• Cet article fait suite à celui ci et n'a pour vocation que de donner une idée d'une part de ce que pouvaient être les châtiments au Moyen Age et d'autre part de la cruauté mise en œuvre en la matière.

     

    JUSTICE

    Arbitrage

    La justice selon le droit coutumier vise d'abord un arbitrage veillant à la meilleure compensation d'un dommage subi afin de maintenir la cohésion du corps social et de limiter les vengeances privées génératrices de guerres civiles

    Parmi les privilèges judiciaires accordés aux bourgeois d'Arras par Philippe Auguste figurent des articles sévères qui relèvent de la loi du talion. Le bourgeois qui aura occis un autre bourgeois « scienter », (sciemment), dans la ville ou hors de ses murailles, rendra tête pour tête, « capud pro capite » — affirme l'article 1, tandis que le deuxième enchaîne : « quiconque aura amputé scienter un autre d'un membre sera mis à la merci du roi vel de tali membro auferendo, vel de sexaginta Ib. » (soit pour être privé du même membre, soit pour verser 60 livres), et traitant du rapt, l'article 4 propose que le violeur perde la tête à moins que la femme à qui il a fait violence ne veuille l'épouser.

     

    Aveux

    La justice médiévale exige un aveu. Sans aveu de la part du prévenu, aucune inculpation n'est en principe tolérée. Les coutumiers le rappellent : « nus ne puet iestre mis a mort par nul jugement, s'il ne connoist de sa propre volonté, sans contrainte de prison et sans autre force faite 

    Les conditions d'administration de la torture visent à obtenir des aveux sans mettre en péril la vie du prévenu car il faut que la confession soit réitérée hors de la question pour que les aveux aient valeur déterminante. C'est pourquoi on ménage des délais entre deux séances, on réchauffe, abreuve, nourrit le supplicié dans une pièce annexe à la chambre de torture, afin qu'il redise ce qu'il a avoué sous la contrainte et que l'on puisse inscrire au procès : « il a reconnu spontanément »...tel et tel crime

    À défaut d'aveu, le prévenu doit être élargi. Cependant le juge a la possibilité de le condamner au bannissement en arguant du fait que sa mauvaise réputation, son passé criminel font de lui un danger pour la société.

    Quant au sort fait aux insensés, aux « furieux », il dépend de l'interprétation que l'on donne de la folie. Vue comme une possession diabolique qui exige que celui qui agit sous l'empire de Satan disparaisse à tout jamais et que sa souillure ne contamine pas autrui, elle conduit parfois le malheureux fou jusqu'au bûcher.

     

    SANCTIONS

    Avant toute chose, il faut bien avoir à l'esprit que le châtiment est nécessairement public. Aucune sanction ne s'accomplit sans témoins. La sentence, quelle qu'elle soit, fait toujours l'objet d'une annonce par le biais d'un crieur.

    Le trajet du condamné par exemple passe par les rues et les places les plus fréquentées pour que chacun soit au courant de ce qui se passe.

    La sanction de l’exposition participe de cet objectif. En effet le pilori se dresse en général sur la place du marché à la vu donc de tous.

    Le châtiment au Moyen Age

    L’échelle quant à elle est un instrument en forme d'échelle ou d'escalier permettant de hisser à la vue de tous celui que l'on veut punir et que l’on place souvent à la base des gibets

    Revenons au pilori : Il consiste souvent en un simple poteau ou pilier auquel on attache les condamnés. Pour les maintenir, le pilier est muni d'un carcan garni de serrures et d’un collier de fer attaché à hauteur d'homme.

    Le pilori peut devenir un bâtiment en forme de tour, muni d'une assise de maçonnerie, surmontée d'une charpente en bois ajourée de façon à laisser voir la personne qui se trouve à l'intérieur. Au centre de cet édifice se trouve un plancher supportant un carcan tournant où l'on retient par les mains et les pieds le criminel.

    Là sont exposés des voleurs tel ce Jehan Tonnoyer, âgé de quatorze ans, coupable d'avoir tiré l'argent du coffre des pardons, au moyen d'une verge de bois engluée.

     

    Flagellations et mutilations se déroulent devant les bâtiments de justice, aux carrefours, ou de nouveau sur la place du marché. À défaut de public intéressé, on convoque les populations. Les listes de chefs de famille rendent compte des présents et des défaillants, ces derniers auront alors à payer l'amende aux autorités.

