• Q comme QUOTIDIEN

     

    Ma belle-mère Josette (née en 1935) a habité Liverdun (près de Nancy) et m’a raconté des anecdotes de son enfance.

    En voici quelques-unes : sa mère faisait de la charcuterie avec le cochon qu’elle tuait à Noël dans la cour de la maison. Elle faisait du boudin après avoir pelé des kilos d’oignons et fait griller des chons de lard (petits morceaux de lards provenant de la fonte du saindoux). La sœur de Josette et elle grattaient les tripes avec le dos d’une petite cuillère en faisant attention de ne pas percer les boyaux sinon le boudin « chiait ».

    Sa mère faisait aussi de l’andouille qu’elle portait chez le boucher pour la fumer dans un grand fumoir.

    L’été, un marchand de sorbets passait dans les rues ; au son de sa corne, les enfants courraient chercher des sous pour pouvoir déguster ce rare plaisir.

    Il y avait aussi un marchand de fruits et légumes qui passait et des fois il y avait même des bananes !

    L’hiver, le vendredi, la mère Hilaire passait avec une charrette à bras pour vendre des harengs et des moules ; la rue embaumait le hareng ce jour là.

    Ma belle-mère se souvient aussi du bruit matinal de Monsieur Royer, cultivateur chargé du ramassage des ordures ménagères qui passait chaque samedi avec son cheval attelé à un tombereau pour la corvée : les femmes mettaient leurs déchets dans de vieilles lessiveuses et Monsieur Royer renversait ces boites métalliques en les tapant un gros coup sur le tombereau ; il allait ensuite déverser ces ordures à l’extérieur du village sur un monticule qui fumait en permanence. Les enfants venaient y chercher des palettes pour jouer, et des boites de conserve de Lerebourg pour imiter des assiettes et jouer avec.

    Il y avait aussi l’appariteur avec son tambour qui s’arrêtait à tous les coins de rue pour annoncer un déballage place de la gare ou une coupure d’eau ou une vente aux enchères suite à un décès.

    Et bien sûr elle m’a parlé de la lessive : c’était le lundi. Dès 6h du matin sa mère préparait la brouette avec dedans la lessiveuse remplie de linge sale (grosse marmite avec un double fond d’où remonte une cheminée avec au bout un pommeau qui arrose le linge d’eau bouillante ; l’eau redescend en traversant le linge, retombe au fond puis remonte à nouveau ; reste à rincer le linge pour enlever le savon). elle mettait un agenouilloir devant la brouette pour que Josette puisse s’y asseoir.

    Et elles partaient toutes les deux au lavoir au bord de la Moselle.

    Q comme QUOTIDIEN

    Sa mère décrassait le linge au lavoir avec un gros savon « la girafe » (le linge était été trempé la veille (et les mouchoirs dans une autre bassine !) pendant que ma belle-mère jouait à côté.

    Après décrassage et rinçage, sa mère remontait à la maison pour faire bouillir la lessiveuse posée sur un trépied dans la cour ; elle y mettait des cristaux de soude et la lessive st marc.

    Puis retour au lavoir pour le rinçage et l’essorage à la main. Le linge était ensuite étendu au grenier ou dans la cour.

      

    Ma grand-tante Renée quant à elle est née en 1931 à Houdain près de Lille. Elle se souvient aussi du jour de lessive : sa mère trempait le linge puis le mettait dans une bouilloire. Le lendemain il était lavé avec du savon de Marseille ; elle utilisait une brosse à chiendent et mettait du bleu dans l’eau de rinçage. Et après on séchait tout ça dans la maison

    Elle m’a raconté aussi que son père mettait des briques chaudes enveloppés dans du journal dans le lit pour avoir bien chaud.

    Elle aimait aller à la ducasse (fête patronale du village) pour essayer la chenille, le casse gueule (un siège avec des chaînes qui tournait autour d’un pilier central), pour manger de la barbe à papa, des frites et du nougat.

     

    Ma mère enfin est née en 1945 à Lille et m’a raconté les bains du samedi : il n’y avait pas de salle de bain et donc tous les samedis après-midi sa mère faisait chauffer de l’eau pendant que son père tendait un grand drap entre la partie cuisine et la partie séjour. Il mettait une grande bassine en acier galvanisé dans la cuisine, du savon de Marseille et des shampoings Dop et ils se lavaient à tour de rôle

    Elle m’a aussi parlé de lessive : sa mère avait une machine à laver avec deux rouleaux qui collaient l’un à l’autre pour pouvoir essorer le linge. On les faisait tourner avec une manivelle.

    Q comme QUOTIDIEN

    Le dimanche soir sa mère faisait tremper le linge et le lundi elle le passait à la lessiveuse galvanisé, (bassine avec au milieu une espèce de champignon dans lequel l’eau passait en bouillant, le tout alimenté par une couronne de gaz). Elle utilisait du savon de Marseille et des cristaux de soude.

    Q comme QUOTIDIEN

     

    Ensuite on sortait le linge pour le mettre dans une autre bassine remplie d’eau froide pour rincer avec du bleu et du javel

    Enfin on essorait avec la fameuse machine à deux rouleaux. Le linge pendait ensuite dehors ou dans la pièce principale s’il pleuvait.

    Et le mardi c’était repassage …


  • Commentaires

    1
    Roland
    Mardi 21 Juin 2016 à 15:34

    Ces anecdotes me rappellent beaucoup de souvenirs d'enfance : le "tue-cochon", la lessive, la toilette dans la cuisine (ou dehors l'été), les briques chaudes (ou le "moine"), la fête votive (et la fête Dieu)... mais je n'ai connu ni appariteur ni ramassage des déchets (nous étions trop perdus sur le causse). Je pourrai ajouter la corvée d'eau à la citerne, l'attache des vaches dans l'étable,  la fermeture du poulailler (cf Poil de Carotte), le hachage des orties pour la pâtée des canards... sans parler des wc à l'extérieur (derrière la grange)... Un inventaire même pas à la Prévert.

      • Mardi 21 Juin 2016 à 17:19

        Bonjour,

        j'ai plein d'autres anecdotes comme ça, je trouve ça absolument fascinant car c'est tellement à mille lieux de ce que nous connaissons !!

        je ne connaissais pas le hachage des orties ; ça devait piquer !

         

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :