loisirs
#GENEATHEME 06/2024 - Fêtes de Gayant
#GENEATHEME JUIN
Le genéathème de juin concerne les fêtes de village donc je vais vous parler des fêtes de Gayant à Douai.
Tout commença le 16 juin 1479 : les français sont repoussés, Douai, alors espagnole, est sauve grâce à Saint Maurand patron de la ville; une procession est organisée dès le 24 juin pour rendre grâce à Dieu et au saint. Les reliques de celui-ci sont exposées à l'église Saint-Amé et promenées dans la ville.
Saint Maurand (Collégiale Saint Pierre)
Le conseil échevinal, l'année suivante, décide que désormais une procession en l'honneur de Saint Maurand sera organisée chaque 6 juin par la collégiale Saint-Pierre et la Collégiale Saint-Amé.
Le 5 août 1529, la signature de la Paix des Dames à Cambrai met fin à la 7ème guerre d’Italie entre François 1er et Charles Quint.
Pour célébrer la paix, les échevins de Douai décident alors de faire de la procession de 1530 la plus importante qui soit. Les différentes corporations de la ville sont chargées de constituer des représentations de scène bibliques, mythologiques ou allégoriques pour accompagner la procession religieuse.
La corporation des manneliers (fabriquants de panier d’osier) qui défilait en avant-dernière position créa un géant d'osier. Gayant était né (le terme veut dire géant en picard, dialecte de Douai à l’époque).
La procession ressemblait plus ou moins à la description suivante à l’époque :
Les différents corps de métiers démarraient le cortège, précédés chacun de sa croix porté par un valet, puis venaient les ordres religieux puis le clergé séculier. L’université accompagnée de ses bacheliers distribuant des dragées suivait, escortée par des hallebardiers vêts de manteaux rouges. Le siège royal de la Gouvernance venait ensuite, gardé par des hallebardiers à la livrée du Roi puis venait le Magistrat accompagné des 4 « serments » : archers, arbalétriers, canonniers, maitres en fait d’armes, le tout précédé d’un homme « emboité dans un petit cheval d’osier » et portant un bonnet orné de grelot : le sot des canonniers ou encore "l'baudet décaroché". Venaient ensuite des chars de triomphe, la roue de la fortune, emblème de la corporation des charrons et tonneliers et la famille Gayant.
La roue de la Fortune
Le 6 juillet 1667 Douai devient française ; l’évêque d’Arras institue une nouvelle procession pour fêter l’entrée des Français dans la ville sans la famille Gayant jugée trop profane et trop espagnole.
Non sans mal, la famille Gayant ne revient qu’en 1801 au grand complet : Mr et Mme Gayant, Jacquot, Fillon et Binbin ; leurs costumes actuels datent de 1821.
Gayant et sa famille, Douai. Souvenir du concours international de 1869
dimensions : 30 x 49 cm technique : gravure
La description la plus lointaine de Gayant date de 1530 et décrit le personnage comme faisant vingt-deux pieds de haut, portant le costume de l'homme de guerre féodal avec casque, lance, bouclier, armures, mains gantées.
Aujourd’hui Mr Gayant mesure 8,50m et pèse 370kg : il lui faut 6 porteurs
Mme mesure 6,25m et pèse 250kg : à aussi 6 porteurs sont nécessaires
Jacquot mesure 3,40m pour 80kg : 1 porteur
Fillon mesure 3,15m pour 70kg : 1 porteur
Binbin mesure 2,40m et pèse 50kg : 1 porteur
Les fêtes de Gayant se déroulent aujhourd'hui sur une dizaine de jours à partir du dimanche qui suit le 5 juillet : cortège, manèges, brocante et manifestations en tout genre !
Les géants et les fêtes de Gayant ont été classés sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel par l’Unesco en 2005.
Les fêtes attirent chaque année près de 100 000 visiteurs.
Sources
Une résurrection de Gayant de A. Crapet
https://www.bougeons.fr/monsieur-gayant-de-douai/
http://gazette.terre-de-geants.fr/
https://www.fetesdegayant.fr/un-peu-dhistoire
https://dunkerqueetsaregion.blogspot.com/p/dunkerque-et-sa-region-la-ducasse.html
Evolution des loisirs au 19ème siècle - 2
Temps libre à la campagne et dans les villes ouvrières au 19ème siècle : l'essor du bistrot
Pour le paysan, nul temps libre, il y a toujours quelque chose à faire.
La gestion de son temps n‘est pas la même que celle de l’ouvrier complètement dépendant des machines mais qui une fois sa journée terminée peut vaquer à ses occupations car il dispose à ce moment d'un temps disponible.
Pour le paysan c’est différent : d’abord l’absence de mécanisation va impliquer une absence de répétition des mêmes gestes comme peut le connaître l’ouvrier. Les travaux vont en effet varier dans la journée, la semaine ou le mois du fait de la pluriactivité et de la polyculture. Et surtout le paysan est quelque part maître de son temps, celui-ci étant très poreux ; le temps de travail s’infiltre en effet constamment dans le temps personnel.
Ainsi les veillées d’hiver qui sont utilisées pour du petit artisanat domestique (tricot, filage, ravaudage, émondage des noix, teillage du chanvre, fabrication de paniers …), la garde des troupeaux pour les plus jeunes qui leur laissent finalement une certaine liberté.
Veillée
L’embauche des ouvriers agricoles selon les régions va se faire lors de fêtes ou vont donner lieu à des repas de fête.
Les pratiques d’entraide lors des grandes phases annuelles du travail agricole sont également l’occasion de fêtes : poêlée du Morvan, parcée du pays de Caux, reboule du Forez (La Reboule est la fête de la fin des moissons : « les prés sont fauchés, le foin est rentré, les divers fruits ont été ramassés et vendus, il est l’heure de danser, chanter et manger »).
