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    1697 : profanation du cimetière

    « Le premier dimanche de l’avent de cette année 1697 comme il avait neigé, les jeunes hommes sortant de vespres, se jetèrent des boules dans le cimetière. Un nommé Jacques Bouchard qui n’était point disposé à rire se prit de querelle  avec un nommé Jacques Raviart jusqu’à se donner des coups de poing au nez, cum effusione sanguinis per nares (avec écoulement de sang par les narines). Le scandale étant public on a du consulter les supérieurs, qui ont jugé que le cimetière était profané ; et ils ont délégué Monsieur le Doyen pour le réconcilier et ont condamné les coupables à faire allumer une chandelle de deux livres devant le Saint Sacrement , à demander pardon au pasteur – et le pasteur était tenu de le dire publiquement depuis son prône – et ensuite aux dépens tant de la journée du Doyen que de la réparation de l’église où on avait fait deux fosses pour enterrer deux personnes qui moururent pendant les huit jours que le cimetière était profané. Ce qu’il y a à remarquer c’est que le curé fut celui à qui il en a le plus coûté : des exprès à Tournai, le dîner à Monsieur le Doyen, une chaise, le charretier, les chevaux pour le chercher à Saint Amand et le reconduire  sans compter tous les embarras ; tout cela lui en a plus coûté qu’aux deux coupables ».

     

    Voir note ici

     


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  • LA VIOLENCE SOUS L’ANCIEN REGIME

    L’Ancien Régime est malheureusement réputé pour sa violence, que ce soit dans la vie quotidienne, dans le déroulé des procédures judiciaires (torture par exemple), dans les châtiments donnés et le voyeurisme collectif qui les accompagne, ou même dans l’art (description minutieuse du martyr des saints par exemple).

    Bref, la violence imprègne chaque moment de la vie de nos ancêtres et finalement est quelque chose de banal, de spontanée, une forme d’expression de la vie sociale en quelque sorte.

    Ainsi au début du XVe siècle, à Paris, 80 % des procès ont pour origine de « chaudes melées » c’est-à-dire des bagarres avec effusion de sang.

    A Avignon au XIV siècle, les amendes infligées aux bagarreurs ou à ceux qui ont proféré des injures représentent 47 % du total des amendes infligées par la justice. Plus de 10 % des amendes, toujours sur Avignon à la même époque, portent sur les infractions aux interdictions du port d'armes, ce qui donne un total de plus de 57 % d'amendes liées de près ou de loin à l'agressivité.

    D’ailleurs, contrairement à ce que l’on peut penser, le port d’armes est prohibé ; de nombreuses ordonnances vont dans ce sens mais en vain puisqu’aucun homme ne sort sans armes, ne serait-ce qu'un couteau à trancher pain. A Avignon, en sept mois et demi (entre 1352 et 1353), les sergents ont confisqué plus de 320 épées, dagues et autre objets de la sorte.

    Les violences sexuelles sont aussi très importantes : 3,4 % du total des amendes à Avignon tandis qu'à Dijon au XlVème siècle également, une vingtaine de viols publics sont commis chaque année (en tenant compte bien sûr du fait que beaucoup de femmes ne portent pas plainte par crainte du déshonneur – on est donc certainement loin du compte). Et 80 % de ces viols sont des attaques collectives effectuées par des groupes de 2 à 15 individus ….

     

    Les circonstances de la violence : d’après des études menées sur la criminalité dans la région de Lille, on se rend compte qu’elle est rarement préméditée et qu’elle oppose souvent des gens qui se connaissent : "dans 222 cas sur 407, c'est-à-dire 54% des cas, les antagonistes s'étaient déjà rencontrés avant leur affrontement"

     

    La violence finalement intervient dans le cadre de relations quotidiennes, anodines. Les filles de mauvaise vie, les jeux, l'argent sont les grandes causes de conflit.

     

    Ainsi à Lille dans la rue de la Grande-Fosse « où se tiennent les filles de joyeuse vie": on y voit un teinturier de garance se quereller avec un vicaire de Seclin « pour une de ces dites filles » et il en coûte la vie à l'un des compagnons du vicaire.

     

    Noël Six « pauvre laboureur... qui, acompagné d'un sien amy, se transporta en la ville de Lille pour illec solliciter ses besoingnes et afferes » tuer d'un coup de « dagghe » malencontreux Béatrice Le Noir, femme d'un débiteur, lui devant quelques deniers « a cause de bledz » . L'accident survient au cours d'un échange « d'injurieuses parolles » entre le père de la victime et le créancier.

     

    Des querelles de jeu donnent lieu par exemple à une scènes où des injures sont lancées («bougrin d'hôte ») assorties d'un jet de salière à l’encontre du cabaretier créancier qui riposte par un coup de pot d'étain sur la tête du débiteur ; celui-ci, bien que blessé, jette alors un chemineau, insulte la « bougresse d'hôtesse » et la blesse au visage avec un verre, puis la bataille reprend à coup de doloire après une tentative d'expulsion...

