• LA GRANDE FAMINE DE 1693-1694

    En 1692, la récolte est médiocre et est suivie à l'automne de pluies diluviennes qui détruisent les semailles et provoquent, en juillet 1693, une moisson désastreuse.

    Puis l'hiver 1693/1694 s'avère rude et le printemps trop sec.« La misère et la pauvreté sont au-delà de ce que vous pouvez imaginer, écrit le lieutenant général en Normandie. Dans le pays de Caux, une infinité de peuple meurt fréquemment de faim. Il est à craindre que le peuple, qui ne mange que des herbes, ne coupe et ruine tous les blés avant qu'ils ne soient mûris. » Des spéculateurs accaparent le grain, de sorte que son prix va jusqu'à quintupler

    → En 1693-1694, le froid et la famine sévissent sur le royaume : on compte de 1,6 million à 2 millions de victimes . « Pour la première fois depuis plus de 30 ans, on revit le pain de fougère, le pain de gland, les moissons coupées en vert et les herbes bouillies ».

    Pour faire face à la famine, le Parlement ordonne aux curés la rédaction d’un état des pauvres dans chaque paroisse et la prise en charge des miséreux par tous ceux qui peuvent le faire (séries GG des AM et H des AD).

    En mai 1694, le setier de blé atteint le prix record de 52 livres. Le même mois, le Parlement ordonne trois jours de procession dans toutes les paroisses.

    Les conséquences à partir de 1694 :

    -  accroissement de la mobilité,

    - chute brutale des baptêmes avant une forte et rapide récupération de 1695 à 1707,

    - mariages retardés,

    - hausse des abandons d’enfants et multiplications des décès... parfois 25 % de la population d’une paroisse.

    → Selon Marcel Lachiver, « En deux ans, il ne naît que 1 325 000 enfants, alors qu’il est mort 2 836 000 personnes. Le déficit dépasse les 1 511 000 âmes. En deux ans, (...) la population de la France passe de 22 247 000 habitants à 20 736 000 et diminue donc de 6,8 % ».

    François Lebrun ajoute : « Le rapprochement avec les pertes de la Première Guerre mondiale n’a rien d’incongru : la crise de 1693-1694 a fait en deux ans presque autant de morts que celle-ci, mais dans une France deux fois moins peuplée et en deux ans au lieu de quatre ». Les condamnations aux galères pour vol passent de 254 à 401 en 1693-1694.


     

    La famine

     Il n'y a plus rien à manger. Quand toutes les céréales sont épuisées - le froment, le seigle, l'avoine après le blé -, es pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» achèvent de ruiner la santé des malheureux, qui enflent après y avoir eu recours. Les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus n'ont pas meilleur effet. Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes expédients, parlent aussi des bêtes, ( qu'on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture des sources indirectes mentionnent des cas de suicides et d'autres, plus rares, d'anthropophagie.

    Durant l'hiver 1693, l'Hôtel-Dieu de Paris voit chaque jour mourir de faim plusieurs centaines de personnes. D'autres, faute de lit, périssent en pleine rue. La Reynie, lieutenant général de la police, tente de prévenir d'éventuelles émeutes en faisant construire une trentaine de grands fours dans la cour du Louvre pour y cuire chaque jour 100 000 rations de pain vendues deux sous la livre. La vente s'effectue en cinq endroits : le Louvre, la place des Tuileries, la Bastille, le Luxembourg et rue d'Enfer

    On ne s'étonnera pas que Charles Perrault ait conté en 1697, dans Le Petit Poucet, la triste histoire d'un couple de pauvres bûcherons qui, ne pouvant plus nourrir ses sept enfants, va les perdre dans la forêt. En deux ans (1693 et 1694), le royaume voit son nombre d'habitants diminuer de 1 500 000 personnes, soit 6,8 % de la population.

     En 1694, Fénelon dans sa Lettre à Louis XIV, critique la politique royale et expose la situation du pays : « (...) vos peuples (...) meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti (...). La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision ».

    « On n’entendait que des cris lugubres de pauvres enfants abandonnés par leurs parents, qui criaient jour et nuit qu’on leur donnât du pain. On ne voyait que des visages pâles et défigurés. Plusieurs tombaient en défaillance dans les rues et dans les places publiques et quelques-uns expiraient sur le pavé. » Témoignage d’un bourgeois d’Orléans en 1693

     

    Quelques annotations sur des actes paroissiaux:

    Commune de Joux (69) -14 mai 1694

    "petit garçon mendiant qu on a trouve mort dans un chemin ce qui arrive tous les jours en plusieurs endroits a cause de la famine et de la disette "

     Commune de Joux

    Dans cette longue mention, le curé Combes de la paroisse de Joux rend les hommes responsables de cette famine, par leurs péchés et leurs excès : "les causes de cette disette ne peuvent estre autres que les pechés des hommes, leurs excès et autres debordements dans les temps de prosperité et d'abondance qui ont irrité la colere de Dieu et ont attiré ces fleaux "

    Le contexte politique aggrave cette situation avec "une guerre universelle de tous les princes de lheurope contre la france qui a deja dure cinq ou six ans (...) les impots excessifs sur toutes sortes de choses, destats, de conditions et de mestiers"

     

    Sur la commune de Dehault (72) , a été trouvée "le corps d'une fille à nous inconnue agée de douze à treize ans morte de faim dans une raye dans un champ" .

     

    Dans beaucoup de provinces, les épidémies succèdent à la famine, la chaleur accélérant la putréfaction des milliers de cadavres  : la typhoïde, appelée fièvres putrides ou malignes et qui se propage par l'eau et les aliments souillés, décime la population sous-alimentée.

      

     

     

     sources

    http://www.alertes-meteo.com/catastrophe/annees-de-misere-age-glaciaire.htm

     

      

     


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  • Que mange t-on?

    Le repas des paysans consiste presque exclusivement en un pain, mélange de seigle et de blé, dont on en consomme 800 grammes par jour et par personne au XVIIIème siècle (500g au XIXème siècle, 150 de nos jours), trempé dans une soupe de légumes cuite lentement dans le pot de terre accroché à la crémaillère. Chacun donc y plonge des morceaux du pain que, traditionnellement, le père de famille rompt au début du repas. Un repas à peine agrémenté par quelques oeufs et, selon les provinces, par une galette de sarrasin, une bouillie de maïs ou une purée de châtaignes. Presque jamais de viande ni de laitages, d'où une carence en graisses dont on aurait grand besoin, surtout l'hiver pour lutter contre le froid. Au dessert, selon la saison, un fruit, des baies, quelques tartines frottées d'ail ou trempées dans du cidre. La chasse et la pêche sont réservées au seigneur, mais certains se risquent à braconner pour ramener un lapin ou du poisson.

    le pain est noir pour les plus pauvres (présence dominante de son) et blac pour les plus aisés (utilisation de farine de froment).

    Le vin est sur toutes les tables. La teneur en alcool ne dépasse pas 7 à 10 degrés. Le volume consommé est énorme: de un à trois litres par jour et par personne, femmes et moines compris. La bière est attestée dès le XIII°s.

    La pomme de terre reste considérée en France comme aliment pour bétail jusqu’en 1772 où la Faculté de médecine de Paris, grâce aux travaux d’Antoine Parmentier, finit par admettre que ce tubercule est sans danger pour l’homme.

     Les modes en cuisine

    La cuisine du Moyen Age est légère, acidulée et colorée. Les épices étaient utilisées fréquemment non pas pour masquer d'éventuels goûts faisandés mais par un réel engouement pour leurs saveurs (safran, cannelle, gingembre, muscade ...) et ce quel que soit le statut des gourmets (nobles, bourgeois ou paysans).

    Les papilles médiévales avaient également une préférence pour l'acide, ce qui impliquait l'emploi de vinaigre, de jus d'agrume et de verjus. Au Moyen Age, le verjus était un fond acide préparé par macération dans des épices, fines herbes, jus de citron, jus de raisin vert, jus d'oranges amères, jus de grenades aigres (surtout utilisé dans les pays méditerranéens), jus de pommes ou de poires acides, jus de fruits sauvages comme les prunelles, les merises, les cornouilles ou l'épine-vinette et l'oseille. Aujourd'hui, le verjus désigne le jus de raisins verts cueillis avant maturité.

