• A l’angle de l’avenue Honoré Serres et de la rue Godolin, en plein quartier des Chalets, se trouve un élément du patrimoine toulousain somme tout assez méconnu : le château de Verrières, connu aussi sous le nom de Castel Gesta.

     

     

    De style néogothique avec ses tours et tourelles, ses balcons dentelés, ses fenêtres en ogive, ses ferronneries d’art et ses gargouilles et autres animaux chimériques, le château a été construit par Louis-Victor Gesta, maître-verrier toulousain. Ce dernier était un grand collectionneur d'antiquités et d'œuvres d'art, et «avait fait construire sa résidence à l'image d'un palais urbain médiéval crénelé et les couverts de toitures élancées, surmontées de magnifiques épis de faîtage».

     

    Dans une pièce du château le maître verreir expose ses plus beaux vitraux comme L’Adoration des Mages d’après Albert Dürer ou celui de L’Entrée de Louis XI à Toulouse qu’il considérait comme son œuvre capitale. Il aménage également une Salle des Illustres et en confie la décoration picturale à Bernard Bénezet. Au sommet de l’escalier d’honneur s’ouvre une grande salle d’exposition peinte par le peintre toulousain Joseph Angalières.

     

    Les ateliers Gesta, créés par Louis Victor en 1852 et dont le château fait partie intégrante, ont été primés lors de nombreuses expositions notamment l’exposition universelle de 1867 (deuxième prix).

    « A cette époque, la manufacture est l’une des plus importantes de France et des milliers de vitraux sortent du faubourg avant de partir décorer plus de 8 500 églises aussi bien dans l’hexagone qu’à l’étranger » précise Christian Maillebiau, archiviste adjoint des Toulousains de Toulouse.

     

     

    Le succès des ateliers est tel que le 8 mars 1867, l’archevêque de Toulouse, accompagné de ses vicaires généraux, visite la manufacture où se trouve exposé le vitrail Sainte Geneviève de Pibrac destiné au pape Pie IX.

     

    Louis Victor Gesta sera même fait chevalier de l’ordre de Saint-Sylvestre par le pape.

     

    Gesta est ce que l’on appelle un artiste industriel, ce qui lui valut un certain nombre de critiques : ces vitraux étaient en effet produits en série mais de très bonne qualité.

     

     

    L comme Louis Victor Gesta et le château de Verrières

     

    À la mort de Gesta en 1894, le château fut vendu à un négociant toulousain, Bernard Bordes puis aux soeurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, qui y hébergèrent des familles réfugiées durant la guerre.

     

    Le château en 1913

     

    Il fut ensuite transformé en centre d’apprentissage de la couture pour les jeunes filles sans emploi. En 1956, il devint un lycée d’enseignement professionnel.

     

    En 1987, le château fut racheté par la Mairie de Toulouse qui y installa la classe d’orgue du Conservatoire supérieur national de musique.

     

    Le 3 octobre 1991, l’État classe le château aux monuments historiques mais celui-ci est en piteux état, squatté et tagué depuis de nombreuses années, le terrain est en friche.

    L comme Louis Victor Gesta et le château de Verrières

    Le château en 2009 avant les travaux de réstauration

     

    Il est racheté par un promoteur qui entame à compter de 2014 une série de travaux pour le réhabiliter et y aménager six appartements.

     

    L comme Louis Victor Gesta

    Le château en 2016

     

     


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    En 1737 dans le diocèse de Rieux (31), il y aurait eu 44 chirurgien et 15 barbiers, les médecins n’étant pas comptabilisés parmi les praticiens.

    Il est à noter qu’après 1743, les métiers de chirurgien et de barbier sont bien séparés et il n’y aura plus de confusion entre les deux métiers (cela ne va pas se faire de suite bien sûr, il faudra attendre quelques décennies pour cela).

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    En tous les cas en 1755 il semblerait que les chirurgiens non barbiers (il y a donc encore à ce moment des chirurgiens barbiers) soient considérés comme des notables en Languedoc du moins :

    « Les chirurgiens non barbiers exerçant uniquement la chirurgie jouiront des prérogatives et des honneurs attribués aux autres arts libéraux et qu’ils seront regards à l’avenir comme notables bourgeois dans les villes où ils feront leur résidence » (Lettre du subdélégué Amblard concernant le statut des chirurgiens – 18/10/1755).

