• B comme BAPTEME

     

    Je suis en train de dépouiller les registres paroissiaux de Frouzins, petite commune de Haute Garonne où je vis depuis 15 ans. La période dont je m’occupe en ce moment concerne les années 1700-1715.

      

    Et je suis étonnée de voir que les baptêmes ne se font pas nécessairement de suite après la naissance. Sur 211 naissances par exemple (en 12 ans) j’ai 23% des baptêmes qui se font au-delà de 2 jours et sur ce pourcentage j’en ai 30% qui sont réalisés entre 4 et 8 jours après la naissance (voire même jusque 20 jours !). 

     

    Et cela quelles que soient l’année et la saison, été comme hiver. Je me suis dit que peut-être ils faisaient un « tir groupé » mais même pas vu le peu de naissance chaque mois et les dates de baptême toutes différentes.

     

    Or, je sais que le baptême est un moment important puisque cela permet d’éviter au petiot d’errer dans les Limbes comme une âme en peine, c’est le cas de le dire… s’il venait à mourir. Et pour éviter ce destin funeste, il fallait donc baptiser le bébé de suite après sa naissance. 

     

    La problématique principale étant donc de savoir quoi faire lorsque l’accouchement se passait mal et que le petit était en état de péril de mort ; la sage-femme pouvait en fait dans ce cas ondoyer l’enfant c’est-à-dire le baptiser d’urgence.

    Je vois dans les registres de Frouzins que sur 12 années, il n’est pas fait mention d’ondoiement mais qu’à 3 reprises l’enfant ou plutôt l’ « avorton » a été baptisé à la hâte à la maison (ce qui me paraît tout de même peu eu égard au nombre de bébés morts dans ce village à cette époque, à moins peut être que les actes de baptême ne précisait pas toujours les circonstances du baptême). En tous les cas le petit ,baptisé à la hâte, n’a quand même pas reçu de prénom puisqu’il est désigné sur l’acte par le terme « avorton » et qu’il n’a pas eu de parrain ni de marraine. A t-il seulement été enterré dans le cimetière ?

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     Pourquoi toutes ces complications ? Tout simplement parce que selon St Augustin, sans baptême (qui est la condition du Salut pour le Chrétien), les âmes des enfants morts étaient condamnées à l’Enfer. L’Église, aux XIIIe et XIVe siècles, a tenté d’assouplir cette doctrine pour le moins cruelle en créant pour ces petiots un lieu intermédiaire, le Limbus puerorum. Il n’en reste pas moins que si les Limbes n’étaient pas l’Enfer, ils n’étaient pas non plus le Paradis.

     J’ai donc fait quelques recherches sur ce sacrement que je pensais simple à la base mais qui en fait ne l’est pas du tout, et j’en veux pour preuve un ouvrage très intéressant : L’ancien sacramentaire de l’Eglise écrit en 1699 et 1701 (il y a deux parties) de M. Grancolas, docteur en théologie de la Faculté de Paris. Cet ouvrage parle des divers sacrements de l’Eglise catholiques et notamment du baptême ; et je me suis aperçue que ce sacrement était en fait beaucoup plus codifié et réglementé que ce que je croyais. Je vais essayer de vous résumer ce qui y est écrit.

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    Cet article va être nécessairement long et je m’en excuse par avance.

     

     

     

    En premier lieu, qu’utilise-t-on pour baptiser ? Les Canons d’Egbert, archevêque d’York en 747 sont clairs : ils défendent de mêler du vin avec de l’eau pour baptiser et l’eau utilisée doit avoir été bénite solennellement le Samedi Saint ou la veille de  la Pentecôte. Le concile de Nîmes de 1284 permet d’utiliser de l’eau chaude en cas de nécessité lorsqu’un enfant ne fait que naître et est en danger de mort.

    Le concile de Trente nous dit ensuite que l’on doit strictement prononcer les paroles suivantes : « Ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritus Sanctis ». Il est important de ne rien omettre car si l’on a baptisé uniquement au nom de Jésus Christ,  il faut refaire le baptême nous dit le pape Pelage sauf en cas d’extrême nécessité et que l’on n’a pas le temps de prononcer toutes les paroles, nous précise encore le concile de Nîmes de 1282.