     

    La violence sous l'Ancien Régime

     

    Où et quand  se produit généralement cette violence? Le lieu de prédilection est la taverne ; ainsi à Avignon, trois sergents qui prenaient un pot à la taverne se lancent à la figure des verres et des cruches pleines d'eau puis tirent leurs épées et tout se termine « cum magna effusione » (avec effusion de sang).

     

    La violence sous l'Ancien Régime

     

     

    Un autre exemple à Lille au XVIème siècle de motif futile et d’impulsivité fatale : deux groupes distincts de gens, qui par ailleurs se connaissent, se désaltèrent en un cabaret de la porte des Malades ; d'un côté le suppliant et son fils, les deux frères Audent et deux autres compagnons, de l'autre, les deux frères de Le Haye et leur cousin germain Anthonin. Très vite, la querelle s'engage entre un frère Audent et Laurens de Le Haye à propos d'une fille de légère vie : injures, « buffe », épée dégainée, on sépare les combattants, et Laurens de Le Haye est expulsé. Il rentre bientôt, réclamant à l'un des membres du groupe adverse une somme d'argent gagnée en jouant aux boules avec eux : la querelle se réengage donc sur un autre terrain et le cousin germain de Laurens intervient avec un couteau et une épée. La bataille se porte au dehors et s'élargit, « pluiseurs des femmes alyées ausdits de Le Haye et à leurs parents gectèrent de gros cailleaux » Le fils du suppliant « issu de germain ausdits Audent » vient alors porter secours aux deux frères, il est blessé, et c'est à ce moment que son père porte un coup de couteau mortel à Jacquet de Le Haye.

     

    Les jours de fête comme la fête des fous par exemple sont l’occasion également de débordements.

     

    Le crépuscule et la magna nox (pleine nuit) sont des moments propices à la violence ; en effet la nuit a toujours été diabolisée et présentée comme le royaume des sorcières et des démons. C’est un moment hostile et inquiétant pour les « honnêtes gens » qui, risquent tous les dangers en étant hors de chez eux la nuit, que ce soit sur les chemins ou dans les tavernes.

     

    Une étude des lettres de rémission en Artois sur la période allant de 1386 à 1660 indique que le matin ou le midi sont rarement signalées ; en revanche des combats et querelles se produisent dans 17% des cas l’après-midi , 22% la nuit et 55% le soir.

     

    Il est précisé que cette étude porte sur 3468 lettres de rémission et que dans seulement 37% des cas on peut repérer les moments où se sont produits les actes de violence.

     

    Protagonistes

    La violence de l’époque existe dans tous les milieux sociaux : chez les nobles et les clercs (sept prêtres appartiennent à une bande de 15 malfaiteurs jugés à Paris en 1389) et, dans les pays de la Loire, 2,2 % des bénéficiaires de lettres de rémission sont issus des familles aisées...

     

    Les deux études menées sur Lille indiquent que dans 257 cas, la profession de l'accusé ou de la victime est connue... 12,41% des accusés et des victimes sont des militaires ; 1,94% des nobles ; 7,36 % des ecclésiastiques ; 13,95% des représentants de l'autorité ; 1,55% exercent une profession libérale ; 17,83% sont des marchands ; 4,27% exercent des petits métiers; 13,18% sont artisans ; 13,95% domestiques et 13,95% agriculteurs.

     

    Violence bourgeoise

    A Lille, les violences bourgeoises apparaissent peu dans les actes car les bourgeois sont jugés par leurs pairs, privilège de leur rang, et ils peuvent surtout engager une procédure de paix dite procédure de paix à partie :  

    Il s'agit en fait d’un contrat privé entre deux parties que l'autorité civile peut éventuellement cautionner. C’est une sorte de trêve qui doit éteindre les conflits entre deux lignées. En effet, à la suite d'une agression, la victime si elle survit et sa lignée ont le droit du sang ; c’est-à-dire qu’ils peuvent se venger. Pour éviter un enchaînement meurtrier, l'agresseur et sa lignée peuvent dédommager la partie lésée, qui renonce alors à son droit de vengeance. La paix est conclue dans une taverne ; l'agresseur paie le repas, donne une somme d'argent convenue à l'avance et s'engage parfois à entreprendre un pèlerinage ou à entretenir une donation pieuse ou exécuter toute autre cérémonie expiatoire. Les deux lignées jurent enfin de vivre en bonne amitié. Scellée en ou hors de la présence des échevins, la paix était recevable en justice et sa rupture sévèrement punie. Il fallait ensuite obtenir la rémission du Roi. On voit là que le crime est finalement non pas une atteinte au droit public mais un conflit entre deux individus, deux familles, deux groupes.

     

    Les registres de paix à partie montrent que la violence chez les jeunes bourgeois est presqu’un droit ou tout au moins un loisir fréquent puisqu’ils pouvaient tuer juste pour s'amuser : il suffisait, pour cela, d'être assez riche pour payer une somme d'argent aux familles des victimes.

     

    Les bouchers

    Les bouchers sont dans toutes les villes des acteurs importants de la violence car ce sont des hommes forts et habiles au maniement des couteaux. Leur agressivité apparait nettement dans les multiples révoltes qui secouent les villes du Xllle au XVe siècle et dont ils sont les meneurs.

     

    Les sergents

    Les sergents contribuent plus a déclencher l’agressivité qu'à maintenir la paix car ils sont armés, rarement bien famés et bénéficient d'une relative impunité.

     

    Les femmes

    Les femmes apparaissent beaucoup plus comme victimes, notamment de violences sexuelles. Il s’agit souvent de célibataires, en âge de mariage ou de remariage (les viols de fillette sont rares et considérés comme un crime particulièrement odieux) et qui appartiennent aux couches les plus démunis de la population (servantes, filles ou épouses de manouvriers).

     

    La violence sous l'Ancien Régime

    Le viol a des conséquences désastreuses pour ces femmes car on se rend compte que suite au déshonneur qui entoure l’agression et l’absence totale de réprobation sociale, elles n’ont souvent pas d’autres choix que de se prostituer pour survivre.

    Ainsi Mangin Le Tailleur, joueur de dague et violeur savait si bien amuser les gens, qu'il était toujours invité dans les fêtes de quartier même au lendemain des agressions qu’il a commises et de ses emprisonnements éphémères.

     

    Passons de l’autre côté et voyons ce qu’il en est des femmes violentes : elles ne représentent que 9,4 % des accusés pour homicide jugés en appel par le parlement de Paris entre 1575 et 1604.

    Les femmes sont en fait prioritairement, dans 60 % des cas, poursuivies pour des atteintes aux mœurs et à la morale, tandis que les hommes le sont très largement (80 %) pour des atteintes aux personnes.

    A Paris au 17ème siècle par exemple,  sur 23 accusés mis en cause dans un crime de sang (soit dans  11 cas d’homicides rapportés), seules 4 femmes comparaissent, 2 d’entre elles comme complices, 2 autres comme responsables de la mort d’enfants. Parmi ces dernières, le cas de Marguerite Cebeau, femme de tisserand, accusée en 1604 d’avoir tué à coups de fouet et de pierres un garçon de 8 ans qui avait brisé sa fenêtre … banalité des châtiments corporels sur les enfants.

    Les femmes sont surtout « fortes en gueule » et effraient leurs adversaires par leur cri et leurs paroles. Les menaces qu’elles profèrent peuvent en effet être impressionnantes, à l’image de la femme de Lyenard Gousset en 1549 qui, selon le témoignage d’une voisine, attaque un maître boulanger en disant regretter de ne l’avoir « tué lors hardiment, car aussi bien je te tueray et te feray mouryr aujourd’huy ! ». En août 1610, Marie de Varengue et sa commère poursuivent de leurs cris le malheureux marchand qu’elles ont mis en déroute, se disent marries de ne l’avoir occis et brandissent à la fenêtre le couteau dudit marchand.

     

    Les autres

    Les autres, ce sont des déracinés; des nautoniers (conduit une barque ou un bateau), des charretiers... ce sont des gens qui voyagent et connaissent de ce fait une certaine instabilité. Ainsi le charretier Jean de Lorraine qui rencontre dans la rue des enfants qui jouent : il détruit du pied leur jeu et comme un enfant fait mine de lui jeter une pierre, II le prend et lui porte un mauvais coup à la tête.

     

    La violence sous l'Ancien Régime

    II en est de même des paysans chassés de leur terre par les guerres et les épidémies de toute sorte ou des domestiques qui rompent soudain le contrat qui les liait à leurs maîtres pour partir à l’aventure. Ils sont souvent, on l’a vu plus haut à Lille, condamnés pour violences et vols.

     

    Les bandes

    Sous l’Ancien Régime, les jeunes garçons se regroupent en bandes, en royaumes ou abbayes de jeunesse. Ces bandes possèdent leurs codes et leurs rituels. Ils vivent la nuit, courent les filles, se combattent, jouent, s'enivrent... profitant notamment des fêtes et jeux pour troubler l’ordre social et affirmer leur existence, leur force et leur valeur face aux hommes mariés notamment.

     

    Ils donnent en effet le spectacle de leur force, de leur virilité et des qualités de leur âge pour se démarquer et pourquoi pas « monter en grade » socialement parlant.

     

    Leur agressivité est telle lors des mariages par exemple (vociférations, chahuts dans l’église ou dans la chambre nuptiale avec parfois des brutalités sur la jeune épouse) que les mariés préfèrent payer une amende à l'abbaye de jeunesse pour éviter ces débordements/

     

    Un exemple de violence spontanée, entre amis, dans une taverne

    La scène se passe dans la paroisse rurale de Saint-Just-en-Bas (42) le6 août 1679, « jour et feste de la transfiguration de nostre seigneur ».

     

    L’affaire est connue par un acte judiciaire dressé par les officiers de la seigneurie de Couzan dont dépendait le bourg de Saint-Just-en-Bas.

     

    Le substitut du procureur d’office de la juridiction de Saint-Just-en-Bas et La Valla voulut ce jour-là, faire la « ... visitte dans les cabaretz du lieu pour observer ceux qui boivent pendant le service divin et la grande messe parochialle... »

     

    Mal lui en prit ! Pénétrant « chez le nommé Basset hoste du lieu », il rencontra plusieurs habitants des différents hameaux de la paroisse de Saint-Just-en-Bas ainsi que des habitants de Sail-sous-Couzan.

     

    Le procureur d’office « ... ayant voulu remontrer que cestoit malhonnette de hanter les cabaretz pendant le divin service et que cestoit mesme des deffances expresses quon leur faisait, ils luy auroient reparty en jurant le saint nom de dieu, qu’ils se moquoient de nos deffances et que malgré nous pour leur argent ils boiroient leur aize, ce qui auroit obligé le substitut du procureur d’office, les voyant mutinés et attroupés d’un si grand nombre de se retirer dans ladicte esglize pour ouyrir le reste de la messe parochialle... ».

     

    Plus tard dans la journée, le procureur d’office se rendant sur la place publique, retrouva les mauvais paroissiens en train de jouer aux quilles en ces lieux.

     

    La partie achevée, il s’éleva un différend entre les joueurs. Ceux-ci, se battirent à coups de bâtons carrés et de pierres. Entendant sonner l’entrée des vêpres, tous « ... dun commun consentement », se rendirent chez le nommé Jean Danay pour se réconforter autour de quelques verres. Le substitut entra « ... tant pour les obliger a venir a vespre que pour empecher le desordre qui commencoit... ».

     

    La violence sous l'Ancien Régime

    Face à l’officier seigneurial, certains auraient « ... blasphemer le saint nom de dieu, les aultres à chanter et les aultres à se menasser d’une estrange maniere, mesme a se jetter les pots et verres par la teste... ».

     

    Le substitut du procureur préféra cette fois se retirer chez lui. Mais l’escalade de la violence n’était pas finie. Une heure plus tard, les fêtards quittaient le cabaret « ... toujours en continuanc leur menasse » pour rejoindre la place publique. Là, les habitants de Chazeau lancèrent un défi à ceux de Buffery, sous la forme d’une partie de quilles, en intéressant le jeu par une mise de un écu. Mais, « ... ceux de Buffery sanc attandre davantage leur auroient repartys que cestoient des canailles quils auroient plus de pistolles... » Et le vin attisant sans doute les gestes, les coups de pleuvoir, « ... tant coup de sabre, pierre ou caillloux que bastons carrés... ». La bagarre fit forte impression au substitut du procureur d’office qui témoigna que « ... lon ne voyoit de toute part que tomber des gens, et entre aultres les perrets baignés de sang... ».

     

    Quelques habitants du bourg allèrent quérir le curé du lieu qui intervint pour séparer « ... avec bien de la peyne... » les belligérants. Le curé croyant la querelle apaisée se retira chez lui.

    Mais le pugilat reprit une troisième fois « ... aussy cruellement que les deux premières fois jusques a la nuit... » Enfin, les affrontements cessèrent, non pas faute de combattants, mais simplement parce que les acteurs du drame ne se « ... voyoient plus se battre a cause de la trop grande obscurité... »

    Cet épisode violent amena le procureur d’office à faire connaître ces altercations à « Estienne Gaudin advoca en parlement juge du lieu ».

     

    Celui-ci, accompagné de son commis greffier Michel De la Roche se rendit le 14 août à Saint-Just-en-Bas en vue de recueillir les différents témoignages (ceux du procureur d’office et de plusieurs autres témoins).

     

    Le procureur d’office voulait faire connaître à la justice seigneuriale de Couzan « ...l’insolance des susnommés contre luy, de leur frequentation des cabaretz pandant le divin  service ».

     

    Plusieurs personnes furent appelées ensuite à porter témoignage de l’événement après avoir déclaré n’être « ... ny parant, allié, domestique ny redevable des partyes » et après avoir prêté serment « ... la main levé a dieu ».

     

    Le premier fut Jean Chambon « marchand du susdit lieu de st just agé de trente cinq ans environ » qui, étant devant sa porte, avait assisté à la dernière altercation. Pour lui, ceux de Chazeau « ... firent desfict a ceux de buffery et autres de jouer aux quilles et ceux de chazaux leur repondirent sils voulaient jouer un escu blanc, a quoy repartyrent les autres, nous avons plus d’argent que vous, il faut jouer a quattre pistolles » ce qui entraîna l’affrontement. Plusieurs tombèrent par terre « ... jurans et renians le saint nom de dieu ». Le dénommé Noël Barrier « ... sestant voulu jetter une seconde fois sur Claude Perret et layant pris par ses cheveux, seroit survenu ledit Thevenon dit brouchada et ledit Granger de Pravay, qui deschargerent sur la teste dudit Perret cinq ou six coups de bastons de sorte quil estoit tout sanglancs... ».

     

    Le second témoin fut « Jean Thoynard marchand de Saint Just en bas agé de vingt six ans ou environ » qui précisa que « ... ledit Claude Perret luy auroit dict en ces most : ‘je suis baigné de sang vous voyés comme lon ma maltraité’ comme ce faict il estoit si sanglant quil estoit mescognoissable ». Ayant peur de la tournure des événements, malgré l’intervention du curé, Jean Thoynard ... « se retira chez luy ».