    Le verjus s'utilise pour l'assaisonnement des salades, le déglaçage des viandes et dans les sauces et marinades, sans altérer le mariage avec les vins

    "La plus commune façon de faire le verjus en ce pays est de cueillir les grappes vertes des raisins de treilles, ou raisins non encore mûrs que l'on trouve aux vignes après vendanges faites, puis de les fouler, et en exprimer le jus en pressoir, à la façon des raisins mûrs. Mettez le jus de telles grappes en tonneaux et le saler, incontinent après qu'il aura jeté toute son écume par ébullition, comme le moût." (Charles Estienne et Jean Liébault, L'Agriculture et Maison rustique, 1572, in article de Jean Louis Flandrin).

    Les liaisons se faisaient avec des amandes broyées, de la mie de pain, de l'oeuf.

    Le boeuf n'était pas présent dans les banquets car c'était quand même leur outil de travail. Le porc était la nourriture du pauvre, les nobles préférant les volailles et les oiseaux de haut vol (cygne, héron).

    Les légumes poussant sous ou au ras du sol étaient mal vus et étaient accusés de tous les maux.

     

    La cuisine au XVIIème siècle est caractérisée par un rejet des épices et une préférence pour les herbes aromatiques (persil, thym, romarin, basilic ...), l'abandon des mélanges sucrés salés qu'affectionnait le XVIème siècle avec des sauces douces alliant les épices et les fruits secs, la disparition des saveurs acides. Le beurre et la crème sont fréquemment utilisés et les légumes abondent (artichauts, asperges, concombres, salades ...).

    Le café et le chocolat font fureur même si certainsmédecins les considèrent comme toxiques (début des "caffés" dont le plus célèbre est le Procope à Paris en 1686)

     

    La cuisine au XVIIIème siècle : La tomate est arrivée d'Amérique au XVIème siècle sur le vieux continent  mais est considérée comme dangereuse car elle ressemblait à la belladone et la mandragore (les puritains d'Amérique la conidèrent trop rouge et fessue donc malhonnête ...). Elle est donc considérée comme plante ornementale. C'est sous la Révolution qu'elle va être appréciée grâce aux soldats venant de Provence. Napoléon s'entichera des tomates farcies.

     

    Carences

    Prédominance de glucides, insuffisance de protéines animales = carences en lipides et protides, carences en zinc, vitamines B, C, D, calcium ...

    Risques de fatigue, dénutrition, irritabilité, baisse des défenses immunitaires ...

    Dans les milieux bourgeois et aristocrates où la viande est en excès, le risque concerne surtout la goutte et l'apoplexie.

      

    Dans la cuisine :

    Nos ancêtres ne disposaient pas de pièces spécialisées pour préparer les repas. la cuisine se fait jusqu'au XVIIème siècle dans l'âtre de la cheminée où une marmite y est suspendue. L'apparition d'une cuisine distincte apparaît au cours du XVIII ème siècle.

    Toujours au XVIIIème siècle, apparaît dans les grandes demeures ce que l'on appele le "potager", l'ancêtre de la cuisinière : venu d'Italie, il se compose d'un ensemble maçonné de briques recouverts de carreaux de faience avec plusieurs fourneaux.

     Potager du chateau de Cormatin :

    Le repas sous l'Ancien Régime

     

    Comment mange t-on?

    Le mobilier se résume à des tréteaux, des planches, des bancs ou encore des sacs de paille. Il faut attendre le XVIIème siècle pour voir apparaître du mobilier fixe avec une lourde table, des tabourets, des fauteuils.

    On mange dans une écuelle en bois ou en métal, parfois commune ou encore sur un tailloir (tranche de pain rassis). L'assiette apparaît au XVIème siècle mais son usage reste limité à  l'aristocratie. La fourchette apparaît au XVème siècle et ne compte que deux dents : elle sert à découper de la viande et à sortir la nourriture des plats; Il faut attendre le XVIIIème siècle pour que son usage se répande et ressemble à celle que nous connaissons.

    La cuillère et le couteau était commune (on n'en plaçait que 2 ou 3 par table). Le verre est un objet de luxe. on se sert plutôt de gobelets de terre puis d'étain.

    Les objets en faïence se développent au XVIIème siècle.

     Une fois à table, le chef de famille se sert en premier après avoir fait le bénédicité puis les convives puisent avec leurs mains dans les plats, mangent avec leurs doigts sur le tranchoir qu'ils partagent avec leur voisin de tabl, saucent leur pai dans les saucières communes, s'essuient les mains avec la nappe et boivent à même la coupe qui circule autour de la table.

