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Divertissements à Toulouse au 19ème siècle

25 Mai 2026 , Rédigé par srose

Les divertissements sont nombreux et variés pour les Toulousains, fortunés ou non, au 19ème siècle

 

En voici quelques exemples tirés de l’ouvrage de Jean Fourcassié : Toulouse une ville à l’époque romantique

 

Ainsi le dimanche 16 mars 1845, il est proposé au toulousain :

- le théâtre du Capitole où l’on joue à 6h un vaudeville,

- le Cirque Ghela à 7h et demie qui présente la prise de Constantine par l’armée française avec une figuration de 200 personnes

- et la salle Philharmonique où MM. Klischnig et Macallister donnent une grande représentation de physique indienne et chinoise 

 

En décembre 1832, un physicien ventriloque donne des séances au Café de la Rotonde

 

Le 19 février 1839 le Journal de Toulouse annonce que ce jour là à 2h et 4h le sieur Bernard Dittmar , coureur rétrograde, de Saxe Gotha, fera en 49mn, 12 fois le tour de l’allée Lafayette à reculons précédé de sa fille de 11 ans et il portera des habits qui feront entendre des sons harmonieux !

 

La fête nautique de l’Ile de Tounis a lieu tous les ans le 1er septembre. Les habitants de l’île, une centaine de personnes, sont habillés de blanc pour l’occasion, avec rubans, dentelles et larges ceintures rouges. Un cortège se forme, suivi d’un char en forme de conque dans lequel trône Neptune. Chaque homme porte une rame ornée de rubans aux couleurs nationales et au milieu d’eux un bélier est conduit par des enfants tout enguirlandé de fleurs.

Des jeux nautiques s’ensuivent puis un banquet et des danses

Vue du pont de Tounis, dessin dLéon Soulié lithographié par Gantier

 

En févier c’est la Promenade du bœuf gras : en 1824, « trente garçons bouchers environ, revêtus de costumes élégants et montés sur de beaux chevaux escortaient cinq boeufs remarquables par leur taille e leur embonpoint. Deux de ces animaux portaient sur la tête un écusson où l’on lisait les vers suivants :

«A la voix des Bourbons, la gaieté, l’abondance,

Renaissent à l’envi dans nos heureux climats.

Partout leur nom se mêlent aux fêtes de la France.

Henry donne la poule et louis le bœuf gras »

 

Un drapeau blanc aux armes de la France flottait au milieu des rangs. En 1831 le cortège est plus nombreux. La musique du 55ème de ligne s’est jointe à celle du 10ème d’artillerie et aux tambours de la garde nationale. On entonne par intervalles la Marseillaise et la Parisienne. Les bœufs, magnifiques portent cette inscription : Offerts à S.M. Louis-Philippe 1er , roi des Français »

 

Les courses de chevaux attirent aussi du monde : la 1ère course de chevaux à Toulouse eu lieu autour du Grand Rond en 1820

 

En1827 Louis Tabeito fait 33 fois le tour du Grand Rond en courant en 75 mn

 

En septembre 1834, Monsieur Lartet fait une ascension aérostatique avec un ballon, parti du quartier des Salinques , il retombe au château de Ribaute à 2 lieux de son point de départ au milieu d’une foule ravie

L’année suivante il renouvelle son exploit mais tombe sur le toit de la maison Roques, marchand, rue de la maison professe, dégringole dans la cour d’une hauteur d’un 4ème étage ! les journaux organisent une collecte en sa faveur !

 

La principale salle de spectacle de Toulouse est celle du Capitole qui date de 1736 et qui a été décidée par les Capitouls en s’inspirant de ce qui se faisait en Italie et sur les plans de Guillaume Cammas, peintre et architecte de la ville ; elle comportait 667 places. Restaurée en 1818, elle proposera1950 places.

 

A noter qu’elle a succédé à une plus modeste salle de spectacle aménagée en 1671 dans l’auberge du logis de l’Ecu, proche du Capitole

 

En 1837 une seconde salle est aménagée à l’entrée de la rue Lafayette (allées du président Roosevelt aujourd’hui) à l’emplacement d’un ancien cirque  : c’est un théâtre de boulevard, plus populaire qui peut contenir jusque 1500 personnes

 

"Le théâtre et l’opéra enchantent les Toulousains mais ceux-ci sont très difficiles. Déjà, ils n’apprécient pas les drames et préfèrent les comédies. Ensuite les artistes sont durement critiqués : ceux-ci, engagés pour la saison, devaient réussir la difficile mise à l'épreuve des fameux ‘Trois débuts’ : ils devaient faire leurs preuves dans trois rôles différents en début de saison. Dans bien des cas, ils n'arrivaient pas au bout de leur première représentation"

Le public fait la queue devant le théatre 1898 - Fonds Eugène Trutat 

 

Le théâtre du capitole disparut dans l’incendie du 10 aout 1917 ; il sera reconstruit en 1923

Théatre du Capitole après l'incendie de 1917 - Bibliothèque municipale de Toulouse, Res A XX 1_01

 

En 1835, 1838 , et 1843 les chanteurs montagnards de Bagnères viennent à Toulouse pour plusieurs concerts. En 1838 Stendhal va les voir, salle des Illustres au Capitole mais bougonne : il a été pris à ce concert comme une souris dans un piège et ne peut pls repartir : la porte « est garnie de têtes jusqu’à 10 pieds de haut » ; la musique militaire fait du « tapage » ; les bustes « couleur chocolat » des Illustres qui décorent la salle sont horribles et toutes les femmes placées près de lui sont « laides » ; la musique est ‘d’une platitude et d’un gauche inimaginables ».Il avoue que l’habit des chanteurs « n’est pas mal »

Salle des Illustres du Capitole

 

Liszt fit deux concerts à Toulouse en 1826, à l’âge de 15 ans

Il revient en 1844 et donne 5 concerts.

Le 27 août, il donne un concert à la salle du Conservatoire philharmonique, rue Lapeyrouse. Le 30 août un deuxième concert au Capitole.

Le chroniqueur musical du Journal de Toulouse, de Brucq, ne trouve pas de mots suffisants pour exprimer son admiration : « magique », « divin »

Le journal l'Epingle le 29 août 1844 écrit «  un Dieu inspire cet homme quand ses doigts se posent sur son piano »

Le prix des places est cependant trop cher pour les ouvriers et d’ailleurs un « chœur d’ouvriers » va ouvrir une sérénade à son attention ; Liszt leur distribuera 600 places gratuites pour le concert du 31 aout

« Le départ de Liszt, écrit le Journal de Toulouse du 7 septembre 1844, a été chose curieuse. Lorsqu’il est descendu pour entrer dans la chaise de poste, nos grisets lui donnaient une sérénade. La cour de l'hôtel de l'Europe et la place Lafayette étaient remplies d'une foule considérable. A son apparition les chants ont cessé et c'est au milieu des applaudissements de cette foule enthousiaste qui suivait sa voiture, qu'il a quitté notre ville »

 

Les bals font  également fureur à Toulouse ; des fêtes nocturnes « parées et masquées » sont organisées régulièrement dans la ville en complément des bals olus classiques

 

La polka fait son apparition vers 1844 : Un article du1er mars 1844 parait dans le Journal de Toulouse et affirme qu'elle fait fureur dans les salons parisiens ; Et c’est ainsi que le 21 décembre 1846 le Journal de Toulouse écrit : « les dandys préfèrent au bal des splendides salons, le bastringue où l'on polke en bottes à talons"

 

Et n’oublions pas la chanson de Toulouse : en 1845 est chantée pour la 1ère fois dans un concert la Toulousaine (Toulousaino en langue d’oc) , paroles de l’écrivain occitan Lucien Mengaud, musique de Louis Deffès. Plus d’un siècle avant Claude Nougaro …

 

Louis Pierre Deffès - E Delon Toulouse, 1890 BNF Gallica

 

Refrain
O moun pays ! ô moun pays, ô Toulouso, Toulouso !

Qu’aymi tas flous

Qu’aymi tas flous, toun cél, toun soulél d’or !

Al prép dé tu, al prép dé tu, l’amosé sent hurouso

E tout ayssi é tout ayssi méréjouis lé cor.

