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    Le monde de la domesticité est vaste, hétérogène et somme toute complexe

     

    Il est difficile au vu des différentes études et documents sur la question de se faire une idée simple de cette activité à travers les siècles tant les sources sont finalement rares ; et quand elles existent, elles demeurent lacunaires voire ambiguës.

      

    Ainsi il est difficile jusqu’au début du 20ème siècle de différencier l’ouvrier agricole (le journalier ou le manouvrier) du domestique tel qu’on l’imagine aujourd’hui c’est à dire attaché à une ou plusieurs personnes au sein d’une maison. En fait en y regardant de près, le monde de la domesticité englobe largement les différents métiers agricoles :

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1) 

    • Le valet de chambre : partage l’intimité des maîtres de maison, prépare les vêtements, aide à la toilette et à l’habillage.

       

    • Le valet de pied est l’équivalent masculin de la servante : c’est l’homme à tout faire

       

    • Le valet de ferme : avant la guerre 14/18 c’est un employé dans une exploitation  agricole, viticole …  c’est souvent le synonyme de manœuvre, manouvrier ou journalier agricole si l’on regarde les recensements alors qu’en fait, les valets de ferme sont « plus permanents » que les journaliers.

       

      Xavier Walter écrit : « les valets, entre 3h30 et 4h tirent des râteliers le foin que n’ont pas mangé les chevaux et les regarnissent de bottes neuves, une demie par cheval. A 5h30 tout le monde se réunit dans la grande salle où la maîtresse de maison sert le premier repas qu’elle prépare depuis son lever à 3h30 : soupe, lard, galettes de sarrasin. Puis on sort travailler et l’on rentre à 11h pour le « dîner »  de midi ; on y mange la même chose que le matin plus des pommes de terre ; lorsque le premier  valet replie son couteau, tout le monde se lève, le patron aussi, et on repart travailler aux champs pour 4h de temps ; au retour, les chevaux requiert de longs soins des petits valets. On soupe de bonne heure vers 6h et chacun gagne son lit ».

       

      Pour tous ces valets, le travail quotidien est d’au moins 13h ; ils ont marché entre 35 et 40km, ont mené la charrue ou la herse. A noter qu’au début du 20ème siècle il faut compter 1 homme pour 8ha.

       

      La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1) 

    • La servante de ferme : « c’est sur celle-ci que retombait le travail le plus ingrat : travaux des champs, la « buge » ou lessive avec souvent le rinçage dans l’eau glacée en hiver, la participation à la traite, l’alimentation des porcs. Après le repas du soir le valet allait se coucher à l’écurie. La servante devait tout remettre en ordre avant d’aller se reposer. Elle était libre le dimanche mais devait rentrer pour participer à la traite du soir.

      La servante de ferme reçoit comme sobriquet au milieu du 19ème siècle le nom de boniche ; de façon générale, le travail était en effet dur : elle aidait à la tenue du ménage, balayait la maison, soignait les poules, allait chercher l’eau au puit, trayait les vaches avec la patronne, épluchait les légumes du repas, empotait le caillé dans la laiterie, conduisait les bestiaux à la pâture, reprisait les effets, repassait le linge, ...

     

    • Le charretier =  celui qui conduit des chariots et charrettes

       

    • Le journalier ou manouvrier = il est payé à la journée,  accomplit les basses besognes ne nécessitant pas de qualification : nettoyage des étables, travaux de terrassement, mise en fagot des bois, surveillance du bétail, transport des foins …

     

    Gustave Lhomme dans  une étude sur notamment les journaliers de la région d’Orchies (entre Valenciennes et Douai dans le Nord)  - « Petites histoires d’Orchies » - nous explique que le journalier est au plus bas de l’échelle du monde rural, travaillant durement mais gagnant peu. Le manouvrier est « un véritable prolétaire totalement dépendant du salaire de ses journées. Il cherche à réduire au maximum ses dépenses, accepte de vivre dans une masure héritée prêtée ou louée à bas prix … ».

     

    Au vu des documents (encore une fois lacunaires), on peut estimer à, à peu près, 900 000 le nombre de domestiques en France entre 1850 et 1870.

     

     

    En 1881 (période qui semble être l’apogée de l’emploi domestique en France,) ce chiffre culmine à 1 156 000 domestiques soit 31 domestiques pour 1000 habitants.

     

    En 1901 ce chiffre tombe à 956 000 ; c’est on le verra le début du déclin de cette profession ; déclin qui va s’accentuer avec la 1ère guerre mondiale.

     

    Les hommes représentaient 31.7% des domestiques en 1851, ils ne sont plus que 17% en 1901 : la population domestique se féminise en même temps qu’elle diminue globalement.

     

    On estime généralement à 14.2 millions, la population active en 1852 ; les domestiques représenteraient donc 1/14ème de cette population.

     

    Si l’on regarde une ville comme Cannes, en 1852 la population domestique représente 21% de la population active et en 1906, 30%. Manifestement Cannes ne connait pas de crise de domesticité contrairement à ce qui se passe dans le reste de la France (mémoire de Christine Cecconi sur la domesticité à Cannes à la belle époque).

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

    gare de Cannes en 1880

    Il faut dire que Cannes cumule un  nombre important de grandes maisons et une santé économique florissante : ce qui explique d’ailleurs le pourcentage de domestique femme à Cannes (60% en 1906 par rapport au reste de la France, Paris notamment et ses 83% à la même époque) : plus la maison est prospère, plus le personnel masculin est nombreux ; dès que l’on descend dans la hiérarchie sociale, l’élément féminin parmi les domestiques augmente.

      

    Qui sont ces domestiques ?

    Il est difficile d’avoir une vue précise de la situation car par exemple les journaliers sont déclarés soit ouvriers (agricoles ou non) soit domestiques de ferme soit valet de ferme dans les recensements, les servantes d’hôpital ou d’asiles sont quant à elles appelées infirmières.

     

    Quoi qu’il en soit, tout en bas de l’échelle nous allons trouver les domestiques ruraux qui sont en fait des travailleurs au sens de productifs : ce sont nos manouvriers ou journaliers agricoles, les valets et servantes de ferme. 

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

    Tout en haut, nous trouvons les dames de compagnie, les précepteurs, les gouvernantes, les maîtres d’hôtels. Bref les domestiques de « la haute » : l’aristocratie et la grande bourgeoisie.

      La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

     

    Entre ces deux catégories, nous retrouvons tous les autres  : la servante que l’on appellera « la bonne » (terme qui se répand vers 1830/50) et que l’on appelait auparavant « soubrette » (terme qui désigne en fait une petite servante), le valet, la cuisinière … Mais aussi les domestiques d’institution (asiles, hôpitaux, …). 

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

      

    Il faut bien comprendre qu’au 19ème siècle toute la bourgeoisie, de la plus modeste à la plus haute, a SA servante ; n’oublions pas en effet que dans la société bourgeoise du 19ème siècle la bonne est une nécessité sociale : «  sans bonne on ne serait pas bourgeois ». 

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

    L’employé de maison est donc le signe distinctif de la promotion sociale. « N'être pas servi vous rejette du côté des prolétaires ».

     

    Ainsi, Marcel Cusenier en 1912 fait le constat suivant : « Certaines personnes prennent des domestiques alors que raisonnablement leurs minces revenus ne le leur permettent pas ». 

     

    Si l’on reprend l’exemple de Cannes, certes une ville économiquement attractive et prospère, on s’aperçoit qu’en 1891, 35 % des employeurs de domestiques sont des propriétaires, des rentiers, des retraités ou des sans profession, 22,1 % sont des commerçants et 17,1 % sont des professions libérales et des cadres. Les employés et les ouvriers représentent tout de même 12,3%% des employeurs de domestiques. Enfin, 8,7 % sont des artisans.

