enfants
Prise en charge des enfants trouvés
Prise en charges des enfants
Sous l’ancien régime l’assistance envers les enfants abandonnés s’est exercée de 3 manières différentes :
Par les seigneurs justiciers en vertu d’un droit d’épave qui fait d’eux les héritiers des bâtards nés dans leur seigneurie ; un arrêt du Parlement de Paris du 13 août 1552 renouvelle cette obligation et l’étend aux enfants trouvés et non aux seuls orphelins. Les seigneurs laïcs ou ecclésiastiques prennent en charge l’entretien de l’enfant et se dédommagent sur les biens que celui-ci pourrait détenir.
Le Parlement de Paris en 1530 enjoignait par ailleurs les seigneurs justiciers à participer proportionnellement à la dépense nécessitée par ces enfants dans la limite de 960 livres parisis.
Il est à noter qu’encore en 1777 l’hôpital de Calais se cache derrière cette règle pour ne pas prendre en charge les enfants abandonnés et les envoyer à Paris : « le roi étant seul seigneur foncier, gros décimateur et haut justicier de tout le Calaisis, et jouissant des droits d’aubaine, de bâtardise, etc, devait être chargé des enfants trouvés ».
Dans les faits force est de constater que les seigneurs justiciers vont s’efforcer de placer l’enfant trouvé ou orphelin au sein des institutions charitables de leur fief.
Par les administrations hospitalières et institutions charitables : comme on l’a vu dans un précédent article il existe peu d’institutions spécialement dédiées aux enfants trouvés au Moyen Age hormis l’ordre du Saint Esprit (ordre hospitalier du Saint Esprit fondé à la fin du 12ème siècle par Guy de Montpellier). Mais surtout ces institutions ne gèrent que les enfants nés « en loyal mariage », ce qui exclut de facto les bâtards, les enfants nés de viol, les enfants nés de la misère…
Par Anonyme, religieuse du St Esprit
Une lettre patente de Charles VII du 4 août 1445 donne une explication de cette exclusion : « si les revenus dudit hôpital étaient employés à nourrir et gouverner lesdits bastards, illégitimes … pourroit advenir que moult de gens s’abandonneroient et feroient moins de difficultéz de eulx abandonner à pescher quand ils verroient que de tels bastards seroeint nourris davantage et qu’ils n’en auroient pas de charge première ni sollicitude ».
Toutefois rareté ne veut pas dire absence et des institutions sont mises en place, liées à des initiatives privées. A Saint Omer et à Béthune les Bleuets et les Bleuettes (noms donnés aux orphelins à cause de la couleur de leur costume) sont recueillis dans des asiles spécialement fondés par de généreux donateurs.
Marguerite de Valois Angoulême, soeur de François 1er , fonda en 1536 sous le titre d’Enfants Dieu (qui devint ensuite les Enfants rouges du fait de la couleur de leur vêtement) un hospice pour les enfants dont les parents sont morts mais maintint la même exclusion pour les enfants trouvés. Il se situait au 90 rue des Archives à Paris.
Ceci étant comme on l’a déjà noté précédemment, face à l’afflux grandissant d’enfants trouvés, les hôpitaux et autres institutions durent les prendre en charge malgré tout.
L’œuvre de saint Vincent de Paul changea les mentalités à leur égard comme on l'a vu précédemment.
Par les villes et villages par l’intermédiaire de la table ou bourse des pauvres notamment mais pas que ; en effet selon les territoires, les enfants étaient pris en charge par des moyens divers. Ainsi à Lille des officiers appelés gard’orphènes, bourgeois de la ville de par leur statut, étaient nommés par les échevins pour veiller aux intérêts des enfants orphelins. Dans les registres de la ville d’Amiens, se trouve un chapitre intitulé Deniers mis en warde : il s’agit d’une caisse ouverte par les magistrats de la ville destinée à recevoir les capitaux recueillis pour les orphelins. Certes il s’agit là encore d’enfants dont on connait les parents et non d’enfants trouvés…
L'ordonnance de Moulins de 1566 dans son article 73 énonce de façon claire que les enfants abandonnés sont à la charge des habitants des villes, bourgs et villages dont « ils sont natifs et habitants ». Il n’y a pas de distinction entre les orphelins d’un côté et les enfants trouvés de l’autre mais force est de constater que ce sont les 1ers qui vont être pris en charge de prime abord pour essentiellement éviter que cela n'incite à l'abandon d'enfants.
Coût de la prise en charge
Par souci d'éthique, de morale, de charité mais aussi de coût financier, la recherche des parents est donc prioritaire dès qu’un enfant abandonné est trouvé, pour éviter qu’il ne soit une charge pour la paroisse, le seigneur ou les institutions charitables.
On va procéder par des criées dans les rues en promenant le bébé. On encourage les dénonciations par des récompenses : ainsi en 1527 à Lille on donne 34 sous à un homme chargé de reconduire à Tournai un enfant dont il a dénoncé l’origine.