E tout ayssi é tout ayssi méréjouis lé cor.

O moun pays ô moun pays ! ô Toulouso, Toulouso !

Qu’ay mi tas flous, toun cél, toun soulel d’or !


1re Strophe
Que you soun fier dé tas académios,

Des monuméns qu’ornon nostro citat !

Dé toun rénoun é dé tas pouésios

É dé toun cant despéy lountens citat !

Aymi tapés nostro lengo gascouno

Qué tan nouy douno qué tan nouy douno dé la yétat !


2eme Strophe
Oh ! qu’aymi pla dé tas brunos grisétos

Lé tin flourit lé sourire malin,

Lour pel lusen, lours pulidos manétos,

Lours poulits pès et lour régard taquin !

En les bésén moun cor sé rébiscolo ;

E pey s’enbolo

Tout mon chagrin.


3eme Strophe
A tous encours l’herbo semblo plu frèsquo,

Lé parpaillol a maytos dés coulours,

Tous fruits y soun doucés coumo la bresquo,


E tous pradels sount claoufidis dé flous ;

Dé tous bouquets you récerqui l’oumbratgé

E lé ramatgé, eé les ramatgé

Des aousélous.


4eme Strophe
Dé tous guerriés doun la noblo bienjenço

Fasqué pléga lé froum des sarazis,

Dé ta fiertat e dé l’indépéndanço

Qué dé tout tiens régnet dans lé pays.

Oh soun pla fier dé ma bile tant pélo

Que tan rappélo dé souvenirs

 

Sources

Jean Fourcassié - Toulouse à l'époque romantique

Jacqueline Belas - Franz Liszt dans le sud ouest en 1844 

Marie-Odile Jubert-Larzul - Le théâtre à Toulouse au milieu du XIXe siècle

https://www.archives.toulouse.fr/nous-connaitre/arcanes-la-lettre-d-informations-des-archives/arcanes-48-le-retour-en-fanfare/-/journal_content/56_INSTANCE_9CEBiuM13qwi/10184/80336?p_p_state=pop_up&_56_INSTANCE_9CEBiuM13qwi_page=1&_56_INSTANCE_9CEBiuM13qwi_viewMode=print

 

 

 

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Les fourches patibulaires de Toulouse

17 Mai 2026 , Rédigé par srose

Les fourches patibulaires représentent le terme du processus pénal sous l’ancien régime et contitue le symbole de la haute justice que détenait un seigneur sur tous les crimes qualifiés de grave.

Ces fourches sont en fait des structures de pierre et de bois conçues pour exposer les condamnés à mort à la vue de tous une fois la sentence de mort exécutée

Elles sont donc là pour servir d’exemple et freiner les ardeurs belliqueuses des individus ; autant dire que l’objectif ne fut jamais atteint …

 

Le nom que l'on donne à cet édifice diffère en fonction des endroits mais on peut lister ici les 3 synonymes les plus courants : salades (qui vient de l’occitan salada) à Toulouse, gibets (celui de Montfaucon à Paris étant le plus célèbre), ou tout simplement les Justices. 

En fonction du statut du seigneur, ces fourches sont plus ou moins imposantes : Les simples seigneurs hauts-justiciers avaient en effet le droit de faire construire des fourches à deux piliers, les châtelains à trois, les seigneurs barons et vicomtes à quatre, et les seigneurs comtes et ducs à six.

C’est le principe de base mais en fonction des coutumes il est possible de trouver des exceptions à cette règle.

 

En tous les cas,Toulouse disposait de deux sites à cet effet :

  • Au nord de Toulouse, dans le quartier actuel de la salade (en référence au gibet) au dessus des Minimes

  • plus au sud, la salade de Saint-Roch ; les fourches se trouvaient à proximité de la ferme Ponsan sur le chemin de la salade ponsan

Les fourches du sud de la ville seraient celles de l'ancienne justice comtale (on est en effet dans l’axe du château Narbonnais, le point rouge sur la carte ci dessus) ; leur présence semble attestée dès 1331

Le chroniqueur Pierre Barthès indique dans son ouvrage Heures perdues, qu' « en juin 1768, Jean-Pierre Tournier, voleur et assassin à heure nocturne, est exécuté à l'Esplanade, et son corps « a été exposé aux vie[i]lles fourches derrière S[ain]t-Roch des Récollets »

 

Celles du nord sont vraisemblablement un peu plus récentes et semblent symboliser la haute justice détenue par les capitouls ; il semblerait qu’elles aient été élevées près de la porte Arnaud Bernard tout d'abord puis reculées au-delà du couvent des minimes sur la route de Montauban et Paris à 2km du mur d’enceinte

Ci dessous on peut voir en haut de la carte la porte Arnaud Bernard près delaquelle devait se trouver initialement les fourches avant d'être déplacées encore plus au nord et en bas la porte Narbonnaise (proche du chateau Narbonnais aujourd'hui emplacement du palais de justiice), au delà de laquelle se trouvaient les fourches du sud de la ville.

 

 

A noter que sous l’Ancien régime, les condamnés à mort voient leur sentence exécutée place Saint-Georges.

Un échafaud permanent était érigé place Saint-Georges comme ce plan de Toulouse daté du XVIIe siècle le figure Le Cri de Toulouse, 1923/Bibliothèque du Patrimoine de Toulouse)

 

En 1545, il est indiqué dans les documents de la ville « que ces années passées, les fourches patibulaires, appellées de la Sallade, par mandement de monsieur le seneschal de Tholose, furent fermées aux depens du roy comme aussi fut le piloire Sainct-George ; lesdictz seigneurs du Capitole voyans les fourches patibulaires de Arnauld-Bernard n’estre fermées de murailles et par impetuosité de vent les corps tumboient à terre, esmeuz lesdictz seigneurs de humanité, firent fermer lesdictes fourches de murailles pour eviter les inconvenients que s’en ensuyvoit, [...] commençarent à edifier hors la porte de Sainct-Estienne une belle et grande boucherie pour ceulx qui vendent chair de brebis et chevreau, afin que en la ville n’eust tant d’infection »

Ces fourches perdureront jusqu'à la fin du XVIII siècle avant d'être détruites.

 

Quelques témoignages

Un exemple parmi d'autres : en novembre 1579 le marinier Jehan Deleban, dit Parayou, fut mis à mort pour avoir assassiné un étudiant bourguignon venu négocier son voyage vers Bordeaux. La chronique des capitouls relate que l'accusé « auroit esté condempné à perdre le poing droict à la place du Bazacle où il auroit commis le m[e]urtre, et à perdre la teste et les quatre membres à la place et pilloire S[ain]t-George ». Puis, elle précise « que sad[ite] teste et poinct droict seroi[n]t mis sur la tour de la porte du Bazacle pour icelle servir de fureur et d’exemple aux malfacteurs, et le reste de son corps mis au lieu dict la Salade »

 

Tous les corps ne sont pas exposés sur les fourches si l’on en croit les choniques de Pierre Barthes, : il écrit qu’en juillet 1740, il y eut une une double exécution, puis indique que les corps « furent ensuite exposés, l’un sur le chemin Montaudran, et l’autre sur le chemin de S[ain]t Martin du Touch, vis à vis la méterie des Pères Augustins » . Ou encore, le cas de ce faux monnayeur pendu en 1749 à la place du Salin, puis « exposé sur le chemin de Muret et Seisses, à la croix de Pierre »

 

Pour des raisons de décence, le corps des femmes condamnées n’est pas exposé ; elles sont inhumées dans le cimetière destiné à cet usage, à Saint-Aubin.

Il y eut au moins une exception : celui d'une femme exposée en 1591. Son crime est très grave pour l’époque puisqu'elle est coupable d'homicide de soi-même : elle s'est suicidée . « Le corps de feu[e] Bertrande, chambriere de Pierre Martiac, marchant de Tolose, pour s’estre desesperée et precipitée dans un pui[t]s, apprès lui avoir prouveu de curateur, feust à la requeste du procureur du roy par sentence du treitziesme dud. mois, privé de la sepulture des chr[éti]ens, et qu’il seroict mis sur quatre poteaux dressés près les forches patibulaires hors la porte d’Arnault-Bernat, pour y demeurer perpetuellement »

 

Que fait on des corps après l’exposition ?

