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  • Tout est manifestement un problème de logistique ….

    Théoriquement, le soldat de Louis XIV avait droit à une ration quotidienne de 2 livres de pain (734 g), ration qui était plus élevée pour la cavalerie et les officiers.

    Si l’on considère que l’on a une armée de 60 000 combattants à l’époque de Louis XIV, on peut estimer avoir besoin de 90 000 rations de pain, car il faut ajouter aux combattants les hommes qui s’occupent du transport, les travailleurs qui suivent une armée et les rations supplémentaires pour les officiers qui sont mieux nourris). Ce chiffre est considérable si on considère 1/ l’absence de logistique de ravitaillement, 2/ les dévastations de la guerre n’aident pas aux travaux des champs et quand on sait 3/ que les capacités des moulins et des fours locaux sont insuffisantes.

    Et que dire du fourrage ? Dans une armée théorique de 60 000 combattants, dont 20 000 cavaliers et 40 000 fantassins, plus les animaux de trait pour le transport de l’artillerie, du matériel de campement et du ravitaillement, il faudrait 40 000 rations de fourrage, une ration de fourrage correspondant à 25 kg de fourrage vert (un peu moins s’il s’agit de fourrage sec). Au total, on arrive donc au chiffre énorme de 1000 tonnes de fourrage à fournir chaque jour.

    Impossible de tout faire venir de l’arrière par des magasins, car il aurait fallu un nombre considérable de chariots pour les transporter, lesquels chariots étaient tirés par des animaux de trait qui consommaient eux-mêmes du fourrage.

    Bref, le déficit en logistique implique de se fournir sur les territoires conquis. D’où les réquisitions en nature ou en espèce. Auxquels s’ajoutent les pillages désordonnés de la soldatesque.

    rras

    A noter que l’une des raisons du siège de Lille de 1708 était que la ville devait servir de magasin pour les troupes en route vers Paris.

     

    Ce que subissent les villageois en temps de guerre

    En temps de paix, les villages subissent une fiscalité ordinaire : la trilogie royale, paroissiale, seigneuriale : taille, dîme, cens/champart.

    En temps de guerre, ce n’est plus la même chose.

    - A court terme il faut prévoir un alourdissement de la fiscalité royale à laquelle s’ajoutent les réquisitions et contributions de guerre : les troupes exigent leur nourriture et le foin pour les montures et se servent sur les réserves du village et n’oublient pas à côté de piller et de massacrer … d’où une hausse de la mortalité.

    - A moyen terme, le village s’appauvrit du fait des destructions et vols répétés ; les hommes s’endettent, les mariages se font rares, la natalité baisse.

    - A plus long terme, les terres retournent en friche, plus de blé, plus de vignes plus de ressources. Disette, famine, malnutrition, épidémies.

    Ainsi, pour ne donner que trois exemples en région wallonne : le village des Avins fut durant la guerre de Hollande (1671-1679) abandonné 3 ans par ses habitants ; la communauté de Hamoir perdit la presque totalité de ses biens communaux pour apurer les dettes contractes lors des guerres du 16 et 17ème siècle.

    A Huy les guerres des 17 et 18ème siècle amènent la ruine d’une petite industrie sidérurgique ; la ville contracte suite aux guerres de Louis XIV une dette de près de 700 000 francs dont elle a à peine remboursé le 1/20ème lors du rattachement à la France.

    Dans le Nord de la France, les Espagnols, en 1693, demandent 30 000 florins à Rumegies au titre des contributions de guerre !

     

    Les paysans face à la guerre

     

    Le principe des contributions

    Les contributions étaient établies par des conventions passées entre les autorités locales et les représentants du roi : elles établissaient les obligations financières et promettaient la protection à ceux qui les payaient régulièrement. Les communautés et particuliers concernés recevaient un document dit de sauvegarde.

    Les particuliers et communautés échangeaient des victuailles, des rafraîchissements, de l'argent, des terrassiers, des chevaux contre une lettre de sauvegarde qui les place sous la protection des gens de guerre. Dans la pratique, cela prend surtout la forme d'un chantage à l'incendie : pas de contributions = incendie du village..

     

    Les paysans face à la guerre

    pillage et incendie d'un village par Callot

    Une sauvegarde : document délivré par les chefs de l’armée d’occupation attestant que telle personne avait payé sa part de contribution et devait être à l’abri des extorsions des gens de guerre

    Un sauvegarde : soldat prêté à un particulier (souvent un chatelain, une abbaye, un couvent) pour servir de protecteur moyennant bien sûr finance.

     

    Ceci étant même avec une sauvegarde, personne n'est à l'abri des exactions militaires.

    Les autorités espagnoles vont tenter de réduire les nuisances que la soldatesque inflige à sa propre population. Ainsi, le 27 juin 1635, le cardinal infant ayant été informé que « aucun soldats tant de cavallerie que d'infanterie s'advancent à rançonner les maisons où ils sont logez sous prétexte d'empescher la ruine d'icelles, ou foule des autres (...) défendons aux soldats de ne prendre aucune chose es lieu ils passeront ou logeront, se contentant de la nourriture ordinaire de leur hostes (s 'il y en a) sans extorquer argent ou en recevoir soit de leur dicts hostes ou de ceux qu'ils rencontrent es chemins sous prétexte de rédemption de logis (...) à peine de trois traicts de cordes ou aultres plus griesve selon l 'exigence du cas".

     

    Cependant ce principe des contributions ne peut fonctionner que si elles sont raisonnables ; trop importantes, les villages ne peuvent verser la totalité de ce qui est demandé; or en cas de non exécution, les représailles peuvent être disproportionnées : comme l'incendie du village en entier.

    Les paysans face à la guerre

    Dans les faits, ce principe dérapa très vite ; à tel point que lors des conférences de Deynze (au sud est de Gand) en janvier 1675, Français et Espagnols ont tenté de s’entendre pour limiter le niveau des contributions. Les négociateurs ont également condamner les incendies du moins tant que les populations n’ont pas déserté les villages et à la place il fut convenu que des otages pourront garantir le paiement.

    Ce ne fut qu’un vœu pieux …

     

    Les excès de guerre reprennent de plus belle : aux exécutions des uns répondent les représailles des autres. « S’instaure alors une arithmétique brutale : pour chaque maison ou village brulés situés sur un territoire placé sous la protection de Louis XIV, de 2 à 50 villages ou maisons ennemis sont condamnés à l’incendie. » Ainsi en 1684 Louvois ordonne au comte de Montal de brûler 20 villages près de Charleroi sous prétexte que les espagnols ont détruits deux granges placéess aux extrémités de deux villages français.

