• Ma grand tante Renée avait 8 ans quand la guerre 40 a éclaté. Elle vivait à Houdain dans le Nord. Elle m’a raconté quelques anecdotes de cette époque. Elle se souvient que son père qui n’aimait pas Pétain avait été rendre à l’école les timbres à son effigie qu’elle devait vendre. Autre souvenir : celui d’un allemand qui s’est arrêté devant chez elle lors d’un défilé de l’armée allemande pour demander de l’eau pour son cheval.

    G comme GUERRE

    Il y avait des bombardements et son père avait installé des matelas dans la cave et étayé l’endroit avec du bois de mine et des madriers. La cave a finalement surtout servi pour les réfugiés. Une fois un couple de réfugiés est resté une nuit. La mère de Renée leur a fait une saurée (hareng saur) et ma grand tante m’a dit qu’ils avaient tellement faim que le monsieur mangeait les yeux !

    Un jour un parachutiste est tombé tout près du village et a donné son parachute : beaucoup de femmes se firent de jolis chemisiers avec. Un autre parachutiste, un Canadien, est tombé plus tard mais lui n’a pas eu de chance ; il est mort. Une messe a été dite pour lui devant ses parents après la guerre.

    A deux km de Houdain, les allemand construisaient des V1 et une fois sa mère et elle n’ont rien trouvé de mieux que d’aller chercher des mûres dans le coin : les Allemands les ont pourchassées et ont vidé leur sac !

    A la fin de la guerre, les sirènes ont sonné. Ma grand tante avait mis une jupe plissée et un chemisier blanc ainsi qu’une cravate et elle est partie défiler. Les Américains étaient là avec leurs tanks et leurs jeeps et leur lançaient des chewing gums, des chocolats et des cigarettes et les embrassaient de joie !

     

    Ma belle mère Josette vivait quant à elle à Liverdun près de Nancy quand la guerre a éclaté. Elle avait 4 ans en 1939. Elle est partie avec sa mère et son petit manteau blanc genre astrakan pour prendre le train de Toul et rejoindre la caserne où son père avait été mobilisé. Elle ne le reverra qu’à son retour de Nuremberg en 1945. Il a été fait prisonnier et est resté tout ce temps en Allemagne. La maman de ma belle-mère lui confectionnait des colis rempli de pain d’épice fait maison et des conserves de lapin sauce chasseur qu’elle faisait elle-même. Elle lui envoyait aussi du vin qu’elle achetait avec ses tickets de rationnement et du savon de ménage qu’elle fabriquait pour qu’il puisse laver son linge.

    Pendant la guerre la maman de Josette travaillait chez Lerebourg (confiturier important à l’époque) et elle se portait volontaire pour le poste appelé « au sucre ». Il fallait déverser des seaux en bois plein de sucre semoule dans de gros chaudron en cuivre dans lesquels cuisaient les fruits ; c’était très physique mais il y avait un avantage : elle s’était confectionné un tablier en toile bleue avec une grande poche devant dans laquelle elle y mettait du sucre en cachette ce qui lui permettait de confectionner des gâteaux pour les enfants …

    G comme GUERRE

     


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  • En farfouillant dans les archives municipales de Toulouse, j'ai trouvé des informations très intéressantes sur la répression pénale qui existait sous l'ancien régime et plus exactement au XVIIIème siècle. Cela fera certainement l'objet d'autres articles de ce challenge mais pour la lettre F j'ai donc tout de suite pensé à la peine de flétrissure.

    F comme FLETRISSURE

    Dans un chapitre consacré aux peines corporelles, le Traité de la justice criminelle en France, publié par Daniel Jousse en 1771, consacre un paragraphe à la description de la flétrissure, ou marque au moyen d’un fer chaud :

     « Cette peine est presque toujours jointe à celle du fouet, ou à celle des galères, & ne se prononce presque jamais seule. Elle a été introduite, afin qu'on puisse reconnoître à cette marque ceux qui ont subi l'un ou l'autre de ces supplices, & qu'on les punisse plus sévèrement, en cas de récidive. Ceux qui sont flétris pour vol doivent être marqués sur l'épaule avec un fer chaud, de la lettre V ; et ceux qui sont condamnés aux galères, sont marqués des lettres GAL [...].