     

    Le troisième témoin est Pierre Reboux hoste de Saint-Just-en- Bas âgé d’environ trente-deux ans ; il était ce jour-là sur la place publique ... avec le nommé Sivetton. Sortant de chez Jean Danay les habitants de Chazeau et de Buffery, selon lui « ... se disputoient... » et la bagarre éclata. Cependant Pierre Reboux ne vit pas l’affrontement ... parce quil se retira de peur quil ne luy mesarivat... ».

     

    Pour sa part, Mathieu Ferrand, marchand du bourg de Saint-Just-en-Bas, âgé de vingt ans ou environ, était ce jour-là « ... chez le nommé Jean Danay hoste du lieu ou il buvoit avecq quelqu’un de ses amys et dans le temps quil en sortit il entendit un grand bruit dans la place publique ce qui lauroit obligé de sadvancer... », là, il aurait vu à terre cinq ou six hommes et « ... entre autres le nomé Perret qui avoit le visage tout couvert de sang ». Ce témoin déclarait qu’il n’avait pas reconnu les autres « ... parce que le nombre en estoit si grand quil ne peut discerner ceux qui les avoient meurtris de coups ». Mais d’ajouter « ... avoir cogneus les roches de Buffery le nommé Jacq Rochy de creux et les Perets de Chazaux ».

     

    Après avoir recueilli ces témoignages, Etienne Gaudin ajourna son travail. Il décidait de convoquer ultérieurement les protagonistes de cette affaire au siège de la justice locale : le château de Couzan.

     

    La marche de la justice était alors rapide puisque la rencontre entre les protagonistes et le représentant de la justice seigneuriale devait avoir lieu le « vendredy dix huitieme jour daoust mil six cent soixante dix neuf ». Etienne Gaudin convoquait : Joseph Murat, Annet Roche, Jacques Rochy, Jean Rochy père, Noël Rochy, Jean Rochy fils, Benoit Barrier, Mathieu Rochy, Claude Reynaud, Antoine Barrier, Annet Tacaud, Claude Perret, Joseph et François Perret, Jean et Noël Blain, Blaize Montagne, Jean Paistre fils, Noël Grangier et Jean Thevenon dit Brouchada « ...desfendeurs et accusés... ». Ils devaient tous se rendre au château de Couzan « ... pour répondre par leur bouche sur le verbal et information et aultres interogatoires que leur seront fait ». Ceux-ci reçurent une assignation « ... donné a chacun deux séparement et a part ».

     

    Etienne Gaudin et son commis greffier se rendirent au château de Couzan. L’assignation qui avait été remise aux accusés précisait « ... quils se presenteroient pardevanc nous... cejourdhuy environ lheure de midy ».

     

    La violence sous l'Ancien Régime

    L’attente dut être longue pour le représentant de la justice puisque Etienne Gaudin nota que « ... estanc resté aud chasteau jusques a quatre heures du soir sans que aucun des adjournés aye comparu dans le temps porté a son assignation et voyanc que c’est un mépris quils font de la justice... ».

     

    Face à cela, la justice seigneuriale concluait que les délinquants devaient faire l’objet d’un « ... décret de prise de corps et qua cet effet ils soient saisis et conduits en prisons du chasteau de Couzan... ».

     

    Toute cette querelle et ses funestes conséquences pour des choses très futiles : une moquerie au sujet de la richesse d’un groupe d’habitants par rapport à un autre. La chicane dégénère et s’envenime jusqu’à l’effusion de sang.

     

    La querelle est intervenue entre amis avec une trêve au moment des vêpres, trêve scellée autour de quelques verres de vin, ce qui n’apaise pas les esprits bien au contraire, et ainsi l’affrontement reprend de plus belle par la suite …

     

    Voir également un exemple de violence à Rumegies (59) au 17ème siècle ici.

     

     

    Sources

    La description des violences féminines dans les archives criminelles au xvie siècle  - Diane Roussel

    Robert Munchembled, une histoire de la violence de la fin du Moyen Age à nos jours

    http://forezhistoire.free.fr/images/Prajalas-Stephane-VDF-95-96-Rixe-St-Just-en-B.pdf

    http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/62339-la-violence-au-moyen-agenote-de-synthese.pdf

    Martine DEVINCK, La violence et sa répression dans la gouvernance de Lille, mémoire de maîtrise, Lille, 1978

    Anne-Marie VEYS, Violence, sociabilité et comportements populaires dans la Châtellenie de Lille, Lille, mémoire de maîtrise, 1979

    Les lettres de rémission lilloises (fin du XVe, début du XVI siècle) : une source pour l'étude de la criminalité et des mentalités ? Monique Pineau

     


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  • Montée de la violence au village

    « il est arrivé dans notre paroisse cette année 1696 ce qui n’est point arrivé de connaissance d’homme : trois de nos pauvres paroissiens furent tués malheureusement en moins de six semaines tous de coup de fusil et tous pour rien s’il le faut dire ainsi.

