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C comme Crises démographiques aux 18 et 19ème siècles

6 Novembre 2018 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #épidémie, #hygiène, #Midi Pyrénées

 

Les crises démographiques résultent de nombreux éléments dont le climat, le manque d’hygiène, une alimentation insuffisante liée à de mauvaises récoltes et les problèmes d’adduction d’eau ; tous jouent un rôle dans la morbidité et la conjonction de plusieurs d’entre eux provoquent des hécatombes.

Ainsi en Comminges le climat est rude : des hivers très froids à fort enneigement « la neige résiste (…) depuis le 1er 11 janvier au 1er avril » , un climat froid pendant 8 mois et tempéré les 4 mois restants avec brouillard, grêle et pluie et des étés chauds plus des vents d’ouest-nord-ouest dominants humides et frais

Ce climat ne prédispose qu’à une économie pastorale avec élevage brebis, vaches et quelques juments poulinières.

« On ne peut point labourer ny avec des bestiaux à cause des précipices, il n’y a point de charrettes, tous les travaux se font à l brasse (…) les paysans labourent à l bêche le terrir aride et transportent le fumier sur leur tête » Mayrègne près de St Gaudens

A Caubous près de Saint Gaudens « il n’était pas rare d’avoir trois mètres de neige de hauteur et le froid était intense. »

Une étude (anonyme) sur le canton de Luchon au commencement du 19è décrit les habitants : « L’espèce humaine (…) est ici aussi misérablement rabougrie que celle des autres animaux. Les enfants n’y présentent que des chairs blafardes et livides (..) Nos vierges de 15 et 16 ans (…) se trainent à pas lents (…) Les jeunes gens plus favorisés de la nature y sont assez bien formés, lestes et vigoureux mais les travaux continuels auxquels ils sont obligés de se livrer pour entretenir un grand nombre d’enfants dont ils deviennent les pères en se mariant de très bonne heure les font bientôt parvenir à une vieillesse précoce ». 

 

Les épidémies de variole, dysenterie, entérite, scarlatine sont toujours présentes quelle que soit l’époque.

Le choléra atteint la région Midi Pyrénées en 1834, la suette est arrivée quant à elle en 1782.

La maîtrise tardive de l’eau explique les niveaux élevés de gastro entérite et de typhoïde (les populations sont atteintes lors de la consommation directe des eaux pollués ou de produits ayant été en contact avec cette eau ou encore ayant poussé dans du fumier infecté).

La typhoïde se caractérise par une élévation de la température et l'apparition de troubles intestinaux. Elle dure environ 20 jours mais cette durée peut être allongée par des complications  comme des hémorragies intestinales, une perforation de l'intestin, une péritonite, bronchite, néphrite, phlébite ... 

 

Il faut dire que l’hygiène reste longtemps déplorable dans l’espace public comme privé : les rues de Toulouse sont le réceptacle de jets d’urine, de dépôts de matière fécale, de tripailles, de fumier.

A Montesquieu Volvestre (à 50 km de Toulouse), en 1832, 1835, 1854, s’amoncèlent devant les portes et dans les jardins, fumiers et immondices ; les fossés faisant office de rigole sont remplis de détritus. A Carbonne en 1898, après chaque orage les eaux deviennent troubles et d’un goût douteux. Voir également ICI et ICI.

Les fontaines quand il y en en a sont contaminées, tout comme les puits.

Les habitants en majorité au 19è continuent à s’approvisionner dans le fleuve, les rivières et les puits ce qui ne permet donc pas de consommer une eau propre ; Il y a quelques exceptions comme par exemple les hameaux de Lançon et de Croix près de Carbonne qui dès 1871 profitent de l’installation d’une pompe.

 

Les crises démographiques peuvent s’expliquer également de façon moins dramatique par la migration des jeunes : l’instituteur de Bourg d’Oueil indique en 1886 : « Cette diminution (de la population) est occasionnée par l’émigration vers les villes où les jeunes gens et les jeunes filles se placent comme domestiques ; plusieurs hommes entrent ainsi dans la douane, la gendarmerie, dans le clergé et dans le corps enseignant. D’un autre côté le nombre des enfants devient tous les jours moins considérable … en ce moment il n’y a pas à Bourg plus de 4 enfants âgés de 3 ans et il n’y en a que quatre ayant 3 à 5 ans ».

 

La Grande Guerre viendra une génération plus tard compléter ces crises démographiques de façon cruelle et apocalyptique : 18% des incorporés de l’armée française seront tués. Avec toutes les conséquences que cela va entraîner ensuite sur la natalité…

 

Sources

Visages de la mort dans l'histoire du midi toulousain sous la direction de Jean Luc Laffont

 

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1693/1694 - une famine sous Louis XIV

5 Août 2017 , Rédigé par srose Publié dans #famine, #calamités

Cet article complète un autre article rédigé précédemment ainsi que le témoignage du curé Dubois du village de Rumegies dans le Nord.

Le siècle de Louis XIV et ses nombreuses guerres ont jeté la population de France dans la misère.

1693/1694 - une famine sous Louis XIV

1693 et 1694 sont, pour ne citer qu’elles, deux années terribles pendant lesquelles plus d’un million de personnes vont mourir (pertes militaires, mauvaises récoltes, épidémies, misère ….)

En 1693 après plusieurs mauvaises années, la récolte s'avère en effet très médiocre : aux Halles de Paris, en juin, un pain d'une livre coûte à un ouvrier l'équivalent d'une journée de travail.

L'hiver qui suit est exceptionnellement rude et la conjonction de la malnutrition des mois précédents et du froid intense va provoquer des une augmentation considérable du taux de mortalité.

Le printemps 1694 ne va pas arranger les choses : il est sec, beaucoup trop sec.

Conséquences : le grain devient cher et rare et la misère s’installe. On chasse les mendiants des villes quand les paysans touchés eux aussi par la misère quittent les villages et se retrouvent à mendier sur les routes pensant trouver plus de nourriture dans les villes.

1693/1694 - une famine sous Louis XIV

Une fois toutes les céréales épuisées, les pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» ainsi que les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus achèvent de ruiner la santé des malheureux.

Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes « repas », parlent aussi des bêtes, qu'on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture.

On retrouve des hommes morts dans les prairies, la bouche pleine d'herbe « comme les bêtes » ; on avale les palettes de sang que les barbiers viennent de tirer aux malades.

