• D comme Dépôt de mendicité

     

    Nous avons déjà vu dans un précédent article les raisons de la création des dépôts de mendicité au 17/18ème siècle et qui y était enfermés.

    Dans cet article, nous nous intéresserons au quotidien de ces dépôts.

     

    Le dépôt de Bayonne a été difficile à mettre en place ; Bayonne est une « ville petite, fortifiée peuplée », où les gens sont « tous les uns sur les autres ». Et personne ne veut d’un dépôt de mendicité à côté de chez lui !

    Une petite maison est finalement trouvée : en fait un « immonde boyau obscur » (27m de long sur 5 de large), proche de la rivière. Ce logement privé de lumière, de soleil et d’air est vite surpeuplé.

    En janvier 1785 il y avait 100 détenus ; en août il ne restait que 78 pensionnaires affamés, hébétés et en guenilles. Des femmes surtout en comptant les fillettes, plutôt jeunes (moyenne d’âge de 31 ans), quelques sexagénaires, 8 enfants dont 2 nourrissons et quantité d’invalide : 9 fols et folles, 5 estropiés, 15 impotens et infirmes, un imbécile et un aveugle.

    Aucun de ces mendiants n’a de profession excepté un chirurgien de Labatut (rivière basse) incarcéré depuis 4 ans et un jeune laboureur.

    7 des pensionnaires occupent un poste à responsabilité : porte-clés, prévôts, et prévôtes infirmières.

    13 des 78 pensionnaires étaient là depuis 10 à 15 ans

    A noter qu’en 1785 les détenus se révoltent car les fournisseurs de pain et de légumes « non payés depuis un temps considérable » ne les ravitaillent plus

    Le dépôt de Bayonne a des horaires de repas assez stricts : 11h en hiver, 12h en été ; le souper est à 5h en hiver et 7h en été ; une distribution de pain se fait à 7h en hiver et 8h en été. Il est précisé dans le règlement interne que les convalescents auront droit 1/18ème de pinte de vin à chacun des deux repas.

     

    Le dépôt de Pau n’est guère mieux loti, fin 18ème siècle : il est situé dans les fossés qui séparaient la ville du faubourg de la Porte Neuve ; endroit malsain, aux eaux croupissantes, difficile à assécher.

    Il est constitué d’un rez de chaussée où se trouvaient le concierge et ses appartements ; au 1er étage deux grandes pièces pouvant contenir chacune 12 châlits, 4 personnes dormant ensemble dans le même lit.

    Au 2ème étage se trouvaient 2 autres grandes salles capables d’abriter le même nombre d’individus ; dans les combles étaient installés 2 châlits et dans la galerie, il y avait aussi 4 châlits. Se rajoutent à cet ensemble une chapelle, une grange et une infirmerie

    Pour dormir, on mettait pour les valides de grandes caisses avec au fond de la paille et deux couvertures de laine clouées au bout du lit, les mendiants y couchant 4 par 4.

    Le poste nourriture coûte cher et l’idée est de le réduire au maximum ; on va donc distribuer essentiellement du pain, du riz et des légumes (pois, lentilles, fèves ou haricots).

    Le riz « économique » comme il est appelé à l’époque c’est à dire où il n’y a que du riz, du pain et du lait dans la recette pourrait toutefois « devenir accablante et insupportable » tant ce plat est fade ; il est donc conseillé « d’accoutumer insensiblement » les détenus en ne servant  du riz qu’un jour sur deux.

    Les insolens et les indociles n’auront que du pain, celui-ci étant composé d’un tiers de froment, d’un tiers de seigle et d’un tiers d’orge pour le rendre moins cher.

    La viande n’est pas oubliée : elle sera utilisée principalement dans les soupes et le bouilli, le bœuf étant la viande la plus répandue avec le lard séché.

    Bref une nourriture somme toute monotone.

    Quant aux vêtements, les instructions gouvernementales prévoyaient « 3 chemises pour deux personnes mais de la toile la plus grossière, bas, sabots, culottes de même étoffe et un bonnet de laine, aux femmes un corset, un cotillon un juste de bure, 3 bonnets piqués et 3 cornettes pour deux ».

    Les sabots furent finalement remplacés par des espadrilles ou esparteygnes mais cela ne s’avéra pas concluant et des pantoufles en cuir furent commandés.

    La vie des détenus au dépôt se résume à de petits évènements sans importance particulière ; ainsi un extrait du « Journal de ce qui s’est passé au dépôt d’Auch depuis le 31/12/1787 jusqu’au 11/01/1788 » rédigé par le régisseur nommé Diénon, nous donne une idée de la routine d’un dépôt :

     « Le 1er du dit mois il est arrivé un convoi de 12 mendians venant du dépôt de Toulouse composé de 10 hommes et 2 femmes.

