• P comme PIERRE MORNE

    En faisant des recherches sur le site des archives municipales de Toulouse j’ai trouvé des informations intéressantes sur la « pierre morne », expression que je ne connaissais pas jusque-là.

    En fait la question à se poser ici est que faisait-on quand on découvrait un corps sans vie à Toulouse et ses environs au XVIIIème siècle ?

    Une enquête va être faite ; un chirurgien nommé par les capitouls va établir ses constatations, puis éventuellement procéder à une autopsie, et va décider s’il s’agit d’une mort naturelle, accidentelle, ou un cas avéré de mort violente.

    Mais ceci fait, comment identifier la personne ?

    La solution est de déposer et exposer le corps sur la pierre morne

     

    Ainsi le 28 février 1748 vers les 1 h 00 du matin, on apporte au corps de garde de l’hôtel de ville un homme blessé enveloppé dans un linceul. Malgré les soins du chirurgien appelé sur place, l’homme expire deux heures plus tard. Au petit matin, en l’absence du moindre indice quant à son identité, le capitoul à qui l’affaire est communiquée va donner ordre pour que le corps soit déposé sur la pierre morne. Le greffier criminel des capitouls précisera : « nous avons fait expozer tout de suitte sur la pierre accoutumée pour être expozé au public à l’effet d’en être fait la reconnoissance ». L’homme est « chanceux » ; en effet, quelqu'un dans le public saura finalement reconnaître là le corps sans vie du nommé Rouane, soldat de son état ; il évitera ainsi une inhumation anonyme.

     

    Pourquoi la pierre morne ?

    La première mention de cette pierre date de 1709 : elle est alors appelée « pierre accoutumée ».

    Elle sera par la suite appelée « pierre morné » voire juste « la morne » et même « la morgue ».

     

    Où est elle située ?

    Sur un lieu de passage et un lieu d’échange ; l’idée n’est pas tant de rendre le corps visible mais accessible et de le protéger des intempéries. En 1748 on apprend qu’elle est située dans la première cour de l’hôtel de ville de Toulouse.

    Le corps est gardé par un soldat du guet.

     

    Durée de l’exposition

    Il ne semble pas y avoir de durée obligatoire mais deux jours semblent le maximum.

     

    Ainsi en février 1766, l’avocat du roi demande à ce que « le corps sans tête d’une jeune fille enveloppée dans une cherpillière attachée sur les épaules soit exposé « pour y rester pendant l’espace de vingt-quatre heures ».

    Mais l’identification ne sera malheureusement pas possible, et l’inhumation est ordonnée le lendemain sans même qu’on procède à l’autopsie pourtant évoquée la veille.

     

    L’exposition sur la pierre morne n’est toutefois pas automatique. Ainsi un noyé trouvé en février 1760 ne sera pas amené à la pierre morne ; en effet le chirurgien estime qu’il a séjourné plus de vingt jours dans l’eau et on l’imagine passablement décomposé. Il est toutefois déposé quelque temps « au ravelin du Bazacle où nous l’avons fait exposer aux yeux du public pour qu’on p(e)ut le reconnaitre, ayant commis deux soldats pour garder ledit cadavre jusqu’à ce que tout f(e)ut prêt pour l’enterrer ».


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