    Le premier nommé Antoine Dutrieu, jeune homme, avait une sœur qui était enceinte et qui voulait se marier avec un nommé Pierre Liette qui l’avait engrossée. Ledit Antoine Dutrieu et deux de ses frères ne voulant pas que leur sœur se fusse mariée avec ledit Pierre Liette étaient chaque jour en querelle jusqu’au 25 mai 1696 , que s’étant rencontrés à 10h le soir et s’étant querellés Pierre Liette lâcha un coup de fusil ou pistolet et perça le corps d’outre en outre d’Antoine Dutrieu ; il mourut la même nuit. On ne peut oublier ici une circonstance pour faire voir la rage que les filles ont quand elles aiment quelque garçon. La soeur enceinte voyant son frère dans un si pitoyable état n’en fut point touchée ; elle dit même des duretés en présence du curé à son frère moribond ; elle sort de la maison, dérobe 25 livres de gros (la livre de gros valait 12 livres de Flandres ou 6 florins ) et s’en va cette même nuit avec son galant qui était l’homicide de son propre frère. Il faut aussi remarquer qu’elle était en apparence la plus modeste fille de la paroisse. … cela fait voir le naturel de ce plumage et combien on s’en doit méfier. Quo sanctiores sunt eo magis cavendae – plus elles sont saintes plus il faut se méfier).

     

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 8 - Montée de la violence au village

    Le lendemain 26, à 10h du matin, le nommé Hugues Bouchar étant allé au bois il fut trouvé en défaut par un nommé Thomas Delfosse sergent des bois de Flines à Planar (lieu dit du village de Mouchin voisin de Rumegies). Apparemment ils se sont pris de querelle on ne sait comment, sinon que le sergent lâcha un coup de fusil et tua raide mort ledit Bouchar.

     

    Le 27 donc on enterra à Rumegies deux personnes tuées en deux occasions de la même paroisse. Il semble que ces deux homicides auraient dû donner de l’horreur pour que personne ne souillerait davantage ses mains dans le sang humain ; mais cela n’a point empêché que Pierre Tavernier fils de François ne tuat Pierre Demory fils d’Arnauld mayeur de ce village. Ces deux jeu0nes hommes étaient de grands amis, n’allaient jamais se distraire depuis huit ans l’un sans l’autre. Ils s’auraient fait tuer mille fois pour défendre l’un l’autre ; quand l’un avait de l’argent il suffisait ; mais leur fin fut funeste. Le 9 juillet de cette année0 1696 ils furent ensemble promener à S0améon où selon toute apparence ils burent avec excès et où ils trouvèrent une femme qu’ils avaient autrefois tous deux caressés. Cette femme s’étant oubliée de son devoir a témoigné beaucoup plus d’amitié à Pierre Demory qu’à Pierre Tavernier. Ce dernier en conçut de la jalousie dans son cœur . Le soir étant arrivé Pierre Demory sort du cabaret ; il rencontre une personne à qui il n’a pu refuser un verre de brandevin (eau de vie de vin) qu’il voulait boire avec lui. Rentrant il dit à Pierre Tavernier de boire du brandevin mais celui-ci répond brusquement qu’il n’en voulait point. L’autre le prie par plusieurs fois ; il insiste toujours de ne point vouloir boire. Demory se lassant de le prier l’a appelé « chien je te fais plus d’honneur que tu ne mérites ». Tavernier prend le pot, pense lui jeter à la tête , il le manque ; ensuite prend un fusil ne le manque point, il lui perce le bras ventre à brûle pourpoint et il en mourut le lendemain à deux heures du matin.

     

    Voilà la funeste destinée de ces trois pauvres malheureux qui furent tués dont le premier et le dernier reçurent les sacrements et le deuxième point. Et pour la funeste destinée des homicides : le premier s’étant mis au service du roi il a eu sa lettre de rémission ; le deuxième étant sergent il fut reçu en disant qu’on l’avait voulu tuer en faisant son devoir et reçu ainsi abolition de son crime. Mais pour le troisième il eut une plus forte partie à contenter : il avait tué le fils du mayeur du village ; aussi lui en a-t-il coûté plus cher car on eut toute la peine du monde pour faire paix à partie. Encore n’en est on point sorti la première année quoique on fasse tous les devoirs de justice et qu’on attende au premier jour qu’il fusse pendu en effigie comme il l’aurait été réellement s’il ne se fusse sauvé assez tôt. »

     

    Le curé se plaint ainsi de cette montée de violence en précisant  : « on ne saurait regarder sans un grand déplaisir toute la jeunesse de cette paroisse marcher toujours armée ou de fusil ou de marteau d’armes ou de pistolet de poche. Il n’y a si petit morveux qui ne porte son fusil sur l’espaul, même juqu’à l’église et cela sous prétexte que c’est la guerre ; ils deviennent querelleur et se font craindre et ils deviennent superbes. De là vient encore cet abus intolérable que lorsqu’ils occupent une terre d’un maitre personne ne serait assez hardi de les reprendre encore bien qu’ils ne paieraient ni maitres ny tailles. N’avons-nous point vu les meules de colza bruler en 1688 ? n’avons-nous point vu plusieurs personnes tomber dans des embûches le soir et n’en sortir qu’à demi mortes ?ne voyons nous point des terres achetées par des paysans d’icy et n’oser les labourer, payer eux mêmes les tailles et les terres demeurées en friche ? ».