Ils sont manifestement ensevelis dans une fosse commune.

En 1759, un rapport de l'ingénieur de la ville lu en conseil de ville permet de savoir que 34 cadavres sont actuellement exposés : 22 d'entre eux seront inhumés sur place à la faveur des travaux de rénovation. Il aura fallu deux jours de travail à des « ouvriers » pour creuser « deux fosses très grandes ». Le déplacement des corps et membres dispersés étant ensuite assuré par l'exécuteur de la haute justice, qui va verser par-dessus trois charges de chaux avant de refermer les fosses

En 1777, à l'occasion de l'arrivée prochaine de Monsieur, frère du roi, une vaste opération de nettoyage est entreprise . Le bourreau, Antoine Varennes, est chargé de décrocher les corps suspendus aux carcans et de descendre ceux posés sur les roues ; il va ainsi creuser quatre grandes fosses dans lesquelles il enfouira « trente-deux cadavres qui étoi[n]t au carcan ou par terre, et dix autres qui étoi[n]t s(e)ur les roues »

 

Mais les corps ne sont pas tous voués à la fosse commune

Nombreuses sont les dépouilles remises aux écoles de médecine ou de chirurgie afin de servir aux leçons d'anatomie

En 1778 Antoine Barrère, conducteur de tombereaux, signale qu'il transporte régulièrement à l'école de médecine les corps des suppliciés destinés à la dissection

 

Problèmes de salubrité

Peu à peu les habitants qui résident à proximité de la salade veulent voir celle-ci supprimée. Ainsi la Délibération des habitants du quartier de Lalande, en 1776 indique : « À laquelle assemblée a été dit par M. le curé qu'il les avoint faits assembler pour […] sçavoir si lad[it]e parroisse ne devroit pas nommer des commissaires pour se retirer devant nosseigneurs du parlement pour les supplier de faire suprimer et ôter les fourches patibulaires qui se trouvent sur deux chemins de lad[it]e paroisse, soit par raport à l'infection que produit les cadavres qu'on y expose, ce qui occasione des maladies épidémiques dans lad[it]e parroisse, principalement dans le tems chaud, soit parce que l'exposition desd[i]ts cadavres a occasioné dans différens tems des impressions sensibles sur des personnes enseintes ; en second lieu, parce que la position de ces fourches patibulaires est nuisible à la sûreté publique, attendu qu'il est arrivé dans différens tems que ce lieu qui devoit être la terreur des méchants a été au contraire l'azile des assassains et des voleurs ».

De nombreuses pièces d’archives mettent en évidence les problèmes posés pour les riveraisn par la présence des fourches. Le parlement de Toulouse, a reçu de nombreuses plaintes à ce propos. On peut lire en 1785 dans le Tableau de l’administration de la ville, qu’elles étaient « moins un épouvantail qui inspirait l’horreur et l’effroi aux méchants, qu’un foyer dangereux d’où s’exhalaient des miasmes funestes et des vapeurs méphitiques qui corrompaient l’air ( Tableau de l’administration de la ville de Toulouse, Toulouse, vve J.-H. Guillemette, 1784-1785, p. 33, cité dans Mémoires de l’Académie impériale des sciences inscriptions et belles-lettres de Toulouse, t. VI, 1868, p. 142).

 

Dix ans plus tard elles sont toujours là ...

Ce ne sera qu'en 1787 que les capitouls les feront démolir

 

Chronique des Annales manuscrites des capitouls, 1787 : « Depuis longtems les étrangers faisoient à la ville le reproche de laisser subsister à ses portes et sur la route la plus fréquentée des fourches patibulaires qui n’inspiroient ni crainte ni effroi aux méchans et qui formoient un foyer infect d’où s’exhaloient des miasmes funestes et des vapeurs méphitiques qui corrompoient l’air. Il avoit été présenté divers mémoires pour en solliciter la suppression, lorsqu’enfin les capitouls furent autorisés par des lettres patentes enregistrées au parlement à les faire démolir ».

 

Les Grandes Chroniques de France, peintes par Jean Fouquet à Tours vers 1455-1460, le gibet se dresse ainsi sur la butte à l’arrière-plan (fol. 236) 

 

Le gibet parisien de Montfaucon reste le plus célèbre et le plus documenté; il comptait seize piliers reposant sur un soubassement de pierre. Il fut démoli en 1790.

 

 

Sources

Fourches patibulaires et corps suppliciés dans les enluminures des XIVe-XVe siècles de Cécile Voyer

Archives municipales de Toulouse – Dans les bas-fonds. Janvier 2017 – n° 13

Christophe Regina, « Exhiber le crime vaincu : les fourches patibulaires et la justice criminelle sous l’Ancien Régime », Criminocorpus

https://toulousesecret.com/salade-quartier-toulouse/ Inès Azouz - Journaliste • octobre 16, 2024

 

 

 

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Manuels de vulgarisation thérapeutique

12 Mai 2018 , Rédigé par srose Publié dans #maladie, #médecine, #pharmacopée

 

Afin de lutter contre la maladie de façon efficace, sans superstition, sorcellerie ni coût dispendieux, apparaissent à partir du 16ème siècle des manuels de vulgarisation de médecine à destination des pauvres.

 

Entendons-nous bien :  le pauvre  à cette époque ne sait pas lire. En fait ce type d’ouvrage est d'abord destiné à ceux qui s’occupent du soin des pauvres ; Il n'y a pas au 16ème siècle de médecin de campagne, tout au plus des chirurgiens de campagne qui vivent et exercent essentiellement dans de gros bourgs. Ce sont donc des dames dévotes et charitables, des religieuses hospitalières, des curés … qui vont soigner de leur mieux les nécessiteux de leur paroisse.

Aussi les ouvrages en questions étaient d'une aide  inestimable pour ces personnes.

Madame Fouquet par exemple, mère du surintendant Nicolas Fouquet, préparait des remèdes qu'elle distribuait aux pauvres. C'est ainsi qu'elle rédigea une compilation de ces recettes : Les remèdes domestiques qui fut publié en 1675. Son fils Louis, évêque d'Agde, l'envoya à tous les curés du diocèse en les priant d’organiser des assemblées pour en faire prendre connaissance à leurs paroissiens.

Manuels de vulgarisation thérapeutique

« La santé du corps est assurément le plus grand de tous les biens créés puisque sans elle la possession des honneurs, des richesses et satisfactions les plus légitimes est toujours imparfaite et souvent ennuyeuse » nous explique Mme Fouquet.

Les remèdes et les simples permettent de conserver la santé, elle en est certaine mais « il y a quatre choses qui d’ordinaire font rebuter les remèdes dans les maladies tant interne qu’externe [….] la cherté, la difficulté de les préparer, l’aversion pour leur usage, et l’incertitude de leurs effets ».

Le docteur Delescure qui rédigea la préface de l'ouvrage de Mme Fouquet précise que cet ouvrage est destiné à simplifier la tâche de ceux qui ont besoin de préserver ou recouvrer leur santé en les protégeant des charlatans : « Pour moy qui suis ennemy juré de tous ceux qui font profession de débiter des secrets et qui en cachent l’intelligence ».