Personne ne se soucie des cadavres de plus en plus nombreux sur les chemins. Ce qui avec la chaleur va entraîner des épidémies à foison : la fièvre typhoïde, la variole, …

Le prêtre stéphanois Jean Chapelon, mort en 1694, a décrit en vers la nourriture de ses contemporains durant la famine :

« Croiriez-vous qu'il y en eut, à grands coups de couteau

Ont disséqué des chiens et des chevaux,

Les ont mangés tout crus et se sont fait une fête

De faire du bouillon avec les os de la tête

Les gens durant l'hiver n'ont mangé que des raves

Et des topinambours, qui pourrissaient en cave

De la soupe d'avoine, avec des trognons de chou

Et mille saletés qu'ils trouvaient dehors

Jusqu'à aller les chercher le long des Furettes [le marché aux bestiaux]

Et se battre leur soûl pour ronger des os

Les boyaux des poulets, des dindons, des lapins

Étaient pour la plupart d'agréables morceaux ».

 

1693/1694 - une famine sous Louis XIV

 

Un Martyr ou Le Petit marchand de violettes - Fernand Pelez

 Monsieur de Bernage, intendant de la généralité de Limoges, ne cessera de dénoncer la misère des classes rurales sous Louis XIV et nous donne un témoignage poignant de ce qu’il voit autour de lui, dépeignant ainsi dès 1692 des malheureux dépossédés de tout "vivant dès à présent d'un reste de châtaignes à demi pourries, qui seront consommées dès le mois prochain au plus tard. Je ne comprends point dans ce nombre de pauvres tous ceux qui habitent dans les villes et les paroisses circonvoisines, non plus que de toutes les paroisses, situées entre Limoges et Angoulême, parce qu'elles ont été moins maltraitées que les autres outre qu'on y porte aisément du blé de Poitou et que les villes et les paroisses pourront secourir leurs pauvres".

 

Vers le nord-est de la généralité de Limoges, pour 110 paroisses, il recense 26 000 mendiants et 500 "pauvres honteux", c’est à dire des gens qui ne peuvent se résoudre à mendier et meurent de misère dans leurs villages : « la plus grande partie des habitants sont contraints d'arracher les racines de fougères les fait sécher au four et piler pour leur nourriture ».

 

Dans un rapport du 2 octobre 1692. M. de Bernage parcourt de nouveau sa généralité en direction du Périgord, et écrit : "... J'avoue que je ne pouvais pas croire ce que je vois. Toutes les châtaignes sont perdues, et la plus grande partie des blés noirs. Les seigles ont beaucoup soufferts il y aura si peu de vin que le prix en augmente tous les jours. Il y a un peu plus de blé que l'année dernière mais en vérité, la châtaigne et le blé noir ayant manqué, il ne suffira pas jusqu'au Carême pour la nourriture des habitants. Et ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que les élections d'Angoulême et de Saint-Jean-d'Angély sont encore plus maltraitées à proportion que le Limousin. Le mal est si grand que, sans un grand remède la généralité tombera à n'en revenir de longtemps... La plus grande partie des bestiaux ayant été vendue ces deux dernières années, et la récolte étant aussi mauvaise qu'elle est, je ne sais pas de quoi on fera de l'argent pour payer les impositions".

 

1693/1694 - une famine sous Louis XIV

 

Autre témoignage provenant de François Delaval, docteur en médecine et notaire royal à Pampelonne sur les hivers rigoureux des années 1693 et 1694 :

"Il est à remarquer à la postérité que l’année mil six cens nonante trois, nonante quatre, ont este des annés acablés de fléaux et de malheurs, la guerre estant extraordinairement eschauffée dans toute l’Europe, les maladies populaires si grandes dans notre royaume qu’il mourut une troisième partie du peuple, presque dans toutes les parroisses, et une disette aussi tellement grande que la plus grande partie mourut de faim, estant en obligation de brouter les herbes, manger les orties et aussi plantes des qu’elles commencèrent à sortir de terre dans le printemps. Le seigle se vendit en ce pais 24 livres le cestier Le fromant 28 livres le cestier Le millet gros et les grosses feves 50 livres la mesure. Et la pipe du vin du pais iusques à vint cinq escus. Les souches des vignes toutes mortes par la vigueur des deux hivers de 1694 et 1693. Et l’année 1693 point de chastaignes. Dans laquelle années les fléaux commencèrent."

 

Toute cette misère n’empêchera pas la monarchie de mettre en place dès 1695 un nouvel impôt, la capitation.

 

Sources

Lachiver, les Années de misère - Paris, Fayard, 1991.

http://archives.tarn.fr/fileadmin/templates/archives/img_arch81/anim_cult_pedag/education/fiches_documents/hiver_1694_1695.pdf

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H comme grand HYVER de 1709

12 Juin 2016 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité

Le 6 janvier 1709 commence ce qu’on appela plus tard le Grand Hyver.

Cet épisode fut dramatique pour la France puisqu’entre le premier janvier 1709 et le premier janvier 1711, la population diminua de 810.000 habitants sur une population globale de 22 millions de Français!

H comme grand HYVER de 1709

J’ai trouvé quelques témoignages datant de cette époque dans le Nord de la France

"L'hiver fut long et le froid si pénétrant que de temps immémorial on n'en avait point vu de pareil. Il commença le jour de l'épiphanie le 6 janvier et durant 17 jours, le vent est si fort et le froid qu'à peine on pouvait demeurer dehors, un grand nombre de personnes furent incommodées, les uns ayant une partie des pieds et d'autres les doigts des mains gelés, particulièrement chez les marchands qui étaient obligés d'aller par les chemins, ou l'on trouva en beaucoup d'endroits des personnes mortes du froid.

Les arbres des campagnes souffrirent beaucoup, la grande partie des chênes, même les plus gros, se fendirent de haut en bas, se faisait entendre de fort loin dans les bois, la moitié des arbres fruitiers périt, toute la nature fut entièrement gelée. Les sangliers et les loups ne purent s'en garantir, il en mourut beaucoup. Les suites furent funestes car au dégel, presque tout le monde se trouva attaqué d'un rhume qui commençait par un débord dans la tête avec de grandes douleurs et ensuite, tombait sur la poitrine souvent avec une douleur de côté et cette maladie fut générale."

 

Le Curé Boutoille, qui exerçait son ministère à Maninghem-au-Mont (62), écrivait :
"La veille des Rois vers les dix heures du soir on vit une gelée si âpre que le village, tout sale qu'il fût, portait gens, bêtes et chariots, et cette gelée dura jusqu'au 2 avril ... neige et gelée causèrent bien des désordres, premièrement la mort des gens et bêtes le long des chemins, la perte générale de tous les grains d'hiver, le retardement des labours de mars ...