     Ce sera au cours du XVIIème siècle que les usages changeront puisque chacun aura son assiette, son verre, son couteau, sa cuillère et sa fourchette .

    Dans la haute société, le service est à la française c'est à dire que tous les plats sont posés sur la table au même moment. Au XIXème siècle, le service à la russe arrive en France grâce au Prince Kourakine, ambassadeur de Russie en France : les plats sont maintenant présentés au fur et à mesure aux convives. 

     

    à voir également  : l'alimentation de 1850 à la 1ère guerre mondiale

     

    sources

    http://vivre-au-moyen-age.over-blog.com/article-12044673.html

    http://www.cavesa.ch/definition/verjus,4871.html

    http://www.oldcook.com/medieval-epices

    Les excellents livres de Michelle Barrière (Souper mortel aux étuves, Meutre à la pomme d'or, Natures mortes au vatican, Meutre au potager du Roy, Les soupers assasins du régent)


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    On peut noter une certaine indifférence vis à vis de l'enfant jusque fin du XVIII/début XIXème siècle. Il est perçu comme un adulte en réduction et ne bénéficie pas réellement d'une tendresse particulière. L'enfant partage la vie des adultes et partipe en fnoction de ses forces aux travaux des champs, de la mine ... (À titre d’exemple, dans les mines, les plus jeunes font office de “trappers” : recroquevillés dans une niche, et souvent dans le noir complet, ils actionnent les portillons d’aération au passage des convois. Le travail dure jusqu’à 15 heures par jour).

     

    L'enfant au fil des siècles ...

    Les enfants étaient également soupçonnés de comportements libertins qui les conduisaient à des fautes morales.

    → En 1692, Jeanne Alamy, 12 ans, mise enceinte par son père, fut condamnée à l'enfermement dans une maison de force afin d'y expier pendant un an sa ... faute !

    Ce ne sera qu'en 1832, lors de la révision du Code Pénal que "toute atteinte sexuelle sur un enfant de moins de 12 ans" serait désormais assimilée à un acte commis avec violence.

     

    Un ancien adage dit : "le temps auquel on élève les vers à soie est le temps auquel on peuple le plus le paradis".En effet, la mère devant utiliser son temps pour travailler et gagner le moindre sous, le bébé était laissé dans un coin, emmailloté sans pouvoir bouger, jusqu'à ce que quelqu'un vienne s'occuper de lui.

     

    Les abandons

    Les abandons d'enfants connaissent une hausse importante au XVIIIe siècle (près de 7 000 à Paris en 1770). Les hôpitaux mis en place au XVIIème siècle ont rarement les moyens pour les nourrir convenablement, ce qui explique le taux de mortalité important dès les premiers mois.

    En 1778 à Paris 80% des enfants recueillis par la Maison de la Couche (4) ont moins de 1 mois

     Jean-Jacques Rousseau, abandonna ses cinq enfants à l'Hôpital des Enfants Trouvés et avoua que "tout bien pesé je choisis pour eux le mieux, ou ce que je crus l'être. J'aurais voulu, je voudrais encore avoir été élevé et nourri comme ils l'ont été".

    La misère semble être une cause importante des abandons d'enfants :  les registres d'admission à la Maison de la Couche ou des Hôtel-Dieu de province montrent un abandon parallèle des abandons d'enfants et des grandes crises de subsistance, des épidémies ou des guerres

    Rouen en août 1785, mot d'une jeune mère : "je vous la laisse en bon état et vous prie d'en avoir bien soin, jusqu'à ce que j'ai gagné un lit pour me coucher, car je couche par terre depuis que je suis sortie de l'hôpital et je suis devenue enflée de fièvre". 

     

    L'enfant au fil des siècles ...

     

    Une autre cause des abandons : les naissances illégitimes : à Paris à la veille de la Révolution, une enfant sur 4 est illégitime. Souvent les mères sont très jeunes.