    Autrefois on marquoit les voleurs, qui étoient condamnés au fouet, d'une fleur de lis, qui est la marque du Souverain ; comme à Rome, dans l'état Ecclésiastique, on les marque de deux clefs en sautoir, qui sont les armes de la Papauté. Mais cette marque a été changée en celle d'un V, par la Déclaration du 4 Mars 1724 [...] ».

     La marque devait signaler à tous l'ignominie de son porteur. Au XVIIIe siècle, elle est depuis longtemps apposée exclusivement sur l'épaule droite du condamné, et ne peut être ainsi reconnaissable que lorsque l'on ôte le haut du vêtement.

     Ce sera par exemple le cas de Jean-Louis Siguier, engagé dans les troupes comme chirurgien au régiment Royal, d'où il est finalement chassé lorsque l'on reconnaît sur son épaule les lettres infamantes GAL

      

    Apposition de la marque 

    A Toulouse comme ailleurs dans le royaume, on marquera certains condamnés d'une fleur de lys sur l’épaule jusqu'à l'ordonnance royale de mars 1724 qui réformera cette pratique pour lui préférer un jeu de plusieurs lettres :

    - V pour les voleurs (hommes et femmes),

    - W (ou VV) pour les récidivistes (hommes et femmes),

    - GAL pour ceux condamnés à servir le roi aux galères (hommes).

     Cette marque n'est toutefois qu'un des aspects d'une peine en général plus complexe, où l'accusé marqué du V (ou W) sera généralement fouetté, puis exposé au carcan ou banni. Pour les femmes, ce sera majoritairement l’enfermement au quartier de force (à hôpital Saint-Joseph de la Grave à Toulouse). Quant aux hommes condamnés à recevoir les lettres GAL, ils sont aussi souvent fouettés, et leur peine principale sera ensuite d’aller « servir le roi » aux galères, à temps ou à vie de Toulon, Rochefort ou Brest.

     La manière de faire devait varier selon l’exécuteur mais il n’est pas certain que l’application du fer fut rapide pour éviter trop de douleur ainsi qu’en atteste le chroniqueur Barthès qui note en 1749 que « l’exécuteur de la justice qui opéra d'une manière si violente que le fer étincelant, comme il était alors, fut enfoncé jusqu'à l'os de l'épaule ».

     

    Emplacement de la marque

    L'emplacement de la marque à porter sur le corps est précis et immuable : l'épaule droite, au niveau de l'omoplate

     En 1754, l'instruction d'une procédure criminelle à Toulouse va permettre d'en savoir un peu plus sur l’apposition de cette marque : Mathieu Bouyrou, alors exécuteur de Toulouse, est soupçonné d'avoir flétri un condamné non pas sur l'épaule, mais « au bas de[s] reins, ce qui est une contrevention à l'arrêt et aux ordonnances royaux et une prévarication manifeste » ; on le suspecte encore d'avoir marqué « légèrement » une femme récemment condamnée.

    Finalement, l’exécuteur sera mis hors-de-cour et pourra continuer de vaquer à son office jusqu’à son renvoi en 1757 pour cause… « d’yvrognerie ».

     

    Vérifications

    Ce n'est que dans la seconde moitié du siècle XVIII que l'on a la certitude que la plupart des individus arrêtés pour vol ou même vagabondage sont soumis à un examen corporel.

    Cette visite n'est pas conduite à la légère puisqu'elle demande l'intervention de deux experts : généralement un médecin et un chirurgien. Ceux-ci prêtent serment avant toute expertise puis remettent aux juges leur relation, rapport manuscrit décrivant : l'état des épaules, la présence de cicatrices suspectes, et surtout s'il y a signe évident d’une trace quelconque pouvant  indiquer l'application d'un fer par ordre de justice.