    Les chirurgiens vont peu à peu se spécialiser en obstétrique, délaissée par les médecins et former les sages-femmes.

    A Tournefeuille (31) une enquête sur les sages-femmes indique qu’à la fin du 18ème siècle les matrones « ne sont pas capables de remédier au plus petit accident. C’est un secours qui manque dans la communauté , s’il n’était le secours de Monsieur Conte, maître en chirurgie du lieu, qui a remédié à beaucoup de circonstances désagréables toutes les fois qu’il a été appelé à temps ».

    La loi du 19 ventôse an XI fera disparaître la séparation qui existait entre les médecins et les chirurgiens.

    A côté des médecins se trouve une catégorie de praticien que l’on nomme les officiers de santé.

    Au 19ème siècle ce sont des médecins qui n’ont pas le grade de docteur. Cette catégorie est née à la Révolution puisqu’en effet à partir de 1792, il est devenu possible d’exercer librement les professions de santé pourvu que les personnes concernées payent patente.

    Les officiers de santé vont officier dans les villages essentiellement.

    Une loi du 30 novembre 1892 abolira cette catégorie tout en laissant le droit aux candidats officiers en cours d’étude au moment de la promulgation de cette loi de les terminer et d’exercer nomalement.

    Pendant ce temps les sages-femmes voient leur niveau de formation progresser avec notamment la création d’écoles. Ainsi en 1792 une école se crée à Toulouse : 36 femmes sont choisies, 7 pour le district de Saint Gaudens, 6 pour celui de Toulouse, 5 pur celui de Grenade, 4 pour ceux de Castelsarrasin, Rieux et Muret, 3 pour ceux de Villefranche et Revel.

    Ce ne sera qu’au bout de 3 ans de formation que les maîtresses sages-femmes seront reçues.

    Avec la disparition des praticiens de santé, le nombre de médecin va mécaniquement diminuer surtout dans les zones rurales. Les formations, meilleures, vont entraîner une augmentation des prix des praticiens, excluant ainsi une partie de la population d’une possibilité de recours aux consultations.

    Les autorités vont ainsi devoir mettre en place une assistance médicale gratuite. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il ne s’agit toutefois pas des hôpitaux et autres hospices qui, on l’a vu dans de précédents articles, ont comme mission principale d’accueillir les nécessiteux, indigents, pèlerins et marginal en tout genre.

    Ceci étant sous l’Ancien Régime il existait des médecins gagés par les communautés mais leur rémunération ne leur permettait pas de vivre correctement. De ce fait il était très difficile d’en trouver.

    Au 19ème siècle ces médecins ne sont pas nécessairement mieux rémunérés mais cette assistance médicale gratuite est mieux organisée : un médecin par arrondissement exerce gratuitement depuis 1805 ; les médecins chargés de la vaccination anti variolique inoculent gratuitement les enfants des familles pauvres au cours de deux tournées annuelles qu’ils effectuent dans leur canton. Ils doivent en lus vacciner gratuitement chez eux le premier dimanche de chaque mois les enfants des familles indigentes des communes de leur canton qui leur seront présentés entre 8h et 10h du matin.

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    Ils sont également obligés de se rendre à toutes les époques de l’année sur ordre des autorités locales dans les communes de leur canton où la petite vérole se déclarerait et d’y prescrire tout traitement curatif et préventif.

    La mise en place de cette assistance gratuite, la meilleure formation globale des praticiens de santé va permettre un net recul de la mortalité surtout la mortalité infantile.

    Mais les progrès médicaux au 19ème siècle ne sont pas encore à la hauteur de la violence de certaines maladies comme la variole qui en 1870 provoque une crise de mortalité très importante.

    A Paris la variole est endémique depuis 1865 où elle fait 700 morts chaque année mais elle devient plus virulent en décembre 1869 provoquant la mort de 4200 personnes jusqu’en juillet 1870. L’épidémie prend de telle proportion sur tout le territoire que pour la première fois dans l’histoire de la médecine une conférence est organisée du 25 mai au 29 juin 1870 à Paris pour l’étudier et la combattre. Près d e500 médecins viennent de toute la France pour y assister.

