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       Porter un enfant demeure l'une des activités les plus dangereuses qu'une femme puisse entreprendre ; d'ailleurs un vieil adage dit "qu'être enceinte c'est mettre un pied dans la tombe"

      

    En dépouillant les BMS de Frouzins, je me suis rendue compte qu'il y avait un nombre assez important de femmes qui mourrait en couche au 18 et 19ème siècle ou peu après la naissance. De même j'ai toujours été sidérée par le nombre d'enfants qu'une femme pouvait mettre au monde au cours de sa vie . Aussi je me suis demandée quelles étaient les conséquences pour elles, physiquement, à avoir toutes ces grossesses et le pourquoi du comment de ces morts en donnant la vie.

     

    Et c'est là que je me suis dis que j'étais bien contente d'être née au 20ème siècle .... 

     

     

     

     

    Les chiffres

    D'après l'étude du Docteur Le Fort, réalisée dans les maternités parisiennes de 1860 à 1863, la mortalité maternelle était en moyenne de 3%, ce taux atteignant 9 % dans les maternités les plus mortifères.

     

    De nos jours, une étude du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) datant de 2006 précise que depuis une dizaine d'années, le taux de mortalité maternelle se stabilise entre 9 et 13 décès pour 100 000 naissances vivantes ce qui correspond en moyenne à 60 décès de femmes chaque année.

     

     

    La « mort maternelle », de quoi parle t-on précisément ?

    La mort maternelle est définie comme « le décès survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours à un an après la fin de la grossesse, pour une cause quelconque déterminée ou aggravée par la grossesse ou les soins qu’elle a motivés, mais ni accidentelle ni fortuite ».

    Le taux de mortalité se calcule de la façon suivante : TMM = m/nv

    TMM = taux de mortalité maternelle

    m= décès maternels sur une année

    nv = naissances vivantes durant la même année

      

      

    Les complications, mortels ou non, qu’encourent la jeune maman

    La grossesse et l’accouchement sont le lieu de toutes les complications, aggravées par l’état général, le travail au champs ou à l’usine jusqu’au dernier moment, la méconnaissance des règles élémentaires d’hygiène, les grossesses à répétition … 

     Bref, je ne suis pas médecin, je ne vais donc pas vous faire une liste détaillée et exhaustive des risques, complications et séquelles de l’accouchement. Mais vous trouverez ci-après quelques éléments permettant de mieux appréhender le quotidien des femmes avant notre XXIème siècle somme toute très confortable ….

     

    Les hémorragies qui demeurent aujourd’hui la 1ère  cause de mortalité maternelle (18 %) ont toujours été très difficiles à gérer en raison notamment des multiples causes possibles . Ces hémorragies sont souvent liées à un placenta praevia, des hématomes rétro placentaires ou des troubles de la coagulation. Cette complication de l’accouchement s’accroit en cas de multiparité, entre autre. 

    Les maladies thrombo emboliques constituent aujourd’hui la deuxième cause de mortalité maternelle. Là aussi il était impossible d’anticiper et de traiter ce risque. Souvent, il s'agit d'accidents vasculaires cérébraux pas nécessairement provoqués directement par la grossesse mais apparaissant à la suite (un anévrysme qui va se rompre lors de l'accouchement par exemple). Ce risque est aggravé chez les multipares et lors des accouchements compliqués.

    L’hypertension artérielle : Les patientes hypertendues présentent un risque de complication plus élevé lors de l'accouchement.

    Les abolies amniotiques : C'est le passage de liquide amniotique dans le sang, une cause de décès fréquente et impossible à prévenir.

    Et que dire des obstructions à l’accouchement ? Elles peuvent être causées par la morphologie de la mère (un pelvis trop étroit pour le passage de la tête du bébé), par une mauvaise position de l’enfant ou par des contractions utérines trop faibles. Des lésions squelettiques importantes liées à la tuberculose osseuse, le rachitisme, des séquelles de la poliomyélite, des cyphoscolioses graves, des luxations congénitales des hanches rendent les conditions mécaniques de l’accouchement impossibles ou à tout le moins très difficiles.

    Sans une intervention médicale appropriée dans ces situations, la femme peut subir un accouchement de plusieurs jours et éventuellement mourir des suites d’une rupture de l’utérus.

    Généralement le bébé est mort-né ou décède rapidement après sa naissance.

    Au XVIII et XIXème siècle, l'accoucheur a conscience de l'existence des mauvaises présentations du bébé ou des cas de malformation du bassin des femmes rendant difficile voire impossible l’accouchement. 

    L'accouchement ... avant

    Pour pallier cette difficulté, des instruments facilitant l'extraction ont donc été inventés par les premiers obstétriciens.

     

    Cependant, ni la femme ni l'enfant ne sont épargnés lors des accouchements difficiles. Les femmes subissaient de graves délabrements anatomiques (déchirures et autres lésions  périnéales, lésions du sphincter anal et/ou lésions de la muqueuse anale, déchirure du col, fistule obstétrique, lésion de la vessie, de l’urètre, fracture coccygienne  …) sans parler du traumatisme psychologique !

     

    A noter que ces différentes séquelles existent aussi en cas d'accouchement sans instruments barbares !

