Divertissements à Toulouse au 19ème siècle
Les divertissements sont nombreux et variés pour les Toulousains, fortunés ou non, au 19ème siècle
En voici quelques exemples tirés de l’ouvrage de Jean Fourcassié : Toulouse une ville à l’époque romantique
Ainsi le dimanche 16 mars 1845, il est proposé au toulousain :
- le théâtre du Capitole où l’on joue à 6h un vaudeville,
- le Cirque Ghela à 7h et demie qui présente la prise de Constantine par l’armée française avec une figuration de 200 personnes
- et la salle Philharmonique où MM. Klischnig et Macallister donnent une grande représentation de physique indienne et chinoise
En décembre 1832, un physicien ventriloque donne des séances au Café de la Rotonde
Le 19 février 1839 le Journal de Toulouse annonce que ce jour là à 2h et 4h le sieur Bernard Dittmar , coureur rétrograde, de Saxe Gotha, fera en 49mn, 12 fois le tour de l’allée Lafayette à reculons précédé de sa fille de 11 ans et il portera des habits qui feront entendre des sons harmonieux !
La fête nautique de l’Ile de Tounis a lieu tous les ans le 1er septembre. Les habitants de l’île, une centaine de personnes, sont habillés de blanc pour l’occasion, avec rubans, dentelles et larges ceintures rouges. Un cortège se forme, suivi d’un char en forme de conque dans lequel trône Neptune. Chaque homme porte une rame ornée de rubans aux couleurs nationales et au milieu d’eux un bélier est conduit par des enfants tout enguirlandé de fleurs.
Des jeux nautiques s’ensuivent puis un banquet et des danses
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Vue du pont de Tounis, dessin de Léon Soulié lithographié par Gantier
En févier c’est la Promenade du bœuf gras : en 1824, « trente garçons bouchers environ, revêtus de costumes élégants et montés sur de beaux chevaux escortaient cinq boeufs remarquables par leur taille e leur embonpoint. Deux de ces animaux portaient sur la tête un écusson où l’on lisait les vers suivants :
«A la voix des Bourbons, la gaieté, l’abondance,
Renaissent à l’envi dans nos heureux climats.
Partout leur nom se mêlent aux fêtes de la France.
Henry donne la poule et louis le bœuf gras »
Un drapeau blanc aux armes de la France flottait au milieu des rangs. En 1831 le cortège est plus nombreux. La musique du 55ème de ligne s’est jointe à celle du 10ème d’artillerie et aux tambours de la garde nationale. On entonne par intervalles la Marseillaise et la Parisienne. Les bœufs, magnifiques portent cette inscription : Offerts à S.M. Louis-Philippe 1er , roi des Français »
Les courses de chevaux attirent aussi du monde : la 1ère course de chevaux à Toulouse eu lieu autour du Grand Rond en 1820
En1827 Louis Tabeito fait 33 fois le tour du Grand Rond en courant en 75 mn
En septembre 1834, Monsieur Lartet fait une ascension aérostatique avec un ballon, parti du quartier des Salinques , il retombe au château de Ribaute à 2 lieux de son point de départ au milieu d’une foule ravie
L’année suivante il renouvelle son exploit mais tombe sur le toit de la maison Roques, marchand, rue de la maison professe, dégringole dans la cour d’une hauteur d’un 4ème étage ! les journaux organisent une collecte en sa faveur !
La principale salle de spectacle de Toulouse est celle du Capitole qui date de 1736 et qui a été décidée par les Capitouls en s’inspirant de ce qui se faisait en Italie et sur les plans de Guillaume Cammas, peintre et architecte de la ville ; elle comportait 667 places. Restaurée en 1818, elle proposera1950 places.
A noter qu’elle a succédé à une plus modeste salle de spectacle aménagée en 1671 dans l’auberge du logis de l’Ecu, proche du Capitole
En 1837 une seconde salle est aménagée à l’entrée de la rue Lafayette (allées du président Roosevelt aujourd’hui) à l’emplacement d’un ancien cirque : c’est un théâtre de boulevard, plus populaire qui peut contenir jusque 1500 personnes
"Le théâtre et l’opéra enchantent les Toulousains mais ceux-ci sont très difficiles. Déjà, ils n’apprécient pas les drames et préfèrent les comédies. Ensuite les artistes sont durement critiqués : ceux-ci, engagés pour la saison, devaient réussir la difficile mise à l'épreuve des fameux ‘Trois débuts’ : ils devaient faire leurs preuves dans trois rôles différents en début de saison. Dans bien des cas, ils n'arrivaient pas au bout de leur première représentation"
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Le public fait la queue devant le théatre 1898 - Fonds Eugène Trutat
Le théâtre du capitole disparut dans l’incendie du 10 aout 1917 ; il sera reconstruit en 1923
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Théatre du Capitole après l'incendie de 1917 - Bibliothèque municipale de Toulouse, Res A XX 1_01
En 1835, 1838 , et 1843 les chanteurs montagnards de Bagnères viennent à Toulouse pour plusieurs concerts. En 1838 Stendhal va les voir, salle des Illustres au Capitole mais bougonne : il a été pris à ce concert comme une souris dans un piège et ne peut pls repartir : la porte « est garnie de têtes jusqu’à 10 pieds de haut » ; la musique militaire fait du « tapage » ; les bustes « couleur chocolat » des Illustres qui décorent la salle sont horribles et toutes les femmes placées près de lui sont « laides » ; la musique est ‘d’une platitude et d’un gauche inimaginables ».Il avoue que l’habit des chanteurs « n’est pas mal »
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Salle des Illustres du Capitole
Liszt fit deux concerts à Toulouse en 1826, à l’âge de 15 ans
Il revient en 1844 et donne 5 concerts.