     Le concile de Sens de 1524 permet l’utilisation de la langue française à ceux qui n’entendent pas le latin : « Enfant je te baptise au nom du Père, du Fils et  du Saint Esprit ». Il est donc nécessaire, nous dit-on, d’instruire les sages- femmes pour qu’elle puisse baptiser en urgence dans les règles.

    L’ouvrage évoque ensuite le baptême sous condition. L’Eglise permet en effet de réitérer le baptême de l’enfant si et seulement s’il existe un doute qu’il ait manqué quelque chose d’essentiel la première fois. Ainsi si l’enfant a été baptisé à la maison, le prêtre doit s’enquérir des paroles exactes qui ont été prononcées et ce qui a été précisément fait. Car il ne s’agit pas de re-baptiser l’enfant, ce n’est pas possible nous dit le concile de Langres de 1404.

    Le concile de Rheims de 1583 exige d’ailleurs deux témoins qui puisse déposer comment l’enfant a été baptisé.

    Quid du baptême donné par un hérétique ? Le premier concile d’Arles en 314 sous Constantin nous dit qu’il est valide si les paroles ont bien été prononcées et si la manière est conforme : le concile de Rheims confirme cette décision ; en cas de doute on procèdera donc au baptême sous condition.

    La question se pose de savoir ce que l’on doit faire si l’on trouve des enfants abandonnés car dans ce cas personne ne peut témoigner qu’ils ont été baptisés. Doit-on procéder au baptême sous condition ? Le concile d’Aix de 1585 exige un baptême alors même qu’un billet ou autre note serait attaché et préciserait que l’enfant a été baptisé.

    L’ancien sacramentaire décrit ensuite la manière dont le baptême doit être donné. De 3 manières possibles : par immersion quand on plonge l’enfant dans l’eau, par aspersion quand on l’arrose d’eau, par infusion en versant de l’eau sur sa tête.

    Quelle que soit la manière, ce sera 3 immersions, 3 aspersions ou 3 infusions nous précise le concile de Rheims.

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    Le concile de Nîmes de 1282 demande que les paroles soient prononcées en même temps que les ablutions et ce doit être la même personne qui prononce et qui procède (concile de Langres de 1404).

    Le concile de Chartres de 1526 est plus précis puisqu’il indique qu’en versant l’eau sur la tête de l’enfant il faut faire les 3 infusions consécutives en forme de croix.

    Le concile de Sens de 1524 nous explique qu’il ne faut pas verser l’eau avec la main mais avec une cuillère ou un vase et l’eau versée ne doit pas tomber par terre ni dans les fonts mais dans une piscine destinée à cela (concile d’Aix de 1585).

    Tout un paragraphe est ensuite consacré au ministre du baptême : c’est le prêtre mais aussi le diacre avec la permission du prêtre nous indique Tertullien (théologien du 2ème siècle) qui peut baptiser ; et le prêtre ne peut donner le baptême qu’avec la permission de l’évêque ou du curé.

    Le concile de Frelingue en 1440 demande aux curés d’informer les hommes et les femmes qu’ils peuvent baptiser en cas de nécessité. En revanche le concile de Nîmes précise que l’on ne peut se donner le baptême quelle que soit la nécessité dans laquelle on se trouve.

    Justement en cas de nécessité que faire ? On sait qu’une autre personne que le prêtre peut intervenir mais comment ? Il existe une hiérarchie puisque le concile de Sens de 1524 prescrit qu’un homme baptisera de préférence à une femme, que les père et mère ne baptiseront point s’il se trouve quelqu’autre personne, et qu’un clerc baptisera de préférence à un laïque.

    Le concile de Langres de 1404 a précisé qu’en cas de  nécessité le baptême fait par les laîques ne crée pas d’affinités spirituelles entre eux. En effet il ne faut pas oublier que les parrain et marraine contractent une affinité spirituelle entre eux, avec l’enfant, les père et mère sauf cas de nécessité : le curé doit donc les en avertir.

    Le concile de Bourges de 1584 stipule quant à lui que les sages-femmes ne pourront baptiser qu’en cas de péril évident de mort ; et elles devront être instruite sur la manière de procéder (concile d’Aix).

    Le concile de Nîmes de 1282 indique que quand une femme est en travail et que l’enfant montre seulement la tête et qu’il semble y avoir danger, la sage-femme versera un peu d’eau sur la tête de l’enfant et prononcera les paroles suivantes : « si matre in partu laborante infans extra ventrem matris tantum emiserit caput, et in tanto periculo infans positus nasci nequiverit, infudat aliqua de obstetricibus aquam super caput infantis, dicendo, Ego te baptizo ».