     

    Pieds de griffon - Ambroise Paré

     

    L'accouchement ... avant

    Autre type de pied de griffon - Ambroise Paré

     

    Dans ces situations donc, le but n’est pas de sauver l’enfant mais la mère ; aussi des instruments tels que les pieds de griffon d'Ambroise Paré au 16ème siècle, le basiotrypse, le basiotribe , le céphalotribe, ou le cranioclaste aux 18 et 19ème siècle vont broyer le crâne du foetus afin de permettre l'accouchement, que le bébé soit mort ou vivant.

     

    Basiotribe

     

    Randi Hutter Epstein écrit dans «Sortez-moi de là: histoire de l’accouchement du jardin d’Éden aux banques de sperme» :

     «Avant les forceps, les bébés coincés dans le canal génital en étaient tirés par le médecin, souvent en plusieurs morceaux. Parfois les sages-femmes brisaient le crâne, tuant le bébé mais épargnant la mère. Parfois les médecins cassaient l’os pubien, ce qui souvent tuait la mère mais épargnait le bébé. Les médecins disposaient d’un arsenal complet d’épouvantables gadgets pour accrocher, poignarder et découper un bébé difficile à mettre au monde. Beaucoup de ces gadgets avaient une ressemblance troublante avec des instruments de torture médiévaux».

     

    Catherine de Médicis en fit les frais puisqu'en 1556 l'accouchement des jumelles qu'elle portait étant impossible, on fut obligé de découper in utero l'une d'elle, Jeanne, pour que sa sœur Victoire survive.

     

    L'accouchement ... avant

    Couteau pour découper in utero - Ambroise Paré

     

    Une autre méthode, moins "barbare" (encore que ...) , pouvait permettre de sauver l'enfant et la mère lorsque l'accouchement s'avérait très compliqué voire impossible là aussi. Il s'agit d'une méthode manuelle, donc sans instruments appelée "version podalique" qui consiste à saisir les pieds, à faire éventuellement tourner l'enfant et à le sortir par les fesses. Cette version podalique sur enfant vivant a été décrite pour la première fois en 1573 par Ambroise Paré (mais elle existait déjà depuis longtemps au moins sur enfant mort).

     

    Puis vint le forceps, instrument destiné à sortir l'enfant du ventre de sa mère sans le mutiler, en principe. Le premier inventeur du forceps « moderne » est un français huguenot, Pierre Chamberlen (1560-1631). Mais malgré l'évidente amélioration que le forceps représente, ces instruments abiment encore les femmes et sont très traumatisantes pour les bébés.

    Progressivement, la forme des forceps et la manière de les utiliser évoluent. Lors du XIXème siècle, l'utilisation des forceps reste toutefois trop fréquente même dans des situations qui ne le nécessitaient pas

     

    Forceps de Chamberlen

     

    Tous les instruments du monde ne sont toutefois pas toujours suffisants :

    Témoignage du Dr Moriceau : « : « Le 19 août 1670, j'ai vu une petite femme de 38 ans, qui avait le passage tellement étroit et les os qui le fermaient si serrés et proches l'un de l'autre et l'os du croupion si recourbé en dedans, qu'il me fut impossible d'y introduire une main pour l'accoucher.

    Il survint aussitôt un médecin anglais, nommé Chamberlen (petit neveu de Pierre Chamberlen), qui était alors à Paris et qui, de père en fils, faisait une profession ordinaire des accouchements en Angleterre, dans la ville de Londres, où il a acquis depuis ce temps-là le suprême degré de réputation. Il était venu à Paris dans l'espérance d'y faire fortune, faisant courir le bruit qu'il avait un secret tout particulier pour les accouchements de cette nature. Ce médecin, voyant cette femme et ayant appris que je n'avais pas trouvé aucune possibilité de l'accoucher, témoigna être étonné de ce que je n'en avais pas pu venir à bout, moi, qu'il disait et assurait être le plus habile homme de cette profession qui fût à Paris; nonobstant quoi, il promit d'abord de l'accoucher très assurément en moins d'un demi quart d'heure, quelque difficulté qu'il pût y trouver. Il se mit aussitôt en besogne et au lieu d'un demi quart d'heure, il travailla durant plus de trois heures entières sans discontinuer que pour reprendre haleine. Mais ayant épuisé inutilement toutes ses forces aussi bien que toute son industrie, et voyant que la pauvre femme était près d'expirer entre ses mains, il fut contraint d'y renoncer et d'avouer qu'il n'était pas possible d'en venir à bout. Cette pauvre femme mourut avec son enfant dans le ventre, vingt-quatre heures après les extrêmes violences qui lui avaient été faites ».

     

    Il faudra attendre le milieu du XXème siècle pour permettre aux accoucheurs une alternative à l'utilisation des forceps. En 1950, le Dr Thierry invente les spatules et en 1954 le Suédois Malmström met au point la première ventouse réellement efficace. Les extractions par ventouse moins traumatisantes pour la mère et le foetus ont au cours du siècle remplacé en partie celles par forceps.