    Les populations sont pourtant vaccinées mais le vaccin n’est pas de bonne qualité. Et la guerre va entraîner des mouvements de population, de garnison et c’est ainsi que la maladie va se propager à une vitesse fulgurante dans toute la France.

    George Sand en septembre 1870 fuit Nohant et cherche refuge dans la Creuse "pour fuir la variole charbonneuse qui s’est déclarée à notre porte et qui a enlevé le mari » d’une amie dont « le fils est malade aujourd’hui ».

    Pasteur, réfugié à Arbois dans le Jura, pendant le siège de Paris, écrit début 1871 « que la petite vérole y fait des ravages épouvantables ».

     

    Il faudra attendre la fin du 19ème siècle avec les travaux de Pasteur et les progrès médicaux fulgurants au 20ème siècle pour que réellement les taux de mortalité soient durablement bas.

     

     Voir également l'article sur "se soigner autrefois".

     

    Sources

    Visages de la mort dans l'histoire du Midi Toulousain (4è-19ème siècle) sous la direction de Jean Luc Laffont

    La variole et la guerre de 1870 de Gérard Jorland

     

     

     

     


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    Sous l’Ancien Régime l’Eglise est omniprésente dans la vie de chacun. On a un peu de mal à l’imaginer aujourd’hui. Mais chaque geste est empreint de religieux soit par contrainte soit par dévotion. Quel que soit l’endroit où l’observateur pose son regard, ce sera pour voir un clocher, un habit de religieuse, un couvent, une croix à un carrefour, une statue de la Vierge, une procession de fidèles, des pèlerins harassés ... L’observateur entendra les cloches qui sonnent pour appeler les fidèles à la prière, rythmant par la même occasion leur journée. L’environnement dans lequel évoluent nos ancêtres est imprégnés de la culture catholique.

     

    Prenons des exemples en Flandres et plus précisément à Lille :

     

    Le temps par exemple est régi par l’Eglise et l’on peut passer l’essentiel de ses journées à prier : ainsi à l’église Saint-Etienne et sa douzaine de chapelles, se succèdent chaque dimanche les messes, de demi-heure en demi-heure, depuis 4 heures jusqu'à midi. Et c’est ainsi dans chacune des églises de la cité.

     

    Ensuite l’espace géographique ; cet espace est complètement soumis à la « puissance spirituelle » : la Flandre wallonne (l'intendance de Lille) se trouve ainsi partagée entre les diocèses de Tournai pour la ville de Lille, d'Arras pour Douai et le Douaisis, de Cambrai pour l'abbaye de Cysoing, de Saint-Omer pour l'abbaye de Beaupré sur-la-Lys.

     

    L'évêché de Tournai comprend, entre autres, les décanats de Lille, Seclin, Saint-Amand, Helchin, Werwick. Pour l'essentiel, Lille et les paroisses voisines dépendent de l'évêque de Tournai. Les villes elles-mêmes sont découpée en paroisses, cellule de base de l’organisation ecclésiastique.

     

    Lille ainsi dispose en 1617 de cinq paroisses pour ses 32 604 habitants. Outre la collégiale Saint-Pierre située dans le plus ancien quartier de Lille (Saint Sauveur) les paroisses s'intitulent Saint-Etienne, Saint-Maurice, Saint Sauveur et Sainte-Catherine. La paroisse de Saint André sera érigée plus tard dans les Beaux quartiers lorsque Vauban agrandira la ville.

     

    Ces paroisses jouissent de revenus et comptent un personnel considérable. Ainsi, les 9 700 paroissiens de Saint-Etienne disposent de 21 ecclésiastiques au début du 17ème siècle, de prêtres habitués, horistes, chapelains, prêtres non habitués, clercs ou laïcs subalternes, comme le coutre, c'est-à-dire le sacristain, le sonneur, le fossier...

     

    En 1695, la paroisse de St Etienne dispose d'une quarantaine de prêtres, de 67 Recollets, 54 Dominicains, 34 Sœurs Noires pour 10 000 habitants environ.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

    Un frère mineur Récollet

     

    Les membres du clergé sont donc visibles partout dans les rues de Lille.

     

    L’église assume également ce que l’on appellerait aujourd’hui les services sociaux avec la table des pauvres et les diverses institutions charitables qu’elle patronne.

