• Hygiène personnelle

    Comme vu dans mon précédent article sur l'hygiène au XIXème siècle, la notion de propreté sous l'Ancien Régime n'était pas tout à fait celle que l'on a aujourd'hui : à cette époque, propreté = changement fréquent de linges.

    Raison pour laquelle les inventaires révèlent d'importantes quantités de vêtement de dessous et ce, dans toutes les couches sociales : une dizaine de chemises et trois paires de bas chez les artisans, deux à trois fois plus chez les marchands, plusieurs dizaines chez les plus riches bourgeois et les nobles.

    La toilette se limitant aux parties visibles du corps (le visage et les mains), l'équipement est réduit au plus strict minimum : quelques grands bassins et cuvettes et des pots à eau.

    L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse

     

    L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse

     

    Au cours du XVIIIème siècle, le goût des ablutions, nous l'avons vu, se répand chez les nobles et les riches bourgeois. Logements de ces riches personnes disposent souvent à cette époque d'un cabinet de toilette : à la veille de la Révolution, tous les hôtels de parlementaires en possèdent au moins un voire plusieurs comme c'est le cas pour le premier président qui en possède 6.

     

    L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse 

    exemples de mobiliers pour le bain avec le chauffe bain au premier plan à droite, un bidet, une baignoire et une chaise percée            

     

    On y trouve des tables de toilettes surmontées de miroirs et garnies de peignes, brosses, étuis à savonnettes, plats à barbe, rasoirs, ciseaux, fers à friser, boites à poudre, flacons de parfums, draps et serviettes de toilette et des bidets de bois ou de faïence.

     

    L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse cabinet de toilette, château de Fontainebleau

     

    Les cabinets de bains, munis de baignoires en bois doublé de plomb ne se rencontrent que chez la moitié des parlementaires. Celui du président Emmanuel de Boyer-Drudas de Sauveterre (1725-1789) offre un confort unique à Toulouse avec sa chaudière de cuivre posée sur un fourneau et son réservoir pour l'eau froide.

     

    Quid des bains publics ? Au XVIème siècle, ces bains ont mauvaise réputation et sont soupçonnés de favoriser la diffusion de la peste.

    Au XVIIIème siècle au contraire on conseille les bains de santé; Cinq bains publics sont installés de part et d'autre de la Garonnette (il s'en implante plusieurs dans la rue des Couteliers, à cause de la proximité de la Garonnette,mais à la suite de l'ouverture de bains publics mixtes (anciens no 11 et 21), la rue devient un des hauts lieux de la prostitution toulousaine) et un sixième faubourg Saint Etienne, au pied du coteau de Guilhemery. Il s'agit des bains de la  Baraquette, ouverts en 1769 par le manufacturier Debru. On y sert des cafés, du chocolat, des sirops. les bâtiments sont environnés de jardins et de fontaines. Les salles individuelles pour hommes et femmes contiennent un lit de repos et une baignoire alimentée par deux robinets (eau froide/eau chaude) et un thermomètre pour vérifier la température de l'eau.

    L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse

     

    Sources :

    Vivre à Toulouse sous l'Ancien Régime de Michel Taillefer 

    Entre tradition et modernité, les intérieurs toulousains au XVIIIème siècle de Christine Dousset

     


    votre commentaire
  •  

    Dans les pays industrialisés, une des transformations  majeures dans les moeurs du XIXème siècle fut le changement de comportement aussi bien en terme de salubrité publique que d’un point de vue personnel.

    En effet il faut comprendre que pour les siècles précédents l'hygiène n'était pas une priorité. L'odeur émanant des rues était atrocement nauséabonde. Et pour cause : les déchets jonchaient ces rues, les pots de chambre étaient jetés par les fenêtres. Les rats, friands de la saleté, et porteur de maladies, vivaient en osmose avec l'Homme. Par ailleurs, jusqu’au XVIIème siècle, l’eau n’est pas considérée comme un élément "bienfaiteur" et on se trouve dans une logique de propreté sèche : on se lave les mains et le visage à l’aide de linges humides et parfumés. Parfum, maquillage et coiffure sont autant d’artifices permettant de masquer les odeurs et de pallier au manque d’hygiène. La propreté passe désormais par le changement régulier du linge de corps et par la blancheur des parties visibles de ce linge (col et manche).

    Le XIXème siècle, lui, est celui de la révolution hygiénique. On vante les vertus du bain, on rouvre les bains publics qui avaient disparus au XVIème siècle.

    Ce changement de comportement est aidé des travaux de Pasteur qui démontrent l’existence des microbes, ceux-ci proliférant sur un terrain non hygiénique, faisant le lit de nombreuses maladies.

    La propreté permettrait d’éradiquer les maladies.

    A la fin du XIXème siècle, le triomphe de la révolution sanitaire est maximal. Alors que l'on note deux épidémies de choléra durant le milieu du XIXème, ces épidémies deviennent de plus en plus rares, notamment grâce à l'apparition des vaccins, mais aussi, et surtout, grâce aux mesures d'asepsie qui sont désormais prises. La durée de vie augmente de façon radicale. De même une baisse de la mortalité infantile est observée en cette fin de siècle.

    Le grand gagnant de cette révolution sera le savon. Celui-ci est connu depuis longtemps mais il a connu un essor exceptionnel au XIXème siècle grâce d’une part à la révolution industrielle (de nouveaux procédés de fabrication sont mis au point par exemple) et à ces nouveaux comportements en matière de propreté.

    A partir de 1880, des manufactures sont capables de produire plus de 12 500 tonnes de savon par an.

     

    L'hygiène au XIXème siècle

     

    Mais revenons à notre toilette individuelle : le XIXème remet donc l’eau au goût du jour. Cette eau tant méprisée par l’Eglise car permettant la luxure et le plaisir via notamment les étuves. Cette eau qui fait peur car elle véhiculerait les maladies en dilatant les pores de la peau.

    Bref, le Siècle des Lumières sera plus lucide et donnera une nouvelle vision du rapport à l’eau et imposera un retour à la nature. Exit les fards, les poudres et autres pommades parfumées.

    Retour aux ablutions dans le cabinet de toilette, à l’abri des regards et ce, dès le XVIIIème siècle. La toilette devient une affaire en effet plus intime (n’oublions pas que Louis XIV allait « sur le trône » si je puis dire devant des privilégiés de la Cour !). L’aristocratie s’empare de ce renouveau du bain et les premiers cabinets de toilette apparaissent à Versailles. Les baignoires font leur apparition dans de nouvelles pièces dédiées à la propreté et au soin du corps.

     

    L'hygiène au XIXème siècle

    Au 19ème siècle, la salle de bain se démocratise dans les appartements bourgeois des villes. Une salle est dédiée entièrement aux ablutions. Les progrès technologiques (eau courante et gaz) vont accélérer cette progression. Soyons réaliste toutefois, la toilette se fait pour la plupart des gens, les moins aisés, les ouvriers, les employés, dans la chambre ou dans la cuisine pour avoir un peu de chaleur, avec une bassine et un broc ou dans un tub. Pas de salle de bains encore pour eux.

    La baignoire du XIXème siècle est en bois, en fer blanc ou en zinc, ; on commence à importer des USA la baignoire en fonte émaillée et de l’Agleterre la baignoire en terre cuite émaillée.

    Elle est encore profonde et étroite et surtout elle est mobile (on peut d’ailleurs louer une baignoire).

    Dans la mesure où elle est mobile, la baignoire n’a à cette époque ni robinet ni écoulement. On la dispose sur le tapis dans la chambre à coucher, près de la cheminée si possible. La femme de chambre fait chauffer l’eau, la transporte et la verse dans la baignoire.

    Ce nouvel engouement pour la baignoire va ainsi permettre durant la seconde partie du 19e siècle le développement de l’activité des porteurs d’eau : la baignoire à remplir dans les appartements parisiens (et en province). Le livreur transporte des seaux d’eau chaude sur une charrette, les monte à l’étage, redescend chercher l’eau froide dans la cour. « Il n’a pas le droit de rester dans l’appartement pendant le bain et se repose sur le palier ». Puis il vide l’eau sale dans la cour ; si par malheur, il renverse une goutte d’eau, il perd son pourboire.

    Ça c’est pour le remplissage et l’écoulement et la solution trouvée reste peu pratique. On va essayer de trouver autre chose mais il n’y a pas 36 solutions : il va falloir mettre de la plomberie autour de la baignoire ; elle va donc devenir immobile et on va devoir dorénavant lui trouver une place pérenne d’où l’invention de la salle de bain.

    Et là les architectes et industriels (anglais surtout) vont rivaliser d’imagination pour créer des pièces luxueuses avec motifs peints ou encastrés dans la boiserie avec tout le confort moderne : baignoire, lavabo, bidet, wc. Les Américains vont simplifier tout ça en adoptant un plan rationnel sur une surface réduite sans ornementations superflues : les pieds de la baignoire disparaisent, la plomberie du lavabo est englobée dans son support, carrelage au mur et au sol, couleur blanche. La salle de bain ne va malgré tout pas envahir les habitats populaires de suite. Elle reste un luxe réservé à des familles aisées.

    L'hygiène au XIXème siècle                                                                                                                 

    L'hygiène au XIXème siècle                                                                                                                 

     

    Quid maintenant du chauffage de l’eau ? On va chercher à chauffer l’eau sur place : un petit fourneau portatif à pétrole , gaz ou charbon est installé à proximité. On essaie aussi de placer des brûleurs à gaz sous la baignoire. En 1868 le geyser à gaz est inventé : l’eau est chauffée dans un réseau de circulation en serpentin).

    Ce qui reste curieux est que l’on va d’abord chercher à chauffer l’eau pour se laver avant de chauffer l’eau de la cuisine. En 1921 par exemple, les appartements ouvriers du Pré d’Ouchy à Lausanne disposent d’un chauffe eau à gaz dans la salle de bain tandis qu’il n’y a que de l’eau froide dans la cuisine !

    Il est à noter que César Ritz est le premier hôtelier à prévoir une salle de bain et un WC par chambre dans son tout nouvel établissement, le Ritz, place Vendôme à paris, ouvert en 1898. Comble du luxe à l’époque.

    Nous avons vu plus haut que la salle de bain était essentiellement réservée aux gens aisés. En 1954 par exemple, la moitié des logements français ont l’eau courante, mais seuls 25% d’entre eux possèdent une salle de bain. En 1962, le taux d’équipement des salles de bain passe à 30%, et en 1992, 93,4%. En 1973, 70% des logements ont un wc intérieur. Il faut attendre la fin des années 1980 pour que la quasi-totalité des Français bénéficie de l'eau courante à domicile.

    Mais qu’à cela ne tienne : pas besoin de salle de bain pour se laver ! Un manuel d’économie domestique « Chez nous » publié en 1933 précise : « il ne faut pas prétexter pour se dispenser de cette toilette qu’on a pas la douche ou le tub ou la chambre de bains nécessaire ! Pas besoin de tout cela. Il suffit d’une lavette trempée dans une cuvette pleine d’eau et passée rapidement sur tout le corps ».

    Le terme « rapidement » est là très important : on ne doit pas se laver n’importe comment, morale oblige !

    L'hygiène au XIXème siècle

    Et que dire du bidet ? Cette chose un peu bizarre et finalement peu utilisée de nos jours … Ce n’est que progressivement que le bidet va entrer dans les mœurs et ceci, grâce à deux catégories de personnes : les courtisanes (des plus raffinées aux maisons closes) et l’aristocratie.

    On retrouve dans les deux cas le même souci de l’hygiène de ce que l’on ne nomme pas à l’époque ou par périphrase : les parties honteuses, les parties à la base du corps, les parties réputées les plus sales...

     

    L'hygiène au XIXème siècle - 1

    La toilette intime ou la Rose effeuillée de Louis Léopold Boilly

    Mais attention, le bidet, en plus d’être un objet utile, nécessaire à l’hygiène, doit être un bel objet, aristocratie oblige …. Et bidet va progressivement trouver ses lettres de noblesse grâce à la révolution hygiénique/hygiéniste. Mais cela ne sera pas malgré tout du goût de tout le monde !

    Au XIXème siècle en effet le bidet semble entrer dans les mœurs : Napoléon lui-même en détient plusieurs spécimens, dont on trouvera mention dans le testament qu’il dresse à Saint Hélène.

    Mais s’’il devient évident qu’une bonne hygiène passe par le bain, celui des parties génitales reste encore un tabou.

    Ce sont les ouvrages qui traitent des relations du couple qui en parlent le plus. Ils sont spécialisés dans l’hygiène du mariage et prodiguent des conseils pour éviter la désunion. Parmi les raisons identifiées de celle-ci, la mauvaise hygiène des femmes : « Que de femmes ne doivent leur abandon qu’à cette négligence des soins du corps ! » (Dr Degoix, Manuel d’hygiène du mariage, vers 1850).

    Mais le bidet est décrié justement pour cet usage ! C’est dans les milieux conservateurs voire dévots que l’on y trouve ses plus ardents opposants. On trouve parmi les avis médicaux des affirmations relatives à la nocivité des rapports sexuels (le bidet est donc lié aux ablutions post-coïtales). Ces rapports, par la perte du liquide séminal, affaiblirait l’homme. Trop de rapports sont donc à proscrire. Et c’est là un des arguments les plus modérés à l’encontre de l’hygiène intime !

    L'hygiène au XIXème siècle

    Prenons l’éducation des jeunes femmes, confiées aux ordres religieux en bonne partie durant le premier XIXème siècle. Les anecdotes sont nombreuses, révélant que les jeunes filles ne se lavent quasiment pas et surtout pas les parties honteuses, même lorsqu’elles ont leurs menstrues. Par ailleurs, le bidet, par la toilette intime qu’il permet, est considéré comme un instrument de contraception et ce, dès le début. En effet, dans les maisons de charme, il est très rapidement imposé à chacune des pensionnaires.

    Mais ce dont on a surtout peur au XIXème siècle, c’est de l’onanisme, qui selon les règles de l’Église est un péché puisque le rapport sexuel n’a pour fonction que la reproduction. Le plaisir solitaire est donc le comble de la luxure. Les femmes sont, dans leur pratique hygiéniste, ici particulièrement visées puisque la position sur le bidet, les gestes nécessaires à la toilette développent envies et appétits… Pour conforter cette vision, on trouve dans la littérature érotique voire grivoise et plus populaire, nombreux récits mentionnant le bidet comme instrument érotique (scènes classiques de la toilette assistée par une servante ou une amie qui s’attarde plus que nécessaire..).

    Le bidet, plus qu’un objet, est finalement le révélateur des valeurs morales qui traversent la société.

    L’assiette au beurre ne s’y trompe pas, nous livrant une caricature de Jossot (1907), représentant un ecclésiastique en arrêt devant la vitrine d’un herboriste dans laquelle figure un bidet . Celui-ci s’exclame "Faut-il être sale pour se laver le derrière !".

    Dans le même temps les pouvoirs publics investissent dans de nouvelles infrastructures dédiées à l’hygiène du corps. Les établissements de « bain douches » se multiplient partout en France à l’initiative des municipalités ou d’entreprises paternalistes soucieuses de mettre à disposition de leurs ouvriers des lieux dédiés à la propreté. Sous la Deuxième République, l’hygiène est encore une notion balbutiante : les Français de l’époque goûtent encore rarement aux délices du bain, avec une immersion tous les… deux ans en moyenne. Mais l’hygiène publique est en effet l’affaire de tous. En témoignent les premières publicités pour le savon, la multiplication des manuels d’hygiène et l’instauration de cours d’hygiène obligatoires à l’école.

     L'hygiène au XIXème siècle un balayeur en 1900

     

    Les bain douche ne seront bien sûr pas suffisant. Dans sa Topographie médicale de Paris de 1822, le Dr Claude Lachaise suppose que « les émanations qui s’élèvent de rues étroites, bourbeuses et encombrées » et « l’accumulation de familles nombreuses dans la même maison, souvent dans la même pièce » sont des causes spécifiques à la ville susceptibles d’influer sur sa salubrité. Pour la première fois, on considère les cloaques à ciel ouverts que sont encore les égouts parisiens comme des problèmes sociaux et médicaux. C’est toute l’architecture et l’organisation des villes qui est à revoir (percement de grandes artères, tout à l’égout, eau courante …).

     

    Quid de l’hygiène buccale ? Les premières recommandations hygiéniques de la bouche apparaissent à partir du 18ème siècle ainsi que la production industrielle des eaux dentifrices et la diffusion de la brosse à dent. Celle-ci existe depuis 1498 mais il faut attendre le règne de Louis XV pour qu’elle fasse son apparition à la Cour. Elle va connaître un véritable essor grâce à Bonaparte qui se brossait régulièrement les dents et imposa la brosse à dents dans le paquetage des soldats en 1790, développant ainsi sa commercialisation.

     

    Mais ne nous y trompons pas, du 17ème au 19ème siècle, l’hygiène bucco-dentaire est réservée à une minorité de privilégiés. En 1800, à Paris seuls quarante dentistes reconnus sont recensés pour une population de 700 000 habitants.

    Comment les hommes se rasaient ?

    Se raser est un acte de propreté spécifiquement masculin qui porte le nom de pogonotomie, terme inventé par le créateur du rasoir à rabot, ancêtre du rasoir de sureté, Jean-Jacques Perret.

