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    Les milices provinciales

     

    « De par le Roi, soldats, levez la main. Vous jurez et promettez que vous obéirez aux ordres de vos officiers en tout ce qui concerne le service de Sa Majesté, que vous ne quitterez jamais la troupe dont vous êtes et que voulant servir le Roi avec honneur et fidélité vous n'abandonnerez jamais vos drapeaux ».

     

    (Serment des recrues des milices provinciales; XVIIIe siècle).

     

     

    Le principe La guerre en France sous l’Ancien Régime n’est pas que l’affaire de militaires professionnels. L’armée recrute aussi des mercenaires français ou étrangers et utilise également des milices composées de civils tirés au sort paroisse par paroisse.

     

    Ce type de levée de civils a toujours existé mais de façon ponctuelle et temporaire. Au 17è tout change.

        

    L’ordonnance royale du 29 novembre 1688 imposa en effet à chaque paroisse du royaume l’obligation de désigner un homme qui, incorporé dans une compagnie, contribuait à former un régiment de milice. Désignés pour une période déterminée de 2 à 6 ans selon les époques, ces miliciens devaient servir en tant qu’auxiliaires de l’armée régulière.

       

    Cette ordonnance de 1688 organisa une première levée de 25 050 miliciens, âgés de 20 à 40 ans, répartis en bataillons et compagnies. Chaque homme choisi devait être obligatoirement domicilié dans sa paroisse. Il était désigné à la pluralité des voix par ses concitoyens. Ces miliciens étaient encadrés par la noblesse locale. Tous devaient demeurer au service du roi pendant 2 ans (au départ puis durant 4 voire 6 ans), sans s’absenter de leur paroisse, dans l’attente d’être éventuellement appelés à servir. Ces miliciens étaient habillés et armés par leurs paroisses respectives et, en cas de guerre, soldés par le Roi à raison de 5 sols par jour.

     

    En résumé, cette organisation créée en 1688 par Louvois, supprimée une première fois de 1697 à 1700 puis en 1715, rétablie momentanément en 1719 puis définitivement en 1726 jusqu’à sa suppression définitive en 1791 préfigure le système qui sera celui du XIXe siècle jusqu'en 1875.

     

     

    Les milices provinciales

     

     

    Organisation des milices : En 1726, les miliciens forment 100 bataillons de 12 compagnies. Chaque bataillon comporte un nombre variable d’hommes selon les années mais grosso modo cela tourne autour de 700 miliciens par bataillon. Les bataillons portaient le nom de leur commandant et étaient réparties dans les provinces et généralités.

       

    - La généralité de Paris et la Bretagne fournissent chacune 7 bataillons soit 4200 hommes

     

    - Le duché de Bourgogne , le comté de Bourgogne et le Languedoc 6 bataillons

     

    - Les généralités de Rouen, de Châlons, de Tours et de Bordeaux 5

     

    - Les généralités d’Auch et d’Orléans 4

     

    - Les généralités de Soissons, Amiens, Laon, Alençon, Poitiers, Montauban 3

     

    - Celles de Moulins, Limoges, Riom, Lyon, Grenoble les Trois-Evêches, l’Artois, l’Alsace 2

     

    - La Provence, les généralités de Bourges et de La Rochelle, la Flandre, le Hainaut et le Roussillon chacune 1

     

     

    Une compagnie est composée de 2 sergents, 3 caporaux,  3 anspessades (soldats 1ère classe), 41 fusillés et 1 tambour

     

    Les milices provinciales

    Officier de milice

     

    La composition de ces bataillons se modifia au fil des années et des besoins.

    Ainsi 30 ans plus tard, la milice comprend 107 bataillons issus des 29 généralités de France. Chacun des bataillons associe 8 compagnies de fusiliers et 2 compagnies de grenadiers, toutes les compagnies sont de 50 hommes.

    L'ordonnance du 1er décembre 1774 prévoit quant à elle 105 bataillons formant 48 régiments, dont 10 à 3 bataillons, 37 à 2 bataillons et 1 à 1 bataillon. Chaque bataillon reste à 710 hommes avec une formation en 8 compagnies.