      

    Forceps de Tarnier

     

    D’autres complications et séquelles existent : le prolapsus (surtout chez les multipares), le retour de couche hémorragique, l’abcès du sein, la dépression puerpérale et tellement d’autres problèmes, malheureusement ....

     

    Et bien sûr il y a les infections : c’est LE plus grand danger menaçant les femmes enceintes et ce, jusqu’au 20ème siècle (encore dans les années 1920 aux États-Unis, la moitié des morts maternelles étaient causées par la fièvre puerpérale).

     

    A noter que la manifestation de la septicémie puerpérale se caractérise par une fièvre élevée survenant généralement entre le 5e et le 7e jour après l'accouchement ; donc manifestement les femmes décédées au moment de l'accouchement ou tout de suite après, que l'on recense  dans nos généalogies, ne sont pas mortes par infection.

     

    En ce qui concerne les causes de cette fièvre, je pense que tout y est passé sauf l'essentiel : 

    Tous les accoucheurs du début du 19ème siècle s'accordent à regarder comme causes spéciales de la fièvre puerpérale  "...des erreurs dans le régime, un air insalubre et humide que l'on respire, le défaut de soin domestique, des passions tristes et débilitantes, les jouissances réitérées, une vie molle et sédentaire ...mais après la délivrance, on doit aussi regarder comme causes générales de cette fièvre les attouchements rudes et peu ménagés, la séparation trop précipitée des placenta, une mauvaise application du forceps ou de la main, la déchirure du col de la matrice, un accouchement accéléré, une pression trop forte de la région abdominale par des bandages, des boissons alcoolisées, des substances animales trop nourrissantes ou faisandées, la constipation, l'exposition trop prompte à l'air, l'impression du froid et de l'humidité, l'influence de quelques épidémies régnantes ...»

    et seulement à la fin de cette longue litanie, ils ajoutent  quand même « ...n 'oublions point que l'hygiène ou la médecine préventive ne sera jamais plus importante par ses heureux résultats, que lorsqu'elle sera appliquée avec succès à la conservation des femmes». (Robert, 1816).

     

     

    Bref, ce qu'il faut surtout retenir c'est qu'avant l’apparition de la  théorie microbienne, les gens pensaient que la fièvre puerpérale était probablement contagieuse et savaient que certaines sages-femmes et certains médecins en avaient davantage dans leur patientèle que d’autres (la «putridité de l’air» était une des hypothèses en vogue :  l’air des salles d’hôpitaux est toxique et  les sécrétions des femmes en couches constituent des foyers d’infection, on en est certain).


    Fin 19è, fort de ces constations, Hervieux, médecin à Port-Royal, conclut que la continuité des femmes en couches dans un local déterminé associé à l’encombrement des salles facilitent le "miasme puerpéral" et la contagion d’une personne infectée à une personne saine. 

     

    L'accouchement ... avant

    Maternité de Port Royal - Paris

     

    Il suggère d’espacer les lits, d’organiser une occupation alternée des salles et des lits, de ventiler régulièrement, de supprimer les rideaux, de purifier les salles et les objets mobiliers. Ce ne sera pas suffisant toutefois sans une hygiène rigoureuse de toutes les personnes amenées à manipuler la femme enceinte ou venant d’accoucher. Et c’est là que l’on s’aperçoit avec stupéfaction que ce sont dans les maternités que le taux de mortalité maternelle est au plus haut.

      

    L'accouchement ... avant

    Maternité à Vienne

     

    En effet jusqu'à la fin du XIXème siècle, les maternités sont de véritables mouroirs. Les épidémies de fièvre puerpérale déciment les femmes venant y accoucher. La mortalité maternelle atteint des sommets sans que la communauté scientifique ne comprenne pourquoi.

     

    La description que font les frères Goncourt, dans leur roman Germinie Lacerteux, de la maternité de Paris au 19ème siècle est à ce titre très explicite  : « « elle était là depuis plusieurs heures, abimée dans ce doux affaissement de la délivrance qui suit les épouvantables déchirements de l’enfantement […] Tout à coup un cri […] Presque au même instant, d’un lit à côté, il s’éleva un autre cri horrible, perçant, terrifié, le cri de quelqu’un qui voit la mort […] Il y avait alors à la Maternité une de ces terribles épidémies puerpérales qui soufflent la mort sur la fécondité humaine, un de ces empoisonnements de l’air qui vident, en courant, par rangées, les lits des accouchées et qui autrefois faisaient fermer la clinique : on croirait voir passer la peste, une peste qui noircit les visages en quelques heures, enlève tout, emporte les plus forts, les plus jeunes, une peste qui sort des berceaux, la Peste noire des mères ! C’était tout autour de Germinie, à toute heure, la nuit surtout, des morts telles qu’en fait la fièvre de lait, des morts tourmentées, furieuses de cris, troublées d’hallucination et de délire, des agonies auxquelles il fallait mettre la camisole de force de la folie, des agonies qui s’élançaient tout à coup, hors d’un lit, en emportant les draps et faisaient frissonner toute la salle de l’idée de voir revenir les mortes de l’amphithéatre ».