Marché Biron - Fête des moissons - Armand Leleux (1818-1885)
Les foires et marchés incitent à prendre un verre dans un cabaret. C’est une manière de sortir de son quotidien monotone et de voir du monde, d'aller à la ville.
La lessive au lavoir est un moment sociabilité informelle aussi pour les femmes puisque tous les potins s’y retrouvent …
La messe va réellement être un moment de pause dans la semaine, où l’on va discuter sur le parvis de l’église, prendre le café chez l’une ou l’autre, aller au cabaret mais ne nous y trompons pas, dans la campagne, une femme qui profite de son temps libre pour elle-même est très mal vu. Le contrôle social est constant. Elle ne doit pas négliger les tâches ménagères ni les travaux de la ferme. Ses journées sont finalement plus longues que celles des hommes. Et pas question pour elle d'aller au bistrot !
Justement quelle est la place des cabarets dans le temps libre dont disposent l'ouvrier et le paysan?
Tout d'abord, on peut citer Balzac sur une généralité à propos des cafés qui traverse les frontières et les siècles : « le cabaret est la salle de Conseil du peuple » et effectivement on y refait le monde sans cesse.
Au XIXe siècle le bistrot porte plusieurs noms : estaminet en Flandres, bistrot, débit de boisson, guinguette, café .. mais aussi assommoir comme dans le roman de Zola, c'est à dire un lieu populaire où les buveurs s’assomment à coup de vin mauvais et d’alcool comme l'absinthe.
Estaminet à Tourcoing - fin 19ème
En Normandie vers 1880 on pouvait trouver jusqu’à 10 voire 15 cabarets dans les communes de 300 âmes !
La rue de Menin à Tourcoing dans le Nord compte 22 estaminets en 1898 !!
Auberchicourt, ville minière du nord également, compte en 1886, alors qu'il y a 2453 habitants, 46 débits de boissons...
A Lille on en compte près de 1600 en 1851 soit 1 pour 70 habitants !
Dans le Pas de Calais au début du 20ème siècle, les cabarets sont partout : aux carrefour, à la sortie des grosses exploitations, près de l’église et de la mairie, aux extrémités du village, dans les champs mêmes ….
Leroy Beaulieu, économiste du 19ème siècle, dira que le cabaret est "l'église des ouvriers".
En fait on se rend compte que les débits de boissons n'ont d'autres rôles à l'époque de l'assommoir de Zola que de servir les ouvriers le matin puis l'après midi au sortir de la fosse ou de l'usine ou des exploitations agricoles.
Certains débits sont tenus par les épouses des mineurs. Le plus souvent une pièce de la maison va servir de bistrot et ne servira donc qu'à boire le café, le genièvre ou la bière. Pas possible donc de s'adonner à des jeux populaires. Il faudra donc aller vers des bistrots plus grands pour cela et que l'on va trouver essentiellement sur les axes principaux des villes et villages et surtout en dehors des corons pour éviter tout rassemblement de mineurs traditionnellement vindicatifs et fortement syndicalisés !
Estaminet dans Helfaut Bilques (62) - début 20ème
Site consacré à Helfaut Bilques
C'est le lieu de rassemblement privilégié des ouvriers. Le midi, on y apporte sa gamelle : « On avait là une assiette de soupe et on mangeait la viande et le pain qu’on avait apportés. C’était toujours du lard cuit dans la soupe du dimanche pour toute la semaine. » Témoignage d’une ouvrière du textile d’Hazebrouck (59) en 1898.
Ces bistrots vont ensuite s'organiser en fonction de différents critères : la nationalité par exemple ; on va trouver dans le Nord de la France des cabarets plus pour les Polonais ou plus pour les Belges par exemple avec des boissons propres à leur pays et des fêtes et jeux propres à leur culture. La fréquentation fréquente de passionnés de tir à l'arc, de colombophilie, de combats de coqs etc va aussi permettre de distinguer un cabaret d'un autre.
Réunion des dames du Rosaire à l'estaminet franco polonais Janicki
Cité des Alouettes - Bully les Mines - années 30
En effet la vie associative et sportive va s'organiser autour de ces cabarets puisqu'ils vont devenir le lieu de leurs réunions et de leurs repas festifs voire de leur siège social !
Le Bar des sports - Lens (62) - fin du 19ème siècle
Le Lensois normand tome 3
Indépendamment de ces sociétés ludiques, les hommes y ont coutume d’y passer le dimanche après midi à consommer café, eau de vie et vin, à jouer aux cartes et au billard ou aux fléchettes jusque tard le soir alors qu’auparavant nous dit un instituteur du Laonnais en 1860, les divertissements du dimanche avaient lieu en plein air et en famille.
Le cabaret supplante finalement les veillées bien avant l'arrivée de la télé dans les chaumières et comme les femmes y sont absentes, les conversations sont plus libres …
Et que dire de la vie politique et syndicale des villages et villes ouvrières : les lieux de rendez vous seront bien évidemment le bistrot. Ainsi par exemple le Réveil du Nord en 1894 fait cette annonce : «Lens. Le citoyen Armand Gossart délégué du syndicat et congédié de la grève, débitant rue de Béthune, organise pour le dimanche 28 janvier, à dix heures du matin, un grand combat de coqs pour des jambons. (...). Nous espérons que les ouvriers s'y rendront en grand nombre étant donné que Gossart est victime du dévouement qu'il a apporté à la cause»
Jusqu'à la première guerre mondiale la quasi totalité des meetings syndicaux ou socialistes se tiennent dans les grands estaminets du Nord Pas de Calais, lesquels peuvent accueillir jusqu'à 300 personnes.