      

    Leurs tâches Les miliciens n’étaient pas tous des combattants. Les milices provinciales remplissaient en effet presque toujours des tâches auxiliaires : garde de ponts de passage, de lignes de communications, de forteresses, de prisonniers mais participaient aussi à des missions de couverture, voire à des batailles rangées.

     

    En Flandre wallonne, comme dans bien d’autres provinces frontières, ils devaient aussi participer à des travaux de terrassement et escorter les convois de ravitaillement destinés aux troupes régulières.

     

    De façon générale les troupes réglées tenaient en peu d’estime les miliciens qui pour la majorité n’étaient que de piètres combattants, sans instructions militaires ou si peu.

     

    Pourtant nombre de miliciens provinciaux servirent hors du royaume pour « boucher » les vides occasionnés par les guerres incessantes : Pays-Bas autrichiens, Allemagne et même Bohême, au cours des guerres de Louis XV.

     

    Certains miliciens sont tellement satisfaisants que le roi Louis XIV en 1744 créa le corps des grenadiers royaux, composé de plusieurs compagnies de grenadiers de milice, réunies sous un même chef.

     

    Les milices provinciales

    Uniforme des grenadiers

     

    Fréquence des levées De 1726 à la fin de l’Ancien Régime (avec une courte interruption entre 1758 et 1765), on procéda à 43 levées de milice, soit une levée tous les 17 mois. Bon an, mal an, 10 000 à 12 000 hommes furent appelés avec, en temps de guerre, des crues pouvant s’élever, comme en 1743 par exemple, jusqu’à 66 000 hommes. Ces miliciens, toujours recrutés dans la tranche d’âge des 16 à 40 ans (le minimum fut porté à 18 ans en 1765), devaient effectuer un service de 4 ans (6 ans après 1765) 

      

    Instruction La convocation et l'instruction militaire sont irrégulières. Les convocations pouvaient aller d'une fois par mois à une fois par an; cette dernière fréquence fut ensuite imposée par l'ordonnance de 1774. Chaque convocation ne comprenait à l'origine qu'une seule journée d'instruction militaire, forcément sommaire, mais sa durée fut fortement allongée par la suite.

    Le lieu de convocation ne devait pas être situé à plus de trois jours de marche du domicile et les miliciens percevaient des frais de déplacement : deux sols par lieue. Au lieu d'assemblée ils recevaient un billet de logement chez l'habitant

      

    Mode de recrutement des miliciens. A l’origine, le cadre du recrutement fut celui de la paroisse. Chaque paroisse devait fournir un milicien. Le choix de cet homme dépendit d’abord du volontariat. Puis, le système évolua et l’on tint compte de l’importance de la paroisse qui se vit dans l’obligation de présenter autant d’hommes qu’elle payait de fois 2 000 livres de taille .

    Puis, très rapidement, on introduisit un certain nombre de modalités dans ce mode de recrutement. Dès 1726, par exemple, la levée put se faire selon le nombre de feux que comptait la paroisse . Mais surtout, l’ordonnance du 23 décembre 1692 introduisit dans les procédures de recrutement une nouveauté lourde de conséquences : le tirage au sort.

     

    Si l'on se reporte au Journal d'un curé de campagne (Rumegies dans le Nord), en 1702, cinq garçons furent levés pour la milice

      

    Procédure de levée En 1726 par exemple, le « département de Flandre wallonne et maritime » dut fournir 720 hommes .

     L’intendant devait répartir cet effectif entre les paroisses et les communautés relevant de son autorité. Puis, c’était aux subdélégués de superviser l’opération en commençant par envoyer aux différents syndics, curés et autres responsables locaux, la copie du texte qui ordonnait la levée. Ces autorités locales dressaient alors la liste de tous les « miliciables » en retenant les seuls célibataires, âgés de 16 à 40 ans et mesurant 5 pieds de haut (1 m 62 environ). Si le nombre de célibataires ne suffisait pas, on inscrivait des hommes mariés depuis moins d’un an. Les inscrits devaient ensuite se soumettre à un tirage au sort, le dimanche suivant celui où lecture de l’ordonnance de mobilisation avait été faite par le curé au prône dominical. Précisons qu’on devait tirer obligatoirement dans la paroisse où l’on était domicilié : « aucun passager, vagabond, estranger ou habitant d’une autre paroisse ne [pouvait] être admis à servir à la place d’un milicien tiré au sort » précisait l’intendant de la Flandre wallonne et maritime en 1726.