    La tâche n’est toutefois pas aisée du fait des nombreux stigmates qui ornent les épaules des hommes et femmes de cette époque. Entre traces de ventouses, cicatrices attribuées à des plaies causées par arme blanche, empreintes anciennes d’ulcères, scarifications imputables à la petite vérole, les experts restent prudents.

     

    Faire disparaître sa marque

    La technique la plus originale semble être celle employée par le fils du bourreau de Carcassonne, fustigé et marqué à Toulouse en 1744, « lequel après avoir été marqué du fer ordinaire se fit apporter un harang noir qu'il appliqua sur la brûllure pour en effacer la marque comme il disoit ».

    Selon les experts, les techniques les plus employées sont l'application d'emplâtres corrosifs ou de vésicatoires.

     

    Peine non infâmante

    Il existe des cas de flétrissure non infâmante toutefois.

    C’est ce qui est arrivé à deux vagabonds, convaincus d'être récidivistes (ils avaient déjà été arrêtés pour vagabondage), et ainsi de ne pas s'être conformés aux ordonnances royaux, tout comme à la récente ordonnance de police des capitouls publiée le 20 juillet 1754.

    La sentence précise qu'ils seront condamnés au renfermement « pendant l'espace de trois mois, et qu'avant leur élargissement ils seront marqués par un des gadouards (ramasseurs de boue, ordures, gadoues) de la présente ville, au bras, dans l'intérieur dudit hôpital, d'une marque en forme de la lettre M, sans que cette marque emporte infamie ».

    L’idée était de les marquer non pour les humilier mais pour pouvoir les identifier et les chasser voire les enfermer. La différence reste très subtile …


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    Estaires est le berceau de la famille Deleurence, la famille de ma grand-mère paternelle. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de parler de mon arrière grand père et de sa famille lors de leur séjour à Lyon pendant la guerre 14/18 dans un précédent billet.

    C’est une petite commune de 6000 habitants près de Lille qui a beaucoup souffert de la 1ère guerre. Quand mon arrière-grand-père est revenu dans les années 1921/1922, il a dû trouver de gros changements.

    Cette branche de ma famille est liée à l’activité textile puisqu’ils étaient pour beaucoup tisserands.

    Estaires vivait d’ailleurs principalement de cette activité puisqu’au début du XXème siècle il y avait six tissages et une filature. (Il y avait aussi deux usines d’amidon, deux distilleries et quelques blanchisseries).

    On trouvait donc facilement du travail mais en revanche les salaires étaient bien maigres : les apprentis gagnaient 6 F par semaine pour 60 heures et les salaires variaient entre 2,50 F et 3 F par jour.

    Les conditions de travail étaient suffisamment pénibles pour qu’une grève éclate en 1903 sur Estaires et la commune proche, La Gorgue ; elle dura 3 mois : manifestations dans les rues, devant les châteaux des patrons où les fenêtres volèrent en éclat.

    une troupe de fantassins et de dragons fut envoyée sur les deux communes pour remettre de l’ordre mais cela ne fit qu’aggraver la situation.

    Une chanson dont voici le refrain fut écrite lors de cette grève et chantée sur le marché d’Estaires

    Camarades de la misère

    Soyons dignes de nos pères

    Et sans dépasser la loi,

    Défendons toujours nos droits.

    On ne fait rien de contraire

    Lorsqu’on réclame son salaire.

    Quand il s’agit de son pain,

    Au gréviste, tendons la main.

     

     

    E comme ESTAIRES

    Un accord fut finalement trouvé avec une légère augmentation des salaires et un tarif général fut établi où chaque tisseur pouvait trouver les renseignements sur le prix à façon de son travail.

    En 1905, le tissage Delahaye fut ouvert, puis les tissages Gamelin et Hacot en 1907.

    L'élan industriel de la ville sera brisé par la Première Guerre mondiale. Prise par les allemands au cours de la bataille des Flandres (1918), la ville fut reconquise par les alliés au cours de l'offensive de la seconde moitié de 1918. La quasi-totalité de la ville d'Estaires a été détruite par l'armée allemande lors de la Bataille de la Lys (9 avril 1918).