    Ou encore Louvois à Chamilly le 6/10/1676 : « Je vois avec plaisir que vous avez commencé à brûler la vieille ville de Gand. Je vous prie de continuer … et de piller et brûler là jusqu’à ce que les populations aient rempli les engagements du traité .. et de ne cesser que lorsque vous serez informés qu’ils l’ont bien faits ».

    Les paysans face à la guerre

    pillage par Callot

     

    Logement des troupes

    Par ailleurs il ne faut pas oublier que les habitants doivent loger aussi les gens de guerre ; en principe le séjour des troupes est interdit dans les villages car les bourgs et les villes sont mieux armés économiquement parlant pour les géreer mais en fait les villes laissent le plus souvent tomber cette charge sur « les petits lieux de la campagne ».

    En général les officiers vont loger chez les bourgeois, les sous officiers chez les plus gros cultivateurs et les simples soldats tant à la charge du reste de la population.

    En 1747 à St Gilles dans le Gard, le maire se désole de voir un bataillon espagnol aux portes de son village et composé de 44 officiers, 663 soldats, 50 femmes et 100 chevaux. « Je vous avoue que ma situation est triste de nous voir dans la dure nécessité de mettre trois ou quatre soldats dans la maison d’un habitant qui n’a pas de pain à manger »

    Un règlement de 1641 stipule pourtant de loger les soldats dans les halles granges et autres lieux couverts de façon à soulager les habitants. Mais encore une fois cette règle n’est pas observée il faudra attendre la construction de casernes qui débute au 18ème siècle pour avoir des endroits réellement spécifiques au logement des soldats, le logement chez l’habitant devenant l’exception regrettable ; ce sera le début des villes garnisons.

     

     

    Les paysans face à la guerre

    Caserne de Charras

    En attendant les armées séjournent où elles peuvent, rançonnant, pillant, ravageant tout sur leur passage. Les hommes sont massacrés, les femmes violées puis massacrées, les enfants martyrisés, les villages sont pillés, tout ce qui ne peut être emporté est brulé, les troupeaux sont emportés, les puits empoisonnés, les arbres coupés, les terres dévastées, les récoltes volées, les loups en profitent pour rôder  autour des cadavres et  les taxations diverses finissent d’affamer les survivants en installant plus ou moins durablement la disette et la famine.

    Les paysans face à la guerre

    maraude de Callot

    Les témoignages rapportent les mêmes faits, peu importe l’époque, les lieux ou les armées en présence.

    Les survivants préfèrent alors fuir et abandonner leurs maisons ; ils affluent dans les villes avec pour seule conséquence de grossir la population d’indigents ; en attendant les labours ne se font pas, les semailles sont tardives, les vignes mal taillées. Bref l’économie d’un pays peut basculer très vite dans le rouge sans parler bien sûr de l’équilibre démographique très fragile déjà en temps de paix.

     

    Voir ici et ici pour des témoignages de pillages en temps de guerre

     

    Sources

    Prendre l'argent plutôt que le sang : la contribution de guerre au XVIIe siècle : Christian BAES

    La pauvreté dans la région liégeoise à l’aube de la révolution industrielle de Nicole HAESENNE PEREMANS

    Les villageois face à la guerre (14-18èm siècle) de Charles DESPLAT

    Les occupations étrangères en Belgique sous l’Ancien Régime de VAN HOUTTE

    De la guerre de siège à la guerre de mouvement : une révolution logistique à l’époque de la Révolution et de l’Empire de Jean Philippe CENAT

     

     

     

     

     

     


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  • Occupation hollandaise : le Jugement dernier sera-t-il plus effroyable ?

    « Ce qui comble notre misère c’est que les Français fuient de tous côtés. Ils ont abandonné Tournai sans troupes presque et sans munitions ; et les alliés en ont fait le siège, siège fatal pour notre pauvre communauté, qui fait le tombeau de plus de trois cents de ses pauvres habitants en moins de trois mois. (le registre des décès relève 180 morts pour 1709 ; il est vraisemblable que le chiffre de 300 comprend ceux qui sont morts durant l’exil de la population dans les villes et villages voisins).

    Ce siège donc se fit le 26 de juin 1709. Les Hollandais qui n’avaient point voulu ou osé forcer le maréchal de Villars aux lignes du Pont à Vedin, résolurent d’abandonner ce poste et feignant d’aller vers Ypres vinrent droit à Rumegies. L’armée était dans la paroisse et nous ne le savions point. Nous prîmes une sauvegarde et ce jour nous ne perdîmes rien ; ils allèrent prendre Saint Amand. Mais le 27, Bon Dieu ! quelle journée ! Le Jugement dernier sera-t-il plus effroyable ? Seigneur, quand je me veux faire une idée du dernier avènement, je me le représente. Comme j’avais un sauvegarde du prince d’Orange, la plus grande partie des paroissiens se sont retirés en la maison pastorale avec leurs bestiaux. Tous les meubles généralement étaient dans l’église. Plus de dix mille maraudeurs armés de pistolets de poches, de baïonnettes, d’épées, de grands bâtons sont venus fondre sur cette maison et sur l’église ; et ils ont tout entièrement mis en ruine. Ils ont pris plus de cinquante vaches et bien trente chevaux ; et après avoir pillé, débilié hommes, femmes et filles, ils en ont violé plusieurs et tué à coup de bâton ».

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 18 - Occupation hollandaise : le Jugement dernier sera t il plus effroyable?


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  • « Jamais on n’avait vu un hiver plus agréable. Les victorieux (voir le siège de Lille et la note du curé ici) en profitèrent. Ils prirent au mois de dédembre 1708 Gand, Bruges. Mais la nuit du 5 au 6 janvier 1709, il commença un hiver qu’on appelera jusquà la fin du monde le gros hiver. Il a commencé après cinq ou six jours de grosses pluies et dura trois mois, d’une force incroyable, entremêlé de dégels qui ne duraient que quelques heures , de neige que le vent chassait dans les enfddroits les plus bas, de sorte que tous les blés généralement furent gelés et on n’a point échappé un seul grain de colza. Pendnat ce cruel hiver, on voyait des terribles signes ou phénomènes dans les cieux. Les plus gros chênes des bois et la plupart des autres arbres se fendaient de part en part. les pruniers, abricotiers, cerisiers moururent ; et les autres arbres engelés ou à demi gâtés. Dès que les marchands de grains virent les grains engelés, ils en haussèrent le prix très considérablement ; et le grain que j’avais vendu l’année d’avant 14 patars le havot, je l’ai vendu 12 livres (14 patars font 1 livre et huit sous). C’était de méchant métilion qu’on ne savait vendre auparavant".

