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epidemie

La grippe espagnole 1918/1919

13 Avril 2020 , Rédigé par srose Publié dans #maladie, #épidémie

 

La grippe espagnole

 

La grippe espagnole 1918/1919

Aix les Bains - Us Army Medical Corps

 

En France, les premiers cas de grippe espagnole sont semble-t-il enregistrés mi-avril 1918, entre le 10 et le 20 avril précisément, dans les tranchées de Villers-sur-Coudun dans l’Oise. De là l’épidémie se répand à travers la France.

Toutefois le virologue John S. Oxford, fait de la ville d’Étaples dans le Pas de Calais le point de départ de la grippe espagnole en France. En effet, installé au nord de la ville, un immense camp de l’armée britannique a accueilli à partir de 1915 plusieurs milliers d’hommes et de bêtes (cochons, oies, canards, poulets et chevaux), dont le rassemblement et le confinement ont pu favoriser l’émergence de la pandémie grippale. On y aurait relevé des cas précoces et mortels d’infections respiratoires dans les hôpitaux de ce camp : 71 soldats meurent de “bronchites purulentes” durant l’hiver 1916-1917. Ces cas de bronchites seraient aujourd’hui réévalués comme les premiers cas de la grippe espagnole en France.

 

La grippe espagnole 1918/1919

 

La grippe espagnole 1918/1919

Camps d'Etaples

 

En 1918, on ne connait pas vraiment la grippe: on ne sait pas ce que c’est, d’où ça vient, comment s’en prémunir ni quels sont vraiment les symptômes : on confond souvent la grippe avec d’autres maladies respiratoires. On sait qu’une épidémie grippale (la 1ère pour laquelle on ait une documentation scientifique détaillée) avait fait rage en 1889, débutant a priori à St Pétersbourg et de là essaimant à travers le monde en faisant 250 000 décès rien qu’en Europe. Il faudra attendre 1933 pour que le virus de la grippe soit isolé chez l’homme et que l’on sache ce qu’il faut combattre.

Toujours est-il que la virulence de la maladie va aller crescendo dans l'année 1918.

En mai à Montpellier on recense dans la population civile et militaire 173 cas donnant 12 décès soit un taux de mortalité de 6.8%

En juin, ce sera 110 cas et 21 décès soit un taux de mortalité de 19%.

En juin à Rennes, 60 grippes se compliquent de 30 pneumonies et de 20 broncho pneumonies qui font 10 morts (taux de mortalité de 16.6%)

Le 30 mai, l'ambassadeur de France à Madrid informe Paris que 70 % du personnel de l'ambassade est alité et que les affaires courantes sont suspendues sur l'étendue de la péninsule Ibérique.

Le 6 juillet 1918 le journal Le Matin écrit dans ses colonnes : « En France, elle est bénigne ; nos troupes en particulier y résistent merveilleusement bien. Mais de l’autre côté du front les Boches semblent très touchés. Est-ce symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité ». 

Mais la grippette va devenir plus vindicative et ne sera plus du tout perçue comme une alliée ; la France (tout comme le reste du monde) va se trouver vite démunie face à l’ampleur du désastre.

Après une accalmie passagère en juillet, l’épidémie reprend de la vigueur. Le pic de mortalité est atteint en France et en Grande-Bretagne en novembre 2018 mais une autre vague s’abat sur la France début 2019.

Le préfet du Pas-de-Calais invite le 4 novembre 1918 les maires à assainir les lieux publics, à défaut de mettre en place des mesures de confinement général. Cette politique publique de désinfection va parfois à l’encontre du discours des scientifiques qui privilégient la quarantaine et le confinement pour limiter la contagion, à l’instar du docteur Émile Roux, directeur de l’Institut Pasteur.

 

La grippe espagnole 1918/1919

 

Les pharmacies sont prises d'assaut, des files d'attente se forment devant les comptoirs des herboristes et des droguistes. Il faut piétiner plus d'une heure pour se faire servir et la confection des ordonnances demande un délai de 24 heures. La quinine, l'huile de ricin, le formol, l'aspirine et le rhum qui dit-on soigne la grippe sont en rupture de stock.

La grippe espagnole 1918/1919

 

À Marseille, on recense en juillet 356 grippes et 35 décès, soit une mortalité de 9,8 %.

 

Des états de décès commencent à apparaître, montrant bien que la maladie frappe tout le monde sans distinction de sexe ou d'âge.

La grippe espagnole 1918/1919

 

Octobre 1918 : Auchel - Pas de Calais

 

C'est en été qu'apparaissent, à côté de la pneumonie lobaire, les cas presque toujours mortels de bronchopneumonie avec troubles cardiaques, œdème pulmonaire et cyanose, complications de la grippe.

C’est que les symptômes ne se limitent pas à de la fièvre, des courbatures et des maux de tête ; le spectacle est bien plus terrifiant : le médecin major Bertin ne peut décrire ce qu’il voit sans malaise : « Quand on circule dans une salle de grippés, on est frappé par l'aspect de ces malades, à demi assis sur leur lit en décubitus latéral, à la respiration brève et pénible qui montre déjà l'intervention des muscles respiratoires accessoires. Ici, on n'observe plus le faciès rouge du début mais un teint plombé. Le regard inquiet semble dire la crainte d'une asphyxie pulmonaire. Bientôt, c'est une pluie de râles sur toute la surface pulmonaire. C'est la forme œdémateuse où le malade crache une mousse blanche parfois sanguinolente. Puis survient l'asphyxie. »

II existe d'autres formes de complications : complications rénales avec production massive d'albumine et mort foudroyante, bronchite capillaire suraiguë simulant l'œdème pulmonaire suivie d'une mort non moins rapide, gangrènes pulmonaires, complications gastro intestinales donnant l’impression d’intoxication alimentaire suraigüe.

La cyanose héliotrope est l’un des signes cliniques les plus marquants de cette grippe espagnole avec un pronostic très pessimiste. Le visage, d’abord rosé, dans près de la moitié des cas devient cyanosé c’est-à-dire de couleur noir pourpre, le pronostic change alors radicalement avec un très faible espoir de guérison. La cyanose est telle qu’il est parfois impossible de distinguer une personne de couleur de peau blanche ou noire. Le 8 novembre 1918, quand l’écrivain Blaise Cendrars se rend chez son ami, Guillaume Apollinaire au 202, boulevard Saint-Germain, celui-ci « gisait sur le dos. Il était complètement noir." C’est l’effet de "cyanose héliotrope" consécutif à la grippe espagnole. Le lendemain, le poète était mort.

 

La période d’incubation étonne en raison de sa rapidité : un rapport de gendarmerie signale que « le neuf courant [octobre], le canonnier Baudin arrivait chez ses parents, au village de la Sapinière (Deux-Sèvres), porteur d'une permission de dix jours et s'alitait. Le 13, il succombait, en même temps que sa mère. Son père décédait le 14 et sa grand-mère le 15».

Un officier blessé entre à l'hôpital de Tours où éclate la grippe qu'il a contractée au front. Sa femme vient le voir à 2 heures de l'après-midi. Quatre heures plus tard, elle présente les premiers symptômes du mal et, à 8 heures, c'est au tour des officiers de la salle où loge le grippé d'être atteints à quelques minutes d'intervalle.

 

Toulouse

La première mention de la grippe à Toulouse date du 16 septembre 1918. La Dépêche écrit en effet ce jour là : « L’état sanitaire de la ville, sans inspirer de graves inquiétudes, laisse beaucoup à désirer en ce moment. On signale, en effet de nombreux cas de grippe et d’influenza et pas mal de malaises intestinaux […]. Il y a eu une recrudescence sérieuse de la maladie, au sein des familles et les décès ont suivi depuis le 9 septembre une marche ascendante : 12 le 10 et 26 le 15, c’est-à-dire hier. »

Ceci étant il est difficile de dater précisément l’arrivée de l’épidémie dans la ville rose :  « Sur la période de mai 1918 à avril 1919, nous avons un excès de décès de 2200 personnes, décès dus directement à la grippe ou à des complications », écrit Pierre Alquier, médecin, dans une thèse de médecine consacrée à la grippe espagnole à Toulouse.

Inquiet, le maire de Toulouse, Jean Rieux et son conseil municipal prennent une série de mesures. Le 18 octobre, il est décidé de la fermeture des écoles pour une durée de quinze jours.

La grippe espagnole 1918/1919

Jean Rieux en 1919

 

 « Par décision du 17 octobre, prise après avis du comité départemental d’hygiène, M. le préfet, par mesures de précaution, a ordonné la fermeture de toutes les écoles primaires, élémentaires et maternelles, publiques et privées de la Haute-Garonne à partir du lundi 21 octobre jusqu’au 3 novembre inclus. » La Dépêche le 18 octobre 1918.

