

    Que la ligue des Rois menaçait en courroux.

    Ici l'ère nouvelle a reçu son baptême;

    Vous étiez sous le feu dans cet instant suprême,

    Républicains, Honneur à vous! »

     

    La colonne de la Déesse, sur la Grande place, commémore cette victoire de la ville sur ses assiégeants. Elle sera érigée en 1845.

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

     

    1792 - le siège de Lille - dommages de guerre

    Projet de Watteau

    Les Autrichiens ont battu en retraite mais continuèrent à rôder dans les villages alentours, portant des sommations aux municipalités pour les faire contribuer et en profitèrent pour dévaliser pour leur compte les passants sur les routes et prennent des à comptes dans les villages.

    « Les habitans de celui de Phalempin réunis à ceux de Gondecourt, Attiches, Garnin et autres, se sont armés pour repousser ces brigands, ce qu’ils ont fait avec succès. Mais le lendemain (5 octobre), ces monstres sont revenus en force, ils ont pillé Phalempin et brûlé 23 à 24 maisons et assassinés un grand nombre d’habitans ».

     

    Aide financière

    Dès le 12 octobre, pour venir en aide aux dentellières, nombreuses à Lille, la Municipalité leur fournit gratuitement un carreau, des fuseaux et du fil. On achète aussi cent pièces de toile pour faire des chemises et cinquante autres pièces pour des paillasses, ainsi que des bois de lits, pour les pauvres.

    Le Bureau de Charité générale a fait faire une distribution de secours par les ministres paroissiaux de Saint-Sauveur (1 000 livres), de Saint-Maurice (800 livres) de Sainte-Catherine (300) et de la paroisse Saint- Pierre (300).

    La glorieuse défense de Lille avait enthousiasmé toute la France : de nombreux dons affluèrent.

    Ainsi les citoyens de Rouen envoyèrent 2 270 livres, la société patriotique de St Quentin 1 706 livres, la commune d’Hondschoote 1 146 livres, la société des amis de la liberté et de l’égalité de Nancy 1 500 livres, les citoyens et la société patriotique de Lorient 3 085 livres …

    A ces dons volontaires, la Convention ajouta une somme de 2 969 044 livres, ce qui forme un total de 3 390 734 livres 15 sols, lequel suffit à dédommager complètement les sinistrés.

     

    Comment les indemnités furent elles réglées ?

    L'Etat, ayant pris la responsabilité des ruines, c'est à lui, qu'allèrent les réclamations. Il était représenté à Lille, par l'administration du District. Les demandes lui étaient envoyées sous forme de mémoires établis sur « papier ordinaire ». Chaque mémoire était signé de l'intéressé, et certifié par deux témoins qui étaient généralement des voisins. Préalablement, le sinistré prêtait serment :

    « Aujourd'hui le ......,.....,.le soussigné ......a prêté devant vous, officiers municipaux de Lille, le serment de n'augmenter en aucune manière le montant des pertes qu'il a essuyées par l'effet du bombardement de cette ville, et que l'état qu'il en donnera, sera sincère et véritable ».

    Le District adressait ensuite à la Municipalité chaque mémoire, en l'accompagnant d'une lettre-circulaire ainsi conçue :

    « Lille le ............ Citoyens, Nous vous adressons une requête présentée par le citoyen ...... Vous voudrez bien nous renvoyer cette requête le plus tôt possible avec les observations que vous croirez devoir faire sur la demande qu'elle a pour objet.

    Les administrateurs composant le Directoire du district de Lille,

    Signé : xxx, secrétaire ».

    Une commission extra-municipale dite «de liquidation des indemnités» donnait son avis sur chaque demande. Les demandes étaient instruites rapidement et l’indemnisation décidée tout aussi rapidement.

     

    Toutefois cela pouvait prendre plus de temps dans certains cas et là, l'intéressé s'adressait aux commissaires de la Convention, en mission à Lille, avec pleins pouvoirs.  Exemple du citoyen Chailly :

    « Aux citoyens représentants de la nation, députés de la Convention dans le département du Nord Citoyens, Chailly, marchand horloger, établi sur la Grande Place à Lille, implore votre justice pour obtenir les dédommagements et indemnités des pertes qu’il a éprouvées lors du bombardement de cette ville.

    Sa femme, se trouvant au fond de sa maison, a eu le malheur d'avoir une jambe emportée par un boulet de canon, et elle est morte après une maladie cruelle qui a duré plus de trois mois.

    La maison de Chailly a également souffert du siège; percée dans plus de dix endroits, il a été obligé de l'abandonner, les réparations qu'il a fait faire sont considérables ; l'état en a été remis à la Municipalité.

    Chailly lui a également remis celui de la maladie de sa malheureuse épouse, mais il n'a obtenu encore qu'un acompte sur les frais qu'elle lui a occasionnés.