    Dans le cahier de doléances de la ville d’Angoulême en 1789 l’on déplore la situation des enfants exposés en ces termes : « Ces malheureuses victimes de la débauche ou de la misère n’ont d’autre appui que le gouvernement. Partout où il n’y a point de bureau établi, l’exposition faite sous les halles, dans les rues et sur les places publiques, livre les enfants à la voracité des animaux, et ceux qui en échappent n’étant à la charge des seigneurs sur les terres de qui ils ont été trouvés que jusqu’à un âge encore trop tendre sont abandonnés avant d’être en état de gagner leur vie. Ils semblent n’avoir été conservés que pour les faire périr par la soif et la faim, ou pour multiplier le nombre des vagabonds et des brigands ».

    Le 28 juin 1793, la mère qui abandonne son nouveau-né est pour la première fois protégée de toutes poursuites. Son anonymat est en plus garanti : “Il sera pourvu par la nation aux frais de gésine de la mère et à tous ses besoins pendant la durée de ses couches. Le secret le plus inviolable sera conservé sur tout ce qui la concerne.”

      

     L'allaitement

    Quand l'enfant naît, il ne peut pas boire le lait de sa mère de suite car ce lait est réputé mauvais au début. Il faut au contraire le purger. De toute façon, la priorité est de le baptiser. Seulement après il pourra boire le lait maternel ou celui de sa nourrice.

    De façon générale en effet, les mères n'allaitent pas soit qu'elles n'en ont pas le temps car il leur faut retourner travailler (aves l'industrialisation, cette pratique explose) soit parce que cela ne sied pas à la vie mondaine des mères issues de milieux plus aisés.

    La conséquence est la mise en nourrice du bébé. Mode désastreuse pour le bébé puisqu'au XVIIIème siècle à Lyon,  50% des nourissons "placés" chez une nourrice meurt avant un an, 40% à Rouen (con tre 19% pour ceux  nourris par leur mère). Le taux passe à 90% pour les enfants abandonnés placés en nourrice. En effet, les hospices ne peuvent s'occuper des bébés abandonnés et les confient donc à des nourrices rémunérées à cet effet. De façon général, ces femmes sont mal rémunérées mais c'est pire encore dans le cas des enfants abandonnés pour lesquels la nourrice va rogner sur tout (alimentation, médication ...); ça plus le fait qu'elle s'occupera de plusieurs enfants en même temps. Les nourrices ont en effet parfois jusqu'à 10 bébés, manquent totalement d'hygiène, sont parfois enceintes et n'ont donc de ce fait plus de lait. Certaines nourrices rachètent des bébés abandonnés à l'hôpital pour remplacer ceux qui sont morts chez elles. A cela s'ajoutent le gavage systématique du bébé pour qu'il ne crie pas, le recours aux bouillies indigestes pour compléter un lait insuffisant, les bercements frénétiques, l'allaitement artificiel ...

    L'enfant au fil des siècles ...

     

    A Erfurt en Allemagne en 1870, 17% des enfants allaités par leur mère décèdent avant leur 1 an contre 30% pour ceux placés en nourrice.

    Sur les 2244 nourrissons abandonnés envoyés en nourrice par l'hôpital de Lyon en 1771-73, 1519 décèdent.

    Au début, c'est à dire du XIII au XVIIème siècle, les qualités morales et physiques sont scrupuleusement vérifiées. Par la suite, l'offre étant supérieure à la demande, les parents seront moins regardants.

    Le lieutenant général de police de Lyon déplore en 1781 : "on remet des enfants souvent à des nourrices enceintes  ou à des femmes qui ont un lait de 3 ou 4 ans, à des vieilles femmes ou à des vagabondes sans mari qui, faisant de l'allaitement un trafic infâme, prennent plusieurs nourrissons à la fois, les font végéter avec du ait de vache ou de chèvre souvent même avec une nourriture plus malsaine pour les enfants et font périr misérablement la plupart de ces infortunés ou les rendent infirmes ou estropiés".

    Su 21000 enfants nés en 1780 à Paris, 1000 sont nourris par leur mère, 1000 sont nourris par une nourrice à domicile et les 19000 autres sont envoyés n nourrice dans les campagnes environnantes. Les conditions de transport sont d'ailleurs telles que beaucoup de bébés n'arrivent pas en vie à destination.

    La mise en nourrice disparaîtra progressivement après la 1ère guerre mondiale. 

     

    Le sevrage

    le sevrage peut être brutal pour l'enfant : application de pâtes à base de motarde ou de poivre sur les tétons pour dissuader le bébé.

    Il est désormais nourri avec des bouillies ensalivées par la mère.

    Le sevrage provoque souvent le décès de l'enfant par manque d'hygiène et par des méthodes non adaptées à l'enfant

     

     L'hygiène

    Le moyen Age de manière générale est propre mais tout change avec la peste de 1348  : la saleté va devenir protectrice.

    L'une des conséquences de cet état d'esprit est de garder la crasse sur la tête de l'enfant pour protéger la fontanelle.

    Louis XIII né en 1601 prendra son premier bain à 7 ans !

    Le linge est rarement lavé; on dort sur la même paillasse. A la campagne, les hommes et les bêtes partagent les mêmes lieux. 

    En ville, l'essor de la population au XVIIIème siècle s'accompagne de la promiscuité ( via des logements exigües ) ce qui favorise les contagions. Les villes sont insalubres, malodorantes (ordures, entrailles d'animaux jonchent les sols).

    L'urine est considéré comme un désinfectant et donc on fait sécher les langes sans les nettoyer.

    Les abcès divers (eczéma purulent, gale, petite vérole) jouent le rôle de purification du corps des mauvaises humeurs (reste du sang menstruel que l'enfant expulse).

      

    Façonnage

    L'enfant qui naît n'est pas achevé. Il faut tout d'abord remodeler son crâne à l'aide de bandeaux (les flamands préfèrent les têtes en longueur tandis que les gascons les préfèrent rondes).

    Le bébé est ensuite ficelé très serré, les bras maintenus le long du corps. L'idée est de le protéger du froid,  de le porter plus facilement et de pouvoir l'accrocher à un clou sans surveillance mais aussi de faire en sorte à ce qu'il soit bien droit et ne marche pas à 4 pattes comme les animaux.

    L'enfant au fil des siècles ...

    Vers 2 mois, ses bras sont libérés puis vers 8 mois, l'emmaillotage est abandonné. L'enfant portera une robe jusqu'à 6 ou 7 ans. A ce moement, il sera habillé comme l'homme ou la femme qu'il ou elle sera.

      

     

    Sources

    http://memoires.pro.free.fr/doc/histoireenf.htm

    http://users.skynet.be/maevrard/livre2.html

    http://www.santeallaitementmaternel.com/se_former/histoires_allaitement/allaitement_histoire.php

    http://mariabernard.pagesperso-orange.fr/des_choses_et_autres/Abandons%20d'enfants/abandon_enfants.htm

    L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime de Philippe Ariès

    Hors série Généalogie sur la naissance


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  • Jusqu'à la fin du 18 ieme l'armée était principalement une armée de métier entretenue par le roi grâce à l'impôt. Le soldat était donc principalement un professionnel qui touchait une solde, même si le recours à la réquisition pouvait avoir lieu selon les besoins.

    En 1798 le général Jourdan instaura le service militaire obligatoire, ce que l'on appela la "conscription" :  "Tout Français est Soldat et se doit à la défense de la Patrie",

    • Inscription et conscription sur les tableaux de recrutement pour les hommes de 20 ans révolus 
    • Service militaire obligatoire de 5 ans pour les hommes de 20 ans révolus à 25 ans.
    • Création des classes, tous les français nés la même année formaient une classe

    Les conscrits étaient tirés au sort. Il existait un moyen d'y échapper : l'argent. Les plus nantis pouvaient payer un autre pour prendre leur place, au prix d'une somme rondelette pour l'époque. 

    la loi de 1802 instaure le tirage au sort désignant ceux qui partaient sous les drapeaux et le remplacement qui permettaient à ceux d'échapper à la conscription en achetant un homme. Elle permet à ceux qui en ont les moyens d'acheter un remplaçant pour leur fils. Loi favorable "aux riches" mais c'était une occasion inespérée pour d'autres de gagner de l'argent qu'il n'auraient pas pu gagner autrement, dans le contexte économique difficile de l'époque.

    Devant la pression populaire, la conscription est supprimée en 1815 mais sera rétablie trois ans plus tard! 

    le 10 mars 1818 : Loi Gouvion-Saint Cyr revient donc sur la loi de 1814, en y ajoutant des éléments :

    • Conscription limité par tirage au sort.
    • Durée de 6 ans dans l'infanterie
    • Durée de 8 ans dans les autres armes
    • Durée de suivi (vétérans) : 6 ans en service territorial, le remplacement reste une possibilité d'échapper au service

     La loi Neil du 1er février 1868 ramène la durée du service à 5 ans dans l'armée active et 4 dans l'armée de réserve.