    Les milices provinciales

    Tirage au sort en 1708

     

    À l’appel de leur nom, les hommes s’avançaient les uns après les autres et prenait un billet qui se trouvait dans un chapeau. Tout le monde tirait mais étaient « bons pour le service » seuls ceux qui se retrouvaient avec un « billet noir », c’est-à-dire un billet sur lequel était inscrit « milicien » . À l’issue de ce tirage au sort était dressé un procès-verbal sur lequel on indiquait le signalement précis de chacun des nouveaux miliciens (nom, âge, taille et autres caractéristiques). Les hommes retenus devaient enfin se rendre au plus vite au chef-lieu de la région pour une première réunion de leur compagnie

     

    Tous étaient, par ailleurs, tenus de demeurer en leur paroisse pendant toute la période qu’allait durer leur service. Cette période de « disponibilité » fut d’abord fixée à 4 ans pour s’élever à partir de 1765 à 6 ans.

      

    Exemptions il existait un grand nombre de cas d’exemption. Échappaient tout d’abord à la milice tous ceux qui ne répondaient pas aux critères physiques adéquats (plus de 20 % des cas en Auvergne). 

     

    De façon générale étaient exemptés la noblesse le clergé, leurs domestiques, les bourgeois vivant de leur rente, les marchands et cultivateur aisés, les hommes exerçant des professions libérales, les fonctionnaires publics les gens de robbe et de plume.

    Les milices provinciales

    Origine sociale des miliciens sur Albi et ses environs

     

     

    Mais aussi une foule de professions jugées trop utiles pour la communauté nationale ou tout simplement incompatibles avec l'exercice des armes : transporteurs, médecins, élèves de l'école royale vétérinaire, collecteurs d'impôts, employés des fermes du Roy, postiers, changeurs, agents municipaux, pompiers, employés des arsenaux, des constructions navales, des poudres et salpêtres, de la monnaie, personnel hospitalier, artistes et nombre d'artisans exerçant des métiers rares, gardes-chasse et gardes forestiers, domestiques de nobles, d'ecclésiastiques, de veuves vivant seules et d'infirmes, desservants laïques des églises, laboureurs, hommes de loi, étudiants, le berger d’une communauté possédant plus de 300 têtes de bétail, le maréchal ferrand d’une paroisse d’au moins 50 feux  et bien entendu les militaires en activité, et en fonction de la durée de leurs services, certains anciens militaires.... Certaines charges publiques dispensaient du tirage : maires, échevins, syndics, membres des milices bourgeoises, comme déjà vu. Noter que différents emplois et charges exemptaient non seulement le titulaire mais aussi son premier valet ou premier commis ou l'aîné de ses fils, voire tous.

     

    Les services rendus à l'État pouvaient entraîner aussi des dispenses : ainsi les fils de capitaines retraités n'étaient pas soumis au tirage.

     

    Certaines situations socio-familiales délicates entraînaient aussi l'exemption : fils aînés de veuves chargées de familles ou vivant seules, et même de pères âgés vivant seuls, orphelins chargés de leurs frères et sœurs…

     

    À Arras, entre 1778 et 1783, près de 17 % des « miliciables » furent ainsi réformés .

    Les milices provinciales

     

     

    Eviter la milice Exceptionnellement, les paroisses étaient autorisées à recruter des remplaçants dont elles devaient rémunérer le « volontariat ». Pour cela, on trouvait l’argent en taxant les paroissiens. Dans les campagnes artésiennes, par exemple, on imposait les paroissiens selon le nombre de charrues (une quarantaine d’ares environ) que comptaient les exploitations . Un contrat précis et détaillé était ensuite établi entre la communauté et celui qui se présentait pour être volontaire pour servir dans la milice, à l’exemple de celui conclu en 1733 devant le bailli d’Aubigny (en Artois) :

     

    « Le soussigné… natif de…, fils de…, demeurant à…, déclare servir Sa Majesté en qualité de milicien pour les villages de Thilloy-les-Hermaville et d’Ofines (?), pendant le temps de 5 années, porté par l’ordonnance du [12 novembre 1733], dont il a eu lecture à son apaisement (?) et à laquelle il promet satisfaire sous les peines portées, et ce, au lieu et par remplacement du nommé Michel Viconne, milicien, décédé depuis quelque temps, lequel servoit de milice pour lesdits villages, moyennant quoy la jeunesse desdicts lieux promet luy paier la somme de 30 livres pour son engagement ou remplacement, et par dessus ce de luy mettre ès mains par forme de gratification, celle de… le tout lorsqu’il aura été reçu par Messieurs des États d’Artois, et admis milicien par M. le Commissaire de guerre ».