La mère peut dénoncer le « père » sous la foi du serment mais est ce bien le père… en fait tout est mis en place pour trouver finalement non pas le père géniteur mais un père nourricier. Ainsi en février 1676 à Paris un homme marié fut condamné à se charger de l’entretien d’un enfant alors qu’il a pu être prouvé que la mère entretenait des rapports intimes avec le vicaire …
L'Enfant recueilli, tableau de Michel Philibert Genod
Malgré le nombre d’institutions charitables existantes dans les villes, le nombre d’enfants abandonnés reste énorme et les ressources faibles. Les nourrices manquent en ville et il faut se résigner à envoyer les nourrissons à la campagne. Les hôpitaux vont donc mettre en place tout un réseau d’informateurs pour trouver des nourrices : curés, accoucheuses, anciennes nourrices …
Sans compter le fait que la majorité des enfants nés en province ont été rapatriés, faute de moyen sur place, sur l'hôpital de la Couche à Paris mais que celui ci ne peut tous les prendre en charge. Il faut donc les renvoyer en province vers des nourrices en principe dignes de ce nom ...
Et il faut faire appel à nouveau aux meneurs. Ce sont eux en effet qui vont amener les enfants aux nourrices puis assurer la liaison entre celle-ci et l’hôpital.
Ils vont servir ainsi d’agent payeur des gages et des vêtures destinés aux enfants. Ils se chargeront de ramener également les effets de l’enfant trouvé décédé chez sa nourrice campagnarde ainsi que l'acte de décès. Bref, ils sont chargés du recrutement des nourrices, de la surveillance de celles ci, du paiement des pensions et surtout du transport des enfants entre Paris et la province.
Le meneur peut transporter les bébés dans une hotte et faire le chemin à pied. Ainsi, en 1751, à raison de quarante à cinquante kilomètres par jour, il atteint les villages les plus éloignés de la capitale en trois ou quatre jours. Par le coche d'eau, sur la Seine par exemple, ou en voiture, le périple peut être abrégé. L’aire de nourrissage pour Paris s’étend tout de même jusqu’à la Normandie et la Picardie.
La mission étant d’importance, ne devient pas meneur qui veut. A Paris la personne qui postule doit verser une caution variant entre 3 000 et 12 000 livres ; ses biens personnels sont répertoriés et cautionnés. Le curé de la paroisse doit remettre un certificat de bonne conduite authentifié par un juge royal. S’ils sont acceptés, ils perçoivent le vingtième de toutes les sommes versées à la nourrice soit à peu près 5 à 6 sous par mois (d’après les règlements de Paris de 1713).
S’y ajoutent diverses gratifications en fonction des services rendus : frais de recherche, vêture, retour de l’enfant après le sevrage …
Cette organisation se prêtent à de nombreux abus : la nourrice ne reçoit jamais l’argent de l’hôpital car le meneur le garde par devers lui, les vêtements alloués aux enfants font l’objet de trafic, les enfants décédés ne sont pas déclarés comme tel pour pouvoir continuer à percevoir les sous de son entretien, ou alors l’enfant décède en route et le meneur ne dit rien, empochant l’argent de la nourrice. Les familles nourricières prennent plus d’enfants qu’elles ne peuvent entretenir, mettant à mal la survie des enfants. Et que dire des parents qui abandonnent leurs enfants et réussissent à les récupérer en nourrice, empochant ainsi les sous de leur entretien !
La nourrice, Le Camus Pierre Duval, 1ère moitié du 19è, Musée du Louvre
Comment endiguer la mortalité des nouveaux nés abandonnés ?
En réponse à la mortalité effrayante de ces enfants, on va déjà tâcher d’éviter les transports mortifères.
Il ne faut pas oublier que beaucoup d’hôpitaux de province refusent d’accepter les enfants abandonnés dans leur ressort et les font systématiquement envoyer sur Paris ou bien pratiquent des envois groupés d’enfants abandonnés qu’ils avaient recueillis pendant un certain temps et dont ils se débarrassent par la suite car trop coûteux à entretenir.
En 1772 par exemple on enregistre des envois massifs d’enfants par les hôpitaux de Troyes ,Thiers, Auxerre, Caen et Metz.
En 1778 les hôpitaux de Troyes, Auxerre ,Vendôme, Orléans ,Rouen et Sens sont les principaux points de départ de ces convois enfants souvent assez âgés de 1 à 10 ans (parfois davantage).
Les survivants de ces premiers voyages vont ensuite comme on l'a vu plus haut devoir subit un second voyage vers des nourrices de campagne !
En octobre 1777, Jacques Necker adresse un courrier aux intendants du royaume dans le cadre d’une enquête nationale sur le problème des enfants abandonnés : « Le sort des enfans trouvés, Monsieur, est de tous les objets que le Roy a eu en vue, en établissant une commission pour subvenir aux besoins des hopitaux, un des plus intéressans pour l’humanité et pour l’ordre public. Il a été reconnu que le transport qu’on fait chaque jour d’un très grand nombre d’enfans à Paris où ils affluent des provinces les plus éloignées, est la cause principale de l’état fâcheux où se trouve l’hopital des enfans trouvés : ses facultés, ni même ses emplacemens ne suffisent plus pour cette multitude ; mais ce qui est encore plus touchant, ces enfans conduits sans précaution et exténués par une longue route, ne peuvent y arriver que languissants et périssent bientôt après. »
C’est ainsi qu’un arrêt du Conseil du Roi du 10 janvier 1779 interdit leur transport vers Paris et prescrit leur dépôt dans l’hôpital le plus proche de leur découverte. Cet arrêt ne fut que médiocrement suivi d'effet ...