     

    Bien sûr le nombre de domestiques à son service va varier en fonction des revenus de la maison : dans les grandes maisons urbaines ou rurales, la domesticité reste abondante jusqu’à la 1ère guerre mondiale

     

    Ainsi en 1906 les Murat ont par exemple une résidence à Paris, un château à Rocquencourt et un autre à Chambly : ils emploient entre 35 et 42 domestiques.

     

    Le cas des domestiques agricoles : comment les recrute-t-on ?

    2 fois l’an se tenaient des foires où les exploitants faisaient leur marché en quelque sorte. C’est que l’on appelait les louées de la St Jean (24 juin) et de la st Martin (11 novembre).

     La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

     

    Selon l’emploi recherché, les candidats mettaient un insigne sur leur chapeau ou leur corsage  : l’épi désignait le moissonneur, le flocon de laine le berger, le charretier portait un fouet autour du cou, le valet de ferme arborait une feuille de chêne, la servante se parait d’une plume de volaille, la femme de chambre épinglait une rose à son corsage…  

     

    André Guérin (1899 – 1988 ; journaliste et écrivain, rédacteur en chef de l’ « Aurore », explique dans  « La Vie quotidienne en Normandie au temps de Madame Bovary » à propos des femmes se présentant à la Louée de Montebourg en Normandie : « Elles sont venues dès l’aube s’asseoir sur les marches de l’église, sous la statue de Saint Jacques, couronnées de roses. Celles-ci ne sont point trop attifées, cela ne pourrait ne pas plaire, mais bien plus soucieuses de montrer qu’elles se portent bien et n’ont pas peur de l’ouvrage. Au besoin, on peut leur tâter le bras comme on tâte les flancs et les membres d’un bestiau, ceci pour s’assurer qu’elles seront aptes à porter des seaux de lait … ».

     La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

    André Accart (1947-2008) décrit la louée des servantes d'Avroult dans le Pas De Calais – louées qui se sont tenues jusque 1914  (Etudes et Documents du Comité d'Histoire, n° 25) : « C'est là, sur la grand route, que, dès le matin, se rassemblent beaucoup de personnes de tous âges et des deux sexes, qui se placent sur deux lignes, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Les fermiers et leurs ménagères se promènent gravement au milieu, jetant d'abord un coup d'œil sur l'ensemble de tous ces individus, singulier bazar qu'ils examinent avec le regard scrutateur d'un marchand turc ou d'un colonel d'infanterie.

    Ces personnes revêtues modestement attendent impatiemment qu'on leur adresse la parole. Elles présentent leurs mains calleuses ; plutôt que d'y étaler une toilette hors de saison, le mantelet classique et le mouchoir sur la tête sont toute leur parure.

    Les plus robustes, sur les certificats qu'ils présentent de leur moralité, de leurs services, sont souvent les premiers loués. Le prix convenu, les derniers adieux sont aussitôt donnés, maîtres et domestiques s'en retournent ensemble ».

     La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

      

    Les qualités d’un bon domestique « urbain »

    Le « Manuel complet des domestiques » de 1836 précise en préambule que « les domestiques sont regardés communément comme une fâcheuse nécessité. Pour quelques maîtres satisfaits, un grand nombre change continuellement de serviteurs ; un plus grand nombre tout en grondant s’abstient de changer de crainte d’en rencontrer de pires ».

      

    Le « Manuel du valet de chambre » de 1903 explique sans détours quant à lui que « le métier de domestique est le seul où, sans aucun apprentissage, on trouve, du jour au lendemain, le vivre et le couvert, plus des gages qui sont tout profit. Il n’est donc pas étonnant de voir quantité de jeunes gens quitter les travaux des champs, pénibles et peu rétribués, pour aller servir dans les villes, comme domestiques ; ils s’en vont, sans idée aucune de ce qui leur sera demandé, croyant tout savoir et ayant tout à apprendre : maintien, langage, service».

      

    Comment trouver LE bon domestique ?

    Le « Manuel des bons domestiques » (1896) conseille d’avoir des domestiques soignés qui « se laveront les mains, seront peignés, et auront des vêtements en ordre  avant de prendre leur service ». N’oublions pas toutefois que l’époque est à la chasse aux microbes pour la première fois de l’humanité et qu’il est bien évident que ces consignes n’étaient pas ou peu demandées auparavant.  

    La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)

     

    Le « Manuel complet des domestiques » de 1836 demande aux domestiques « une obéissance portée jusqu’à l’abnégation, une fidélité scrupuleuse, un zèle de tous instans, une discrétion à toute épreuve, l’ordre, le désintéressement ». Des qualités que « les maîtres ont le droit d’exiger de leurs domestiques et qu’ils exigent tous à moins que ce ne soit des gens faibles, insoucians, sans esprit et sans caractère, qui ne savent pas se faire servir ».

     

     

    Sources

    Filles mères à Bordeaux  à la fin du 19ème

    Pierre Guiral et Guy Thuillier, La vie quotidienne des domestiques en France au XIXe siècle, Hachette, Paris, 1978.

    La domesticité à Cannes à la belle époque de Christine Cecconi

    La place des bonnes – la domesticité féminine à Paris en 1900– Anne Martin Fugier

    Cybergroupe Généalogique de Charente Poitevine » (C.G.C.P.)


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    Habitat et intérieur toulousain

     

    L’habitat toulousain

    Quand on parle de Toulouse on pense de suite aux « toulousaines », ces petites maisons avec jardin autrefois réservées aux maraichers en bordure de ville, sans étage ni sous-sol mais pourvu d’un galetas.

     

    Habitat et intérieur toulousain

    Le nom de « toulousaine » n’est pas venu de suite ; ces maisons se sont d’abord appelées maison de maraicher, maison maraichère ou simplement « maraichère ».

    Au fur et à mesure que la profession s’est réduite, d’autres artisans se sont installés dans ces maisons qui peu à peu se sont appelées du nom de « toulousaine » mais il faut bien avoir à l’esprit que l’on retrouve ce type de maison un peu partout dans le département.

    La toulousaine d'origine n'avait pas d'étage mais un grenier ou plutôt un galetas aéré et éclairé par de petites ouvertures rondes, carrées ou en losange. Elle est construite en briques pleines ou briques foraines ; la toiture est en tuile à deux pentes ; la construction est en brique apparente mais les murs peuvent être crépis et enduits d’un badigeon, la brique restant apparente dans l’entourage des portes et fenêtres.

     

    Habitat et intérieur toulousain

    Une petite moulure, appelée listel, soulignait le niveau du galetas sous toiture.

     

    Dans la ville de Toulouse même, on trouve des maisons urbaines, des immeubles de rapport, des hôtels particuliers. Beaucoup de ces habitats sont des constructions en corondage (nom donné à Toulouse au colombage) qui se perpétuent même après l’incendie de 1463 et leur interdiction en 1555 – il en reste 200 dans Toulouse aujourd’hui. 

    Habitat et intérieur toulousain

    2 rue des Couteliers à Toulouse 

     

    Germain de la Faille en 1701, ancien capitoul, écrit dans les Annales de la ville de Toulouse depuis la réunion de Comté de Toulouse à la Couronne :

       « J’ai remarqué ailleurs qu’anciennement dans Toulouse, à l’exception de quelques grandes Maisons, qui étaient toutes bâties de briques, et auxquelles on donnait communément le nom de Tours, les autres étaient que de torchis, ou tout au plus de charpente, avec des remplissages de briques, qui est la manières de bâtir, qu’on appelle corondage* en nôtre Langue vulgaire, & colonnage dans quelques Provinces de France.

    * ces termes dérivent du mot Latin Columna ; parce que les pièces de bois qui lient l’édifice, représentent des colonnes. »

     

    La brique est sous l’Ancien Régime assez chère et sa fabrication ne permet pas une cuisson homogène. Aussi, les parties destinées à être enduites sont faites avec des briques de moindre qualité

     

    Habitat et intérieur toulousain

    rue des Arts à Toulouse

     

    En 1783 le badigeonnage blanc des façades est obligatoire

    En 1852 un badigeonnage d’entretien est obligatoire tous les 10 ans

    Au début du 20ème siècle et surtout à partir de 1943 la suppression des enduits et badigeons commence et deviendra la règle.

     

    Habitat et intérieur toulousain

    rue Mage à Toulouse

     

    Intérieur

    Alors qu’au 17ème siècle,la cuisine ne se rencontre que dans 5% des foyers, à la fin du 17è les pièces commencent à se spécialiser : on va avoir de plus en plus de pièces réservés à la confection et la prise des repas que l’on appelle salle basse, des pièces de réception et des chambres à coucher.

    Au 18ème siècle les hôtels particuliers disposent tous d’une cuisine, et d’une salle à manger dans 86% des cas, mais aussi de salons, bibliothèques, cabinets de travail…

    Les inventaires des 17 et 18ème siècles témoignent d’un entassement assez impressionnant de meubles et cela quel que soit le statut social du foyer. Ainsi dans la paroisse de la Dalbade, on compte en moyenne 3 ou 4 tables , 7 meubles de rangement, 3 lits (sans information sur leur « taux d’occupation ») et plus d’une vingtaine de sièges par foyer (quel que soit le milieu social on en retrouve dans tous les intérieurs toulousains : 11 en moyenne chez les artisans, 22 chez les marchands, 65 chez les parlementaires).

    Habitat et intérieur toulousain

    siège 18ème siècle

    Le coffre qui représente 70% du mobilier de logement au 17è est détroné au profit de l’armoire ou alimande qui existait déjà avant mais en moindre proportion ; les meubles de rangement se spécialisent : vaisselier, buffet, commodes.

    Le chauffage est pour l’essentiel assuré par les cheminées ; dans l’inventaire d’un cabinet d’avocats on a trouvé la précision suivante : « gants coupés pour écrire »,  ce qui en dit long sur la température de ces pièces de travail.

    Les poëles restent encore rares au 18ème siècle.

    De nombreuses tables sont retrouvées dans les inventaires : des tables à pliant notamment (dont le plateau et les pieds peuvent être dissociés), plus faciles à ranger.

    Habitat et intérieur toulousain

    Table démontable

    La décoration n’est pas en reste dans les intérieurs aisés : miroirs (à partir d la fin du 17ème siècle) , tableaux et estampes (chez 1/3 des artisans, la moitié chez les marchands, les 2/3 chez les hommes de loi, la quasi-totalité des nobles). Certains parlementaires ont réunis des collections impressionnantes : à la veille de la révolution le conseiller de Lassus Nestier a réuni 111 œuvres, le conseiller Du Bourg 135, le conseiller de Gaillard de Frouzins 156.

    On trouve aussi quantité de bibelots, cages à oiseaux, vases et bouquetières (selon Mme Cradock, une Anglaise voyageant en France avec son mari de 1783 à 1786 et qui écrivit son journal de route, « l’habitude de porter des fleurs, d’en offrir et d’en orner les appartements fait ici la fortune des jardiniers » - les fleurs artificielles sont forts prisées).

     

    Habitat et intérieur toulousain

    Mme Cradock, est ainsi ressortie enchantée de l’hôtel du comte Dubarry : « jamais je ne vis une collection de si belles choses et je crois même que ces appartements bien que plus petits dépassent en luxe et en magnificence ceux de la reine de Versailles » (qu’elle avait visité d’ailleurs). Mme Cradock admira donc les fresques en trompe l’œil de l’hôtel Dubarry, ses pièces décorées de panneaux de stuc doré, ses plafonds peints, sa grande galerie tendue de soie verte ornée de 4 grandes statues de marbre d’Italie, sa salle à manger divisée par une balustrade en un espace pour les convives et un espace pour les serviteurs muni d’une fontaine à laver les verres … 

    Habitat et intérieur toulousain

    hôtel Dubarry qui aujourd'hui fait parti du lycée St Sernin

     

    Habitat et intérieur toulousain

    intérieur de l'hôtel Dubarry

     

    Habitat et intérieur toulousain

    intérieur hôtel Dubarry

     

    Il est évident que cet hôtel n’est pas représentatif de l’habitat toulousain. Mais dans la catégorie des hôtels particuliers nous pouvons en trouver d’autres aussi opulents.

     

    Ainsi le président au parlement de Toulouse Jean Desinnocens de Maurens, ancien député aux Etats Généraux abandonne lors de la Révolution son vaste hôtel toulousain place des Pénitents Blancs. L’inventaire des biens de sa demeure est très instructif : salle à manger, salon de compagnie d’hiver, cabinet de bains doté d’une baignoire, une bibliothèque regroupant 2182 volumes, des pièces de réception, 22 tapisseries, 162 nappes, 130 douzaines de serviettes, 1526 assiettes, (seulement) 154 verres, 812 bouteilles de vin dans la cave.

     

    Le papier peint fait son apparition mais timidement dans les intérieurs toulousains au 18ème siècle (des fabriques s’installent d’ailleurs à Toulouse au 18ème siècle).

     Habitat et intérieur toulousain

    détail tapisserie 18è

    La couleur dominante des tentures est le vert, loin devant le jaune et le rouge. La fonction des tentures murales, des tapis, des rideaux, paravents et portalières n’est pas que décorative mais avant tout utilitaire : lutter contre le froid et l’humidité. Les lambris sont utilisés pour la même raison.

    Mais Toulouse fait peu de cas des tapisseries peut être à cause du climat plus clément . Quand on trouve dans les inventaires des tapisseries ce sont en majorité celles de Bergame , peu coûteuses et fabriqué pour beaucoup sur place (quai de tounis). On retrouve tout de même des tapisseries de haute lice provenant des Flandres, de Beauvais, d’Aubusson, ou des Gobelins

     

    Habitat et intérieur toulousain

    tapisserie d'Aubusson

    Habitat et intérieur toulousain

    morceau de tapisserie de Bergame

     

    Selon l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, la tapisserie de Bergame est  une grosse tapisserie, qui se fabrique avec différentes sortes de matières filées, comme bourre de soie, laine, coton, chanvre, poil de bœuf, de vache, ou de chèvre. Rouen et Elbœuf fournissent une quantité considérable de bergames de toutes les couleurs et nuances.

     

    Les cheminées sont construites en pierre de taille, ou en marbre des Pyrénées ; jusqu’au milieu du 18ème siècle c’est le seul moyen de cuisson des aliments. Vers 1750 apparaissent les trépieds, les réchauds et les fourneaux maçonnés qui permettent de poser les plats à cuire et surtout de cuisiner debout et non plus accroupi ; cela reste malgré tout marginal car à la veille de la Révolution seul ¼ des parlementaires disposent de fourneaux.

    Habitat et intérieur toulousain

    Crémaillère - détail de "Le Christ chez Marthe et Marie" - Joos Goemaere - 1600

     

    Les ustensiles de cuisine sont diversifiés, en terre, faïence, fer, étain, cuivre : casseroles, poêles, poêlons, passoires, écumoires, couteaux, hachoirs, tourtières, poissonnières, moules à gâteaux et moules à faire des glaces.