     

    L'hygiène au XIXème siècle

    Un nécessaire de toilette pour le rasage est composé d’un bassin ou d’un plat à barbe, d’une boîte à éponge, d’une boîte à savon, d’un blaireau, d’un rasoir et d’un cuir pour l’affûtage. On utilise une brosse pour appliquer le savon à barbe à partir du 18ème siècle.

    Le premier coupe-chou à lame pliante dans le manche serait apparu au 17ème siècle.

     

    À l'origine, le mot désignait un sabre court à lame pliable utilisé dans l'infanterie. Il deviendra l’instrument de rasage par excellence touchant toutes les classes sociales.

     

    En 1904, l’américain King Camp Gillette brevète un système plus hygiénique de rasoir à lame jetable. Le rasoir électrique quant à lui est mis au point par Jacob Schick dès 1928.

     

    En conclusion,

    L'hygiène au XIXème siècle

     

     Sources

    Le propre et le sale de Georges Vigarello

    Propre en ordre : habitation et vie domestique 1850-1930 : exemple vaudois de Geneviève Heller

    Le confident des dames de Julia Csergo et Roger Henri Guerrand


    votre commentaire
  •  

    « Être indisposée », « avoir ses ours », « ses Anglais », « ses culottes françaises », … comment faisaient nos aïeules ?

     

    La question semble incongrue tellement nous sommes habituées, nous les femmes, à une panoplie variée de protections en tout genre comment faisaient nos aïeules pour recueillir leur flux menstruel ?

    N’oublions pas que les règles étaient considérées comme une façon d’évacuer par le sang les déchets et autres impuretés. Elles étaient donc nécessaires pour éviter que la femme ne développe des pathologies nerveuses ou physiques mais elles étaient quand même mal vues.

    Les règles sont en effet nécessaires à la santé des femmes d’après moult médecins et ceci depuis Hippocrate tout de même ! En 1835, dans le dictionnaire de médecine pratique, Martin-Solon12 prescrit de hâter l’apparition des menstrues chez la jeune fille impubère qui serait irritable, capricieuse, triste ou dépressive par l’application de sangsues à la vulve et à l’anus. Si les symptômes persistent, la saignée traditionnelle s’impose alors. D’ailleurs pendant la grossesse on est inquiet : pourquoi la femme n’a-t-elle plus ses règles. Est-ce que cela peut être dangereux pour elle ? et pour le bébé ?

    Jusqu’au XIXe siècle, deux écoles vont s’opposer, l’une prescrivant à la femme des saignées pour aider à évacuer le sang vicié, l’autre pensant que l’aménorrhée est un phénomène naturel et nécessaire à la vie du foetus.

    Surtout on ne savait pas vraiment ce que c’était. N’oublions pas que c’est seulement au milieu du XIXe siècle, que l’on découvre le phénomène de l’ovulation et que l’on commence à lui assigner un rôle dans l’apparition des règles. Mais même en commençant à comprendre ce mécanisme, les préjugés populaires ont la vie dure surtout quand ils sont relayés par la classe médicale qui est encore loin de comprendre ce que sont réellement les règles.

    Du coup bien des thèses de médecine consacrées à la menstruation font une large part aux traditions, aux croyances superstitieuses, voire aux interdits religieux entourant la femme indisposée.

    Ainsi l’Eglise précise que la femme qui a ses règles doit se laver localement, mais aussi prendre un bain complet ; pendant cette période, elle doit être isolée, et « il est interdit à l’homme de reposer avec elle dans le même lit.

    Les effets délétères que l’on attribue (tant l’Eglise que la science médicale) à la femme indisposée sont des plus divers : « Aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur-le-champ et prennent une odeur repoussante (observations de Pline l’ancien).

    « Dans bien des régions de la France contemporaine en effet, on pense que la femme, pendant la menstruation, possède le pouvoir de faire pourrir la viande, notamment la chair du cochon : ainsi, « ces jours-là » du mois, c’est le mari qui descend au saloir, sous peine de mettre en danger la réserve de viande de toute une année. Parfois, ce n’est pas seulement le contact mais le regard même de la femme indisposée qui peut provoquer la catastrophe : en Limousin, au début du xxe siècle encore, aucune femme ayant ses règles n’approche les ruches car un essaim entier pourrait mourir d’un seul de ses regards. Ailleurs, dans le Nord de la France, ce sont les raffineries de sucre que l’on interdit aux femmes au moment de l’ébullition et du refroidissement du sucre, « car s’il s’en était trouvé une parmi elles ayant ses règles, le précieux produit aurait noirci » ; en effet, « le sang menstruel est noir » et pourrait compromettre irrémédiablement l’opération de raffinage».

    Lorsque les femmes se sont émancipées et ont voulu travailler dans toutes les strates de la société, il fut alors nécessaire de prouver que les femmes réglées étaient moins efficaces au travail :

    Ainsi, le discours prononcé en Belgique, en 1946 lors de la rentrée judiciaire par le procureur général, M. Delawayde, intitulé « la femme magistrat » illustre bien ce propos: « Plus faible physiquement, la femme a […] un lourd handicap du fait des menstrues, de la grossesse et de la ménopause. […]

    Les psychologues notent que, pendant ces époques, la femme est encore plus impressionnable, plus susceptible, moins maîtresse d’elle-même, plus soumise à des excès de […] dépressions pouvant aller jusqu’aux troubles mentaux. Menstruation et grossesse peuvent faire tort à ses capacités

    de discernement. La femme est plus portée aux crimes à ce moment. […] Le sexe faible est nettement défavorisé du fait de sa physiologie et de sa psychologie. Or la justice veut des idées claires et non du sentiment ou même de l’intuition. […] Il faudra installer au Palais une pouponnière avec nurse et suspendre les audiences aux heures de têtée. […] Que fera-t-on quand une femme magistrat sera prise de vomissements incoercibles ? […] Et quand une présidente grosse de huit mois devra présider son tribunal avec le roulis d’une frégate désemparée? Ce sont là des complications prévisibles et peu favorables aux prestiges. […] Les autres revers du caractère de la femme, tels le manque de logique, l’entêtement, l’amour du colifichet et des toilettes, découlent de faiblesses fondamentales de la mentalité féminine. » Histoire de règles : Entre religion et médecine (Cécile Audouard)

     

    Comment se protéger ?

