maladie
La grippe espagnole 1918/1919
La grippe espagnole
Aix les Bains - Us Army Medical Corps
En France, les premiers cas de grippe espagnole sont semble-t-il enregistrés mi-avril 1918, entre le 10 et le 20 avril précisément, dans les tranchées de Villers-sur-Coudun dans l’Oise. De là l’épidémie se répand à travers la France.
Toutefois le virologue John S. Oxford, fait de la ville d’Étaples dans le Pas de Calais le point de départ de la grippe espagnole en France. En effet, installé au nord de la ville, un immense camp de l’armée britannique a accueilli à partir de 1915 plusieurs milliers d’hommes et de bêtes (cochons, oies, canards, poulets et chevaux), dont le rassemblement et le confinement ont pu favoriser l’émergence de la pandémie grippale. On y aurait relevé des cas précoces et mortels d’infections respiratoires dans les hôpitaux de ce camp : 71 soldats meurent de “bronchites purulentes” durant l’hiver 1916-1917. Ces cas de bronchites seraient aujourd’hui réévalués comme les premiers cas de la grippe espagnole en France.
Camps d'Etaples
En 1918, on ne connait pas vraiment la grippe: on ne sait pas ce que c’est, d’où ça vient, comment s’en prémunir ni quels sont vraiment les symptômes : on confond souvent la grippe avec d’autres maladies respiratoires. On sait qu’une épidémie grippale (la 1ère pour laquelle on ait une documentation scientifique détaillée) avait fait rage en 1889, débutant a priori à St Pétersbourg et de là essaimant à travers le monde en faisant 250 000 décès rien qu’en Europe. Il faudra attendre 1933 pour que le virus de la grippe soit isolé chez l’homme et que l’on sache ce qu’il faut combattre.
Toujours est-il que la virulence de la maladie va aller crescendo dans l'année 1918.
En mai à Montpellier on recense dans la population civile et militaire 173 cas donnant 12 décès soit un taux de mortalité de 6.8%
En juin, ce sera 110 cas et 21 décès soit un taux de mortalité de 19%.
En juin à Rennes, 60 grippes se compliquent de 30 pneumonies et de 20 broncho pneumonies qui font 10 morts (taux de mortalité de 16.6%)
Le 30 mai, l'ambassadeur de France à Madrid informe Paris que 70 % du personnel de l'ambassade est alité et que les affaires courantes sont suspendues sur l'étendue de la péninsule Ibérique.
Le 6 juillet 1918 le journal Le Matin écrit dans ses colonnes : « En France, elle est bénigne ; nos troupes en particulier y résistent merveilleusement bien. Mais de l’autre côté du front les Boches semblent très touchés. Est-ce symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité ».
Mais la grippette va devenir plus vindicative et ne sera plus du tout perçue comme une alliée ; la France (tout comme le reste du monde) va se trouver vite démunie face à l’ampleur du désastre.
Après une accalmie passagère en juillet, l’épidémie reprend de la vigueur. Le pic de mortalité est atteint en France et en Grande-Bretagne en novembre 2018 mais une autre vague s’abat sur la France début 2019.
Le préfet du Pas-de-Calais invite le 4 novembre 1918 les maires à assainir les lieux publics, à défaut de mettre en place des mesures de confinement général. Cette politique publique de désinfection va parfois à l’encontre du discours des scientifiques qui privilégient la quarantaine et le confinement pour limiter la contagion, à l’instar du docteur Émile Roux, directeur de l’Institut Pasteur.
Les pharmacies sont prises d'assaut, des files d'attente se forment devant les comptoirs des herboristes et des droguistes. Il faut piétiner plus d'une heure pour se faire servir et la confection des ordonnances demande un délai de 24 heures. La quinine, l'huile de ricin, le formol, l'aspirine et le rhum qui dit-on soigne la grippe sont en rupture de stock.
À Marseille, on recense en juillet 356 grippes et 35 décès, soit une mortalité de 9,8 %.
Des états de décès commencent à apparaître, montrant bien que la maladie frappe tout le monde sans distinction de sexe ou d'âge.
Octobre 1918 : Auchel - Pas de Calais
C'est en été qu'apparaissent, à côté de la pneumonie lobaire, les cas presque toujours mortels de bronchopneumonie avec troubles cardiaques, œdème pulmonaire et cyanose, complications de la grippe.
C’est que les symptômes ne se limitent pas à de la fièvre, des courbatures et des maux de tête ; le spectacle est bien plus terrifiant : le médecin major Bertin ne peut décrire ce qu’il voit sans malaise : « Quand on circule dans une salle de grippés, on est frappé par l'aspect de ces malades, à demi assis sur leur lit en décubitus latéral, à la respiration brève et pénible qui montre déjà l'intervention des muscles respiratoires accessoires. Ici, on n'observe plus le faciès rouge du début mais un teint plombé. Le regard inquiet semble dire la crainte d'une asphyxie pulmonaire. Bientôt, c'est une pluie de râles sur toute la surface pulmonaire. C'est la forme œdémateuse où le malade crache une mousse blanche parfois sanguinolente. Puis survient l'asphyxie. »
II existe d'autres formes de complications : complications rénales avec production massive d'albumine et mort foudroyante, bronchite capillaire suraiguë simulant l'œdème pulmonaire suivie d'une mort non moins rapide, gangrènes pulmonaires, complications gastro intestinales donnant l’impression d’intoxication alimentaire suraigüe.
La cyanose héliotrope est l’un des signes cliniques les plus marquants de cette grippe espagnole avec un pronostic très pessimiste. Le visage, d’abord rosé, dans près de la moitié des cas devient cyanosé c’est-à-dire de couleur noir pourpre, le pronostic change alors radicalement avec un très faible espoir de guérison. La cyanose est telle qu’il est parfois impossible de distinguer une personne de couleur de peau blanche ou noire. Le 8 novembre 1918, quand l’écrivain Blaise Cendrars se rend chez son ami, Guillaume Apollinaire au 202, boulevard Saint-Germain, celui-ci « gisait sur le dos. Il était complètement noir." C’est l’effet de "cyanose héliotrope" consécutif à la grippe espagnole. Le lendemain, le poète était mort.
La période d’incubation étonne en raison de sa rapidité : un rapport de gendarmerie signale que « le neuf courant [octobre], le canonnier Baudin arrivait chez ses parents, au village de la Sapinière (Deux-Sèvres), porteur d'une permission de dix jours et s'alitait. Le 13, il succombait, en même temps que sa mère. Son père décédait le 14 et sa grand-mère le 15».
Un officier blessé entre à l'hôpital de Tours où éclate la grippe qu'il a contractée au front. Sa femme vient le voir à 2 heures de l'après-midi. Quatre heures plus tard, elle présente les premiers symptômes du mal et, à 8 heures, c'est au tour des officiers de la salle où loge le grippé d'être atteints à quelques minutes d'intervalle.
Toulouse
La première mention de la grippe à Toulouse date du 16 septembre 1918. La Dépêche écrit en effet ce jour là : « L’état sanitaire de la ville, sans inspirer de graves inquiétudes, laisse beaucoup à désirer en ce moment. On signale, en effet de nombreux cas de grippe et d’influenza et pas mal de malaises intestinaux […]. Il y a eu une recrudescence sérieuse de la maladie, au sein des familles et les décès ont suivi depuis le 9 septembre une marche ascendante : 12 le 10 et 26 le 15, c’est-à-dire hier. »
Ceci étant il est difficile de dater précisément l’arrivée de l’épidémie dans la ville rose : « Sur la période de mai 1918 à avril 1919, nous avons un excès de décès de 2200 personnes, décès dus directement à la grippe ou à des complications », écrit Pierre Alquier, médecin, dans une thèse de médecine consacrée à la grippe espagnole à Toulouse.
Inquiet, le maire de Toulouse, Jean Rieux et son conseil municipal prennent une série de mesures. Le 18 octobre, il est décidé de la fermeture des écoles pour une durée de quinze jours.
Jean Rieux en 1919
« Par décision du 17 octobre, prise après avis du comité départemental d’hygiène, M. le préfet, par mesures de précaution, a ordonné la fermeture de toutes les écoles primaires, élémentaires et maternelles, publiques et privées de la Haute-Garonne à partir du lundi 21 octobre jusqu’au 3 novembre inclus. » La Dépêche le 18 octobre 1918.
Par un arrêté signé le même jour, le maire encadre également les enterrements. Il est décidé qu’il n’y aura plus qu’un enterrement par jour et par paroisse. Le 26 octobre, la municipalité supprime carrément les convois funèbres. Les familles des défunts doivent se rendre directement au cimetière à une heure fixée.
Il recommande également de désinfecter régulièrement les voitures du tramway.
De nombreux toulousains sont persuadés que les médecins mentent et qu’ils sont en présence de pathologie « exotique » de type dengue, peste, choléra ou variole. Le 21 septembre 1918, Jean Rieux tente de rassurer la population à travers une note dans les journaux toulousains. « Le maire tient à renseigner la population en ce qui concerne l’état sanitaire de la ville. Aucun cas de choléra ne s’est produit et pas davantage il n’y a eu de variole noire. Cela pour répondre à certains bruits alarmants qui circulent en ville et que répandent légèrement des personnes mal renseignées. Ce qui est exact, c’est l’existence de nombreux cas de grippe et, comme conséquence, une augmentation du nombre de la mortalité normale ».
Les malades sont soignés pour la majorité chez eux, à domicile ; les hôpitaux dont l’ Hôtel Dieu sont réservés en priorité aux militaires blessés de guerre.
La préfecture de Haute Garonne multiplie les recommandations. Le 22 octobre : « Pour éviter la grippe il est prudent de ne pas aller dans les théâtres, concerts, cinémas, cafés ; de ne pas faire de stations prolongées dans les églises et dans les temples ; de ne pas s’attarder dans les magasins ; de faire usage le moins possible des tramways. La grippe se propage partout où l’on se réunit nombreux ».
Le Télégramme en octobre 1918 précise que l’Eglise n’est pas en reste : « A cause de la maladie de la grippe qui sévit dans notre ville, Monseigneur l’Archevêque vient d’ordonner de faire dans toutes les églises du diocèse les prières officielles pour le temps de l’épidémie et d’exposer dans l’église Saint Sernin les reliques des Saints spécialement invoqués contre la maladie ».