      

    Attention toutefois car le roi punissait sévèrement toute tentative pour échapper au tirage au sort et au service de milice : « ceux à qui le sort sera échu », précisait-on en 1776 en Flandre wallonne, « ne pourront en substituer d’autres en leur place, sous tel prétexte que ce puisse être, quand même des garçons de la même paroisse offriront de servir pour eux ». Jusqu’en 1705, ceux-ci étaient condamnés aux galères avec ablation du nez et des oreilles, puis on se contenta de la peine du fouet et de la flétrissure.

      

    Mais tous les moyens sont bons pour échapper à la milice : postuler à une place qui permettait d’être exempté (laquais d’un ecclésiastique, par exemple), se marier en urgence, devenir marchand ambulant pour expliquer le pourquoi de son absence lors du tirage au sort… On essayait aussi de tomber malade en ayant recours à divers artifices…on fuyait hors du royaume :  à Arras, entre 1778 et 1783, on enregistra jusqu’à 22 % de déserteurs. D’autres encore se mutilaient.

     

    «Ils criaient et pleuraient qu’on les menait périr et il était vrai qu’on les qu’on les envoya presque tous en Italie dont il n’en était jamais revenu un seul » écrira Saint Simon en 1705 (Duc et pair de France, mémorialiste, 1675-1755) 

     

    Charles Pinot Duclos (écrivain et historien 1704-1772) dira dans Mémoires secrets ; « j’ai vu dans mon enfance ces recrues forcées conduites à la chaine comme des malfaiteurs ».

      

    Le tirage au sort est honni, la milice haïe  « Que le tirage à la milice soit supprimé dans toute la France », réclamaient les députés des négociants d’Arras en 1789, « comme attentatoire à la liberté naturelle des citoyens, nuisible au commerce, à l’agriculture, ne pouvant fournir au roi que des soldats qui le servent contre leur gré, et qui pourroient être très utiles dans d’autres professions, et que dans le cas où l’État auroit besoin de miliciens, les communautés soient libres de fournir leur contingent en hommes de bonne volonté et de se les procurer de telle manière qu’elles trouveront convenir… » 

     

    En 1710, le duc d’Aumont, gouverneur du pays, argumentait déjà dans le même sens en regrettant qu’après le départ des miliciens, il ne resta « plus d’hommes pour la moisson… » .

     

    En 1701 Lille devait fournir  182 hommes et se plaignait de ne plus posséder d’artisans « ceux qui restent sont criblés de dettes et émigreront certainement pour éviter la nouvelle imposition ; Douai ville sans commerce et sans trafic remplie de couvents, casernes, arsenaux, collèges ne vit que de son université ; l’annonce de la levée la dépeuplera et ses étudiants retourneront » en Flandre, Hollande, Allemagne et ailleurs

      

    Une levée de milice coûtait fort cher À partir de 1726, les paroisses devaient équiper leurs miliciens. Certes, le roi fournissait l’armement, soit un fusil, une baïonnette, une épée, une giberne, un ceinturon, et habillait le milicien : un justaucorps de drap blanc, une veste et une culotte de serge blanche doublée de toile grise avec, pour la veste, un revers, un collet et des parements bleus.

    Mais les populations devaient, quant à elles, continuer à payer le petit équipement, soit un chapeau bordé d’un galon d’argent faux, deux chemises de toile, deux cols, une paire de souliers, une paire de guêtres et un havresac .

     

    Les milices provinciales

    Uniforme des régiments provinciaux sous Louis XVI

      

     

    En janvier 1746, le coût de ce « petit équipement » pour 290 miliciens levés en Flandre wallonne et maritime s’éleva à 8 263 livres 10 sols.