    Dans ces circonstances, il vous prie, citoyens représentants, d'engager la Municipalité à lui accorder promptement les indemnités auxquelles il a droit. Sa fortune est plus que médiocre, et il ne sera jamais pleinement dédommagé des pertes qu'il a éprouvées ; celle de sa femme surtout, en est une inappréciable pour lui et pour ses enfants, dont deux sont encore en bas âge.

    Lille, le 12 avril 1793, l'an II de la République ».

    Une note, en marge de la supplique, indique que le citoyen Chailly obtint, le 29 avril 1793, une somme de 2.335 livres, y compris l'acompte de 1.000 livres qu'il avait reçu en janvier précédent.

     

    Satisfaite des procédés de la nation, la commune voulut en conserver le souvenir. Elle donna le nom de «rue des Indemnités» à la rue des Bonnes-Filles, c'est-à dire à la partie de la rue Royale actuelle, qui s'étend de la rue Esquermoise à la rue d'Angleterre.

     

    Exemple de mémoires :

    Mémoire de Sabine Deswamme, dentelière chez le citoyen Alexandre Deswamme, son frère, rue du Croquez, paroisse Saint-Sauveur,

    Mémoire N° 1446 elle déclare avoir tout perdu par l'effet du bombardement de cette ville de Lille. Savoir :

    Une paillasse de toile 6 livres

    Un carreau et fuseaux à faire dentelle 4 livres

    Six aunes de dentelle 1,2 livres

    Une coiffure à dentelle 12 livres

    Une chemise demi-neuve 3 livres

    Trois bonniques ou bonniquets 3 livres

    Un coffre de bois blanc 3 livres

    Quatre mouchoirs de poche 2 livres 10 sols

    Total 45 livres 10 sols

    (Certifié par deux témoins qui, ne sachant pas écrire, ont tracé des croix).

     

    Mémoire de Aimable- Joseph Delannoy, ouvrier de sayetteur, demeurant dans la rue de Malpart,

    Mémoire N° 399 : brûlés dans la maison de Jean-Baptiste Becquart, maître sayetteur dans la rue du Croquez Savoir :

    Une navette 5 livres

    Nafteaux (?) 0 livre 2 sols 6d

    Ciseaux 0 livre 6 s.

    Raucher ( ?) 0 livre 2 s. 6d

    Une lampe 0 livre 7 d.

    Un coussin 3 livres

    Total 8 .liv.res 17 s. 12 d.

    (Lacroix, qui sert de signature à Delannoy, est certifiée par deux témoins).

     

    Mémoire de Charles-Louis-Joseph Delerue, mécanicien, demeurant en cette ville, rue Saint-Sauveur, cour Lottin, section première,

    Mémoire N° 1.050 : bombardement qui a tout fracassé ce qui suit, savoir :

    Pour une garde-robe en bois de chêne 6 livres

    Pour un mécanisme à retordre le coton 60 livres

    Pour deux armoires 15 livres

    Pour un tonneau à la farine y contenant encore deux avots de farine, de plus un met à pétrir le pain 15 livres

    Un cabinet d'autel et quantité de cadres 10 livres

    Quatre chaises tournées et un tabouret 5 livres

    Une pendule et une table 4 livres

    Pour poteries, faïences et huit pots à cornichons 15 livres

    Pour trois chaises, de fenêtres à moi appartenant 4 livres

    Total 134 livres

    (La signature de Delerue, qui est une simple croix, est certifiée par un voisin, nommé André Rogez).

     

    Exemple de quelques-unes des sommes qui furent allouées aux sinistrés :

    Les religieuses de La Madeleine 1.300 livres

    L'Hôpital de la Charité 1.275 livres

    L'Hôpital Comtesse 3 734 livres

    L'Église Saint-Sauveur 31 376 livres

    Cuisine des pauvres malades de Saint-Sauveur 5 053 livres

    Pour le moulin de la porte de Fives 1 650 livres

    La réparation des lanternes servant à l'éclairage public, coûta 787 livres 13 sols.

     

    Un certain nombre de lillois refusèrent les indemnités auxquelles ils avaient droit et en firent don à la République. L'historien Dérode cite l'apothicaire Carette, qui avait vu son officine de la rue des Chats-Bossus détruite par des boulets rouges. C'était une perte de 2.000 livres. Carette n'était pas riche mais il refusa toute indemnité, et demanda en échange, à la municipalité, le don de deux boulets autrichiens qu'il fit enchâsser dans la façade de sa maison.

    Le paiement des indemnités se faisait à la Maison commune, dans le bureau dit des Patentes.

    Au mois d’aout 1793 tout était liquidé.

     

    Sources

    Les dommages de guerre à Lille en 1792 de Edmond Leleu Revue du Nord Année 1925

    http://nordnum.univ-lille3.fr/ark:/naan/a011455718610RtsIih/75b9bc20c0

    Le siège de Lille en 1792 Pierre Rocolle


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