Mais face à la maladie les moyens sont dérisoires : il manque de médecins (la majorité étant réquisitionnés pour l’armée), le confinement est juste recommandé, les règles d’hygiène ne sont pas bien connues même si le port du masque est en usage et devient même une mode ...
Californie 1918
Au final ce sera sur Toulouse un excès de décès de 2200 personnes sur la période mai 1918 à avril 1919 soit 1% de la population.
En France le bilan est estimé à 400 000 morts ; 2.3 millions de morts pour l’Europe
A l’échelle mondiale l’Institut Pasteur estime l’hécatombe entre 20 et 50 millions de morts
Hôpital américain de LImoges
100 ans plus tard l’histoire se répète-t-elle ?
Sources
Thèse de Pierre Alquier (2007) : la grippe espagnole à Toulouse 1918/1919
Une tragédie dans la tragédie : la grippe espagnole en France (avril 1918/avril 1919) de Pierre Darmon
https://archivespasdecalais.fr/Decouvrir/Un-document-a-l-honneur/La-grippe-espagnole
https://gallica.bnf.fr/blog/03102018/la-grippe-espagnole?mode=desktop
Manuels de vulgarisation thérapeutique
Afin de lutter contre la maladie de façon efficace, sans superstition, sorcellerie ni coût dispendieux, apparaissent à partir du 16ème siècle des manuels de vulgarisation de médecine à destination des pauvres.
Entendons-nous bien : le pauvre à cette époque ne sait pas lire. En fait ce type d’ouvrage est d'abord destiné à ceux qui s’occupent du soin des pauvres ; Il n'y a pas au 16ème siècle de médecin de campagne, tout au plus des chirurgiens de campagne qui vivent et exercent essentiellement dans de gros bourgs. Ce sont donc des dames dévotes et charitables, des religieuses hospitalières, des curés … qui vont soigner de leur mieux les nécessiteux de leur paroisse.
Aussi les ouvrages en questions étaient d'une aide inestimable pour ces personnes.
Madame Fouquet par exemple, mère du surintendant Nicolas Fouquet, préparait des remèdes qu'elle distribuait aux pauvres. C'est ainsi qu'elle rédigea une compilation de ces recettes : Les remèdes domestiques qui fut publié en 1675. Son fils Louis, évêque d'Agde, l'envoya à tous les curés du diocèse en les priant d’organiser des assemblées pour en faire prendre connaissance à leurs paroissiens.
« La santé du corps est assurément le plus grand de tous les biens créés puisque sans elle la possession des honneurs, des richesses et satisfactions les plus légitimes est toujours imparfaite et souvent ennuyeuse » nous explique Mme Fouquet.
Les remèdes et les simples permettent de conserver la santé, elle en est certaine mais « il y a quatre choses qui d’ordinaire font rebuter les remèdes dans les maladies tant interne qu’externe [….] la cherté, la difficulté de les préparer, l’aversion pour leur usage, et l’incertitude de leurs effets ».
Le docteur Delescure qui rédigea la préface de l'ouvrage de Mme Fouquet précise que cet ouvrage est destiné à simplifier la tâche de ceux qui ont besoin de préserver ou recouvrer leur santé en les protégeant des charlatans : « Pour moy qui suis ennemy juré de tous ceux qui font profession de débiter des secrets et qui en cachent l’intelligence ».
Et de vanter les remèdes de ce recueil de recettes : « Combien de personne de tout sexe et de tout âge qui pour être dans une pauvreté connue ou dans une honteuse indigence ne sont pas moins l’image de Dieu, que les plus riches, et à qui la vie n’est pas moins chère qu’aux plus opulents, l’ont heureusement conservée par le prudent usage de ces inestimables recettes. Combien de tête galeuse et chargées de teignes en ont été tout à fait nettoyées. Combien de visage enlaidis et rendus difformes par l’opiniâtreté des dartres ont recouvré leur premier éclat par l’application de ces rares onguents, combien de parties du corps à demy grillées par la violence d’un feu inopiné ont perdu dans peu d’heures par le moyen de ces incomparables baumes, l’impression douloureuse causée en elle par l’activité surprenante de cet impitoyable élément ? combien de bras et de jambes à demy pourris et gangrénés par la sanie des playes, le pus des tumeurs, et l’ordure maligne des ucères rongents à la guérison desquelles la plus fine chirurgie s’est trouvée courte ont été consolidez par l’énergie de ces merveilleux emplâtres… »
Récolte de la sauge
Ces ouvrages de vulgarisation se développeront jusqu’au 19ème siècle : ils sont simples, pragmatiques, écrits en français et non en latin et basés sur un savoir populaire, empirique et peu coûteux. Car l’idée (nous l'avons vu avec Mme Fouquet) est en effet de concocter rapidement des remèdes avec les produits locaux dans la mesure du possible sans passer par des plantes exotiques et couteuses et sans passer par l’apothicaire qui bien souvent est en ville et donc loin et cher. Malgré tout, on retrouvera dans ces manuels quelques recettes imaginatives, complexes et demandant des ingrédients que l’on ne trouve pas partout …
Qui sont les auteurs de ces manuels ? Arnaud de Villeneuve par exemple est un médecin galiéniste connu pour ses oeuvres scientifiques et médicales, éditées jusqu'à la fin du seizième siècle, notamment le Trésor des pauvres dont la version imprimée date de 1504 et dont s’inspireront de nombreux manuels de vulgarisation de médecine après lui.
Attention, ces manuels se basent comme toute la médecine de l’Ancien Régime, sur les théories des symboles, les humeurs,….
Dans le "Breviarium Practicae", Arnaud de Villeneuve explique par exemple que la douleur dentaire provient parfois du vice du cerveau à cause des humeurs froides qui descendent de la tête jusqu'au nerfs dentaires et produisent une douleur sourde avec une lourdeur de la tête, inflammation et pâleur du visage. Quand ces humeurs sont chaudes, la douleur est aigüe et pulsatile, avec une rougeur du visage.
Bref, voici quelques titres : Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé du chancelier Laurent Joubert en 1578, le Livre des secrets touchant la médecine d’Anne Marie d’Auvergne en 1768, La médecine et la chirurgie des pauvres de Dom Nicolas Alexandre en 1714, La médecine, la chirurgie et la pharmacie des pauvres de Philippe Hecquet édité en 1740, Les remèdes domestiques de Mme Fouquet en 1675, Le médecin des pauvres de Paul Dubé en 1669( Si un païen comme Gallien se souciait des pauvres, écrit-il, c'est un devoir bien plus grand pour nous Chrétiens de nous pencher sur le sort des malheureux) …
Exemple de recettes et remèdes tirés de ces ouvrages
- La fleur du myrthe est séchée et utilisée contre les piqûres d’insectes et les catarrhes.
- La menthe aide à lutter contre l’engourdissement et le sommeil, aiguise l’appétit aide les facultés intellectuelles, ; elle est utilisée comme expectorant contre les quintes de toux et l’asthme.
Elle est utilisée comme stomachique pour ses propriétés cordiales toniques antiseptiques de l’estomac :
« faites cuire de la menthe pouliot dans du vin, buvez cette décoction et ayant trempé une éponge dans icelle étant chaude, appliquez la sur l’estomac »
- « Les coquilles de limaçons réduites en poudre sont fort diurétiques … les écrevisses de rivière lavées et dégorgées dans l’eau chaude puis concassées font un bouillon adoucissant diurétique … les grenouilles en font un excelle nt remède contre la phtisie »
- « mettez dessus (sur bubon de peste) un crapaud désséché dans un pot luté mis au four. Il attirera le venin et devie ndra enflé , entterez le et appliquez un autre et continuez ainsi de suite »
- « pour la colique prenez de la fiente de cheval récente , jetez dessus un verre de vin blanc ; ensuite vous le passerez par un lingé fin, vous y ajouterez une drachme et demie d’anis vert pulvérisé et un peu de sucre. Il faudra réitérer cette dose seux ou trois fois »
- Contre la peste il est conseillé aux individus sains de boire le matin à jeun leur propre urine de telle manière que ce concentré de leur organisme qui n’a pas conçu la maladie dont l’entourage est atteint, constitue un antidote
- La pierre d’aigle pendue au cou ou à la cuisse de la femme enciente permet d’obtenir un bon accouchement
- La pierre de jade calme les coliques
- Le jaspe rouge arrête les hémorragies
- Pour les hémorroïdes il faut boire un vin « lequel est fait de cinamone (cannelle), réglisse gingembre, girofle, calament, myrthe, mastic et balsamite. »
- Contre le flux de ventre , « prendre 2 drachmes de rasure de cornes de cerf, 3 livres d’eau commune, 3 onces de sucre fin, 2 onces de eau de rose, 1 once de suc de grenades aigres, 1 drachme de santal pulvérisé ; faites infuser sur les cendres chaudes dans les 3 livres d’eau commune la corne de cerf pendant 6 heures ; ensuite faites bouillir cela à feu lent jusqu’à ce que les deux tiers soient presque consumées ; coulez le at ajoutez y le reste des drogues ; faites encore bouillir le tout à feu lent pendant un quart d’ehure ; après laissez le refroidi et mettez cette liqueur dans des conserves de verre où il se réduira en gelée et donnez au malade de temps en temps deux cuillères de cette gelée »
- « le meilleur cordial qui coûte le moins pour les pauvres est le vin puisqu’il n’y a rien qui sépare sitôt la chaleur et les esprits que cette liqueur . Pour rendre le vin plus effectif vous y pourrez faire infiser la racine d’angélique, l’écorce d’orange et de ctron et les feuiles de mélisse avac un epu de cannelle pour en user par cuillerées »
- L’huile d’olive est connue pour ses propriétés laxatives, cholagogues, elle apparait dans les manuels comme remèdes des insuffisances hépatiques et de l’élimination des calculs ; les feuilles de l'olivier sont conseillées en fébrifuges toniques et hypotentives
La thériaque
Le remède par excellence qui peut tout soigner dont le principe fut défini dans l’antiquité et qui a traversé les siècles avec quelques variantes. Il semblerait que la première thériaque (antidote à tout poison et confectionné par le médecin du roi Mithridate au 1er siècle avant JC) contenait 64 composants dont l’ail, la colchique, le dictame, l’iris, l’encens, la poudre de vipère.
Sa composition est compliquée et on distingue la thériaque des riches et celle des pauvres ou thériaque diétessaron avec seulement 4 ingrédients : racines de gentiane ; racines d'aristoloche ; baies de laurier ; myrrhe et un peu de miel.
Cette thériaque « profite aux affections froides ; tant du cerveau comme l'épilepsie, paralysie, convulsion canine ; que du ventricule, comme à l'inflation et douleur qui en procède, à la costion tardive ; et aussi du foye, comme à l'hydropisie, cachexie, obstruction ; à la piqueure du scorpion et venin avalé. »
« Cette thériaque n'est pas à mépriser ; elle est fort propre dans les maladies contagieuses, dans les poisons et les morsures des bêtes venimeuses, contre l'apoplexie, les convulsions, toutes les maladies froides du cerveau, même contre les vers ; elle fortifie l'estomac et ouvre les obstructions de tous les viscères. On en peut user de même et en pareille dose que des autres thériaques".
Mme Fouquet nomme aussi thériaque des paysans l’extrait de genièvre : « contre tous les maux d’estomac comme aussi contre la peste et pour s’en préserver en temps de contagion l’extrait de genièvre est excellent pour cela ; en voici la préparation. Prenez la quantité que vous voudrez de graines ou baies de genièvre, pilez les bien dans un mortier de marbre, mettez les ensuite dans une poêle et versez y ensuite de l’eau bouillante de sorte qu’elle surnage sur cette matière. Faites bouillir cela pendant une demi heure entière , coulez le à travers de la toile neuve et en tirez l‘expression avec une presse ».
Mais la plus sophistiqué reste la thériaque de Venise ou thériaque de Paris ; en 1626 la recette contient 88 ingrédients dont l’aristoloche, l’encens, la cinamone ou cannelle et la poudre de vipère pour les contrepoisons, la centaurée, la gentiane, le marrube, pour les fébrifuges, l’anis, la rose, la sauge, la valériane, l’opium pour les antagiques, la balsamite en tant qu’antispasmodique, la cardanome pour ses effets diurétiques, la thérébentine en tant que tonique …
Ces ouvrages expliquent également les conditions de stockage, d'utilisation de ces remèdes, la provenance des différents ingrédients pour assurer la qualité des remèdes préconisés.
Certains de ces manuels insistent sur la situation des pauvres gens pour expliquer et tenter de prévenir les affections dont ils sont atteints le plus souvent ; ainsi Philippe Hecquet précise que les porteurs d’eau souffrent de rhumes, de bronchites et ont le dos « déplacé » ; les femmes qui exercent ce métier font plus souvent des fausses couches. Il ajoute que certains artisans requierent des soins particuliers : les serruries, armuriers, cloutiers, maréchaux, verriers, plâtriers, boulangers, porteur de chaise, brasseur, bâtelier, chandeliers, chaudronniers, postillons, …
Un autre médecin précise les causes des maladies des pauvres : la fatigue excessive, le manque de sommeil, les suées, le travail sous la pluie, la négligence alimentaire, le manque d’air à l’intérieur des maisons, l’insalubrité surtout à la campagne.
Ces remèdes sont « découverts » en utilisant plusieurs théories héritées de l’Antiquité :
La théorie des contraires : il faut faire échec à la maladie en prenant des ingrédients plus forts qu’elle : des odeurs fortes comme l’oignon ou le tabac pour la léthargie ou l’évanouissement, des essences calmantes comme la marjolaine contre l’excitation des nerfs
La théorie des semblables ou des signatures : le mal soigné par son semblable disparaît (on se base ici sur l’analogie entre la forme, la couleur ou la consistance du remède et le mal du patient) : la bave d’escargot contre les mucosités, les enveloppements chauds contre la fièvre, le vinaigre contre les brûlures, des pétales de roses rouges pour les maladies du cœur ou les saignements, la gentiane jaune pour le foie, l’œuf contre la stérilité, le millepertuis cueilli en plein midi d’été contre les brûlures, …
Certais remèdes semblent s’apparenter à un reste de magie ... magie que l’on va christianiser pour ne pas être « hors la loi" : ainsi l’ouvrage Le médecin des pauvres ou recueil de prières et d’oraisons précieuses datant de 1695) nous livre quelques prières assez ambigües :
Pour les brûlures : « par trois fois différentes vous soufflerez dessus en forme de croix et vous direz à st laurent : sur un brasier ardent, vous retourniez et n’étez pas souffrant. Faites comme moi la grâce que cette ardeur se passe ; feu de Dieu perd ta chaleur comme Judas perdit sa couleur quand pour sa passion juive il trahit Jésus au jardn des Olives et après avoir nommé la personnne vous ajouterez Dieu t’a guéri par sa puissance »
Une autre prière pour arrêter le sang de n’importe quelle blessure : « Dieu est né la nuit de Noel à minuit. Dieu est mort , dieu est ressuscité ; Dieu a commandé que le sanfg s’arrête , que ma plaie se ferme, que la douleur se passe et que ça n’entre ni en matière ni en senteur ni en chair pourrie comme ont fait les 5 plaies de notre seigneur Jésus Christ ».
A lire également
Sources
La thériaque diatessaron ou thériaque des pauvres de Jean Flahaut
Les livrets de santé pour les pauvres aux XVIIe et XVIIIe siècles de Mireille Laget
http://scalpeletmatula.fr/epoques/moyen-age/
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57337v.image : le livre des remèdes de Mme Fouquet
Rabelais et Laurent Joubert de J. Boucher
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54036z.image Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé de Laurent Joubert
Ouvrage de Dame et succès de librairie : les remèdes de Madame Fouquet de Olivier Lafont
S comme SUETTE
La suette sévit à Frouzins en 1782 d’après les dires de Monsieur de Gilède-Pressac, curé de Frouzins.
Il s’agit d’une « maladie contagieuse qui affligea grande partie du royaume. Il mourut beaucoup de monde et aux environs de notre paroisse ».
« L'on fut obligé d'approuver tous les prêtres de la ville pour confesser. Les prêtres des paroisses n'étaient occupés que de porter le Viatique et l'Extrème-Onction. A peine étaient-ils sortis d'une maison que l'on les conduisait chez les autres malades. Comme l'on n'avait jamais connu une telle maladie et que l'on ne connaissait point les remèdes qu'il fallait y appliquer, c'est ce qui fut cause d'une si grande mortalité ».
« On suait beaucoup et l'on croyait devoir se tenir en couvert. On défendait même de prendre l'air, de sorte qu'à force de sueurs et de chaud l'on s'étouffait. L'on prenait même la précaution de coudre les draps du lit pour ne point prendre l'air. — Cette maladie cessa quand on connut l'abus de tant de précautions et lorsqu'on ordonna aux malades de se faire saigner et de purifier l'air de la chambre. Pour lors la maladie cessa. La peur qui avait saisi les esprits fit mourir beaucoup de monde ».
Le curé de St Germier de Muret, où la suette s’est également abattu a catégorisé la suette en 3 classes :
« La première était supportable et n'empêchait pas autrement d'agir.
La deuxième fixait au lit, la tête variait et il y avait du danger les trois et quatre premiers jours.
La troisième enlevait le malade dans deux ou trois jours : le transport était formé souvent dans vingt-quatre heures et au moment qu'on s'y attendait le moins ».
Le curé de St Germier nous précise que « ceux qui en échapèrent furent près de six mois à se remettre : on les seigna et au bras et au pied ».
La peur dû être grande car le curé de St Germier précise qu’ « on ne sonna plus les cloches, ni on ne chantait pas dans les obsèques, ni on n'entrait pas les cadavres dans les églises. Jamais on ne vit ni plus de piété, ni religion dans tous les états et les âges. Tous se firent un devoir de se confesser; on n'entendit plus raisonner les philosophes, on se confessait presque publiquement et tout prêtre fut approuvé [pour entendre les confessions] ».
Un sieur de Mongeard (dans le Lauragais), Monsieur Durand de Nougarède, est plus prolixe quant aux méthodes de soins utilisées par le médecin du lieu pour lutter contre la suette cette même année :
« Notre médecin a été assez heureux dans toutes ces cures Voici comme il agit : si la maladie commence par des douleurs à la teste, il fait appliquer les vésicatoires aux jambes. Il apaise les mouvements d'estomac qui fatiguent le malade par une cuillère d'huile de Provence mêlée avec une égale quantité de suc de limon ou de bon vinaigre. La boisson qu'il donne est de fleurs de mauve ou d'orge un peu échauffée, peu de bouillon. Les sueurs soutenues par cette diète sont bientôt suivies de boutons qui se dessèchent au septième jour de la maladie. On acidule la tisane par quelques goûtes de bon vinaigre. Si la maladie se présente sous un caractère de bénignité, on laisse le malade aux soins de la nature, secondée par un régime adoucissant ».
Se soigner autrefois (2)
Qu’en est-il des épidémies ?
La peste : on ne connait pas à l’époque le bacille de Yersin, on se sait pas ce qu’est exactement la peste ni comment la soigner ; On sait en revanche qu’elle est très contagieuse et qu’il faut pour la contenir isoler les malades.
La peste bubonique, qui est consécutive à une piqûre de puce, entraine la mort dans 60 à 80% des cas, le plus souvent dans la première semaine.
Sous sa forme pulmonaire la mortalité est de 100% des cas dans les 2/3 jours après le début des troubles.
La France connait plusieurs épisodes de peste :
- De 1628 à 1631 aucune province n’est épargnée
- En 1636/37 tout le quart nord-est est atteint
- En novembre 1667 Lille et Cambrai sont atteint puis l’épidémie descend pour ne disparaître qu’en 1670
- 1720/21 Marseille est atteint et une partie de la Provence
La dysenterie semble être le mal le plus fréquent et le plus meurtrier : la dysenterie bacillaire touche surtout les enfants et les adolescents et sévit en périodes chaudes.
Le paludisme sévit à l’état endémique partout mais plus fréquemment dans les bas quartiers et dans les régions mal drainées et infestées de moustiques comme la Sologne, la Saintonge, le Bas Languedoc, la Camargue, les Landes.
La variole ou petite vérole est redoutable pour les enfants et adolescents et ceux qui survivent en gardent les stigmates toutes leur vie. Cette maladie tue tout de même entre 15 à 20 % des malades.