Par un arrêté signé le même jour, le maire encadre également les enterrements. Il est décidé qu’il n’y aura plus qu’un enterrement par jour et par paroisse. Le 26 octobre, la municipalité supprime carrément les convois funèbres. Les familles des défunts doivent se rendre directement au cimetière à une heure fixée.

Il recommande également de désinfecter régulièrement les voitures du tramway.

 

De nombreux toulousains sont persuadés que les médecins mentent et qu’ils sont en présence de pathologie « exotique » de type dengue, peste, choléra ou variole. Le 21 septembre 1918, Jean Rieux tente de rassurer la population à travers une note dans les journaux toulousains. « Le maire tient à renseigner la population en ce qui concerne l’état sanitaire de la ville. Aucun cas de choléra ne s’est produit et pas davantage il n’y a eu de variole noire. Cela pour répondre à certains bruits alarmants qui circulent en ville et que répandent légèrement des personnes mal renseignées. Ce qui est exact, c’est l’existence de nombreux cas de grippe et, comme conséquence, une augmentation du nombre de la mortalité normale ».

 

Les malades sont soignés pour la majorité chez eux, à domicile ; les hôpitaux dont l’  Hôtel Dieu sont réservés en priorité aux militaires blessés de guerre.

 

La préfecture de Haute Garonne multiplie les recommandations. Le 22 octobre : « Pour éviter la grippe il est prudent de ne pas aller dans les théâtres, concerts, cinémas, cafés ; de ne pas faire de stations prolongées dans les églises et dans les temples ; de ne pas s’attarder dans les magasins ; de faire usage le moins possible des tramways. La grippe se propage partout où l’on se réunit nombreux ».

 

Le Télégramme en octobre 1918 précise que l’Eglise n’est pas en reste : « A cause de la maladie de la grippe qui sévit dans notre ville, Monseigneur l’Archevêque vient d’ordonner de faire dans toutes les églises du diocèse les prières officielles pour le temps de l’épidémie et d’exposer dans l’église Saint Sernin les reliques des Saints spécialement invoqués contre la maladie ».

 

Mais face à la maladie les moyens sont dérisoires : il manque de médecins (la majorité étant réquisitionnés pour l’armée), le confinement est juste recommandé, les règles d’hygiène ne sont pas bien connues même si le port du masque est en usage et devient même une mode ...

La grippe espagnole 1918/1919

 

La grippe espagnole 1918/1919

Californie 1918

 

Au final ce sera sur Toulouse un excès de décès de 2200 personnes sur la période mai 1918 à avril 1919 soit 1% de la population.

La grippe espagnole 1918/1919

 

 

En France le bilan est estimé à 400 000 morts ; 2.3 millions de morts pour l’Europe

A l’échelle mondiale l’Institut Pasteur estime l’hécatombe entre 20 et 50 millions de morts

 

La grippe espagnole 1918/1919

Hôpital américain de LImoges

 

 

100 ans plus tard l’histoire se répète-t-elle ?

 

 

Sources

Thèse de Pierre Alquier (2007) : la grippe espagnole à Toulouse 1918/1919  

Une tragédie dans la tragédie : la grippe espagnole en France (avril 1918/avril 1919) de Pierre Darmon

https://archivespasdecalais.fr/Decouvrir/Un-document-a-l-honneur/La-grippe-espagnole

https://gallica.bnf.fr/blog/03102018/la-grippe-espagnole?mode=desktop

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C comme Crises démographiques aux 18 et 19ème siècles

6 Novembre 2018 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #épidémie, #hygiène, #Midi Pyrénées

 

Les crises démographiques résultent de nombreux éléments dont le climat, le manque d’hygiène, une alimentation insuffisante liée à de mauvaises récoltes et les problèmes d’adduction d’eau ; tous jouent un rôle dans la morbidité et la conjonction de plusieurs d’entre eux provoquent des hécatombes.

Ainsi en Comminges le climat est rude : des hivers très froids à fort enneigement « la neige résiste (…) depuis le 1er 11 janvier au 1er avril » , un climat froid pendant 8 mois et tempéré les 4 mois restants avec brouillard, grêle et pluie et des étés chauds plus des vents d’ouest-nord-ouest dominants humides et frais

Ce climat ne prédispose qu’à une économie pastorale avec élevage brebis, vaches et quelques juments poulinières.

« On ne peut point labourer ny avec des bestiaux à cause des précipices, il n’y a point de charrettes, tous les travaux se font à l brasse (…) les paysans labourent à l bêche le terrir aride et transportent le fumier sur leur tête » Mayrègne près de St Gaudens

A Caubous près de Saint Gaudens « il n’était pas rare d’avoir trois mètres de neige de hauteur et le froid était intense. »

Une étude (anonyme) sur le canton de Luchon au commencement du 19è décrit les habitants : « L’espèce humaine (…) est ici aussi misérablement rabougrie que celle des autres animaux. Les enfants n’y présentent que des chairs blafardes et livides (..) Nos vierges de 15 et 16 ans (…) se trainent à pas lents (…) Les jeunes gens plus favorisés de la nature y sont assez bien formés, lestes et vigoureux mais les travaux continuels auxquels ils sont obligés de se livrer pour entretenir un grand nombre d’enfants dont ils deviennent les pères en se mariant de très bonne heure les font bientôt parvenir à une vieillesse précoce ». 

 

Les épidémies de variole, dysenterie, entérite, scarlatine sont toujours présentes quelle que soit l’époque.

Le choléra atteint la région Midi Pyrénées en 1834, la suette est arrivée quant à elle en 1782.

La maîtrise tardive de l’eau explique les niveaux élevés de gastro entérite et de typhoïde (les populations sont atteintes lors de la consommation directe des eaux pollués ou de produits ayant été en contact avec cette eau ou encore ayant poussé dans du fumier infecté).

La typhoïde se caractérise par une élévation de la température et l'apparition de troubles intestinaux. Elle dure environ 20 jours mais cette durée peut être allongée par des complications  comme des hémorragies intestinales, une perforation de l'intestin, une péritonite, bronchite, néphrite, phlébite ... 

 

Il faut dire que l’hygiène reste longtemps déplorable dans l’espace public comme privé : les rues de Toulouse sont le réceptacle de jets d’urine, de dépôts de matière fécale, de tripailles, de fumier.

A Montesquieu Volvestre (à 50 km de Toulouse), en 1832, 1835, 1854, s’amoncèlent devant les portes et dans les jardins, fumiers et immondices ; les fossés faisant office de rigole sont remplis de détritus. A Carbonne en 1898, après chaque orage les eaux deviennent troubles et d’un goût douteux. Voir également ICI et ICI.

Les fontaines quand il y en en a sont contaminées, tout comme les puits.

Les habitants en majorité au 19è continuent à s’approvisionner dans le fleuve, les rivières et les puits ce qui ne permet donc pas de consommer une eau propre ; Il y a quelques exceptions comme par exemple les hameaux de Lançon et de Croix près de Carbonne qui dès 1871 profitent de l’installation d’une pompe.

 

Les crises démographiques peuvent s’expliquer également de façon moins dramatique par la migration des jeunes : l’instituteur de Bourg d’Oueil indique en 1886 : « Cette diminution (de la population) est occasionnée par l’émigration vers les villes où les jeunes gens et les jeunes filles se placent comme domestiques ; plusieurs hommes entrent ainsi dans la douane, la gendarmerie, dans le clergé et dans le corps enseignant. D’un autre côté le nombre des enfants devient tous les jours moins considérable … en ce moment il n’y a pas à Bourg plus de 4 enfants âgés de 3 ans et il n’y en a que quatre ayant 3 à 5 ans ».

 

La Grande Guerre viendra une génération plus tard compléter ces crises démographiques de façon cruelle et apocalyptique : 18% des incorporés de l’armée française seront tués. Avec toutes les conséquences que cela va entraîner ensuite sur la natalité…

 

Sources

Visages de la mort dans l'histoire du midi toulousain sous la direction de Jean Luc Laffont

 

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Se soigner autrefois (2)

1 Novembre 2016 , Rédigé par srose Publié dans #maladie, #mortalité, #médecine, #accouchement, #épidémie

 

Qu’en est-il des épidémies ?

La peste : on ne connait pas à l’époque le bacille de Yersin, on se sait pas ce qu’est exactement la peste ni comment la soigner ; On sait en revanche qu’elle est très contagieuse et qu’il faut pour la contenir isoler les malades.

La peste bubonique, qui est consécutive à une piqûre de puce, entraine la mort dans 60 à 80% des cas, le plus souvent dans la première semaine.

Sous sa forme pulmonaire la mortalité est de 100% des cas dans les 2/3 jours après le début des troubles.