     

    L'Eglise se charge aussi de l'enseignement dans les trois collèges Saint-Pierre, des Jésuites, et des Augustins, dirige quelques écoles élémentaires : celle des Grisons, depuis 1554, une école dominicale de Saint-Etienne depuis 1587, l’école des Bapaumes fondée par un tailleur de drap en 1605... Un Collège des Hibernois prépare, sur la paroisse Saint-Sauveur, des missionnaires pour l'Irlande. Grâce à cet équipement scolaire, la Flandre figure, sous l'Ancien Régime, parmi les provinces où l'analphabétisme est bien réduit.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

    Collège Saint Joseph à Lille, ancienne institution jésuite

     

    Les livres de prières sont nombreux et représentent la moitié de la production lilloise en imprimerie.

    Plus précisément, de 1667 à 1715, Lille publie 305 ouvrages religieux sur 483, soit 63 %. Ces livres sont volumineux. Les guides de dévotion l'emportent, atteignant plus du tiers des titres religieux, plus du quart des livres vendus. Ensuite, ce sont les instructions chrétiennes, puis les ouvrages de polémique. La théologie et la liturgie occupent une place plus modeste.

     

    Le clergé régulier n’est pas en reste : début 17ème siècle on dénombre à Lille neuf communautés d'hommes (Dominicains, Récollets, Capucins, Minimes...), douze communautés de femmes (Dames de l'Abbiette, Clarisses, Brigittines, Urbanistes...) quatre couvents de religieuses (Sœurs noires, Sœurs grises, Visitandines, Sœurs de la Magdeleine). Il faut ajouter les hospitalières, les béguines et, proche de Lille, les Bernardines de l'Abbaye de Loos, les Augustines de Cysoing et de Phalempin, les Bénédictines du Prieuré de Fives, les Cisterciennes de Marquette. Les Capucins exercent une grande influence par leurs prédications populaires. Les Jésuites commencent à ériger leur église en 1606, au Rihour.  En 1613, les Augustins s'installent à Lille dans un refuge près de l'église Saint-Maurice ; En 1616, les Carmes Déchaussés bâtissent maison et église sur l'emplacement du Château de Courtrai.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

    Une sœur Clarisse

    O comme Omniprésence de l'Eglise

    Les Colettines, chassées en 1639 du Vieil Hesdin, par la destruction de leur couvent, s'établirent près de l'église Saint Sauveur, grâce à la générosité de la famille Hangouart et de l'écolâtre Jacques Boudart.

    Sur la paroisse Saint-André, les Carmes constituent, en 1676, la Confrérie de Notre Dame du Mont Carmel. Les Recollets, sur la paroisse Saint-Etienne, fondent, en 1665, une Confrérie de l'Immaculée Conception.

     

    Ces diverses institutions paroissiales contribuaient à entretenir la ferveur religieuse.

     

    Car justement cette ferveur doit être alimentée régulièrement par des actes ostentatoires comme les processions, pèlerinages et autres dévotions. Toutes ces manifestations égayent le quotidien et influence positivement les fidèles par leur faste, par la magnificence qui y est déployée.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

    Procession à Paris des reliques de Sainte Geneviève

    en 1539 pour faire cesser les pluies diluviennes

     

    « Les cérémonies sont nécessaires pour attacher les peuples sur lesquels la pompe et l'appareil mystérieux des cérémonies fait souvent plus d'impression que le fond même de la religion ».

     

    On va donc « processionner » pour remercier Dieu d'avoir rétabli la paix ou chassé la peste ou pour tout autre évènement qui va permettre de marquer les esprits.

     

    Ainsi sous l'influence des Archiducs, des cérémonies cultuelles exceptionnelles ponctuent le quotidien : Te Deum en 1606, en l'église Saint-Pierre pour remercier Dieu d'avoir donné la victoire à Albert d'Autriche sur Maurice de Nassau « grand pilier des hérétiques », dit Mahieu Manteau; en 1603, on fait une procession pour remercier Dieu d'avoir fait découvrir les voleurs de ciboires ; en 1604, pour célébrer la paix entre le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre …

     

    De temps à autre, Louis XIV fait célébrer des messes solennelles qui provoquent l'admiration populaire : en 1673, à Saint-Pierre « quand ce vint l'Evangile tous les soldats se levèrent avec leurs épées nues et quand ce vint au remonstrance de l'hostie, les trompettes résonnaient et puis tous les officiers et soldats tirèrent encore leurs épées et la tenir en main toute nue pour faire serment pour Dieu et pour le Roi ».

