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Les fourches patibulaires de Toulouse

17 Mai 2026 , Rédigé par srose

Les fourches patibulaires représentent le terme du processus pénal sous l’ancien régime et contitue le symbole de la haute justice que détenait un seigneur sur tous les crimes qualifiés de grave.

Ces fourches sont en fait des structures de pierre et de bois conçues pour exposer les condamnés à mort à la vue de tous une fois la sentence de mort exécutée

Elles sont donc là pour servir d’exemple et freiner les ardeurs belliqueuses des individus ; autant dire que l’objectif ne fut jamais atteint …

 

Le nom que l'on donne à cet édifice diffère en fonction des endroits mais on peut lister ici les 3 synonymes les plus courants : salades (qui vient de l’occitan salada) à Toulouse, gibets (celui de Montfaucon à Paris étant le plus célèbre), ou tout simplement les Justices. 

En fonction du statut du seigneur, ces fourches sont plus ou moins imposantes : Les simples seigneurs hauts-justiciers avaient en effet le droit de faire construire des fourches à deux piliers, les châtelains à trois, les seigneurs barons et vicomtes à quatre, et les seigneurs comtes et ducs à six.

C’est le principe de base mais en fonction des coutumes il est possible de trouver des exceptions à cette règle.

 

En tous les cas,Toulouse disposait de deux sites à cet effet :

  • Au nord de Toulouse, dans le quartier actuel de la salade (en référence au gibet) au dessus des Minimes

  • plus au sud, la salade de Saint-Roch ; les fourches se trouvaient à proximité de la ferme Ponsan sur le chemin de la salade ponsan

Les fourches du sud de la ville seraient celles de l'ancienne justice comtale (on est en effet dans l’axe du château Narbonnais, le point rouge sur la carte ci dessus) ; leur présence semble attestée dès 1331

Le chroniqueur Pierre Barthès indique dans son ouvrage Heures perdues, qu' « en juin 1768, Jean-Pierre Tournier, voleur et assassin à heure nocturne, est exécuté à l'Esplanade, et son corps « a été exposé aux vie[i]lles fourches derrière S[ain]t-Roch des Récollets »

 

Celles du nord sont vraisemblablement un peu plus récentes et semblent symboliser la haute justice détenue par les capitouls ; il semblerait qu’elles aient été élevées près de la porte Arnaud Bernard tout d'abord puis reculées au-delà du couvent des minimes sur la route de Montauban et Paris à 2km du mur d’enceinte

Ci dessous on peut voir en haut de la carte la porte Arnaud Bernard près delaquelle devait se trouver initialement les fourches avant d'être déplacées encore plus au nord et en bas la porte Narbonnaise (proche du chateau Narbonnais aujourd'hui emplacement du palais de justiice), au delà de laquelle se trouvaient les fourches du sud de la ville.

 

 

A noter que sous l’Ancien régime, les condamnés à mort voient leur sentence exécutée place Saint-Georges.

Un échafaud permanent était érigé place Saint-Georges comme ce plan de Toulouse daté du XVIIe siècle le figure Le Cri de Toulouse, 1923/Bibliothèque du Patrimoine de Toulouse)

 

En 1545, il est indiqué dans les documents de la ville « que ces années passées, les fourches patibulaires, appellées de la Sallade, par mandement de monsieur le seneschal de Tholose, furent fermées aux depens du roy comme aussi fut le piloire Sainct-George ; lesdictz seigneurs du Capitole voyans les fourches patibulaires de Arnauld-Bernard n’estre fermées de murailles et par impetuosité de vent les corps tumboient à terre, esmeuz lesdictz seigneurs de humanité, firent fermer lesdictes fourches de murailles pour eviter les inconvenients que s’en ensuyvoit, [...] commençarent à edifier hors la porte de Sainct-Estienne une belle et grande boucherie pour ceulx qui vendent chair de brebis et chevreau, afin que en la ville n’eust tant d’infection »

Ces fourches perdureront jusqu'à la fin du XVIII siècle avant d'être détruites.

 

Quelques témoignages

Un exemple parmi d'autres : en novembre 1579 le marinier Jehan Deleban, dit Parayou, fut mis à mort pour avoir assassiné un étudiant bourguignon venu négocier son voyage vers Bordeaux. La chronique des capitouls relate que l'accusé « auroit esté condempné à perdre le poing droict à la place du Bazacle où il auroit commis le m[e]urtre, et à perdre la teste et les quatre membres à la place et pilloire S[ain]t-George ». Puis, elle précise « que sad[ite] teste et poinct droict seroi[n]t mis sur la tour de la porte du Bazacle pour icelle servir de fureur et d’exemple aux malfacteurs, et le reste de son corps mis au lieu dict la Salade »

 

Tous les corps ne sont pas exposés sur les fourches si l’on en croit les choniques de Pierre Barthes, : il écrit qu’en juillet 1740, il y eut une une double exécution, puis indique que les corps « furent ensuite exposés, l’un sur le chemin Montaudran, et l’autre sur le chemin de S[ain]t Martin du Touch, vis à vis la méterie des Pères Augustins » . Ou encore, le cas de ce faux monnayeur pendu en 1749 à la place du Salin, puis « exposé sur le chemin de Muret et Seisses, à la croix de Pierre »

 

Pour des raisons de décence, le corps des femmes condamnées n’est pas exposé ; elles sont inhumées dans le cimetière destiné à cet usage, à Saint-Aubin.