     

    Les exécutions capitales, quant à elles, prennent un caractère plus spectaculaires. Pour que le public voie parfaitement le condamné on le place dans une charrette. On réserve même aux coupables des plus grands crimes la honte d'être traînés sur une claie jusqu'au lieu du supplice, comme le rappelle le coutumier d'Artois : ainsi lié sur une planche de bois que tire un cheval, le condamné doit parfois supporter un long trajet dans la poussière et la boue. De Pierre Vineron inculpé de plusieurs larcins et d'un meurtre on apprend qu'il « fust trahinez à Noisi dès la crois Madame Ysebeal, parmi le haut chemin et parmi les champs, jusques aux fourches ».

    Les exécutions se font ensuite sur un échafaud « devant le peuple ».

    Les gibets à plusieurs étages laissent voir à tous, les derniers moments du supplicié.

    Le châtiment au Moyen Age

    Gibet de Monfaucon

    Pourquoi cette publicité ?

    La fama (renommée publique) est une composante essentielle de la vie en société. Au Moyen Âge elle présente une importance vitale. Elle ancre un individu dans son voisinage, dans la seigneurie, la paroisse, la famille dont il dépend. Elle conditionne toute sa crédibilité dans des actes fondamentaux de la vie quotidienne, achat et vente, garantie, témoignage.

    La peine d'infamie vise donc à ruiner la renommée de quelqu'un en rendant manifestes les vices de la personne.

    Ainsi , en pays de langue d'oc davantage que dans les pays septentrionaux, on a imposé aux couples adultères, selon les plus anciennes coutumes, de courir nus sous les sarcasmes de la foule. Les Coutumes de Montpellier de 1204 sont parmi les premières à prescrire cette sanction. Certaines représentations révèlent que dans cette course la femme devait tirer l'homme par une corde liée à son sexe. La course se fait le long des rues les plus fréquentées et sous la flagellation des sergents, précédés par les crieurs et trompettes accoutumés qui publient les noms des coupables.

    L'infamie concerne aussi bien les vivants que les morts. Les corps des pendus restent sans sépulture ; ils se balancent plusieurs mois jusqu'à se détacher tout seul, du fait de la décomposition des chairs. Pour prolonger l'exposition des cadavres, on passe des cordes sous les aisselles afin de remplacer muscles et tendons.

    Des bourreaux obtiennent même des rétributions supplémentaires pour avoir rependu des corps qui s'étaient détachés du gibet.

    Le cas inverse existe aussi : ainsi le receveur général de la ville de Dijon a attribué une somme de quatre gros à l'exécuteur de la haute justice, le 6 février 1486, car il lui a fallu enterrer les corps de Jehan de Corsenet et de Jehan de Rissey qui depuis la Pentecôte dernière pendaient à un pommier — gibet de fortune d'une juridiction manquant d'argent pour l'édification de fourches convenables. En fait, des « gens de bien » ont signalé que l'un des corps « ja cheu à terre dessoubz led. pommier » attirait « les chiens loups et autres bestes qui le devoraient et mangeaient ».

    Une autre intervention de ce type a lieu le 22 août 1457, motivée par la crainte de la peste et le souci de ne pas gâter la terre des vignobles voisins ! Mais encore a-t-il fallu un avis des médecins évaluant le danger que représentait la puanteur des cadavres suspendus depuis quatre mois pour que l'on consente à les enterrer.

    Le châtiment au Moyen Age

    Quand le corps est écartelé et démembré, les parties restantes sont rassemblées dans un sac et suspendues au gibet comme cela se produit pour Colinet de Puiseux ainsi maintenu aux fourches de Montfaucon.

     

    Comment choisir les peines applicables?

    Les coutumiers donnent en général une grille des peines en fonction des actes commis. Ainsi, Philippe de Beaumanoir, jurisconsulte du 13ème siècle et auteur des Coutumes du Beauvaisis précise pour chaque acte frauduleux les peines à appliquer :

    • la peine de pendaison et la confiscation des biens pour l'incendiaire et le voleur
    • la peine du bûcher pour l'hérétique et le sodomite
    • La pendaison après avoir été bouilli vif pour le faux monnayeur
    • Le bannissement concerne ceux qui ont fui la justice, soit en rompant leurs chaînes et en s'échappant de la prison, soit en restant sourds aux convocations du tribunal

     

    Le coutumier d'Artois de son côté rappelle que « par l'usage d'Artois, hom attaint de murdre, d'arsin, ou de rat, doit iestre traisnés et pendus ; et des autres cas criminaux, doit iestre pendu tant seulement sans traisner ».