La France connait plusieurs épisodes de peste :

  • De 1628 à 1631 aucune province n’est épargnée
  • En 1636/37 tout le quart nord-est est atteint
  • En novembre 1667 Lille et Cambrai sont atteint puis l’épidémie descend pour ne disparaître qu’en 1670
  • 1720/21 Marseille est atteint et une partie de la Provence

 

Se soigner (2)

La dysenterie semble être le mal le plus fréquent et le plus meurtrier : la dysenterie bacillaire touche surtout les enfants et les adolescents et sévit en périodes chaudes.

Le paludisme sévit à l’état endémique partout mais plus fréquemment dans les bas quartiers et dans les régions mal drainées et infestées de moustiques comme la Sologne, la Saintonge, le Bas Languedoc, la Camargue, les Landes.

La variole ou petite vérole est redoutable pour les enfants et adolescents et ceux qui survivent en gardent les stigmates toutes leur vie. Cette maladie tue tout de même entre  15 à 20 % des malades.

 

La grippe dont le terme est inventé lors de l’épidémie de 1742/43 nous est décrite ainsi par l’avocat parisien Barbier justement en 1742 : « il règne cet hiver une maladie générale dans le royaume que l’on appelle la grippe, qui commence par un rhume et mal de tête ; cela provient des brouillards et d’un mauvais air. Depuis 15 jours même un mois il n’y a point de maisons dans Paris où il n’y ait eu des malades ; on saigne et on boit beaucoup, d’autant que cela est ordinairement accompagné de fièvre ; on fait prendre aussi beaucoup de lavements ; on guérit généralement après quelques jours».

 

Quels sont les médicaments dont on dispose à cette époque ?

Je complète ici l’article que j’avais rédigé sur la médecine de nos aïeux. La pharmacopée des 17 et 18ème siècles  est essentiellement basée sur les plantes (indigènes et exotiques) que l’on appelle les « simples » auxquels s’ajoutent des produits d’origine animale et quelques remèdes chimiques.

Se soigner (2)

Les plantes que l’on retrouve le plus fréquemment dans les recettes sont les suivantes mais cette liste n’est pas exhaustive :

La gousse d’ail est vermifuge antispasmodique et fortifiante

La racine et les graines d’angélique stimulent la digestion, sont diurétiques et sudorifique

Le fruit de l’anis vert est expectorant et carminatif

La plante et la racine d’aristoloche sont antinflammatoires

La plante et la racine d’armoise commune sont apéritives

La feuille d’artichaut stimule les fonctions hépatiques et biliaires

La racine de bardane cicatrise les plaies

La fleur de lavande est calmante

La fleur de pavot est somnifère

Des plantes exotiques se trouvent également dans la pharmacopée de l’époque

L’opium est somnifère est analgésique

La feuille et le fruit du séné est purgative

La noix de muscade est tonique et digestive

Le clou de girofle est antiseptique

etc...

 

Le chocolat est recommandé car il rafraichit les estomacs trop chauds et réchauffe les estomacs trop froids.

Se soigner (2) 

La Tasse de Chocolat, de Jean Baptiste Charpentier le Vieux, 1768

 

Le café fortifie les membres, et guérit l’obstruction des viscères, la corruption du sang

 

L’écrevisse est souveraine contre les fièvres putrides, le poumon de renard contre les maladies pulmonaires, le cerveau de moineau contre l’épilepsie, le ver de terre contre les ulcères …

Le plomb fournit le céruse et la litharge qui sont utilisées en emplâtre

Se soigner (2)

Le mercure soigne la grande vérole

L’antimoine rentre dans la composition de l’émétique, vomitif souverain

 

Dès la fin du 17ème siècle, apparaissent la quinquina contre les fièvres  et l’ipécacuanha contre la dysenterie.

Ces deux remèdes sont efficaces mais du fait d’une préparation et d’une utilisation mal codifiées ils ne révèleront leur pleine efficacité qu’à partir du 19ème siècle.

 

Lire aussi : manuel de vulgarisation thérapeutique

 

Quid de la chirurgie ?

Les opérations les plus classiques sont en vrac l’incision des abcès, la réduction des fractures, la pose de cautères et ventouses, le pansement des plaies, l’extraction des dents…

Se soigner (2)

David Teniers le Jeune, Le Chirugien-barbier, milieu du XVIIe s., Norfolk, The Chrysler Museum of Art

 

Mais certains chirurgiens vont plus loin sans rien pour lutter contre la douleur, l’hémorragie, les infections.

Ils vont ainsi suturer les estomacs et les intestins perforés, enlever des hernies, extraire les calculs de la vessie, pratiquer des césariennes sur des femmes mortes puis vivantes, trépaner, extraire le cristallin …

Se soigner (2)

 

 

L’anesthésie générale à l’éther ou au chloroforme ne va apparaître qu’à partir de 1847, l’anesthésie locale avec la cocaïne est découverte vers 1860, la pince hémostatique voit le jour en 1868.

Se soigner (2)

L’infection post opératoire quant à elle reste le plus souvent fatale faute de connaître les règles d’asepsie et l’existence des microbes et autres virus. L’utilisation de vin aromatique ou de poudre de myrrhe fera office d’antiseptique sans le savoir en attendant les travaux de Pasteur.

 

Et les remèdes magiques ?

Bien sûr on va utiliser également d’autres types de remèdes et de « médecins » : des guérisseurs, des rebouteux, et autres sorcier et aussi les saints guérisseurs.

Toutefois rappelons qu’il est illicite de recourir aux sorciers même pour en obtenir un bien comme la guérison du corps car « jamais ils n’ôtent le mal d’un corps qu’ils ne le renvoient en un autre »

A partir du milieu du 17ème siècle l’attitude à l’égard des envouteurs, rebouteux et sorciers change : ils sont surtout traités en exploiteur de la crédulité humaine ne méritant ni la corde ni le bûcher tout au plus le bannissement.

Furetière exprime sa pensée ainsi : « encore que je sois persuadé que les véritables sorciers soient très rare, que le sabbat ne soit qu’un songe et que les parlements qui renvoient les accusations de sorcellerie soient les plus équitables, cependant je ne doute point qu’il ne puisse y avoir de sorciers , des charmes et des sortilèges »…

Un malade qu’aucun remède dit normal ne guérit va donc se croire possédé par un mauvais sort.

Que faire dans ce cas ? il faut lever le sort par exemple de la façon suivante : « faire tenir le malade à l’opposite du soleil avant qu’il soit levé, lui faire prononcer son nom et celui de sa mère ; nommer 3 fois le jour pendant 6 jours les anges de gloire qui sont dans le 6ème degré ; le faire tenir tout nu le 7è jour puis écrire sur une plaque les noms de ces anges dans la créance qu’il sera guéri le 20è jour du mois ».

Si cela ne marche pas il faut chercher un leveur de sort ou conjureur qui va entr’autre chose adresser des prières conjuratoires ; par exemple pour la colique : « Mère Marie, Mme Sainte Emerance, Mme Sainte Agathe, je te prie de retourner en ta place entre le nombril et la rate au nom du Père etc ».

Il est possible et plus licite d’invoquer les saints guérisseurs ; ainsi Sainte Appolline à qui le bourreau a arraché les dents guérit les maux de dents, Sainte Odile née aveugle guérit les maux d’yeux, Saint Vincent, éventré, guérit les maux de ventre …

Se soigner (2)

 

 

Notons que la spécialisation d’un saint peut tenir à un jeu de mot sur son nom : Saint Quentin est invoqué pour les quintes de coqueluche, Sainte Claire pour les maux d’yeux, Saint Aurélien pour les maux d’oreilles …

Des pèlerinages thérapeutiques sont pratiqués dans toute la France : voyage dangereux que l’on fait parfois à jeun et les pieds nus sur des routes où règnent l’insécurité la plus totale.

Une fois arrivé, diverses pratiques ritualisées sont appliquées notamment l’immersion ou l’ablution partielle dans une fontaine, le toucher d’une statue ou d’un reliquaire, réciter une neuvaine, …

Se soigner (2) 

Albert Hirtz Procession in brittany

 

Ainsi les habitants de Boissy Sans Avoir (78) firent le 8 décembre 1724 une procession à la chapelle de Sainte Julienne au Val St Germain à 30 km de là ; le curé raconte en 1760 cette journée:

«  une maladie contagieuse arrivée en notre paroisse de Boissy Sans Avoir en 1724 qui enleva en peu de temps plusieurs personnes par une mort prompte et violente, donna occasion à procession et nous porta à invoquer singulièrement le secours de Dieu par les mérites et intercessions de St Sébastien de St Roch et nommément de Ste Julienne invoquée dans pareilles circonstances ; on n’eut pas plus tôt recours à cette sainte que nous en ressentîmes de puissants secours et une protection singulière, que cette maladie contagieuse se dissipa et que plusieurs qui en était attaqué n’en moururent pas et conservèrent la santé ;et quelques un subsistent encore aujourd’hui parmi nous ».