      

     

    Autres exemples : au printemps 1843, 25 des 54 accouchées à l’hôpital Necker décèdent. A la maternité de Port Royal, au cours de la première semaine de mai 1856, 31 des 32 accouchées décèdent). Un interne, Stéphane Tarnier, décide de consacrer sa thèse aux maladies des femmes en couches. Afin de prendre la mesure des choses, il compare la mortalité maternelle à la maternité pour l’année 1856 à celle survenue en ville, dans le même arrondissement : la mortalité est de 5,9 % à la maternité alors qu’elle n’est que de 0,3 % en ville. Comment expliquer ce décalage ?

     

    Tout a été expliqué 9 ans auparavant par un médecin autrichien, le Dr Semmelweis (1818-1865). Celui-ci va comprendre en 1847 le mécanisme de la fièvre puerpérale en constatant tout simplement que le nombre de décès est nettement supérieur lorsque les femmes sont accouchées par les médecins que lorsqu'elles sont accouchées par des sages-femmes. 

     

    L'accouchement ... avant

    Ignace Semmelweis en 1864

    Et la raison en est là aussi très simple : les médecins sortent de la salle d’autopsie pour aller accoucher les femmes sans aucun lavage des mains entre les deux actions ...

    Il consignera ses notes en 1861 dans un ouvrage intitulé «Etiologie de la fièvre puerpérale et sa prophylaxie».

    Semmelweis préconise le lavage des mains avec du chlorure de chaux après la réalisation d'une autopsie : les résultats sont spectaculaires : la mortalité a chuté à l'hôpital de Vienne passant de 18,27 % en avril 1847 à 0,19 % à la fin de l’année.

    L'accouchement ... avant

    Mais l’importance de ses découvertes ne sera pas convaincante pour le monde médicale, du moins pas de suite …

     

    L'accouchement ... avant

    Maternité en 1915

    Voir aussi l'article sur la naissance au fil des siècles

     

    Sources

    Histoire de naître: De l'enfantement primitif à l'accouchement médicalisé de Fernand Leroy

    Évolution de la Mortalité maternelle au XXème siècle en France.de  LANGLAIS Margaux

    Etudes sur quelques échecs de basiotripsie du docteur Henri Galvin http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58064072

    Accouchements et mortalité maternelle à l’Hôtel-Dieu de Marseille au milieu du XIXe siècle de Gilles Boetsch, Emma Rabino-Massa, Silvia Bello

    La tragédie des maternités hospitalières au 19è siècle et les projets de réaménagement de Scarlett Beauvalet

    Naître en France du XVII au XXème siècle de Marie Françoise Morel


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    Ci-dessous quelques témoignages locaux sur les conséquences de l’occupation hollandaise dans le Pas de Calais essentiellement :

     

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Quelques unes des villes citées ci dessous

     

    Les Hollandais, campés depuis le Mont-St-Eloi jusque Tincques, incendièrent l'église de Berles et pillèrent et brûlèrent Savy le 3 septembre 1711.

     

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Façade de l'abbaye de St Eloi

    Ambroise DELOEUVACQ (1659-1721), chanoine de Saint Eloi et curé d’Aubigny-en-Artois, notait sur le registre paroissial : « depuis le 26 de mars 1711 jusqu’au 23 de novembre 1711, ce registre et les autres en ce tout ce quy estoit de conséquence a été réfugié à Arras à cause du voisinage des deux armées, scavoir l’armée du roy qui estoit campée près d’Habarcq, et l’armée des alliés qui a campé deux ou trois jours sur le terroir d’Aubigny et environs, trois jours pendant lesquels les habitants d’Aubigny et des environs ont beaucoup souffert, estant obligés de prendre quasy tous les jours les armes contre les maraudeurs de l ‘armée du roy qu’ils ont toujours repoussés avec beaucoup de bravoure. Cependant il a fallu à la fin céder au trop grand nombre de maraudeurs, de manière que tout le voisinage a été pillé par eux, à la réserve d’Aubigny qui a eu le bonheur de résister à leur furie. Savy a été entièrement pillé et bruslé, Berles et Berlette en partie. En un mot, la désolation estoit si grande dans ces villages que la postérité aura bien du mal à le croire. L’incendie est arrivé le deux, trois et quatre du mois d’aoust 1711, après quoy les deux armées ont décampé pour aller au siège de Bouchain. C’ était dans l’appréhension d’avoir un sort semblable au voisinage, que ce registre a été réfugié de bonne heure à Arras ».

     

    Le 2 juillet 1710, l'armée hollandaise campe à Camblain-l'Abbé et sur les territoires circonvoisins. L'armée du roi, à son tour, quand elle campa dans les environs d'Avesnes-le-Comte, réquisitionna tout ce qui restait de blé, d'avoine, de chevaux. D'où une première disette en 1710 qui causa des maladies.