La grippe dont le terme est inventé lors de l’épidémie de 1742/43 nous est décrite ainsi par l’avocat parisien Barbier justement en 1742 : « il règne cet hiver une maladie générale dans le royaume que l’on appelle la grippe, qui commence par un rhume et mal de tête ; cela provient des brouillards et d’un mauvais air. Depuis 15 jours même un mois il n’y a point de maisons dans Paris où il n’y ait eu des malades ; on saigne et on boit beaucoup, d’autant que cela est ordinairement accompagné de fièvre ; on fait prendre aussi beaucoup de lavements ; on guérit généralement après quelques jours».
Quels sont les médicaments dont on dispose à cette époque ?
Je complète ici l’article que j’avais rédigé sur la médecine de nos aïeux. La pharmacopée des 17 et 18ème siècles est essentiellement basée sur les plantes (indigènes et exotiques) que l’on appelle les « simples » auxquels s’ajoutent des produits d’origine animale et quelques remèdes chimiques.
Les plantes que l’on retrouve le plus fréquemment dans les recettes sont les suivantes mais cette liste n’est pas exhaustive :
La gousse d’ail est vermifuge antispasmodique et fortifiante
La racine et les graines d’angélique stimulent la digestion, sont diurétiques et sudorifique
Le fruit de l’anis vert est expectorant et carminatif
La plante et la racine d’aristoloche sont antinflammatoires
La plante et la racine d’armoise commune sont apéritives
La feuille d’artichaut stimule les fonctions hépatiques et biliaires
La racine de bardane cicatrise les plaies
La fleur de lavande est calmante
La fleur de pavot est somnifère
Des plantes exotiques se trouvent également dans la pharmacopée de l’époque
L’opium est somnifère est analgésique
La feuille et le fruit du séné est purgative
La noix de muscade est tonique et digestive
Le clou de girofle est antiseptique
etc...
Le chocolat est recommandé car il rafraichit les estomacs trop chauds et réchauffe les estomacs trop froids.
La Tasse de Chocolat, de Jean Baptiste Charpentier le Vieux, 1768
Le café fortifie les membres, et guérit l’obstruction des viscères, la corruption du sang
L’écrevisse est souveraine contre les fièvres putrides, le poumon de renard contre les maladies pulmonaires, le cerveau de moineau contre l’épilepsie, le ver de terre contre les ulcères …
Le plomb fournit le céruse et la litharge qui sont utilisées en emplâtre
Le mercure soigne la grande vérole
L’antimoine rentre dans la composition de l’émétique, vomitif souverain
Dès la fin du 17ème siècle, apparaissent la quinquina contre les fièvres et l’ipécacuanha contre la dysenterie.
Ces deux remèdes sont efficaces mais du fait d’une préparation et d’une utilisation mal codifiées ils ne révèleront leur pleine efficacité qu’à partir du 19ème siècle.
Lire aussi : manuel de vulgarisation thérapeutique
Quid de la chirurgie ?
Les opérations les plus classiques sont en vrac l’incision des abcès, la réduction des fractures, la pose de cautères et ventouses, le pansement des plaies, l’extraction des dents…
David Teniers le Jeune, Le Chirugien-barbier, milieu du XVIIe s., Norfolk, The Chrysler Museum of Art
Mais certains chirurgiens vont plus loin sans rien pour lutter contre la douleur, l’hémorragie, les infections.
Ils vont ainsi suturer les estomacs et les intestins perforés, enlever des hernies, extraire les calculs de la vessie, pratiquer des césariennes sur des femmes mortes puis vivantes, trépaner, extraire le cristallin …
L’anesthésie générale à l’éther ou au chloroforme ne va apparaître qu’à partir de 1847, l’anesthésie locale avec la cocaïne est découverte vers 1860, la pince hémostatique voit le jour en 1868.
L’infection post opératoire quant à elle reste le plus souvent fatale faute de connaître les règles d’asepsie et l’existence des microbes et autres virus. L’utilisation de vin aromatique ou de poudre de myrrhe fera office d’antiseptique sans le savoir en attendant les travaux de Pasteur.
Et les remèdes magiques ?
Bien sûr on va utiliser également d’autres types de remèdes et de « médecins » : des guérisseurs, des rebouteux, et autres sorcier et aussi les saints guérisseurs.
Toutefois rappelons qu’il est illicite de recourir aux sorciers même pour en obtenir un bien comme la guérison du corps car « jamais ils n’ôtent le mal d’un corps qu’ils ne le renvoient en un autre »
A partir du milieu du 17ème siècle l’attitude à l’égard des envouteurs, rebouteux et sorciers change : ils sont surtout traités en exploiteur de la crédulité humaine ne méritant ni la corde ni le bûcher tout au plus le bannissement.
Furetière exprime sa pensée ainsi : « encore que je sois persuadé que les véritables sorciers soient très rare, que le sabbat ne soit qu’un songe et que les parlements qui renvoient les accusations de sorcellerie soient les plus équitables, cependant je ne doute point qu’il ne puisse y avoir de sorciers , des charmes et des sortilèges »…
Un malade qu’aucun remède dit normal ne guérit va donc se croire possédé par un mauvais sort.
Que faire dans ce cas ? il faut lever le sort par exemple de la façon suivante : « faire tenir le malade à l’opposite du soleil avant qu’il soit levé, lui faire prononcer son nom et celui de sa mère ; nommer 3 fois le jour pendant 6 jours les anges de gloire qui sont dans le 6ème degré ; le faire tenir tout nu le 7è jour puis écrire sur une plaque les noms de ces anges dans la créance qu’il sera guéri le 20è jour du mois ».
Si cela ne marche pas il faut chercher un leveur de sort ou conjureur qui va entr’autre chose adresser des prières conjuratoires ; par exemple pour la colique : « Mère Marie, Mme Sainte Emerance, Mme Sainte Agathe, je te prie de retourner en ta place entre le nombril et la rate au nom du Père etc ».
Il est possible et plus licite d’invoquer les saints guérisseurs ; ainsi Sainte Appolline à qui le bourreau a arraché les dents guérit les maux de dents, Sainte Odile née aveugle guérit les maux d’yeux, Saint Vincent, éventré, guérit les maux de ventre …
Notons que la spécialisation d’un saint peut tenir à un jeu de mot sur son nom : Saint Quentin est invoqué pour les quintes de coqueluche, Sainte Claire pour les maux d’yeux, Saint Aurélien pour les maux d’oreilles …
Des pèlerinages thérapeutiques sont pratiqués dans toute la France : voyage dangereux que l’on fait parfois à jeun et les pieds nus sur des routes où règnent l’insécurité la plus totale.
Une fois arrivé, diverses pratiques ritualisées sont appliquées notamment l’immersion ou l’ablution partielle dans une fontaine, le toucher d’une statue ou d’un reliquaire, réciter une neuvaine, …
Albert Hirtz Procession in brittany
Ainsi les habitants de Boissy Sans Avoir (78) firent le 8 décembre 1724 une procession à la chapelle de Sainte Julienne au Val St Germain à 30 km de là ; le curé raconte en 1760 cette journée:
« une maladie contagieuse arrivée en notre paroisse de Boissy Sans Avoir en 1724 qui enleva en peu de temps plusieurs personnes par une mort prompte et violente, donna occasion à procession et nous porta à invoquer singulièrement le secours de Dieu par les mérites et intercessions de St Sébastien de St Roch et nommément de Ste Julienne invoquée dans pareilles circonstances ; on n’eut pas plus tôt recours à cette sainte que nous en ressentîmes de puissants secours et une protection singulière, que cette maladie contagieuse se dissipa et que plusieurs qui en était attaqué n’en moururent pas et conservèrent la santé ;et quelques un subsistent encore aujourd’hui parmi nous ».
Le recours à ces pratiques magiques est le dernier recours après avoir tout essayé ; ainsi en 1661 à l’âge de 13 ans Jean Dache, fils d’un forgeron d’Armentières est paralysé complètement.
Le père a cherché tous les remèdes auprès des médecins de Lille, Cambrai et Ypres.
En 1663 on lui conseille de faire exorciser son enfant ; le père a donc déposé l’enfant aux pères minimes ; aucun effet.
L’enfant demande à être porté devant une image de Jésus flagellé dite de Gembloux qui se trouve chez les soeurs grises d’Armentières ; il y commence une neuvaine et au neuvième jour il est retourné chez lui sans bâton ni assistance.
Les hommes d’Eglise sont bien sûrs totalement contre les guérisseurs et dénoncent ces superstitions mais sont plus embarrassés quand il s’agit de ces pèlerinages et autres invocations de saints. Est-ce encore de la superstition ? Doit-on inciter les gens à y recourir ? Les en dissuader ?
A côté de ces invocations magiques, la guérison peut être recherchée par le biais des plantes. Là aussi l’Eglise désapprouve et interdit ces utilisations. « On ne peut cueillir certains simples, certaines feuilles, certains fruits ou certaines branches d’arbre le jour de la Nativité de St Jean Baptiste avant le soleil levé dans la créance qu’elles ont plus de de vertu que si elles avaient été cueillies dans un autre temps ». En effet les herbes de St Jean tiennent leur vertu curative du fait d’être cueillies la nuit du 24 juin : ce sont essentiellement l’armoise, le millepertuis et la verveine.
On trouve également d’autres plantes « magiques » : la mandragore par exemple ; Hildegarde de Bingen préconise à celui qui souffre de « prendre une racine de mandragore, (de) la laver soigneusement, en mettre dans son lit et réciter la prière suivante : mon Dieu toi qui de l’argile a créé l’homme sans douleur considère que je place près de moi la même terre qui n’a pas encore pêché afin que ma chair criminelle obtienne cette paix qu’elle possédait tout d’abord »
Les menthes soignent de nombreux troubles ; pour la rate Pline indique cette recette : « la menthe guérit aussi la rate si on la goute au jardin sans l’arracher et si en y mordant on déclare qu’on se guérit la rate et cela pendant 9 jours ».
Un recueil du 17ème siècle intitulé « Recueil des remèdes faciles et domestiques recueillis par les ordres charitables d’une illustre et pieuse dame pour soulager le pauvres malades » donne lla recette suivante : Pour le haut mal c’est-à-dire l’épilepsie : « il est bon que la personne affligée de ce mal porte un morceau de gui de chêne pendu à son col mais ce morceau doit êrte tout frais et sans avoir été mis au feu »
La racine de bryone ou navet du diable soigne la goutte en la portant là aussi autour du cou.
Dans les Côtes d’Armor on préservait les vaches de la maladie en mettant à leur cou un collier de branche de chêne et dans le Limousin un collier de pervenches.
