• Profanation des cimetières

    Profanation des cimetières

    Un cimetière sera profané s’il est souillé par quelque action indécente (s’il y a effusion de sang humain faite injurieusement ou s'il y a un meurtre sans effusion de sang), ou si l’on a inhumé un infidèle, un hérétique, un excommunié.

    Il faudra donc réconcilier le cimetière avant de pouvoir procéder à nouveau à des sépultures ecclésiastiques; cette procédure se fera avec les chants et les prières de l'Eglise, les cierges, les encensements, l'aspersion d’eau bénite que l'on fait tout autour du cimetière, les signes de croix, etc.
     

    La profanation des cimetières c’est également et de façon plus générale tout ce qui est contraire au respect et à la sainteté des cimetières : y vendre et y trafiquer, y plaider ou y exercer quelque juridiction séculière, y traiter de quelque affaire profane que ce soit, y danser, s'y promener, s'en servir pour y mettre du bois, y faire sécher du linge, ou pour quelque autre usage semblable, y laisser paître ou seulement passer les animaux, etc.

     

    C’est assez contradictoire avec ce qui se pratique pourtant quotidiennement : au Moyen Age les cimetières sont des lieux de rencontre et d’échange même s'il est vrai qu’à partir de la fin du 12ème siècle l’Eglise a commencé à interdire tout divertissement et activité sans rapport avec la mort de façon à rendre ce lieu aux défunts.

    Ainsi le cimetière des Innocents à Paris est un exemple parfait de ce que pouvait être ce lieu au Moyen Age et après : il était très animé le jour, envahi de marchands. Les merciers et les libraires, les ferronniers y exposaient tous les jours leurs articles entre les tombes ; à partir du XVe siècle, les emplacements sous les galeries, enjeux d’âpres querelle, sont systématiquement spécialisés et réservés à différents corps de métiers : frippe, lingerie, bonneterie, tableaux, livres et images, enfin et surtout les écrivains publics. Un marché aux chevaux s’y trouvait également. Des écrivains publics consultaient sur place également. C’était également un lieu ordinaire de passage, par commodité, pour couper au plus court, tant pour les hommes que pour les bêtes de bât et les marchandises.

    C’était enfin un lieu de prêche. Dans le Journal du Bourgeois de Paris, on raconte la venue de Frère Richard au début du XVe siècle venu prêcher. Le franciscain attira alors plus de 5 000 personnes.

     

    Profanation des cimetières

    Revenons à notre profanation de cimetière

    Quand une église devient polluée, le cimetière qui lui est adjacent ou contigu le devient aussi, mais le cimetière qui ne lui est pas adjacent ne le devient pas. Quand il y a deux cimetières contigus, la profanation de l'un n'emporte pas la pollution de l'autre, quoiqu'ils ne soient séparés l'un de l'autre que par un petit mur. Quand un cimetière est pollué, l'église contiguë ne l'est pas pour cela car le cimetière est considéré comme un accessoire à son égard. Le cimetière doit être clos, et les habitants sont tenus d'entretenir la clôture.

    Voici la procédure de réconciliation :

    « Le prêtre qui en aura reçu la commission se revêtira à la sacristie d’un surplis, d’une étole et d’une chape violettes et il se rendra au cimetière précédé de la Croix et d’un clerc portant le bénitier avec l’aspersoir et accompagné du Clergé. Lorsqu’il y sera arrivé il se mettra à genoux devant la Croix du cimetière sur le tapis préparé à cet effet ; tous se mettront à genoux avec lui et les choristes chanteront les litanies des Saints ». Le prêtre prononcera quelques paroles en latin puis pendant qu’un choriste entonnera le psaume Miserere le prêtre ira processionnellement avec le clergé autour du cimetière commençant par le côté qui est à sa droite et jettera partout de l’eau bénite puis prononcera à nouveau quelques paroles en latin.

     

    Voir un exemple ici de profanation à Rumegies (59) au 17ème siècle

    ainsi qu'une note sur l'aspect non "hygiéniste" des cimetières

     

    Sources

    Rituel du diocèse de Poitiers

    Naissance du cimetière – lieux sacrés et terre des morts dans l’Occident médiéval de Michel Lauwers


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