     

    Le curé de Beaufort décrit quant à lui : « L’an 1709 l’hiver fut si long et si rigoureux que les blés manquèrent ; le pauvre peuple ayant été obligé de manger du pain d’avoine. Registre de catholicité de Beaufort, curé Delaleau »

     

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Beaufort

    A Izel les Hameau : « L’an 1710, les habitants d’Izel faisant peu à propos, empêchèrent les alliés d’entrer chez eux. Ils se sauvèrent sous leurs effets et abandonnèrent le village. Malborough qui occupait Villers Brulin leur y fit mettre le feu ; les soldats enlevèrent une cloche ; on avait sauvé les 3 autres à Arras, Père Ignace »

    « A tous ces malheurs de la guerre, il faut ajouter la peste ; depuis le mois de 06 1710 jusqu’au mois de février 1711, les maladies et la mortalité y furent si grande qu’il mourut 230 habitants »

    En 1709 et 1710 la province d’Artois était envahie dans sa partie méridionale et la ville d’Avesnes le comte se trouve cernée de toutes parts, au sud est par l’armée française sous le commandement du maréchal de Villars , au Nord est par l’armée alliée aux ordres du Prince Eugène de Savois, de Milord Malborough et du comte de Villy et l’armée des Hollandais était campée depuis St Eloi jusques et passé Aubigny. Et celle des Français était campée à Barly et s’étendait depuis Montenescourt jusqu’à Frévent.

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Frévent

    Les armées s’observèrent longtemps avant d’en venir aux mains, mais le pays eut beaucoup à souffrir de leur voisinage et fut dévasté par les deux parties : « qui nous ravagèrent si bien l’un que l’autre ». Les Hollandais surtout pillèrent les églises où ils ont « brisez, tous pillez, tous déchirez, tous emportez jusques au registres des baptêmes, des morts et des confirmés » (reg. Catholique de Beaufort par M. Nicolas DELALEAU, curé) A Izel, M. Deshorties (curé de Izel) confirme ce détail : « nota que le registre des morts depuis1692 jusqu’en 1710, a été perdu pendant la guerre ».

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Château de Villers Brulin

    A Avesnes : « la grande agglomération de troupes dans la contrée, la misère et la disette qu’en furent la conséquence y développèrent une maladie contagieuse qui causa partout une effroyable mortalité », Histoire d’Avesnes, par M. Ledru

    A Nédonchel : « L’an 1710, le 24 septembre est décédée en cette paroisse Anne DANVIN, femme de Thomas COLART, 34 ans, et deux enfants qu’il avoient, décédez au mois d’aoust précédent pendant les fuites à cause des armées voisine d’icy et ont étez inhumées dans le cimetière sans cérémonies ne les pouvant faire à cause du péril par les ennemies en foy de quoy j’ay signez, étoit signez P. J Badart, curé ». Après cet acte de décès le curé note pour mémoires : « Icy suivent tous les morts pendant les mois d’aoust, septembre te octobre qui ont etez inhumez dans le cimetière de nostre paroisse sans cérémonies à cause du péril causé par les ennemies campez près d’icy au mois d’aoust »  (28 décès dont certains d’autres paroisses probablement réfugiés)

    Hermaville : Le curé note : « il ne manque rien icy mais à cause des guerres commencés le 13 de juillet 1710 dans ce pays, j’ay esté obligé de sauver et transporter ce présent registre à arras et de faire une feuille volante que j’ay cy après attaché ou j’ay marqué les mariages qui se sont fait jusqu'à ce jourdhui quatorze de feb. 1713»

    Magnicourt et Maizière : Déclaration du curé qui rédige la liste des morts : « La guerre faict dans l’année 1710 ayant causé une fuite générale des prestres hors des paroisses et de la province d’Artois, fust aussi la cause que les curés ayant esté contraint d’abandonner leurs paroisses n’ont peut enregistrer les enfants baptisés et toutes les personnes mortes selon le temps les mois de leur décédé, c’est pourquoi on les a mis selon l’ordre qui s’en suit : …. »

    Flers (14 07 1710 (n°786) LOUIS Antoine Flers à marier, Tué à Flers par les troupes de Malbouroucq, acte en double.

     

    Le curé de Cambrin, Delerue,  écrit :

    Le 27 Octobre 1708 : « ne pouvant sortir pour les courses journalières des hollandais en ce quartier, n'ayant oser sortir de Béthune où j'étais réfugié à raison des mauvais traitements que l'on recevait tous les jours des troupes hollandaises et anglaises ... ».

    "L'an de grace 1708 dans le courant du mois de novembre est décédé en cette paroisse Mathieu Caron agé aux environ de 52 ans, marié à Marguerite Myon, il fut inhumé dans le cimetière de ce lieu par les paysans, moy étant réfugié dans la ville de Béthune, ne pouvant sortir à cause des courses journalières des Hollandois en ce quartier, nous lui avons fait ...." " L'an de grace 1708 quelques jours après la mort du précédent est trépassé en cette paroisse Pasquier Beugnier, réfugié chez Ferdiand Marischal, son beau fils, agé aux environ de 80 ans, son corps fut inhumé dans le cimetère de ce lieu par les paysans ayans encore osé sortir de Béthune, ou estois réfugié en raison des mauvais traitements que l'on recevoit tous les jours des troupes Hollandoises et Angloises après la rebellion de la ville de Lille, ses funérailles luy furent fait dans la fuite."