A la campagne, le cabaret est également un lieu polyvalent : on y trouve la boulangerie, le bureau de tabac, l’épicerie, et même l’atelier du maréchal ferrand et du charron
Café épicerie mercerie à Halluin
Association A la recherche du passé d'Halluin
Des débits ambulants sont installés lors des marchés, foires et fêtes, les guinguettes permettent également de s'amuser en dansant avec les divers bals qui sont organisés par leur entremise; ainsi à Lille les personnes se retrouvent pour boire, danser et s'amuser dans les six grandes guinguettes du faubourg de Wazemmes (Le Beau Feuillage, le Casino, La nouvelle Aventure ...
Le cabaret représente donc le cœur des relations sociales : on y scelle une transaction, une embauche, une reconnaissance de dette etc.. On y lit le journal et plus tard on y écoutera la radio. On y refait le monde ..
Bref c’est LE lieu de socialisation et de sociabilité fondamental du village.
Le bistrot va malheureusement jouer un rôle important dans l'alcoolisation des personnes les plus pauvres de la société : les ouvriers, les marginaux mais aussi bon nombre de paysans, bref tout ceux qui n'ont plus d'espoir et qui oublient leur vie miséreuse dans l'alcool..
La buveuse d'absinthe - Lautrec - 1876
On comptait 30 000 débits de boisson en 1914 à Paris, 320 000 en France en 1915. Il n'en reste que 34 669 en 2016, regroupés dans un peu plus de 10 000 communes (selon le baromètre France boissons/CREDOC, «comprendre et répondre à la fragilisation de la filière CHR en France»).
Au bistro - Jean Béraud (1849-1935)
Sources
L’avènement des loisirs (1850-1960) de Alain Corbin
La culture des cafés au xixe siècle de Susanna Barrows
http://www.dionyversite.org/Docus/Dio-4p_Cafes.pdf
Le débit de boissons, cet inconnu… de Philippe Gajewski
Bistroscope L’histoire de France racontée de cafés en bistrots de Pierrick Bourgault
Le débit de boissons, le cabaret, le bistrot, dans le bassin houiller du Nord/Pas-de-Calais, témoins de la sociabilité populaire de Milan Vulic
Cafés, cabarets, bistrots, caboulots, guinguettes, gargotes, estaminets, bars, assommoirs, restaurants du Paris du XIXe siècle de Laurent Portes (Blog Gallica)
Evolution des loisirs au 19ème siècle - 1
Oisiveté récréative
Ne rien faire, être désoeuvré, paresser, rêver … bref être oisif est très mal vu dans la société depuis toujours ; le démon n’est pas loin, les tentations trop nombreuses ; l’individu doit être occupé à chaque instant de sa journée.
Mais cette disponibilité, ce temps de loisir est malgré tout considéré comme nécessaire à l’épanouissement de l’individu du moins chez les élites, car elle permet l’échange d’idées, l’accomplissement de services non rémunérés, favorise la créativité etc
Bref l’oisiveté des élites n’est pas synonyme d’inutilité surtout si ces loisirs sont volontaires, honorifiques, et désintéressés.
Pour la femme de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie l’exercice reste difficile car de par nature elle ne travaille pas ; donc la réserve de temps disponible la concernant est tout simplement énorme. Comment donc peut-elle échapper « à la vacuité des heures » en sachant que son habit entrave le moindre de ses gestes et donc sa liberté de mouvement et qu’en qualité de « vitrine » de son mari elle ne peut pas vaquer à n’importe quelle occupation.
Mode de 1880 à 1890
Elle va donc asseoir son autorité sur la sphère domestique et diriger la maison et ses gens ; elle s’occupera de charité et de philanthropie, surveillera l’éducation de ses enfants et se soumettra aux relations mondaines ; il sera de bon ton qu’elle s’adonne au chant ou au piano.
Femme au piano - Renoir (1876)
La lecture sera finalement son seul loisir personnel surtout au 19ème siècle, époque au cours de laquelle les textes religieux vont laisser place à un tout autre genre : le roman. La jeune femme va ainsi pouvoir se créer tout un univers uniquement à elle. Le danger de ce tournant fut aussitôt perçu : la société était en danger parce que ce genre de lecture ne prédisposait pas la femme aux idéaux traditionnels de mère, d’épouse, d’éducatrice, de protectrice de la maison, mais au contraire la transportait dans un monde idéalisé, loin des règles habituelles !
La liseuse - Carl Holsoe (1863-1935)
A noter à ce sujet que quand les femmes du peuple abordèrent elles aussi la lecture, les conservateurs les plus invétérés ne manquèrent pas d’en souligner les dangers, en la désignant comme un moment d’oisiveté au sens péjoratif du terme. La publication de romans feuilletons ou de fascicules bon marché fut considérée comme une manifestation de mœurs dissolues, une forme de débauche néfaste autant que l’alcoolisme pour l’homme : le roman feuilleton (disait-on) produisait dans les cerveaux des femmes les mêmes ravages que la boisson dans les cerveaux masculins …
Industrialisation et naissance du temps libre
Si le loisir est un privilège de l’aristocratie, au 19ème siècle, la bourgeoisie va pouvoir y accéder grâce à la conjonction de plusieurs éléments : le développement du chemin de fer et l’industrialisation de la société.
En effet jusqu’alors le temps de travail, le temps lié aux tâches ménagères et le temps lié au repos était poreux ; l’importance du travail à domicile tant pour les femmes que pour les hommes rend difficile la distinction entre ces divers moments. Or avec la mécanisation du travail et l’essor des usines, le temps va être contrôlé et cloisonné. Les cloches des églises ne vont désormais plus égrener le temps quotidien , de même que les saisons ne vont plus rythmer nos occupations mais bien plutôt la sirène des usines et bientôt l’horloge …
Le corollaire de cela est que l’on va s’apercevoir que la fatigue est liée à un temps de travail atteignant un seuil anormal. la machine n'a pas besoin de se reposer mais l'homme, oui; les médecins commencent à avoir peur que la mécanisation entraîne la dégénérescence de la race. La fatigue ne va plus être considérée comme inéluctable mais comme un état pouvant être évité ou au moins atténué. Le repos va être désormais considéré comme nécessaire.