     

    L'emprisonnement

    L'emprisonnement constitue rarement une pénalité car la détention d'un individu coûte cher, entre son entretien en vivre, la fourniture de la paille pour la couche, le salaire du geôlier. La prison est essentiellement préventive afin d’éviter de voir échapper le justiciable entre son inculpation et l'évocation de son affaire devant un tribunal.

    Le Grand Coutumier de France (compilation juridique du 14ème siècle de « plusieurs petiz livres et petits traictiez ») consigne les conditions appliquées au Châtelet de Paris. : Le tarif du « geollage c'est assavoir pour son droict d'entrée et yssue, de lict, giste et place » varie selon la condition de la personne : « se ung conte ou une contesse est mis en prison », ils acquitteront dix livres. Pour « un chevalier banneret ou une dame bannerette », le taux baisse à vingt sols parisis (une livre parisis). Le simple chevalier ou la simple dame verseront cinq sols, ou la damoiselle, un lombard ou une lombarde prendront pension pour douze deniers, quant aux juifs ils acquitteront deux sols et le simple justiciable huit deniers.

    Ce tarif dégressif du droit d'écrou augure d'une grande différence de traitement à l'intérieur des geôles. Il y a en effet des « niveaux » de confort variés. Le rez-de-chaussée et le premier étage concernent les gens qui, pour chaque nuit, peuvent acquitter de deux à quatre deniers, deux deniers pour une simple couche de paille, quatre pour un lit fourni par le geôlier. Les plus riches ou les plus délicats peuvent faire entrer le lit de leur maison, à condition de payer la place deux deniers.

    Le châtiment au Moyen Age

    Le Grand Coutumier souligne d’ailleurs ce contraste entre certains hôtes du Châtelet qui peuvent recevoir des visites de leurs amis, leur parler et même boire en leur compagnie s'il leur plaît, et d'autres qui gisent es chaisnes,... en la boucherie, en beaumont, ou en la griesche, qui sont prisons fermées,... ou bien ceux qui sont mis entre deux huys. Les prisonniers évoquent « les grandes pauvretés, peines et misères » qu'ils subissent. Une certaine Guillotte « qui a un petit enfant qu'elle nourrit de lait » dans les cachots de Dijon, fait valoir que son affaiblissement met en danger la vie de son enfant, « si elle demeure auxd. prisons » ; elle prévoit sa mort prochaine, « pour la fragilité et tendreur de cuer quelle a de lui ».

     

    L'amende honorable

    Le condamné doit reconnaître devant une foule réunie qu'il a mal agi ; il se plie pour cela à une cérémonie où se conjuguent humiliation et réelle contrition.

    L'humilité quasi pénitentielle exigée transparaît déjà dans le costume que revêt l'intéressé. Nue tête, dans un temps où la dignité de l'homme et son statut social sont signifiés par la coiffure qu'il arbore, le condamné se présente également sans ceinture pour retenir sa chemise. La tenue participe de la dégradation sociale que le crime perpétré a provoqué chez lui.

    Le châtiment au Moyen Age

     

     

    Flétrissure et mutilations

    La marque peut être celle d'une fleur de lys ou d'une lettre signifiant la condition de l'intéressé, un V pour voleur, un M pour mendiant ; sur le front ou sur la joue, elle désigne désormais le forfait à tous les contemporains.

    Le châtiment au Moyen Age

    On voit ainsi le vol souvent châtié par l'amputation d'une oreille ou d'un poing, des deux oreilles ou des deux poings s'il y a récidive attestée. Ainsi au 14ème siècle un témoin de son temps vivant proche de Lyon précise qu’il a vu amputer des oreilles deux hommes pour vol, puis un voleur du nom de Jean qui avait dérobé un drap et une couverture dans l'hôpital de Saint-George d'Espéranche, un autre nommé Jeannet Revoyre, coupeur de bourse.

    Un autre témoin note que vers 1310, c'est une servante de sa mère et de son père qui fut ainsi essorillée par le bourreau parce qu'elle avait volé des habits à ses parents. Il ajoute qu'au début du xive siècle il a pu voir « à plusieurs amputer l'oreille, la main, le pied, sur le pont du Rhône, au-delà de la croix ».

    L'ablation de la langue sanctionne le parjure ou le blasphémateur : on la perce ou on la coupe d'abord.