Il y eut au moins une exception : celui d'une femme exposée en 1591. Son crime est très grave pour l’époque puisqu'elle est coupable d'homicide de soi-même : elle s'est suicidée . « Le corps de feu[e] Bertrande, chambriere de Pierre Martiac, marchant de Tolose, pour s’estre desesperée et precipitée dans un pui[t]s, apprès lui avoir prouveu de curateur, feust à la requeste du procureur du roy par sentence du treitziesme dud. mois, privé de la sepulture des chr[éti]ens, et qu’il seroict mis sur quatre poteaux dressés près les forches patibulaires hors la porte d’Arnault-Bernat, pour y demeurer perpetuellement »

 

Que fait on des corps après l’exposition ?

Ils sont manifestement ensevelis dans une fosse commune.

En 1759, un rapport de l'ingénieur de la ville lu en conseil de ville permet de savoir que 34 cadavres sont actuellement exposés : 22 d'entre eux seront inhumés sur place à la faveur des travaux de rénovation. Il aura fallu deux jours de travail à des « ouvriers » pour creuser « deux fosses très grandes ». Le déplacement des corps et membres dispersés étant ensuite assuré par l'exécuteur de la haute justice, qui va verser par-dessus trois charges de chaux avant de refermer les fosses

En 1777, à l'occasion de l'arrivée prochaine de Monsieur, frère du roi, une vaste opération de nettoyage est entreprise . Le bourreau, Antoine Varennes, est chargé de décrocher les corps suspendus aux carcans et de descendre ceux posés sur les roues ; il va ainsi creuser quatre grandes fosses dans lesquelles il enfouira « trente-deux cadavres qui étoi[n]t au carcan ou par terre, et dix autres qui étoi[n]t s(e)ur les roues »

 

Mais les corps ne sont pas tous voués à la fosse commune

Nombreuses sont les dépouilles remises aux écoles de médecine ou de chirurgie afin de servir aux leçons d'anatomie

En 1778 Antoine Barrère, conducteur de tombereaux, signale qu'il transporte régulièrement à l'école de médecine les corps des suppliciés destinés à la dissection

 

Problèmes de salubrité

Peu à peu les habitants qui résident à proximité de la salade veulent voir celle-ci supprimée. Ainsi la Délibération des habitants du quartier de Lalande, en 1776 indique : « À laquelle assemblée a été dit par M. le curé qu'il les avoint faits assembler pour […] sçavoir si lad[it]e parroisse ne devroit pas nommer des commissaires pour se retirer devant nosseigneurs du parlement pour les supplier de faire suprimer et ôter les fourches patibulaires qui se trouvent sur deux chemins de lad[it]e paroisse, soit par raport à l'infection que produit les cadavres qu'on y expose, ce qui occasione des maladies épidémiques dans lad[it]e parroisse, principalement dans le tems chaud, soit parce que l'exposition desd[i]ts cadavres a occasioné dans différens tems des impressions sensibles sur des personnes enseintes ; en second lieu, parce que la position de ces fourches patibulaires est nuisible à la sûreté publique, attendu qu'il est arrivé dans différens tems que ce lieu qui devoit être la terreur des méchants a été au contraire l'azile des assassains et des voleurs ».

De nombreuses pièces d’archives mettent en évidence les problèmes posés pour les riveraisn par la présence des fourches. Le parlement de Toulouse, a reçu de nombreuses plaintes à ce propos. On peut lire en 1785 dans le Tableau de l’administration de la ville, qu’elles étaient « moins un épouvantail qui inspirait l’horreur et l’effroi aux méchants, qu’un foyer dangereux d’où s’exhalaient des miasmes funestes et des vapeurs méphitiques qui corrompaient l’air ( Tableau de l’administration de la ville de Toulouse, Toulouse, vve J.-H. Guillemette, 1784-1785, p. 33, cité dans Mémoires de l’Académie impériale des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, t. VI, 1868, p. 142).

 

Dix ans plus tard elles sont toujours là ...

Ce ne sera qu'en 1787 que les capitouls les feront démolir

 

Chronique des Annales manuscrites des capitouls, 1787 : « Depuis longtems les étrangers faisoient à la ville le reproche de laisser subsister à ses portes et sur la route la plus fréquentée des fourches patibulaires qui n’inspiroient ni crainte ni effroi aux méchans et qui formoient un foyer infect d’où s’exhaloient des miasmes funestes et des vapeurs méphitiques qui corrompoient l’air. Il avoit été présenté divers mémoires pour en solliciter la suppression, lorsqu’enfin les capitouls furent autorisés par des lettres patentes enregistrées au parlement à les faire démolir ».

 

Les Grandes Chroniques de France, peintes par Jean Fouquet à Tours vers 1455-1460, le gibet se dresse ainsi sur la butte à l’arrière-plan (fol. 236) 

 

Le gibet parisien de Montfaucon reste le plus célèbre et le plus documenté; il comptait seize piliers reposant sur un soubassement de pierre. Il fut démoli en 1790.

 

 

Sources

Fourches patibulaires et corps suppliciés dans les enluminures des XIVe-XVe siècles de Cécile Voyer

Archives municipales de Toulouse – Dans les bas-fonds. Janvier 2017 – n° 13

Christophe Regina, « Exhiber le crime vaincu : les fourches patibulaires et la justice criminelle sous l’Ancien Régime », Criminocorpus

https://toulousesecret.com/salade-quartier-toulouse/ Inès Azouz - Journaliste • octobre 16, 2024

 

 

 

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