• Avoir ses règles .... avant

     

    « Être indisposée », « avoir ses ours », « ses Anglais », « ses culottes françaises », … comment faisaient nos aïeules ?

     

    La question semble incongrue tellement nous sommes habituées, nous les femmes, à une panoplie variée de protections en tout genre comment faisaient nos aïeules pour recueillir leur flux menstruel ?

    N’oublions pas que les règles étaient considérées comme une façon d’évacuer par le sang les déchets et autres impuretés. Elles étaient donc nécessaires pour éviter que la femme ne développe des pathologies nerveuses ou physiques mais elles étaient quand même mal vues.

    Les règles sont en effet nécessaires à la santé des femmes d’après moult médecins et ceci depuis Hippocrate tout de même ! En 1835, dans le dictionnaire de médecine pratique, Martin-Solon12 prescrit de hâter l’apparition des menstrues chez la jeune fille impubère qui serait irritable, capricieuse, triste ou dépressive par l’application de sangsues à la vulve et à l’anus. Si les symptômes persistent, la saignée traditionnelle s’impose alors. D’ailleurs pendant la grossesse on est inquiet : pourquoi la femme n’a-t-elle plus ses règles. Est-ce que cela peut être dangereux pour elle ? et pour le bébé ?

    Jusqu’au XIXe siècle, deux écoles vont s’opposer, l’une prescrivant à la femme des saignées pour aider à évacuer le sang vicié, l’autre pensant que l’aménorrhée est un phénomène naturel et nécessaire à la vie du foetus.

    Surtout on ne savait pas vraiment ce que c’était. N’oublions pas que c’est seulement au milieu du XIXe siècle, que l’on découvre le phénomène de l’ovulation et que l’on commence à lui assigner un rôle dans l’apparition des règles. Mais même en commençant à comprendre ce mécanisme, les préjugés populaires ont la vie dure surtout quand ils sont relayés par la classe médicale qui est encore loin de comprendre ce que sont réellement les règles.

    Du coup bien des thèses de médecine consacrées à la menstruation font une large part aux traditions, aux croyances superstitieuses, voire aux interdits religieux entourant la femme indisposée.

    Ainsi l’Eglise précise que la femme qui a ses règles doit se laver localement, mais aussi prendre un bain complet ; pendant cette période, elle doit être isolée, et « il est interdit à l’homme de reposer avec elle dans le même lit.

    Les effets délétères que l’on attribue (tant l’Eglise que la science médicale) à la femme indisposée sont des plus divers : « Aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur-le-champ et prennent une odeur repoussante (observations de Pline l’ancien).

    « Dans bien des régions de la France contemporaine en effet, on pense que la femme, pendant la menstruation, possède le pouvoir de faire pourrir la viande, notamment la chair du cochon : ainsi, « ces jours-là » du mois, c’est le mari qui descend au saloir, sous peine de mettre en danger la réserve de viande de toute une année. Parfois, ce n’est pas seulement le contact mais le regard même de la femme indisposée qui peut provoquer la catastrophe : en Limousin, au début du xxe siècle encore, aucune femme ayant ses règles n’approche les ruches car un essaim entier pourrait mourir d’un seul de ses regards. Ailleurs, dans le Nord de la France, ce sont les raffineries de sucre que l’on interdit aux femmes au moment de l’ébullition et du refroidissement du sucre, « car s’il s’en était trouvé une parmi elles ayant ses règles, le précieux produit aurait noirci » ; en effet, « le sang menstruel est noir » et pourrait compromettre irrémédiablement l’opération de raffinage».

    Lorsque les femmes se sont émancipées et ont voulu travailler dans toutes les strates de la société, il fut alors nécessaire de prouver que les femmes réglées étaient moins efficaces au travail :

    Ainsi, le discours prononcé en Belgique, en 1946 lors de la rentrée judiciaire par le procureur général, M. Delawayde, intitulé « la femme magistrat » illustre bien ce propos: « Plus faible physiquement, la femme a […] un lourd handicap du fait des menstrues, de la grossesse et de la ménopause. […]