    Le linge de table (fabriqué en tissu grossier pour les foyers les moins aisés et en soie pour les foyers plus aisés) est présent en quantité d’après les inventaires : les artisans du bâtiment possèdent en moyenne 4 nappes et une trentaine de serviettes, les hommes de loi et les marchands une quinzaine de nappes et une centaine de serviettes ; les parlementaires plus de 60 nappes et plus de 500 serviettes.

    La vaisselle au 18ème siècle diffère du siècle précédent ne serait ce que par les matériaux utilisés : l’étain recule (pas dans les couches pauvres) au profit de la faënce qui est aussi utilisée pour les bénitiers, les décorations de cheminée, les fontaines.  A la fin du 18è on trouve également chez les parlementaires de la porcelaine de Saxe, de Limoges ou de Chine.

    L’acquisition de pièces en porcelaine témoigne également de la consommation de nouvelles boissons : café surtout , thé et chocolat dans une moindre mesure : présence dans les inventaires de cafetières et de moulin à café, tasse en porcelaine, soucpues et sucriers

    Les fourchettes font un bond spectaculaire dans les inventaires du 18ème siècle alors qu’elles étaient pratiquement inconnues au 17ème.

     

    Nombre de pièces par foyer

    Les hôtels particuliers on l’a vu se distinguent par l’opulence de leur intérieur. Ils se distinguent également par le nombre de pièces : 31 en moyenne chez les parlementaires à la fin du 18ème siècle.

    La classe populaire se contentera, elle, d’une pièce multifonctionnelle où on y mange, dort, travaille et surtout où on s’y entasse : le quartier de la rue des Blanchers, selon le rapport d’un capitoul en 1779, « n’est presque habité que par des artisans ou des gens de la lie du peuple qui se réunissent dans une seule maison à ce point qu’i y en a certaines où il y a 10 ou 12 familles qui l’habitent ». 

    Habitat et intérieur toulousain

    rue des Blanchers à Toulouse

    Toutefois contrairement à d’autres villes comme Lille ou Bordeaux, la population de Toulouse intra muros et ses faubourgs comme St Etienne augmentent modérément : en 1695 on a 37 349 habitants et un siècle plus tard 57 869.

     

    Habitat et intérieur toulousain

    Faubourg Toulouse 17ème siècle

    Mais même si la population ne croît pas exagérément, il n’en reste pas moins que la ville intra muros accueille à la Révolution 73% de la population de Toulouse, ce qui donne une densité importante : 250 habitants par hectare.

     

    La conséquence est inévitable : construction de nouveaux habitats dans les faubourgs, densification intra muros par le biais de l’adjonction de nouveaux étages ou de nouveau corps de logis et par de nouvelles constructions dans les espaces laissés libres

     

    Les effets de cette densité se retrouvent au niveau du foyer : en 1695, 47.3% des maisons étaient habités par une seule famille, elles n’en sont plus qu’un tiers en 1790 : la densité familiale passe en effet de 2 à 2.8 au cours du siècle dans la ville elle même et de 1.6 à 2.5 dans les faubourgs.

    Les logements ne sont toutefois pas surpeuplés comme c’est le cas à la même époque à Lille : le nombre moyen de pièces est d’environ 2 par foyer au 18ème siècle.

    Si l’on détaille un peu plus cette analyse, on voit que les artisans se contentent d’une ou deux pièces (les artisans et marchand plus aisés auront 3 ou 4 pièces ce qui permet une spécialisation de celles-ci notamment avec la cuisine et la chambre à coucher). Les pièces à vivre sont au-dessus de la boutique ou dans l’arrière-boutique. Les apprentis dormiront sans un coin de la boutique ou de l’atelier. Toutefois cette spécialisation n’est pas complète : les chambres à coucher par exemple servent aussi à la réception à la lecture, à la toilette et à la satisfaction des besoins naturels.

    Des artisans ou marchands plus prospères bénéficieront de davantage d’espace. C’est le cas du marchand linger Jean Calas demeurant rue des Filatiers au 18èe siècle : il avait 8 pièces. On pénétrait dans son logement depuis la rue par une porte à double battant à droite de la devanture de la boutique ; un couloir conduisait à une cour et à l’escalier menant aux appartements ; au  1er étage se trouvaient la cuisine et la chambre des parents donnant sur la rue , la salle à manger et le salon donnant sur une galerie extérieure surplombant la cour.

     

    Habitat et intérieur toulousain

    Le 2ème étage comportait quatre chambres pour les enfants et la servante ; une cave voutée, un galetas et des latrines dans la cour et au 1er étage complètent la demeure.

     

    Il n’en reste pas moins que les immeubles occupés par les familles pauvres sont insalubres, les pièces donnent sur des rues étroites ou des cours exigües, manquent d’air et de lumière ; elles sont infestées de punaises, de rats et autres « insectes des appartements ». L’hygiène ou plutôt le manque d’hygiène, on l’a vu dans un précédent article reste un problème majeur au 18ème siècle.

      

    Domesticité

     

    Il faut de la main d’œuvre pour entretenir ces grandes demeures : les domestiques représentent ainsi  12% de la population toulousaine à la fin du 17ème siècle, plus de 8% à la veille de la Révolution.

    En 1695, l’hôtel du procureur général Le Mazuyer en abrite 17 au service de 4 personnes, celui du procureur général Riquet de Bonrepos une trentaine.

    Les nobles sans profession, les grands négociants et les capitouls ont 3 serviteurs en moyenne. Les hommes de loi et les professions libérales en ont un voire deux.

    Quant aux marchands et artisans ayant un minimum d’aisance, ils ont une servante à disposition.

    Il est à noter que 78% des domestiques travaillant sur Toulouse sont nés hors de Toulouse.

    45% d’entre eux sont des femmes. Il est intéressant de voir que plus on s’élève dans l’échelle sociale plus la domesticité se spécialise et se masculinise. Le conseiller Rey de Saint Géry emploie fin 18ème siècle une fille de service, deux femmes de chambre, une cuisinière, une gouvernante, trois laquais, un maître d’hôtel, un suisse, deux porteurs de chaise et un cocher.

    Il est évident que les conditions de travail des domestiques vont varier en fonction de leur fonction, de leur  employeur et du degré d’aisance de ce dernier. Pour avoir une idée, une servante à la fin de l’Ancien Régime gagne entre 40 et 75 livres par an tandis qu’un maître d’hôtel en gagne 350.

    La plupart des servantes et autres valets sont contraints de dormir dans la cuisine ou dans un galetas sommairement meublé ; dans les grandes familles les conditions seront plus confortables avec un logement individuel parfois.

    Habitat et intérieur toulousain

    Jeanne Viguière, servante de la famille Calas en 1761 depuis plus de 25 ans, fait l’objet de toutes les attentions de ses maîtres du fait de ses infirmités : ainsi les enfants Calas s’occupaient des visiteurs en leur ouvrant la porte et en les raccompagnant pour lui éviter de monter et descendre les escaliers.

    Habitat et intérieur toulousain

    L’ancien capitoul Henri de Lafont laissera dans son testament 3 000 livres à son cuisinier, 1 000 livres à sa servante, 600 à son valet de chambre, 300 à son cocher, 200 à son laquais, 600 à son agent de campagne.

      

     

    Sources

     

    Entre tradition et modernité : les intérieurs toulousains au XVIIIe siècle de Christine Dousset 

     

    Vivre à Toulouse sous l’Ancien Régime de Michel Taillefer 

     

    http://www.les-petites-toulousaines.com/

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1028087/f3.image.r= journal de mme Cradock

    Déclaration de Jeanne Viguière dans le procès Calas

    Plans anciens de Toulouse

     

     


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    La maison lilloise type n’existe pas mais on peut trouver un schéma directeur au 18ème siècle par exemple  : une maison à deux étages avec cave et grenier et une façade étroite n’excédant pas 6 mètres.

    façades de maison à Lille

     

    rue du vieux Lille

     

    quai de Wault, maisons et immeubles

    Habitat lillois du 18 au 19ème siècle

    rue St François à Lille

     

    L’entrée se fait généralement par un couloir latéral assez étroit qui débouche dans une cour..

    Le rez de chaussée est partagé entre deux pièces, souvent une salle et une cuisine ; à l’étage 2 chambres, une sur rue et une sur la cour.

    On trouve également au 18ème siècle le modèle ancien de la maison à 2 corps de logis, l’un sur rue et l’autre au fond de la cour : soit on y loge deux familles soit on a une organisation fonctionnelle de l’espace : magasin, bureau, chambre sur rue et les pièces à vivre dans la cour.

     

    Il existe également à Lille des hôtels particuliers lesquels n’obéissant bien sûr pas à cet ordonnancement.

    Par exemple l’hôtel Hangouart d’Avelin, rue Saint Jacques : à la fin du 17ème siècle, Michel d’Hangouart y loge sa famille, ses 10 domestiques, ses cochers et ses chevaux. D’après les inventaires de l'époque, on sait qu’il y avait une grande tapisserie de feuillage, une série de tableaux de chasse, un miroir en bordure d’écailles dans la salle de réception ainsi qu’un lit de parade de damas cramoisi et  une douzaine de fauteuils.

    L’hôtel de Wambrechies sur la rue Royale (aujourd’hui siège de l’archevêché), édifié en 1703 pour Nicolas François Faulconnier, seigneur de Wambrechies, n’est pas en reste avec son vestibule dallé de marbre, sa chapelle, sa bibliothèque, sa salle de réception, sa vaste cuisine, son grand salon, son autre salon, son grand cabinet, son petit cabinet, ses chambres …

     

    maquette de l'hôtel au 18ème siècle

    Il est de bon ton, ne l’oublions pas, de posséder une demeure dans la rue Royale de Lille sous Louis XIV. Si une maison bourgeoise se vend, à la fin du règne de Louis XIV, à 3 000 / 4 000 florin, il n’est pas rare de voir des ventes de maisons de « riches » à 30 000 florins, le plus courant tout de même restant des transactions autour de 13 000 florins.

    Habitat lillois du 18 au 19ème siècle

    rue Royale au carrefour de la rue Léonard Danel à gauche et de la rue d'Angleterre à droite au début du 19èsiècle; avant l'agrandissement de 1670, l'espace au delà de ce carrefour était hors les murs et consistait en terres cultivées

    Habitat lillois du 18 au 19ème siècle

    rue Royale

    Une maison de ce type, appartenant à la noblesse ou à la très haute bourgeoisie, exige une main d’œuvre importante pour faire face au nombre de pièces occupant ces demeures (en moyenne 26 pour la noblesse te 11 pour la haute bourgeoisie).

    Ainsi la baronne de Saint Victor emploie à son service deux laquais, un cuisinier, deux femmes de chambre, un maître d’hôtel, un cocher, une relaveuse, une lingère et un portier dans une maison sise au 112 de la rue Royale.

    Cette maison a été acquise en 1769 par la baronne pour 26 000 florins. L'inventaire de 1772 précise que la demeure de la baronne de Saint Victor contenait pour 37 210 florins de "meubles, effets et vaisselles" : 15 104 livres de bijoux, diamants et vaisselle d'argent, 4 douzaines d'assiettes d'une valeur de 4 070 livres, 15 plats estimés à 2 409 livres, 6 chandeliers pour 362 livres, 2 soupières pour 1 068 livres, 12 couverts au titre de Paris pour 462 livres et divers autres biens estimés à 2 5952 livres.  

     

    La petite bourgeoisie qui englobe le monde de l’artisanat et de la boutique est propriétaire ou locataire d’une habitation de 6 pièces en moyenne d’après les inventaires de 1772.

     

    L’inventaire de Jeanne Delobelle quant à elle, 81 ans en 1772, inventaire estimé à moins de 1000 florins, la classe dans la catégorie des gens humbles, qui sans être dans la misère vivent néanmoins pauvrement : elle vivait dans une seule pièce et possédait à sa mort : « une robe et un jacotin de calemande, quatre autres jacotins, six jupes, deux mauvaises jupes, trois chemises, cinq tabliers et un linge de corps, un mantelet de toile peinte, 26 pièces de coiffure, une faille de camelot, un petit coffre et une boite en chêne, une paire de boucles de souliers à étage de femme, des mauvais souliers et des bas ».

     

    N’oublions pas en effet que le logement des plus humbles, c’est-à-dire du commun des mortels, n’excède pas en moyenne 1.5 pièce au 18ème siècle et que cela ne changera pas au 19ème siècle. On est loin du faste vu plus haut.

    Dans les années 1730, saint étienne qui rassemble moins de 20% de la population lilloise concentre 48.7% des logements de 4 pièces et plus tandis que saint sauveur n’en accueille que 5.1%.

    Pire, près des 2/3 des pauvres vivent dans une seule pièce, nécessairement polyvalente (voir les articles sur les courées et sur les caves) Le lit sera la pièce maîtresse avec le coffre et la cheminée (plus tard le poêle). La vaisselle de ces foyers est en cuivre et en étain. La marmite ne fait pas défaut alors que l’on ne trouvera pas de tournebroches ni de tourtières. On retrouve en revanche une quantité importante d’objets religieux : livres de prières, images pieuses, bénitiers.

    Pour les foyers un petit peu plus riche, on trouve l’achelle : buffet simplifié formé de quelques planches à rebord posées contre le mur et qui sert de vaisselier.

    Habitat lillois du 18 au 19ème siècle

    Dictionnaire du patois de la Flandres française ou wallonne

    Les lits en bois avec rideaux (de préférence en serge – étoffe souple à base de laine) sont réservés aux plus aisés.

    Les buffets et les commodes ne s’imposent pas dans l’habitat prolétaire. La garde robe rentre dans les intérieurs bourgeois au détriment du coffre, plus archaïque et réservé aux plus pauvres.

    Il est à noter que le poêle n’apparait à Lille que vers 1750. A défaut de poêle, reste la cheminée dans laquelle brûle de l’orme, du hêtre et plus rarement du chêne.

    ancien poêle en fonte Godin

     

    poêle en fonte et en laiton

     

    Que peut on trouver d’autres dans ces intérieurs ? Des bassinoires pour réchauffer les lits.

    Des objets liés à l’hygiène font leur apparition dans les années 1730 : bassins, aiguières.

    En 1780 on note chez le manufacturier Durot une baignoire placée dans une « cabine au bain ».

    34% des foyers ont en 1787 des pots de chambre, 37% des chaises percées.

    Cela reste bien rudimentaire (voir article sur l'hygiène).

    Certaines maisons possèdent des dépendances : des caves et des greniers essentiellement. Les écuries sont présentes dans 7% des logis en 1787 d'après les inventaires après décès.

    En terme de vaisselle, les inventaires de la fin du 18ème siècle montrent l'existence et la progression des tasses, sous tasses, théières et cafetières, preuve de l'intérêt pour les nouvelles boissons "dopantes". Les assiettes se spécialisent : à soupe et à dessert, les plates et les petites. L'étain disparaît au profit de la porcelaine et de la faïence. Les soupières, les moutardiers, huiliers, porte huiliers sont rares au 18ème siècle contrairement à la salière et a saladier. Les casseroles sont de plus en plus utilisées alors que les faitouts et les poêlons perdent du terrain. Apparition de la poissonnière permettant de faire cuire au court bouillon les poissons et de la bouilloire.