    La loi Cissey du 27 juillet 1872 rend obligatoire le service militaire pour tous les hommes. Durée fixée 5 ans d’armée d’active, puis 4 ans en réserve et 11 ans en territoriale. Système de tirage au sort : mauvais numéros : 4 ans de service / bons numéros : 6 mois à un an. Etablissement des registres matricules départementaux. Service volontaire d’un an pour les bacheliers. Nombreuses exemptions : soutiens de famille, ecclésiastiques, enseignants

    Le 15 juillet 1889, la  loi Freycinet ou "loi des Trois Ans" stipule que "l'obligation du service est égale pour tous". Durée de service : 3 ans en active, plus 7 ans en réserve et 15 ans en territoriale. Tirage au sort : pouvant ramener le service actif à 1 an. Une grand partie des exemptions sont supprimées (séminariste, enseignants...). Les exemptés peuvent être affectés à des services auxiliaires (construction de voies de chemins de fer, manutention, état-major…). Volontariat d’un an supprimé. Conscription dans les colonies (dites les "quatre vieilles" : Antilles, Guyane, La Réunion et les "quatre communes du Sénégal.

    Le 21 mars 1905, l la loi André ou Loi Berteaux impose le service personnel égal et obligatoire. Fin du tirage au sort. Durée fixée : à 2 ans, plus 11 ans en réserve et 15 en territoriale. Seuls des motifs physiologiques (taille, infirmité…) ou de santé permettent une exemption. Un sursis sans dispense peut être accordé à certaines catégories sociales (apprentis, étudiants, agriculteurs pour travaux saisonniers). Compensation financière accordée aux familles dont le soutien est sous les drapeaux.

     Le 7 août 1913, la durée du service est augmentée de 2 à 3 ans pour faire face aux classes allemandes beaucoup plus nombreuses que les françaises. L’armée d’active passe à 880 000 hommes. La loi permet aussi de créer 10 régiments d'infanterie supplémentaires. Durée de service : 3 ans.  85 % des jeunes portent l'uniforme

    En 1928, le service revient à 1 ans pour finir finalement à 10 mois dans sa version moderne

      

    Recensement militaire  (dossier matricule)

    A partir de 1800, le recensement est effectué dans l'année qui suit la 20ème année de l'individu. Pour connaître la classe de votre ancêtre, il suffit d'ajouter 20 ans à l'année de naissance. Ex : un jeune homme né en 1825 appartient à la classe 1845 et est recensé en 1846.

    Les célibataires doivent se faire recenser à la mairie du lieu de résidence de leurs parents.
    Les hommes mariés ou émancipés se font recenser à la mairie de leur lieu de résidence habituel (domicilié depuis au moins un an).

    L'ensemble des documents concernant la conscription est conservé dans la sous-série 1R.

      

    Exemptés/réformés

    Les conscrits sélectionnés passaient la visite d'aptitude, le "conseil de révision

    L'exemption, ou réforme, se basait sur des critères physiques. La taille d'abord : il fallait mesurer plus de 1,54 mètre pour être pris. Suivaient les difformités des membres, fréquentes à cette époque, et encore la faiblesse de constitution et les problèmes de vue, les signes de déficience mentale. L'index droit coupé exemptait le conscrit du service car il était inapte au tir, ce qui incitait à des mutilations volontaires. S'ajoutait l'état de la denture qui devait permettre de déchirer les étuis de papier contenant la poudre à fusil, dosée au coup par coup.

    On trouve également d'autre smotifs :

    •  Fils ou petits fils uniques
    • Aîné de veuve, de père aveugle, ou septuagénaire
    • Ainé de deux frères du même tirage
    • Frère mort en service ou réformé
    • Aîné d'orphelins

      

    sources

    wikipedia

    geneawiki

    http://www.nithart.com/servmifr.htm

    archives départementales de l'Indre et Loire : http://archives.cg37.fr/Chercher/LE_PASSE_MILITAIRE_DE_VOTRE_ANCETRE_DU_CONSULAT_A_1940-ABBH.html

     


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