      

    À ces frais s’en ajoutaient d’autres. Il fallait, en effet, payer l’homme qui conduisait le ou les miliciens au lieu de regroupement.

     

    Les paroissiens devaient aussi verser en temps de paix une solde, prise en charge par le Roi en temps de guerre. Cette solde payée par les paroisses fut fixée à 4 sols par jour par l’ordonnance de 1705. Pour un service d’une durée d’environ 5 ans, une communauté pouvait donc débourser près de 365 livres, soit 70 livres par an. C’est ce que payèrent le 6 mai 1784, au milicien Alexandre Lhomme, les communautés d’Arleux, Mont d’Arleux, Thélus, Bailleul-sir-Berthould et Willerval.

     

    Au total, l’entretien d’un milicien pouvait approcher la centaine de livres et on comprend donc pourquoi certaines paroisses s’associaient pour supporter ces frais

     

     Un avantage fiscal est tout de même prévu  à partir de 1732 :  

    Le père du milicien jouit pendant durée du service du fils d’une dispense complète de l’impôt de la taille si sa quote part était fixée à moins de 20 livres ; au dessus de ce chiffre il ne payait que l’excédent

    Le milicien quant à lui ne peut être imposé à la taille que deux ans après sa libération pour ses bien propres ou pour ceux de sa femme s’il venait à se marier pendant ces deux années. S’il était marié avant de tober au sort sa côte personnelle tait diminuée de 10 livres durant des années de miliciens

     

     

     

    Les milices disparaissent en 1791 mais en 1798 un autre type de levée de recrues est mis en place : la conscription. Avec les mêmes inégalités .....

     

     

     

    Sources  

    Les milices et les troupes provinciales, volume 1834 –  Léon Clément Hennet

     

    Les milices provinciales dans le Nord d royaume de France à l’époque moderne (17è-18è) – Revue du Nord, volume 350, n°2, 2003, pp279-296 - Alain Joblin

     

    La milice dans l'intendance de la Flandre Wallonne au XVIIIe siècle – revue du Nord, 1937, volime 23, n°89, pp5-50 – Marie Agnès Robbe

     

    L’obligation militaire en France sous l’Ancien régime – Lieutenant Colonel Alain Huyon

     

     

     

     


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  • de Sandrine Heiser

    "Sur huit millions de combattants français de la Grande Guerre, quatre millions ont été blessés, dont la moitié au moins à deux reprises, et 700 000 ont été réformés pour invalidité. Autant dire que toutes les familles ou presque sont concernées. Dans le cadre des commémorations de la Grande Guerre, le service de Santé des Armées a montré comment il avait du à cette époque s'adapter aux conditions médicales "hors normes" du conflit.
    Tant publiques que privées, des archives permettent de retracer le parcours d'un ancêtre blessé et soigné, mais elles sont réparties sur l'ensemble du territoire français, voire au-delà pour les soldats alsaciens-lorrains qui ont combattu du côté allemand. Il est ainsi difficile, pour celui qui cherche un aïeul, de se retrouver sans guide dans la masse des fonds et des sites d'archives disponibles.
    Ce livre indique donc la démarche et les documents à consulter en fonction de leurs lieux de conservation. Grâce aux exemples illustrant chaque type de recherche, le généalogiste découvrira les nombreuses pistes qui s'offrent à lui. Une façon, en retrouvant toutes ces informations biographiques, de rendre hommage à cet ancêtre soldat qui a gardé dans sa chair les traces de son dévouement".

     

    Retrouver un ancêtre blessé en 1914-1918

     


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  • De Kévin Labiausse

    "Traverser le seul XXe siècle en confrontant les cartes postales anciennes de Lille et leurs reconductions modernes confirme l’incroyable et perpétuelle métamorphose de la ville, que celle-ci ait été subie à cause des circonstances de l’histoire ou délibérément souhaitée par l’administration municipale. S’il reste peu de traces des premières heures de la cité, la Grand Place ramène le promeneur au forum médiéval et dévoile son chef d’œuvre architectural, la Vieille Bourse, témoignage de la vocation marchande de la ville. Les rues sauvegardées du Vieux-Lille aux façades richement sculptées conduisent vers d’anciens rivages animés qui débordaient de marchandises comme le quai de Wault, devenu lieu de flânerie. Les grands boulevards bordés de platanes et investis par la bourgeoisie du Second Empire rappellent le Paris d’Haussmann tandis que les immeubles destinés à effacer les stigmates de la Première Guerre mondiale alternent entre la vogue de la géométrisation et une décoration locale qui résiste à la tentation de l‘avant-garde. Tel un archéologue, l’amateur devra décoder autant qu’il découvrira les strates, historiques et contemporaines, de l’urbanisme du centre de Lille dont l’hétérogénéité fait à la fois sa richesse et son intérêt".