Et de vanter les remèdes de ce recueil de recettes : « Combien de personne de tout sexe et de tout âge qui pour être dans une pauvreté connue ou dans une honteuse indigence ne sont pas moins l’image de Dieu, que les plus riches, et à qui la vie n’est pas moins chère qu’aux plus opulents, l’ont heureusement conservée par le prudent usage de ces inestimables recettes. Combien de tête galeuse et chargées de teignes en ont été tout à fait nettoyées. Combien de visage enlaidis et rendus difformes par l’opiniâtreté des dartres ont recouvré leur premier éclat par l’application de ces rares onguents, combien de parties du corps à demy grillées par la violence d’un feu inopiné ont perdu dans peu d’heures par le moyen de ces incomparables baumes, l’impression douloureuse causée en elle par l’activité surprenante de cet impitoyable élément ? combien de bras et de jambes à demy pourris et gangrénés par la sanie des playes, le pus des tumeurs, et l’ordure maligne des ucères rongents à la guérison desquelles la plus fine chirurgie s’est trouvée courte ont été consolidez par l’énergie de ces merveilleux emplâtres… »  

Manuels de vulgarisation thérapeutique

Récolte de la sauge

Ces ouvrages de vulgarisation se développeront jusqu’au 19ème siècle : ils sont simples, pragmatiques, écrits en français  et non en latin et basés sur un savoir populaire, empirique et peu coûteux. Car l’idée (nous l'avons vu avec Mme Fouquet) est en effet de concocter rapidement  des remèdes avec les produits locaux dans la mesure du possible sans passer par des plantes exotiques et couteuses et sans passer par l’apothicaire qui bien souvent est en ville et donc loin et cher. Malgré tout, on retrouvera dans ces manuels quelques recettes imaginatives, complexes et demandant des ingrédients que l’on ne trouve pas partout …

 

Qui sont les auteurs de ces manuels ? Arnaud de Villeneuve par exemple est un médecin galiéniste connu pour ses oeuvres scientifiques et médicales, éditées jusqu'à la fin du seizième siècle, notamment le Trésor des pauvres dont la version imprimée date de 1504 et dont s’inspireront de nombreux manuels de vulgarisation  de médecine après lui.

Manuels de vulgarisation thérapeutique

 

Attention, ces manuels se basent comme toute la médecine de l’Ancien Régime, sur les théories des symboles, les humeurs,….

Manuels de vulgarisation thérapeutique

Dans le "Breviarium Practicae", Arnaud de Villeneuve explique par exemple que la douleur dentaire provient parfois du vice du cerveau à cause des humeurs froides qui descendent de la tête jusqu'au nerfs dentaires et produisent une douleur sourde avec une lourdeur de la tête, inflammation et pâleur du visage. Quand ces humeurs sont chaudes, la douleur est aigüe et pulsatile, avec une rougeur du visage.

Manuels de vulgarisation thérapeutique

 

Bref, voici quelques titres : Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé du chancelier Laurent Joubert en 1578, le Livre des secrets touchant la médecine d’Anne Marie d’Auvergne en 1768,  La médecine et la chirurgie des pauvres de Dom Nicolas Alexandre en 1714, La médecine, la chirurgie et la pharmacie des pauvres de Philippe Hecquet édité en 1740,  Les remèdes domestiques de Mme Fouquet en 1675, Le médecin des pauvres de Paul Dubé en 1669( Si un païen comme Gallien se souciait des pauvres, écrit-il, c'est un devoir bien plus grand pour nous Chrétiens de nous pencher sur le sort des malheureux) 

 

 

Exemple de recettes et remèdes tirés de ces ouvrages

- La fleur du  myrthe  est séchée et utilisée contre les piqûres d’insectes et les catarrhes.

 

- La menthe aide à lutter contre l’engourdissement et le sommeil, aiguise l’appétit aide les facultés intellectuelles, ; elle est utilisée comme expectorant contre les quintes de toux et l’asthme.

Elle est utilisée comme stomachique pour ses propriétés cordiales toniques antiseptiques de l’estomac :

 « faites cuire de la menthe pouliot dans du vin, buvez cette décoction et ayant trempé une éponge dans icelle étant chaude, appliquez la sur l’estomac »

 

- « Les coquilles de limaçons réduites en poudre sont fort diurétiques … les écrevisses de rivière lavées et dégorgées dans l’eau chaude puis concassées font un bouillon adoucissant diurétique … les grenouilles en font un excelle nt remède contre la phtisie »

 

 - « mettez dessus (sur bubon de peste) un crapaud désséché dans un pot luté mis au four. Il attirera le venin et devie ndra enflé , entterez le et appliquez un autre et continuez ainsi de suite »

 

- « pour la colique prenez de la fiente de cheval récente , jetez dessus un verre de vin blanc ; ensuite vous le passerez par un lingé fin, vous y ajouterez une drachme et demie d’anis vert pulvérisé et un peu de sucre. Il faudra réitérer cette dose seux ou trois fois »

 

- Contre la peste il est conseillé aux individus sains  de boire le matin à jeun leur propre urine de telle manière que ce concentré de leur organisme qui n’a pas conçu la maladie dont l’entourage est atteint, constitue un antidote

 

- La pierre d’aigle pendue au cou ou à la cuisse de la femme enciente permet d’obtenir un bon accouchement

 

- La pierre de jade calme les coliques

 

- Le jaspe rouge arrête les hémorragies

 

- Pour les hémorroïdes il faut boire un vin « lequel est fait de cinamone (cannelle), réglisse gingembre, girofle, calament, myrthe, mastic et balsamite. »

 

- Contre le flux de ventre , « prendre 2 drachmes de rasure de cornes de cerf, 3 livres d’eau commune, 3 onces de sucre fin, 2 onces de eau de rose, 1 once de suc de grenades aigres, 1 drachme de santal pulvérisé ; faites infuser sur les cendres chaudes dans les 3 livres d’eau commune la corne de cerf pendant 6 heures ; ensuite faites bouillir cela à feu lent jusqu’à ce que les deux tiers soient presque consumées ; coulez le at ajoutez y le reste des drogues ; faites encore bouillir le tout à feu lent pendant un quart d’ehure ; après laissez le refroidi et mettez cette liqueur dans des conserves de verre où il se réduira en gelée et donnez au malade de temps en temps deux cuillères de cette gelée »

 

- « le meilleur cordial qui coûte le moins pour les pauvres est le vin puisqu’il n’y a rien qui sépare sitôt la chaleur et les esprits que cette liqueur . Pour rendre le vin plus effectif vous y pourrez faire infiser la racine d’angélique, l’écorce d’orange et de ctron et les feuiles de mélisse avac un epu de cannelle pour en user par cuillerées »

 

- L’huile d’olive est connue pour ses propriétés laxatives, cholagogues, elle apparait dans les manuels comme remèdes des insuffisances hépatiques et de l’élimination des calculs ; les feuilles de l'olivier sont conseillées en fébrifuges toniques et hypotentives

 

La thériaque

Le remède par excellence qui peut tout soigner dont le principe fut défini dans l’antiquité et qui a traversé les siècles avec quelques variantes. Il semblerait que la première thériaque (antidote à tout poison et confectionné par le médecin du roi Mithridate au 1er siècle avant JC) contenait 64 composants dont l’ail, la colchique, le dictame, l’iris, l’encens, la poudre de vipère.

 

Manuels de vulgarisation thérapeutique

Sa composition est compliquée et on distingue la thériaque des riches et celle des pauvres ou thériaque diétessaron avec seulement 4 ingrédients : racines de gentiane ; racines d'aristoloche ; baies de laurier ; myrrhe et un peu de miel.

Cette thériaque « profite aux affections froides ; tant du cerveau comme l'épilepsie, paralysie, convulsion canine ; que du ventricule, comme à l'inflation et douleur qui en procède, à la costion tardive ; et aussi du foye, comme à l'hydropisie, cachexie, obstruction ; à la piqueure du scorpion et venin avalé. »

 

« Cette thériaque n'est pas à mépriser ; elle est fort propre dans les maladies contagieuses, dans les poisons et les morsures des bêtes venimeuses, contre l'apoplexie, les convulsions, toutes les maladies froides du cerveau, même contre les vers ; elle fortifie l'estomac et ouvre les obstructions de tous les viscères. On en peut user de même et en pareille dose que des autres thériaques".

  

Mme Fouquet nomme aussi thériaque des paysans l’extrait de genièvre : « contre tous les maux d’estomac comme aussi contre la peste et pour s’en préserver en temps de contagion l’extrait de genièvre est excellent pour cela ; en voici la préparation. Prenez la quantité que vous voudrez de graines ou baies de genièvre, pilez les bien dans un mortier de marbre, mettez les ensuite dans une poêle et versez y ensuite de l’eau bouillante de sorte qu’elle surnage sur cette matière. Faites bouillir cela pendant une demi heure entière , coulez le à travers de la toile neuve et en tirez l‘expression avec une presse ».