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Cambrin

    "Le ving quatriemme jour d'aoust mil sept cens et dix, feste de la saint barthelemy aposthume, un convoy de chariots chargé de poudre passant par La Bassée pour être conduit au siège de Béthune, un de ces tonneau, ayant commencé à filer dessus les pavés du grand marché, le fer d'un pied de cheval fit feu dessus le pavé et fit sauter toute la poudre, et de plusieurs autres suivants, ce qui causat en même temps un fracas épouvantable dessus la place et emporta plus de cens personnes de la ville et plusieurs dont on ne sait pas le nom, quelques uns furent brûlés et d'autres sont morts depuis".

    Cet accident relaté par le curé de Cambrin se déroula en fait au beau milieu du bourg de La Bassée. Il n'existe plus de registres avant 1737 à La Bassée, mais d'après plusieurs sources, cet accident aurait fait entre 150 et 250 victimes, pratiquement toutes civiles, dans la population de La Bassée.

    Le curé de Cambrin écrit encore : "le 29 septembre 1710 s'est rendu aux Hollandois, après un siège de trois semaines, la ville de Saint-Venant"

    " le huitième de novembre 1710 s'est rendu aux Hollandois et après un siège de deux mois la ville d'Aire elle fut vaillement défendue par Mgr de Gabriant" ...

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    Baillage d'Aire sur la Lys

    Mons en Pévèle : 9 septembre 1708 est décédé Jacques Barbieux " d'une mort subite estant réfugiez dans l'Eglise a raison de guerre" . 4 août 1708 "at esté tuez Noël Mazenghe par des soldats des troupes des alliez […] ce jour Mons en Pevele fut pillez par les memes trouppes et ledit feu Noël Mazenghe se sauvant avec un fusil fut poursuivi et tuez par des soldats " " L'armée de France estoit campé au Mons en pevele et Monseigneur le duc de Bourgogne généralissime de l'armée et Monseigneur le duc de Berry son frère logez dans la maison pastoralle. Monseigneur le duc de Vendôme logé chez Thomas Picquet, le prince de Galles fils du Roy Jacques d'Angleterre sauvé en France avec sa famille royalle logé a la maison rouge ; la ville de Lille estant assiégé et prise ensuite le 25 d'octobre par le prince Eugene de Savoye général des trouppes de l'Empereur allié avec l'Angleterre, la Hollande, le Brandebourg, le Saxe, Prusse, Hesse Cassel et autres souverains de l'Empire ; général de la cavalerie, le prince d'Auvergne qui conduisit la garnison de la citadelle de Lille a Douai, pendant le siège de laquelle l'Eglise de Mons en pevele fut entierement pillez et tout le village par des trouppes des alliez."

     

    1707 : une garnison hollandaise s’installe à La Bassée et rançonne Auchy. Les habitants du village d’Auchy s’enfuient vers les villages voisins.

    Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)

    La Bassée

    En 1709, le maréchal français de Villars, pour mieux parer l’attaque du Duc de Marlborough et avoir une parfaite visibilité, fait raser toute la plaine environnante. Auchy voit 163 maisons et le château complètement détruits. Les bois aussi sont rasés. Il ne reste debout que l’église qui sert de poste d’observation et trois maisons où loge le corps de garde

    En 1707, La Bassée est occupée par les alliés (anglais et hollandais). Mais les français avant de se retirer emportent ou détruisent tous les grains et fourrages de la région entre Lens, La Bassée, et Béthune. Pendant tout l'automne 1708 la contrée est livrée aux brigandages. Les habitants de Annequin se réfugient à Béthune ou Beuvry derrière les marais.


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  • L’occupation hollandaise : suite

    Les exactions rencontrées lors de l’occupation hollandaise de 1709 touchèrent également l’église de Rumegies. Notre curé nous dit que l’église a été en effet « forcée, pillée, profanée de la manière la plus outrageante qui se puisse imaginer ».

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 19 - occupation hollandaise suite

    Il nous explique également qu’alors qu’une femme était à l’article de la mort rue Prière, « on a dû lui porter son Viatique », et ce, sans cérémonie. Mais le curé a rencontré les hollandais en chemin qui l’ont « futé » (battu) et volé la petite boite d’argent où se trouvait la sainte hostie.

     

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 19 - occupation hollandaise suite

    Eglise en bas  à gauche et rue de la prière (point rouge en haut à droite) - 16mn à pied par le chemin le plus court

     

    « Nous fûmes avec toute la communauté tellement épouvantée que le lendemain (du pillage de l’église), nous avons tout abandonné à la rage de ces malheureux. Nous avons été entre leurs mains depuis huit heures du matin jusqu’à pareille heure du soir, pendant quoi ils ont commis toutes les inhumanités des nations étrangères, dont on n’entendait point le langage et qui avai0ent des visages qui ne respiraient que le carnage. Nous nous sommes enfuis les uns à St Amand, les autres à Orchies, Marchiennes, et Hasnon et nous y fûmes jusqu’à la reddition de la citadelle de Tournai où tout le pauvre peuple a bien souffert des misères, pauvreté et maladie ».

    Cet exode durera 2 mois.

    Durant ce laps de temps les maraudeurs ont voulu emporter les cloches de l’église : « ils ont fait tomber la petite mais elle n’a point cassé. Dès que nous l’apprîmes à Saint Amand, nous sommes venus avec six sauvegardes et trois chariots pour sauver les trois cloches ». Mais en vain car un commandant en poste à l’entrée du village leur refusa l’accès. Dès que celui-ci partit, ils revinrent et « trouvâmes les maraudeurs qui frappaient à toute force sur les cloches pour les rompre ; et les autres avaient dépendu la seconde pour la faire tomber sur la petite pour es casser toutes deux mais en vain. Dès qu’ils nous ont aperçus ils ont fui. Et ainsi avec bien des peines, nous avons chargé nos trois cloches et les avons emmenées à l’abbaye de St Amand ».

     

    Une fois Tournai prise (septembre 1709), l’armée hollandaise n’a pas demandé son reste et les villageois sont revenus à Rumegies pour trouver un paysage désolé : « point de portes, point de fenêtres, point de vitres, point un morceau de fer, et qui pis est, point une botte de paille ».

    Le curé précise que dans tout le Tournaisis, il n’y avait plus une seule botte de paille « ce qui a causé une mortalité de tous les bestiaux qui sont presque tous morts l’hiver suivant ».

    Et que dire des hommes ? « Depuis le mois de septembre jusqu’au Noël », il semblerait que près de 300 personnes soient mortes (dans le village et dans les villages alentours) et « tous, faute d’aliments, de linge, de soins, tout le monde étant malade et ne se pouvant secourir les uns les autres [… ] La plupart de ceux qui sont morts n’avaient ni argent ni linge ni même de la paille pour se coucher ».

    Le curé remarque que « ceux qui ont eu des bouillons de bon vin de Bourgogne, il n’en est point mort un seul de ceux là ».

     

    Finalement cette année 1709 fut effroyable, à tel point misérable que le curé Dubois ne se sent pas capable de l’exprimer qu’avec ses larmes ! « Adieu fatale année ! que je ne me souvienne jamais de toi si ce n’est pour me souvenir que c’est mes pêchés qui ont attiré la colère de Dieu ! »

     

    Voir également l'article suivant : Quelques témoignages locaux liées sur les dévastations liées à l'occupation hollandaise

     


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  • Comment présenter sa généalogie d'Alain Rouault

    "Retrouver ses ancêtres dans les archives, c’est bien. Pouvoir montrer le résultat obtenu à sa famille, c’est encore mieux, c’est la cerise sur l’arbre généalogique !

    Mais comment faire et surtout comment découvrir tout les possibles ?

    Les généalogistes 2.0 trouveront dans ce guide de nombreuses pistes, connues ou plus confidentielles, pour faire imprimer leurs arbres. Les programmes et sites Internet sont décortiqués, leurs fonctionnalités de création d’arbres analysées, les professionnels de l’impression ou de la conception graphique recensés : tout est là pour aider à la décision. 

    Quant à ceux qui préfèrent réaliser leur arbre à la main, ils découvriront au fil des pages un florilège de supports et de fournisseurs possibles, selon le type de généalogie pratiqué et selon le rendu souhaité.

    Enfin, une partie de l’ouvrage détaille les présentations généalogiques plus intimes, plus originales, voire déconcertantes."

     

     

    Comment présenter sa généalogie?

     


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    L’allumage de la bûche est issue d’une tradition très ancienne : la bûche représente en effet pour les Chrétiens le Christ sacrifié pour nos péchés. Le feu est signe de joie et de lumière, puisque cette fête de Noël serait une christianisation de la fête païenne du Natalis Invictus, du soleil invaincu dans cette période du solstice.

     

    La cérémonie d’allumage de la bûche réunissait tous les habitants de la maison, les hôtes, les parents et domestiques.

     

    La bûche de Noël

    Cette cérémonie consistait à mettre la veille de Noël, une bûche (ou selon les régions tronc, cosse, tison, souche, tréfoir, tréfeu, tréfouet [pour « trois feux » car devait durer les jours de fêtes]) dans la cheminée avec un rituel qui était autrefois bien établi. Cette bûche devait être une grosse branche d'arbre fruitier, cerisier, poirier, prunier mais pas de figuier (il brûle mal, la fumée donne mal à la tête, le Christ a maudit l'arbre stérile et ce serait l'arbre auquel Judas s'est pendu).  Ce pouvait être aussi de l’olivier, du chêne, du hêtre selon les régions.

     

    Le choix de l’essence pouvait selon les croyances assurer une bonne récolte dans l’année à venir.

     

    Certains versaient sur l’écorce du vin, de l’huile, du miel du lait, voire du sel ou de l’eau bénite pour se garantir des esprits et des sorciers. D’autres encore y faisaient couler quelques gouttes du précieux cierge de la Chandeleur.

     

    Les cendres et charbons issus de la combustion de la bûche sont dotés de pouvoirs divers (porter chance notamment) et de ce fait seront conservés précieusement pour allumer la bûche de l’année suivante. De même que les brandons du feu de la Saint Jean qui étaient conservés aussi pour allumer la bûche de Noël.

     

    Dans le Berry, les brandons étaient recueillis et mis en réserve sous le lit du maître de la maison. Toutes les fois que le tonnerre se faisait entendre, on en prenait un morceau que l’on jetait dans la cheminée, et cela était suffisant pour protéger la famille contre la foudre.