    Lille hier / aujourd'hui


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  • Tout est manifestement un problème de logistique ….

    Théoriquement, le soldat de Louis XIV avait droit à une ration quotidienne de 2 livres de pain (734 g), ration qui était plus élevée pour la cavalerie et les officiers.

    Si l’on considère que l’on a une armée de 60 000 combattants à l’époque de Louis XIV, on peut estimer avoir besoin de 90 000 rations de pain, car il faut ajouter aux combattants les hommes qui s’occupent du transport, les travailleurs qui suivent une armée et les rations supplémentaires pour les officiers qui sont mieux nourris). Ce chiffre est considérable si on considère 1/ l’absence de logistique de ravitaillement, 2/ les dévastations de la guerre n’aident pas aux travaux des champs et quand on sait 3/ que les capacités des moulins et des fours locaux sont insuffisantes.

    Et que dire du fourrage ? Dans une armée théorique de 60 000 combattants, dont 20 000 cavaliers et 40 000 fantassins, plus les animaux de trait pour le transport de l’artillerie, du matériel de campement et du ravitaillement, il faudrait 40 000 rations de fourrage, une ration de fourrage correspondant à 25 kg de fourrage vert (un peu moins s’il s’agit de fourrage sec). Au total, on arrive donc au chiffre énorme de 1000 tonnes de fourrage à fournir chaque jour.

    Impossible de tout faire venir de l’arrière par des magasins, car il aurait fallu un nombre considérable de chariots pour les transporter, lesquels chariots étaient tirés par des animaux de trait qui consommaient eux-mêmes du fourrage.

    Bref, le déficit en logistique implique de se fournir sur les territoires conquis. D’où les réquisitions en nature ou en espèce. Auxquels s’ajoutent les pillages désordonnés de la soldatesque.

    rras

    A noter que l’une des raisons du siège de Lille de 1708 était que la ville devait servir de magasin pour les troupes en route vers Paris.

     

    Ce que subissent les villageois en temps de guerre

    En temps de paix, les villages subissent une fiscalité ordinaire : la trilogie royale, paroissiale, seigneuriale : taille, dîme, cens/champart.

    En temps de guerre, ce n’est plus la même chose.

    - A court terme il faut prévoir un alourdissement de la fiscalité royale à laquelle s’ajoutent les réquisitions et contributions de guerre : les troupes exigent leur nourriture et le foin pour les montures et se servent sur les réserves du village et n’oublient pas à côté de piller et de massacrer … d’où une hausse de la mortalité.

    - A moyen terme, le village s’appauvrit du fait des destructions et vols répétés ; les hommes s’endettent, les mariages se font rares, la natalité baisse.

    - A plus long terme, les terres retournent en friche, plus de blé, plus de vignes plus de ressources. Disette, famine, malnutrition, épidémies.

    Ainsi, pour ne donner que trois exemples en région wallonne : le village des Avins fut durant la guerre de Hollande (1671-1679) abandonné 3 ans par ses habitants ; la communauté de Hamoir perdit la presque totalité de ses biens communaux pour apurer les dettes contractes lors des guerres du 16 et 17ème siècle.

    A Huy les guerres des 17 et 18ème siècle amènent la ruine d’une petite industrie sidérurgique ; la ville contracte suite aux guerres de Louis XIV une dette de près de 700 000 francs dont elle a à peine remboursé le 1/20ème lors du rattachement à la France.

    Dans le Nord de la France, les Espagnols, en 1693, demandent 30 000 florins à Rumegies au titre des contributions de guerre !

     

    Les paysans face à la guerre

     

    Le principe des contributions

    Les contributions étaient établies par des conventions passées entre les autorités locales et les représentants du roi : elles établissaient les obligations financières et promettaient la protection à ceux qui les payaient régulièrement. Les communautés et particuliers concernés recevaient un document dit de sauvegarde.