Les arbres comme pruniers, couronniers, poiriers, noyers et plusieurs pommiers sont morts ... Les plus riches ont été réduits à manger du pain mêlé d'avoine "baillard", "bisaille" ... et les pauvres du pain d'avoine dont les chiens n'auraient jamais voulu manger le temps passé ; aussi les peuples sont morts en si grande quantité de flux de sang et de mort subite qu'à tous côtés on parlait de morts".

 

Description détaillée par le curé François Delaporte de la paroisse de Humbert (62) : " L'hiver qui comença à la St-André de l'année 1708 et qui finit au mois d'avril 1709 a causé toutes les disgrâces qui sont cy après exprimées, il a été si rude que de mémoire d'homes on ait jamais eu de pareil.

La gelée a esté si forte qu'elle glacait tout ce qui était liquide jusque dans les caves et même dans les fours.

Quantité d'arbres et autres plantes ont péris par le vigeur du froid telle que pomiers, poiriers et autres arbres fruitiers come noyers et vignes mêmes jusqu'au houx et buys qui sont les bois les plus durs de ce pays; mais ce qui a le plus désolé le peuple est que la grande quantité de neige qu'il a tombé partout à quatre reprises poussé par les vents de midy couvroit les campagnes et remplissait les vallées en telle abondances qu'il était moralement impossible de marcher à pied et encore moins à cheval.

Ces neiges et gelées furent suivies d'une pluie abondantes qui dura tout le long du mois d'avril, après lesquelles on s'est apperçu de ruissellement dans tout le pays que les blés et autres grains d'hiver étaient générallement péris, ce qui a causé une telle chereté de grains que le blé a vallu dans le mois de maye 1709 quarante livres le septier mesures de Montreuil; le soucrion a vallu trente sols le boisseau; la paumelle quatre livres le boisseau, le blé sarazin ou "bocquager" quatre livres quinze sols aussi le boisseau de Monteuil, l'avoine a vallu une pistole ou dix livres le septier, et on a été obligé de rassemencer toutes les terres où on avait semé du blè l'après août précédent; Il paraît à présent que les "bas" grains furent en abondances, ils la promettent par les pluies fréquentes qui arrosent les campagnes.

Voilà une partie des misères qui nous accablent et qui causent une famine très grande dans les terres que j'aye la main à la plume pour les descrire et affin de les laisser lire à ceux que Dieu envoyra après nous au gouvernement de cette paroisse d'Humbert ou à ceux qui les liront afin qu'ils puissent par la connaissance qu'ils auront par ce moyen prendre leurs mesures en pareil accident que celuy qui nous réduit dans la misère si grande que celle que nous ne pouvons empêcher de voir souffrir à la plus "saine"partie du peuple que la providence a comis à nos soins étant hors d'état de les secourir par la suitte.

Si Dieu par un effet de sa main toute puissante n'arrête le cour de ces calamité par la récolte des bons grains que nous espérons qu-elle nous donera et dont nous serons heureux de pouvoir user au lieu de blez dont il n'est nullement question d'attendre de faire récolte car je donerais sans exagérer le produit de mes dixmes qui année pour autres me fournissait quatorze cent de grains d'hyver pour dix gerbes cette année.

Icy tout ce que dessus n'excède en rien les bornes de la vérité les choses étant ainsi quelle sont exprimé et c'est en foy de tout ce que dessus que j'ai signé le jourd'huy septième jour du mois de juin l'année mil sept cent noeuf."

 

Le curé de Marcq en Baroeul (59) écrit :

"Cet hyver dura 3 mois, d'une force incroyable, entremêlés de dégels qui ne duraient que quelques heures, de neige que le vent chassait dans les endroits les plus bas de sorte que tous les blés généralement furent genés ... A Dunkerque, la mer aussi est gelée".

  

 

 

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Peste de 1720

13 Mars 2016 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #épidémie

 

 

La peste réapparaît en mai 1720 à Marseille suite à l'arrivée d'un navire infecté en provenance d'Orient. 

LES EPIDEMIES ET AUTRE CALAMITES (5)

Michel Serre (1658-1733) - Hôtel de Ville de Marseille pendant la peste de 1720.

 

En juillet, 50 morts par jour.

fin août : 1000 morts par jour.

Une barrière sanitaire autour de marseille évitera la contagion au reste du royaume : en 1721, les territoires d’Avignon et du Comtat Venaissin décident de se protéger par la construction d’une ligne sanitaire matérialisée par un mur de pierres sèches de 27km de long entre la Durance et le Mont Ventoux. Le mur était alors gardé jour et nuit par les troupes françaises et papales (les territoires d’Avignon et du Comtat Venaissin étant à l’époque pontificaux).

La peste tuera 120 000 personnes en provence (sur une population de 400 000 habitants) dont 40 000 marseillais (sur une population de 90 000 habitants).

Après l'épidémie, les mariages se multiplient (200 par jour)

 

NOUVELLES DECOUVERTES

Une équipe de l’Institut Max-Planck (MPI), en Allemagne est  parvenue à reconstituer le génome du bacille Yersinia pestis, à l’origine de l’épidémie de peste qui a ravagé Marseille entre 1720 et 1722.

Ce travail prouve que le terrifiant pathogène ne venait pas d’Asie, comme on le croyait jusqu’alors, mais descendait directement du responsable de la première pandémie ayant ravagé l’Europe au 14e siècle, connue sous le nom de "peste noire". 

Autrement dit, "le bacille de cette peste noire médiévale a persisté localement pendant plusieurs  siècles avant de resurgir brusquement !", explique le paléopathologiste Olivier Dutour.

Les analyses ont été réalisées à partir d’éléments pathogènes prélevés dans la pulpe dentaire de plusieurs individus décédés au 18e siècle à Marseille et retrouvés dans des fosses de pestiférés.