 

Mais la plus sophistiqué reste la thériaque de Venise ou thériaque de Paris ; en 1626 la recette contient 88 ingrédients dont l’aristoloche, l’encens, la cinamone ou cannelle et la poudre de vipère pour les contrepoisons, la centaurée, la gentiane, le marrube, pour les fébrifuges, l’anis, la rose, la sauge, la valériane, l’opium pour les antagiques, la balsamite en tant qu’antispasmodique, la cardanome pour ses effets diurétiques, la thérébentine en tant que tonique …

 

Ces ouvrages expliquent également les conditions de stockage, d'utilisation de ces remèdes, la provenance des différents ingrédients pour assurer la qualité des remèdes préconisés.

 

Certains de ces manuels insistent sur la situation des pauvres gens pour expliquer et tenter de prévenir les affections dont ils sont atteints le plus souvent ; ainsi Philippe Hecquet précise que les porteurs d’eau souffrent de rhumes, de bronchites et ont le dos « déplacé » ; les femmes qui exercent ce métier font plus souvent des fausses couches. Il ajoute que certains artisans requierent des soins particuliers : les serruries, armuriers, cloutiers, maréchaux, verriers, plâtriers, boulangers, porteur de chaise, brasseur, bâtelier, chandeliers, chaudronniers, postillons, …

 

Un autre médecin précise les causes des maladies des pauvres : la fatigue excessive, le manque de sommeil, les suées, le travail sous la pluie, la négligence alimentaire, le manque d’air à l’intérieur des maisons, l’insalubrité surtout à la campagne.

 

 Ces remèdes sont « découverts » en utilisant plusieurs théories héritées de l’Antiquité :

La théorie des contraires : il faut faire échec à la maladie en prenant des ingrédients plus forts qu’elle : des odeurs fortes comme l’oignon ou le tabac pour la léthargie ou l’évanouissement, des essences calmantes comme la marjolaine contre l’excitation des nerfs

 

La théorie des semblables ou des signatures : le mal soigné par son semblable disparaît (on se base ici sur l’analogie entre la forme, la couleur ou la consistance du remède et le mal du patient) : la bave d’escargot contre les mucosités, les enveloppements chauds contre la fièvre, le vinaigre contre les brûlures, des pétales de roses rouges pour les maladies du cœur ou les saignements, la gentiane jaune pour le foie, l’œuf contre la stérilité, le millepertuis cueilli en plein midi d’été contre les brûlures, …

 Manuels de vulgarisation thérapeutique

Certais remèdes semblent s’apparenter à un reste de magie ... magie que l’on va christianiser pour ne pas être « hors la loi" : ainsi l’ouvrage Le médecin des pauvres ou recueil de prières et d’oraisons précieuses datant de 1695) nous livre quelques prières assez ambigües :

 

Pour les brûlures : « par trois fois différentes vous soufflerez dessus en forme de croix et vous direz à st laurent : sur un brasier ardent, vous retourniez et n’étez pas souffrant. Faites comme moi la grâce que cette ardeur se passe ; feu de Dieu perd ta chaleur comme Judas perdit sa couleur quand pour sa passion juive il trahit Jésus au jardn des Olives et après avoir nommé la personnne vous ajouterez Dieu t’a guéri par sa puissance »

 

Une autre prière pour arrêter le sang de n’importe quelle blessure : « Dieu est né la nuit de Noel à minuit. Dieu est mort , dieu est ressuscité ; Dieu a commandé que le sanfg s’arrête , que ma plaie se ferme, que la douleur se passe et que ça n’entre ni en matière ni en senteur ni en chair pourrie comme ont fait les 5 plaies de notre seigneur Jésus Christ ».

 

A lire également

se soigner autrefois 1

se soigner autrefois 2

 

 

 Sources

La thériaque diatessaron ou thériaque des pauvres de Jean Flahaut

Les livrets de santé pour les pauvres aux XVIIe et XVIIIe siècles de Mireille Laget

http://scalpeletmatula.fr/epoques/moyen-age/

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57337v.image : le livre des remèdes de Mme Fouquet

Rabelais et Laurent Joubert de J. Boucher

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54036z.image Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé de Laurent Joubert

Ouvrage de Dame et succès de librairie : les remèdes de Madame Fouquet de Olivier Lafont

 

 

 

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 11 - criminels, déserteurs, voleurs

15 Août 2017 , Rédigé par srose

Criminels voleurs et déserteurs

Voici ici rapporté « la funeste destinée de deux paroissiens dont l’un fut pendu et l’autre fustigé et fleurdelysé à Ath le 14 août 1698 ; mais comme leurs crimes furent personnels voici la raison pour quoi ils furent sentenciés.

Le premier s’appelait Jan Liette jeune homme de 21 ans et le second Pierre Gourdin  homme marié de 23 ans. Ils étaient compagnons dans le dernier larcin qu’ils firent d’un cheval ; ils furent tout deux appréhendés dans le flagrant délit. Le premier avoua son crime et tous les autres qu’il avait commis en sa vie. Il fut condamné d’être pendu. Le second a toujours nié et, comme il y avait de fortes conjectures, il fut condamné d’être fustigé et fleurdelysé. De ce dernier nous n’en dirons rien : il vit encore ; mais de Jan Liette celui qui écrit l’ayant connu dès sa jeunesse, il lui sera facile d’en faire un petit portrait.

Il était fils d’un certain Simon Liette qui était honnête homme dont on se louait dans le village mais qui avait des enfants malheureux et qui ont eu du malheur.  Un nommé Michel rame sur les galères après avoir mérité d’être pendu dix fois (il fut condamné aux galères pour désertion) ;

Un nommé Pierre qui a tué Antoine Dutrieu : on attend qu’il soit pendu réellement ou tout au moins en effigie. ; une fille ‘Deus scit’ (Dieu sait quelle fille) ; un Jean (celui dont il s’agit), encore un autre ‘nomine Johanne Baptista  qui dato nomine tam apud Gallos, quam Hispanos militiis, ad minimum quinies deseruit castra’ (du nom de Jean Baptiste, qui, après s’être engagé dans l’armée tant chez les français que chez les espagnols déserta au moins cinq fois).

Ne parlons que de celui dont il s’agit. Il n’a jamais rien valu dès sa jeunesse même ; il avait un esprit dur presque tout hébété et très mal fait ; et quoique il paraissait stupide il ne l’était que pour faire du bien qu’il n’a jamais fait. On ne sait s’il a fait la première communion ailleurs mais dans sa paroisse on sait qu’il ne l’a jamais faite. D’abord qu’il eut atteint l’âge d’environ 15 ou 16 ans il n’a plus voulu fréquenter les catéchismes mais s’est adonné au larcin […]; on attribue une partie de son malheur d’avoir vu une femme qui ne lui a point inspiré autant d’horreur de l’impureté qu’elle devait et à qui il portait tous ses vols , par exemple d’une vache à ses père et mère, de moutons, de mouches à miel, d’habits, d’argent, de harnais. En voilà assez à son chapitre ».

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 11 - criminels, déserteurs, voleurs

15 Août 2017 , Rédigé par srose

Criminels voleurs et déserteurs

Voici ici rapporté « la funeste destinée de deux paroissiens dont l’un fut pendu et l’autre fustigé et fleurdelysé à Ath le 14 août 1698 ; mais comme leurs crimes furent personnels voici la raison pour quoi ils furent sentenciés.

Le premier s’appelait Jan Liette jeune homme de 21 ans et le second Pierre Gourdin  homme marié de 23 ans. Ils étaient compagnons dans le dernier larcin qu’ils firent d’un cheval ; ils furent tout deux appréhendés dans le flagrant délit. Le premier avoua son crime et tous les autres qu’il avait commis en sa vie. Il fut condamné d’être pendu. Le second a toujours nié et, comme il y avait de fortes conjectures, il fut condamné d’être fustigé et fleurdelysé. De ce dernier nous n’en dirons rien : il vit encore ; mais de Jan Liette celui qui écrit l’ayant connu dès sa jeunesse, il lui sera facile d’en faire un petit portrait.