    Les Egyptiennes en 1550 avant JC, plaçaient des bandes ouatées dans leur vagin.

     

    Hippocrate nous apprend qu’au Vème siècle avant notre ère, les femmes confectionnaient des tampons pour absorber leur flux avec des morceaux de bois entourés de fibres. Enfin, à Rome on utilisait de la laine, au Japon du papier, en Indonésie des fibres végétales.

     

    La religion chrétienne considéraient quant à elle que l’insertion d’un objet dans le vagin était un pêché donc pas de protection interne et de toute façon pas de protection externe non plus.

     

    La plupart des femmes, semble-t-il, fabriquaient elles-mêmes leurs protections périodiques avec des tissus ; c’était des linges spécifiques utilisés que pour cet usage.

     

    Mais il s’avère en fait que « Dans les zones rurales, certaines ne portaient ni protection, ni sous-vêtements. Quand elles avaient leurs règles, elles laissaient couler une traînée de sang derrière elles. »

    Les femmes qui se protégeaient étaient minoritaires. En effet, il semblerait que changer de sous-vêtements et les laver était jugé malsain ; on pensait que cela pouvait bloquer le sang ou au contraire augmenter son flux.

    Au XIXème siècle, arrive toutefois la ceinture en caoutchouc, ancêtre de la serviette hygiénique. Les femmes la passent autour de la taille et la ceinture tient entre leurs jambes une serviette éponge.

     

     

    Vient ensuite la serviette hygiénique lavable inventée par Kimberly Clark en 1920 et qui reprend ce qui existait avant : une bande de tissu que les femmes attachent à une ceinture à l’aide d’épingle ou d’attaches ; pas pratique ; et de ce fait peu utilisées. On appelait ça des ceintures sanitaires.

     

    « C’était une bande assez large de peut-être trois centimètres, on y accrochait la serviette avec des épingles à nourrice au centre, puis on mettait un slip par-dessus ça. »

    Publicité pour les ceintures sanitaires

     

      

    Le docteur Earle Cleveland Haas, un médecin généraliste, a quant à lui mis au point le tampon dès 1929. Une visite en Californie lui a permis de trouver une solution. Une amie a mentionné à Haas qu’elle insérait un morceau d’éponge à l’intérieur de son vagin pour absorber le flux menstruel. Il a immédiatement pensé à un matériau, le coton comprimé, qui pouvait fonctionner de façon semblable.

    Le premier tampon avec applicateur est vendu en 1936 mais il a fallu beaucoup plus de temps pour que le produit devienne banal sur le marché.

    En 1963 apparaissent les serviettes jetables en France.

    En 1973, c’est la bande adhésive qui arrive sur les serviettes jetables avec Vania.

    Dans le même temps la publicité pour les serviettes hygiéniques et les tampons est autorisée à la télévision.

    Aujourd’hui les industriels rivalisent d’imagination pour notre confort durant ces moments là. Et nous, nous utilions en moyenne sur une vie entre 10 000 et 15 000 protections de toute sorte au grand dam des écologistes ….

     

    Allez voir cet article très intéressant sur un homme qui a sauvé des femmes indiennes en fabriquant une machine simple et peu coûteuse pour produire des serviettes hygiéniques :

    http://www.slate.fr/life/84553/femmes-regles-inde-arunachalam-muruganantham

     

    Sources

    http://www.mum.org = musée de la menstruation (en anglais)

    Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque de Jean-Yves LE NAOUR et Catherine VALENTI

    http://www.asblcefa.be/cefa/images/pdf/histoire-regles.pdf

    Histoire de règles : Entre religion et médecine (Cécile Audouard)

     


    votre commentaire
  •  

     

    L'ergotisme alimentaire ou mal des ardents ou Feu de St Antoine, feu infernal, feu sacré, peste des extrémités, est une intoxication engendrée par la prise alimentaire de seigle ergoté (l'ergot du seigle est un champignon appelé Claviceps purpuréa, parasite responsable de mycotoxicose). L’ergot de seigle se présente sous la forme d’une excroissance, un sclérote, qui s’accroche aux épis de seigle. Il pousse principalement sur du seigle abimé par des étés très humides.

    Le mal des ardents

     
     
    La consommation de farines préparées avec des grains ergotés engendre l’ergotisme qui provoque des troubles hallucinatoires et des délires avec des convulsions qui ressemblent à des crises d’épilepsie. Dans les cas graves elle entraine une gangrène des extrémités, provoquée par une diminution ou un arrêt complet de l’irrigation sanguine. Les chroniqueurs de l’époque écrivirent que “les malades étaient dévorés par un feu intérieur qui se localisait aux pieds, aux mains, à la poitrine. Puis le corps se desséchait et devenait noir, les extrémités se détachaient et ils mouraient dans d’horribles souffrances".
     
     
    L’intoxication même légère et passagère par l’ergot a des effets abortifs bien connus. Ce fait pourrait expliquer et la faible fécondité et la proportion importante de prématurés qu’on observe dans les régions où, nous l’avons vu, l’intoxication est presque habituelle.
     
    L’ergotisme arrête le lait chez les nourrices, ce qui explique également les taux de mortalité infantile exceptionnellement élevés qu’on relève certaines années dans les villages affectés. Le fait est attesté, par exemple, dans la région de Montauban (archives de Grisolles en Tarn et Garonne rapportées par H. Chaumartin).
     
    « Toutes les nourrices perdirent le lait et moururent beaucoup de petits enfants comme par famine … Il y eut pendant 3 ou 4 mois, savoir depuis le mois de juillet jusque vers l’automne … un certain mal de pieds et de jambes qui, outre la douleur très aigüe et la très grande puanteur, pourissait tellement la chair que les pieds et les jambes et même les bras … tombaient d’eux-mêmes et qu’il se trouva plusieurs personnes sans bras ni jambes ».
     