Le gui servait aussi à guérir de la jaunisse au 17ème siècle : « faites tremper 9 boules de gui dans l’urine d’un enfant mâle et attachez les ensuite sur le sommet de la tête du malade ».
Hildegarde de Bingen recommande la bétoine pour les mauvais rêves : « on peut poser sur la peau nue chaque soir une ou deux petites feuilles de plantes fraîche ou faire un coussin en tissu fin que l’on bourre avec des tiges feuillues sèches de bétoine ».
Un marron sauvage dans la poche était « un remède magique tout puissant contre les hémorroïdes »
La fumée d’aristoloche brulée « sous le lit des enfants les ramènera à la santé car elle chasse toutes les diableries et supprime tout tourment et tout mal »
Les feuilles de bouleau chauffées dans un four mises dans le berceau d’un enfant doit lui donner de la force.
« Un enfant n’aura ni froid ni chaud pendant toute sa vie pourvu qu’on lui frotte les mains avec du jus d’absinthe avant que la 12ème semaine de sa vie ne s’écoule »
Pour faire tomber la fièvre : « on nouera une cordelette autour de la taille que l’on attachera par la suite à un arbre appelé tremble afin de lui communiquer son état fébrile. Ce faisant on récite la prière suivante : tremble, tremble au nom des 3 personnes de la trinité »
Pour les verrues on les frotte avec une pousse de chélidoine fraichement coupée que l’on jette derrière soi par-dessus l’épaule sans se retourner.
Quelle est la formation de ces praticiens ?
Commençons par les sages-femmes : si l’on s’en réfère à un règlement de 1730, pour être sage-femme il faut passer un examen de moralité devant le curé de la paroisse et être reçue par la communauté de chirurgiens la plus proche. Un apprentissage théorique et pratique de deux ans devra être dispensé, sanctionné par un examen.
Le problème est qu’en pratique l’apprentissage est lacunaire car les chirurgiens à cette époque ont la théorie mais très peu la pratique de l’obstétrique.
Le seul lieu de formation pratique existant dans le royaume est l’Office des accouché crée en 1630 à l’hôtel Dieu à Paris qui reçoit chaque trimestre 3 ou 4 élèves qui vont se former en accouchant les femmes pauvres de la ville. Mais il n’y a aucun enseignement théorique de dispensé et de toute façon le nombre d’élèves est ridiculement faible.
Donc au final les matrones accouchent les femmes sans formation préalable et donc sans moyen face à un accouchement difficile.
Seule passage obligé, le curé qui vérifie si la dame est catholique, si elle est capable d’ondoyer dans les formes le nouveau-né en danger de mort, et si elle jure ne jamais utiliser de pratiques abortives ou infanticides.
Il faut attendre les années 1760 pour que s’impose la nécessité d’une réelle formation des sages -femmes et notamment les cours d’Angélique Le Boursier Du Coudray, maîtresse sage-femme brevetée, nommée par le roi en 1767 pour enseigner « l’art des accouchements dans toute l’étendue du royaume ». Elle exercera de 1759 à 1783 et sillonnera l’ensemble des provinces à l’exception du Languedoc où elle se heurte à l’opposition de la faculté de médecine de Montpellier. On estime à plus de 10 000 le nombre de sage- femme qui sur cette période ont été ainsi formées par elle et les chirurgiens qu’elle va également former.
Mme du Coudray a mis au point une machine très pratique pour l’apprentissage puisqu’il s’agit d’un mannequin figurant le tronc d’une femme avec bassin et cuisses, le tout grandeur nature.
Différentes pièces complètent ce mannequin pour expliquer l’anatomie et les différentes phases de l’accouchement : parties de la génération, jumeaux, tête de fœtus, matrice à différent moment de la grossesse, …
Les apothicaires exercent cette partie de la médecine qui consiste en la préparation des remèdes.
Ce sont des marchands artisans regroupés souvent avec les épiciers et les droguistes au sein d’une même communauté de métier.
L’enseignement est complet à Paris : théorique et pratique ; mais en province l’enseignement théorique est inexistant sauf s’il existe pas loin une faculté de médecine pourvue d’une chaire de pharmacie.
Le chirurgien ne va s’occuper que des maladies externes au contraire du médecin qui, lui, est un savant. Le chirurgien ne s’occupe au final que de ce qui est «mécanique ».
Initialement le terme adéquat est chirurgien barbier . Dès la fin du 13ème siècle déjà un certain nombre de chirurgiens à Paris abandonnent la barberie et se concentrent sut la partie chirurgicale de leur métier.
Ce ne sera qu’en 1691 que le métier de chirurgien va définitivement être séparé de l’activité de barbier perruquier
Au milieu du 18ème siècle un parcours d’apprentissage est règlementé mais il ne s’agit pas d’un savoir livresque, savant, comme peut l’être celui des médecins, l’apprentissage demeurant nécessaire à tout activité « mécanique ».
La durée et la nature de cet apprentissage va différer en fonction du lieu où la personne va exercer, du nombre de maître chirurgien présents sur place, de la qualité des apprentissages ; la partie théorique est enseignée par des médecins mais là aussi la qualité et la durée des enseignements va dépendre de l’endroit où le futur chirurgien va exercer.
A la veille de la Révolution seules 15 écoles publiques de chirurgie existent : Aix, Bordeaux, Besançon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Orléans, Paris , Rennes, Rouen, Toulouse, Tours + 3 écoles de chirurgie navale à Brest, Rochefort et Toulon.
Ces écoles sont toutefois toutes d’un niveau de qualité différent (locaux exiguës, matériel inadapté, peu d’enseignement théorique …).
Le médecin a la chance d’avoir au 17ème siècle le choix entre une vingtaine de facultés dispensant un enseignement de la médecine mais là aussi la qualité des enseignement varie grandement, que ce soit en terme de nature des épreuves, de durée des études, du nombre de professeurs , du contenu des enseignements …
La nature de l’enseignement est par ailleurs essentiellement théorique et abstrait ; il s’agit de savoir raisonner. Au 18ème siècle, quelques séances de dissections existent dans certaines facultés mais il est difficile de trouver des cadavres et ce jusqu’à la fin du 18ème siècle. Quant à l’enseignement au chevet des malades, il reste très exceptionnel.
Notons pour la petite (et grande histoire) que la première femme médecin est Elisabeth Blackwell qui devint docteur en médecine aux USA en 1847.
La vie de nos ancêtres était beaucoup plus dure que ce que l’on imagine. Il faut bien comprendre finalement « le tragique de leur existence » et il est important de « montrer l’omniprésence de la maladie et de la mort et l’impuissance à lutter efficacement contre elles ». Face à cette vie très dure, soulignons « le courage de ces hommes et de ces femmes qui échappaient au fatalisme et à la peur en plaçant leur espoir au-delà des apparences ».
Sources
"Se soigner autrefois" de François Lebrun
"Enquête sur les plantes magiques" de Michèle Bilimoff
Revue "Nos ancêtres" n°18 sur les médecins et chirurgiens du 15 au 19ème siècle
Se soigner autrefois (1)
Au 18ème siècle, un enfant sur 4 meurt avant 1 an contre 15% en 1900, 5% en 1950 et 0.3% en 2012
L’espérance de vie n’est à cette époque que de 28 ans …
En 1810, l'espérance de vie atteint 37 ans en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900.
Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.
Comment était perçue la maladie au 18ème siècle ?
En 1677, Claude Joly, évêque d'Agen écrit que Dieu nous envoie les maladies « pour mortifier notre corps et le rendre obéissant à l'esprit, pour nous détacher de l'amour des créatures et pour nous convertir à lui, pour nous préparer à bien mourir ».
Au début du 18ème siècle, Antoine Blanchard, prêtre de Vendôme écrit dans son "Essai d'exhortations pour les états différents des malades" que la maladie "est un véritable remède. Elle afflige le corps mais contribue à la guérison de l’âme […] Les maladies ne sont pas seulement des remèdes mais elles sont des châtiments salutaires".
Quelques décennies plus tard, les mentalités n’ont guère changé puisqu’en 1770 Yves Michel Marchais, curé d'une petite paroisse de l'Anjou nous explique que "de quelque côté que nous les envisagions, les souffrances sont des traits de miséricorde à notre égard et des moyens efficaces de sanctification […] Elles nous purifient, perfectionnent notre vertu, nous font aimer Dieu pour lui seul…"
Les épidémies répondent au même besoin de châtiment de Dieu. Ainsi, lors d'une épidémie de dysenterie en Anjou en 1707, l'évêque d'Angers affirme dans un mandement du 30 septembre que Dieu ne fait que punir les coupables : "il ne nous livre à la corruption de notre corps que pour nous punir de celle de notre âme. Ce sont pour ainsi dire les vapeurs de nos crimes qui ont répandu dans l'air la malignité dont nous nous plaignions".
Louis Marie Grignion de Montfort écrit en 1703 à sa sœur tombée malade au cours de son noviciat : "ma chère sœur, je me réjouis d'apprendre la maladie que le bon Dieu vous a envoyé pour vous purifier comme l'or dans la fournaise".
Ces mentalités entraînent inéluctablement une indifférence voir une haine du corps et donc le refus d'intervenir par de moyens humains pour recouvrer la santé.
Le curé Marchais toutefois nous explique que "des malades et des infirmes peuvent et doivent chercher leur guérison dans des remèdes naturels et employer tout ce qu'ils croient pouvoir leur être utile pour se soulager"
Bien sûr il est hors de question de recourir à des moyens surnaturels relevant de la magie.
Cette intervention humaine implique aussi que tout ce qui relève de la médecine « de précaution » ne soit pas utilisé : d'où le débat sur la variolisation ouvert en 1735 par Voltaire qui préconise cette pratique tandis que nombreux ecclésiastiques sont contre car c'est tenter Dieu que de donner à une personne une maladie qui ne lui serait peut être pas venue naturellement. En 1775 les curés bretons y voient d’ailleurs un crime contre la loi divine.
La maladie relève donc clairement du médecin et du prêtre : le premier devoir du médecin n'est-il pas devant un malade gravement atteint de veiller à ce qu'il se confesse? Une déclaration royale de 1712 oblige d’ailleurs les médecins à agir de la sorte en leur interdisant après la 3ème visite de retourner chez un malade gravement atteint si celui-ci ne leur présente pas un certificat du confesseur.