     

    Voir les articles sur l'hiver 1709 ici et ici


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    Siège de Lille en 1708

    Pourquoi ce siège ?

    Tout a commencé avec la mort de Charles II d’Espagne en 1700 puisqu’en effet celui-ci meurt sans héritier. Or au vu des possessions espagnoles (n’oublions pas que Charles II est roi d'Espagne, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, duc de Bourgogne et de Milan, souverain des Pays Bas) et des liens que l’Espagne entretient avec les Habsbourg d’Autriche, les grandes puissances européennes ne sont pas prêtes à rester sans rien faire …

     Trois candidats sont en lice :

    • Louis XIV réclame l'Espagne au nom de son fils aîné, Philippe d’Anjou, qui, de par sa mère l’infante Marie-Thérèse (1660), est petit-fils de Philippe IV d'Espagne et neveu de Charles II
    • Joseph-Ferdinand, prince électeur de Bavière, arrière-petit-fils de Philippe IV veut également le trône
    • Léopold Ier, empereur du Saint Empire romain germanique, qui a épousé l'une des filles de Philippe, réclame aussi la succession pour son fils, l'archiduc Charles.

     

    Un traité, signé en 1698, désigne Joseph-Ferdinand comme héritier principal mais son décès remit tout en question.

    Un second traité, signé en 1700, attribue l'essentiel des possessions espagnoles à l'archiduc Charles.

    Mais les Espagnols persuadèrent finalement le roi Charles II de nommer sur son lit de mort le petit-fils de Louis XIV comme héritier unique ce qu’il fit dans son testament (voir ici).

    Siège de Lille en 1708

    Philippe d'Anjou couronné roi d'Espagne

     

    Et là bien évidemment rien ne va plus … L’Angleterre, la Hollande et le Saint-Empire se réunirent en une Triple-Alliance pour reprendre la couronne d’Espagne. Nous sommes en 1701.

    Sept ans plus tard, les 3 belligérants se retrouvent devant Lille.

     

    Siège de Lille

    Pour entamer ce siège, les assiégeants font partir depuis Bruxelles le 6 août, un convoi de 6 000 chariots de munitions de guerre, 94 pièces de canon et 60 mortiers du premier calibre. Le siège de Lille est très vite complet et les forces très supérieures en nombre ne donnent que peu d’espoir aux assiégés. La ville se voit entourer par un impressionnant parc d’artillerie compris de la Deûle à la Marque : 120 pièces de canon, 40 mortiers et 20 obusiers.

     

    Siège de Lille en 1708

    Un document de l’époque écrit par Maximilien Prévost, maître (directeur) de l’Hôpital Notre Dame de Seclin depuis 1690, décrit précisément, de l’extérieur, le siège et ses conséquences sur les habitants aux alentours.  Il avait 67 ans lors du siège.

    Prévost annonce dès son introduction que ce siège « a presque ruiné cet hospital » ; plus loin il signale même qu’il « n’est point arrivé un désastre semblable à cet hospital, soit par rapport aux pertes, soit à l’égard de la longueur du temps ».

    Siège de Lille en 1708

    Hôpital de Seclin

    Le siège eut en effet un impact important sur les environs à cause des incessants pillages tant de l’armée ennemie que de l’armée française. Et pourtant l’hôpital s’était assuré des sauvegardes délivrées par le prince d’Orange, par le prince Eugène de Savoie et par le duc de Marlborough (ancêtre de Churchill).

     

    En vain…

    Tout au long du siège les habitants des différents villages alentours vivent dans la crainte des pillages et autres violences.

    Une première ligne face au site assiégé (ligne de contrevallation) empêche toute sortie de l’armée assiégée. Derrière elle, l’armée assiégeante établie une seconde ligne dite de circonvallation, afin de parer à toute attaque ennemie de secours. Mais Malborough encore plus prudent fit établir un retranchement en amont avec de la cavalerie et de l’infanterie qui se déployaient de Wattignies à Péronne sur « un front, dans la longueur d’une lieue, avait un fossé large de douze pieds et profonds de six. L’artillerie était placée sur les retranchements dans les endroits plus convenables. Ce fut par de telles mesures de Marlborough, profitant des lenteurs d’un ennemi irrésolu et divisé, vint à bout de mettre sa position à l’abri de toute attaque ». Le hameau actuel d’Ennetières était à l’époque un fort de retranchement dans ce dispositif.

    Siège de Lille en 1708

     

    Pendant ce temps, à l’intérieur de Lille

    « Les hôpitaux de Lille sont évacués et tous leurs malades transportés à Douai. Des proclamations, placardées dans les rues, exhortent les habitants à concourir à la défense de la cause publique et de leurs propres foyers en péril. On poursuit sans retard le dégagement des abords de la place, commencé par monsieur de Lee. Les arbres et les haies des faubourgs sont partout coupés à 300 toises des murs de la ville (une toise = 6 pieds = 1.949 m). L’ennemi paraît le 12 août en vue de Lille, venant de la chaussée de Menin. Aussitôt le même soir, vers sept heures, Boufflers fait brûler toutes les maisons et censes de la porte de la Madeleine jusqu’à la Maladrerie, le long du chemin de Menin. Seules la maison du curé de la Madeleine et une chapelle attenante sont gardées pour servir de postes avancés à la défense. Le lendemain, à 10 heures et demie du matin, le faubourg de Fives subit le même sort. Pour dégager les abords de la redoute de Canteleu (système de fortifications à l’extérieur d’un fort plus grand), le maréchal donne l’ordre de mettre le feu aux maisons du pont « qui forment une espèce de bourg ». Il fait encore brûler en avant de la porte de Saint André, un petit château appelé le château d’Ouchin et une maison voisine dénommée la Cayère. Les palissades manquent. Monsieur de Valory a demandé aux Etats de Lille 40 000 fascines (fagots de branchages destinés à combler des fossés) et 60 000 piquets et 10 000 palissades et des bois propres à faire des gabions (système défensif destiné à protéger une position des tirs d’artillerie) ».

    Siège de Lille en 1708

    Gabions

    […]

    « (Le Magistrat) constitue de grands approvisionnements de vins, bières, viandes salées et fumées. Ils font entrer dans Lille tous les blés et les bestiaux qu’ils peuvent se procurer. On était ainsi parvenu à réunir 600 porcs, des moutons et des vaches en grand nombre ».

    […]

    « Un premier traité est conclu avec les brasseurs pour la fourniture de 4 000 rondelles de fortes bières, d’une razière de grains chacune (une razière de blé dans la région de Lille vaut 70 litres), au prix de 5 florins 5 patards la rondelle ».