    Les particuliers et communautés échangeaient des victuailles, des rafraîchissements, de l'argent, des terrassiers, des chevaux contre une lettre de sauvegarde qui les place sous la protection des gens de guerre. Dans la pratique, cela prend surtout la forme d'un chantage à l'incendie : pas de contributions = incendie du village..

     

    Les paysans face à la guerre

    pillage et incendie d'un village par Callot

    Une sauvegarde : document délivré par les chefs de l’armée d’occupation attestant que telle personne avait payé sa part de contribution et devait être à l’abri des extorsions des gens de guerre

    Un sauvegarde : soldat prêté à un particulier (souvent un chatelain, une abbaye, un couvent) pour servir de protecteur moyennant bien sûr finance.

     

    Ceci étant même avec une sauvegarde, personne n'est à l'abri des exactions militaires.

    Les autorités espagnoles vont tenter de réduire les nuisances que la soldatesque inflige à sa propre population. Ainsi, le 27 juin 1635, le cardinal infant ayant été informé que « aucun soldats tant de cavallerie que d'infanterie s'advancent à rançonner les maisons où ils sont logez sous prétexte d'empescher la ruine d'icelles, ou foule des autres (...) défendons aux soldats de ne prendre aucune chose es lieu ils passeront ou logeront, se contentant de la nourriture ordinaire de leur hostes (s 'il y en a) sans extorquer argent ou en recevoir soit de leur dicts hostes ou de ceux qu'ils rencontrent es chemins sous prétexte de rédemption de logis (...) à peine de trois traicts de cordes ou aultres plus griesve selon l 'exigence du cas".

     

    Cependant ce principe des contributions ne peut fonctionner que si elles sont raisonnables ; trop importantes, les villages ne peuvent verser la totalité de ce qui est demandé; or en cas de non exécution, les représailles peuvent être disproportionnées : comme l'incendie du village en entier.

    Les paysans face à la guerre

    Dans les faits, ce principe dérapa très vite ; à tel point que lors des conférences de Deynze (au sud est de Gand) en janvier 1675, Français et Espagnols ont tenté de s’entendre pour limiter le niveau des contributions. Les négociateurs ont également condamner les incendies du moins tant que les populations n’ont pas déserté les villages et à la place il fut convenu que des otages pourront garantir le paiement.

    Ce ne fut qu’un vœu pieux …

     

    Les excès de guerre reprennent de plus belle : aux exécutions des uns répondent les représailles des autres. « S’instaure alors une arithmétique brutale : pour chaque maison ou village brulés situés sur un territoire placé sous la protection de Louis XIV, de 2 à 50 villages ou maisons ennemis sont condamnés à l’incendie. » Ainsi en 1684 Louvois ordonne au comte de Montal de brûler 20 villages près de Charleroi sous prétexte que les espagnols ont détruits deux granges placéess aux extrémités de deux villages français.

    Ou encore Louvois à Chamilly le 6/10/1676 : « Je vois avec plaisir que vous avez commencé à brûler la vieille ville de Gand. Je vous prie de continuer … et de piller et brûler là jusqu’à ce que les populations aient rempli les engagements du traité .. et de ne cesser que lorsque vous serez informés qu’ils l’ont bien faits ».

    Les paysans face à la guerre

    pillage par Callot

     

    Logement des troupes

    Par ailleurs il ne faut pas oublier que les habitants doivent loger aussi les gens de guerre ; en principe le séjour des troupes est interdit dans les villages car les bourgs et les villes sont mieux armés économiquement parlant pour les géreer mais en fait les villes laissent le plus souvent tomber cette charge sur « les petits lieux de la campagne ».

    En général les officiers vont loger chez les bourgeois, les sous officiers chez les plus gros cultivateurs et les simples soldats tant à la charge du reste de la population.