Dieu est donc la cause première de la maladie ; qu'en est-il des causes secondes?
Comme je l’ai expliqué dans un précédent article, les phénomènes qui se produisent dans le microcosme qu'est le corps humain (donc la maladie) est en relation avec les phénomènes du macrocosme (l'univers, la terre les cieux) : c’est la théorie en vigueur à cette époque.
Donc aux 4 éléments du macrocosme (la terre, l'air, le feu et l'eau) et leur qualités respectives (le sec, le froid, le chaud et l'humide) répondent les 4 humeurs (substances liquides sécrétées par le corps humain) :
- le sang sécrété par le cœur, chaud et humide,
- la pituite ou phlegme sécrétée par le cerveau, froide et humide,
- la bile sécrétée par le foie, chaude et sèche,
- l'atrabile ou mélancolie sécrétée par la rate froide et sèche
Selon qu'une humeur l'emporte sur l'autre, un individu sera de tempérament bilieux, sanguin, phlegmatique ou mélancolique
La maladie va intervenir quand ces humeurs vont se dérégler soit par surabondance soit par altération.
A partir du milieu du 18ème siècle, grâce aux Lumières notamment, le fatalisme ambiant devant la maladie et les épidémies est contesté par de nombreux médecins qui sont persuadées des possibilités infinies de la médecine; beaucoup notamment refusent de considérer comme inéluctable la mort de tous ces enfants au berceau d’où une profusion d’ouvrages les concernant vers cette époque.
Reproduction of Luke Fildes' painting The Doctor, by Joseph Tomanek
N’oublions pas en effet qu’ «un quart du genre humain périt pour ainsi dire avant d’avoir vu la lumière puisqu’il en meurt près d’un quart dans les premiers mois de la vie » (Buffon 1777 – naturaliste et biologiste français 1708-1788).
Jeune mère contemplant son enfant endormi dans la chandelle . 1875. Albert Anker (1831-1910)
Entre 1740 et 1789 une étude a montré que le taux de mortalité des enfants de moins d’un an était de 280/1000.
Les causes de ces décès de touts petits se divisent en 3 catégories :
- Les malformations congénitales,
- les lésions subies au cours de l’accouchement,
- les maladies diverses.
Ainsi la diarrhée du nourrisson plus fréquente en été induit une mortalité saisonnière élevée (n’oublions pas qu’elle est encore aujourd’hui la 2ème cause de mortalité dans le monde des enfants de moins de 5 ans).
Au 18ème siècle un peu plus de 50 enfants sur cent atteignent 10 ans. Ils sont attaqués de toute part par la coqueluche, les oreillons ou oripeaux, la varicelle assimilée à une variole atténuée, la rougeole, la scarlatine, la rubéole ….
Et les soins se résument souvent à des enveloppements, des cataplasmes, des infusions de bourrache, de persil ou de coquelicot.
Et que dire de la diphtérie ou angine pestilentielle ou putride, ou croup ou mal de gorge gangréneux qui sévit tant chez les jeunes que chez les plus âgés.
Voir également l'article sur la naissance au cours des siècles.
Une maladie qui fait peut : la rage
En 1714 un loup enragé pénètre dans les faubourgs d’Angers et mord, avant d’être abattu, de nombreux chiens et bestiaux et une centaine de personnes. Une trentaine d’entre elles meurent dans des conditions épouvantables : elles sont parquées dans une tour désaffectée et « on les voyait se déchirer, et crier pitoyablement et enfin expirer » »
Quid des autres maladies
La gale, la gratelle et la dartre sont moins graves mais très fréquentes. Les malades se grattent furieusement faisant ainsi « rentrer l’humeur » provoquant des infections et aggravant le pronostic initial.
La plupart des affections pulmonaires sont confondues sous le nom de phtisie.
La tuberculose que l’on ne connait pas et qui n’est pas décrite existe bien avant le 19ème siècle.
Le cancer est défini par Antoine Furetière (homme d’église, poète et romancier – 1619-1688) comme « une maladie qui vient dans les chairs et qui les mange petit à petit comme une sorte de gangrène ».
Un cancer déjà fréquent : le cancer du sein ; par pudeur beaucoup de femmes hésite à se confier à un chirurgien.
Saint Simon (duc et pair de France, mémorialiste français – 1675-1755) ainsi nous dit que Mme de La Vieuville qui meurt en 1715 dans un âge peu avancé d’ « un cancer au sein dont jusqu’à deux jours avant la mort elle avait gardé le secret avec un courage égal à la folie de s’en cacher et de se priver par là des secours ».
Il nous signale le cas de Mme Bouchu qui cachait un cancer depuis longtemps ; « avec le même secret, elle mit ordre à ses affaires, soupa en compagnie, se fit abattre le sein le lendemain de grand matin et ne le laissa apprendre à sa famille ni à personne que quelques heures après l’opération : elle guérit parfaitement ».
Les maladies vénériennes : longtemps confondues entre elles sous le nom de vérole. Elles sont très fréquentes.
Le compagnon vitrier Jacques Ménétra (18ème siècle) avoue une dizaine d’accident contracté à frayer ici ou là à Paris ou lors de son tour de France.
Il se guérit à chaque fois avec des remèdes à base de mercure manifestement. En effet « le mercure et les préparations mercurielles sont l’unique remède capable de détruire radicalement la vérole pourvu qu’on les emploie avec précaution ».
A Paris on soigne la vérole à Bicêtre, l’une des maisons de l’hôpital général.
On enferme les malades mentaux, les hystériques, les mélancoliques, les déments auxquels on assimile les épileptiques.
Dès la création de l’hôpital général en 1656 il est prévu d’y enfermer « les fous et insensés », les mendiants valides ou non, les vieillards indigents, les vénériens et les enfants abandonnés.
Mirabeau (écrivain français - 1749/1791) est scandalisé de la façon dont sont traités les enfermés, laissés à croupir avec leurs chaines et dans leurs ordures.
Les conditions de vie font-elles la différence en terme de mortalité ?
Une étude réalisée dans le Thimerais entre Chartres et Dreux fait apparaitre une différence certaine : entre 1765 et 1791 il a été calculé que les probabilités de survie à 15 ans pour 1000 enfants de laboureurs (le « haut du panier » paysan) y sont de 587 alors que le chiffre tombe à 515 pour les journaliers agricoles.
Dans les villes sales et empuanties par les eaux usées, les ordures de toutes sortes, la situation ne fait qu’aggraver les épidémies voir même les déclencher.
L’entassement dans des maisons de bois ou de torchis mal entretenues et mal aérées aggravent nécessairement les conditions de vie des habitants.
A Angers en 1769 dans la petite rue Putiballe (aujourd’hui rue Tuliballe), 403 personnes s’entassent dans 39 maisons et 9 de ces maisons abritent 206 personnes (soit une moyenne de 23personnes par maison). Je vous invite à lire les articles sur l’habitat lillois au 19ème siècle qui explique bien l’indigence et l’insalubrité de ces habitions (voir mes articles sur l'habitation lilloise au 19ème siècle 1 et 2).
Dans les campagnes ce n’est guère brillant : l’habitation se résume là aussi le plus souvent à une pièce où l’on dort, mange, vit. Les maisons sont souvent basses, mal aérées, humides : or « l’on sait qu’un air trop renfermé occasionne les fièvres malignes les plus fâcheuses ; et le paysan ne respire chez lui jamais qu’un air de cette espèce. Il y a de très petites chambres qui renferment jour et nuit le père, la mère, 7 ou 8 enfants et quelques animaux, qui ne s’ouvrent jamais pendant 6 mois de l’année et très rarement les autres 6 mois » (Simon André Tissot, médecin suisse 1728-1797 – Avis au peuple sur sa santé 1761).
Et que dire du tas de fumier à proximité du ruisseau ou du puit ?
L’alimentation concourt également à aggraver l’état général des individus. Les gens pauvres ont 70 à 80% de leurs calories provenant des céréales (surtout seigle, blé orge noir) sous forme de pain ou de bouillie (lire également l'article sur le repas sous l'Ancien Régime).
Peu de poisson ou de viande, peu de fruits (quand ils existent, ils sont surtout cuits), quelques légumes pour la soupe et un peu de graisse (beurre ou huile).
Au 17/18è on mange moins de viande qu’au 15ème siècle ou que les siècles plus tard.
Ce régime entraîne fatalement de nombreuses carences en vitamines. La mauvaise qualité des aliments est quant à lui responsable du pelagre, du scorbut, de l’ergortisme ou mal des ardents.
Parlons un peu de l’ergotisme qui est dû à l’absorption de farines contenant du seigle ergoté ce qui entraîne la gangrène des pieds et des mains.
En 1776, Tessier donne une description de l’ergotisme sévissant en Sologne : « les hommes malades surtout les mieux constitués éprouvaient les deux ou trois premiers jours des douleurs de tête et d’estomac ; la fièvre survenait, ils sentaient tous des lassitudes douloureuses dans les extrémités inférieures ; ces parties se gonflaient sans inflammations apparentes ; elles devenaient engourdies, froides et livides et se gangrenaient… Les doigts tombaient les premiers et successivement toutes les articulations se détachaient. Les extrémités supérieures, quoique plus rarement, éprouvaient le même sort. On a vu des malheureux auxquels il ne restait que le tronc et qui ont vécu dans cet état encore quelques jours ».
Les Mendiants – P. Brueghel
Sources
"Se soigner autrefois" de François Lebrun
"Enquête sur les plantes magiques" de Michèle Bilimoff
Revue "Nos ancêtres" n°18 sur les médecins et chirurgiens du 15 au 19ème siècle
Le mal des ardents
L'ergotisme alimentaire ou mal des ardents ou Feu de St Antoine, feu infernal, feu sacré, peste des extrémités, est une intoxication engendrée par la prise alimentaire de seigle ergoté (l'ergot du seigle est un champignon appelé Claviceps purpuréa, parasite responsable de mycotoxicose). L’ergot de seigle se présente sous la forme d’une excroissance, un sclérote, qui s’accroche aux épis de seigle. Il pousse principalement sur du seigle abimé par des étés très humides.
Quelle peut être la cause de leur indifférence sur un point aussi essentiel, sinon leur extrême misère qui les rend sourds aux cris du danger ? ».
A partir du Xème siècle le mal des ardents causa la mort de centaines de milliers de personnes et de nombreuses autres furent brulées ou exécutées sur la place publique car considérées “possédées” par le diable.