 

sources :

http://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/20160129.OBS3633/la-grande-peste-de-marseille-de-1720-n-est-pas-venue-d-asie-le-bacille-tueur-etait-sur-place.html

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Témoignage - hiver 1740

25 Février 2016 , Rédigé par srose Publié dans #calamités

l'année 1740 vue par le curé de Courcelles-lès-Lens :


"L'an 1740, il commenca a geler les premiers jours de janvier d'une maniere fore commune après cependant une gele de 12 jours assez apre dans le mois de novembre 1739. La susdite gele a toujours continué en augmentas jusqu'au huit dusdit janvier, mais le 9, 10, et 11, il fit une gele très forts avec un vent nord est très violent qui coupait les hommes en deux, il y a même eu plusieurs personnes qui mourrent en chemin. Ces trois jours, entre autre le postillon de lille à douay a été trouvé mort auprès de wattignies et je puis moy même témoignage puisque faisant le chemin d'arras, j'y ay manqué de perdre la vie. Les jours suivants n'ont plus esté si violents mais la gele a toujours continué jusqu'au 9 mars et sans faire une seule fois de la neige ce qui a fait mourire tous les scorions et presque tous les bleds avec une grande cherete des vivres tant pour les hommes que pour les bestes car le neuf may qui est le jour ou je marque ces choses on ne voyait non plus d'apparence de grain, ni d'herbe que l'on voyait huit jours après le degele cet an.[...]


Depuis le mois d'octobre 1739, jusqu'à présent, le vent est toujours au nord sans nous jamay donner une seule journée de doux temps ce qui cause que toute les plantes sont attardé, car les cerisiers et les pruniers ne seront point en fleur qui jusqu'au moins le 20 de may. Le termonette a descendu pendant le plus froid au vingt troisième degré, que l'on prétend n'avoir point gelé plus fort au mois de janvier 1709, mais je crois que cette présente gele n'a point encore cette force car alors les noyers ont ete en gele mais cette année point quoyque on ai perdu en provence tous les oliviers, orangers, datiers et toutes les plantes délicates et il est à remarquer que ce qui a fait tant de tort c'est qui n'a pas fait de neiges.[...] mais j'ajoute de plus que la saison a toujours été si froide que les pauvres hirondelles estant de retour ont presque toute mouru et on a désespéré d'en revoir encore. Les grains ont été très chers tous cette année et le seons encore selon toutes les apparences jusqu'aux nouveaux de l'année prochaine 1741.

[...]
> les bleds vallent encore aujourd'hui 9 7bre 1740 vingt florins la rasière, les orges pour ensemencer la terre ont été vendu à lille jusquà 8 patacons, 10 et 12 patacons, les pamelles 5 écus, 6 écus et plus, [...]

 

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HIVER 1879/1880

9 Février 2014 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #famine, #mortalité

73 jours de gel d’affilée, une température moyenne de –0,8 ° de novembre à janvier et un thermomètre qui descend même jusqu’à –25,6 ° le 10 décembre !


Toute la moitié nord de la France est touchée, avec les rivières gelées. La Seine charrie des blocs de glace à partir du 4 décembre 1879. Le 9, plus rien ne bouge, le fleuve est pris : on peut le traverser à pied et patiner dessus ! La fonte des glaces ne débute que le 2 janvier, avec la remontée des températures et des pluies abondantes à partir du 29 décembre.

Le lac Léman est totalement gelé de même qu’une partie du littoral de la Manche et de la lagune de Venise. A Lyon, la couche de glace atteint 50cm d’épaisseur sur la Saône !A Paris, le pont des Invalides est emporté par des glaçons de plus d’un mètre d’épaisseur le 3 janvier.

Face à l'ampleur de la tâche, les sans-travail sont réquisitionnés pour aider les cantonniers à déblayer le milieu des chaussées et des trottoirs et réunir la neige en bandes sur les bas-côtés des voies. Tous les tombereaux et véhicules disponibles sont saisis par la municipalité pour transporter cette neige et la déverser dans les égouts ou dans la Seine.

La capitale imagine et met en place pour la première fois le salage des rues. Le ministère des Finances exonère le sel, grevé jusqu’alors de taxes considérables, de tout droit.

Ce système s'avère si efficace que Paris commande désormais à chaque début d’hiver une provision de 4 000 tonnes de sel, réparties dans quinze dépôts municipaux.

 

Sources

http://www.meteopassion.com/decembre-1879.php

http://www.notrefamille.com/v2/editorial-dossiers/paris-glace.asp

 

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Les épidémies et autres calamités (4)

1 Décembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #famine, #épidémie

LA GRANDE FAMINE DE 1693-1694

En 1692, la récolte est médiocre et est suivie à l'automne de pluies diluviennes qui détruisent les semailles et provoquent, en juillet 1693, une moisson désastreuse.

Puis l'hiver 1693/1694 s'avère rude et le printemps trop sec.« La misère et la pauvreté sont au-delà de ce que vous pouvez imaginer, écrit le lieutenant général en Normandie. Dans le pays de Caux, une infinité de peuple meurt fréquemment de faim. Il est à craindre que le peuple, qui ne mange que des herbes, ne coupe et ruine tous les blés avant qu'ils ne soient mûris. » Des spéculateurs accaparent le grain, de sorte que son prix va jusqu'à quintupler

→ En 1693-1694, le froid et la famine sévissent sur le royaume : on compte de 1,6 million à 2 millions de victimes . « Pour la première fois depuis plus de 30 ans, on revit le pain de fougère, le pain de gland, les moissons coupées en vert et les herbes bouillies ».

Pour faire face à la famine, le Parlement ordonne aux curés la rédaction d’un état des pauvres dans chaque paroisse et la prise en charge des miséreux par tous ceux qui peuvent le faire (séries GG des AM et H des AD).

En mai 1694, le setier de blé atteint le prix record de 52 livres. Le même mois, le Parlement ordonne trois jours de procession dans toutes les paroisses.

Les conséquences à partir de 1694 :

-  accroissement de la mobilité,

- chute brutale des baptêmes avant une forte et rapide récupération de 1695 à 1707,

- mariages retardés,

- hausse des abandons d’enfants et multiplications des décès... parfois 25 % de la population d’une paroisse.

→ Selon Marcel Lachiver, « En deux ans, il ne naît que 1 325 000 enfants, alors qu’il est mort 2 836 000 personnes. Le déficit dépasse les 1 511 000 âmes. En deux ans, (...) la population de la France passe de 22 247 000 habitants à 20 736 000 et diminue donc de 6,8 % ».

François Lebrun ajoute : « Le rapprochement avec les pertes de la Première Guerre mondiale n’a rien d’incongru : la crise de 1693-1694 a fait en deux ans presque autant de morts que celle-ci, mais dans une France deux fois moins peuplée et en deux ans au lieu de quatre ». Les condamnations aux galères pour vol passent de 254 à 401 en 1693-1694.


 

La famine

 Il n'y a plus rien à manger. Quand toutes les céréales sont épuisées - le froment, le seigle, l'avoine après le blé -, es pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» achèvent de ruiner la santé des malheureux, qui enflent après y avoir eu recours. Les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus n'ont pas meilleur effet. Les curés, qui nous renseignent sur ces tristes expédients, parlent aussi des bêtes, ( qu'on ne nourrit plus et qui meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture des sources indirectes mentionnent des cas de suicides et d'autres, plus rares, d'anthropophagie.

Durant l'hiver 1693, l'Hôtel-Dieu de Paris voit chaque jour mourir de faim plusieurs centaines de personnes. D'autres, faute de lit, périssent en pleine rue. La Reynie, lieutenant général de la police, tente de prévenir d'éventuelles émeutes en faisant construire une trentaine de grands fours dans la cour du Louvre pour y cuire chaque jour 100 000 rations de pain vendues deux sous la livre. La vente s'effectue en cinq endroits : le Louvre, la place des Tuileries, la Bastille, le Luxembourg et rue d'Enfer

On ne s'étonnera pas que Charles Perrault ait conté en 1697, dans Le Petit Poucet, la triste histoire d'un couple de pauvres bûcherons qui, ne pouvant plus nourrir ses sept enfants, va les perdre dans la forêt. En deux ans (1693 et 1694), le royaume voit son nombre d'habitants diminuer de 1 500 000 personnes, soit 6,8 % de la population.

 En 1694, Fénelon dans sa Lettre à Louis XIV, critique la politique royale et expose la situation du pays : « (...) vos peuples (...) meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent ; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ; tout commerce est anéanti (...). La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provision ».

« On n’entendait que des cris lugubres de pauvres enfants abandonnés par leurs parents, qui criaient jour et nuit qu’on leur donnât du pain. On ne voyait que des visages pâles et défigurés. Plusieurs tombaient en défaillance dans les rues et dans les places publiques et quelques-uns expiraient sur le pavé. » Témoignage d’un bourgeois d’Orléans en 1693

 

Quelques annotations sur des actes paroissiaux:

Commune de Joux (69) -14 mai 1694

"petit garçon mendiant qu on a trouve mort dans un chemin ce qui arrive tous les jours en plusieurs endroits a cause de la famine et de la disette "

 Commune de Joux

Dans cette longue mention, le curé Combes de la paroisse de Joux rend les hommes responsables de cette famine, par leurs péchés et leurs excès : "les causes de cette disette ne peuvent estre autres que les pechés des hommes, leurs excès et autres debordements dans les temps de prosperité et d'abondance qui ont irrité la colere de Dieu et ont attiré ces fleaux "

Le contexte politique aggrave cette situation avec "une guerre universelle de tous les princes de lheurope contre la france qui a deja dure cinq ou six ans (...) les impots excessifs sur toutes sortes de choses, destats, de conditions et de mestiers"

 

Sur la commune de Dehault (72) , a été trouvée "le corps d'une fille à nous inconnue agée de douze à treize ans morte de faim dans une raye dans un champ" .

 

Dans beaucoup de provinces, les épidémies succèdent à la famine, la chaleur accélérant la putréfaction des milliers de cadavres  : la typhoïde, appelée fièvres putrides ou malignes et qui se propage par l'eau et les aliments souillés, décime la population sous-alimentée.

  

 

 

 sources

http://www.alertes-meteo.com/catastrophe/annees-de-misere-age-glaciaire.htm

 

  

 

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Les épidémies et diverses autres calamités (3)

1 Décembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #mortalité, #épidémie

HIVER 1783

Tout commença en Islande : «Sur une distance de 25 km, on trouve 130 cratères qui émirent 14 milliards de m3 de lave basaltique, d'acide fluorhydrique et de dioxyde de soufre, entre 1783 1784, causant l'éruption volcanique la plus importante des temps historiques, avec des conséquences catastrophiques pour l'Islande et des très importantes perturbations météorologiques en Europe.»
 

L’éruption commença le 8 juin 1783. Les cendres recouvrirent l’île, et de 50% à 80% des animaux d’élevages moururent. La famine qui suivit décima environ 20% de la population islandaise.

En été 1783, un anticyclone puissant et centré durablement sur le nord de l'Atlantique envoya les fumées vers le reste de l’Europe, comme ces jours. Il faut savoir que l’«on estime que 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre furent émis dans l'atmosphère, l'équivalent de trois fois les émissions industrielles annuelles en Europe et l'équivalent d'une éruption comme celle du Mont Pinatubo en 1991 tous les 3 jours. L'émission de dioxyde de soufre coïncidant avec des conditions climatiques inhabituelles provoqua un épais brouillard sulfuré qui se répandit à travers l'Europe occidentale, provoquant des milliers de morts durant 1783 et l'hiver 1784.»

Un nuage de poussière recouvrit les 2/3 de la France et se déposa en partie au sol.

Les années qui ont suivi l'éruption du Laki en 1783 furent marquées par des phénomènes météo extrêmes, dont des sécheresses et des hivers très rigoureux, puisqu’on disait que le pain et la viande gelaient sur la table de la cuisine et les corbeaux en plein vol. On vit un accentuation du petit âge glaciaire. La ligne de grain orageux qui traversa la France du sud au nord, en été 1788, détruisit presque toutes les récoltes du pays.

Ces modifications climatiques et le volcan Laki ne sont peut-être pas seuls en cause dans la genèse de la Révolution de 1789, mais les historiens admettent que leur influence fut considérable dans les événements politiques qui mirent fin à la royauté
 

C'est surtout dans le Nord de la France que cet hiver fit sentir ses rigueurs depuis ledébut de novembre jusqu'en avril, et la neige y tomba avec une telle abondance entre le 26 décembre et le 17 février que la circulation fut fréquemment interrompue. Le 30 décembre 1783, le minimum thermométrique à Paris s'abaissa jusqu'à -19.1° et dans la capitale on enregistra 69 jours de gelée consécutifs. La terre fut gelée jusqu'à 65 cm de profondeur.

 Commune d'Ochiaz (Ain)

" Cette même année , un brouillard continuel a régné tout
l'été de façon qu'on regardoit aisément et sans être ébloui
le soleil qui paroissoit rouge et d'une circonférence une
fois plus grande . Le peuple s'en effrayoit . On a éprouvé dans
la même année des maladies épidémiques dans bien des endroits
et surtout dans les pays de gex et bresse . On n'avoit jamais
entendu tant et de si furieux tonnerres et on ne se rappelle
pas d'époque où il eut tué tant de monde et causé d'autres
fléaux que dans cette même année 

HIVER 1788

L'Europe entière subit les rigueurs de ce remarquable hiver, principalement de la fin de novembre 1788 à la mi-janvier 1789. A Paris, où la Seine resta gelée du 26 novembre au 20 janvier, on compta cinquante six jours de gelée consécutifs avec un minimum absolu de -21.8° le 31 décembre 1788.

Le Rhône fut pris à Lyon, la Garonne à Toulouse, de même que le Rhin, la Tamise et le lac Léman. La masse des glaces intercepta les communictions entre Calais et Douvres et les navires se trouvèrent bloqués dans les ports de la Manche : on traversait à pied et à cheval le port d'Ostende.


A Marseille, les bords du bassin étaient couverts de glace. Au moment du dégel, les blés apparurent très verts et très propres, car la neige qui avait été très abondante les avait protégés et les mauvaises herbes s'étaient trouvées en grande partie détruites. .

 

sources

http://hommelibre.blog.tdg.ch/archive/2010/04/17/islande-1783-le-laki-volcan-qui-declencha-la-revolution-fran.html

Gennpdc

 

 

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Les épidémies et diverses autres calamités (2)

24 Novembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #mortalité, #calamités, #épidémie

HIVER 1709

"Le lundi 7 janvier 1709, lit-on dans une chronique de l'époque, commença une gelée qui fut ce jour-là la plus rude et la plus difficile à souffrir : elle dura jusqu'au 3 ou 4 février. Pendant ce temps là, il vint de la neige d'environ un demi-pied de haut : cette neige était fort fine et se fondait difficilement. Quelques jours après qu'elle fût tombée, il fit un vent fort froid d'entre bise et galerne (c'est-à-dire d'entre N et NW) qui la ramassa sur les lieux bas, ils découvrirent les blés qui gelèrent presque tous".

Les céréales manquèrent, en effet, dans la plus grande partie de la France, et il n'y eu guère qu'en Normandie, dans le Perche et sur les côtes de Bretagne qu'on pût juste récolter la quantité de grain nécessaire pour assurer les semences ; aussi dans la région parisienne le prix du pain atteignit-il, en juin 1709, 35 sous les neuf livres au lieu de 7 sous, prix ordinaire. De nombreux arbres furent gelés jusqu'à l'aubier, et la vigne disparut de plusieurs régions de la France. Du 10 au 21 janvier, la température sous abri se maintint à Paris aux environs de -20°, avec des minima absolus de -23.1° les 13 et 14 janvier ; le 11, le thermomètre s'abaissa jusqu'à -16.1° à Montpellier et -17.5° à Marseille.

→ Les prix grimpèrent en flèche (multiplication par 4 entre janvier et juillet 1709) ce qui entraîna une grave crise frumentaire. Conséquences de nombreuses épidémies (notamment la fièvre typhoïde) sévirent provoquant une surmortalité importante.

→ La France subira ainsi une crise démographique sans pareil puisque l'on constate qu'entre le premier janvier 1709 et le premier janvier 1711, la population diminua de 810.000 habitants sur une population globale de 22 millions de Français! Sur ces 810 000 morts, "seulement" 200 à 300 000 moururent de la faim ou du froid.


L'hiver de 1709 fit ressentir ses effet sur une grande partie de l'Europe. L'Ebre, la Garonne, le Rhône et la Meuse gelés, mais la Seine resta libre ; au début d'avril, la Baltique était encore couverte de glaces. Aux dires de Réaumur et de Lavoisier, on n'avait jamais encore observé en France de froids aussi rigoureux que ceux de 1709.

Toutefois la crise démographique ne toucha pas le royaume de France de la même manière : elle frappa durement surtout le nord et l'est du pays.

  

Au château de Versailles, Louis XIV se voyait contraint d'attendre que son vin daigne bien dégeler près du feu, ce dernier se figeant rien qu'en traversant une antichambre ! Les oiseaux tombaient en plein vol, les animaux succombaient de froid au sein des étables et le prix du blé ne cessait de grimper. Il valait huit fois plus cher que l'année précédente.

 

Saint-Simon constatait lui aussi :
" un faux dégel fondit les neiges ... ; il fut suivi d'un subit renouvellement de gelée aussi forte que la précédente, trois semaines durant. La violence fut telle que l'eau de la reine de Hongrie, les élixirs les plus forts et les liqueurs les plus spiritueuses cassèrent leurs bouteilles dans les armoires de chambres à feu et environnées de tuyaux de cheminées, dans plusieurs appartements du château de Versailles ..."

«Un vertueux ecclésiastique, qui a voulu être témoin oculaire de ce qu’on disait, écrit de Blois, du 5 mai, qu’il a trouvé, en passant par Étampes et par Angerville, quatre cents pauvres; que la forêt d’Orléans en est pleine; qu’à Orléans même il se trouva accablé de plus de deux mille, que les portes de son hôtellerie furent enfoncées, les murailles escaladées, quelques-uns blessés, pour avoir quelque morceau de pain qu’il faisait distribuer; qu’à la Chalerie il fut investi de plus de deux cents, à à Meun de plus de cinq cents, lesquels étaient tous languissants, comme à l’agonie, et à Beaugency de même; qu’à Blois il en trouva un dans la rue qui tirait la langue d’un demi-pied de long et qui expirait de faim; qu’à Onzain il prêcha à quatre ou cinq cents squelettes, des gens qui, ne mangeant plus que des chardons crus, des limaces, des charognes et autres ordures, sont plus semblables à des morts qu’à des vivants; que la misère passe tout ce que l’on en écrit, et que sans un prompt remède il faut qu’il meure dans cette province seule vingt mille pauvres

 

Le curé de Colombier en Bryonnais (Saône et Loire) écrit en 1709 :

"Dans l'année 1709 le fort de l'hyvert se prit la veille des roys par une rigoureuse bize et par une forte gelée qui dura le reste du mois et davantage. Le froid fut si terrible et si cruel que les noyers, cerisiers, chataigniers et quantité d'autres arbres moururent : mais le plus grand mal fut que les froments et les seigles gelèrent en terre et se perdirent entièrement. Ce qui causa une chère année qui n'a guère eue de semblables car la famine fut si grande que l'on fut contraint de manger pendant longtemps du pain de fougère et de gland et que la cinquième partie du peuple mourut de faim, surtout les petits enfants. enfin l'on ne peut se ressouvenir d'un si triste temps que les cheveux n'en hérissent surtout quand l'on se remet devant les yeux comme la faim avait défiguré le visage des pauvres qui étaient hideux et épouvantables à voir, qui jetaient sans cesse des cris dignes de compassion et qui tombaient souvent morts par les chemins. Dans la paroisse de Collombier qui est de 200 communiants tout au plus, on y fit depuis Pâques (31 mars) jusqu'à la Saint Martin (11 novembre) 72 enterrements, les deux tiers de petits enfants".

 

 Dans le nord de la France :

"L'hiver fut long et le froid si pénétrant que de temps immémorial on n'en avait point vu de pareil. Il commença le jour de l'épiphanie le 6 janvier et durant 17 jours, le vent est si fort et le froid qu'à peine on pouvait demeurer dehors, un grand nombre de personnes furent incommodées, les uns ayant une partie des pieds et d'autres les doigts des mains gelés, particulièrement chez les marchands qui étaient obligés d'aller par les chemins, ou l'on trouva en beaucoup d'endroits des personnes mortes du froid.

Les arbres des campagnes souffrirent beaucoup, la grande partie des chênes, même les plus gros, se fendirent de haut en bas, se faisait entendre de fort loin dans les bois, la moitié des arbres fruitiers périt, toute la nature fut entièrement gelée. Les sangliers et les loups ne purent s'en garantir, il en mourut beaucoup. Les suites furent funestes car au dégel, presque tout le monde se trouva attaqué d'un rhume qui commençait par un débord dans la tête avec de grandes douleurs et ensuite, tombait sur la poitrine souvent avec une douleur de côté et cette maladie fut générale."

 

Le Curé Boutoille, qui exerçait son ministère à Maninghem-au-Mont (62), écrivait :
"La veille des Rois vers les dix heures du soir on vit une gelée si âpre que le village, tout sale qu'il fût, portait gens, bêtes et chariots, et cette gelée dura jusqu'au 2 avril ... neige et gelée causèrent bien des désordres, premièrement la mort des gens et bêtes le long des chemins, la perte générale de tous les grains d'hiver, le retardement des labours de mars ...

Les arbres comme pruniers, couronniers, poiriers, noyers et plusieurs pommiers sont morts ... Les plus riches ont été réduits à manger du pain mêlé d'avoine "baillard", "bisaille" ... et les pauvres du pain d'avoine dont les chiens n'auraient jamais voulu manger le temps passé ; aussi les peuples sont morts en si grande quantité de flux de sang et de mort subite qu'à tous côtés on parlait de morts".

 

Description détaillée par le curé François Delaporte de la paroisse de Humbert (62) : " L'hiver qui comença à la St-André de l'année 1708 et qui finit au mois d'avril 1709 a causé toutes les disgrâces qui sont cy après exprimées, il a été si rude que de mémoire d'homes on ait jamais eu de pareil.
La gelée a esté si forte qu'elle glacait tout ce qui était liquide jusque dans les caves et même dans les fours.

Quantité d'arbres et autres plantes ont péris par le vigeur du froid telle que pomiers, poiriers et autres arbres fruitiers come noyers et vignes mêmes jusqu'au houx et buys qui sont les bois les plus durs de ce pays; mais ce qui a le plus désolé le peuple est que la grande quantité de neige qu'il a tombé partout à quatre reprises poussé par les vents de midy couvroit les campagnes et remplissait les vallées en telle abondances qu'il était moralement impossible de marcher à pied et encore moins à cheval.

Ces neiges et gelées furent suivies d'une pluie abondantes qui dura tout le long du mois d'avril, après lesquelles on s'est apperçu de ruissellement dans tout le pays que les blés et autres grains d'hiver étaient générallement péris, ce qui a causé une telle chereté de grains que le blé a vallu dans le mois de maye 1709 quarante livres le septier mesures de Montreuil; le soucrion a vallu trente sols le boisseau; la paumelle quatre livres le boisseau, le blé sarazin ou "bocquager" quatre livres quinze sols aussi le boisseau de Monteuil, l'avoine a vallu une pistole ou dix livres le septier, et on a été obligé de rassemencer toutes les terres où on avait semé du blè l'après août précédent; Il paraît à présent que les "bas" grains furent en abondances, ils la promettent par les pluies fréquentes qui arrosent les campagnes.

Voilà une partie des misères qui nous accablent et qui causent une famine très grande dans les terres que j'aye la main à la plume pour les descrire et affin de les laisser lire à ceux que Dieu envoyra après nous au gouvernement de cette paroisse d'Humbert ou à ceux qui les liront afin qu'ils puissent par la connaissance qu'ils auront par ce moyen prendre leurs mesures en pareil accident que celuy qui nous réduit dans la misère si grande que celle que nous ne pouvons empêcher de voir souffrir à la plus "saine"partie du peuple que la providence a comis à nos soins étant hors d'état de les secourir par la suitte.

Si Dieu par un effet de sa main toute puissante n'arrête le cour de ces calamité par la récolte des bons grains que nous espérons qu-elle nous donera et dont nous serons heureux de pouvoir user au lieu de blez dont il n'est nullement question d'attendre de faire récolte car je donerais sans exagérer le produit de mes dixmes qui année pour autres me fournissait quatorze cent de grains d'hyver pour dix gerbes cette année

Icy tout ce que dessus n'excède en rien les bornes de la vérité les choses étant ainsi quelle sont exprimé et c'est en foy de tout ce que dessus que j'ai signé le jourd'huy septième jour du mois de juin l'année mil sept cent noeuf."

 

Le curé de Marcq en Baroeul (59) écrit :

"Cet hyver dura 3 mois, d'une force incroyable, entremêlés de dégels qui ne duraient que quelques heures, de neige que le vent chassait dans les endroits les plus bas de sorte que tous les blés généralement furent genés ... A Dunkerque, la mer aussi est gelée".

  

 

Chronologie

  • 6 janvier : Début de la vague de froid qui touche l'Europe et particulièrement la France. C'est le début du « Grand Hiver » de 1709. La Seine gèle. Les intempéries rendent le ravitaillement de Paris impossible pendant trois mois. 
  •  13 janvier : Température record à Paris avec -23.1°C.
  • 20 janvier : Dixième jour consécutif où la température est inférieure à -10°C à Paris. Record jamais battu. Record de -26°C à Paris. 24 000 morts de froid à Paris durant le mois de janvier.
  • 15 mars : Début de la spectaculaire débâcle de la Seine générant une importante inondation rendant encore impossible le ravitaillement de Paris.
  • fin mars : Dégel après le « Grand Hiver » qui laisse plus d'un million de morts en France. Presque tous les cours d'eau français ont gelé et même l'océan Atlantique fut pris par le gel le long des côtes françaises! Nombreuses « émeutes de la faim ». Point culminant de l'impopularité de Louis XIV en France.
  • 5 avril : Bloqué par les rigueurs de l'hiver, Paris est approvisionné pour la première fois depuis trois mois.
  • 12 juin : Appel de Louis XIV au peuple qui est lu dans toutes les églises du royaume. L'appel est entendu et l'effort de guerre est maintenu malgré l'urgence de la disette.
  • 20 août : Emeute de la faim à Paris. La troupe fait feu sur la foule et la ville est mise en état de siège.
  • Révoltes dans le Jura

 

Famine

Tous les cours d’eau étant gelés, les moulins s’arrêtèrent de tourner et la farine vint à manquer. Le prix des céréales doubla du 1er février au 14 avril ; le pain de neuf livres passa de 8 sous à 23 sous, soit trois fois plus ; le 15 juin, il était à 35 sous. D’une façon générale, tous les prix indiqués dans les diverses chroniques ugmentèrent du double au quintuple.

La famine fut si grande qu'au mois d'avril il parut un arrêt du conseil qui ordonnait à tous les citoyens sans distinction, ainsi qu'aux communautés, de déclarer exactement leurs approvisionnements en grains et denrées sous peine de galères et même de mort.

 

Autres conséquences de la famine :

  1. un afflux massif des pauvres vers les villes. Un arrêt du Parlement de Paris le 19/04/1709, vite imité par les parlements de Paris, ordonne que les mendiants sortent des villes à bref délai pour retourner dans leur paroisse d'origine sous peine de 8 jours de prison et du carcan pour les hommes (3 ans de galère en cas de réécidive), du fouet et du carcan pour les femmes non enceintes et les garçons valides de moins de 12 ans. Les estropiés et les incurabls devaient être enfermés dans l'hôpital le plus proche. 
  2. Les secours sont organisés pour subvenir aux besoins des mendiants revenus dans leur pays natal. Notables et curés établirent la liste des pauvres et des la liste des contribuables capables de payer une contribution déterminée en fonction de leurs biens, contribution qui servirait notamment à acheter du blé. Ceux qui ne voulaient pas payer virent leurs biens saisis.    

Dans certains endroits, on institua la soupe populaire. Un échevin de Paris, Chrestien, raconte comment cela s'organisa

"Nous fîmes faire par de bonnes dames qui s'offrient à cette oeuvre méritoire des soupes et potages avec des pois, des herbes (des légumes) et de bon pain de blé coupé par petits morceaux carrés, le tout bien assaisonné avec un peu de beurre et de graisse pour en faire chaque jour au nombre de 400 à 500 de pleines cuillers à pot, dont on faisait la distribution en nos présences à autant de pauvres hommes, femmes et enfants qui se présentaient sur les mémoires que nous donnèrent les dames de la charité et miséricorde de cette ville. Toutes ces soupes revenaient à 25 ou 30 livres par jour. Elles n'étaient pas suffisantes pour nourrir ces pauvres mais elles les empêchèrent de mourir de faim pendant 8 mois qu'elles furent distribuées jusqu'au temps de la récolte de l'année 1710 qui fut assez prompte et avantageuse".

 

 À cette catastrophe naturelle devait s’ajouter la guerre de succession d’Espagne (1701-1714) qui entraîna un surcroît d’impôts et de taxes. Le 11 septembre 1709, la bataille de Malpaquet contre les coalisés (Anglais-Autrichiens), à elle seule, provoquait dix mille morts supplémentaires. Les populations ne pouvant plus faire face, de nombreuses révoltes éclatèrent un peu partout en France.

  •  « Votre peuple, Sire, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui vous a toujours été si dévoué, est en train de mourir de faim, écrit Fénelon à Louis XIV. Plutôt que de le saigner à blanc, vous feriez mieux de le nourrir et de le chérir ; la France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. Vos sujets croient que vous n'avez aucune pitié de leurs souffrances, que vous n'avez d'autre souci que le pouvoir et la gloire. »

 

 

Pour info, détail des relevés à Achicourt ( à côté d'Arras)
1708 9 décès
1709 42 décès
1710 103 décès

à Camblain l'Abbé ( à quelques kms à l'ouest d'arras)
1708 5 décès
1709 7 décès
1710 160 décès essentiellement entre juillet et décembre . l'armée de Hollande est venue s'installer dans la région à partir de juillet)

En 1710 le curé de RENESCURE notait sur le registre paroissial en fin d'année:
baptemes 9
mariages 29
sépultures 202

alors qu'en 1708/09 il a noté :  
Baptemes 18
Mariages 10
Sepultures 28

 

à Merville, en 1709: 228 décès alors qu'en 1710 et en 1711 il y en a eu 1330

 

Ennevelin 1707 à 1711
1707: bapt 45; mar 7; Décès 12
1708: bapt 47; mar 5; Décès 19
1709: bapt 13; mar 1; décès 92
1710: bapt 5; mar 7; décès 21
1711: bapt 29; mar 15; décès 5

 

sources : généawiki

wikipedia

histoire-genealogie

gennpdc

http://www.archivespasdecalais.fr/Chercher-dans-les-archives/Fonds-et-collections/Archives-de-l-etat-civil-et-notariales/Les-insolites-de-l-etat-civil/Nota-pour-la-disette-et-la-famine-de-l-an-1709

revue Votre Généalogie n°60

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Les épidémies et diverses autres calamités (1)

24 Novembre 2013 , Rédigé par srose Publié dans #calamités, #famine, #guerre, #épidémie

 

 Quelques catastrophes au début du XVIIème siècle :

1600-1601 - Hiver très rigoureux en Belgique
1602 - Tremblement de terre en Belgique et aux Pays-Bas
1602 - La peste à Enghien
1602 à 1604 - La peste à Lille, Douai, Orchies
1603 - La peste à Bruxelles et Gand
1603 à 1605 - La peste sévit durant 3 ans à Anvers
1604 - 1605 - Epidémie de peste à Saint-Omer et dans le Luxembourg
1606 - Chasse aux sorcières, nombreuses exécutions - Un enfant sur deux est mis à mort
1606 - En mars, ouragan près de Liège
1607 - 1608 Hiver très rigoureux
1609 Guerres - Inondations importantes dans le Tournaisis
1613 Invasion de sauterelles en Belgique
1615 - 1617 Sécheresse, famine, épidémie de peste à Lessines, Ath, Mons et Liège
1617 - 1618 La peste à Anvers, Enghien, Lille, Douai (7000 victimes)


 

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