Il était fils d’un certain Simon Liette qui était honnête homme dont on se louait dans le village mais qui avait des enfants malheureux et qui ont eu du malheur.  Un nommé Michel rame sur les galères après avoir mérité d’être pendu dix fois (il fut condamné aux galères pour désertion) ;

Un nommé Pierre qui a tué Antoine Dutrieu : on attend qu’il soit pendu réellement ou tout au moins en effigie. ; une fille ‘Deus scit’ (Dieu sait quelle fille) ; un Jean (celui dont il s’agit), encore un autre ‘nomine Johanne Baptista  qui dato nomine tam apud Gallos, quam Hispanos militiis, ad minimum quinies deseruit castra’ (du nom de Jean Baptiste, qui, après s’être engagé dans l’armée tant chez les français que chez les espagnols déserta au moins cinq fois).

Ne parlons que de celui dont il s’agit. Il n’a jamais rien valu dès sa jeunesse même ; il avait un esprit dur presque tout hébété et très mal fait ; et quoique il paraissait stupide il ne l’était que pour faire du bien qu’il n’a jamais fait. On ne sait s’il a fait la première communion ailleurs mais dans sa paroisse on sait qu’il ne l’a jamais faite. D’abord qu’il eut atteint l’âge d’environ 15 ou 16 ans il n’a plus voulu fréquenter les catéchismes mais s’est adonné au larcin […]; on attribue une partie de son malheur d’avoir vu une femme qui ne lui a point inspiré autant d’horreur de l’impureté qu’elle devait et à qui il portait tous ses vols , par exemple d’une vache à ses père et mère, de moutons, de mouches à miel, d’habits, d’argent, de harnais. En voilà assez à son chapitre ».

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 11 - criminels, déserteurs, voleurs

15 Août 2017 , Rédigé par srose

Criminels voleurs et déserteurs

Voici ici rapporté « la funeste destinée de deux paroissiens dont l’un fut pendu et l’autre fustigé et fleurdelysé à Ath le 14 août 1698 ; mais comme leurs crimes furent personnels voici la raison pour quoi ils furent sentenciés.

Le premier s’appelait Jan Liette jeune homme de 21 ans et le second Pierre Gourdin  homme marié de 23 ans. Ils étaient compagnons dans le dernier larcin qu’ils firent d’un cheval ; ils furent tout deux appréhendés dans le flagrant délit. Le premier avoua son crime et tous les autres qu’il avait commis en sa vie. Il fut condamné d’être pendu. Le second a toujours nié et, comme il y avait de fortes conjectures, il fut condamné d’être fustigé et fleurdelysé. De ce dernier nous n’en dirons rien : il vit encore ; mais de Jan Liette celui qui écrit l’ayant connu dès sa jeunesse, il lui sera facile d’en faire un petit portrait.

Il était fils d’un certain Simon Liette qui était honnête homme dont on se louait dans le village mais qui avait des enfants malheureux et qui ont eu du malheur.  Un nommé Michel rame sur les galères après avoir mérité d’être pendu dix fois (il fut condamné aux galères pour désertion) ;

Un nommé Pierre qui a tué Antoine Dutrieu : on attend qu’il soit pendu réellement ou tout au moins en effigie. ; une fille ‘Deus scit’ (Dieu sait quelle fille) ; un Jean (celui dont il s’agit), encore un autre ‘nomine Johanne Baptista  qui dato nomine tam apud Gallos, quam Hispanos militiis, ad minimum quinies deseruit castra’ (du nom de Jean Baptiste, qui, après s’être engagé dans l’armée tant chez les français que chez les espagnols déserta au moins cinq fois).

Ne parlons que de celui dont il s’agit. Il n’a jamais rien valu dès sa jeunesse même ; il avait un esprit dur presque tout hébété et très mal fait ; et quoique il paraissait stupide il ne l’était que pour faire du bien qu’il n’a jamais fait. On ne sait s’il a fait la première communion ailleurs mais dans sa paroisse on sait qu’il ne l’a jamais faite. D’abord qu’il eut atteint l’âge d’environ 15 ou 16 ans il n’a plus voulu fréquenter les catéchismes mais s’est adonné au larcin […]; on attribue une partie de son malheur d’avoir vu une femme qui ne lui a point inspiré autant d’horreur de l’impureté qu’elle devait et à qui il portait tous ses vols , par exemple d’une vache à ses père et mère, de moutons, de mouches à miel, d’habits, d’argent, de harnais. En voilà assez à son chapitre ».

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

8 Août 2017 , Rédigé par srose

Montée de la violence au village

« il est arrivé dans notre paroisse cette année 1696 ce qui n’est point arrivé de connaissance d’homme : trois de nos pauvres paroissiens furent tués malheureusement en moins de six semaines tous de coup de fusil et tous pour rien s’il le faut dire ainsi.

Le premier nommé Antoine Dutrieu, jeune homme, avait une sœur qui était enceinte et qui voulait se marier avec un nommé Pierre Liette qui l’avait engrossée. Ledit Antoine Dutrieu et deux de ses frères ne voulant pas que leur sœur se fusse mariée avec ledit Pierre Liette étaient chaque jour en querelle jusqu’au 25 mai 1696 , que s’étant rencontrés à 10h le soir et s’étant querellés Pierre Liette lâcha un coup de fusil ou pistolet et perça le corps d’outre en outre d’Antoine Dutrieu ; il mourut la même nuit. On ne peut oublier ici une circonstance pour faire voir la rage que les filles ont quand elles aiment quelque garçon. La soeur enceinte voyant son frère dans un si pitoyable état n’en fut point touchée ; elle dit même des duretés en présence du curé à son frère moribond ; elle sort de la maison, dérobe 25 livres de gros (la livre de gros valait 12 livres de Flandres ou 6 florins ) et s’en va cette même nuit avec son galant qui était l’homicide de son propre frère. Il faut aussi remarquer qu’elle était en apparence la plus modeste fille de la paroisse. … cela fait voir le naturel de ce plumage et combien on s’en doit méfier. Quo sanctiores sunt eo magis cavendae – plus elles sont saintes plus il faut se méfier).

 

Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

Le lendemain 26, à 10h du matin, le nommé Hugues Bouchar étant allé au bois il fut trouvé en défaut par un nommé Thomas Delfosse sergent des bois de Flines à Planar (lieu dit du village de Mouchin voisin de Rumegies). Apparemment ils se sont pris de querelle on ne sait comment, sinon que le sergent lâcha un coup de fusil et tua raide mort ledit Bouchar.

 

Le 27 donc on enterra à Rumegies deux personnes tuées en deux occasions de la même paroisse. Il semble que ces deux homicides auraient dû donner de l’horreur pour que personne ne souillerait davantage ses mains dans le sang humain ; mais cela n’a point empêché que Pierre Tavernier fils de François ne tuat Pierre Demory fils d’Arnauld mayeur de ce village. Ces deux jeu0nes hommes étaient de grands amis, n’allaient jamais se distraire depuis huit ans l’un sans l’autre. Ils s’auraient fait tuer mille fois pour défendre l’un l’autre ; quand l’un avait de l’argent il suffisait ; mais leur fin fut funeste. Le 9 juillet de cette année0 1696 ils furent ensemble promener à S0améon où selon toute apparence ils burent avec excès et où ils trouvèrent une femme qu’ils avaient autrefois tous deux caressés. Cette femme s’étant oubliée de son devoir a témoigné beaucoup plus d’amitié à Pierre Demory qu’à Pierre Tavernier. Ce dernier en conçut de la jalousie dans son cœur . Le soir étant arrivé Pierre Demory sort du cabaret ; il rencontre une personne à qui il n’a pu refuser un verre de brandevin (eau de vie de vin) qu’il voulait boire avec lui. Rentrant il dit à Pierre Tavernier de boire du brandevin mais celui-ci répond brusquement qu’il n’en voulait point. L’autre le prie par plusieurs fois ; il insiste toujours de ne point vouloir boire. Demory se lassant de le prier l’a appelé « chien je te fais plus d’honneur que tu ne mérites ». Tavernier prend le pot, pense lui jeter à la tête , il le manque ; ensuite prend un fusil ne le manque point, il lui perce le bras ventre à brûle pourpoint et il en mourut le lendemain à deux heures du matin.