     
    Au XIème siècle, se constitua une compagnie charitable des frères de l'aumônepour soigner les égrotants qui accouraient de toutes parts se mettre sous la protection de saint Antoine. En 1247 le pape Innocent IV érigea la communauté en ordre religieux hospitalier des Antonins, ou Antonites en Allemagne, selon la règle des chanoines de saint Augustin. Quelques années plus tard, l'ordre devint l'Ordre religieux hospitalier des chanoines réguliers de Saint-Antoine-en-Viennois. Les Antonins adoptèrent la marque du Tau, figurant la béquille des malades estropiés par le feu de saint Antoine. Ils portèrent aussi le nom de religieux de Saint-Antoine du T ou Théatins. L'ordre des Antonins disparaît complètement d’Europe en 1803
     

    Le mal des ardents

     
    La plus ancienne mention de la maladie est celle que fait Flodoard de Reims, chroniqueur, pour l'année 945 dans ses Annales décrit la "Peste du feu" qui sévit à Paris : les malheureux avaient l'impression que leurs membres brûlaient, leurs chairs tombaient en lambeaux et leurs os cassaient.
     
     
    François Quesnay, le médecin de madame de Pompadour, s'est intéressé à la « gangrène des Solognots » et a découvert que la maladie était due à la consommation d'un seigle avarié. Dans les périodes de famine, les paysans consommaient « des grains corrompus et réduits en forme d'ergot de chapon » pour composer leur pain ou leurs bouillies.
     
    « … Par quelle fatalité arrive-t-il que les hommes persuadés qu’il peut leur faire du mal, ne font aucune difficulté de laisser l’ergot dans les grains dont ils se nourrissent ? demandait l’abbé Tessier . Car je ne puis douter de la manière de penser des habitants de la Sologne sur l’ergot. Tous ceux que j’ai interrogés dans le pays m’ont cité des exemples de ses funestes effets sur des personnes de leurs familles.

    Quelle peut être la cause de leur indifférence sur un point aussi essentiel, sinon leur extrême misère qui les rend sourds aux cris du danger ? ».

    A partir du Xème siècle le mal des ardents causa la mort de centaines de milliers de personnes et de nombreuses autres furent brulées ou exécutées sur la place publique car considérées “possédées” par le diable.

    On croyait en effet qu’il s’agissait d’une punition divine et les églises se remplirent et moult processions se déroulèrent. Des pèlerinages furent organisés avec succès : les gens en effet s'éloignaient du lieu de consommation des farines contaminées et étaient pour un temps guéris.

    En 1090 à Tournai une “peste” se déclare; il s’agit certainement d’une épidémie d’ergotisme qui sévit également en Flandre et dans le Brabant. L’évêque Radbod propose au peuple de revêtir l’habit de pénitent, de jeûner un vendredi et de prier Notre Dame. Une procession est constituée dans laquelle les fidèles seront accompagnés des reliques de leurs saints. La supplication est entendue et le fléau cesse. Cette procession se perpétue encore annuellement de nos jours.

    En 1747  commence la grande épidémie qui va sévir presque tous les ans jusqu’en 1764. Elle touche la Flandre, l’Artois (Lille surtout en 1749), la Sologne, le Gatinais, le Limousin et l’Auvergne

     

    Au cours du XIXème siècle, le fléau disparaît. Les progrès de l’agronomie, l’assainissement des sols par des plantations de pins, notamment (exemple fameux de la forêt des Landes), la culture progressive du froment et surtout le développement de celle de la pomme de terre, transformant complètement la nourriture des paysans.

    La dernière en France a eu lieu en 1951, à Pont Saint Esprit dans le Gard, en plein vingtième siècle

     

    Sources

    http://lartdesmets.e-monsite.com/pages/medecine-medievale/l-ergotisme-au-moyen-age.html

    wikipedia

    cehm.toulouse.free

     


    1 commentaire
  •  

     

    Sous l'Ancien Régime 1 enfant sur 4 décède avant son premier anniversaire, 1 sur 2 parvient à l'âge adulte.

    Des crises de surmortalité frappent régulièrement le pays  : elles sont liées aux épidémies, disettes et famines qui frappent après un hiver rigoureux ou un printemps trop humide.

    La crise de 1693 -1694 provoquée par une suite de mauvaises récoltes a entraîné en 2 ans plus d'un million et de demi de décès supplémentaires.

     

    jusqu'au 16ème siècle, la science médicale est avant tout fondée sur des textes anciens : textes d'Hippocrate, de Galien, ...

    La théorie en vogue à l'époque est celle dite des "humeurs" : pour les médecins, le corps humain est parcouru par 4 humeurs, celles ci devant coexister harmonieusement pour que l'individu soit en bonne santé :

    - le sang produit par le cœur : l'Air chaud et humide est porté par le sang

    - la bile jaune produite par le foie : le Feu, sec et chaud, est transmis par la bile

    - la pituite, lymphe ou phlegme produite par le cerveau : l'Eau humide et froide vient du phlegme

    - l'atrabile ou la bile noire produite par la rate : la Terre, froide et sèche est portée par la bile noire

    La médecine de nos aïeux

     

    Chacune de ces humeurs domine lors d’une saison, et lors d’un des quatre âges de la vie.

    L'’élément sang domine l’enfance, le printemps, et donne un tempérament « sanguin », porté au plaisir.

    La bile jaune, chaude et sèche, est l’élément dominant de la jeunesse, elle donne un tempérament « coléreux », plein de « feu ». La bile domine en été.

    L’automne, froid et sec, est la saison de l’âge adulte, dominée par la terre et son correspondant, la bile noire. Le tempérament adulte est « atrabilaire » ou « mélancolique ».

    Enfin, l’hiver est la saison de l’eau, froide et humide, et de la vieillesse. Les personnes âgées sont lymphatiques ou flegmatiques, dominées par la lymphe.