On croyait en effet qu’il s’agissait d’une punition divine et les églises se remplirent et moult processions se déroulèrent. Des pèlerinages furent organisés avec succès : les gens en effet s'éloignaient du lieu de consommation des farines contaminées et étaient pour un temps guéris.
En 1090 à Tournai une “peste” se déclare; il s’agit certainement d’une épidémie d’ergotisme qui sévit également en Flandre et dans le Brabant. L’évêque Radbod propose au peuple de revêtir l’habit de pénitent, de jeûner un vendredi et de prier Notre Dame. Une procession est constituée dans laquelle les fidèles seront accompagnés des reliques de leurs saints. La supplication est entendue et le fléau cesse. Cette procession se perpétue encore annuellement de nos jours.
En 1747 commence la grande épidémie qui va sévir presque tous les ans jusqu’en 1764. Elle touche la Flandre, l’Artois (Lille surtout en 1749), la Sologne, le Gatinais, le Limousin et l’Auvergne
Au cours du XIXème siècle, le fléau disparaît. Les progrès de l’agronomie, l’assainissement des sols par des plantations de pins, notamment (exemple fameux de la forêt des Landes), la culture progressive du froment et surtout le développement de celle de la pomme de terre, transformant complètement la nourriture des paysans.
La dernière en France a eu lieu en 1951, à Pont Saint Esprit dans le Gard, en plein vingtième siècle
Sources
http://lartdesmets.e-monsite.com/pages/medecine-medievale/l-ergotisme-au-moyen-age.html
wikipedia
cehm.toulouse.free
La variole
Appelée petite vérole ou "picote" dans le Sud Ouest elle est confondue au départ avec les fièvres pestilentielles. Il faut attendre le XVIIème siècle pour qu'elle soit véritablement distinguée.
après une incubation de 8 à 14 jours, la maladie débute par une fièvre de 40°. Le 4ème jour une éruption débute sur le visage puis se propage sur tout le corps.
Au bout de 10 jours les vésicules se recouvrent de croûtes qui laissent des cicatrices à vie en tombant. D'autres séquelles peuvent survenir : cécité, surdité, affections respiratoires, lésions cérébrales, fistules ...
Louis XV en fut atteint. Il mourut en 14 jours.
Elle tue deux fois plus que la peste.
Elle est le 1er facteur de mortalité au XVIIIème siècle. Au XVIIIème siècle, 8 personnes sur 10 environ subissent la maladie au cours de leur vie et 1 sur 4 y laisse la vie.
La plus grande épidémie de variole au XIXème siècle eu lieu suite à la démobilisation des troupes franco prussiennes en 1870/71 : entre 400 000 et 500 000 personnes en seraient mortes.
La variole en Moselle au XIXème siècle : http://shw-woippy.net/pdf/cg6_variole.pdf
Le typhus
Les symptômes communs à toutes les formes du typhus sont une fièvre qui peut atteindre 39 °C, des maux de tête et un état d'hébétude et de stupeur.
La première description fiable de cette maladie parut pendant le siège espagnol de la ville maure de Grenade en 1489. Cette chronique contient la description d'une fièvre, et de taches rouges sur les bras, le dos et le thorax, d'une évolution vers le délire, de la gangrène, des plaies, de la puanteur et de la décomposition des chairs. Pendant le siège, les Espagnols ont perdu trois mille hommes au combat, mais ils ont eu à en compter dix-sept mille supplémentaires, morts du typhus.
Plusieurs épidémies se déclarèrent tout au long des siècles. Il réapparait notamment en 1810 où il est appelé parfois "espagnolette" car son développement est lié au convoyage de prisonniers espagnols remontant vers le nord de la Loire. Certains malades laissés à l'abandon ou travaillant comme ouvriers agricoles contaminèrent les villes et contribuèrent à la propagation de la maladie dans la campagne environnante.
Le tiers de la population de Sarlat est ainsi emporté.
Lors de la retraite de Moscou, l'épidémie réapparaît ravageant la Grande Armée plus sûrement que la guerre ou le froid.
Les soldats blessés, soignés à Metz transmettent la "fièvre de Mayence" à la population causant la mort de 60 000 Alsaciens et Lorrains.
La maladie se transmet par les poux et se rencontre dans les endroits où les conditions d'hygiène sont déficientes (prisons d'où le nom de "fièvre des geôles", armée de campagne ...); Les provinces traversées par les grandes routes militaires qui vont vers l'est et vers l'Espagne au XIXè sont ainsi les plus touchées.
En France, les autorités donnèrent des consignes très strictes sur le comportement à avoir à l'égard des typhiques comme cette circulaire le montre :
Hospitalisation des militaires malades ou blessés
Tout hôpital ou ambulance susceptible de recevoir, d'urgence et par évacuation directe des service de l'arriere, des blessés ou malades militaires doit, pour éviter la transmission du typhus, avoir organisé son service d'admission des malades de la façon suivante:
A- salle d'examen, de déshabillage et de toilette prophylactique.
Le malade(ou blessé) est amené dans le local (salle d'examen) aussi rapproché que possible de la porte d'entrée de l'établissement hospitalier et, quant l'état des constructions le permet, isolé des autres corps de bâtiment.
Le malade (ou blessé) est aussitôt examiné par le médecin (ou chirurgien) de garde qui ne se contente pas de pratiquer un diagnostic de l'état pathologique, mais a de plus le devoir strict de recherche, sur toute la surface du corps du patient, l'existence des poux( tête, tronc, aisselles, pubis). La constatation de l'existence de ces parasites impose au personnel hospitalier une série de soins et de manœuvres particuliers.
La salle d'examen est largement éclairée, le jour par une large fenêtre, la nuit au moyen d'une lampe électrique à incandescence, munie au besoin d'un réflecteur (pour faciliter la recherche des parasites) ou à défaut par un éclairage de sûreté.
Le sol est imperméable, en pente légère, avec bouche à la partie déclive; les murs se terminent au sol par des angles arrondis.
Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.
Deux prises d'eau, l'une froide, l'autre chaude, avec une baignoire (ou tout au moins un bain douche) font partie du matériel.
Un brancard (sur roues articulées) assez élevé, est paré au milieu de la pièce; il possède un matelas recouvert de toile imperméable.
De grandes poubelles à couvercle fermant d'une manière hermétique, en place dans la salle, sont destinées à recevoir, au fur et = mesure de son déshabillage, tous les vêtements de tout malade ou blessé admis à l'hôpital. Chaque poubelle, une fois remplie, est portée, d'urgence, à la chambre de sulfuration (annexée à la salle d'examen et de déshabillage).
B Technique de la toilette du « porteur de poux »
Le malade, dès son entrée dans la salle, est étendu sur le matelas imperméable, déshabillé rapidement par l'infirmier de service et examiné sur l'heure, par le médecin de garde.
Premiers temps. S'il est reconnu « porteur de poux »,il passe aussitôt, entre les mains de l'infirmier chargé de la toilette spéciale: le cuir chevelu et les cheveux sont imbibés largement de xylol ou de benzine, tamponnés avec soin ainsi que la barbe (et, s'il est nécessaire, les sourcils); les oreilles, la régions cervicale n'échappent point à la friction
Cela fait l'infirmier procède, si le médecin de garde le juge nécessaire, à la coupe de cheveux et de la barbe, au moyen d'une tondeuse. Les poils coupés sont recueillis dans un réceptacle (de métal) pour être emportés et brûlés (hors de la salle à cause des vapeurs de xylol ou de benzine). Puis le crâne (y compris les oreilles) est enveloppé d'un serre-tête ne toile, bien fixé par quelques épingles anglaises.
Le deuxième temps consiste en un savonnage général du corps (au savon noir) à grande eau chaude, dans la baignoire, sous le bain-douche ou sur le brancard, selon les indications fournies par le médecin de garde, si le reste du corps est exempt de parasites. Sinon, la région contaminées, lorsqu'il s'agit du Thorax ou des aisselles, est, comme précédemment, frictionnée méthodiquement au xylol ou à la benzine. Quant les parasites occupent le pubis et les régions avoisinantes, l'emploi de l'onguent mercuriel s'impose (à cause des douleurs qu'occasionne l'essence).
Dans un troisième temps, l'infirmier de service à le devoir d'envelopper le malade (bien nettoyé) dans le drap et les couvertures approprié et de le déposer sur le brancard portatif (recouvert d'une bâche et garni ai besoin de boules d'eau chaudes) au moyen duquel le malade va être transporté dans la salle qui lui est affectée par l'ordre du médecin ou du chirurgien de garde. Un examen détaillé du sujet sera pratiqué au bout de vingt-quatre heures dans le service.
Le médecin de garde a soin de notifier sur le livre de garde le nom du malade porteur de poux et les soins qu'il a reçus au moment de son admission à l'hôpital.
Aussitôt après le départ de la salle d'examen; l'infirmier de service a pour mission de nettoyer à fond la salle d'examen: la poubelle contaminée est portée à la chambre de sulfuration annexée à la salle d'examen. Le brancard et le sol lavés largement à l'aide d'une solution antiseptique (crésyl, acide phénique, etc) et tout est prêt pour un nouvel entrant.
Telles sont les conditions ordinaires. A des circonstances exceptionnelles, des mesures exceptionnelles doivent correspondre. C'est ainsi qu'un « grand blessé » entrant porteur de poux ne peut recevoir d'urgence, la nuit, tous les soins prophylactiques susénoncés. Une salle spéciale (salle des suspect) doit être prévue dans tout service de chirurgie où le blessé insuffisamment « dépouillé » est placé, de nuit.
Le lendemain, au premier jour, il subit dans le box où il a été transporté, les soins complémentaires (savonnage; friction mercurielle, etc) qu'il n'avait pu recevoir la veille au soir. L'infirmier spécialiste de l'admission parfera ainsi son oeuvre.
C. La chambre de sulfuration est un local annexé à la chambre d'examen; de petites dimensions, elle doit être parfaitement étanche.
Les revêtements de la muraille, aussi bien que du sol, doivent être incombustibles. Les vêtements de tous les entrants sont suspendus à des fils métalliques, à 1 mètre, au plus, au dessus du sol; 40 à 50 grammes de soufre par mètre cube doivent être brûlés pour assurer la désinfection.