Repasseuses - Degas (1884)
Ce qui va entraîner tout naturellement aux 19ème et 20ème siècles les divers mouvements revendiquant la baisse du temps de travail. Ce qui va mécaniquement augmenter le temps disponible pour les loisirs ....
Le repos du dimanche est plébiscité par les médecins qui y voient le remède au surmenage et qui prévient le délabrement physique. Mais attention, ce repos doit être occupé à des activités récréatives et non à la paresse. En 1905, le sénateur Poirier, rapporteur de la loi sur le repos hebdomadaire vante le plaisir de "goûter la joie naïve des enfants". Et cerise sur le gâteau, le nombre de divorce fléchira, l'homme ne laissant plus sa femme seule et désoeuvrée le dimanche ...
Le repos le dimanche ne sera proclamée officiellement que le 10 juillet 1906 mais avant cette loi, dans les faits, nombre de patrons parisiens ont décidé de ne plus ouvrir le dimanche dès la fin du 19ème siècle. En Province, le rideau baisse à 4h voire 2h. Les bureaux de poste parisiens qui ne fermaient qu'à 9h du soir le dimanche ferment à 4h dès 1894.
Revenons à nos bourgeois : le loisir va s’inscrire surtout dans le cercle familial avec diverses activités tel que la lecture , les réunions dominicales, les ouvrages de dames, les promenades, les réceptions…
Alfred Motte, industriel roubaisien (1827-1897) écrit à son fils : « Ce dimanche nous avons dîné en famille chez votre tante Delfosse. Notre réunion a été fort gaie. J’avais pu offrit 200 belles asperges et 120 grosses fraises qui ont été fort appréciées. Chaque convive en a eu 3. Notre repas a été suivi d’une promenade rue St Jean . Toute la société s’est ainsi transportée dans notre jardin. Les hommes de tt âge se sont séparés en deux camps et sept contre sept nous avons lutté à la boule. »
Frédéric Bazille - Réunion de famille
On flâne aussi sur les grands boulevards hausmanniens de Paris et des grandes villes, on regarde les vitrines des grands magasins, on sirote un café, on fréquente les théâtres, les guingettes, bals, et concerts …
S’agissant du bal, il s’agit d’une occasion de rencontre, d’un moment de socialisation auquel les mères préparaient leurs filles très scrupuleusement et avec une attention méticuleuse, suivant les principes inspirés par la bonne tenue, l’élégance, l’amabilité, la modestie.
Un manuel du savoir-vivre de 1912, Le buone usanze (Les bonnes manières) précisait : « Au bal, la jeune fille ne va pas trop décolletée, c’est de très mauvais goût [...]. Elle ne danse jamais deux fois avec le même cavalier, mais elle peut dans la soirée lui accorder plus d’un tour ; en dansant elle se tient droite mais pas raide morte, elle n’a pas l’air de s’abandonner dans les bras de son compagnon, elle ne boude pas mais il ne faut pas qu’elle bavarde trop ou qu’elle rie avec son danseur ; elle ne doit pas le regarder dans les yeux, mais elle ne doit pas non plus tourner la tête d’un autre côté comme s’il lui répugnait ; enfin elle est polie et sérieuse d’abord parce qu’elle doit l’être, ensuite parce qu’elle ne peut qu’y gagner ».
Jeune fille au bal - Renoir
Emergence de nouveaux loisirs
Le 19ème siècle est Le siècle des cures avec la découverte des plages et des « eaux ».
Boulogne et Dieppe, proche de Paris, se développent en ce sens dès la Restauration : En 1822 la première Société Anonyme des Bains de mer de Dieppe est créée par le comte de Brancas ; il y invite la duchesse de Berry, belle-fille du roi Charles X, en 1824 et depuis toute l’aristocratie française s’y rend chaque année en été pour prendre des bains de mer.
Le Croisic - Léon-Auguste Asselineau (1853)
Trouville, Royan, La Rochelle, Les Sables d’Olonne, Biarritz et d’autres suivent ; Biarritz sera d’ailleurs la station préférée de l’impératrice Eugénie sous le 2nd Empire.
Trouville - Monet (1870/1871)
L’essor de ces sites touristiques est dû au développement du chemin de fer puis de l’automobile : en 1840 une voiture attelée gagne Dieppe de Paris en 12h ; sous le 2nd Empire par train, il faudra 4 heures ce qui permet donc non seulement des allers retours mais surtout on va aller plus loin pour s’amuser et se détendre.
A noter que le train va offrir de plus en plus d’attrait avec les wagons lit, les wagons restaurants, les salons luxueux et confortables, les trains internationaux comme l’Orient Express..
La 1ère classe est bien sûr favorisée : Paris Fécamp au début du 20ème prend 4h en 1ère , 5h en seconde et 6 à 7h en 3ème.