    […]

    « Le 19 août, plusieurs dames, entre autres Madame de Flandres et Madame la marquise du Quesnoy, obtinrent de sortir de Lille pour se retirer à Tournay ».

     

    Les premiers temps sont toutefois assez calmes :  Prévost mentionne les premiers combats dans le « maretz (…) (à l’arrière de l’hôpital et asséché au 19ème siècle) où il y eut un soldat allemand blessé à la mort et mourut à l’hospital un peu après y estre transporté. La seconde fois ce fut vers le chasteau (des Boulets), où il y eut beaucoup de chevaux pris et quatre ou cincq allemans tuez et quelques françois blessez, dont l’un mourut à l’hospital et l’autre s’est en allé presque guéry ». 

     

    Puis les pillages commencent à Seclin et dans toutes les villes voisines.

    « Ledit cincquiesme jour de septembre 1708, après midy, il vint un officier Holandois, disant d’avoir ordre de prendre du fourrage, avec environ 50 ou 60 hommes, qu’on tâcha de contenter en livrant du foin à chacun, et l’on donna à boire et à manger audit officier et à deux de ses compagnons ». Le lendemain, « quantité d’officiers de toute sorte nations (…) ont visité tous nos greniers et pris toute l’avoisne qu’il y avoit, tant la nostre que celle qui y estoit refugiée ; il n’y ont pas laissé un seul grain (…) »Hollandois, disant d’avoir ordre de prendre du fourrage avec environ 50 ou 60 hommes, qu’on tâcha de contenter en livrant du foin à chacun, et l’on donna bien à boire et à manger audit officier et à deux de ses compagnons. […] Le lendemain, sixiesme dudict mois, quantité d’officiers de toute sorte de nations, avec un lieutenant des houssars habillé à leur mode, et l’officier du jour d’hier, ont visité tous nos greniers et ont pris toute l’avoisne qu’il y avoit, tant la nostre que celle qui y estoit réfugiée ; ils n’y ont pas laissé un seul grain, nonobstant que le seigneur de Ninove, frère à la religieuse de Nieppe à Lille et le sieur Dutrieu, officier dans le régiment de Westerloo, envoyez ici exprès, fissent tous leurs efforts pour sauver quelques choses. »

     

    Siège de Lille en 1708

    Pillage pendant la guerre de Trente ans

     

    « Notre troisième assaut se fit le septiesme septembre. Il commença environ les sept heures du matin, avec quantité des fourrageurs (pilleurs) à la porte, ausquel ont disputait l’entrée, pendant qu’ils entroient à la foule par le jardin de la cense. Et d’abord ils ont jetté à bas toutes les couvertures avec un fracas terrible, pris tout le foin qu’il y avoit sur les chenels (grenier), pillé toutes les granges avec ce qu’il y avoit dedans, emportés toutes les moyes (gerbes), pillé la chambre de maître Jacques (Jacques Brasme, maître des labours), fait couler dix tonneaux d’huille, tué cochons, veaux, poulets, cannards, dindons, dérobé l’équipage du frater de Westerloo (le barbier) (qu’on se sçavoit par après contenter) ; enfin un fourragement ou pillage épouvantable. Il n’est pas resté une seule jarbe ; emportés tous les ustensiles de la bassecour, pelles, hoyaux, ferrailles, la corde er seaux du puits, enfin, tout ce qu’on n’avoit su emporter, tant fut on surpris de leur entrée subite. Ce ne fut ce jour-là qu’allarme continuel, tant au cimetière, près de la burie, qu’au jardin qui fut tout ravagé et la pluspart des outils du jardinier dérobés. […] La plus grande partie des maisons avoient esté pilées, l’église plusieurs fois forcée, les chaudières emportées, même celles de la brasserie du chapitre ; enfin une ruine totalle ».

     

    Les Hollandais ensuite brûlent Seclin.

    « Et la nuit du 11èe au 12ème, presque toute la ville de Seclin fut bruslée par un feu mis à dessein par les hollandois. Il y eut quatre vingt deux maisons bruslées à deux fois ; la première qui fut le 8 au matin, il y en eut environ 14 ou 15, et les autres ceste nuit. Il seroit impossible d’exprimer les désordres, larcins et foules des peuples qu’on fist plusieurs jours de suite audit Seclin. Parmi cette confusion toute sorte de gens se fourroient dans nostre maison, tous nos ouvriers avec leurs femmes et enfans, quantité de vieilles femmes et d’autres inconnus ; et durant ce vacarme plusieurs qui pensent toujours à mal faire nous ont dérobé deux grands chaudrons à la cuisine, sans qu’on eût peu sçavoir ce qu’ils sont devenus ».

     

    Les Français reprennent Seclin sans épargner toutefois les civils puisque les soldats volent tout ce qu’ils trouvent.

    « Cette mesme nuict, l’armée de France se saisit de Seclin …. Le 12ème au matin, l’on vint marquer nostre maison pour y loger le marquis de Saint Fremont , le comte d’Albergotty, messieurs de Coigny et Senelay, et une grande quantité d’autres qui se fourèrent partout , tellement que les quartiers vieux et nouveaux, la grande cuisine , la grande salle , l’ouvroir mesme des religieuses estoient occupéz ; il ne restoit pour nostre logement que le réfectoire et dortoir et le quartier des chapelains qu’ils n’osèrent prendre de crainte de balles de canon, selon que j’ay pu prévoir ». (Prévost était resté de sentiment espagnol plus que français…)

    « C'estoit une grande désolation pour nous ; toute la journée les soldats coupoient du bois à l'entour de la maison pour se baracquer ; on prenoit nos poissons dans les fossés ; ils faisoient manger l'herbe du pré à la burie (fontaine) par leurs chevaux ; les lavendières faisoient la lessive dans nos fosséz, séchoient leur linge au feu de nostre bois ; ce n'estoit que tentes et baraques à la basse-cour, aux jardins du couvent et de la cense, avec plus de vingt huict ou trente feux, sans la cuisine de ces bons messieurs. Et à force de prendre bois ils ont trouvé environ quatre à cincq charrées de foin qu'on avoit tâché de sauver en le couvrant de naffetas (chaume) et furent enfin découvertes et ce qui avoit eschappé le pillage des Hollandois n'a pu éviter celui des François... le canon des hollandois se faisoit entendre de temps à autre et il y avoit de fréquentes escarmouches .

    ...C'estoit un pitié de voir nostre bois si mal traité pour trois jours que les François furent ici campez, et tout dégradez».[…]

     

    L'armée du duc de Vendôme n'avait tenu Seclin que trois jours, du 12 au 15 septembre, et le pillage par les alliés recommença de plus belle.