Le 27 août, il donne un concert à la salle du Conservatoire philharmonique, rue Lapeyrouse. Le 30 août un deuxième concert au Capitole.
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Le chroniqueur musical du Journal de Toulouse, de Brucq, ne trouve pas de mots suffisants pour exprimer son admiration : « magique », « divin »
Le journal l'Epingle le 29 août 1844 écrit « un Dieu inspire cet homme quand ses doigts se posent sur son piano »
Le prix des places est cependant trop cher pour les ouvriers et d’ailleurs un « chœur d’ouvriers » va ouvrir une sérénade à son attention ; Liszt leur distribuera 600 places gratuites pour le concert du 31 aout
« Le départ de Liszt, écrit le Journal de Toulouse du 7 septembre 1844, a été chose curieuse. Lorsqu’il est descendu pour entrer dans la chaise de poste, nos grisets lui donnaient une sérénade. La cour de l'hôtel de l'Europe et la place Lafayette étaient remplies d'une foule considérable. A son apparition les chants ont cessé et c'est au milieu des applaudissements de cette foule enthousiaste qui suivait sa voiture, qu'il a quitté notre ville »
Les bals font également fureur à Toulouse ; des fêtes nocturnes « parées et masquées » sont organisées régulièrement dans la ville en complément des bals olus classiques
La polka fait son apparition vers 1844 : Un article du1er mars 1844 parait dans le Journal de Toulouse et affirme qu'elle fait fureur dans les salons parisiens ; Et c’est ainsi que le 21 décembre 1846 le Journal de Toulouse écrit : « les dandys préfèrent au bal des splendides salons, le bastringue où l'on polke en bottes à talons"
Et n’oublions pas la chanson de Toulouse : en 1845 est chantée pour la 1ère fois dans un concert la Toulousaine (Toulousaino en langue d’oc) , paroles de l’écrivain occitan Lucien Mengaud, musique de Louis Deffès. Plus d’un siècle avant Claude Nougaro …
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Louis Pierre Deffès - E Delon Toulouse, 1890 BNF Gallica
Refrain
O moun pays ! ô moun pays, ô Toulouso, Toulouso !
Qu’aymi tas flous
Qu’aymi tas flous, toun cél, toun soulél d’or !
Al prép dé tu, al prép dé tu, l’amosé sent hurouso
E tout ayssi é tout ayssi méréjouis lé cor.
E tout ayssi é tout ayssi méréjouis lé cor.
O moun pays ô moun pays ! ô Toulouso, Toulouso !
Qu’ay mi tas flous, toun cél, toun soulel d’or !
1re Strophe
Que you soun fier dé tas académios,
Des monuméns qu’ornon nostro citat !
Dé toun rénoun é dé tas pouésios
É dé toun cant despéy lountens citat !
Aymi tapés nostro lengo gascouno
Qué tan nouy douno qué tan nouy douno dé la yétat !
2eme Strophe
Oh ! qu’aymi pla dé tas brunos grisétos
Lé tin flourit lé sourire malin,
Lour pel lusen, lours pulidos manétos,
Lours poulits pès et lour régard taquin !
En les bésén moun cor sé rébiscolo ;
E pey s’enbolo
Tout mon chagrin.
3eme Strophe
A tous encours l’herbo semblo plu frèsquo,
Lé parpaillol a maytos dés coulours,
Tous fruits y soun doucés coumo la bresquo,
E tous pradels sount claoufidis dé flous ;
Dé tous bouquets you récerqui l’oumbratgé
E lé ramatgé, eé les ramatgé
Des aousélous.
4eme Strophe
Dé tous guerriés doun la noblo bienjenço
Fasqué pléga lé froum des sarazis,
Dé ta fiertat e dé l’indépéndanço
Qué dé tout tiens régnet dans lé pays.
Oh soun pla fier dé ma bile tant pélo
Que tan rappélo dé souvenirs
Sources
Jean Fourcassié - Toulouse à l'époque romantique
Jacqueline Belas - Franz Liszt dans le sud ouest en 1844
Marie-Odile Jubert-Larzul - Le théâtre à Toulouse au milieu du XIXe siècle
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