    Des réchauds et des fourneaux sont présents dans les inventaires.

    Un petit détail de décoration intéressant : l'apparition de la tapisserie de papier ou papier peint. Elles sont assez prisées car beaucoup moins chères qu'une tapisserie classique (même si l'utilisation est différente : la tapisserie classique est destinée certes à la décoration d'une pièce mais surtout à protéger du froid et de l'humidité). Le papier peint va se développer à la fin de l'Ancien Régime (elles représentent 38% des tapisserie inventoriées en 1787) et vont s'utiliser soit à même le mur soit sur un support (papiers sur toile).

     

    Habitat et intérieur lillois au 18 ème et au 19ème siècle

    papier peint 1803

    Habitat et intérieur lillois au 18 ème et au 19ème siècle

    papier peint 1799

     

    Finissons par une famile ouvrière du 19ème siècle : le mobilier tient toujours à peu de choses : un ou plusieurs lits (en fait des paillasses posées à terre et bourrées de fannes de pommes de terre , de copeaux ou de paille de colza), un poêle en fonte vertical (les pauvres se contentent de le louer au mois : 2 francs) sur lequel la cafetière « trône su l’buich’ du poël comm’ un guetteu sur eun’ tour » (Alexandre Desrousseaux, père du P'tit Quinquin), quelques chaises, une table.

    Habitat lillois du 18 au 19ème siècle

    Alexandre Desrousseaux

     

    A la fin de la Monarchie de Juillet on estimait à 20 francs la valeur moyenne d’un mobilier ouvrier.

     

    Il n’y a finalement pas de différence avec le siècle précédent et malheureusement aucune non plus avec le siècle suivant du moins jusqu’au premier tiers du 20ème siècle …

     

    Sources

    http://peccadille.net/2014/01/27/papier-peint-xviiie-siecle-gallica/

    Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard

    http://www.lilledantan.com/index.html

    Vivre à Lille sous l'ancien régime de Philippe Guignet


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    Cet article fait suite au précédent relatif aux courées, cours et courettes de Lille. Les ouvriers et leur famille parmi les plus indigents de la ville ne trouvaient pas toujours à se loger dans des logements 'classiques" dirons nous. Certains n'avaient que des caves pour se loger ...

     

    L’habitation n’est bien sûr pas la vocation première des caves mais c’est devenu un palliatif durable et non exceptionnel à un manque de place récurrent ; ainsi en 1618, « Philippe le Bas, chargé de ferme et enffans, quil demeure a present au chelier au dessoubz de la maison Philippe Cherbault boullenghier » (A.M.L.,725,registre aux visitations de maisons 16118-1623, f°8 r°).

     

    Déjà en 1677 les échevins sont obligés d'édicter une « deffense a toutes personnes d’habiter dans aucunes caves de cette ville et aussy dans les petites caves ».

     

    Et pourtant … en 1740, 1267 caves sont habitées !

     

    En 1743, 7077 chefs de famille indigentes habitent dans plus des 2/3 des cas dans des logements insalubres (38% dans des cours, 10% dans des caves et 24% dans une seule pièce).

     

    Il a fallu faire quelques aménagements extérieurs pour pouvoir aller dans les caves directement par les rues : d’où la construction de burguets (escaliers qui s'ouvrent directement sur la chaussée, protégés par une porte).

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet rue d'Arras à Lille

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet à Lille

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    burguet à Douai

     

    Ces caves n’ont aucun élément de confort : aucun évier, aucun éclairage ou chauffage, pas de fenêtres ouvertes.

     

    En 1785, un médecin est appelé au chevet d’une famille résidant dans la cave du 178 de la rue des chats bossus à Lille et y découvre un couple avec 6 enfants dans un état sanitaire effroyable qui ont failli périr étouffés par la fumée d’un feu en l’absence de cheminée.

     L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    rue des chats bossus à Lille

     

    Victor Hugo en témoignera dans la Légende des Siècles après l'enquête parlementaire à laquelle il participa sur les conditions de logement de la classe ouvrière à Lille : « Caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierre ».

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

     

    Quelques jours avant le passage de Victor Hugo et de la commission d’enquête, Alphonse Bianchi, homme politique et journaliste du 19ème siècle, décrit les caves qu’il a visitées :

    « Les caves ont une ouverture qui sert de porte, donnant sur la rue : cette ouverture est étroite et il est difficile souvent que deux personnes y passent de front. Quelques-unes de ces habitations ont une lucarne placée à ras de terre, lucarne toujours étroite. Les caves sont souvent inondées. On y descend par un escalier de pierre d’une dizaine de marches. Le sol est pavé ou carrelé jamais planchéié. La voûte est en pierre complètement dépourvue de plafond. Ans la plupart des cas il y a une latrine qu’il faut vider de temps à autre et un chemin quand ce n’est pas un trou fait dans la voûte. De 6 à 8 personnes occupent ces réduits. Les familles qui y sont parquées sont étiolées, rachitiques, scrofuleuses. Souvent les habitants ont les jambes torses ou sont estropiées. La nuit, toutes les issues sont fermées de façon que l’air n’y pénètre plus. Qu’on ajoute à cela les couchettes où la paille pourrie joue le principal rôle les miasmes qui s’échappent des latrines et l’on aura une idée affaiblie encore des caves d’habitation de la ville de Lille »

     

    Les notes de Victor Hugo prises le 10 février 1851 lors du passage d’une enquête parlementaire destinée à constater sur place les conditions de logement des ouvriers de l’industrie textile décrites par Blanqui confirment le rapport de ce dernier. Il est horrifié par ce qu’il découvre : chaque famille vit et travaille à domicile dans des conditions épouvantables, entassée dans des caves insalubres :

    « cour à l’Eau, n°2 – cave – une vieille – un enfant près d’un poêle sur un révchaud – 4 petits enfants – la mère et la fille dentelière gaganent 10 sous par jour – 3 pains par quinzaine. Cave de 5 pieds à la partie la plus haute – au fond deux lits (quels lits !) : indescriptible – impossible de s’y tenir debout – dans un une petite fille de 6 ans preqque nue, malade de la rougeole – près de l’enafn un tas de cendre dans un coin (ramassent la cendre pour vendre) – odeur telle que NB (Napolépon Bonaparte, c’est-à-dire Pierre Bonaparte frère de Lucien, député montagnard de la corse il fait partie de la commission d’enquête) n’a pu descendre : est remonté asphixié ».

     

    « cour Ghâ. Cave – 4 marches – 2 mètres et ½ de hauteur de plafond – étroit 4petits enfants – plus le père et la mère – les enfants suels – l’ainée berçant le plus petit qui pleure – elle a 7 ans on lui en donnerait 5 – sol humide – flaques d’eau entre les careeaux »

     

    A son retour, Victor Hugo rédigera pour l’Assemblée un discours, relatant avec force détails sa visite. Ce discours, il ne le prononcera pas, mais il l’utilisera plus tard pour un poème de Châtiments, "Joyeuse vie".

    Ci dessous ce discours :

     

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

    L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves

     

    Quel impact a le logement sur la mortalité ?

    A Wazemmes au 19ème siècle, 70% des ouvriers des deux sexes meurent avant 40 ans.

    Le taux de mortalité est plus important dans les cours ; en 1854 alors que la moyenne lilloise est de 34 décès pour 1000 habitants, la moyenne du 1er arrondissement est de 30 dans les rues, 42 dans les cours ; la moyenne du 3ème arrondissement (en gros St Sauveur) est de 36 dans les rues et 55 dans les cours...