     

    « Le 15e toutes les troupes campées icy et aux environs décampèrent de bon matin, et tous ces messieurs qui avoient promis payer le bois pour leurs cuisinnes et boulangerie, comme aussy la bierre,beurre, pigeons, grain et choses semblables, sont en allez sans payer un seul double...et monsieur d’Albergotty qui paroissoit si honeste, ayant demandé un de nos chariots et deux chevaux , qu’il promit de renvoyer ici pour le disner, il ne le fit que le jour suivant , même sans escorte et sans avoir donné à boire ni à manger au charton, ni aux chevaux. Voyez l’honesteté de ces Messieurs ! »

    « Dimanche 16e, les fourrageurs de l'armée d'Hollande sont venus prendre les fourrages que l'armée de France avoit laissé icy et aux environs avec chariots et chevaux... »

    « Depuis le [25] jusqu’au 28ème, il n’y eut rien de nouveau sinon qu’on estoit toujours en frayeur et grande perplexité. La nuit du 28 au 29, il y a eu quelques troupes françoises venant de Douay qui ont tachez d’entrer dans Lille, chargés chacun à ce que l’on disoit de cinquante livres de poudres et de grenades. Vers les 11 ou 12 heures la nuict, ils avaoient passé la grande garde, qui s’estoit retiré lâchement, mais par malheur pour eux, les dragons du quartier en eurent l’alarme, lesquels on fait feu sur eux et il prit dans les poudres et grenades qu’ils portoient, ce qui fit un terrible fracas et massacre parmi eux, tellement que c’estoit une pitié de voir, le jour venu, quantité d’hommes et chevaux coupez en diverses pièces, les uns par le milieu du corps, , les austres la teste coupée, aucuns fendus en deux, les autres sans bras  et sans cuisses ; enfin chose extrêmement pitoyable».

     

    A ce sujet, le journal du siège de Lille de Maurice Sautai relate cet épisode de la façon suivante :

    « La nuit du 28 au 29, M. le chevalier de Luxembourg est entré icy avec 2000 chevaux dont une partie est de dragons, et de carabiniers. Ils estoient tous armés de chacun un bon fusil et une bayonnette ; ils avoient derrière leurs chevaux la valeur de 100 livres de poudre. Il n'est entré que la moitié du secours qui devoit entrer, par un accident qui arriva à quelques cavalliers qui portoient de la poudre ; proche le pont Arache, le cheval d'un cavallier voulant faire le fringuant, fit feu sur le pont en se tourmentant, et mit le feu à la poudre d'une quarantaine de cavalliers qui sautèrent tous en l'air, et outre cela à 2 maisons qui joignoient le pont, ce qui obligea M. le chevalier de Luxembourg de faire construire un autre pont pour faire défiler toute sa cavallerie, l'autre moitié n'ayant pas eu le temps de défiler, joint à ce que les chevaux des derniers faisoient les diables, et ne vouloient pas passer pardessus les corps morts. Quand M. le chevalier de Luxembourg fut donc proche des grandes gardes des ennemis, il mit à la teste les dragons de Flandre avec chacun un rameau vert, avec ordre à eux de ne point parler que ceux qui dévoient parler, lesquels sçavoient le patois du pays et la langue des Hollandois. A leur première grande garde, ils ne trouvèrent aucune opposition à la barrière. On cria : « Wardanly ? ». Ceux qui estoient abouchez leur crièrent : « Troupe de Hollande », en leur langue, et leur dit qu'ils amenoient des officiers généraux à M. de Malbrouq. On les laissa défiler. Cependant, s'apercevant qu'ils estoient trompez, ils crièrent : « Allerte ! » et tirèrent une cinquantaine de coups de fusil avec 3 ou 4 coups de canon. Pendant ce temps-là, nos troupes serroient, et arrivèrent enfin à la porte des Malades à minuit et demy, avec le plus grand accueil du monde et de tous les bourgeois de la ville. M. de Luxembourg dit que sans la poudre dont ils estoient tous chargez, ils auroient haché et mis en pièces tous ces gens-là ».

    […] 

    Siège de Lille en 1708

    Revenons au journal de M Pruvost ; nous sommes en octobre.

     « Le 3ème, sur les huict heures du matin, nous vismes passer quantité de troupes du prince de Hesse, qui y estoit en personne, avec des chariots, par le maret, prenant vers la haute planche ; et cela dura jusqu’à 10 heures. On disoit qu’ils alloient faire un grand fourragement, comme ils firent aux villages d’annoeulin, Meurchin, Provin-Bauvin et Herrin, où la damoiselle qui demeuroit avec  le sieur pasteur fut honteusement despouillée ».

    […]

    « Le dimanche 7è d’octobre, il a passé quantité des détachemens allans par le maret et par le grand chemin, avec charrettes et caissons, sans sçavoir où ils alloient. On a sçeu par après qu’ils ont esté furonner l’église de Gondecour et plusieurs autres villages ».

    […]

    « Ledict jour huictièsme du mois, sur les six heures du soir, on entendit redoubler les coups de canon avec la lousqueterie ; on voyoit les esclairs de nos jardins. Et cela dura presque toute la nuict. On croyoit que c’estoit quelque assaut, c’est estoit effectivement un mais dès le lendemain on disoit qu’il n’avoit point réussi ».

    […]

     

    Les pillages continuent tout autour de Seclin. Voir également ici à Rumegies

    « Le 15è de bon matin, c’estoient encore fourageurs avec caisson et charettes passant par le grand chemin, prenant leur route vers Camphin et lieux circonvoisins. On dit que le 13è ils ont faict dans l’église dudit Camphin des profanations horribles, ayant brisé le tabernacle, pris le ciboire, foulé au pied les saintes hosties, ce qui est épouvantable, sans qu’on en ait fait aucune recherche ny punition des coupables ».

    Le 17 octobre, « les fourageurs et maraudeurs ont encore passé par le grand chemin avec infanterie et l’attirail ordinaire, prenant la route vers Camphin. Ils sont encore tous revenus fort chargez de toute sorte d’usentiles. L’après midy on n’entendit plus tirer ni de la ville ni du costé des assiégeans non plus que le 18è au matin et toute la matinée. Cependant des maraudeurs houssars allèrent vers le moulin rouge. A l’arrivée de nostre sauvegarde, ils se retirèrent. Il faisoit un très grand brouillard ; c’est pourquoi les fourrageurs avec l’escorte restèrent un peu à Seclin, et pendant ce temps-là ils entrèrent dans les maisons et prirent ce qu’ils y trouvèrent. Et estans passez au Pont à Vendin et lieux circonvoisins, ils y fourragèrent et les françois fortifiés le long de la rivière tuèrent quelques houssars. Ils se vengèrent  sur les paysans ; ils tuèrent un vieil homme de deux coups de pistollet, selon que nous ont dit des officiers de Westerloo qui rafraichirent icy, ils coupèrent la teste à une pauvre femme qui estoit cachée dans un fosset, et ramenèrent un homme prisonnier qu’ils disoient estre gascon, habitué audit Vendin passé trente ans ; ils disoient qu’ils le feroient pendre soubsonné de les avoir trahy, arce qu’il s’enfuyoit vers la rivière. Voilà comment ils agissoient envers ceux qui estoient entre leurs mains ».

