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    description du presbytère

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 5 - Description du presbytère

    Ancien presbytère de Rumegies converti en maison et situé 95 rue Alexandre dubois

    « La maison est bâtie sur 600 de terre qu’on appelle le presbytère. […] Le puit est fort mal placé au milieu du jardin. Ce même puit a foncé et péri en 1692. Il est vrai qu’on dira qu’on a fort mal fait en le rebâtissant au même endroit. On s’en est aussi repenti, mais voici pourquoi on l’a laissé là : le puit étant foncé, en le refaisant à la même place on gagnait puisqu’on reprenait les mêmes matériaux, de même temps on faisait le trou. C’était où perdre les matériaux qui sont extrêmement de prix ici ou faire plusieurs trous pour un, ce qui aurait coûté encore beaucoup davantage, puisque personne n’en a voulu faire les frais, si ce n’est le curé.

     

     […] Pour ce qui est presbytère, il était pendant Monsieur le Grand bien planté ; mais comme il fut trois ans malade, obligé d’entretenir un desserviteur, on dit qu’il était pauvre et qu’il fut obligé de faire abattre les arbres du jardin pour chauffer. Cela est pardonnable quand il faut. Ensuite le successeur en a planté partout où il manquait. Quelques malveillants, quelques mécontents libertins les ont venu de nuit tous couper, en 1688, le 25 novembre. [….]

     

    Il y avait une méchante haie de fuseau et de noir cerisier entre le labeur et le petit jardinet ; on en a planté une de charme avec deux cabinets aux deux debouts (extrémités) […]

     

    Pour ce qui est de la boulangerie il y avait une cheminée de terre qui faisait chaque fois craindre pour le feu. Dans le temps qu’on rebâtissait le puit on a de même temps abattu la cheminée de terre pour en faire une de briques".


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  • Le journal du curé nous relate également un épisode des plus surprenants : un miracle !

     

    En effet un certain jean Claude Nerré surnommé La Violette, français natif d’orléans, soldat de l’infanterie de l’armée du Dauphin, est mort le 1er novembre 1693 à l’hôpital royal de Marvis à Tournai. Il avait eu la jambre brisée à Leuze alors qu’il essayait de voler les légumes d’un paysan.

     

    or, on oublia de l’enterrer et quand on y pensa 3 jours après son décès , on lui trouva un teint vif et coloré. IL fut également constaté que les toutes les parties du corps étaient souples. On crut derechef à un miracle et les Tournaisiens commes les gens des villes voisines vinrent voir ce prodige.

    « ce jour là c’est-à-dire le trentième après sa mort, moi-même qui écris ces lignes, je l’ai vu le visage encore coloré et tout le corps souple et, ce qui vaut mieux, ne dégageant aucune mauvaise odeur (pas plus d’ailleurs que de bonne). Seule autour du nombril une tâche un peu noire de putréfaction apparaissait. Dès qu’on vit cela on l’enterra. Il repose dans le chœur de l’hôpital, inhumé dans un cerceuil de plomb donné par l’abbé de St Martin de Tournai. [...] Jusqu’à ce jour il n’a fait aucun miracle que je connaisse. »

     

    A noter que l'on écrivit la vie de ce Nerré dès son enterrement dans un ouvrage intitulé "le soldat chrétien"  (réimprimé encore en 1747 à Tournai).

    Hôpital militaire de Marvis à Tournai


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  • Le curé Dubois note la négligence des paroissiens à fréquenter les sacrements, à assister à la messe du dimanche et aux vêpres surtout quand il fait beau et que les travaux agricoles se font pressants :

    « le deuxième défaut des paroissiens de Rumegies est une certaine négligence ou tiédeur dans les affaires du salut, par exemple négligents au dernier point à fréquenter les saints sacrements, à fréquenter les saints offices qui se font dans la paroisse, point de scrupule de ne point entendre la sainte messe, d’une négligence qui va jusqu’au mépris pour fréquenter les vespres, particulièrement lorsque le temps est beau ; car l’hiver quand ils ne savent que faire ils y viennent mais toujours tardifs et quand il fait beau temps à peine trouve t on bien tard des personnes pour sonner . »

    Dans le même temps, il note également que les habitants sont âpres au gain mais tous travaillent dur et tous font l’aumône : « je crois que Dieu les sauvera par ce moyen ».

    Cette générosité était d'ailleurs si notoire qu’elle attirait les mendiants de partout : « il faut aller mendier sur la terre de St Amand ; ce sont des gueux,  ils donnent plus que les autres ».

     

    Gueux signifient ici hérétiques, protestants : cette réputation date du siècle précédent, siècle durant lequel la région avait été soumise à une forte influence protestante. Toutefois un siècle plus tard il ne reste que quelques familles protestantes à Rumegies. Il s’agit d'ailleurs du premier défaut des paroissiens aux yeux du curé : « comme ce village fut négligé autrefois, soit pendant les guerres ou autrement, il y en a qui ont toujours dans leur cœur de vieilles erreurs [foi protestante], qu’ils ne sauraient soutenir qu’à cause qu’ils l’ont ouï dire de leurs pères et qu’ils soutiennent mordicus comme par exemple qu’on peut être sauvé en toute sorte de religion, etc. »

     

    Le troisième défaut des paroissiens est « qu’ils sont attachés avec trop d’affection aux biens temporels (affectionnés aux choses de la terre , c’est pourquoi on les trouve cruels, adonnés au blasphème et têtus)".

     

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 3 - Les défauts des paroissiens de Rumegies

    Ferme au 57 rue Alexandre Dubois à Rumegies et datant de 1758

     

    Note sur les mendiants :

    Le 20/10/1693 une odonnance sur les mendiants fut promulguée visant les pauvres qui n’étaient pas en état de gagner leur vie : défense absolue leur était faite de demander l’aumône. Leur subsistance devait être assurée pendant 7 mois aux frais de chaque paroisse et pour ce faire un rôle devait être établi de tous ces indigents et une estimation des sommes nécessaires calculée de façon à ce  que tous les habitants soient taxées à proportion de leur bien.

     


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  • Les annotations du curé Dubois commencent par l’incendie du presbytère : en effet la maison du curé a été brûlée vers 1670 par Gaspard Ficelle dit Pain de soil (pain de seigle) parce que le curé Antoine le Grand lui avait refusé une ordonnance sur la Pauvreté (l’aide de la table des pauvres) prétextant pour cela que son encre était « engelée ».

     

    [… ]« il serait trop long de déduire le reste de la malheureuse destinée de cet incendiaire qui fut tué dans une autre occasion également noire, lorsqu’il allait mettre le feu à une moie de (meule) de blé et après avoir tué le censier du Praiel, nommé Hubert Couteau. Il fut tué lui-même de la manière la plus tragique, plus que vingt personnes du village ayant trempé leurs mains dans le sang de cet homicide, immédiatement après qu’il eut trempé les siennes dans le sang de ce pauvre censier.

     

    Monsieur le Grand était déjà tout âgé lorsque sa maison fut brûlée. Ce pourquoi il ne s’est guère mis en peine de la faire bien rétablir. Le village lui a donné 300 florins avec quoi il fait bâtir une pitoyable maison, les sommiers n’étant élevés du pavé que de quatre pieds, le pavé de terre, mal couverte et fort mal comprise, tellement que le successeur fut contraint à son arrivée de faire un nouveau pavé jusqu’à ce que monsieur l’abbé de St Amand en fasse une toute nouvelle. […]

     

    Ce ne fut pas de même de la grange car on n’en a point bâti de nouvelle ; on a même attendu jusqu’à ce que fusse venu un nouveau curé. Alors l’août ensuivant 1687, monsieur l’abbé de St Amand a donné permission d’abattre des arbres au long des grands chemins pour le commencement d’une nouvelle grange. C’est de quoi on d’est repenti parce qu’on s’est attiré autant d’ennemis qu’on a coupé d’arbres. Le village a donné pour cela 100 florins, et 300 livres qu’il en a coûté au curé. On a bâti la grange à l’endroit où il y en avait eu une  »


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     Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 1

    Rumegies est un village aujourd’hui de 1 187 habitants qui appartient au canton de Saint-Amand et à l'arrondissement de Valenciennes. Il se situe précisément à 8km de St Amand dans le Tournaisis.