    Le 2 il ne s’est rien passé d’extraordinaire

    Le 3 le nommé Raymond Darolles est tombé malade, il a été envoyé à l’infirmerie

    Le 4 la nommée Barthélémy Aignasse est sortie de l’infirmerie

    Le même jour la nommée Marie Sabater fut mise au cachot pour avoir insulté la femme chargée de faire les instructions et avoir tenu des propos séditieux au catéchisme

    Le 5 la nommée Sabater fut mise dehors du cachot

    Le 6 les nommés Pierre Rey, Jean Lafargue, et Françoise Cavé descendirent des infirmeries où ils avaient été envoyés pour cause de maladie

    Le 7 le nommé pierre Gabriel Blagnières fut renvoyé du dépôt par ordre de Mr l’Intendant

    Le 8 le nommé Antoine Saint Pasteur fut mis au cachot pour avoir maltraité de coups de bâton un de ses camarades qu’il a grièvement blessé

    Le 9 la nommée Jeanne Soubireau tomba malade, elle fut envoyée à l’infirmerie

    Le 10 le nommé Antoine Saint Pasteur sortit du cachot et se réconcilia avec son camarade qu’il avait maltraité . Le dit jour la nommée Catherine Rias est montée à l’infirmerie par ordre du médecin »

     

    On voit dans cet extrait que l’infirmerie ne chôme pas ; en effet les maladies sont inévitables vu la promiscuité qui règne et le manque d’hygiène.

    Ainsi la seule mesure d’hygiène au dépôt de Pau est le « changement des chemises tous les dimanches et pour les hommes la rature hebdomadaire » dont était chargé le chirurgien, de mauvaise grâce d’ailleurs.

    Les maladies de peau sont légion dans ce type d’établissement (gale et teigne notamment)

    En 1778 à Bayonne une terrible épidémie sévit au dépôt qui quelques mois plus tard fera périr tous les enfermés, 160 nous dit le curé de Bayonne Hiriart

    Fin mai un état des lieux est fait : « Jean Husson, imbécile de 24 ans et aveugle : impossible de lui faire prendre des remèdes

    Marie Lalanne, épileptique

    Jacques Fougere 72 ans infirme mort subitement

    Jean Percheron 52 ans crachait du sang

    Manifestement c’est bien d’ « une fièvre putride d’un caractère malin maligni morir »  dont il s’agit et qui persiste en dépit des aspersions de genièvre, d’encens de lavande.

    Des vomitifs et purgatifs sont distribués , des veccicatoires et sinapisme sont appliqués

    Ctte épidémie fait fuir ‘de terreur » 23 détenus par un « trou creusé au niveau du plancher du 1er étage , 18 pouces de hauteur et à peu près autantd e largeur » (une cinquantaine de cm)

     

    Les mendiants ne doivent pas rester inactif et doivent travailler en fonction de leur capacité, ce qui permettra en plus de « ramener » de l’argent au dépôt ; le salaire des ouvriers reclus étant en effet partagé de la façon suivante : 1/3 pour la personne et 2/3 pour le dépôt.

    On va apprendre un métier aux plus jeunes ; et également les instruire, l’idée étant de les remettre sur le droit chemin. Les métiers sont divers : confection de draps, de chemises, fabrication de pain, confection de paniers, tissage es étoffes, décorticage du lin et du chanvre, …

    Ceci étant le chirurgien Laborde à Bayonne estime seulement à une vingtaine les hommes et femmes sur 144 susceptibles de travailler

    Du temps est également pris pour la prière et les divers offices religieux

     

    « Mémoire sur la manière d’accommoder le riz pour les mendians enfermés du dépôt de Bayonne »  archives départementales pyrénées atlantiques  C 298

    «1° pour former une ration il faut 2 onces et demie de riz, 6/7ème de pinte d’eau et 2 onces et demie de pain et 1/7ème de pinte de lait

    2° au riz destiné à 144 mendians on ajoute 16 gros de poivre et une livre de sel

    3°on met au riz du laurier et on en règle la quantité par le gout que cette feuille donne car cette feuille n’est d’aucune dépense

    4° on doit porter à la préparation du riz la plus grande attention ; pour faire bouillir à petit feu la marmite ou chaudron pendant 3 heures… et il faut continuellement faire remuer pendant ce temps là le riz par le moyen d’un bâton de bois qui dit être fait exprès et qui doit avoir le bout destiné pour être mis dans la marmite ou chaudron en forme de petite pelle parce que ce bout ait prise dans la marmite ou chaudron pour faire remuer le riz

    5°on laisse après le riz presque refroidir avant de le distribuer : cette distribution se fait au dépôt de Baypnne de 3 jours l’un entre 11h et midy

    6°on a pourvu tous les mendiants d’écuelle ou vase de terre ; on fait monter la marmite où est le riz au devant de la porte de l’appartement du 1er étage du dépôt et c’est là où se présentent les mendiants pour en recevoir chacun la ration qui doit lui être distribuée. Cette distribution se fait avec une grande cuillère qui a peu près tient une livre et demie de riz

    °7 et comme les mnedians ne peuvent attendre sans prendre quelques substances jusqu’à 11h ou midy les jours auxquels ils doivent être au riz on leur distribue la livre de pain le matin entre 8 et 9 heures

    8° le pain qui entre dans la préparation du riez n’est pas pris sur la livre distribuée »

     

    Source

    Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy

    La table du Sud-Ouest et l'émergence des cuisines régionales: 1700-1850 de Philippe Meyzie

    « C comme Crises démographiques aux 18 et 19ème siècleMIchel Marcelin CATALA »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 11 Novembre à 22:24
    Christelle
    Que d'articles intéressants dans votre challengeAZ ! Deux de mes ancêtres sont morts en dépôt de mendicité donc ce sujet m'intéresse particulièrement !
    2
    Hier à 10:44

    Merci à vous ! happy

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