     

    Les processions régulières les plus suivies sont celles de l'Ascension, de la Fête-Dieu avec le concours de toute la garnison et surtout celle de la ville, le dimanche qui suit la Trinité. C'est la plus solennelle. Le Magistrat inspecte le parcours de la Collégiale Saint-Pierre jusqu'à la Porte des Malades, prie les Lillois de lever les immondices, de « jeter de l'eau pour empêcher la poussière en cas qu'il fasse sec » et de « décorer le dehors de leurs maisons ».

     

    Le Jésuite Buzelin commente, dans sa Gallo-Flandria, les Rogations célèbres à Lille au temps de la Réforme catholique : « Les processions que font les paysans de toute Antiquité ont moins d'éclat, mais réclament plus d'effort (que les processions urbaines) et pourtant, ils les accomplissent joyeusement et de bon cœur. Chaque été, aux environs de la Pentecôte, ils ont l'habitude de faire le tour du territoire de leur village et ils font dans ce parcours jusqu'à quatre ou cinq lieues pour ne pas laisser un coin du village sans bénédiction. Ils font la plus grande partie de cette procession à jeun pour obtenir de Dieu les fruits de la terre ».

     

    Dans la paroisse St André, l'une des plus grandioses cérémonies eut lieu en 1681, « à l'occasion de l'élection des chevaliers militaires des Ordres de Saint Lazare et de la Bienheureuse Marie du Carmel, en présence de M. de la Rablière, maréchal des camps royaux, préfet militaire de Lille, grand prieur des Ordres de la Flandre, et de douze commandeurs, M. de Saint-Silvestre, mestre de Camp, inspecteur de la cavalerie, M. de Rosamel, capitaine de gendarmes de Flandre, M. de la Motte, major de la citadelle de Lille, en présence de nombreux chevaliers. Dans l'église des Carmélites, ornée de tapisseries avec des portraits de Louis XIV, grand maître de cet ordre, de Louvois, grand vicaire, furent célébrées des vêpres en musique. Parmi les officiers, M. Warcoin, ancien mayeur, M. Turpin, procureur de l'ordre en la langue belge... assistèrent à ces journées. Le lendemain, on chanta un Te Deum, on célébra la messe, les chevaliers tenant l'épée nue pendant la lecture de l'Evangile. Les réjouissances profanes suivirent : banquet, pétards, boites, feu d'artifice... Désormais, cette solennité se renouvela deux fois par an, pour la fête de Notre-Dame du Carmel (16 juillet) et pour la Saint-Lazare (17 décembre) ».

     

    Le culte des Saints participe de la dévotion chrétienne : le saint protège, commande, punit, intercède auprès des puissances plus élevées ; il se spécialise, pour ainsi dire, dans un recours. Il est plus facile proche du commun des mortels et plus facilement accessible à la ferveur populaire.

     

    On prie saint Roch à Wazemmes, saint Calixte à Lambersart, saint Piat à Seclin, saint Guislain à Fiers, saint Matthieu, apôtre, à Wambrechies... A Bergues, on invoque saint Winoc pour arrêter les cataractes du ciel, mais aussi pour faire cesser une sécheresse excessive. A Douai, la fontaine de saint Maurand, patron de la ville, guérit les enfants malades.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

     

    Même chose pour le culte marial : le lieu de prière va également être spécialisé en fonction des miracles qui y ont eu lieu : Ainsi Notre-Dame du Prieuré de Fives accorde la guérison de la fièvre, Notre-Dame de la Barrière, à Marquette, est célèbre, depuis le 16è siècle, car elle a protégé le monastère pendant les troubles religieux. La statue de Notre-Dame de Grâce, à Loos, placée dans un arbre, guérit les apoplectiques.

     

    O comme Omniprésence de l'Eglise

     

    Bref, quelques exemples pour tenter de mieux visualiser le quotidien de nos ancêtres…

     

    Sources

    Dévotions populaires en Flandre au temps de la Contre-Réforme de Louis Trénard

    La vie religieuse à Lille au temps de la Conquête Française de Louis Trénard


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    La paroisse est la cellule de base de l’organisation ecclésiastique.

     

    Sociologiquement la paroisse est une société de fidèles ; ce qui implique un territoire et la preuve de l'appartenance des fidèles à cette paroisse.

     

    1/ La paroisse correspond donc à un territoire limité, pas nécessairement le village d’ailleurs. Une paroisse peut ainsi regrouper plusieurs villages et hameaux ou encore une ville peut être divisée en plusieurs paroisses.

     

    Qu’en est il par exemple à Lille ?

    Au moment où Lille devint française, elle renfermait six paroisses: Saint-Pierre, Saint-Etienne, Saint-Maurice, Saint-Sauveur, Sainte-Catherine et Sainte-Marie-Madeleine. La paroisse Saint- André fut englobée dans les murs, à la suite de l'agrandissement de 1670, et l'église Sainte-Marie- Madeleine intra-muros remplaça celle qui était extra-muros ; il y eut donc alors sept paroisses

     

    En 1678, Gilbert de Choiseul, premier évêque français de Tournai, énumère les divisions religieuses de Lille : « Il y a à Lille sept paroisses très peuplées : leurs pasteurs sont pieux, doctes, zélés et charitables. Les églises sont belles, ornées et bien meublées ; elles ont plusieurs chapelains et clercs qui chantent les offices du jour et de nuit : on les appelle horistes ».

     

    On a dénombré pour chaque paroisse à l’époque (vers 1680) un certain nombre de séculiers : Saint André avec 8 séculiers, Saint Pierre et ses 65 séculiers, Saint Maurice (33 séculiers) , Saint Etienne (40 séculiers), La Madeleine (10 séculiers), Saint Sauveur (24 séculiers) et Sainte Catherine (33 séculiers).

    La présence d’autant de séculiers à Saint Sauveur s’explique par la présence des chanoines du chapitre.

     

    2/ Quant à l’appartenance à la paroisse, elle est établie par le domicile sur le territoire paroissial, mais aussi par la participation aux cérémonies religieuses dominicales ou aux grandes fêtes et par le versement de la dîme.

     

     

    3/ L’église est le symbole de la paroisse, consacrée sous un saint patron, fêtée et célébrée tous les ans.

     

    L’attachement que le peuple porte à son église s’étend généralement à tous ses éléments, les cloches notamment. Ainsi la cloche de l’église de la paroisse de Saint Etienne s’appelle Emmanuel et sonne lors des grandes occasions.

     

    Celle de Saint Sauveur se nomme Jésus. En 1676 on décide de la refondre :  le 14 avril, les marguilliers font une quête pour obtenir l’argent et le marché est passé avec le fondeur. Bientôt, « fut commencé à fouir en la cimentière de sainct sauveur … pour faire le fournage » et le 23 mai « jésus fut abbaissé du clochez en bas, pour le refondre ». « Le 17 juillet elle fut pesé avec des balances dans l’église quand elle fut rompu avec une balle de canon … elle fut pesée pièces à pièces, elle pesoit 6.569 livres ».

     

     

    4/ Fonctionnement de la paroisse

    Un curé et un ou deux vicaires officient dans ces paroisses. Les autres séculiers sont essentiellement des chapelains, des prêtres habitués (ils sont présents dans les stalles et sont chargés de rehausser par leur présence dans le chœur l’éclat des cérémonies) ou des horistes qui chantent les heures pendant la journée.

     

    Les chapelains sont titulaire d’une chapelle. Ils pouvaient entendre en confession et donner la communion mais ne pouvaient pas marier, ou baptiser sans le consentement du curé.

     

    A noter que les pouvoirs temporels du curé sont limités par les marguilliers qui composent le Conseil de Fabrique (composés de notables choisis par le Magistrat). Le Conseil étant chargé de l’administration et de la gestion des biens paroissiaux et doivent rendre des comptes aux échevins.

    Il y a en général 8 marguilliers par paroisse et ils sont notamment chargés de nommer les horistes et les prêtres habitués.

     

    Sources

    La paroisse au Moyen Âge de Monsieur Jean Gaudemet

    La vie à Lille, de 1667 à 1789, d'après le cours de M. de Saint-Léger de Aristote Crapet

     

     


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