     

    Chaque personne naît avec une prépondérance de l’une ou l’autre des humeurs, qui est le signe distinctif de son caractère. Un sanguin se reconnaît à son teint plutôt rouge, à sa vigueur, à son embonpoint. Un colérique a le teint jaune, un corps sec et nerveux. Un lymphatique sera plutôt maigre et mou, le teint pâle. L’atrabilaire, enfin, est gris, plutôt maigre.

     

    Les médecins expliquent le comportement des individus par le poids respectif de ces humeurs :

    - l'émission de bile jaune provoque la colère

    - l'atrabile amène tristesse et mélancolie

     

    L'abondance et l'insuffisance de ces humeurs seront à l'origine des maladies.

     

    Par ailleurs l'homme est au centre de l'univers et les astres ont nécessairement une influence sur lui nous explique St Thomas d'Aquin.

    Au 15 et 16ème siècle, la médecine et l'astrologie travaillent ensemble : Louis XI demande en 1465 aux médecins et chirurgiens de posséder un calendrier astronomique de l'année car il y voit un instrument d'analyse médicale. Au siècle suivant les médecins des grands consultent les planètes et les étoiles avant de soigner leur patient (Nostradamus par exemple)

    Finalement, l'enseignement d'astrologie disparaitra de l'Université de Paris dès 1660 et la théorie des humeurs sera abandonnée au 18ème siècle.

     

    La théorie des humeurs implique des soins purgatifs, des saignées  et des diètes :

    Le but de la saignée est d'éliminer un excès de sang ou un sang corrompu. Elle se pratique avec une lancette en différents endroits du corps : avant bras, genoux, pieds, extrémité du nez ou de la tempe ...

    La médecine de nos aïeux

    Certains chirurgiens pratiquent plusieurs saignées sur la même personne en quelques jours : en 1761, Tissot écrit que "quelques personnes sont saignées 18, 20, 24 fois dans 2 jours".

    Au 19ème siècle, l'emploi de la sangsue se multiplie en lieu et place de la saignée : entre 5 et 6 millions de sangsues sont utilisées par les hôpitaux parisiens entre 1827 et 1836.

     

    Idem pour le clystère qui va purger le corps en injectant dans les intestins de l'eau ou diverses décoction de plantes.

    S'agissant de la diète, chaque aliment est classé en fonction de ses vertus froides ou chaudes, sèches ou humides. Il en est de même pour les substances médicinales, en particulier les plantes. Le médecin préconisera une alimentation s’accordant au tempérament du malade, mais aussi à son âge.

     

    Ainsi pour la peste, il faut vider le corps des humeurs malsaines : lavement intestinal pratiqué par le barbier avec une vessie de porc jointe à une canule de sureau par un tuyau de cuir avec lequel on injecte une décoction d'herbes, différentes comme mauve, violette, bourrache, scabieuse et sucre.

    La saignée est importante : les bubons seraient le produit de l'humeur venimeuse écoulée depuis l'organe noble le plus proche (foie, cerveau, cœur). La saignée se fera sur la veine de l'ogane en question.

     

    La théorie des humeurs sera abandonné au 19ème siècle (elle sera une dernière fois défendue par le biologiste Auguste Lumière (1862-1954)).

     

    La pharmacopée de l'époque utilise aussi des animaux : par exemple à la fin du 17ème siècle, contre la sciatique ou la paralysie, on prescrit de "l'huile de petits chiens" à base de chiots nouveaux nés, de vers de terre et d'huile, le tout cuit au bain marie.

     Les Jésuites rapportent d'Amérique au 17ème siècle le quinquina : l'écorce de l'arbre soigne les fièvres et connaît un rapide succès dans les milieux noble.

     

    L'un des breuvages les plus connus dans la pharmacopée de l'époque (15-18ème siècle) est la thériaque, un mélange de nombreuses plantes (dont de l'opium) qui apaise et endort.

    Il est censé agir contre toutes les maladies contagieuses : peste, fièvres malignes, petite vérole, morsure de bêtes venimeuses, poison, ...

    La médecine de nos aïeux

     

    Il est utilisé au 19è siècle pour faire dormir les enfants : « L'usage est, dans cette ville [Lille], de faire prendre aux petits enfants auxquels on veut procurer du sommeil, une dose de thériaque appelée dormant. Eh bien, je me suis assuré chez les pharmaciens qui vendent ces dormants, que les femmes d'ouvriers en achètent surtout les dimanches, les lundis et les jours de fête, lorsqu'elles veulent rester longtemps au cabaret et laisser leurs enfants au logis. »Dr Louis René Villermé (1782-1863), "tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, laine et soie".

    La thériaque connaît un véritable âge d'or au 17 et 18ème siècles ; elle est alors préparée de façon publique et solennelle. Elle contient plusieurs substances parmi lesquelles l'opium, la vipère desséchée, la rhubarbe, la valériane, la cannelle, le gingembre, la lavande, la menthe, le navet, la terre sigillée...

    La Renaissance découvre que l'antimoine permet d'élaborer un vomitif efficace qui permettrait d'éviter le clystère. Il a permis de sauver Louis XIV en 1658.

    Le mercure est utilisé dans les maladies vénériennes (des seringues sont fabriquées par exemple pour injecter des sublimés mercuriels dans l’urètre)

    Le blanc rhasis : pommade qui porte le nom d'un médecin arabe du 10ème siècle, auteur d'une encyclopédie pharmaceutique qui a longtemps fait référence. Il s'agit d'une préparation à base de céruse, de cire blanche, et d'huile d'olive. Cet onguent soigne les problèmes de peau, les brûlures, les écorchures.

    La médecine de nos aïeux

     

    L'hyacinthe : minéral doré de la famille des silicates, appelé aussi zircon. Il sert de base à une confection réalisée avec du miel, de la cannelle, de la terre sigillée. Ce remède est prescrit pour tuer les vers intestinaux, pour arrêter les vomissements, et pour remédier aux syncopes.