 

Voilà la funeste destinée de ces trois pauvres malheureux qui furent tués dont le premier et le dernier reçurent les sacrements et le deuxième point. Et pour la funeste destinée des homicides : le premier s’étant mis au service du roi il a eu sa lettre de rémission ; le deuxième étant sergent il fut reçu en disant qu’on l’avait voulu tuer en faisant son devoir et reçu ainsi abolition de son crime. Mais pour le troisième il eut une plus forte partie à contenter : il avait tué le fils du mayeur du village ; aussi lui en a-t-il coûté plus cher car on eut toute la peine du monde pour faire paix à partie. Encore n’en est on point sorti la première année quoique on fasse tous les devoirs de justice et qu’on attende au premier jour qu’il fusse pendu en effigie comme il l’aurait été réellement s’il ne se fusse sauvé assez tôt. »

 

Le curé se plaint ainsi de cette montée de violence en précisant  : « on ne saurait regarder sans un grand déplaisir toute la jeunesse de cette paroisse marcher toujours armée ou de fusil ou de marteau d’armes ou de pistolet de poche. Il n’y a si petit morveux qui ne porte son fusil sur l’espaul, même juqu’à l’église et cela sous prétexte que c’est la guerre ; ils deviennent querelleur et se font craindre et ils deviennent superbes. De là vient encore cet abus intolérable que lorsqu’ils occupent une terre d’un maitre personne ne serait assez hardi de les reprendre encore bien qu’ils ne paieraient ni maitres ny tailles. N’avons-nous point vu les meules de colza bruler en 1688 ? n’avons-nous point vu plusieurs personnes tomber dans des embûches le soir et n’en sortir qu’à demi mortes ?ne voyons nous point des terres achetées par des paysans d’icy et n’oser les labourer, payer eux mêmes les tailles et les terres demeurées en friche ? ».

 

Voir notes sur la violence sous l'Ancien Régime ici

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

8 Août 2017 , Rédigé par srose

Montée de la violence au village

« il est arrivé dans notre paroisse cette année 1696 ce qui n’est point arrivé de connaissance d’homme : trois de nos pauvres paroissiens furent tués malheureusement en moins de six semaines tous de coup de fusil et tous pour rien s’il le faut dire ainsi.

Le premier nommé Antoine Dutrieu, jeune homme, avait une sœur qui était enceinte et qui voulait se marier avec un nommé Pierre Liette qui l’avait engrossée. Ledit Antoine Dutrieu et deux de ses frères ne voulant pas que leur sœur se fusse mariée avec ledit Pierre Liette étaient chaque jour en querelle jusqu’au 25 mai 1696 , que s’étant rencontrés à 10h le soir et s’étant querellés Pierre Liette lâcha un coup de fusil ou pistolet et perça le corps d’outre en outre d’Antoine Dutrieu ; il mourut la même nuit. On ne peut oublier ici une circonstance pour faire voir la rage que les filles ont quand elles aiment quelque garçon. La soeur enceinte voyant son frère dans un si pitoyable état n’en fut point touchée ; elle dit même des duretés en présence du curé à son frère moribond ; elle sort de la maison, dérobe 25 livres de gros (la livre de gros valait 12 livres de Flandres ou 6 florins ) et s’en va cette même nuit avec son galant qui était l’homicide de son propre frère. Il faut aussi remarquer qu’elle était en apparence la plus modeste fille de la paroisse. … cela fait voir le naturel de ce plumage et combien on s’en doit méfier. Quo sanctiores sunt eo magis cavendae – plus elles sont saintes plus il faut se méfier).

 

Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

Le lendemain 26, à 10h du matin, le nommé Hugues Bouchar étant allé au bois il fut trouvé en défaut par un nommé Thomas Delfosse sergent des bois de Flines à Planar (lieu dit du village de Mouchin voisin de Rumegies). Apparemment ils se sont pris de querelle on ne sait comment, sinon que le sergent lâcha un coup de fusil et tua raide mort ledit Bouchar.

 

Le 27 donc on enterra à Rumegies deux personnes tuées en deux occasions de la même paroisse. Il semble que ces deux homicides auraient dû donner de l’horreur pour que personne ne souillerait davantage ses mains dans le sang humain ; mais cela n’a point empêché que Pierre Tavernier fils de François ne tuat Pierre Demory fils d’Arnauld mayeur de ce village. Ces deux jeu0nes hommes étaient de grands amis, n’allaient jamais se distraire depuis huit ans l’un sans l’autre. Ils s’auraient fait tuer mille fois pour défendre l’un l’autre ; quand l’un avait de l’argent il suffisait ; mais leur fin fut funeste. Le 9 juillet de cette année0 1696 ils furent ensemble promener à S0améon où selon toute apparence ils burent avec excès et où ils trouvèrent une femme qu’ils avaient autrefois tous deux caressés. Cette femme s’étant oubliée de son devoir a témoigné beaucoup plus d’amitié à Pierre Demory qu’à Pierre Tavernier. Ce dernier en conçut de la jalousie dans son cœur . Le soir étant arrivé Pierre Demory sort du cabaret ; il rencontre une personne à qui il n’a pu refuser un verre de brandevin (eau de vie de vin) qu’il voulait boire avec lui. Rentrant il dit à Pierre Tavernier de boire du brandevin mais celui-ci répond brusquement qu’il n’en voulait point. L’autre le prie par plusieurs fois ; il insiste toujours de ne point vouloir boire. Demory se lassant de le prier l’a appelé « chien je te fais plus d’honneur que tu ne mérites ». Tavernier prend le pot, pense lui jeter à la tête , il le manque ; ensuite prend un fusil ne le manque point, il lui perce le bras ventre à brûle pourpoint et il en mourut le lendemain à deux heures du matin.

 

Voilà la funeste destinée de ces trois pauvres malheureux qui furent tués dont le premier et le dernier reçurent les sacrements et le deuxième point. Et pour la funeste destinée des homicides : le premier s’étant mis au service du roi il a eu sa lettre de rémission ; le deuxième étant sergent il fut reçu en disant qu’on l’avait voulu tuer en faisant son devoir et reçu ainsi abolition de son crime. Mais pour le troisième il eut une plus forte partie à contenter : il avait tué le fils du mayeur du village ; aussi lui en a-t-il coûté plus cher car on eut toute la peine du monde pour faire paix à partie. Encore n’en est on point sorti la première année quoique on fasse tous les devoirs de justice et qu’on attende au premier jour qu’il fusse pendu en effigie comme il l’aurait été réellement s’il ne se fusse sauvé assez tôt. »

 

Le curé se plaint ainsi de cette montée de violence en précisant  : « on ne saurait regarder sans un grand déplaisir toute la jeunesse de cette paroisse marcher toujours armée ou de fusil ou de marteau d’armes ou de pistolet de poche. Il n’y a si petit morveux qui ne porte son fusil sur l’espaul, même juqu’à l’église et cela sous prétexte que c’est la guerre ; ils deviennent querelleur et se font craindre et ils deviennent superbes. De là vient encore cet abus intolérable que lorsqu’ils occupent une terre d’un maitre personne ne serait assez hardi de les reprendre encore bien qu’ils ne paieraient ni maitres ny tailles. N’avons-nous point vu les meules de colza bruler en 1688 ? n’avons-nous point vu plusieurs personnes tomber dans des embûches le soir et n’en sortir qu’à demi mortes ?ne voyons nous point des terres achetées par des paysans d’icy et n’oser les labourer, payer eux mêmes les tailles et les terres demeurées en friche ? ».

 

Voir notes sur la violence sous l'Ancien Régime ici

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

8 Août 2017 , Rédigé par srose

Montée de la violence au village

« il est arrivé dans notre paroisse cette année 1696 ce qui n’est point arrivé de connaissance d’homme : trois de nos pauvres paroissiens furent tués malheureusement en moins de six semaines tous de coup de fusil et tous pour rien s’il le faut dire ainsi.