    Les psychologues notent que, pendant ces époques, la femme est encore plus impressionnable, plus susceptible, moins maîtresse d’elle-même, plus soumise à des excès de […] dépressions pouvant aller jusqu’aux troubles mentaux. Menstruation et grossesse peuvent faire tort à ses capacités

    de discernement. La femme est plus portée aux crimes à ce moment. […] Le sexe faible est nettement défavorisé du fait de sa physiologie et de sa psychologie. Or la justice veut des idées claires et non du sentiment ou même de l’intuition. […] Il faudra installer au Palais une pouponnière avec nurse et suspendre les audiences aux heures de têtée. […] Que fera-t-on quand une femme magistrat sera prise de vomissements incoercibles ? […] Et quand une présidente grosse de huit mois devra présider son tribunal avec le roulis d’une frégate désemparée? Ce sont là des complications prévisibles et peu favorables aux prestiges. […] Les autres revers du caractère de la femme, tels le manque de logique, l’entêtement, l’amour du colifichet et des toilettes, découlent de faiblesses fondamentales de la mentalité féminine. » Histoire de règles : Entre religion et médecine (Cécile Audouard)

     

    Comment se protéger ?

    Les Egyptiennes en 1550 avant JC, plaçaient des bandes ouatées dans leur vagin.

     

    Hippocrate nous apprend qu’au Vème siècle avant notre ère, les femmes confectionnaient des tampons pour absorber leur flux avec des morceaux de bois entourés de fibres. Enfin, à Rome on utilisait de la laine, au Japon du papier, en Indonésie des fibres végétales.

     

    La religion chrétienne considéraient quant à elle que l’insertion d’un objet dans le vagin était un pêché donc pas de protection interne et de toute façon pas de protection externe non plus.

     

    La plupart des femmes, semble-t-il, fabriquaient elles-mêmes leurs protections périodiques avec des tissus ; c’était des linges spécifiques utilisés que pour cet usage.

     

    Mais il s’avère en fait que « Dans les zones rurales, certaines ne portaient ni protection, ni sous-vêtements. Quand elles avaient leurs règles, elles laissaient couler une traînée de sang derrière elles. »

    Les femmes qui se protégeaient étaient minoritaires. En effet, il semblerait que changer de sous-vêtements et les laver était jugé malsain ; on pensait que cela pouvait bloquer le sang ou au contraire augmenter son flux.

    Au XIXème siècle, arrive toutefois la ceinture en caoutchouc, ancêtre de la serviette hygiénique. Les femmes la passent autour de la taille et la ceinture tient entre leurs jambes une serviette éponge.

     

     

    Vient ensuite la serviette hygiénique lavable inventée par Kimberly Clark en 1920 et qui reprend ce qui existait avant : une bande de tissu que les femmes attachent à une ceinture à l’aide d’épingle ou d’attaches ; pas pratique ; et de ce fait peu utilisées. On appelait ça des ceintures sanitaires.

     

    « C’était une bande assez large de peut-être trois centimètres, on y accrochait la serviette avec des épingles à nourrice au centre, puis on mettait un slip par-dessus ça. »

    Publicité pour les ceintures sanitaires

     

      

    Le docteur Earle Cleveland Haas, un médecin généraliste, a quant à lui mis au point le tampon dès 1929. Une visite en Californie lui a permis de trouver une solution. Une amie a mentionné à Haas qu’elle insérait un morceau d’éponge à l’intérieur de son vagin pour absorber le flux menstruel. Il a immédiatement pensé à un matériau, le coton comprimé, qui pouvait fonctionner de façon semblable.

    Le premier tampon avec applicateur est vendu en 1936 mais il a fallu beaucoup plus de temps pour que le produit devienne banal sur le marché.

    En 1963 apparaissent les serviettes jetables en France.

    En 1973, c’est la bande adhésive qui arrive sur les serviettes jetables avec Vania.

    Dans le même temps la publicité pour les serviettes hygiéniques et les tampons est autorisée à la télévision.

    Aujourd’hui les industriels rivalisent d’imagination pour notre confort durant ces moments là. Et nous, nous utilions en moyenne sur une vie entre 10 000 et 15 000 protections de toute sorte au grand dam des écologistes ….

     

    Allez voir cet article très intéressant sur un homme qui a sauvé des femmes indiennes en fabriquant une machine simple et peu coûteuse pour produire des serviettes hygiéniques :

    http://www.slate.fr/life/84553/femmes-regles-inde-arunachalam-muruganantham

     

    Sources

    http://www.mum.org = musée de la menstruation (en anglais)

    Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque de Jean-Yves LE NAOUR et Catherine VALENTI

    http://www.asblcefa.be/cefa/images/pdf/histoire-regles.pdf

    Histoire de règles : Entre religion et médecine (Cécile Audouard)

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :