• L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

     

    Cet article fait suite au précédent relatif aux courées, cours et courettes de Lille. Les ouvriers et leur famille parmi les plus indigents de la ville ne trouvaient pas toujours à se loger dans des logements 'classiques" dirons nous. Certains n'avaient que des caves pour se loger ...

     

    L’habitation n’est bien sûr pas la vocation première des caves mais c’est devenu un palliatif durable et non exceptionnel à un manque de place récurrent ; ainsi en 1618, « Philippe le Bas, chargé de ferme et enffans, quil demeure a present au chelier au dessoubz de la maison Philippe Cherbault boullenghier » (A.M.L.,725,registre aux visitations de maisons 16118-1623, f°8 r°).

     

    Déjà en 1677 les échevins sont obligés d'édicter une « deffense a toutes personnes d’habiter dans aucunes caves de cette ville et aussy dans les petites caves ».

     

    Et pourtant … en 1740, 1267 caves sont habitées !

     

    En 1743, 7077 chefs de famille indigentes habitent dans plus des 2/3 des cas dans des logements insalubres (38% dans des cours, 10% dans des caves et 24% dans une seule pièce).

     

    Il a fallu faire quelques aménagements extérieurs pour pouvoir aller dans les caves directement par les rues : d’où la construction de burguets (escaliers qui s'ouvrent directement sur la chaussée, protégés par une porte).

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet rue d'Arras à Lille

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet à Lille

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet à Douai

     

    Ces caves n’ont aucun élément de confort : aucun évier, aucun éclairage ou chauffage, pas de fenêtres ouvertes.

     

    En 1785, un médecin est appelé au chevet d’une famille résidant dans la cave du 178 de la rue des chats bossus à Lille et y découvre un couple avec 6 enfants dans un état sanitaire effroyable qui ont failli périr étouffés par la fumée d’un feu en l’absence de cheminée.

     L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    rue des chats bossus à Lille

     

    Victor Hugo en témoignera dans la Légende des Siècles après l'enquête parlementaire à laquelle il participa sur les conditions de logement de la classe ouvrière à Lille : « Caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierre ».

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

     

    Quelques jours avant le passage de Victor Hugo et de la commission d’enquête, Alphonse Bianchi, homme politique et journaliste du 19ème siècle, décrit les caves qu’il a visitées :

    « Les caves ont une ouverture qui sert de porte, donnant sur la rue : cette ouverture est étroite et il est difficile souvent que deux personnes y passent de front. Quelques-unes de ces habitations ont une lucarne placée à ras de terre, lucarne toujours étroite. Les caves sont souvent inondées. On y descend par un escalier de pierre d’une dizaine de marches. Le sol est pavé ou carrelé jamais planchéié. La voûte est en pierre complètement dépourvue de plafond. Ans la plupart des cas il y a une latrine qu’il faut vider de temps à autre et un chemin quand ce n’est pas un trou fait dans la voûte. De 6 à 8 personnes occupent ces réduits. Les familles qui y sont parquées sont étiolées, rachitiques, scrofuleuses. Souvent les habitants ont les jambes torses ou sont estropiées. La nuit, toutes les issues sont fermées de façon que l’air n’y pénètre plus. Qu’on ajoute à cela les couchettes où la paille pourrie joue le principal rôle les miasmes qui s’échappent des latrines et l’on aura une idée affaiblie encore des caves d’habitation de la ville de Lille »

     

    Les notes de Victor Hugo prises le 10 février 1851 lors du passage d’une enquête parlementaire destinée à constater sur place les conditions de logement des ouvriers de l’industrie textile décrites par Blanqui confirment le rapport de ce dernier. Il est horrifié par ce qu’il découvre : chaque famille vit et travaille à domicile dans des conditions épouvantables, entassée dans des caves insalubres :

    « cour à l’Eau, n°2 – cave – une vieille – un enfant près d’un poêle sur un révchaud – 4 petits enfants – la mère et la fille dentelière gaganent 10 sous par jour – 3 pains par quinzaine. Cave de 5 pieds à la partie la plus haute – au fond deux lits (quels lits !) : indescriptible – impossible de s’y tenir debout – dans un une petite fille de 6 ans preqque nue, malade de la rougeole – près de l’enafn un tas de cendre dans un coin (ramassent la cendre pour vendre) – odeur telle que NB (Napolépon Bonaparte, c’est-à-dire Pierre Bonaparte frère de Lucien, député montagnard de la corse il fait partie de la commission d’enquête) n’a pu descendre : est remonté asphixié ».

     

    « cour Ghâ. Cave – 4 marches – 2 mètres et ½ de hauteur de plafond – étroit 4petits enfants – plus le père et la mère – les enfants suels – l’ainée berçant le plus petit qui pleure – elle a 7 ans on lui en donnerait 5 – sol humide – flaques d’eau entre les careeaux »

     

    A son retour, Victor Hugo rédigera pour l’Assemblée un discours, relatant avec force détails sa visite. Ce discours, il ne le prononcera pas, mais il l’utilisera plus tard pour un poème de Châtiments, "Joyeuse vie".

    Ci dessous ce discours :

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

     

    Quel impact a le logement sur la mortalité ?

    A Wazemmes au 19ème siècle, 70% des ouvriers des deux sexes meurent avant 40 ans.

    Le taux de mortalité est plus important dans les cours ; en 1854 alors que la moyenne lilloise est de 34 décès pour 1000 habitants, la moyenne du 1er arrondissement est de 30 dans les rues, 42 dans les cours ; la moyenne du 3ème arrondissement (en gros St Sauveur) est de 36 dans les rues et 55 dans les cours...

     

     

    Sources

    http://ancovart.lille.free.fr/spip.php?article74

    http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=4432

    http://lillesaintsauveur.blogspot.fr/2014/11/saint-sauveur-mode-demploi.html

    Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard

    Cours, courées et corons de Philippe Guignet

    Les caves médiévales de Lille de Jean Denis Clabaut

    http://www.lilledantan.com/index.html

    Les courées de Roubaix de Jacques Prouvost

    http://www.nicolasbouleau.eu/wp-content/uploads/2015/03/Lenvers-de-la-ville.pdf

    http://www.ina.fr/video/CAB97007131 = reportage de 2mn sur les courées

     


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