Le recours à ces pratiques magiques est le dernier recours après avoir tout essayé ; ainsi en 1661 à l’âge de 13 ans Jean Dache, fils d’un forgeron d’Armentières est paralysé complètement.

Le père a cherché tous les remèdes auprès des médecins de Lille, Cambrai et Ypres.

En 1663 on lui conseille de faire exorciser son enfant ; le père a donc déposé l’enfant aux pères minimes ; aucun effet.

L’enfant demande à être porté devant une image de Jésus flagellé dite de Gembloux qui se trouve chez les soeurs grises d’Armentières ; il y commence une neuvaine et au neuvième jour il est retourné chez lui sans bâton ni assistance.

Les hommes d’Eglise sont bien sûrs totalement contre les guérisseurs et dénoncent ces superstitions mais sont plus embarrassés quand il s’agit de ces pèlerinages et autres invocations de saints. Est-ce encore de la superstition ? Doit-on inciter les gens à y recourir ? Les en dissuader ?

A côté de ces invocations magiques, la guérison peut être recherchée par le biais des plantes. Là aussi l’Eglise désapprouve et interdit ces utilisations. « On ne peut cueillir certains simples, certaines feuilles, certains fruits ou certaines branches d’arbre le jour de la Nativité de St Jean Baptiste avant le soleil levé dans la créance qu’elles ont plus de de vertu que si elles avaient été cueillies dans un autre temps ».  En effet les herbes de St Jean tiennent leur vertu curative du fait d’être cueillies la nuit du 24 juin : ce sont essentiellement l’armoise, le millepertuis et la  verveine.

On trouve également d’autres plantes « magiques » : la mandragore par exemple ; Hildegarde de Bingen préconise à celui qui souffre de « prendre une racine de mandragore, (de) la laver soigneusement, en mettre dans son lit et réciter la prière suivante : mon Dieu toi qui de l’argile a créé l’homme sans douleur considère que je place près de moi la même terre qui n’a pas encore pêché afin que ma chair criminelle obtienne cette paix qu’elle possédait tout d’abord »

Se soigner (2)

Les menthes soignent de nombreux troubles ; pour la rate Pline indique cette recette : « la menthe guérit aussi la rate si on la goute au jardin sans l’arracher et si en y mordant on déclare qu’on se guérit la rate et cela pendant 9 jours ».

Un recueil du 17ème siècle  intitulé « Recueil des remèdes faciles et domestiques recueillis par les ordres charitables d’une illustre et pieuse dame pour soulager le pauvres malades » donne lla recette suivante :  Pour le haut mal c’est-à-dire l’épilepsie : « il est bon que la personne affligée de ce mal porte un morceau de gui de chêne pendu à son col mais ce morceau doit êrte tout frais et sans avoir été mis au feu »

La racine de bryone ou navet du diable soigne la goutte en la portant là aussi autour du cou.

Dans les Côtes d’Armor on préservait les vaches de la maladie en mettant à leur cou un collier de branche de chêne et dans le Limousin un collier de pervenches.

Le gui servait aussi à guérir de la jaunisse au 17ème siècle : « faites tremper 9 boules de gui dans l’urine d’un enfant mâle et attachez les ensuite sur le sommet de la tête du malade ».

Hildegarde de Bingen recommande la bétoine pour les mauvais rêves : « on peut poser sur la peau nue chaque soir une ou deux petites feuilles de plantes fraîche ou faire un coussin en tissu fin que l’on bourre avec des tiges feuillues sèches de bétoine ».

Un marron sauvage dans la poche était « un remède magique tout puissant contre les hémorroïdes »

La fumée d’aristoloche brulée « sous le lit des enfants les ramènera à la santé car elle chasse toutes les diableries et supprime tout tourment et tout mal »

Les feuilles de bouleau chauffées dans un four mises dans le berceau d’un enfant doit lui donner de la force.

« Un enfant n’aura ni froid ni chaud pendant toute sa vie pourvu qu’on lui frotte les mains avec du jus d’absinthe avant que la 12ème semaine de sa vie ne s’écoule »

Pour faire tomber la fièvre : « on nouera une cordelette autour de la taille que l’on attachera par la suite à un arbre appelé tremble afin de lui communiquer son état fébrile. Ce faisant on récite la prière suivante : tremble, tremble au nom des 3 personnes de la trinité »

Pour les verrues on les frotte avec une pousse de chélidoine fraichement coupée que l’on jette derrière soi par-dessus l’épaule sans se retourner.

 

Quelle est la formation de ces praticiens ?

Commençons par les sages-femmes : si l’on s’en réfère à un règlement de 1730, pour être sage-femme il faut passer un examen de moralité devant le curé de la paroisse et être reçue par la communauté de chirurgiens la plus proche. Un apprentissage théorique et pratique de deux ans devra être dispensé, sanctionné par un examen.

Le problème est qu’en pratique l’apprentissage est lacunaire car les chirurgiens à cette époque ont la théorie mais très peu la pratique de l’obstétrique.

Le seul lieu de formation pratique existant dans le royaume est l’Office des accouché crée en 1630 à l’hôtel Dieu à Paris qui reçoit chaque trimestre 3 ou 4 élèves qui vont se former en accouchant les femmes pauvres de la ville. Mais il n’y a aucun enseignement théorique de dispensé et de toute façon le nombre d’élèves est ridiculement faible.

Donc au final les matrones accouchent les femmes sans formation préalable et donc sans moyen face à un accouchement difficile.

Se soigner (2)

 

 

Seule passage obligé, le curé qui vérifie si la dame est catholique, si elle est capable d’ondoyer dans les formes le nouveau-né en danger de mort,  et si elle jure ne jamais utiliser de pratiques abortives ou infanticides.

Il faut attendre les années 1760 pour que s’impose la nécessité d’une réelle formation des sages -femmes et notamment les cours d’Angélique Le Boursier Du Coudray, maîtresse sage-femme brevetée, nommée par le roi en 1767 pour enseigner « l’art des accouchements dans toute l’étendue du royaume ». Elle exercera de 1759 à 1783 et sillonnera l’ensemble des provinces à l’exception du Languedoc où elle se heurte à l’opposition de la faculté de médecine de Montpellier. On estime à plus de 10 000 le nombre de sage- femme qui sur cette période ont été ainsi formées par elle et les chirurgiens qu’elle va également former.

Mme du Coudray a mis au point une machine très pratique pour l’apprentissage puisqu’il s’agit d’un mannequin figurant le tronc d’une femme avec bassin et cuisses, le tout grandeur nature.

Se soigner (2)

Différentes pièces complètent ce mannequin pour expliquer l’anatomie et les différentes phases de l’accouchement : parties de la génération, jumeaux, tête de fœtus, matrice à différent moment de la grossesse, …

Les apothicaires  exercent cette partie de la médecine qui consiste en la préparation des remèdes.

Ce sont des marchands artisans regroupés souvent avec les épiciers et les droguistes au sein d’une même communauté de métier.

L’enseignement est complet à Paris : théorique et pratique ; mais en province l’enseignement théorique est inexistant sauf s’il existe pas loin une faculté de médecine pourvue d’une chaire de pharmacie.

 

Se soigner (2)

 

Le chirurgien ne va s’occuper que des maladies externes au contraire du médecin qui, lui, est un savant. Le chirurgien ne s’occupe au final que de ce qui est «mécanique ».

Initialement le terme adéquat est chirurgien barbier . Dès la fin du 13ème siècle déjà un certain nombre de chirurgiens à Paris abandonnent la barberie et se concentrent sut la partie chirurgicale de leur métier.

Ce ne sera qu’en 1691 que le métier de chirurgien va définitivement être séparé de l’activité de barbier perruquier

Se soigner (2)

David III Ryckaert, le Jeune - Le Chirurgien - 1638

Valenciennes, musée des Beaux arts

 

Au milieu du 18ème siècle un parcours d’apprentissage est règlementé mais il ne s’agit pas d’un savoir livresque, savant, comme peut l’être celui des médecins, l’apprentissage demeurant nécessaire à tout activité « mécanique ».

La durée et la nature de cet apprentissage va différer en fonction du lieu où la personne va exercer, du nombre de maître chirurgien présents sur place, de la qualité des apprentissages ; la partie théorique est enseignée par des médecins mais là aussi la qualité et la durée des enseignements va dépendre de l’endroit où le futur chirurgien va exercer.

A la veille de la Révolution seules 15 écoles publiques de chirurgie existent : Aix, Bordeaux, Besançon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Orléans, Paris , Rennes, Rouen, Toulouse, Tours + 3 écoles de chirurgie navale à Brest, Rochefort et Toulon.

Ces écoles sont toutefois toutes d’un niveau de qualité différent (locaux exiguës, matériel inadapté, peu d’enseignement théorique …).