     

     

    Sources

    http://ancovart.lille.free.fr/spip.php?article74

    http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=4432

    http://lillesaintsauveur.blogspot.fr/2014/11/saint-sauveur-mode-demploi.html

    Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard

    Cours, courées et corons de Philippe Guignet

    Les caves médiévales de Lille de Jean Denis Clabaut

    http://www.lilledantan.com/index.html

    Les courées de Roubaix de Jacques Prouvost

    http://www.nicolasbouleau.eu/wp-content/uploads/2015/03/Lenvers-de-la-ville.pdf

    http://www.ina.fr/video/CAB97007131 = reportage de 2mn sur les courées

     


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    Certains de mes ancêtres, journalier, filtier ou fileur, ont vécu à Lille, quartier St Maurice pour beaucoup, sur les deux derniers siècles au moins. Ce furent des ouvriers, indigents pour certains si j'en crois les annotations du recensement de 1906. Quel pouvait être leur quotidien? leur habitat dans une ville surpeuplée, industrielle, humide et sale (pas de tout à l'égout, canaux servant aux industries, manufactures et abattoirs, humidité atmosphérique continue ou presque avec 180 jours de pluie en moyenne  selon les observations de l'industriel français Castel-Henry sous le 2nd empire...).

    Bref, voici la synthèse de mes recherches concernant 3 types d'habitats prolétaires en ville : les courées, les caves et les chambres.

     

    Au XVIIème siècle, la population de Lille avoisine les 50 000 habitants pour un espace réduit. Ce qui entraîne une surpopulation rapide des différents quartiers ouvriers de Lille, essentiellement Saint Sauveur et St Maurice.

    Un phénomène d'entassement de la population lilloise qui se retrouve assez tôt dans l'histoire de la ville puisque déjà  au 16ème siècle une ordonnance des échevins de Lille du 4 août 1555 s’alarme de la prolifération des cours à sacq exposant les Lillois aux assauts des épidémies. Interdiction est alors faite, avec un total insuccès, on va le voir, d’en construire de nouveaux.

     

    Pourquoi ces courées, courettes, cours ou rue à sacq que l’on retrouve également à Roubaix et Tourcoing ? Par manque de place tout simplement : les cours sont en effet une réponse facile à la croissance démographique de la population sur un espace somme tout restreint.

    Le logement n’étant en effet pas suffisant, on va proposer ce que l’on appelle des courées ou cour à sacq ou rue à sacq aux ouvriers lillois. Ce sont de petites cours obscures, rectangulaires, de 3, 4 (ou plus) maisons basses avec un étage éventuellement (ou juste une mansarde) ou 2 étages dans le meilleur des cas (mais cela reste rare et le 2ème étage sera une mansarde). Les maisons sont toutes collées les unes aux autres, construites en briques légères laissant passer le froid, la chaleur, l’humidité. Une rigole court au centre de la cour pour les eaux usées et un wc collectif est placé au fond de la cour. A Moulins-Lille, il y avait par exemple 2 courées de 44 maisons.

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq 2 courées côte à côte sur Roubaix

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq courée à l'abandon

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq courée sur Roubaix

    En 1555 donc une ordonnance interdit la construction de nouvelles courées. Mais qu'importe l'interdiction, le nombre de courées va aller en augmentant : en 1678, 76 cours à sacq sont dénombrées ; en 1740 il y en a 105 ; en 1822 on compte 123 cours et en 1911 il y a 882 cours ...

    Ces courées concentrent une population importante qui va en s’accroissant : ainsi la cour Noiret et la cour Désolée à Lille passent de 7.1 habitants par maison fin 17ème à respectivement 10 et 12 habitants en 1740.

    Ce phénomène d’entassement n’est pas nouveau : André Lottin étudiant le milieu des sayetteurs (ouvriers fabriquant des tissus légers ou sayettes par tissage de la laine peignée et séchée) remarque que déjà à l'époque de Louis XIV : « si l’on fait un rapport entre le nombre de maisons et le nombre d’habitants, procédé simple mais pouvant donner des indications valables dans les rues habitées de façon assez homogène par le petit peuple, on obtient les quotients suivants :

    8.6 rue St Sauveur

    7.7 rue de la Vignette

    7.4 rue de Fives et rue de Poids

    6.9 rue des Etaques et ses cours

    7.1 pour les cours Désolée, des Sots, et Noiret

    6.8 rue du Bordeau

    6.5 place du Réduit et ses cours »

     

    Ces densités sont « le signe soit d’une grande pénurie domiciliaire soit d’une activité urbaine carctérisée »

     

    La population de Lille, saturée d’industrie et attirant de façon récurrente des ouvriers belges continue d’augmenter de façon très importante entre 1820 et 1906 alors que déjà, on l’a vu, le logement est nettement insuffisant.

    1820 = 72.000 

    1856 = 113.000 

    1861 = 131 800

    1872 = 158.000 

    1896 = 201.000 

    1906 = 205.000

    1911 = 217 800

     

    En effet Lille s’agrandit au 19è siècle en annexant les communes de Wazemmes, Moulins-Lille, Esquerme, Fives, lesquelles concentrent 768 cours soit 87% de ce type d’habitat.

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

     

    Cette extension n’aura aucun effet positif sur l’habitat prolétaire : les courées augmentent alors que l’on sait maintenant grâce aux hygiénistes que ce sont des lieux favorisant les épidémies en tout genre.

     

    24% des Lillois habitent encore dans des cours en 1911 !

     

    Est-ce que la courée et les corons, c’est pareil ? Non. Ce sont certes tous les deux des habitats prolétaires mais la courée, à la base, est un logement destiné aux plus indigents des prolétaires.

    La courée elle-même est exigüe : on a vu tout à l’heure que c’est une cour rectangulaire bordée de maisons basses : la cour des Bourloires dans le quartier St Sauveur par exemple est large de 3 pieds (0.90m), ce qui n’est pas grand du tout mais elle abrite tout de même 21 habitations disposées sur 4 maisons !

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq 

    courée Vilain à Lille

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq 

    cours Bodin à Lille

     

    La maison des courées est, elle aussi, exigüe : elle n’a pas de couloir, pas de dépendance, pas de cave, rarement un jardin et quand il existe il mesure quelques m2. On pénètre directement dans l’unique pièce du rez de chaussée qui est très polyvalente : cuisine, salle à manger, cabinet de toilette, chambre des enfants, voire chambre des parents (quand la pièce au plafond bas de l’étage est trop petite pour offrir un lit), et tout ça sur 12 à 15/17m2 au sol !

    La courée est fermée alors que le coron est ouvert (en ligne ou en arc de cercle) ; la courée est surpeuplée alors que le coron présente une densité humaine nettement moins importante. La courée a rarement un jardinet , le coron en a un. Chaque niveau de la maison de coron a 2 pièces tandis que la maison de courée n’en a qu’une par niveau.