    Il apparait également que la mutilation figure fréquemment dans les sentences comme une étape préliminaire soit à un bannissement, soit à une mort sur l'échafaud ou le bûcher.

     

    La pendaison

    La pendaison concerne les roturiers ; aux nobles on réserve la décapitation, mais des pendaisons infamantes peuvent être imposées aux cadavres décapités de criminels particulièrement méprisés.

    Aux femmes coupables, on préfère, sans qu'elles leur soient réservées exclusivement, des formes d'exécution particulières : bûcher, noyade, enfouissement.

     

    Noyade et enfouissement

    La noyade est plus particulièrement réservée aux femmes mais on retrouve cette peine par exemple pour des traîtres d'extraction bourgeoise.

    L’enfouissement en revanche figure dans la panoplie des sentences de mort concernant les femmes. Elle semble toutefois tendre à disparaître au xve siècle.

    Destinées à être enterrées vives, les criminelles sont conduites devant la fosse et doivent faire là un aveu public de leur crime. Voici la description de la technique du bourreau dans la juridiction de Malines : ayant lié les pieds et les bras de la condamnée, il la précipite dans la fosse ou « puits », jette de la terre sur le corps en finissant par la tête, puis il tasse la terre en se livrant à un piétinement frénétique du puitz, afin d'étouffer au plus vite la malheureuse enfouie.

     

    Décapitation

    La décollation apparaît comme une sanction digne des nobles. Elle punit les crimes de trahison qui sont souvent imputés aux barons ou aux officiers royaux.

    Le châtiment au Moyen Age

    L'écartèlement

    Le pire des supplices en matière de crimes politiques est l'écartèlement que les chroniqueurs désignent aussi sous les termes de « mise en quartiers », on « mise en pièces ».

     

    Le bûcher

    Comme la noyade et l'enfouissement, la mort par le feu, sur un bûcher, n'est pas seulement appliquée aux femmes mais cette peine sanctionne des crimes qui semblent exiger une purification extrême par l'élimination totale du corps du coupable.

    Le châtiment au Moyen Age

    Dans les actions chargées d'impureté, on relève les relations sexuelles contre nature (sodomie, bestialité, rapports incestueux), les atteintes à la vie par des pratiques abortives ou par l'infanticide, des sacrilèges ou des usages marqués d'hérésie ou de sorcellerie.

    Dans les crimes sexuels on ne compte pas le viol, considéré comme une agression physique, une violence et passible plutôt de la peine de pendaison, de mutilation, du bannissement ou d'une très forte amende selon les cas et les personnes.

    Le crime pour lequel les femmes sont le plus fréquemment justiciées à mort, par l'enfouissement ou par le feu, reste en effet l'infanticide, un acte que provoque la peur des conséquences sociales d'une union adultère et la hantise d'une infamie flagrante. Cela conduit ces jeunes femmes à étouffer le bébé dans le lit où elles le couchent avec elles, ou bien à l'assommer comme le fait cette fille de dix-huit ans, suppliciée à Metz en mars 1495 ; « ayant pris l'enfant par les piedz, elle l'a frappé contre un mur et l'a tué, puis geté en un puits de la maison ». D'autres se débarrassent de l'enfant dans les latrines ou dans les fossés des égouts de la ville.

    La peine prévue pour les faussaires est toujours très sévère. Coutumes et chartes le répètent : le faux monnayeur sera bouilli vif dans un chaudron qui symbolise sans doute le matériel de ses coupables amalgames. Une telle mise à mort reste rare à la fin du Moyen Âge. En Artois, après 1317, c'est la corde qui attend les faussaires.

     

    Le banissement

    Le bannissement se trouve toujours aggravé d'une peine complémentaire qui ajoute à l'intensité du châtiment. Il s'agit le plus souvent d'une exposition au pilori ou à l'échelle précédant la procédure d'expulsion. Aussi fréquemment le condamné subit une flagellation publique avant et pendant le déroulement du bannissement voire même d’une mutilation.

    Le bannissement s'accompagne toujours d'une confiscation totale des bien.

      

    La pendaison sur effigie

    Il s'agit d'une exécution symbolique qui s’effectue quand le prévenu est absent

    La pendaison par effigie se pratique sur un tableau où la figure de l’absent est dessiné et au bas duquel son nom et l’arrêt de mort sont inscrits.