 

Le médecin a la chance d’avoir au 17ème siècle le choix entre une vingtaine de facultés dispensant un enseignement de la médecine mais là aussi la qualité des enseignement varie grandement, que ce soit en terme de nature des épreuves, de durée des études, du nombre de professeurs , du contenu des enseignements …

La nature de l’enseignement est par ailleurs essentiellement théorique et abstrait ; il s’agit de savoir raisonner. Au 18ème siècle, quelques séances de dissections existent dans certaines facultés mais il est difficile de trouver des cadavres et ce jusqu’à la fin du 18ème siècle. Quant à l’enseignement au chevet des malades, il reste très exceptionnel.

Se soigner (2)

 

Notons pour la petite (et grande histoire) que la première femme médecin est Elisabeth Blackwell qui devint docteur en médecine aux USA en 1847.

Se soigner (2)

 

 

La vie de nos ancêtres était beaucoup plus dure que ce que l’on imagine. Il faut bien comprendre finalement « le tragique de leur existence » et il est important de « montrer l’omniprésence de la maladie et de la mort et l’impuissance à lutter efficacement contre elles ». Face à cette vie très dure, soulignons  « le courage de ces hommes et de ces femmes qui échappaient au fatalisme et à la peur en plaçant leur espoir au-delà des apparences ».

 

Sources

"Se soigner autrefois" de François Lebrun

"Enquête sur les plantes magiques" de Michèle Bilimoff

Revue "Nos ancêtres" n°18 sur les médecins et chirurgiens du 15 au 19ème siècle

 

 

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Peste de 1720

13 Mars 2016 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #épidémie

 

 

La peste réapparaît en mai 1720 à Marseille suite à l'arrivée d'un navire infecté en provenance d'Orient. 

LES EPIDEMIES ET AUTRE CALAMITES (5)

Michel Serre (1658-1733) - Hôtel de Ville de Marseille pendant la peste de 1720.

 

En juillet, 50 morts par jour.

fin août : 1000 morts par jour.

Une barrière sanitaire autour de marseille évitera la contagion au reste du royaume : en 1721, les territoires d’Avignon et du Comtat Venaissin décident de se protéger par la construction d’une ligne sanitaire matérialisée par un mur de pierres sèches de 27km de long entre la Durance et le Mont Ventoux. Le mur était alors gardé jour et nuit par les troupes françaises et papales (les territoires d’Avignon et du Comtat Venaissin étant à l’époque pontificaux).

La peste tuera 120 000 personnes en provence (sur une population de 400 000 habitants) dont 40 000 marseillais (sur une population de 90 000 habitants).

Après l'épidémie, les mariages se multiplient (200 par jour)

 

NOUVELLES DECOUVERTES

Une équipe de l’Institut Max-Planck (MPI), en Allemagne est  parvenue à reconstituer le génome du bacille Yersinia pestis, à l’origine de l’épidémie de peste qui a ravagé Marseille entre 1720 et 1722.

Ce travail prouve que le terrifiant pathogène ne venait pas d’Asie, comme on le croyait jusqu’alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l’Europe au 14e siècle, connue sous le nom de "peste noire". 

Autrement dit, "le bacille de cette peste noire médiévale a persisté localement pendant plusieurs  siècles avant de resurgir brusquement !", explique le paléopathologiste Olivier Dutour.

Les analyses ont été réalisées à partir d’éléments pathogènes prélevés dans la pulpe dentaire de plusieurs individus décédés au 18e siècle à Marseille et retrouvés dans des fosses de pestiférés.

 

sources :

http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/20160129.OBS3633/la-grande-peste-de-marseille-de-1720-n-est-pas-venue-d-asie-le-bacille-tueur-etait-sur-place.html

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Le typhus

28 Février 2016 , Rédigé par srose Publié dans #épidémie, #maladie

 

 

Les symptômes communs à toutes les formes du typhus sont une fièvre qui peut atteindre 39 °C, des maux de tête et un état d'hébétude et de stupeur.

La première description fiable de cette maladie parut pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade en 1489. Cette chronique contient la description d'une fièvre, et de taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, d'une évolution vers le délire, de la gangrène, des plaies, de la puanteur et de la décomposition des chairs. Pendant le siège, les Espagnols ont perdu trois mille hommes au combat, mais ils ont eu à en compter dix-sept mille supplémentaires, morts du typhus.

Plusieurs épidémies se déclarèrent tout au long des siècles. Il réapparait notamment en 1810 où il est appelé parfois "espagnolette" car son développement est lié au convoyage de prisonniers espagnols remontant vers le nord de la Loire. Certains malades laissés à l'abandon ou travaillant comme ouvriers agricoles contaminèrent les villes et contribuèrent à la propagation de la maladie dans la campagne environnante.

Le tiers de la population de Sarlat est ainsi emporté.

Lors de la retraite de Moscou, l'épidémie  réapparaît ravageant la Grande Armée plus sûrement que la guerre ou le froid.

Les soldats blessés, soignés à Metz transmettent la "fièvre de Mayence" à la population causant la mort de 60 000 Alsaciens et Lorrains.

La maladie se transmet par les poux et se rencontre dans les endroits où les conditions d'hygiène sont déficientes (prisons d'où le nom de "fièvre des geôles", armée de campagne ...); Les provinces traversées par les grandes routes militaires qui vont vers l'est et vers l'Espagne au XIXè sont ainsi les plus touchées.

 

L’hospitalisation des typhiques pendant la Première Guerre mondiale

En France, les autorités donnèrent des consignes très strictes sur le comportement à avoir à l'égard des typhiques comme cette circulaire le montre :

Hospitalisation des militaires malades ou blessés

Tout hôpital ou ambulance susceptible de recevoir, d'urgence et par évacuation directe des service de l'arriere, des blessés ou malades militaires doit, pour éviter la transmission du typhus, avoir organisé son service d'admission des malades de la façon suivante:

A- salle d'examen, de déshabillage et de toilette prophylactique.

 Le malade(ou blessé) est amené dans le local (salle d'examen) aussi rapproché que possible de la porte d'entrée de l'établissement hospitalier et, quant l'état des constructions le permet, isolé des autres corps de bâtiment.

Le malade (ou blessé) est aussitôt examiné par le médecin (ou chirurgien) de garde qui ne se contente pas de pratiquer un diagnostic de l'état pathologique, mais a de plus le devoir strict de recherche, sur toute la surface du corps du patient, l'existence des poux( tête, tronc, aisselles, pubis). La constatation de l'existence de ces parasites impose au personnel hospitalier une série de soins et de manœuvres particuliers.

La salle d'examen est largement éclairée, le jour par une large fenêtre, la nuit au moyen d'une lampe électrique à incandescence, munie au besoin d'un réflecteur (pour faciliter la recherche des parasites) ou à défaut par un éclairage de sûreté.

Le sol est imperméable, en pente légère, avec bouche à la partie déclive; les murs se terminent au sol par des angles arrondis.

Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.

Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.

Un brancard (sur roues articulées) assez élevé, est paré au milieu de la pièce; il possède un matelas recouvert de toile imperméable.

De grandes poubelles à couvercle fermant d'une manière hermétique, en place dans la salle, sont destinées à recevoir, au fur et = mesure de son déshabillage, tous les vêtements de tout malade ou blessé admis à l'hôpital. Chaque poubelle, une fois remplie, est portée, d'urgence, à la chambre de sulfuration (annexée à la salle d'examen et de déshabillage).

 

B Technique de la toilette du « porteur de poux »

 Le malade, dès son entrée dans la salle, est étendu sur le matelas imperméable, déshabillé rapidement par l'infirmier de service et examiné sur l'heure, par le médecin de garde.

 Premiers temps. S'il est reconnu « porteur de poux »,il passe aussitôt, entre les mains de l'infirmier chargé de la toilette spéciale: le cuir chevelu et les cheveux sont imbibés largement de xylol ou de benzine, tamponnés avec soin ainsi que la barbe (et, s'il est nécessaire, les sourcils); les oreilles, la régions cervicale n'échappent point à la friction

Cela fait l'infirmier procède, si le médecin de garde le juge nécessaire, à la coupe de cheveux et de la barbe, au moyen d'une tondeuse. Les poils coupés sont recueillis dans un réceptacle (de métal) pour être emportés et brûlés (hors de la salle à cause des vapeurs de xylol ou de benzine). Puis le crâne (y compris les oreilles) est enveloppé d'un serre-tête ne toile, bien fixé par quelques épingles anglaises.

 Le deuxième temps consiste en un savonnage général du corps (au savon noir) à grande eau chaude, dans la baignoire, sous le bain-douche ou sur le brancard, selon les indications fournies par le médecin de garde, si le reste du corps est exempt de parasites. Sinon, la région contaminées, lorsqu'il s'agit du Thorax ou des aisselles, est, comme précédemment, frictionnée méthodiquement au xylol ou à la benzine. Quant les parasites occupent le pubis et les régions avoisinantes, l'emploi de l'onguent mercuriel s'impose (à cause des douleurs qu'occasionne l'essence).