    En 1747 à St Gilles dans le Gard, le maire se désole de voir un bataillon espagnol aux portes de son village et composé de 44 officiers, 663 soldats, 50 femmes et 100 chevaux. « Je vous avoue que ma situation est triste de nous voir dans la dure nécessité de mettre trois ou quatre soldats dans la maison d’un habitant qui n’a pas de pain à manger »

    Un règlement de 1641 stipule pourtant de loger les soldats dans les halles granges et autres lieux couverts de façon à soulager les habitants. Mais encore une fois cette règle n’est pas observée il faudra attendre la construction de casernes qui débute au 18ème siècle pour avoir des endroits réellement spécifiques au logement des soldats, le logement chez l’habitant devenant l’exception regrettable ; ce sera le début des villes garnisons.

     

     

    Les paysans face à la guerre

    Caserne de Charras

    En attendant les armées séjournent où elles peuvent, rançonnant, pillant, ravageant tout sur leur passage. Les hommes sont massacrés, les femmes violées puis massacrées, les enfants martyrisés, les villages sont pillés, tout ce qui ne peut être emporté est brulé, les troupeaux sont emportés, les puits empoisonnés, les arbres coupés, les terres dévastées, les récoltes volées, les loups en profitent pour rôder  autour des cadavres et  les taxations diverses finissent d’affamer les survivants en installant plus ou moins durablement la disette et la famine.

    Les paysans face à la guerre

    maraude de Callot

    Les témoignages rapportent les mêmes faits, peu importe l’époque, les lieux ou les armées en présence.

    Les survivants préfèrent alors fuir et abandonner leurs maisons ; ils affluent dans les villes avec pour seule conséquence de grossir la population d’indigents ; en attendant les labours ne se font pas, les semailles sont tardives, les vignes mal taillées. Bref l’économie d’un pays peut basculer très vite dans le rouge sans parler bien sûr de l’équilibre démographique très fragile déjà en temps de paix.

     

    Voir ici et ici pour des témoignages de pillages en temps de guerre

     

    Sources

    Prendre l'argent plutôt que le sang : la contribution de guerre au XVIIe siècle : Christian BAES

    La pauvreté dans la région liégeoise à l’aube de la révolution industrielle de Nicole HAESENNE PEREMANS

    Les villageois face à la guerre (14-18èm siècle) de Charles DESPLAT

    Les occupations étrangères en Belgique sous l’Ancien Régime de VAN HOUTTE

    De la guerre de siège à la guerre de mouvement : une révolution logistique à l’époque de la Révolution et de l’Empire de Jean Philippe CENAT

     

     

     

     

     

     


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  • Occupation hollandaise : le Jugement dernier sera-t-il plus effroyable ?

    « Ce qui comble notre misère c’est que les Français fuient de tous côtés. Ils ont abandonné Tournai sans troupes presque et sans munitions ; et les alliés en ont fait le siège, siège fatal pour notre pauvre communauté, qui fait le tombeau de plus de trois cents de ses pauvres habitants en moins de trois mois. (le registre des décès relève 180 morts pour 1709 ; il est vraisemblable que le chiffre de 300 comprend ceux qui sont morts durant l’exil de la population dans les villes et villages voisins).

    Ce siège donc se fit le 26 de juin 1709. Les Hollandais qui n’avaient point voulu ou osé forcer le maréchal de Villars aux lignes du Pont à Vedin, résolurent d’abandonner ce poste et feignant d’aller vers Ypres vinrent droit à Rumegies. L’armée était dans la paroisse et nous ne le savions point. Nous prîmes une sauvegarde et ce jour nous ne perdîmes rien ; ils allèrent prendre Saint Amand. Mais le 27, Bon Dieu ! quelle journée ! Le Jugement dernier sera-t-il plus effroyable ? Seigneur, quand je me veux faire une idée du dernier avènement, je me le représente. Comme j’avais un sauvegarde du prince d’Orange, la plus grande partie des paroissiens se sont retirés en la maison pastorale avec leurs bestiaux. Tous les meubles généralement étaient dans l’église. Plus de dix mille maraudeurs armés de pistolets de poches, de baïonnettes, d’épées, de grands bâtons sont venus fondre sur cette maison et sur l’église ; et ils ont tout entièrement mis en ruine. Ils ont pris plus de cinquante vaches et bien trente chevaux ; et après avoir pillé, débilié hommes, femmes et filles, ils en ont violé plusieurs et tué à coup de bâton ».

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 18 - Occupation hollandaise : le Jugement dernier sera t il plus effroyable?


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