    Mais le concile de Langres de 1404 et le concile de Cologne de 1280 interdisent aux sages-femmes et autres personnes de baptiser les enfants dans le ventre de leur mère sauf s’il est manifeste que l’enfant est vivant et qu’il montre la tête ; il précise que si la femme mourrait en travail et que l’on pensait l’enfant vivant, il fallait ouvrir la mère, et procéder au baptême ; si l’enfant était mort il fallait le laisser dans les entrailles de sa mère nous explique le concile de Paris de 1557 pour les enterrer ensemble.

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    Si l’enfant est mort, le concile de Langres de 1452 cette fois ci condamne la pratique des sanctuaires à répit qui sont très utilisés du XVe siècle au XVIIsiècle (et même encore après) où l’on emmène le bébé dans l’espoir de déceler un quelconque signe de vie même fugace qui permettrait de le baptiser ; la sanction sera l’excommunication.

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    Quand doit avoir lieu le baptême ? Le concile de Sens de 1524 affirme que le baptême doit intervenir dès la naissance et qu’il ne faut pas le différer quelle qu’en soit la raison, notamment qu’il ne faut point le retarder à cause des parrains.

    Le premier concile de Milan de 1585 punit d’excommunication ceux qui différeront jusqu’à 9 jours. Le concile d’Aix de 1585 également confirme la sanction pour les parents qui attendent plus de 8 jours.

    De même le concile de Rheims de 1583 demande que le prêtre soit diligent et donne le baptême aussitôt qu’il en est requis, et donc à toute heure bien que le concile de Mayence de 1549 stipule que sauf cas de nécessité le baptême devra avoir lieu le matin, devant ou après l’Office.

    Le concile de Cologne préconise d’être à jeun pour être plus attentif et le concile de Narbonne de 1619 défend de le faire dans les maisons des grands seigneurs et les chapelles privées, cela étant réservé pour les enfants des rois et des princes (concile de Chartres 1526).

    Si jamais en cas de nécessités le sacrement est fait à la maison, l’eau du baptême doit être jeté au feu et le vase ou bassin utilisé devra être donné à l’Eglise (Constitutions de l’Evêque de Sarum en Angleterre – 1217).

    La codification de ce sacrement va loin puisque la façon de se vêtir est également l’objet d’un paragraphe : le concile d’Aix de 1585 défend que  les enfants soient superbement vêtus ; le prêtre ne doit pas les accepter dans cet état ; le baptisé doit être en revanche revêtu de blanc, symbole de l’innocence et de la grâce ; cette condition est réduite dans la plupart des cas au bonnet appelé le chrémau (ou chrémeau) ; ce chrémau ou langes enveloppait autrefois l’enfant ; le concile de Troyes de 1400 demande qu’on les fasse amples et larges pour justement permettre cet enveloppement ; le concile de Paris de 1557 demande aux mères après qu’elles se soient relevées de leurs  couches d’amener les bonnets à l’Eglise pour les y brûler afin d’éviter qu’ils ne soient utilisés de façon profane ou encore pour y être utilisé à des usages saints (Constitution de Sarum de 1217).

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    L’ancien sacramentaire précise ensuite qu’il n’est pas possible de demander le baptême au son des tambours et autres instruments (concile d’Aix) mais il est possible en revanche de jouer de l’orgue et de sonner les cloches après, en signe de joie (concile de Rheims) tout en prenant soin de se comporter avec modestie et de ne pas faire de bruit ni de tumulte.

    Il peut arriver que l’on baptise plusieurs enfants en même temps mais là aussi un ordre doit être respecté : on commence toujours par le garçon sauf cas de nécessité (concile d’Aix).

    Le baptême des monstres est évoqué rapidement : il faut déterminer qui est mâle et femelle, voir s’il y a deux têtes et deux corps distincts pour savoir si on les baptise ensemble ou l’un après l’autre.

    Que peut-on dire sur les parrain et marraine ? Le Concile de Trente exige un de chaque. Le concile de Chartres de 1526 en demande deux ; le concile de Sens 1524 quant à lui défend d’en prendre plus de 3.