     

    Voir notes sur la violence sous l'Ancien Régime ici

     


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  • Cet article complète un autre article rédigé précédemment ainsi que le témoignage du curé Dubois du village de Rumegies dans le Nord.

    Le siècle de Louis XIV et ses nombreuses guerres ont jeté la population de France dans la misère.

    1693/1694 - une famine sous Louis XIV

    1693 et 1694 sont, pour ne citer qu’elles, deux années terribles pendant lesquelles plus d’un million de personnes vont mourir (pertes militaires, mauvaises récoltes, épidémies, misère ….)

    En 1693 après plusieurs mauvaises années, la récolte s'avère en effet très médiocre : aux Halles de Paris, en juin, un pain d'une livre coûte à un ouvrier l'équivalent d'une journée de travail.

    L'hiver qui suit est exceptionnellement rude et la conjonction de la malnutrition des mois précédents et du froid intense va provoquer des une augmentation considérable du taux de mortalité.

    Le printemps 1694 ne va pas arranger les choses : il est sec, beaucoup trop sec.

    Conséquences : le grain devient cher et rare et la misère s’installe. On chasse les mendiants des villes quand les paysans touchés eux aussi par la misère quittent les villages et se retrouvent à mendier sur les routes pensant trouver plus de nourriture dans les villes.

    1693/1694 - une famine sous Louis XIV

    Une fois toutes les céréales épuisées, les pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» ainsi que les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus achèvent de ruiner la santé des malheureux.

    Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes « repas », parlent aussi des bêtes, qu'on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture.

    On retrouve des hommes morts dans les prairies, la bouche pleine d'herbe « comme les bêtes » ; on avale les palettes de sang que les barbiers viennent de tirer aux malades.

    Personne ne se soucie des cadavres de plus en plus nombreux sur les chemins. Ce qui avec la chaleur va entraîner des épidémies à foison : la fièvre typhoïde, la variole, …

    Le prêtre stéphanois Jean Chapelon, mort en 1694, a décrit en vers la nourriture de ses contemporains durant la famine :

    « Croiriez-vous qu'il y en eut, à grands coups de couteau

    Ont disséqué des chiens et des chevaux,

    Les ont mangés tout crus et se sont fait une fête

    De faire du bouillon avec les os de la tête

    Les gens durant l'hiver n'ont mangé que des raves

    Et des topinambours, qui pourrissaient en cave

    De la soupe d'avoine, avec des trognons de chou

    Et mille saletés qu'ils trouvaient dehors

    Jusqu'à aller les chercher le long des Furettes [le marché aux bestiaux]

    Et se battre leur soûl pour ronger des os

    Les boyaux des poulets, des dindons, des lapins

    Étaient pour la plupart d'agréables morceaux ».

     

    1693/1694 - une famine sous Louis XIV

     Monsieur de Bernage, intendant de la généralité de Limoges, ne cessera de dénoncer la misère des classes rurales sous Louis XIV et nous donne un témoignage poignant de ce qu’il voit autour de lui, dépeignant ainsi dès 1692 des malheureux dépossédés de tout "vivant dès à présent d'un reste de châtaignes à demi pourries, qui seront consommées dès le mois prochain au plus tard. Je ne comprends point dans ce nombre de pauvres tous ceux qui habitent dans les villes et les paroisses circonvoisines, non plus que de toutes les paroisses, situées entre Limoges et Angoulême, parce qu'elles ont été moins maltraitées que les autres outre qu'on y porte aisément du blé de Poitou et que les villes et les paroisses pourront secourir leurs pauvres".

     

    Vers le nord-est de la généralité de Limoges, pour 110 paroisses, il recense 26 000 mendiants et 500 "pauvres honteux", c’est à dire des gens qui ne peuvent se résoudre à mendier et meurent de misère dans leurs villages : « la plus grande partie des habitants sont contraints d'arracher les racines de fougères les fait sécher au four et piler pour leur nourriture ».

     

    Dans un rapport du 2 octobre 1692. M. de Bernage parcourt de nouveau sa généralité en direction du Périgord, et écrit : "... J'avoue que je ne pouvais pas croire ce que je vois. Toutes les châtaignes sont perdues, et la plus grande partie des blés noirs. Les seigles ont beaucoup soufferts il y aura si peu de vin que le prix en augmente tous les jours. Il y a un peu plus de blé que l'année dernière mais en vérité, la châtaigne et le blé noir ayant manqué, il ne suffira pas jusqu'au Carême pour la nourriture des habitants. Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que les élections d'Angoulême et de Saint-Jean-d'Angély sont encore plus maltraitées à proportion que le Limousin. Le mal est si grand que, sans un grand remède la généralité tombera à n'en revenir de longtemps... La plus grande partie des bestiaux ayant été vendue ces deux dernières années, et la récolte étant aussi mauvaise qu'elle est, je ne sais pas de quoi on fera de l'argent pour payer les impositions".