    […]

    « Le 22ème dudit octobre, on tiroit sur la ville de bon matin avec beaucoup de furie, ce qui a continué jusqu’à quatre heures et demie du soir et lors il a cessé tout à coup ; on croyait qu’on avoit battu la chamade ; ce qui estoit vray. En effet le 23ème au matin, la grande garde et les fourrageurs qui conduisoient environ vingt deux chariots allans vers Camphin et Espinoit, sisoient qu’on capituloit ; et environ les dix heures , nos sauvegardes assuroient que les Hollandois estoient déjà maistre d’une porte de la ville, sçavoir de La Magdeleine ».

     

    Siège de Lille en 1708

    Lille va céder devant les assiégeants

     « Le 24ème s’est passé assez tranquillement et l’on parloit toujours diversement de la capitulation de la ville. L’on sceut enfin le 25ème qu’une partie de la garnison estoit sortie de la ville ce matin, sçavoir la cavallerie, qui estoit entrée dans laditte ville avec des poudres, comme il est dit cy devant. L’on parloit diversement de leur nombre. Aucuns disoient quinze cens hommes, d’autres moins. Et Monsieur de Mareschal de Boufflers, gouverneur de la place, est entré avec toute la garnison, cavallerie et infanterie dans la Citadelle ».

    […]

     

    Pruvost rentre dans Lille

    « La ville a beaucoup pati pendant le siège. Il est constant qu’on y a mangé de la chair de chevaux et on la vendoit publicquement. Quantité des maisons et cloisttes du costé de l’attaque ont estéz foudroyez du canon et bombes. L’épouvante  a esté si grande que les religieux carmes deschaussés ont abandonné leur maison ; les religieuses grillées ont rompu leur closture, comme les carmélites, les ursulines, célestines  et autres qu’on voyoit  aller par la ville  d’un costé et d’autre, aucunes chez leurs parens, d’autres chez leurs amis ; la closture des  religieuses du Saint Esprit  estoit ruynée presque de fond en comble, deux de leur novice ont abandonné leur résolution et sont rentrées dans le monde ».

    « Le 26è je fus à Lille où j’ai trouvé nos religieuses en bonne santé, lesquelles pendant le siège avoient esté obligées de livrer cent rasières de beau froment que le Magistrat avoit prisez et apprétiez à treize livres et ce nonobstant les placets et autres devoirs qu’elles avoient faict pour estre exemptées de ladicte livrance ; ce qui nous viendra assurément à grand préjudice dans la suite, à cause de la disette où nous sommes réduits par les fourragemens que nous avons souffert et la perte générale de la moisson de ceste année 1708 ».

    […]

    Emotions des Lillois

    « Toute la population de Lille estoit extrêmement animée contre le mareschal de Boufflers pour toutes les exactions qu’il avoit faictes pendant le siège, pour garnir et munir  la Citadelle par toute sorte de provision et contre le Magistrat d’avoir si peu protégée la bourgeoisie (le journal du siège relate quant à lui que « en se voyant abandonnés le 25 octobre par la vaillante garnison, les habitants de Lille n’avaient point dissimulé leurs sympathies pour la cause française »).

    « Ils ont pris tout le plomb de l’hospital Comtesse et les nochères (sorte de gouttière) des maisons des bourgeois et pour nostre part, celles de nostre maison faisant le coin de la rue du Sec Arembault ».

    […]

     

    La capitulation n’empêche pas les pillages ; les civils sont toujours les grands perdants que l’on soit en paix ou en guerre.

    « Ce matin (14 novembre), avant le jour il a passé un grand détachement d’infanterie, qui fut suivi vers les huit heures d’un grand nombre de toute sorte de gens, cavalerie et infanterie, commandés par le fameux Saint Amour avec chariot et charettes, marchant vers Phalempinn Camphain, Neuville, Thumeries, Oignies et autres villages dans les bois. Passant par Martinsart, Denis Dupont fut fort mal traité et despouillé. A Thumeries un censier appelé Le Roy a perdu tous ses moutons et vaches. A Attiches, Darlez a perdu une partie de ses moutons et ainsi des autres paysans qui furent battus et despouillez. On a veu passer par Seclin un soldat avec sa trousse et quatre moutons et un cochon, d’autres avec quantité des meubles, habits et ustensiles de ménage. De long temps d’ici, on n’avoit veu un désordre semblable ».

     

    « Et pour nostre part, un peu après midy, on vint crier à plusieurs fois : Sauvegarde ! Sauvegarde ! L’alarme fut chaude ; toute la maison fut en mouvement ; les unes couroient aux greniers, aucunes à la porte, d’autres sur les champs, au sujet que six dragons emmenoient par la rueyelle Comtesse une de nos plus belle vache prise à l’entrée du marets qui fut rattrapée par nostre sauvegarde Frédéricq. Un peu plus tard ils l’auroient égorgée dans la cense des Euwis. Ceux de ce fouragement ont si bien employé leur journée que l’escorte fut obligée de passer la nuict à Seclin. Ils ont pris pain, beurre et habits où ils ont pu principalement dans les maisons à l’écart. Ils ont tiré à bas quelques parties de maisons en la rue de Lille et vers le maretz pour leur faire du feu . et comme nous sçavons qu’ils avoient traitez cruellement tous les lieux où ils avoint fouragez et pillez, prenants chevaux, vaches, moutons,  meubles et ustensiles, on fut icy toute la nuict sur ses gardes. Les religieuses, domestiques et sauvegarde firent la sentinelle. Les bestiaux du chasteau, de Denis Dupont et de la cense du Four couchèrent à nostre bassecour. On n’osa même sonner les messes. Mais grâce au seigneur, nous avons échappé cetet fois pour la peur. Ils partirent de Seclin assez de bonne heure. »

    […]

    « Et cejourd’huy 15è dudit novembre quie stoit un jeudy, nostre sergent nous fit un rapport qu’on avoit veu passer par Bourgault une grosse troupe allant vers Avelin et la chaussée de Douai et lieux circonvoisins. On disoit qu’ils alloient fourager le village de Flines ».