Le premier nommé Antoine Dutrieu, jeune homme, avait une sœur qui était enceinte et qui voulait se marier avec un nommé Pierre Liette qui l’avait engrossée. Ledit Antoine Dutrieu et deux de ses frères ne voulant pas que leur sœur se fusse mariée avec ledit Pierre Liette étaient chaque jour en querelle jusqu’au 25 mai 1696 , que s’étant rencontrés à 10h le soir et s’étant querellés Pierre Liette lâcha un coup de fusil ou pistolet et perça le corps d’outre en outre d’Antoine Dutrieu ; il mourut la même nuit. On ne peut oublier ici une circonstance pour faire voir la rage que les filles ont quand elles aiment quelque garçon. La soeur enceinte voyant son frère dans un si pitoyable état n’en fut point touchée ; elle dit même des duretés en présence du curé à son frère moribond ; elle sort de la maison, dérobe 25 livres de gros (la livre de gros valait 12 livres de Flandres ou 6 florins ) et s’en va cette même nuit avec son galant qui était l’homicide de son propre frère. Il faut aussi remarquer qu’elle était en apparence la plus modeste fille de la paroisse. … cela fait voir le naturel de ce plumage et combien on s’en doit méfier. Quo sanctiores sunt eo magis cavendae – plus elles sont saintes plus il faut se méfier).

 

Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

Le lendemain 26, à 10h du matin, le nommé Hugues Bouchar étant allé au bois il fut trouvé en défaut par un nommé Thomas Delfosse sergent des bois de Flines à Planar (lieu dit du village de Mouchin voisin de Rumegies). Apparemment ils se sont pris de querelle on ne sait comment, sinon que le sergent lâcha un coup de fusil et tua raide mort ledit Bouchar.

 

Le 27 donc on enterra à Rumegies deux personnes tuées en deux occasions de la même paroisse. Il semble que ces deux homicides auraient dû donner de l’horreur pour que personne ne souillerait davantage ses mains dans le sang humain ; mais cela n’a point empêché que Pierre Tavernier fils de François ne tuat Pierre Demory fils d’Arnauld mayeur de ce village. Ces deux jeu0nes hommes étaient de grands amis, n’allaient jamais se distraire depuis huit ans l’un sans l’autre. Ils s’auraient fait tuer mille fois pour défendre l’un l’autre ; quand l’un avait de l’argent il suffisait ; mais leur fin fut funeste. Le 9 juillet de cette année0 1696 ils furent ensemble promener à S0améon où selon toute apparence ils burent avec excès et où ils trouvèrent une femme qu’ils avaient autrefois tous deux caressés. Cette femme s’étant oubliée de son devoir a témoigné beaucoup plus d’amitié à Pierre Demory qu’à Pierre Tavernier. Ce dernier en conçut de la jalousie dans son cœur . Le soir étant arrivé Pierre Demory sort du cabaret ; il rencontre une personne à qui il n’a pu refuser un verre de brandevin (eau de vie de vin) qu’il voulait boire avec lui. Rentrant il dit à Pierre Tavernier de boire du brandevin mais celui-ci répond brusquement qu’il n’en voulait point. L’autre le prie par plusieurs fois ; il insiste toujours de ne point vouloir boire. Demory se lassant de le prier l’a appelé « chien je te fais plus d’honneur que tu ne mérites ». Tavernier prend le pot, pense lui jeter à la tête , il le manque ; ensuite prend un fusil ne le manque point, il lui perce le bras ventre à brûle pourpoint et il en mourut le lendemain à deux heures du matin.

 

Voilà la funeste destinée de ces trois pauvres malheureux qui furent tués dont le premier et le dernier reçurent les sacrements et le deuxième point. Et pour la funeste destinée des homicides : le premier s’étant mis au service du roi il a eu sa lettre de rémission ; le deuxième étant sergent il fut reçu en disant qu’on l’avait voulu tuer en faisant son devoir et reçu ainsi abolition de son crime. Mais pour le troisième il eut une plus forte partie à contenter : il avait tué le fils du mayeur du village ; aussi lui en a-t-il coûté plus cher car on eut toute la peine du monde pour faire paix à partie. Encore n’en est on point sorti la première année quoique on fasse tous les devoirs de justice et qu’on attende au premier jour qu’il fusse pendu en effigie comme il l’aurait été réellement s’il ne se fusse sauvé assez tôt. »

 

Le curé se plaint ainsi de cette montée de violence en précisant  : « on ne saurait regarder sans un grand déplaisir toute la jeunesse de cette paroisse marcher toujours armée ou de fusil ou de marteau d’armes ou de pistolet de poche. Il n’y a si petit morveux qui ne porte son fusil sur l’espaul, même juqu’à l’église et cela sous prétexte que c’est la guerre ; ils deviennent querelleur et se font craindre et ils deviennent superbes. De là vient encore cet abus intolérable que lorsqu’ils occupent une terre d’un maitre personne ne serait assez hardi de les reprendre encore bien qu’ils ne paieraient ni maitres ny tailles. N’avons-nous point vu les meules de colza bruler en 1688 ? n’avons-nous point vu plusieurs personnes tomber dans des embûches le soir et n’en sortir qu’à demi mortes ?ne voyons nous point des terres achetées par des paysans d’icy et n’oser les labourer, payer eux mêmes les tailles et les terres demeurées en friche ? ».

 

Voir notes sur la violence sous l'Ancien Régime ici

 

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Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 7 - On était vraiment las d'être au monde

5 Août 2017 , Rédigé par srose

"On était vraiment las d'être au monde"

Au fléau décrit précédemment (les 30 000 florins qu’a dû payer Rumegies aux armes ennemies est venu s’ajouter une moisson déplorable : toutes les terres n'ont pu être ensemencées à l'automne de 1692 notamment en raison de la guerre. Les pluies de printemps reprennent et l'herbe étouffe les blés. Des processions se font un peu partout en France pour obtenir du beau temps mais fin juillet, les blés sont toujours verts et en retard d'un mois.

Puis la chaleur éclate vers le 15 août et les blés prennent un « coup de chaud », le blé est perdu .La farine que l’on va en tirer  n’est en fait qu’une poussière noirâtre et nauséabonde.

Le prix du grain augmente considérablement et la misère arrive avec son taux de mortalité qui s’élève d'une façon alarmante : en 1693 on compte 43 décès et l'année suivante encore 26.

La grande famine de 1693/1694 s'installe. Voir aussi ici.

Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 7 - On était vraiment las d'être au monde

Le paupérisme se développe, atteignant les deux tiers de la population. Voici le tableau désolant brossé par le curé : 

« Quoy que les contributions eussent ruiné le païs, néanmoins on en avait encore sortie, quoy qu’avec bien de la peine ; mais le dernier des malheurs c’est que la moisson ensuivante fut entièrement manquée, et qui fut cause que le grain fut d’un grandissime prix. Et, comme le pauvre peuple était épuisé tant par les fréquentes demandes de Sa Majesté que par ces contributions exhorbitantes, ils devinrent dans une telle pauvreté qu’on la peut appeler famine. Heureux ceux qui pouvaient avoir un havot de seigle pour mesler avec de l’avoine, des poix, des fèves pour en faire du pain et en manger la moitié de leur soul. Je parle des deux tiers du village, s’il n’y en a pas davantage.

[…] On n’entendait parler pendant ce temps que de voleurs, que de meurtres, que de personnes mortes de faim (récit du paroissien mort d’inanition le 21 avril 1694). Il n’y a que celui-là qui est mort sitôt, faute de pain ; mais plusieurs autres et icy et aux autres villages en sont aussi morts un peu à la fois ; car on a vu cette année partout une grande mortalité (43 décès à Rumegies en 1693 et 26 l’année suivante). Dans notre paroisse seule, il est mort cette année plus de personnes qu’il n’en meurt en plusieurs années ; encore plus de personnes riches que de pauvres. On l’attribue et à la famine et à la peur qu’on a eu des ennemis lorsqu’ils ont forcés les lignes.

On était vraiment las d’être au monde.

Les gens de bien avait le cœur percé de voir la misère du pauvre peuple, un pauvre peuple sans argent et le havot de bled au prix de neuf à dix livres sur la fin de l’année, les pois, les fèves et l’avoine à proportion ; et encore que la récolte de mars (les grains semés au printemps : orge, avoine, escourgeon, riz, millet, panic, épeautre, sarrasin) fusse très abondante, l’avoine valait encore une pistole la rasière de Tournay.

Cette année fut le tombeau de presque tous les ménagers qui n’avaient point de grain à vendre. Mais ce fut l’enrichissement des grands censiers qui pour la plupart avaient encore de vieux grains et qui ont fait des sommes immenses de leurs grains, qui rapportaient des charges d’argent quand ils allaient en ville avec une charretée de grain. »

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