Dans un troisième temps, l'infirmier de service à le devoir d'envelopper le malade (bien nettoyé) dans le drap et les couvertures approprié et de le déposer sur le brancard portatif (recouvert d'une bâche et garni ai besoin de boules d'eau chaudes) au moyen duquel le malade va être transporté dans la salle qui lui est affectée par l'ordre du médecin ou du chirurgien de garde. Un examen détaillé du sujet sera pratiqué au bout de vingt-quatre heures dans le service.

Le médecin de garde a soin de notifier sur le livre de garde le nom du malade porteur de poux et les soins qu'il a reçus au moment de son admission à l'hôpital.

Aussitôt après le départ de la salle d'examen; l'infirmier de service a pour mission de nettoyer à fond la salle d'examen: la poubelle contaminée est portée à la chambre de sulfuration annexée à la salle d'examen. Le brancard et le sol lavés largement à l'aide d'une solution antiseptique (crésyl, acide phénique, etc) et tout est prêt pour un nouvel entrant.

Telles sont les conditions ordinaires. A des circonstances exceptionnelles, des mesures exceptionnelles doivent correspondre. C'est ainsi qu'un « grand blessé » entrant porteur de poux ne peut recevoir d'urgence, la nuit, tous les soins prophylactiques susénoncés. Une salle spéciale (salle des suspect) doit être prévue dans tout service de chirurgie où le blessé insuffisamment « dépouillé » est placé, de nuit.

Le lendemain, au premier jour, il subit dans le box où il a été transporté, les soins complémentaires (savonnage; friction mercurielle, etc) qu'il n'avait pu recevoir la veille au soir. L'infirmier spécialiste de l'admission parfera ainsi son oeuvre.

C. La chambre de sulfuration est un local annexé à la chambre d'examen; de petites dimensions, elle doit être parfaitement étanche.

Les revêtements de la muraille, aussi bien que du sol, doivent être incombustibles. Les vêtements de tous les entrants sont suspendus à des fils métalliques, à 1 mètre, au plus, au dessus du sol; 40 à 50 grammes de soufre par mètre cube doivent être brûlés pour assurer la désinfection.

 D. Le personnel

La pratique de la prophylaxie du typhus demande la création d'un personnel technique. Non que les opérations soient difficiles ou , à vrai dire , très dangereuse, mais elle exigent de tous le personnel une vigilance à l'abri de toute faiblesse, la moindre faute de détail pouvant déchaîner, dans un service hospitalier, la pire des catastrophes: une épidémie formidable et meurtrière.

Il faut donc constituer, dans hôpital ou établissement destiné à recevoir des malades « porteur de poux », une équipe de techniciens, infirmiers de choix, et rompus à la pratique et jouissant d'une haute paye, en rapport avec leur service quotidien.

Chaque hôpital possédera donc une double équipe « d'infirmier surveillants sanitaires » travaillant à tour de rôles, jour et nuit et prêt toujours à fonctionner sur le champs; Ces hommes porteront les cheveux rasés ainsi que la barbe.

Pour le travail, ils se vêtiront d'un costume spécial , tout en toile imperméable, sorte de scaphandrier, ou de ciré de marins, les recouvrant des pieds à la t^tet, les poignets serrés, les mains gantés de façon à pouvoir manipuler benzine, savon, onguent gris, sans difficulté comme sans danger.

Leur instruction technique sera faite avec méthode: « coupe de cheveux et de la barbe à la tondeuse, - reconnaissance des poux de la tête, du corps, du pubis-, toilette de la barbe, des sourcils, des oreilles,- déshabillage rapide (et sans trop de geste); savonnage soigné du corps, - préparation du bain ou bain-douche,- manipulation des vêtements pouilleux – préparation de la chambre à la sulfuration – sulfuration, etc.

 

Sources

Votre Généalogie n°9

http://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2014/08/09/le-typhus-lautre-peste_248696

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Le choléra

24 Février 2016 , Rédigé par srose Publié dans #épidémie, #maladie, #hygiène

 

 

Se transmet par voie digestive, qu’il s’agisse de l’eau, des aliments souillés par les déjections des malades ou par simple contact

Vomissements ou  diarrhées aqueuses, abondantes et indolores, qui entraînent une déshydratation rapide du malade. La température tombe à 35/36°. Le malade a un aspect cyanosé.

 

En 1832 le choléra arrive pour la première fois en France causant 100 000 décès essentiellement en région parisienne et dans le nord du pays.

Le choléra arrive réellement à Paris le 26 mars 1832 même si dans les jours précédents des cas douteux ont été signalés. Ce jour là, quatre personnes furent frappées tout à coup presque simultanément et moururent en peu d’heures, dans la rue Mazarine, dans les quartiers de la Cité, de l’Hôtel-de-Ville et de l’Arsenal. 

Dès le 31 mars, il y avait déjà à Paris 300 malades, et sur les 48 quartiers de la ville, 35 étaient envahis. Le troisième arrondissement était seul épargné. Du 31 mars au 1er avril, l’épidémie se répandit dans toute la capitale. 

En avril toute la ville est contaminée :  de 100 décès le 2 avril, on atteint les 7 000 morts 12 jours plus tard.

Un élève chirurgien au Val-de-Grâce déclara en avril qu’elle s’attaque aux vaches et aux dindons ; certains journaux de province parlent même du choléra des poules et des chats !

Les Parisiens qui le peuvent fuient la capitale, emportant avec eux sans le savoir le mal en province. À ceux qui restent, la capitale offre des rues désertes. Plus d’échoppes. On cesse, pendant quelques jours, de payer péage au pont des Arts. Il n’y a de mouvement que sur le Pont-Neuf, où des brancards chargés de morts ou de mourants se dirigent vers l’Hôtel-Dieu. Ailleurs, de rares passants, souvent de deuil vêtus, se hâtent, le mouchoir sur la bouche.

Les seuls mouvements de foule se déroulent devant les pharmacies : le camphre monte de 5 à 24 francs. Le bruit se répand que les riches ont accaparé tous les médicaments ; et parfois la foule proteste, devant les officines, contre le renchérissement des produits.

Les corbillards manquent ; Le ministre de la Guerre est sollicité : il prête des fourgons du dépôt d’artillerie qui font le service dans la rue du Cherche-Midi mais ces véhicules font tant de tapage et de bruit que l'on abandonne cette idée.

Les cercueils manquent; on empile les cadavres dans des sacs.

L’épidémie atteignit son maximum au 9 avril, jour où il y eut 814 décès. Le 14 du même mois, le fléau était arrivé à un tel degré qu’on comptait 12 à 13 000 malades et 7 000 morts.

L’épidémie resta stationnaire durant six jours environ. À dater de ce moment le mal commença à décroître ; les décès tombèrent de 756 à 651 ; le 30 avril, ils étaient à 114 ; et du 17 mai au 17 juin on n’en comptait plus que 15 à 20 par jour.

Cependant vers la fin de ce dernier mois, le troisième de l’épidémie, et au commencement de juillet, une recrudescence très grave se manifeste. Le 9 juillet, 710 personnes succombent ; le 18, la mortalité est remontée à 225. Cette recrudescence dura peu ; et dès le 28 juillet il n’y avait plus que 25 à 30 morts chaque jour.

La France recensera en 1832, 229 554 cas de choléra et 94 666 morts dont 18 402 à Paris dont 12 733 pour le seul mois d’avril  (parmi eux : Casimir Perier, président du conseil des ministres).

En 1833, l'épidémie de Choléra à Lille provoque 18% du total des décès de l'année

En 1834, le choléra revient et touche davantage le midi

En 1848, 3ème épidémie de choléra : elle tuera plus de 140 000 personnes

En 1866, nouvelle épidémie de choléra qui est bien connue grâce à l'annuaire statistique du Département, publié en 1867. L’épisode est assez court mais ses ravages sont importants:

  • Le premier cas est signalé le 6 février 1866 dans l'arrondissement de Dunkerque, 
  • le dernier est consigné le 22 novembre de la même année dans la région de Cambrai.
  • La maladie touche 150 communes sur les 660 que compte alors le département, surtout dans les communes ouvrières: Lille, Roubaix, Valenciennes, Dunkerque, Armentières, Halluin... mais «curieusement» épargne l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe.

Pour les rédacteurs de l’Annuaire, il semble que la catégorie socioprofessionnelle des malades concernés soit  une cause majeure dans la propagation de cette épidémie.

2,9 % de la population totale du département est réellement touchée, 1,4 % décède.  Ces chiffres peuvent sembler assez peu, mais le plus inquiétant est la mortalité liée à la maladie: 49,9% des malades, tous âges et sexes confondus.


Le Progrès du Nord du 8 décembre 1866 n’hésite pas à qualifier le choléra de «maladie épidémique du pauvre». Ce n’est là qu’un constat dressé après les épidémies de 1832, 1849, 1854, 1859... durant lesquelles les populations ouvrières, notamment du textile à Lille, furent les plus durement atteintes.

A Lille, on déplore en effet un habitat humide, froid, misérable, des rues étroites et malpropres, un manque d’hygiène extrême. Les canaux de la ville comme les rues recueillent les déjections. Certains déplorent l’habitude qu’ont les hommes d’uriner dans les fossés à la sortie des estaminets, les femmes celle de se soulager dans les ruisseaux, d’incriminer les déjections qui stagnent entre les interstices du pavage

La plupart des ouvriers s’entassent littéralement dans une ou deux pièces, rarement plus.

L’Annuaire Statistique de 1867 précise ainsi : «En examinant aussi les conditions sociales des personnes atteintes par l’épidémie, on constate que c’est la classe ouvrière qui a été presqu’exclusivement frappée pour ainsi dire partout. La raison de ce fait paraît facile à déduire; n’est-ce pas en effet la classe ouvrière qui par ses labeurs, sa nourriture peu substantielle, l'exiguïté de ses logements et, il faut le dire, ses habitudes d’intempérance, se trouve dans la situation hygiénique la plus défavorable? A Valenciennes, cependant, toutes les classes de la société ont dû payer leur tribut au fléau.» (in Annuaire Statistique, page 380)

En 1884, Marseille sera touché par la 5ème attaque de choléra; plus de 1700 Marseillais en mourront.

 

 

 

http://histoiresdunord.blogspot.fr/2006/03/1866-une-pidmie-de-cholra-dans-le-nord.htmlfv

http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article3185

 

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EPIDEMIES ET AUTRES CALAMIES (6)

30 Mai 2014 , Rédigé par srose Publié dans #epidemie, #maladie, #épidémie

LA GRIPPE ESPAGNOLE 1918

Elle fait entre 20 et 40 millions de victimes dans le monde. En France le chiffre de 400 000 morts est avancé.

C'est à Bordeaux que se situe l'origine de l'épidémie en France en avril 1918. Elle se répand fin avril dans le sud et début mai dans le Nord.

Une seconde vague plus meutrière arrive fin 1918 de Brest et se répand très vite vers le Nord de la France.

Une troisième vague en janvier 1919 tue 10 fois plus de personnes que la première vague.

Elle va vite s'étendre en Italie et en Espagne. On prend alors conscience de son ampleur d'où le nom de grippe espagnole. De là elle va s'étendre à l'Europe entière puis aux colonies.

La plupart des victimes touchées par la première vague se rétablissent vite. En revanche celles touchées par la seconde vague et surtout la 3ème sont emportées rapidement.

L'épidémie s'éteint d'elle même en 1919.

 

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LES EPIDEMIES ET AUTRE CALAMITES (5)

30 Mai 2014 , Rédigé par srose Publié dans #maladie, #guerre, #famine, #épidémie

GUERRE DE TRENTE ANS (1618-1648)

Le passage des soldats entraîne pillage, dévastations des récoltes, abandon des champs et épidémies galopantes. La peste se répand ainsi en Alsace, en Lorraine, en Champagne, en Franche Comté, en Bourgogne, en Savoie, en Artois puis en Picardie.

 

Lille en 1617 est touché par la peste qui se répand en Picardie, en Artois , en Ile de france, en Normandie et en Bretagne.

Nancy passa de 15 000 à 5 000 habitants entre 1628 et 1648. En Alsace et dans les évêchés de Metz, Toul et Liverdun la population diminua de 50 à 60% durant cette période.

En 1631, l'ensemble du royaume est affecté. En Lorraine, la population baisse de 60 à 70% dans les années 1630. La Franche Comté perd jusqu'à 75% de ses habitants entre 1635 et 1645.

A partir de 1642, des épidémies de choléra, variole et typhus apparaissent.

 

CRISE DE LA FRONDE (1649-1653)

Le Nord, le centre du bassin parisien, l'est et le massif central sont fortement touchés. La guerre entraîne en effet avec elle une crise de subsistance : certaines zones rurales ont perdu de 15 à 20% de leur population.

Dans le même temps la peste touche la Provence en 1650, l'Aquitaine en 1652 et le Languedoc en 1652-1655.

Entre 1647 et 1657, la peste fera 275 000 victimes.

 

PESTE EN 1668

La peste arrive en Flandre, en Artois, en Picardie et en Haute Normandie, faisant 110 000 morts.

Le curé de La Chapelle-Gaugain (Sarthe) en 1670 a inscrit dans ses registres une "recepte tres escellente et tres certaine approuvée contre la peste laquelle le sire Guillaume Chaudière a envoyée de paris" (G.Chaudiere était imprimeur-libraire à Paris) La recette est à base de Reine de Prés, connue pour faire baisser la fièvre grâce à l'aspirine qu'elle contient :

"Il fault prendre de l'eau cy-dessouls mentionnée, en prendre un doigt de deux jours l'un, et principalement quand on sort en public, ou bien si c'étoit quelqu'un frappé dans douze heures, il luy en fault faire prendre six onces, s'il est robuste et puissant , huict, et qu'il se promene un peu, ce qu'il faict facilement à cause de la dicte eau luy fera bon coeur, puis se fera coucher, et il suera dehors toute la peste ; celui qui l'essuiera fault qu'il en prenne un peu et qu'il rafraichisse ses mains de vinaigre, apres en avoir frote ses temples et derriere de ses aureilles. vous direz apres l'avoir esprouvé que c'est un excellent remède, après dieu. pour cognoistre l'herbe de quoy il fault faire le dict remede, prendrez une branche d'orme, la plus verte, je dis une branche et vous vous en irez en un pré , le long de quelque ruisseau ou petit fossé, et regarderez l'herbe qui semblera le mieux à la dicte branche que j'ai dict la premiere, car elle est toute semblable, elle se nomme vulgaris regina prati, il ny a nul herbe lisse qui (...) et en la cueillant, vous sentirez qu'elle sent comme la pimpenelle et reseuille. , voila seroit certain d'icelle. Vous en cueillerez tant que vous en pourrez mettre en une chapelle ou alambic, et auparant que la mettre en alambic, il faut qu'elle aye trempé dans un pot net plain du plus excellent vin blanc que l'on poura trouver vingt et quatre heures, puis tirer la dicte herbe sans y laisser le dict vin blanc, et la mettre dans l'alambic et la faire distiller lentement sans qu'elle soit bruslée, puis la laisser jeter son feu dedans une fiole deux ou trois jours, puis la servir; tant plus elle sera vieille et meilleure elle sera".

 

EPIDEMIES DE 1706-1715

Le nord et l'ouest sont frappés par uné épidémie de rougeole et de dysenterie.

Le Maine, l'Anjou et le Haut Poitou sonttouchés dès 1706.

  

CRISE FRUMENTAIRE DE 1738 A 1742

De mauvaises récoltes produisent une crise céréalière en 1739 et en 1741/42 à laquelle se rajoute à cette époque une épidémie de forme broncho pulmonaire. La crise touche la moitié nord de la France en 1741

 

DYSENTERIE DE 1779

Cette maladie est caractérisée par des selles fréquentes et aqueuses souvent mêlées de sang, de mucus ou de glaires et accompagnées de fortes crampes abdominales. Elle est provoquée par l’ingestion d’aliments contenant certains micro-organismes, qui provoquent une maladie dans laquelle l’inflammation des intestins affecte gravement le corps.

La France du Nord et du Nord Ouest est dévastée par cette maladie alors qu'aucune disette n'est enregistrée.

175 000 morts entre juillet et décembre 1779 dans le royaume.

 

 

Sources

http://geneactinsolites.free.fr/peste.htm

revue Votre Généalogie n°60

 

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Les épidémies et autres calamités (4)

1 Décembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #famine, #épidémie

LA GRANDE FAMINE DE 1693-1694

En 1692, la récolte est médiocre et est suivie à l'automne de pluies diluviennes qui détruisent les semailles et provoquent, en juillet 1693, une moisson désastreuse.

Puis l'hiver 1693/1694 s'avère rude et le printemps trop sec.« La misère et la pauvreté sont au-delà de ce que vous pouvez imaginer, écrit le lieutenant général en Normandie. Dans le pays de Caux, une infinité de peuple meurt fréquemment de faim. Il est à craindre que le peuple, qui ne mange que des herbes, ne coupe et ruine tous les blés avant qu'ils ne soient mûris. » Des spéculateurs accaparent le grain, de sorte que son prix va jusqu'à quintupler

→ En 1693-1694, le froid et la famine sévissent sur le royaume : on compte de 1,6 million à 2 millions de victimes . « Pour la première fois depuis plus de 30 ans, on revit le pain de fougère, le pain de gland, les moissons coupées en vert et les herbes bouillies ».