    […]

    « Depuis le 27 novembre jusqu’au premier du mois de décembre, il n’y a rien eu de particulier. Le 2è (décembre) qui estoit un dimanche l’on fit un fouragement épouvantable vers Tourmignies, Nomain et villages circonvoisins, principalement à Templeuve en Pévèle où le curé qui estoit fort vieux fut dépouillé, l’église pillée et les saintes hosties profanées par des sacrilèges horribles ; le censier de l’abbaye dudit templeuve en Pévèle tout pillé et ses moutons tués et emportés. Il fut à Lille le même jour  et le lendemain  comme les paysans venoient faire leurs plaintes à Monsieur d’Haffringues, logé à nostre refuge, il n’eut aucune raison auprès des généraux ».

    […]

    « Ainsi la campagne est finie glorieusement pour les alliez, et nous nous sommes trouvez obligez à cause des notables pertes précédentes d’acheter à un prix très haut toutes nos denrées comme le soucrion (sorte d’orge) pour brasser, que nous avons esté chercher au Pont à Vendin, avec beaucoup de risques pour les parties françoises, comme aussi l’avoine et febves pour la nourriture de nos bestiaux dont nous avons payé pour deux charées de foin prises à Haubourdin 78 florins 8 patars et tout le reste à proportion ».

    « Dieu veuille dans sa bonté et miséricorde que cette année 1709 nous soit plus heureuse que la précédente et qu’il daigne éloigner de nous les misères et les calamitez dont nous avons esté si rigoureusement chastiéz et accablez ».

     

    Chacun sait que Dieu ne l’a point entendu …. Voir article sur l'hiver 1709

    « Au mois de janvier de ceste année 1709 il a esté ordonné par les baillifs des seigneurs hauts justiciers de la chastelenie de Lille à toutes les communautés et magistrats des bourgs et villages de ladite chastelenie de demander à chaque particulier une déclaration sur serment de toutes les pertes qu’on avoit souffert tant pour les armées des alliez que de France ».

    […]

    « Nostre perte portoit à l’égard des alliez la somme de 16 668 florins 16 patars y compris la perte des habits et hardes de nos domestiques qui portoit 94 florins et 3 patars. A l’égard de l’armée de France dont une partie des généraux fut logée ici, nostre perte estimée à la somme de 11 557 florins 18 patars 6 deniers. Somme totale : 28 226 florins 14 patars 6 deniers.On nous fait espérer  que nous en aurons quelque chose pour nous dédommager ; le temps nous fera voir ce qu’il en arrivera ».

    […]

    « Nous n’avons rien eu du tout ; c’est une honte d’écrire le peu de modération que les baillis des Estats nous ont fait sur les vingtièmes de l’année 1708 à cause qu’ils disoient que  la perte n’avoit point excédé la moitié de noster remise. Pour surcroît d’affliction, l’hiver qui avoit commencé au mois de novembre  et continué pendant les mois de décembre et janvier 1709 fut si rigoureux et si violent, avec quantité de neige, que les bleds furent la pluspart  gelez en très grand danger de rien avoir ; les soucrions et colsats entièrement perdus ; les arbres fruitiers et les vignes ont mouru à plusieurs costé ; ledit hyver,  à quatre ou cinq reprises a duré jusques au troisième jour du mois de mars de ladite année 1709, et puis a encore recommencé avec beaucoup de rigueur jusques au 15è dudit mois ».

     

    Revenons aux premiers jours de la capitulation de Lille : la famine guette ….

    « Les hollandais avaient compté que Lille, renommée pour sa richesse, fournirait, elle et sa châtellenie, de quoi entretenir 14 ou 15 000 hommes. Mais quand à leur prière le Magistrat fit assembler tous les banquiers, marchands et boutiquiers, on réunit à grand’peine 53 000 écus. Au lieu des 80 000 demandés par les députés hollandais pour le paiement de leurs troupes. […] La ville était épuisée après les sacrifices sans nombre qu’elle s’était imposés pendant le siège. […] Mais cette préoccupation n’était pas de toutes la plus importante. Trouver du blé, empêcher les 60000 âmes qui leur étaient confiées de ressentir les horreurs de la famine, tel était le souci capital. […]. Les députés hollandais s’étaient empressés de faire pratiquer par le Magistrat une recherche exacte ‘de tous les blés qui étaient dans la ville, dans le cloître de Saint Pierre, maisons et chanoines et autres lieux exempts ‘ ». Au total : 18 000 razières. « Avec d’aussi faibles ressources, la ville se trouvait à la veille de manquer de blé. La consommation journalière atteignait le chiffre de 600 sacs. Sur ce pied, les 18 000 razières devaient être épuisées aux premiers jours de décembre ».

     

    Un observateur décrit ce qui se passe dans Lille rationnée :

    Le 5 novembre « on fait courir ce pauvre peuple avec son cher argent d’un bout à l’autre de la ville pour être servi de sa modique portion de blé consistant dans un seul havot, je veux dire le quart de la razière, aujourd’hui aux Capucins, demain aux Bapaumes et un autre jour ailleurs. Deux cents personnes se trouvent en foule prêtes à payer pour avoir leur affaire et bien souvent après avoir essuyé l’attente de quatre heures entières la quantité de blé quoique au prix de 35 patards l’havot (un havot = sur Lille à 17 litres à peu près) ne survient pas à pouvoir contenter et fournir la cinquième partie des attendants ; et c’est de là que sort une infinité d’acclamations. La mère s’oublie pour plaindre son enfant, le père tombe en fureur de se voir affamé avec la main garnie d’argent. Si le pauvre découvre un endroit à s’en pouvoir, il se tait et se donne garde d’en parler à son voisin tant la crainte qu’il a du manquement le préoccupe ».

    […]

    « Le spectacle des maux qui accablaient la ville le cédait en profonde tristesse à la désolation répandue à travers la châtellenie. Partout ce n’étaient que terres en friche, villages et fermes saccagés ou brulés, la guerre dans toute son horreur. Les hussards et les partis ennemis se livraient chaque jour à des désordres sans nom : ″il est incroyable, écrit un témoin occumaire, combien ces troupes si différentes et mal disciplinées ont causé des dégâts dans la châtellenie de Lille et les environs, pillant et saccageant les églises et châteaux forts, dépouillant le monde, maltraitant les prêtres″. Les soldats des alliés nommaient cette chatellenie « pays de Ghelt » c’est-à-dire pays d’argent. En effet tout y était lors en abondance et ses habitants plein de luxe et d’ambition mais en peu de temps ils furent entièrement épuisés et ruinés. ″Nous n’avons ni censes ni terres dans la châtellenie, dit le Registre de l’abbaye de Loos qui n’aient été pillées ou fourragées plusieurs fois … il n’y a pas eu de sauvegarde ou très peu qui n’ait été forcée, point de maison qui n’ait été pillée. Grains battus, meubles, bestiaux, tout s’enlevait ; beaucoup de maisons tirées en bas ou fort dégradées ; plusieurs paysans blessés et tués dans les pillages et autrement″. Si le Prince Eugène se divertit de comédies, le soldat en fait de très touchantes aux paysans ; le village d’Ascq en ressentit les tristes effets  par un pillage qu’on en fit aujoud’hui, 12 novembre. Et ces scènes affligeantes se renouvelaient sans cesse »

    « Las de récolter pour des déprédateurs sans pitié, le paysan ne songeait plus à ensemencer ses champs et les laissaient incultes ».