     

    La bûche devait être assez grosse pour brûler pendant trois jours et même parfois jusqu’au 1er janvier.

     

    La bûche de Noël

     

    Voici en quels termes l’historien et avocat général à la Cour royale de Paris Marchangy (1782-1826) parle de cette coutume en Normandie : « Le père de famille, accompagné de ses fils et de ses serviteurs, va à l’endroit du logis où, l’année précédente, à la même époque, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche de Noël. Ils rapportent solennellement ces tisons qui, dans leur temps, avaient jeté de si belles flammes à rencontre des faces réjouies des convives.

     

    L’aïeul les pose dans ce foyer et tout le monde se met à genou en récitant le Pater. Deux forts valets de ferme apportent lentement la bûche nouvelle. À l’instant où l’on y met le feu, les petits enfants vont prier dans un coin de l’appartement, afin, leur dit-on, que la souche leur fasse des présents, et, tandis qu’ils prient, on met à chaque bout de cette souche des paquets d’épices, de dragées et de fruits confits ».

     

    Il arrivait aussi que les pauvres gens qui ne pouvaient se procurer des bûches convenables pour la veillée de Noël, se les fassent donner. « Beaucoup de religieux et de paysans, écrit Léopold Bellisle, recevaient pour leurs feux des fêtes de Noël un arbre ou une grosse bûche nommée tréfouet ».

     

    Autre témoignage de cette tradition : « Dès que la dernière heure du jour s’était fondue dans l’ombre de la nuit, tous les chrétiens avaient grand soin d’éteindre leurs foyers, puis allaient en foule allumer des brandons à la lampe qui brûlait dans l’église, en l’honneur de Jésus. Un prêtre bénissait les brandons que l’on allait promener dans les champs. Ces brandons portaient le seul feu qui régnait dans le village. C’était le feu bénit et régénéré qui devait jeter de jeunes étincelles sur l’âtre ranimé. Cependant, le père de famille, accompagné de ses enfants et de ses serviteurs, allait à l’endroit du logis où, l’année précédente, ils avaient mis en réserve les restes de la bûche. Ils apportaient solennellement ces tisons ; l’aïeul les déposait dans le foyer et tout le monde se mettant à genoux, récitait le Pater, tandis que deux forts valets de ferme ou deux garçons apportaient la bûche nouvelle.

     

    Cette bûche était toujours la plus grosse qu’on pût trouver ; c’était la plus grosse partie du tronc de l’arbre, ou même la souche, on appelait cela la coque de Noël [le gâteau allongé en forme de bûche que l’on donnait aux enfants le jour de Noël portait encore au début du XXe siècle dans certaines provinces le nom de coquille ou petite bûche, en patois, le cogneu.

     

     On mettait le feu à cette coque et les petits enfants allaient prier dans un coin de la chambre, la face tournée contre le mur, afin, leur disait-on, que la souche leur fît des présents ; et tandis qu’ils priaient l’Enfant-Jésus de leur accorder la sagesse, on mettait au bout de la bûche des fruits confits, des noix et des bonbons. A onze heures, tous les jeux, tous les plaisirs cessaient. Dès les premiers tintements de la cloche, on se mettait en devoir d’aller à la messe, on s’y rendait en longues files avec des torches à la main. Avant et après la messe, tous les assistants chantaient des Noëls, et on revenait au logis se chauffer à la bûche et faire le réveillon dans un joyeux repas. »

     

      

    Une fois la bûche allumée, chaque famille se rendait à la messe de minuit. Et de retour, on donnait du foin aux animaux de l’étable (en plus grande proportion ou meilleure qualité qu’à l’ordinaire) afin de remercier les bœufs et les ânes d’avoir réchauffé l’enfant Jésus. On dit que la nuit de Noël, les animaux ont le pouvoir de parler et d’être compris par ceux qui les écoutent. Gare à celui qui les écouterait car il mourrait dans l’année…

     

      

    Courant 19ème siècle, la bûche est sortie de l’âtre pour venir sur nos tables sous forme d’un dessert. Quand précisément, nul ne le sait. Certains pensent qu’il s’agit de l’invention d’un pâtisser de la rue de Buci à Paris, dénommé Antoine Caradot en 1879, d’autres disent que la bûche est née dans la cuisine du chocolatier lyonnais Félix Bonnat en 1860 ou que le  pâtissier glacier du prince Charles III de Monaco, Pierre Lacam, l’a mis au point en 1898 ; peut être est ce bien plus tôt et qu’un apprenti pâtissier de Saint-Germain-des-Prés en 1834 est l’inventeur de cette nouvelle tradition culinaire.

     

     

    Quelle importance … ?

      

    La bûche de Noël

     

    Sources

     

    La Nuit de Noël dans tous les pays de Alphonse Chabot

    France pittoresque

    Comment vivaient nos ancêtres ? de Jean Louis Beaucarnot 

    www.noel-vert.com

    Contes et Légendes Hors série 2017

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k940508c/f7.image  Le mémorial historique et géographique de la pâtisserie de Pierre Lacam

     

     

     


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