     

    1693/1694 - une famine sous Louis XIV

     

    Autre témoignage provenant de François Delaval, docteur en médecine et notaire royal à Pampelonne sur les hivers rigoureux des années 1693 et 1694 :

    "Il est à remarquer à la postérité que l’année mil six cens nonante trois, nonante quatre, ont este des annés acablés de fléaux et de malheurs, la guerre estant extraordinairement eschauffée dans toute l’Europe, les maladies populaires si grandes dans notre royaume qu’il mourut une troisième partie du peuple, presque dans toutes les parroisses, et une disette aussi tellement grande que la plus grande partie mourut de faim, estant en obligation de brouter les herbes, manger les orties et aussi plantes des qu’elles commencèrent à sortir de terre dans le printemps. Le seigle se vendit en ce pais 24 livres le cestier Le fromant 28 livres le cestier Le millet gros et les grosses feves 50 livres la mesure. Et la pipe du vin du pais iusques à vint cinq escus. Les souches des vignes toutes mortes par la vigueur des deux hivers de 1694 et 1693. Et l’année 1693 point de chastaignes. Dans laquelle années les fléaux commencèrent."

     

    Toute cette misère n’empêchera pas la monarchie de mettre en place dès 1695 un nouvel impôt, la capitation.

     

    Sources

    Lachiver, les Années de misère - Paris, Fayard, 1991.

    http://archives.tarn.fr/fileadmin/templates/archives/img_arch81/anim_cult_pedag/education/fiches_documents/hiver_1694_1695.pdf


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  • "On était vraiment las d'être au monde"

    Au fléau décrit précédemment (les 30 000 florins qu’a dû payer Rumegies aux armes ennemies est venu s’ajouter une moisson déplorable : toutes les terres n'ont pu être ensemencées à l'automne de 1692 notamment en raison de la guerre. Les pluies de printemps reprennent et l'herbe étouffe les blés. Des processions se font un peu partout en France pour obtenir du beau temps mais fin juillet, les blés sont toujours verts et en retard d'un mois.

    Puis la chaleur éclate vers le 15 août et les blés prennent un « coup de chaud », le blé est perdu .La farine que l’on va en tirer  n’est en fait qu’une poussière noirâtre et nauséabonde.

    Le prix du grain augmente considérablement et la misère arrive avec son taux de mortalité qui s’élève d'une façon alarmante : en 1693 on compte 43 décès et l'année suivante encore 26.

    La grande famine de 1693/1694 s'installe. Voir aussi ici.

    Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 7 - On était vraiment las d'être au monde

    Le paupérisme se développe, atteignant les deux tiers de la population. Voici le tableau désolant brossé par le curé : 

    « Quoy que les contributions eussent ruiné le païs, néanmoins on en avait encore sortie, quoy qu’avec bien de la peine ; mais le dernier des malheurs c’est que la moisson ensuivante fut entièrement manquée, et qui fut cause que le grain fut d’un grandissime prix. Et, comme le pauvre peuple était épuisé tant par les fréquentes demandes de Sa Majesté que par ces contributions exhorbitantes, ils devinrent dans une telle pauvreté qu’on la peut appeler famine. Heureux ceux qui pouvaient avoir un havot de seigle pour mesler avec de l’avoine, des poix, des fèves pour en faire du pain et en manger la moitié de leur soul. Je parle des deux tiers du village, s’il n’y en a pas davantage.

    […] On n’entendait parler pendant ce temps que de voleurs, que de meurtres, que de personnes mortes de faim (récit du paroissien mort d’inanition le 21 avril 1694). Il n’y a que celui-là qui est mort sitôt, faute de pain ; mais plusieurs autres et icy et aux autres villages en sont aussi morts un peu à la fois ; car on a vu cette année partout une grande mortalité (43 décès à Rumegies en 1693 et 26 l’année suivante). Dans notre paroisse seule, il est mort cette année plus de personnes qu’il n’en meurt en plusieurs années ; encore plus de personnes riches que de pauvres. On l’attribue et à la famine et à la peur qu’on a eu des ennemis lorsqu’ils ont forcés les lignes.

    On était vraiment las d’être au monde.

    Les gens de bien avait le cœur percé de voir la misère du pauvre peuple, un pauvre peuple sans argent et le havot de bled au prix de neuf à dix livres sur la fin de l’année, les pois, les fèves et l’avoine à proportion ; et encore que la récolte de mars (les grains semés au printemps : orge, avoine, escourgeon, riz, millet, panic, épeautre, sarrasin) fusse très abondante, l’avoine valait encore une pistole la rasière de Tournay.

    Cette année fut le tombeau de presque tous les ménagers qui n’avaient point de grain à vendre. Mais ce fut l’enrichissement des grands censiers qui pour la plupart avaient encore de vieux grains et qui ont fait des sommes immenses de leurs grains, qui rapportaient des charges d’argent quand ils allaient en ville avec une charretée de grain. »


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