     

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 1

    Au XVIIème siècle siècle, cette localité faisait partie de la seigneurie de Saint-Amand, qui regroupait le bourg abbatial et 9 villages des environs : Lecelles, Nivelles, Rosult, Rumegies, Saméon, Sars et Rosières, Thun, Bléharies et Maulde.

     

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 1

     

    Population : En 1673 à l’issue d’un dénombrement à but fiscal, on sait que le village compte 754 habitants

    En comparaison, St Amand à cette époque compte 3 010 habitants.

     

    Quid des autres villages ?

    Lecelles = 346 habitants

    Nivelles = 415 habitants

    Rosult = 327 habitants

    Saméon = 554 habitants

    Sars-et-Rosières =240 habitants

    Thun = 102 habitants

    Bléharies = 189 pour la Terre de Saint-Amand et 313 pour tout le village

    Maulde 74 pour la Terre de Saint-Amand et 361 pour tout le village

     

    La seigneurie dans son ensemble aurait donc compté 6 011 habitants

     

    Rumegies est donc un gros village à l’époque.

     

    Historiquement la seigneurie de St Amand était terre française jusqu’en 1521 puis devint un temps espagnole pour revenir définitivement à la France en 1668.

    En 1713 lors du traité d’Utrecht, Louis XIV dut abandonner Tournai et le Tournaisis à l’exception de St Amand et de ses dépendances dont Rumegies.

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 1

     

    Composition de la population de Rumegies en 1673

    25 familles de censiers et laboureurs

    15 familles de ménagers

    35 familles de manouvriers

    4 familles de bergers

    3 familles de charretiers

    2 familles de maréchaux

    32 familles de fileurs et fileuses dont un fileur de sayette (il préparait le fil pour la fabrication de la sayette, une étoffe grossière)

    17 familles qui sont qualifiées de pauvres ou mendiants

     

    Alexandre Dubois, curé de Rumegies de 1686 à 1739, avait 31ans lors de sa prise de fonction ; il mourut à 84 ans.

    Avant lui il y eut :

    François Lefebvre = 1613-1634

    Gilles Waterloop = 1634-1659

    Antoine le Grand = 1659-1686

     

    Les annotations que le curé Dubois fait dans les registres paroissiaux indiquent qu’il est au courant de ce qui se passe en France et en Europe : il a connaissance de la déclaration de guerre de Louis XIV contre l’Espagne en 1690, déclaration qu’il cite in extenso, il suit les mouvements des armées en Europe, il énumère les ordonnances fiscales ainsi que les bulles et autres condamnations papales, a vent des ragots circulant dans les diverses capitales … Bref l’information circule, pas forcément rapidement mais elle circule, même jusqu’à un petit village perdu au fin fond du Tournaisis.

     

    Que sait on d'autres sur Rumegies?

    En 1673, le mayeur de Rumegies est un nommé Pierre du Gaucquier, en fonction au moins depuis 1666. Sa carrière est mouvementée car en 1666 il tua son beau frère, Nicolas Simon, lors d’une dispute.  Il fut banni mais obtint en 1667 le droit de résider pendant 6 mois en terre contentieuse (partie de la seigneurie de St Amand située sur la rive droite de la Scarpe : l’abbé y avait le privilège d’y accueillir les bannis à charge pour ceux-ci de obtenir une lettre de rémission du roi)

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 1

    Abbaye de St Amand au 17ème siècle

    Hubert Couteau le remplaça mais avait très mauvaise réputation, "était enclin à la chicane, ne cultivait pas un cent de terre"  (un cent = 7ares 62 à St Amand)

    En 1673 Pierre du Gaucquier reprend sa charge jusqu’en 1686, année de son décès.

    Son successeur Arnoul Demory exercera sa charge pendant 32 ans ; l’un de ses fils Pierre sera assassiné au cours d’une rixe par son meilleur ami en 1696 (voir plus loin la description qu'en fait le curé Dubois).

     

     


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