D. Le personnel
La pratique de la prophylaxie du typhus demande la création d'un personnel technique. Non que les opérations soient difficiles ou , à vrai dire , très dangereuse, mais elle exigent de tous le personnel une vigilance à l'abri de toute faiblesse, la moindre faute de détail pouvant déchaîner, dans un service hospitalier, la pire des catastrophes: une épidémie formidable et meurtrière.
Il faut donc constituer, dans hôpital ou établissement destiné à recevoir des malades « porteur de poux », une équipe de techniciens, infirmiers de choix, et rompus à la pratique et jouissant d'une haute paye, en rapport avec leur service quotidien.
Chaque hôpital possédera donc une double équipe « d'infirmier surveillants sanitaires » travaillant à tour de rôles, jour et nuit et prêt toujours à fonctionner sur le champs; Ces hommes porteront les cheveux rasés ainsi que la barbe.
Pour le travail, ils se vêtiront d'un costume spécial , tout en toile imperméable, sorte de scaphandrier, ou de ciré de marins, les recouvrant des pieds à la t^tet, les poignets serrés, les mains gantés de façon à pouvoir manipuler benzine, savon, onguent gris, sans difficulté comme sans danger.
Leur instruction technique sera faite avec méthode: « coupe de cheveux et de la barbe à la tondeuse, - reconnaissance des poux de la tête, du corps, du pubis-, toilette de la barbe, des sourcils, des oreilles,- déshabillage rapide (et sans trop de geste); savonnage soigné du corps, - préparation du bain ou bain-douche,- manipulation des vêtements pouilleux – préparation de la chambre à la sulfuration – sulfuration, etc.
Sources
Votre Généalogie n°9
http://www.legeneraliste.fr/actualites/article/2014/08/09/le-typhus-lautre-peste_248696
La suette
La suette est une ancienne maladie infectieuse épidémique caractérisée par une fièvre importante, une transpiration profuse et une mortalité élevée.
Il existe deux types de suette
- la suette anglaise qui a sévi en Angleterre au XV et XVIème siècle
- la suette miliaire ou suette des Picards ou suette de Picardie qui survint en France vers 1700 jusque 1906.
D'après un article de La Voix Du Nord paru le 20 novembre 2010, avec la suette, « 50 à 80 % des habitants des villages sont décédés entre septembre et octobre 1710 ! » Prenons par exemple le cas de Mingoval, où l'on comptait 157 âmes en 1698. En cette funeste année 1710, 138 morts sont comptabilisés. À Izel, « pour l'instant, grâce à trois documents que l'on est en train de recouper, on en est à 230 morts ».
Alors que la population était de 274 habitants en 1698.
Un passionné d'histoire, Hubert Heintz, a fait des recherches sur le secteur de Savy et alentours (dans le Pas de Calais) et tente d'expliquer le pourquoi du comment de la suette. Une maladie qui est une sorte de fièvre hémorragique « très brutale. En cinq ou six heures, on peut en mourir... »
Hubert Heintz a consulté des rapports médicaux de l'époque, à la bibliothèque de Saint-Omer. « Des documents très poignants. On se rend compte que la suette pouvait tuer une maison entière. Le père, la mère, les enfants, et enfin le bébé, qui n'avait plus personne pour s'occuper de lui. » Une maladie qui touche « d'abord les gens riches et bien portants, qui vivent au chaud.
C'est pour ça qu'on pense que la suette peut être véhiculée par les puces, qui aiment la chaleur. » Si cette épidémie a touché la population, elle a également touché les centaines de milliers de soldats qui étaient postés dans le secteur.
L'affaire date du début du siècle. En 1700, Charles II, roi d'Espagne, décède. Par voie testamentaire, il lègue le royaume à Philippe, duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV.
Mais les autres nations européennes font fi du testament. Anglais, Autrichiens et Hollandais s'unissent contre la France et l'Espagne. Du côté des Anglais, le « patron » est Marlbrough, qui s'installe en juillet 1710 au château de Villers-Brûlin. Chez les Français, le chef de file est le duc de Villars.
Sources : La Voix du Nord
"Énigmatique et meurtrière suette " de Hubert Heintz
Le choléra
Se transmet par voie digestive, qu’il s’agisse de l’eau, des aliments souillés par les déjections des malades ou par simple contact
Vomissements ou diarrhées aqueuses, abondantes et indolores, qui entraînent une déshydratation rapide du malade. La température tombe à 35/36°. Le malade a un aspect cyanosé.
En 1832 le choléra arrive pour la première fois en France causant 100 000 décès essentiellement en région parisienne et dans le nord du pays.
Le choléra arrive réellement à Paris le 26 mars 1832 même si dans les jours précédents des cas douteux ont été signalés. Ce jour là, quatre personnes furent frappées tout à coup presque simultanément et moururent en peu d’heures, dans la rue Mazarine, dans les quartiers de la Cité, de l’Hôtel-de-Ville et de l’Arsenal.
Dès le 31 mars, il y avait déjà à Paris 300 malades, et sur les 48 quartiers de la ville, 35 étaient envahis. Le troisième arrondissement était seul épargné. Du 31 mars au 1er avril, l’épidémie se répandit dans toute la capitale.
En avril toute la ville est contaminée : de 100 décès le 2 avril, on atteint les 7 000 morts 12 jours plus tard.
Un élève chirurgien au Val-de-Grâce déclara en avril qu’elle s’attaque aux vaches et aux dindons ; certains journaux de province parlent même du choléra des poules et des chats !
Les Parisiens qui le peuvent fuient la capitale, emportant avec eux sans le savoir le mal en province. À ceux qui restent, la capitale offre des rues désertes. Plus d’échoppes. On cesse, pendant quelques jours, de payer péage au pont des Arts. Il n’y a de mouvement que sur le Pont-Neuf, où des brancards chargés de morts ou de mourants se dirigent vers l’Hôtel-Dieu. Ailleurs, de rares passants, souvent de deuil vêtus, se hâtent, le mouchoir sur la bouche.
Les seuls mouvements de foule se déroulent devant les pharmacies : le camphre monte de 5 à 24 francs. Le bruit se répand que les riches ont accaparé tous les médicaments ; et parfois la foule proteste, devant les officines, contre le renchérissement des produits.
Les corbillards manquent ; Le ministre de la Guerre est sollicité : il prête des fourgons du dépôt d’artillerie qui font le service dans la rue du Cherche-Midi mais ces véhicules font tant de tapage et de bruit que l'on abandonne cette idée.
Les cercueils manquent; on empile les cadavres dans des sacs.
L’épidémie atteignit son maximum au 9 avril, jour où il y eut 814 décès. Le 14 du même mois, le fléau était arrivé à un tel degré qu’on comptait 12 à 13 000 malades et 7 000 morts.
L’épidémie resta stationnaire durant six jours environ. À dater de ce moment le mal commença à décroître ; les décès tombèrent de 756 à 651 ; le 30 avril, ils étaient à 114 ; et du 17 mai au 17 juin on n’en comptait plus que 15 à 20 par jour.
Cependant vers la fin de ce dernier mois, le troisième de l’épidémie, et au commencement de juillet, une recrudescence très grave se manifeste. Le 9 juillet, 710 personnes succombent ; le 18, la mortalité est remontée à 225. Cette recrudescence dura peu ; et dès le 28 juillet il n’y avait plus que 25 à 30 morts chaque jour.
La France recensera en 1832, 229 554 cas de choléra et 94 666 morts dont 18 402 à Paris dont 12 733 pour le seul mois d’avril (parmi eux : Casimir Perier, président du conseil des ministres).
En 1833, l'épidémie de Choléra à Lille provoque 18% du total des décès de l'année
En 1834, le choléra revient et touche davantage le midi
En 1848, 3ème épidémie de choléra : elle tuera plus de 140 000 personnes
En 1866, nouvelle épidémie de choléra qui est bien connue grâce à l'annuaire statistique du Département, publié en 1867. L’épisode est assez court mais ses ravages sont importants:
- Le premier cas est signalé le 6 février 1866 dans l'arrondissement de Dunkerque,
- le dernier est consigné le 22 novembre de la même année dans la région de Cambrai.
- La maladie touche 150 communes sur les 660 que compte alors le département, surtout dans les communes ouvrières: Lille, Roubaix, Valenciennes, Dunkerque, Armentières, Halluin... mais «curieusement» épargne l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe.
Pour les rédacteurs de l’Annuaire, il semble que la catégorie socioprofessionnelle des malades concernés soit une cause majeure dans la propagation de cette épidémie.
2,9 % de la population totale du département est réellement touchée, 1,4 % décède. Ces chiffres peuvent sembler assez peu, mais le plus inquiétant est la mortalité liée à la maladie: 49,9% des malades, tous âges et sexes confondus.
Le Progrès du Nord du 8 décembre 1866 n’hésite pas à qualifier le choléra de «maladie épidémique du pauvre». Ce n’est là qu’un constat dressé après les épidémies de 1832, 1849, 1854, 1859... durant lesquelles les populations ouvrières, notamment du textile à Lille, furent les plus durement atteintes.
A Lille, on déplore en effet un habitat humide, froid, misérable, des rues étroites et malpropres, un manque d’hygiène extrême. Les canaux de la ville comme les rues recueillent les déjections. Certains déplorent l’habitude qu’ont les hommes d’uriner dans les fossés à la sortie des estaminets, les femmes celle de se soulager dans les ruisseaux, d’incriminer les déjections qui stagnent entre les interstices du pavage
La plupart des ouvriers s’entassent littéralement dans une ou deux pièces, rarement plus.
L’Annuaire Statistique de 1867 précise ainsi : «En examinant aussi les conditions sociales des personnes atteintes par l’épidémie, on constate que c’est la classe ouvrière qui a été presqu’exclusivement frappée pour ainsi dire partout. La raison de ce fait paraît facile à déduire; n’est-ce pas en effet la classe ouvrière qui par ses labeurs, sa nourriture peu substantielle, l'exiguïté de ses logements et, il faut le dire, ses habitudes d’intempérance, se trouve dans la situation hygiénique la plus défavorable? A Valenciennes, cependant, toutes les classes de la société ont dû payer leur tribut au fléau.» (in Annuaire Statistique, page 380)
En 1884, Marseille sera touché par la 5ème attaque de choléra; plus de 1700 Marseillais en mourront.
http://histoiresdunord.blogspot.fr/2006/03/1866-une-pidmie-de-cholra-dans-le-nord.htmlfv
http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article3185
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