     

    E comme ESTAIRES

     

     

     

    E comme ESTAIRES

     

     

    Un évènement tout particulier survint à Estaires en 1815, suffisamment étonnant pour que je l’évoque ici : l’affaire du trésor royal

    En mars 1815, le roi Louis XVIII et la famille royale sont en fuite vers Gand.

    Le 22 mars la « maison militaire » du roi et qui le suit à 2 jours d'étape est à Béthune. Elle a à sa tête le Comte d'Artois (futur Charles X ) et le fils de celui-ci, le Duc de Berry. Elle est composée de 300 gardes du corps et mousquetaires ainsi que d'un important matériel et de très nombreux équipages de berlines et de calèches.

    Le 24 au soir, elle arrive à La Gorgue. Le Comte d'Artois passe la nuit à Estaires chez M. Vermersch-Hennion, adjoint au maire et le Duc de Berry à La Gorgue dans la famille Fruchart.

    Le 25 au matin, par un temps exécrable, le convoi franchit le pont de la Lys et s'engage dans la rue Jacqueminemars, qui n’est à l’époque qu'un chemin de terre impraticable par forte pluie.

    Et ce qui devait arriver arriva : les voitures s'embourbent. De plus de faux bruits circulent qu'une attaque est imminente. C'est alors la panique et l'abandon de matériels, calèches, chevaux ...

    Mais ce n'est pas perdu pour tout le monde car bien des choses sont récupérées par des habitants d'Estaires-La Gorgue.

    L'affaire fit couler beaucoup d'encre. Les autorités procédèrent à des enquêtes et des perquisitions eurent lieu dans les deux villes. Du matériel sera découvert et confisqué, des chevaux de la Maison du Roi, vendus à des prix dérisoires, récupérés mais la majeure partie ne fut jamais retrouvée par la police impériale.

    La "légende" raconte que quelques fortunes auraient débuté en 1815 …

     

     

     

     

     

     


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  • D comme DOMENGE, DAMIANE et autres prénoms désuetsEn remontant le fil du temps, on est frappé par la fréquence de certains prénoms mais également par le côté désuet de certains autres.

    Si je regarde par exemple le dépouillement que je suis en train de faire sur Frouzins, petite commune du 31, la palme d’or des prénoms sur 1700/1715 revient à Marie et à Jean ; viennent ensuite Jeanne et François.

    Cela n’empêche de faire quelques trouvailles originales : Domenge, Bésian, Bernarde, Bertrande, guillaumette, ou Fabiane par exemple.

    Quant à mon arbre généalogique (lequel se concentre essentiellement sur le Nord Pas de Calais), le top 10 est le suivant : Marie, Jean, Marguerite, Anne, Nicolas, Jeanne, Catherine, François, Pierre et Jacques.

    J’ai en revanche quelques prénoms à la fois très jolis et terriblement « vieillots » dans mon arbre : Florimond, Floris, Josse, Anastasie, Kléber, Léandre, Léocadie, Damiane et d’autres tout aussi vieillots mais un peu plus difficile à porter, encore que … : Barbe, Euchaire, Berthe, Isidore, Firmin, Niçaise, Zénaïde Mathieuette, Lothard, Péronne, Géraud, Jacquese et j’en passe.

    Bref, le stock de prénoms courants, va-t-on dire, reste limité sous l’ancien régime pour la simple et bonne raison que le choix du prénom est strictement contrôlé par l’Eglise . Il faut puiser dans la liste des saints et saintes, un point c’est tout et si possible reprendre le prénom du parrain pour les garçons ou de la marraine pour les filles. Ce qui n’est d’ailleurs pas sans poser quelques problèmes d’homonymie dans nos recherches…

    D comme DOMENGE, DAMIANE et autres prénoms désuets  Ce qui peut également interpeller le généalogiste est l’orthographe des prénoms qui n’est pas du tout invariable dans les actes, et qui pose là aussi quelques soucis pour bien identifier certaines personnes.