    Avant cela on écroue l’effigie à la prison ; le bourreau la récupère, la conduit au lieu du supplice et la suspend à la potence après bien sûr lecture de ladite sentence.

     

    Voir un exemple ici

    Le châtiment au Moyen Age

     

    En conclusion

    Finalement, que retenir de tout cela, hormis la cruauté des peines, la disproportion évidente entre la peine et l'acte frauduleux ainsi que le voyeurisme incroyable que suscite l’exécution de la sanction ?

    Il est manifeste que les peines corporelles ou « éliminatrices » ne répondent pas à des critères normatifs absolus : les incendiaires ne sont pas toujours livrés au feu, même si la tendance à leur appliquer une sanction analogue au crime perpétré se manifeste dans nombre des tribunaux. Il arrive qu'on les pende ou qu'on les décapite. Les voleurs ne subissent pas forcément la pendaison pour des récidives ou pour la gravité de leurs actes. Certaines cours peuvent les "éliminer" par la noyade, d'autres, comme le Châtelet en 1430, se débarrassent des effectifs pléthoriques de voleurs groupés en bande en utilisant à la fois le gibet et le billot. Le bourgeois de Paris évoque par exemple une arrestation en masse de quatre-vingt-dix-sept « pauvres menagiers », « desesperés pour la grande pauvreté qu'ils souffraient » et devenus, en conséquence, des criminels éhontés. Il décrit les moyens de justice qui leur sont réservés : « on en pendit douze au gibet de Paris le deuxième jour de janvier, et le dixième jour ensuivant on en mena onze ès Halles de Paris, et leur coupa t-on les tête à tous dix. Le onzième eut la vie sauve.

    Bref, il est difficile de déterminer quelle sera la sanction donnée pour telle acte ; tout va dépendre du contexte, de l’époque et du secteur géographique finalement.

    Et il est toujours possible même à l’époque d'échapper à la plus sévère des peines par la substitution à celle-ci d'un bannissement ou d’une amende, ce qui en définitive réduit de beaucoup l'aspect rigoureux des sentences. Il est possible aussi si l’on est bourgeois d’utiliser la procédure de la paix à partie et d’éviter ainsi toute peine infâmante et mutilante.

    Une autre peine de substitution est souvent employée dans le Nord (mais on la retrouve aussi ailleurs) : la sanction du pèlerinage judiciaire, pénalité d'origine canonique. Exil déguisé, moyen de rétablir la paix entre les habitants, cette contrainte vise aussi à corriger de son crime le responsable. Il devra rapporter les preuves de son séjour à Jérusalem, Saint-Jacques ou Rome par des lettres contresignées des autorités ecclésiastiques du lieu de pèlerinage.

     Le châtiment au Moyen Age

    Sources

    Le châtiment du crime au Moyen Age (12 au 16ème siècle) de Nicole Gonthier

    Violence et ordre public au Moyen Age de Claude Gauvard


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  • Criminels voleurs et déserteurs

    Voici ici rapporté « la funeste destinée de deux paroissiens dont l’un fut pendu et l’autre fustigé et fleurdelysé à Ath le 14 août 1698 ; mais comme leurs crimes furent personnels voici la raison pour quoi ils furent sentenciés.

    Le premier s’appelait Jan Liette jeune homme de 21 ans et le second Pierre Gourdin  homme marié de 23 ans. Ils étaient compagnons dans le dernier larcin qu’ils firent d’un cheval ; ils furent tout deux appréhendés dans le flagrant délit. Le premier avoua son crime et tous les autres qu’il avait commis en sa vie. Il fut condamné d’être pendu. Le second a toujours nié et, comme il y avait de fortes conjectures, il fut condamné d’être fustigé et fleurdelysé. De ce dernier nous n’en dirons rien : il vit encore ; mais de Jan Liette celui qui écrit l’ayant connu dès sa jeunesse, il lui sera facile d’en faire un petit portrait.

    Il était fils d’un certain Simon Liette qui était honnête homme dont on se louait dans le village mais qui avait des enfants malheureux et qui ont eu du malheur.  Un nommé Michel rame sur les galères après avoir mérité d’être pendu dix fois (il fut condamné aux galères pour désertion) ;

    Un nommé Pierre qui a tué Antoine Dutrieu : on attend qu’il soit pendu réellement ou tout au moins en effigie. ; une fille ‘Deus scit’ (Dieu sait quelle fille) ; un Jean (celui dont il s’agit), encore un autre ‘nomine Johanne Baptista  qui dato nomine tam apud Gallos, quam Hispanos militiis, ad minimum quinies deseruit castra’ (du nom de Jean Baptiste, qui, après s’être engagé dans l’armée tant chez les français que chez les espagnols déserta au moins cinq fois).