    Le parrain et la marraine seront instruits des principes de la religion (concile de Paris). Le concile de Rheims défend aux moines et religieuses d’être parrains et marraines et celui de Chartres de 1526 demande à ce que ces derniers aient au moins 10 ans et demi, tandis que celui de Rouen 1581 exige 14 ans. Ils seront de bonnes mœurs et confirmés (concile d’Aix)

    Le concile d’Aix demande également de la modestie dans leurs habits et que les hommes quittent leurs armes.

    Il sera ensuite donné aux enfants le nom d’un saint ou d’une sainte pour être incités à admirer  et suivre leur vertu (concile de tours de 1583).

    Les fonts doivent être fermés pour éviter sortilèges et profanation de l’eau bénite (de nombreux conciles le rappellent et demande à ce que l’eau soit renouvelée souvent). Le concile de Paris de 1557 ordonne de renouveler tous les ans les saintes huiles et qu’elles soient confiées au curé. Celui-ci devra tenir des registres où seront mentionnés le jour du baptême, les nom et surnom du baptisé, des parrains, marraines, des père et mère et le concile d’Oxford de 1287 exige que soit mentionné si l’enfant est né légitimement.

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    Le concile de Bourges de 1584 défend que l’on oublie une cérémonie sous peine d’anathème c’est-à-dire les exorcismes, les demandes et les onctions.

    De nombreux conciles demandent aux prêtres d’informer les laïques sur la signification du baptême. Ainsi il faudra leur expliquer les points suivants :

    • On donne un nom à l’enfant pour lui rappeler qu’il est enrôlé dans la milice du christ
    • Le prêtre souffle sur l’enfant pour apprendre l’approche du Saint Esprit qui va chasser le démon du catéchumène

    • On fait le signe de la croix sur le front et la poitrine pour marquer le sceau du christ

      Le signe sur la poitrine permettra de chasser le démon du cœur

    • Le prêtre étend les mains sur l’enfant en disant les prières pour marquer l’autorité et la puissance de Jésus Christ et consacrer l’enfant

    • On met le sel bénit dans la bouche de l’enfant, le sel sapienta car il est le symbole de la sagesse et de la prudence que doit incarner le chrétien dans sa conduite.

    • Le prêtre fait des exorcismes pour chasser les démons le prêtre fait des onctions avec de la salive aux oreilles à l’exemple de Jésus Christ  qui fit ainsi pour guérir un homme muet et sourd ; la salive est un liquide qui descend du cerveau et il est donc symbole de sagesse ; avec cette onction on avertit qu’il faut avoir les oreilles du cœur ouvertes pour entendre la voix de dieu

    Avant de baptiser on doit s’assurer de la volonté de celui qui se présente et après le baptême on fait l’onction avec le saint chrême sur la poitrine (le front étant réservé aux évêques)

    Le chrême doit être béni par l’évêque et est constitué d’huiles et de baume

    La dernière action du baptême est de donner au baptisé un cierge allumé qui représente la lumière et la foi qu’il a reçues

    Le 1er concile de Milan et le concile de Narbonne de 1609 condamnent la pratique de mettre ensuite l’enfant sur l’autel tel une offrande à Dieu car il y a eu des abus de la part de prêtres qui demandaient quelque chose pour rachat de l’enfant.

    Le concile de Chartres de 1526 demande que le prêtre soit revêtu du surplis et d’une étole.

    Le concile de Mayence de 813 et de Cologne en 1549 demandent que le repas de baptême ne soit pas excessif (concile de Chartres en 1526). Le prêtre ne peut pas se trouver à ces repas parce que souvent il y est dit des choses indignes d’être entendues par un ecclésiastique.

    Après leurs couches les femmes viennent à l’Eglise avec des cierges  pour se purifier et pour remercier dieu d’avoir évité les périls auxquels les exposent leurs couches.

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    Les conciles recommandent enfin aux prêtres d’informer les parents de ne pas faire coucher l’enfant avec les père et mère avant un an sous peine d’excommunication pour éviter de l’étouffer. Le concile de Chartres de 1526 demande d’attendre les 3ans de l’enfant.

     

     

    Il y aurait encore beaucoup à dire mais je m'arrête là. Je constate que les règles édictées n'étaient pas toutes respectées, loin de là. Mais ces quelques lignes me donnent finalement un éclairage plus vivant et plus pragmatique de cette cérémonie.

     

     

     

     

     

     


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