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq coron de Sessevalle à Somain

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq coron route de Rieulay à Somain

     

    Robert Boussemart donne dans son livre « Adieu terrils, adieu corons » une description précise de ce qu’était la maison de coron dans la cité des 28 construite par la société de Lens après la grande guerre : « Nous entrons dans le logement par un couloir étroit. A gauche s’ouvre la ‘pièce de devant’, (la belle pièce) avec une fenêtre donnant sur la rue. La belle pièce on n’y entre pas souvent. La ménagère la conserve propre et nette pour les grandes occasions … Ouvrons la porte au fond du couloir. Et nous voilà dans la cuisine. La cuisine c’est la pièce à tout faire. La ménagère y prépare ses repas ; l’hiver elle y fait la lessive, en toutes saisons son repassage. C’est là qu’elle coud, qu’elle tricote à ses moments perdus. La cuisine sert de cabinet de toilette et de salle de bains pour tous … La cuisine, c’est là qu’on reçoit les amis, c’est là qu’on écoute la TSF. Les WC sont dans la cour, l’eau courante aussi. De la cuisine on accède aux chambres à l’étage par un escalier étroit. De la cuisine également on descend à la cave située sous la pièce de devant. Une unique fenêtre et une porte vitrée permettent de voir la petite cour pavée de briques fermée par deux murs mitoyens et, au fond, par une remise abritant l’unique robinet de la maison, les cabanes à lapins, une brouette en bois, le foyer servant l’été pour la lessive. On accède au jardin par une lourde porte en bois de couleur marron. Accolé au mur extérieur de la remise, le poulailler modeste sert parfois de débarras. Au dessus des chambres, existe un grenier auquel on accède par une échelle de meunier. »

     

    Certes la maison de coron n’est pas un palace mais elle présente malgré tout plus de "confort" et d'espace que la maison de courée.

     

    Pourquoi construire des courées plutôt que des corons ou des batisses genre caserne ? C’est en fait la conjonction de quatre motifs qui a entraîné la construction de ce type d’habitat :

    • Augmentation importante et continue de la population
    • Les conditions de travail dans l’industrie : rapprocher l’ouvrier de son lieu de travail
    • Le manque de logement patent
    • La facilité de construire sans contrôle d’aucune sorte : aucune autorisation de construire n’est nécessaire pour construire en dehors de la voie publique ; le propriétaire d’un verger ou d’un jardin peut y construire sans problème des habitations : peu de capital à investir pour un gain finalement intéressant.

     

    Motte Bossut, industriel français mort en 1883, écrit à son fils le 30 novembre 1858 une lettre instructive à ce sujet dont voici un extrait : « Les ouvriers sont rares ; des métiers chôment faute de bras ; le fileur ne craint pas de faire la noce le lundi, il sait qu’on ne le congédiera pas parce qu’on en trouverait pas d’autre pour le remplacer. Vous augmentez en vain les salaires pour attirer chez vous les ouvriers du voisin ; le voisin en fait autant pour les conserver ; vous ne pouvez en appeler des villes ou villages environnants, on ne trouve pas à les loger. Il n’y a plus une demeure diponible. Les maisons sont habitées avant que le pavé ne soit achevé, avant que l’escalier ne soit posé. Nous allons être obligés de bâtir des maisons si nous voulons continuer à filer. »

     

    Revenons à nos courées : la paroisse St Sauveur et les rues de la paroisse St Maurice qui la côtoie sont, au 17ème siècle, le quartier des sayetteurs, ouvriers qui constituent la corporation laborieuse la plus nombreuse et la plus typiquement lilloise. En 1861 plus de la moitié des courettes lilloises sont situées sur ce territoire. L'îlot compris entre la rue des Malades, la rue St Sauveur, la rue des Etaques et la rue des Robleds est ainsi un archipel de cours suintant l'humidité, aux murs salpêtrés, dissimulés à l'arrière plan des façades bourgeoises.

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq 

    St Sauveur, cadastre 1881, section B feuille 10

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    St Sauveur, cadastre section B9, 1881

     

    En 1679, le dénombrement des cours et courettes indique 32 cours abritant 338 maisons pour 1548 habitants. Les niveaux d'entassement sont déjà inhumains : la cour à l'Eau à St Pierre par exemple avec 207 personnes,  ou la cour des Bourloires en 1678 à St Etienne qui avec ses 3 pieds de largeur (1 pied = 0.298m) abrite 4 maisons et 21 habitations.

    En 1866, rien n'a changé : Henri Violette, chargé par la municipalité d’enquêter sur les logements insalubres du quartier St Sauveur précise : la cour Ghâ, « vrai cloaque, impasse immonde » , la cour des Jardins « sorte de cour des miracles », la cour Noiret « aux maisons noires et humides », la cour Joyeuse « bouge infect large de 80 cm », la cour du Vert-lion « une des plus dangeureuses », la cour Mousson à laquelle on accède par un couloir de 9m de long, 2m de haut et 1m de large, longé par des « goulottes effondrées » pleine d’eau sale, la cour Touret (au 64 rue St Sauveur) sans latrines, la cour Sauvage, « triste cité ».

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    cour du Soleil au 223 rue de Paris à Lille (1960)

    Lille, métropole industrielle et commerciale, centre universitaire depuis 1875, place militaire, croûle en effet sous une population toujours plus nombreuse : « la population s’est accrue d’une manière disproportionnée à l’espace qu’elle occupe » dira Adolphe Blanqui, économiste français mort en 1854.

    Tous les quartiers de Lille ne sont bien sûr pas logés à la même enseigne : les quartiers bourgeois du nord et de l’ouest, bâtis à la fin du 17ème siècle, tracés de rue larges et droites, présentent de nombreux hôtels et jardins alors que les quartiers du centre et de l’est, (St Maurice et St Sauveur, on l’a vu) sont constitués d’ilots séparés par des ruelles sombres et étroites aboutissant à nos fameuses cours servant à la fois d’égouts et de dépôts d’immondices et où règne une humidité constante.

     

    Féron Vrau, médecin français mort en 1908, parcourera à la fin du 19ème siècle 54 rues et cours de Wazemmes, commune surpeuplée et à dominante ouvrière, et trouvera 1816 maisons avec une superficie inférieure à 43m2 (1345 habitations ont moins de 21m2, 273 ont moins de 14m2, 55 moins de 12m2). Le Progrès du Nord écrira en 1866 : Wazemmes et Moulins-Lille n’ont à offrir que des « taudis plus infects que ceux du vieux Lille ».

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq courée sur Wazemme

    La superficie par exemple est significative : dans l’ancien Lille, en 1861, 21% des maisons ont plus de deux étages, à Wazemmes la proportion tombe à 6%, à Moulins-Lille : 4%, à Fives 3%

     

    Qu’en est-il des loyers de ces taudis ? Il est de manière générale moins élevé dans les communes annexées que dans l’ancien Lille : en 1843 une chambre se loue entre 6 et 7 francs par mois et une cave 6 francs (le gain d’une semaine de travail pour un filtier). En 1857, le loyer d’une chambre au cour du Vert bois coûte 54 francs par trimestre. En 1870, le loyer mensuel est en moyenne de 9 francs à Wazemmes, à Fives une chambre mansardée coûte 4 francs par semaine.

    (A noter qu’il existait un impôt sur l’air pour les caves dotées d’une fenêtre !!)

     

    Les courées insalubres ont été détruites au 20ème siècle. Il reste aujourd'hui quelques courées que l'on peut voir sur Lille comme la cité Pottier ou la courée Impérator . Elles sont toutes rénovées, coquettes et dotées de tout le confort moderne !!

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    cours Vilain avec sa maison de maître et ses 11 habitations

     

    L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq

    cité Pottier

     

    Sources

    http://ancovart.lille.free.fr/spip.php?article74

    http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=4432

    http://lillesaintsauveur.blogspot.fr/2014/11/saint-sauveur-mode-demploi.html

    Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard

    Cours, courées et corons de Philippe Guignet

    Les caves médiévales de Lille de Jean Denis Clabaut

    http://www.lilledantan.com/index.html

    Les courées de Roubaix de Jacques Prouvost

    http://www.nicolasbouleau.eu/wp-content/uploads/2015/03/Lenvers-de-la-ville.pdf

    http://www.ina.fr/video/CAB97007131 = reportage de 2mn sur les courées

    Vivre à Lille sous l'ancien régime de Philippe Guignet

     


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