    Ainsi Domenge peut aussi s’écrire Doumenge voire même Dominique pour identifier la même personne, Bernarde s’écrira des fois Bernade, on a aussi Gabrielle ou Gabriele, Laurense ou Laurence, Anthoine ou Antoine, Guilhaume ou Guillaume, Jacquese ou Jacquete, Guillemete ou Guillaumete (avec 1 ou 2 « t » en fonction des actes) …

    Au XIXème siècle toutefois des prénoms plus novateurs arrivent sur le marché : Zélaïde, Victoire (en l’occurrence ici Victoire Républicaine née en 1794) Adélaïde, Valentin, Hortense, Jules, Flavie, Adeline, Euphémie, Virginie, Julien, Félix, Sophie …

    J’ai été surprise aussi par la question des prénoms multiples : sur Frouzins, et sur la période 1700/1715 la majorité des personnes n’a qu’un prénom et lorsqu’un second prénom est attribué c’est plus pour former un seul prénom : Jean Baptiste, Jean Bernard, Jean François alors que dans mon arbre généalogique j’ai en majorité et quelle que soit l’époque le prénom Joseph en second que ce soit pour les femmes (encore que parfois on trouve le prénom Josèphe mais c’est rare) ou pour les hommes. Autres régions autres traditions ?

    Ce qu’il faut comprendre en tous les cas c’est que le prénom sous l’Ancien Régime est en quelque sorte une mémoire familiale : il se transmet de père en fils, de mère en fille, de parrain à filleul …

    C’est pourquoi il est courant que l’on reprenne le prénom d’un enfant décédé pour le donner à celui qui vient de naître, ce qui serait difficilement pensable aujourd’hui pour des raisons psychologiques évidentes. Mais à cette époque, il ne s’agissait pas de faire survivre la mémoire du petiot mort mais de garder vivante la lignée, du moins c’est mon point de vue.

     

    J’ai pour ma part opté pour l’originalité dans le choix des prénoms de mes enfants : Virgile, Aubane et ma regrettée Candice

     D comme DOMENGE, DAMIANE et autres prénoms désuets

     


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  • Je vais évoquer ici mon arrière grand tante, Claire, que l’on appelait Tante Claire, la sœur de mon arrière-grand-mère paternelle, Gabrielle.

    J’avais 15 ans quand elle est morte en 1986 mais je me rappelle très bien d’elle, une vieille dame toute petite, toute voûtée, avec des cheveux blancs et des lunettes fumées. Elle était réservée, discrète, ne se plaignait jamais, faisait tout toute seule.

    Je me rappelle avoir entendue qu’elle est morte dans d’atroces souffrances, sans se plaindre, jamais.

    En grandissant j’ai appris qu’en fait sa vie n’avait été que souffrance et peine.

    Claire Julie Léonie Deleurence est née le 25 janvier 1899 à Estaires, petite commune du Nord. Elle est la deuxième d’une fratrie de 5 enfants dont deux seulement vivront au-delà de l’enfance.

    Elle était confectionneuse comme sa sœur Gabrielle, plus âgée qu’elle de 3 ans.

    Lors de la guerre 14/18, ses parents Elise et Georges, ses sœurs Renée et Gabrielle, et elle même partirent à Lyon. Je ne sais pas comment encore : de leur propre initiative ou via des convois qui partaient loin de la guerre ? Toujours est-il qu’ils ont fui la guerre. Le père Georges Deleurence , tisserand de son métier, trouva un travail dans la métallurgie.

    J’ai retrouvé leur trace par hasard en cherchant des IGOU sur Lyon dans les recensements : quelle ne fut ma surprise quand je découvris Georges Deleurence, Elise Carpentier, Claire et Gabrielle au 55 rue des tables claudiennes - quartier de la croix rousse à Lyon. Je les y retrouve jusqu’au recensement de 1921 mais cette fois sans Claire (je suppose qu’elle vit ailleurs qu’à Lyon car je ne retrouve pas sa trace dans les recensements). En revanche je les retrouve tous à nouveau à Estaires sur le recensement suivant en 1926.

    Claire a rencontré là-bas Marius Fernand IGOU qu’elle épousera en 1920. On s’est longtemps demandé dans la famille qui était Marius ; on se doutait que Marius venait de là-bas mais sans en être sûrs. En fait on ignorait tout de sa vie ; on ignorait d’ailleurs que les Deleurence étaient tous partis à Lyon ; jusqu’alors on pensait que mon arrière-grand-mère Gabrielle y était allée accompagnée de Claire pour accoucher de ma grand-mère Raymonde. Mais cela fera l’objet d’un article prochain.

    Revenons à Marius Fernand Igou : je suis partie de l’hypothèse qu’il avait à peu près le même âge que Claire et j’ai visionné tous les registres matricules de cette période. Et je l’ai trouvé (fiche matricule Lyon nord 1915 n°91 p. 238). Et de là j’ai retrouvé son acte de naissance. Il est donc né à Vizille dans l'Isère en 1895 et est issu d'une famille qui travaillait dans la métallurgie apparemment. Lui était tapissier décorateur. Son père Victor était forgeron et lamineur et son grand père Louis était puddleur; il avait un oncle Claudius né à Givors dans le 63, tourneur de son métier et un frère Victor né en 1889, et dont je n'ai pas encore retrouvé la trace. Sa mère s'appelait Adèle Antoinette SAMUEL et était ouvrière en soie tout comme la sœur de cette dernière.

    Marius était de constitution fragile, très fragile. Sa fiche matricule indique qu’il a été réformé le 20/2/1917 pour pseudarthrose scapulo-humérale gauche et atrophie du deltoïde.

    Il mesurait 1.62m et était châtain avec les yeux marrons ; il savait lire et écrire mais pas compter

    Il fut incorporé le 15 décembre 1914 en tant que soldat de 1ère classe. Peu après la guerre il épousera Claire, à Lyon, le 30 octobre 1920.

    Mais son service sous les drapeaux lui fut fatal car il mourut un an après son mariage, le 4 décembre 1921 à Lyon, à son domicile du 55 rue des tables claudiennes. La mémoire familiale a retenu qu’il serait mort suite à son exposition au gaz moutarde.il avait 26 ans. Claire devenait veuve à l’âge de 22 ans.

    Ils ont eu un fils Georges que je suppose être né là-bas mais pas moyen de retrouver sa trace ; je sais juste qu’il est né en 1921.

    Tante Claire est donc revenue à Estaires en 1921 avec son fils, ses parents, ses sœurs et sa nièce.

    Ils reprirent le cours de leur vie sur les ruines laissées par la guerre mais cela fera l’objet d’un prochain article également,

    Tante Claire ne s’est jamais remariée. Elle a exercé un métier désuet aujourd’hui : elle jouait du piano dans les cinémas pour les films muets !

    Mais elle avait elle-même des problèmes de santé : elle devenait aveugle peu à peu et avait des problèmes de dos qui la « voûtèrent » progressivement.

    Elle devint vendeuse dans un magasin de liqueur et ses employeurs, sensibles à sa situation lui laissèrent le logement au-dessus du magasin. Elle resta là-bas très longtemps.

    Je ne sais pas encore grand-chose de Georges ; j’ai une photo de lui en costume de marin avec le béret et le pompon. Il faisait du cheval. Il a épousé dans le Nord une dame, Madeleine Kasse et eu 2 filles Danièle née en 1945 et Michèle née en 1946.

    Georges mourut en 1946 à 26 ans des suites de maladie. Danièle mourut en 1945 et Michèle en 1946.

    On pense qu’elles eurent la méningite.

    Claire se retrouve seule sans plus personne, sans son fils et ses petites filles. Elle avait 45 ans.

    Ses yeux lui firent de plus en plus défaut ; une maladie que je ne connais pas pliait son dos en deux.

    Et jamais elle ne s’est plainte, jamais.

    Elle est morte le 24 décembre 1986 et sa mort fut à l’image de sa vie, discrète et douloureuse.

      


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