     

    Et après ?

    La suite des évènements ne sera guère brillante pour Louis XIV puisqu’avec la prise de Gand le 30 décembre 1708 le Hainaut et la Flandre sont perdus. Les places de Douai, Béthune et Aire sur la Lys tombent en en 1710, celle de Bouchain en 1711. Il ne reste plus qu’une place à prendre pour pouvoir marcher sur Paris : Landrecies. Le prince Eugène a 130 000 hommes équipés face à 70 000 Fançais fatigués et sans munition.

    Siège de Lille en 1708

    Ruines du moulin d'Avesnes le sec, point d'observation stratégique lors de la bataille de Denain

    Ce ne sera qu’en 1712, à la bataille de Denain que fut remportée LA victoire, par surprise par le maréchal de Villars et le maréchal Pierre de Montesquiou (plus connu sous le nom de d’Artagnan) face au Prince Eugène. Voir le déroulé de la bataille et de ses préparatifs sur

    http://www.histoire-pour-tous.fr/batailles/4384-la-bataille-de-denain-1712.html

    Les français, galvanisés, récupèreront en quelques mois les places fortes perdus et le traité d’Utrecht l’année suivante mettra fin à la guerre de succession.

     

    Pourquoi Lille pourtant réputée imprenable d’après Vauban est tombée ?

    La perte de Lille vient en fait de l’insuffisance de sa garnison. Vauban estimait en effet qu’il fallait un minimum de 12 000 fantassins et 1 200 cavaliers. Or Boufflers n’avait que 9 000 hommes à peine et parmi eux beaucoup de conscrits. Sautai donne à ce sujet le témoignage de Jean Godefroy, seigneur d’Aumont : « la garnison était de 23 bataillons y compris 2 régiments de dragons et cela aurait suffi si ces corps eussent été complets. Malheureusement, il y manquait plus d’un tiers des hommes : ainsi au lieu de 12 à 13 000 hommes dont cette garnison devait être, il n’y en avait pas 8 000 en état de servir. Il y avait même entre ces troupes plusieurs compagnies d’invalides qui ne furent employées qu’au service du canon, leurs infirmités et leurs blessures ne permettant pas de les envoyer à la garde des dehors ».

     

    Sources

    Extrait des archives de l’Hôpital Notre-Dame de Seclin en 1910 par le chanoine Théodore Leuridan   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k131556q

     

    Histoire de John Churchill – Tome Second – Paris – 1808.

     

    https://www.seclin-tourisme.fr/2017/02/24/le-si%C3%A8ge-de-lille-et-de-sa-r%C3%A9gion-en-1708/

     

    Siège de la ville de Lille et de la citadelle par Maurice Sautai :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5784402b

     

    http://www.histoire-pour-tous.fr/batailles/4384-la-bataille-de-denain-1712.html

      

    Siège de Lille en 1708

     


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  • Désastreuse campagne de 1708 et prise de Lille

    Pour situer, Rumegies se situe à peu près à 40km de Lille.

     

    « Le 10 de juillet 1708, nos pauvres Français se laissent encore battre à Audenarde (Les Français perdirent dans cette bataille 15 000 hommes (dont environ 8 000 prisonniers) et 25 canons, les coalisés perdant moins de 3 000 hommes). On attribue ce malheur à la mésintelligence des généraux. Le roi avait nommé son petit-fils le duc de Bourgogne, généralissime de ses troupes. Il lui avait donné pour adjoints son frère le duc de Berry et le jeune roi d’Angleterre, fils de Jacques, connu en ce pays sous le nom de chevalier de Saint Georges. Ces jeunes princes ont perdu le pays et ils n’ont fait que faute sur faute pendant la campagne. Et ils s’en sont retournés à Paris après avoir laissé prendre Lille et avoir eu mille occasions de la secourir, car le maréchal de Boufflers qui la défendait a fait une défense inouïe. Il a été investi le 13 août et il s’est défendu jusqu’au 21 octobre de cette année 1708 (Il parvint à défendre la ville jusqu'en août, mais les coalisés étant décidés à conduire un siège inhabituellement long, il dut se replier dans la citadelle, et capitula finalement avec 8 000 survivants le 28 octobre.). C’est ici qu’il faut admirer la main de Dieu sur la France car Lille ne devait point se rendre. Tout le monde convenait que le prince Eugène (de Savoie, chef de l’armée impériale) et Milord Malborough (commandant en chef anglais et héro de la comptine « Malbrough s’en va en guerre ») avaient témérairement siégé cette ville. Dans le temps que tout manquait aux assiégeants, le comte de la Motte a inutilement attaqué un convoi avec trois contre un. ; il a été battu et le convoi a passé.

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 15 - Désastreuse campagne de 1708 et prise de Lille

    Le duc de Malborough à la bataille d'Audenarde

    Ensuite Monseigneur le duc de Bourgogne est venu à Mons en Pévèle dans le temps que les ennemis méditaient de fuir. Il n’a osé mordre et puis il est revenu avec son armée sur l’Escaut qu’il a fait retrancher depuis Gand jusqu’à Tournai, pensant d’y faire périr les ennemis. Point du tout ils ont pris Lille et sont venus passer la rivière sans tirer un coup et sont allés désiéger Bruxelles que le duc de Bavière siégeait, obligé de fuir et d’abandonner toute son artillerie. Tout cela paraîtra incroyable à la postérité. Nous avons été fourragé seulement en paille de l’armée du duc de Bourgogne qui était au Saulchoir près de Tournai. Ces fourrages ont duré jusque vers le Noël. Le premier fourrage général a commencé le19 août. Jugez de la misère jusqu’au mois de décembre. Je dois ajouter que s’il eusse plu huit jours de suite pendant cet important siège ils eussent dû quitter la place. Mais nos pêchés sont trop grands car la perte de Lille est la ruine de tout le commerce des Pays Bas ».

     

    Voir article sur le siège de Lille


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