Les cures thermales vont aussi se développer toujours grâce au train : Vichy, Aix les bains, Bagnères de Bigorre sous le 1er Empire puis Evian, Vittel, La Bourboule sous le 2nd Empire
Vichy
Hippolyte Taine (1828-1893), philosophe et historien, décrit la vie menée par un curiste à Bagnères de Bigorre ou à Luchon en 1855 : « les jours de soleil on vit en plein air. Une sorte de préau qu’on nomme le Jardin anglais s’étend entre la montagne et la rue, tapissé d’un maigre gazon troué et flétri ; les dames y font salon et y travaillent ; les élégants couchés sur plusieurs chaises lisent leur journal et fument superbement leur cigare ; les petites filles en pantalon brodé, babillent avec des gestes coquets et des minauderies gracieuses »
Buvette à l'établissement thermal d'Uriage
On se promène, on fait des tours en bateau, on pratique la pêche à la crevette, on va au casino et au courses de chevaux à Deauville dès 1864
Les montagnes attirent également par les excusions que l’on peut y faire et les cures climatiques comme à Cauteret.
Les 1ères pistes de luge sont tracées en 1868 à Saint Moritz en Suisse : les plaisirs d’hiver arrivent !
Chamonix 1913
Les hôtels se développent : à Deauville de 5 en 1861 on se retrouve à 28 hôtels en 1927
Les plus luxueux sont proches des lieux de bain et offrent casino, salle de danse, salon, cabinet de lecture, salle de concert etc
Dans la seconde moitié du siècle apparaissent les maisons de vacances : les rentiers, les hauts fonctionnaires, les banquiers, les négociants, les professions libérales viennent avec leurs domestiques pour la saison.
Qui sont ces gens qui viennent profiter des cures thermales ou de la mer : essentiellement des rentiers, des aristocrates et la grande bourgeoisie. Les ecclésiastiques bénéficient de prix de faveur voire de gratuité ; quant à l’uniforme il offre des privilèges dans les casinos, les concours hippiques…
Dans le dernier quart du 19ème siècle, les classes sociales moins aisées mais dont le revenu va augmenter progressivement tout au long du 19ème et du 20ème siècle cherchent à imiter les modes de vie de « la haute » mais pour économiser sur le voyage, elles n’iront pas très loin tandis que le grand bourgeois va dorénavant s’évader plus loin.
Sport et loisirs
Le sport avec notamment la bicyclette est un autre loisir en vogue dans la bourgeoisie qui a d’ailleurs accompagné la formation de la « femme nouvelle » en lui ouvrant de nouveaux espaces, une grande liberté de mouvement, et aussi un habillement plus léger, débarrassé des crinolines encombrantes, des corsets rigides et des mille lacets et cordons qui l’enveloppaient.
La bicyclette en ce sens est le symbole de l’émancipation de la femme par le sport.
La bicyclette était essentiellement vu comme un passe-temps mondain pour les hommes, mais les femmes à bicyclette étaient observées d’un regard de reproche et critiquées (il était inévitable pour monter sur le vélocipède de remonter sa jupe et de montrer sa cheville). On en vint à dire que pédaler n’était pas naturel pour les femmes, et même nocif pour leur santé ; les femmes sortaient de chez elles,
En 1896 alors que le vélo est de plus en plus populaire, une journaliste anglaise explique qu’elle était convaincue qu’une femme sur sa selle de bicyclette ne pouvait en aucun cas inspirer le désir d’être protégée et en tirait la conclusion qu’elle ne pouvait « éveiller l’intérêt de l’autre sexe ». En 1897 dans un journal de Hanovre on pouvait lire un article dont l’auteur allait jusqu’à soutenir que « les hommes préfèrent rester célibataires, plutôt que passer la vie aux côtés d’une pédaleuse ».
C’est le 12 juillet 1817, que le baron allemand Drais présenta, un engin à 2 roues reliées par une traverse en bois sur laquelle est installé un siège : la draisienne.
Mais le vélo nait vraiment en 1867 lors de l’expo universelle avec Pierre Michaux et son fils Ernest qui proposent la Michaudine ; en effet en 1861 ils eurent l'idée d'adapter des manivelles à pédales sur le moyeu de la roue avant ; 'l’exposition universelle de Paris en 1867 qui fit prospérer ses affaires puisqu’en 1869 le constructeur est submergé de commandes et employait 500 ouvriers pour une production de 200 machines par jour.
La Michaudine
De nombreux journaux en font la promotion , un magasine sportif voit le jour en 1892 : « le vélo » et un livre « la France velocipédique illustrée »
Mais en 1890 il n’y a pas plus de 50 000 bicyclettes en circulation en France
Le vélo coûte encore cher en 1890 : 600f en 1890 voire plus surtout qu’il est livré nu : il faut acheter en plus les freins, les pneus ..
En 1893 Manufrance commercialise l’Hirondelle et étend sa gamme à tous les publics : du modèle démocratique à 185f aux modèles de luxe avec pneu michelin autour de 540f et le modèle routier pour les commerciaux, vétérinaires, médecins à 310 f.
L'Hirondelle
En 1894 une taxe de 10 f est appliquée sur le vélo ; il y a alors 203 626 vélos en France
Autour de 1900 le tourisme moderne en groupe ou en famille voit le jour avec des randonnées sur plusieurs jours en vélo mais tout le monde ne peut pas se l’offrir..
Tout le monde à bicyclette - Edward Loevy (1894)
Voir aussi l'article sur les vacances scolaires
Sources
Divertissements et loisirs dans les sociétés urbaines à l’époque moderne et contemporaine Robert Beck, Anna Madoeuf
Espaces urbains du temps libre des femmes aux xixe et xxe siècles - Fiorenza Tarozzi
http://cnum.cnam.fr/expo_virtuelle/velo/draisienne.html
Vacances en France de 1830 à nos jours André Rauch
L’avènement des loisirs 1850/1960 – Alain Corbin
La révolution matérielle Jean Claude Daumas
Etuves et bains publics
Etuves et bains publics
Les bains publics et les étuves du Moyen Age sont peut être l’héritage des thermes de l’Antiquité mais plus sûrement les croisés ont ramené cet art de vivre de leur séjour en Orient.
On va d'abord se contenter de s'immerger dans de grandes cuves remplies d'eau chaude. et à la fin du 13ème siècle apparaissent les premiers bains saturés de vapeur d'eau.
Ces établissements sont construits à peu près sur le même schéma : une cave avec des fourneaux en brique, un rez de chaussée divisée en deux grandes pièces : l’une contient une ou plusieurs cuves en bois pour une ou plusieurs personnes. L’autre contient la salle d’étuve dont le plafond est percé de trous au travers desquels s’échappe l’air chaud, des gradins et des sièges. Aux étages il y a les chambres …
A Paris en 1292 on dénombre 27 établissements.
Ils se situent généralement dans les rues appelée rue des bains ou rue des étuves, elles sont situées près des points d’eau et proches de lieux fréquentés, comme le marché, la cathédrale, une rue passante, ou encore aux portes de la ville
À Rodez, des étuves sont mentionnées dans les archives en 1413 rue de la Penavayre, située près de la maison commune et du portail de Penavayre, faisant la jonction entre le Bourg et la Cité.
A Toulouse, les bains se concentreraient, selon Jules Chalande (dans son ouvrage « Histoire des rues de Toulouse »), dans la rue du Pont-de-Tounis, appelée au XIIIe siècle, rue des bains de la Dalbade. Un peu plus loin, il existe deux étuves rue du Comminges, révélées par le cadastre de 1478, et mentionnées dans une lettre de rémission de 1463.
Enfin, des étuves se situeraient également dans le quartier du Bazacle, près de la Garonne : le capitaine du guet, après avoir été réprimandé par les capitouls pour protéger des gens malfamés, avoue avoir vu des personnes s’ébattre dans l’une d’elles : « Et car ledit capitaine a dit et confessé en ladite court avoir esté une nuit ès estuves du Basacle de ladite ville et y avoir trouvé Maturin Besson, ung nomme Godefroy de Billon, et l’abbé du public couchez chacun avec une femme dissolue et car ilz fuerent ne les avoir point prins ne mennez en prison la court a ordonné que lesdits capitaine Maturin Godefroy et abbé seront mis en la Conciergerie ».
Chartres en comptait 5.
Ces établissements sont extrêmement florissants et rapportent beaucoup d'argent. Dans plusieurs villes de France, certains d'entre eux appartiennent même au clergé !
Valerius Maximus - Facta et dicta memorabilia - fin 15ème
Les bains publics ne sont pas tenus par n’importe qui : les étuviers sont constitués en corps de métiers, et leurs prix sont fixés par le prévôt de Paris. Il leur incombe d'entretenir leurs étuves puisque dans leurs statuts, il est écrit que "les maîtres qui seront gardes du dit métier, pourront visiter et décharger les tuyaux et les conduits des étuves, et regarder si elles sont nettes, bonnes et suffisantes, pour les périls et les abreuvoirs où les eaux vont"
Ils doivent observer certaines règles comme fermer le dimanche ou ne pas accepter les malades.
Les étuviers s’occupaient de chauffer l’eau et, quand elle était prête, des crieurs annonçaient l’ouverture des bains
«Seigneur qu’or vous allez baigner
Et estuver sans délayer ;
Les bains sont chauds, c’est sans mentir… »
Une séance d’étuve pouvait être offerte comme pourboire à des artisans, domestiques ou journaliers : « à Jehan Petit, pour lui et ses compagnons varlets de chambre, que la royne lui a donné le jour de l’an pour aller aux estuves : 108 s. »
Les tarifs vont varier en fonction des options que l'on va prendre : bain en cuve, massage, vin, repas, lit car en effet on ne fait pas que s'y baigner ... Ainsi le livre des métiers d'Etienne Boileau au 13ème siècle nous renseigne sur le prix de ces établissements :
« Et paiera chascunne personne, pour soy estuver, deus deniers ; et se il se baigne, il en paiera quatre deniers » mais s'estuver et se baigner coûte huit deniers.
Dürer lors de son voyage dans les anciens Pays Bas au début du 16ème indique dans son journal des dépenses : « Aix la Chapelle dépensé au bain avec des camarades : 5 deniers ».
Bains publics de Pouzzoles - Italie - 12ème
A noter que le salaire d'un ouvrier qualifié était de 10 à 11 deniers par jour à la même époque (voir site plus bas)
L’étuve est un moment finalement banal dans le quotidien, associé à des pratiques ludiques comme jouer aux cartes ou s’adonner à des activités plus charnelles.
On y converse, on y traite ses affaires et on se restaure en bonne compagnie
Même les clercs ...
Mais il est vrai que certaines étuves devinrent même d’aimables maisons de passe. Ainsi l’étuve de Jehannotte Saignant est pourvue en 1466 de « jeunes chambellières de haute gresse ».
Miniature du Maître de Dresde - Valerius Maximus - Facta et dicta memorabilia - v. 1480
En tous les cas se baigner dans des cuves d’eau chaude aromatisée constituait un véritable art de vivre associé à d’autres voluptés, comme l’évoque cet extrait d’un rondeau du poète Charles d’Orléans (1394-1465) ou même le Roman de la Rose :
« Et on y boit du vieux et du nouveau,
On l’appelle le déduit de la pie ;
Souper au bain et dîner au bateau,
En ce monde n’a telle compagnie. »
L’écolier de mélancolie, Rondeau LXV, 1430-1460
Les dits de Watriquet de Couvin - v.1300
« Puis revont entr’eus as estuves,
Et se baignent ensemble ès cuves
Qu’ils ont es chambres toutes prestes,
Les chapelès de flors es testes »
Le Roman de la Rose, vers 11 132 et suiv. (fin du 13ème siècle).
Philippe de Bourgogne au début du 15ème siècle louera pour la journée la maison de bains de Valenciennes dans le Nord avec les filles de joie pour mieux honorer l’ambassade anglaise venue à sa rencontre.
Valerius Maximus - Facta et dicta memorabilia - fin 15ème
A la fin du 14ème les étuves commencent à séparer les sexes
Les officiers municipaux d’Avignon interdisent en 1441 l’entrée des étuves aux hommes mariés.
A Toulouse, en 1477, le Parlement condamne Jacques Roy, un étuviste, pour avoir abrité des prostituées : « Il sera dit que la court mete l’appelant et ce dont a esté appellé au neant et au surplus veues ces confessions dudit prisonnier et les confrontations des tesmoins faictes en ladicte court dit sera que pour reparation des rufianage vie deshonneste dont a usé icelui prisonnier ès estuves dudict Thoulouse et ailleurs la court le condamne à fere tout nu le tours par les rues acostumées de la ville de Tholoze et aussi par devant les maisons de bains et estuves et en ce fait est banni et fustigué et sera banny et le bannist la court de toute la ville et viguerie de Tholoze jusques à ung an et l’absoult ayant esgard à son vieulx aage et aussi pour contemplation de ses femme et enfans de plus grand peine par lui defunt. Et enjoin ausdict capitoulz qu’ilz gardent et facent diligence que esdicts bains et estuves ne aillent en ladicte vie dissolue et facent bonne justice de autres personages nommes en proces » .
La licence sexuelle et la promiscuité qui règnent au sein des bains ont contribué à la fin de ces établissements : en effet, c’est le lieu idéal pour répandre les maladies vénériennes et les épidémies.
En 1573, Nicolas Houel, apothicaire de Paris, tint les étuves pour responsables de nombreuses contaminations. Ce dernier écrivit dans son traité de la peste : « Bains et étuves publiques seront pour lors délaissés, pour ce qu’après les pores et petits soupiraux du cuir, par la chaleur d’icelle, sont ouverts plus aisément, alors l’air pestilent y entre ».
En plus au 16ème siècle, l’église y met sérieusement son nez et sa morale : l’eau est source de plaisir donc c’est immoral. Se laver va devenir de plus en plus rare voire interdit par les instances ecclésiastiques et médicales, l'eau étant dangereuse en plus d'être pernicieuse.
A Dijon la dernière des 4 étuves est détruite au 16ème siècle (La plus réputée se situait dans le quartier de la paroisse Saint-Jean. Une autre, celle du Vert-Bois, était connue dans l’actuelle rue Verrerie).
Pas loin de la cathédrale Ste Bénigne - Dijon
Le « livre commode des adresses » ne recense plus à Paris en 1692 qu’un tout petit nombre de bains publics dont un bain de femmes rue Saint André des Arts.
Au 17ème siècle il reste encore des établissements mais plutôt destiné à la noblesse, tenus par un baigneur et leur visite reste quand même peu fréquente : avant un mariage ou un rendez vous galant ou pour y cacher des amours secrètes …
Il faudra attendre le 18ème siècle et surtout le 19ème pour qu'enfin, timidement, la propreté et l'hygiène passent à nouveau par l'usage de l'eau ...
Sources
Espaces et pratiques du bain au Moyen Âge de Didier Boisseuil
Le propre et le sale de Georges Vigarello
PETITE HISTOIRE DES VACANCES SCOLAIRES
Petite histoire des vacances scolaires
Sous l’Ancien Régime, les jours de congés correspondent essentiellement aux fêtes chrétiennes et au calendrier liturgique (Epiphanie, Saint-Charlemagne, Sainte Geneviève, Pentecôte, Carnaval, Assomption, Toussaint, Sainte-Catherine, Ascension, Fête-Dieu, fête paroissiale etc). Le plus gros des congés étant condensé sur août/septembre. Ces vacances d’été correspondant en effet à l’aide que les enfants devaient apporter lors des vendanges et de la moisson.
Kermesse - détail d'un tableau de Pieter Brueghel l'Ancien
Mais même ainsi les usages en matière de début des congés et de durée de ceux ci restent essentiellement locaux et le resteront longtemps d’ailleurs: ainsi début 1600, au collège d'Arras la sortie a lieu le 25 août et les vacances durent jusqu'au 10 octobre; au collège d'Abbeville, au XVIIIe siècle, les vacances débutent le 15 août et durent environ un mois et demi.
Avec la révolution, la durée des vacances reste fixée à une soixantaine de jours entre le milieu d'août et la fin septembre et des jours de repos sont prévus à certains moments de l’année.
Une fois la période révolutionnaire terminée, retour aux pratiques d’antan : dans toutes les écoles, les congés dits extraordinaires (donc autres que ceux d’été) sont liés à nouveau aux fêtes religieuses comme par le passé. Mais avec une volonté de réduire le nombre de ces petits congés.
Ainsi au début du Consulat en 1800 les seules vacances accordées sont celles d’été et il faudra attendre 1860 pour que Napoléon III accorde 5 jours de vacances supplémentaires pour les fêtes de Pâques.
Il est même question à cette époque de réduire les vacances dans les écoles secondaires à une quinzaine de jours en août. Un arrêté du 2 septembre 1800 va aller jusqu'à les supprimer, accordant seulement « aux élèves qui se seront bien conduits, la permission d'aller en vacances tous les deux ans ».
Finalement en 1803 on revient aux pratiques d’antan en réinstaurant 7 semaines de congés d’été ainsi que d’autres petites périodes de vacances au cours de l’année.
La durée de ces congés d’été est toutefois très fluctuante et va dépendre essentiellement des pratiques de vie des différentes époques : d’une société essentiellement paysanne jusqu’au milieu du 20ème siècle la France va en effet se transformer peu à peu en une société de consommation et de loisirs avec les premiers congés payés et l’apparition du tourisme ; tout cela va nécessairement influer sur les vacances de nos chères têtes blondes.
Et c’est ainsi qu’en 1814 on rabote un peu les vacances d’été : on en est à 6 semaines.
En 1851, il est confié aux recteurs départementaux le soin de fixer la date et la durée des vacances d’été entre août et octobre pour une durée de l'ordre d'un mois.
En 1875, le début des congés est fixé au 9 août.
1882 marque la grande année de l’éducation nationale puisque la loi Ferry rend l’école laïque, publique et obligatoire. Mais en pratique ne nous leurrons pas, cela ne va pas changer grand-chose dans l’immédiat.
Classe de garçons à Hellemmes (Nord) fin 19ème siècle
D’abord parce que ce seront les préfets qui désormais vont donner la date de départ en vacances ; on est donc toujours sur des plages de vacances différentes en fonction des départements. Rien n’est uniformisé.
Et surtout l'absentéisme ne va pas disparaître comme ça. On estime en 1890 qu'il est de l'ordre de 15 %. En 1929, le taux d'absentéisme est encore d'environ 10 % et c'est en 1942 que le régime de Vichy décide de supprimer les allocations familiales aux familles coupables de ne pas envoyer leurs enfants à l'école.
Toutefois il faut bien garder en tête que globalement la situation des villes et des campagnes est très différente : dans les écoles primaires rurales, l'absentéisme saisonnier est beaucoup plus important que dans les villes. Ainsi le Manuel général de l'instruction primaire signale en 1834 que, des premiers jours d'avril ou de mai jusqu'à la fin d'octobre ou quelquefois de novembre, « le retour régulier des travaux agricoles enlève à nos écoles toute leur population ». Ce sera un mal récurrent chaque année qui ne va réellement disparaître qu’avec la fin de la petite paysannerie française au XXème siècle.
En 1888 la durée des congés d’été passe de 4 semaines à 9 semaines.
L'arrêté du 4 janvier 1894 restreint les grandes vacances à six semaines, mais prévoit que « lorsque les besoins des populations l'exigent et avec l'assentiment du conseil municipal », la fermeture des classes peut être limitée à quinze jours.
L'arrêté du 24 juillet 1905 s'attaque aux congés extraordinaires et les réduit à une semaine pour les fêtes de Pâques, au premier de l'an, au lundi de Pentecôte et au lendemain de la Toussaint; s'y ajoutent les jours de fêtes patronales et la célébration du 14 juillet.
En 1912, le début des ‘’grandes vacances’’ est avancé au 14 juillet ; mais elles durent jusqu’au 1er octobre.
En 1922 le manque de main d'oeuvre dans les champs se fait cruellement sentir. Le ministre de l'Instruction publique octroie donc aux écoliers deux semaines de vacances supplémentaires afin qu'ils puissent aider au travail agricole.
En 1925, les petites vacances sont à l’honneur ! on a désormais deux semaines de vacances à Noël ; les vacance de Pâques passent d’une semaine à deux.
Sous le Front populaire, en 1936, des ‘’petites vacances’’ apparaissent : quatre jours en février, si Pâques arrive tard ; quatre jours à la Pentecôte, si Pâques est tôt.
Premiers congés payés en 1936
En 1938 le ministre Jean Zay considère, dans une note officielle au Conseil supérieur de l'éducation nationale, que « les vacances des enfants doivent être mises en harmonie avec les congés payés des parents » . L'arrêté ministériel du 11 juillet 1938 fixe donc les dates et durées des congés comme suit : deux jours pour la Toussaint, dix jours pour Noël et le jour de l'an, un jour pour mardi-gras, quinze jours pour Pâques, le lundi de Pentecôte et des vacances d'été du 15 juillet au 30 septembre.
En 1959, les grandes vacances sont déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commencent plus tôt ( le 1er juillet) et finissent plus tôt ( à la mi-septembre ) ; on définit également trois zones académiques décalées l'une par rapport à l'autre en particulier pour les petits congés.
Camping à Trouville (14) en 1952
En 1960, les vacances d'été débutent le 28 juin et se terminent le 16 septembre. Mais la France est encore majoritairement paysanne et la circulaire fixant le calendrier scolaire de l’année 1960/1961 précise qu’il est prévu des autorisations d’absences entre les 15 et 30 septembre accordées par l’Inspecteur d’académie, sur demande des personnes responsables, aux enfants ayant au moins douze ans qui sont occupés aux travaux agricoles (article 5, loi du 28 mars 1882), dans les départements viticoles compte tenu des travaux de vendanges (Circulaire du 19 septembre 1960).
En 1972, (après les jeux olympiques d’hiver de Grenoble) les vacances d’hiver deviennent désormais une véritable institution et un marqueur de notre temps : les loisirs et le tourisme se diversifient considérablement et cela ne va plus s'arrêter !
Déjà en 1910 ! Skieurs de Morez - Jura
Début des années 80 : rééquilibrage des vacances scolaires :
- « les grandes vacances » devenues « les vacances d’été » vont être amputées de 2 semaines au profit des vacances de la Toussaint avec 10 jours accordés de la fin octobre au 2 novembre, et d’hiver : 2 semaines reparties entre février et mars suivant les académies.
- Les deux semaines de vacances de septembre disparaissent définitivement avec l’extinction de ce que l’on a appelé la petite paysannerie française ; nous sommes définitivement rentrés dans l’ère de la société de loisirs !
Bonne rentrée !
Rentrée des classes à Paris en 1930
Sources
Les rythmes scolaires en France : permanences, résistances et Inflexions - Paul Gerbod
Vacances en France de 1830 à nos jours - André Rauch
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