    Ne parlons que de celui dont il s’agit. Il n’a jamais rien valu dès sa jeunesse même ; il avait un esprit dur presque tout hébété et très mal fait ; et quoique il paraissait stupide il ne l’était que pour faire du bien qu’il n’a jamais fait. On ne sait s’il a fait la première communion ailleurs mais dans sa paroisse on sait qu’il ne l’a jamais faite. D’abord qu’il eut atteint l’âge d’environ 15 ou 16 ans il n’a plus voulu fréquenter les catéchismes mais s’est adonné au larcin […]; on attribue une partie de son malheur d’avoir vu une femme qui ne lui a point inspiré autant d’horreur de l’impureté qu’elle devait et à qui il portait tous ses vols , par exemple d’une vache à ses père et mère, de moutons, de mouches à miel, d’habits, d’argent, de harnais. En voilà assez à son chapitre ».

     


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  • Mauvaise récole 1697 et ses conséquences

    « ils (les anciens) sont tous convenus que de leur connaissance ils n’ont vu tant pleuvoir(il a plu six semaines en aout et septembre). En effet excepté les seigles qui furent renfermés en temps, le reste de la moisson a presque tout pourri, tant il a plu sans désister ni jour ni nuit., jusque là que les blés , qu’on avait différé plus qu’il ne fallait à abattre germaient également étant droits ; ce qui fit enchérir les grains. »

     en 1698 les grains sont toujours aussi chers : "la cherté du grain qui continue toujours fait les gémissements d'une infinité de pauvres, qui viennent jusqu'au nombre de trois ou quatre cents chaque journée demander leur pain, particulièrement ceux du pays de Hainaut, qui pendant toute la guerre et depuis la paix n'avaient point dépouillé de grain.

    Et le Roi avait fait une ordonnance sous de très grandes peines de ne point transporter de grain hors du pays : ce qui a accablé les Pays Bas espagnols et qui a un peu soulagé le petit peuple de notre pays. [le 22 décembre 1698 Louis XIV interdit à peine de la vie, de confiscation des moyens de transport et de 3000 livres d'amende, toute exportation de grains hors du royaume].

    Un second moyen dont le Roi s'est servi pour le soulagement de son peuple fut d'obliger tous les fermiers de battre incessamment leur grain ou de les mener dans les marchés les plus voisins. [le 30 janvier 1699, un arrêt du Parlement enjoignit aux laboureurs et fermiers de faire battre leurs grains et de les porter au marché; défense était faites d'en acheter pour revendre ou garder en magasin].

    On faisait des visites à ce sujet et ceux qui étaient trouvés en défaut ou de ne point faire battre ou d'avoir leur blé dans leur grenier, ils étaient amendés jusqu'à mille florins. Nous en avons vu ici un exemple . Un  nommé Jean Delecroix, n'ayant point observé cette ordonnance et ayant été trouvé en défaut, fut ajourné par devant Monsieur l'Intendant . Il en a sorti il est vrai mais ce fut après avoir employé toutes les puissances et après avoir contenté les sergents, maréchaussée, secrétaires etc... et mille aller et venir."


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  • Profanation des cimetières

    Un cimetière sera profané s’il est souillé par quelque action indécente (s’il y a effusion de sang humain faite injurieusement ou s'il y a un meurtre sans effusion de sang), ou si l’on a inhumé un infidèle, un hérétique, un excommunié.

    Il faudra donc réconcilier le cimetière avant de pouvoir procéder à nouveau à des sépultures ecclésiastiques; cette procédure se fera avec les chants et les prières de l'Eglise, les cierges, les encensements, l'aspersion d’eau bénite que l'on fait tout autour du cimetière, les signes de croix, etc.
     

    La profanation des cimetières c’est également et de façon plus générale tout ce qui est contraire au respect et à la sainteté des cimetières : y vendre et y trafiquer, y plaider ou y exercer quelque juridiction séculière, y traiter de quelque affaire profane que ce soit, y danser, s'y promener, s'en servir pour y mettre du bois, y faire sécher du linge, ou pour quelque autre usage semblable, y laisser paître ou seulement passer les animaux, etc.

     

    C’est assez contradictoire avec ce qui se pratique pourtant quotidiennement : au Moyen Age les cimetières sont des lieux de rencontre et d’échange même s'il est vrai qu’à partir de la fin du 12ème siècle l’Eglise a commencé à interdire tout divertissement et activité sans rapport avec la mort de façon à rendre ce lieu aux défunts.

    Ainsi le cimetière des Innocents à Paris est un exemple parfait de ce que pouvait être ce lieu au Moyen Age et après : il était très animé le jour, envahi de marchands. Les merciers et les libraires, les ferronniers y exposaient tous les jours leurs articles entre les tombes ; à partir du XVe siècle, les emplacements sous les galeries, enjeux d’âpres querelle, sont systématiquement spécialisés et réservés à différents corps de métiers : frippe, lingerie, bonneterie, tableaux, livres et images, enfin et surtout les écrivains publics. Un marché aux chevaux s’y trouvait également. Des écrivains publics consultaient sur place également. C’était également un lieu ordinaire de passage, par commodité, pour couper au plus court, tant pour les hommes que pour les bêtes de bât et les marchandises.

    C’était enfin un lieu de prêche. Dans le Journal du Bourgeois de Paris, on raconte la venue de Frère Richard au début du XVe siècle venu prêcher. Le franciscain attira alors plus de 5 000 personnes.

     

    Profanation des cimetières

    Revenons à notre profanation de cimetière

    Quand une église devient polluée, le cimetière qui lui est adjacent ou contigu le devient aussi, mais le cimetière qui ne lui est pas adjacent ne le devient pas. Quand il y a deux cimetières contigus, la profanation de l'un n'emporte pas la pollution de l'autre, quoiqu'ils ne soient séparés l'un de l'autre que par un petit mur. Quand un cimetière est pollué, l'église contiguë ne l'est pas pour cela car le cimetière est considéré comme un accessoire à son égard. Le cimetière doit être clos, et les habitants sont tenus d'entretenir la clôture.

    Voici la procédure de réconciliation :

    « Le prêtre qui en aura reçu la commission se revêtira à la sacristie d’un surplis, d’une étole et d’une chape violettes et il se rendra au cimetière précédé de la Croix et d’un clerc portant le bénitier avec l’aspersoir et accompagné du Clergé. Lorsqu’il y sera arrivé il se mettra à genoux devant la Croix du cimetière sur le tapis préparé à cet effet ; tous se mettront à genoux avec lui et les choristes chanteront les litanies des Saints ». Le prêtre prononcera quelques paroles en latin puis pendant qu’un choriste entonnera le psaume Miserere le prêtre ira processionnellement avec le clergé autour du cimetière commençant par le côté qui est à sa droite et jettera partout de l’eau bénite puis prononcera à nouveau quelques paroles en latin.

     

    Voir un exemple ici de profanation à Rumegies (59) au 17ème siècle

    ainsi qu'une note sur l'aspect non "hygiéniste" des cimetières

     

    Sources

    Rituel du diocèse de Poitiers

    Naissance du cimetière – lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval de Michel Lauwers


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    1697 : profanation du cimetière

    « Le premier dimanche de l’avent de cette année 1697 comme il avait neigé, les jeunes hommes sortant de vespres, se jetèrent des boules dans le cimetière. Un nommé Jacques Bouchard qui n’était point disposé à rire se prit de querelle  avec un nommé Jacques Raviart jusqu’à se donner des coups de poing au nez, cum effusione sanguinis per nares (avec écoulement de sang par les narines). Le scandale étant public on a du consulter les supérieurs, qui ont jugé que le cimetière était profané ; et ils ont délégué Monsieur le Doyen pour le réconcilier et ont condamné les coupables à faire allumer une chandelle de deux livres devant le Saint Sacrement , à demander pardon au pasteur – et le pasteur était tenu de le dire publiquement depuis son prône – et ensuite aux dépens tant de la journée du Doyen que de la réparation de l’église où on avait fait deux fosses pour enterrer deux personnes qui moururent pendant les huit jours que le cimetière était profané. Ce qu’il y a à remarquer c’est que le curé fut celui à qui il en a le plus coûté : des exprès à Tournai, le dîner à Monsieur le Doyen, une chaise, le charretier, les chevaux pour le chercher à Saint Amand et le reconduire  sans compter tous les embarras ; tout cela lui en a plus coûté qu’aux deux coupables ».

     

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