Pour faire face à la famine, le Parlement ordonne aux curés la rédaction d’un état des pauvres dans chaque paroisse et la prise en charge des miséreux par tous ceux qui peuvent le faire (séries GG des AM et H des AD).

En mai 1694, le setier de blé atteint le prix record de 52 livres. Le même mois, le Parlement ordonne trois jours de procession dans toutes les paroisses.

Les conséquences à partir de 1694 :

-  accroissement de la mobilité,

- chute brutale des baptêmes avant une forte et rapide récupération de 1695 à 1707,

- mariages retardés,

- hausse des abandons d’enfants et multiplications des décès... parfois 25 % de la population d’une paroisse.

→ Selon Marcel Lachiver, « En deux ans, il ne naît que 1 325 000 enfants, alors qu’il est mort 2 836 000 personnes. Le déficit dépasse les 1 511 000 âmes. En deux ans, (...) la population de la France passe de 22 247 000 habitants à 20 736 000 et diminue donc de 6,8 % ».

François Lebrun ajoute : « Le rapprochement avec les pertes de la Première Guerre mondiale n’a rien d’incongru : la crise de 1693-1694 a fait en deux ans presque autant de morts que celle-ci, mais dans une France deux fois moins peuplée et en deux ans au lieu de quatre ». Les condamnations aux galères pour vol passent de 254 à 401 en 1693-1694.


 

La famine

 Il n'y a plus rien à manger. Quand toutes les céréales sont épuisées - le froment, le seigle, l'avoine après le blé -, es pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» achèvent de ruiner la santé des malheureux, qui enflent après y avoir eu recours. Les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus n'ont pas meilleur effet. Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes expédients, parlent aussi des bêtes, ( qu'on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture des sources indirectes mentionnent des cas de suicides et d'autres, plus rares, d'anthropophagie.

Durant l'hiver 1693, l'Hôtel-Dieu de Paris voit chaque jour mourir de faim plusieurs centaines de personnes. D'autres, faute de lit, périssent en pleine rue. La Reynie, lieutenant général de la police, tente de prévenir d'éventuelles émeutes en faisant construire une trentaine de grands fours dans la cour du Louvre pour y cuire chaque jour 100 000 rations de pain vendues deux sous la livre. La vente s'effectue en cinq endroits : le Louvre, la place des Tuileries, la Bastille, le Luxembourg et rue d'Enfer

On ne s'étonnera pas que Charles Perrault ait conté en 1697, dans Le Petit Poucet, la triste histoire d'un couple de pauvres bûcherons qui, ne pouvant plus nourrir ses sept enfants, va les perdre dans la forêt. En deux ans (1693 et 1694), le royaume voit son nombre d'habitants diminuer de 1 500 000 personnes, soit 6,8 % de la population.

 En 1694, Fénelon dans sa Lettre à Louis XIV, critique la politique royale et expose la situation du pays : « (...) vos peuples (...) meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti (...). La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision ».

« On n’entendait que des cris lugubres de pauvres enfants abandonnés par leurs parents, qui criaient jour et nuit qu’on leur donnât du pain. On ne voyait que des visages pâles et défigurés. Plusieurs tombaient en défaillance dans les rues et dans les places publiques et quelques-uns expiraient sur le pavé. » Témoignage d’un bourgeois d’Orléans en 1693

 

Quelques annotations sur des actes paroissiaux:

Commune de Joux (69) -14 mai 1694

"petit garçon mendiant qu on a trouve mort dans un chemin ce qui arrive tous les jours en plusieurs endroits a cause de la famine et de la disette "

 Commune de Joux

Dans cette longue mention, le curé Combes de la paroisse de Joux rend les hommes responsables de cette famine, par leurs péchés et leurs excès : "les causes de cette disette ne peuvent estre autres que les pechés des hommes, leurs excès et autres debordements dans les temps de prosperité et d'abondance qui ont irrité la colere de Dieu et ont attiré ces fleaux "

Le contexte politique aggrave cette situation avec "une guerre universelle de tous les princes de lheurope contre la france qui a deja dure cinq ou six ans (...) les impots excessifs sur toutes sortes de choses, destats, de conditions et de mestiers"

 

Sur la commune de Dehault (72) , a été trouvée "le corps d'une fille à nous inconnue agée de douze à treize ans morte de faim dans une raye dans un champ" .

 

Dans beaucoup de provinces, les épidémies succèdent à la famine, la chaleur accélérant la putréfaction des milliers de cadavres  : la typhoïde, appelée fièvres putrides ou malignes et qui se propage par l'eau et les aliments souillés, décime la population sous-alimentée.

  

 

 

 sources

http://www.alertes-meteo.com/catastrophe/annees-de-misere-age-glaciaire.htm

 

  

 

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Les épidémies et diverses autres calamités (3)

1 Décembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #épidémie

HIVER 1783

Tout commença en Islande : «Sur une distance de 25 km, on trouve 130 cratères qui émirent 14 milliards de m3 de lave basaltique, d'acide fluorhydrique et de dioxyde de soufre, entre 1783 1784, causant l'éruption volcanique la plus importante des temps historiques, avec des conséquences catastrophiques pour l'Islande et des très importantes perturbations météorologiques en Europe.»
 

L’éruption commença le 8 juin 1783. Les cendres recouvrirent l’île, et de 50% à 80% des animaux d’élevages moururent. La famine qui suivit décima environ 20% de la population islandaise.

En été 1783, un anticyclone puissant et centré durablement sur le nord de l'Atlantique envoya les fumées vers le reste de l’Europe, comme ces jours. Il faut savoir que l’«on estime que 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre furent émis dans l'atmosphère, l'équivalent de trois fois les émissions industrielles annuelles en Europe et l'équivalent d'une éruption comme celle du Mont Pinatubo en 1991 tous les 3 jours. L'émission de dioxyde de soufre coïncidant avec des conditions climatiques inhabituelles provoqua un épais brouillard sulfuré qui se répandit à travers l'Europe occidentale, provoquant des milliers de morts durant 1783 et l'hiver 1784.»

Un nuage de poussière recouvrit les 2/3 de la France et se déposa en partie au sol.

Les années qui ont suivi l'éruption du Laki en 1783 furent marquées par des phénomènes météo extrêmes, dont des sécheresses et des hivers très rigoureux, puisqu’on disait que le pain et la viande gelaient sur la table de la cuisine et les corbeaux en plein vol. On vit un accentuation du petit âge glaciaire. La ligne de grain orageux qui traversa la France du sud au nord, en été 1788, détruisit presque toutes les récoltes du pays.

Ces modifications climatiques et le volcan Laki ne sont peut-être pas seuls en cause dans la genèse de la Révolution de 1789, mais les historiens admettent que leur influence fut considérable dans les événements politiques qui mirent fin à la royauté
 

C'est surtout dans le Nord de la France que cet hiver fit sentir ses rigueurs depuis ledébut de novembre jusqu'en avril, et la neige y tomba avec une telle abondance entre le 26 décembre et le 17 février que la circulation fut fréquemment interrompue. Le 30 décembre 1783, le minimum thermométrique à Paris s'abaissa jusqu'à -19.1° et dans la capitale on enregistra 69 jours de gelée consécutifs. La terre fut gelée jusqu'à 65 cm de profondeur.

 Commune d'Ochiaz (Ain)

" Cette même année , un brouillard continuel a régné tout
l'été de façon qu'on regardoit aisément et sans être ébloui
le soleil qui paroissoit rouge et d'une circonférence une
fois plus grande . Le peuple s'en effrayoit . On a éprouvé dans
la même année des maladies épidémiques dans bien des endroits
et surtout dans les pays de gex et bresse . On n'avoit jamais
entendu tant et de si furieux tonnerres et on ne se rappelle
pas d'époque où il eut tué tant de monde et causé d'autres
fléaux que dans cette même année 

HIVER 1788

L'Europe entière subit les rigueurs de ce remarquable hiver, principalement de la fin de novembre 1788 à la mi-janvier 1789. A Paris, où la Seine resta gelée du 26 novembre au 20 janvier, on compta cinquante six jours de gelée consécutifs avec un minimum absolu de -21.8° le 31 décembre 1788.

Le Rhône fut pris à Lyon, la Garonne à Toulouse, de même que le Rhin, la Tamise et le lac Léman. La masse des glaces intercepta les communictions entre Calais et Douvres et les navires se trouvèrent bloqués dans les ports de la Manche : on traversait à pied et à cheval le port d'Ostende.


A Marseille, les bords du bassin étaient couverts de glace. Au moment du dégel, les blés apparurent très verts et très propres, car la neige qui avait été très abondante les avait protégés et les mauvaises herbes s'étaient trouvées en grande partie détruites. .

 

sources

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2010/04/17/islande-1783-le-laki-volcan-qui-declencha-la-revolution-fran.html

Gennpdc

 

 

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