    La racine de chicorée : elle est transformée en eau, sirop, conserve et est employée pour ses propriétés stomachiques (favorise la digestion), dépuratives (débarrasse l'organisme des toxines) et légèrement laxatives.

     

    Qui soigne?

    Les médecins sont longtemps de peu d'utilité. Montesquieu : "ce n'est pas les médecins qui manquent, mais la médecine"

    Au début du Moyen Age, les moines et les prêtres exercent les activités de médecins et de dentiste. Mais le concile de Tours de 1163 décrète que les interventions sanglantes sont incompatibles avec le sacerdoce ("l'Eglise hait le sang").

    Les médecins qui pour la plupart sont membres du clergé ne peuvent plus pratiquer de chirurgie.

    le Concile de Latran de 1215 confirmera cette interdiction.

    La chirurgie est donc reléguée à un rang inférieur et ce seront des barbiers essentiellement qui pratiqueront les interventions de petites chirurgie.

    Ce sera sous St Louis en 1260 que les chirurgiens auront leur corporation réglementée : celle des barbiers chirurgiens spécialisée dans la saignée, la chirurgie et ... la coiffure.

    En 1268, une division se crée :

    - les barbiers ou chirurgiens de robe courte traitent de la petite chirurgie, les interventions dentaires

    - les chirurgiens de St Côme et St Damien dits de robe longue qui vont se rapprocher des médecins et passer un examen pour exercer

    En 1423, les barbiers ne peuvent plus pratiquer de chirurgie ni d'interventions dentaires.

    En 1465, ceux ci peuvent à nouveau exercer et en 1494, ils peuvent suivre des cours d'anatomie à la faculté de médecine.

    Au 17ème on a encore cette distinction entre les chirurgiens barbiers et les Maîtres chirurgiens.

    En 1794 trois écoles de santé ouvrent : Paris, Montpelier et Strasbourg.

    Elles deviennent école de médecine en 1796 et se transforme en 1808 en Faculté de médecine rattachée à l'Université impériale. Aucune mention de l'art dentaire, celui ci n'étant plus reconnu.

    IL faudra attendre le milieu du XIXème siècle pour que les praticiens puissent s'appeler "médecin dentiste".

    En 1884, l'école dentaire de Paris ouvre.

    En 1892 statut de chirurgien dentiste.

    En 1965 sont créées les écoles nationales de chirurgie dentaire (avant il s'agissait d'écoles privées)

    En 1971, est créé le doctorat de chirurgie dentaire

    En 1984, l'orthodontie devient une spécialité officielle.

     

    Les dents

    Les interventions dentaires consistent principalement à arracher les dents malades. Ce seront les arracheurs de dents itinérants qui au 13 et 14ème siècle s'en occuperont.

    L'opération est un spectacle public qui attire les foules. Le patient est assis à même le plancher , les jambes pendantes ou il est assis sur un banc sur lequel l'arracheur de dents est debout derrière lui et officie pendant que le malheureux est retenu par quelques hommes forts.

    La médecine de nos aïeux

     

    Au 17 et 18ème siècle, il y a à Paris 3 endroits ou de nombreux arracheurs de dents officient : les Foire de St Germain et St Laurent, et le Pont Neuf.

    La plupart sont des charlatans qui pratiquent sans principes ni méthodes.

    En Bretagne les arracheurs de dents se recrutaient souvent parmi les forgerons qui ont en effet une certaine dextérité dans le maniement des tenailles ....

    Ce ne sera qu'à la fin du 17ème siècle que l'art dentaire est reconnu comme une activité à part entière avec la création en 1699 du corps royal des "Experts pour les dents". Les barbiers ne peuvent plus extraire de dents.

    Un apprentissage est dispensé par un maître chirurgien avec examen à la clé.

    A partir de 1743, des études  spécifiques apparaissent, des notions d'hygiène préventive voient le jour : nettoyage des dents régulièrement par un dentiste, le sucre provoque des caries, bains de bouche ... à l'urine pour éviter les caries.

    Quid des prothèses et autres dentiers : fausses dents en bois, dents humaines plantées dans des morceaux de mâchoires d'hippopotame, prothèse amovible fabriquée à partir de fémur de bœuf (Ambroise Paré -1516/1590- maître chirurgien de Henri II et de Charles IX), couronnes métalliques au 18ème siècle, ajustée au collet, dentier en céramique en 1788.

    fin 19ème siècle : évolution en matière d'anesthésie, d'aseptie.

     

    Quelques rois de France eurent de gros problèmes dentaires :

    Louis IX (1214-1270) n'avait plus qu'une molaire inférieure à sa mort. Le délabrement des dents de Charles VII (1403-1461) ne lui permettait pas de se nourrir; il serait mort d'inanition. Henri III (1551-1589) avait un râtelier dans la bouche qu'un domestique lui fixait chaque matin avec des fils. Henri IV (1553-1610) remplaçaient ses dents absentes par des dents en or ou des dents de requin ou de phoque. Louis XIV (1638-1715) subit de nombreuses extractions de dents ce qui causa des dégâts à son palais : lorsque le roi mangeait de la soupe elle lui coulait par le nez.

     

    Chirurgie

    Jusqu'au milieu du XIXème siècle on utilise différents anesthésiants : belladone, pavot, magnétisme, hypnose, alcool ...

    Le 16 novembre 1846 à Boston c'est la première fois qu'une opération est pratiquée sous anesthésie (masque anesthésiant).

    Dès 1847 le chloroforme remplace l'éther 

     

     Sources

    http://www.buddhaline.net/Les-quatre-elements-le-corps-et-le

    http://www.universalis.fr/encyclopedie/theorie-des-humeurs/

    http://vih.org/20150115/du-clystere-seringue-linjection-travers-lhistoire/69490

    Nos ancêtres n°18 : médecins et chirurgiens du 15 au 19ème siècle

    Musée du palais des archevêques à Narbonne


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique