• A comme Alphabétisation

     

    Ce qu’il faut bien comprendre c’est que la question de l’alphabétisation s’est posée dès le 16ème siècle, en pleine guerre de religion. En effet, papistes comme huguenots pensent que l’âme des enfants se gagnent parmi les petites écoles. C’est ainsi que des institutions autoproclamées se multiplient.

     

    L’alphabétisation a également une vertu morale : combattre la paresse et inculquer le sens de l’effort.

    L’éducation des filles est plus lente.

     

    Mais ne nous y trompons pas, l’aspect pragmatique de l’éducation est réel : les gros fermiers ruraux qui sont souvent receveurs des revenus de la seigneurie doivent savoir lire écrire et compter : tenir des registres, rédiger des rapports…

     

    Ceci étant l’Etat répugne malgré tout à arracher des bras à l’agriculture et rien n’est réellement fait pour favoriser l’instruction des classes laborieuses même si Louis XIV, en 1698 demande à ce que l’on établisse des écoles dans toutes les paroisses afin d’y instruire les enfants, notamment ceux de la religion prétendue réformée, du catéchisme et des prières. Pas d’obligation particulière, juste des recommandations.

     

    A comme Alphabétisation

     

    Finalement, la mise en place d’école va dépendre du bon vouloir des notables locaux. Ainsi depuis 1545, Bouxwiller en Alsace dispose d’une école. Les enfants y apprennent la lecture, le catéchisme, l’écriture et le calcul.

    Au 17ème siècle, l’enseignement s’y diversifie et l’on peut y apprendre le latin et le grec. L’école, devenue une école latine, prend le nom de gymnase en 1658, prenant celui de Strasbourg comme modèle, et devient une véritable pépinière de pasteurs pour l’Alsace protestante, ne fermant qu’en 1793.

    Au 17ème de petits livres populaires sont diffusés dans toutes les couches de la société :  : « le Médecin charitable » qui aide à guérir de toutes les maladies, et tout autre livre pratico pratique inculquant le savoir vivre, comment cuisiner, comment se tenir à table, comment faire la cour à une fille …

    Mais aussi des livres qui font rêver comme Huon de Bordeaux : le jeune Huon fils du duc de Bordeaux condamné pour avoir tué en duel le fils de Charlemagne, Charlet, à se rendre à Babylone auprès de l’Amiral Gaudisse dont il devra ramener la moustache et quatre molaires après avoir embrassé sa fille Esclarmonde, ce qu’il réussira à faire après moult péripéties.

    A comme Alphabétisation

    ou encore Les Quatre Fils d’Aymon : jeunes chevaliers vaillants qui ont eu l’infortune d’offenser Charlemagne qui va les traquer à travers le Rouyaume de France de Montauban à Trémoigne.

    Mais ils sont aidés par le magicien Maugis.

     

    Nous trouvons aussi l’Abrégé de la vie du grand St Hubert et les contes : ceux de Perrault ou de Mme d’Aulnoy par exemple.

     

    Diverses formes littéraires existent donc au Moyen âge dès le 16ème siècle pour éduquer, faire rire, faire rêver … Ces livrets sont connus sous le nom de livrets bleus, conçus à partir de 1600 par des imprimeurs troyens. L'impression était de mauvaise qualité et de petit format ; les cahiers étaient recouverts d'une couverture de papier couleur bleu gris, d'où l’appellation de livres bleus. Les colporteurs les diffusent largement dans tout la France.

     

    Des livrets plus techniques existent aussi sous la forme d’almanach : ce n’est pas un simple calendrier, on y trouve des prédictions météorologiques, des informations sr l’astrologie, des conseils, des notes sur l’histoire et l’actualité, les modes …

     

    A comme Alphabétisation

     

    Mais revenons aux écoles rurales : l’instituteur pouvait être le sonneur de cloche ou le sacristain, le curé ou toute autre personne possédant une certaine instruction mais pas nécessairement une bonne instruction .

    Le maître d’école était au 17ème siècle nommé par la communauté d’habitants et était lié par un contrat. Les heures d’ouverture de l’école vont dépendre des saisons et des usages en vigueur dans chaque région.

    Le 18ème siècle ne voit pas trop d’amélioration malgré les Lumières. Lumières qui ne sont pas pour tout le monde : Rousseau refuse l’éducation des campagnards : « le pauvre n’a pas besoin d’éducation (sic) ; celle de son état est forcée , il n’en saurait avoir d’autre (..). il est moins raisonnable d’élever un pauvre pour être riche qu’élever un riche pour être pauvre(..). En choisissant un enfant riche pour l’éduquer, nous serons surs au moins d’avoir fait un homme de plus au liue qu’un pauvre peut devenir homme de lui-même »

    Il enfonce le clou en précisant : « n’instruisez point l’enfant du village car il ne lui convient pas d’être instruit »

    La Chalotais, magistrat breton (1701-1785) : « le bien de la société demande que les connnaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations »

    La Révolution va permettre de réveiller les consciences et de faire comprendre tout l’intérêt de l’éducation mais elle prive aussi les petites écoles rurales de nombreux subsides comme la dîme ou la confiscation des biens du clergé.

    A comme Alphabétisation

    Les maîtres d’école sont à cette époque dans une telle détresse financière qu’ils doivent avoir un autre activité plus rémunératrice ou cumuler les fonctions.

    Et que dire des écoles de filles tenues en majorité par des religieuses dont l’ordre a été interdit …

    Tant que l’école n’est pas obligatoire et tant que les maîtres ne sont pas reconnus avec une formation digne de ce nom  l’éducation ne sera qu’un vœu pieu …

     

     

    Sources

    Littérature et culture « populaires » aux XVIIe et XVIIIe siècles de Jean-Luc Marais

     

    « Jean Marie CastaingB comme Bataillon scolaire »

  • Commentaires

    1
    Mardi 6 Novembre à 10:24
    Katia

    Article très intéressant !! Je voulais faire quelques recherches sur l'alphabétisation de mes ancêtres car beaucoup disent qu'ils étaient analphabètes. Pourtant, j'ai beaucoup vu de jolies signatures...

    Et j'ai découvert la légende des quatre fils Aymon il y a peu - que j'ai relaté sur mon site. C'est drôle que vous la citiez ^^

     

    2
    Mardi 6 Novembre à 21:59

    Bonjour, en effet nos ancêtres savaient faire plus de choses que l'on aurait pu imaginer. Ces fameux petits livres bleus étaient lus lors des veillées ainsi les personnes illettrées pouvaient profiter aussi de la culture, quelle que puisse être celle ci. Très belle soirée à vous.

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