Frédéric Henri Schopin (1804-81) : Grand Prix de Rome 1831.
Religieuse recueillant un enfant abandonné (1854)
Sources
Géographie des enfants trouvés de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles Isabelle Robin de Agnès Walch
Vivre pauvre, quelques enseignements tirés de l’Europe des Lumières de Laurence Fontaine
Enfants trouvés, enfants ouvriers 17/19ème siècle de Jean Sandrin
De l’enfant trouvé à l’enfant assisté de Anne Cadoret
Les enfants assistés dans le Pas de Calais avant et pendant le 19ème siècle de Eugène Carlier
Les enfants abandonnés à Paris au 18ème siècle de Claude Delasselle
L’assistance hospitalière au secours des orphelins. L’exemple des hôpitaux généraux du Nord de la France de Olivier Ryckebusch
Histoire des enfants abandonnés et délaissés : étude sur la protection de l'enfance aux différentes époques de la civilisation de Léon Lallemand
Enfants trouvés
Tableau du XIXème siècle représentant un bébé abandonné. Artiste inconnu.
Comme on l’a déjà vu dans un précédent article (l'enfant au fil des siècles) les nouveaux nés sont malheureusement à la merci de nombreux risques. Ainsi en est il surtout des enfants abandonnés.
Des meneurs les convoyaient sur des km jusqu’à un hôpital dans des conditions tellement déplorables que le Parlement de Paris interdit en 1663 le déplacement des nouveaux nés de la province à la capitale sous peine de 1000 livres d’amende au profit de l’Hôpital général et de sanction corporelle. En 1779 un arrêt du Conseil du Roi réaffirme cette règle mais rien n’y fait.
C’est ainsi que le 27 mai 1789 le voiturier Pierron, d’Oisemont dans l’Eure, conduit à la maison de la Couche de Paris 12 enfants. Le 12 juin rebelotte avec 15 nourrissons dans une voiture cahotante où les bébés risquent à tout moment de se briser la tête ou de tomber.
Ou encore sur la route de Reims à Paris, dans le village de Fismes, 1ère étape du meneur, est inscrit sur le registre de 1778 : "décédée en passant par Fismes, âgée de 4 jours, fille de Nicole Drumelle de la paroisse de Vrizy, suivant son extrait de baptême, délivré par le prêtre habitué de l'Hôtel Dieu de Reims".
Ces enfants abandonnés sont très jeunes : à Lyon, en 1716-1717 les nourrissons de moins d’un mois représentent 60% des effectifs (dont40% de un à deux jours !).
A Béziers au 18ème siècle, les 2/3 des enfants abandonnés n’ont pas trois mois.
A noter qu’entre 1640 et 1789 la maison de la Couche à Paris reçoit près de 390000 enfants.
Pourquoi ces abandons ?
Les raisons sont bien sûr multiples et il est difficile de toutes les appréhender. Mais parmi celles-ci, la plus évidente reste l’illégitimité. Nés hors mariage, les enfants sont frappés d’indignité et d’incapacité totale de succession. Ils n’ont donc aucun moyen de subsistance. Ceci étant cette crainte ne va tourmenter que la bourgeoisie ou l’aristocratie.
L’illégitimité vient aussi du concubinage, plus développé dans les classes populaires urbaines qui n’ont rien d’important à léguer du moins pour la majorité. Mais là le souci va résider dans le fait de ne pas avoir d’attache pour pouvoir survivre c’est-à-dire pour pouvoir trouver du travail. Une fille mère, ne l’oublions pas, est mal vue dans la société et réduite à la misère si elle garde son enfant.
Richard Redgrave, 1851, fille mère chassée de sa famille, Royal Académy of Arts
A Reims à la veille de la Révolution, plus des quatre cinquième des mères abandonnant leurs enfants sont célibataires : elles sont fileuses de laine, servantes, domestiques …
Et que dire des jeunes filles séduites par le fils de famille quand ce n’est pas le père de famille lui-même ! Voir article sur la domesticité
La misère explique également le nombre des abandons. Louis Sébastien Mercier dans Tableau de Paris écrit : « comment songer à la subsistance de ces enfants quand celle qui accouche est elle-même dans la misère et ne voit de son lit que des murailles dépouillées ? Le quart de Paris ne sait pas la veille si ses travaux lui fourniront de quoi vivre le lendemain ». Jean Jacques Rousseau lui-même justifie auprès de Mme de Francueil l’abandon de ses 5 enfants ainsi : « je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine comment nourrirai-je une famille ? »
Le nombre d’enfants abandonnés va donc tout naturellement augmenter avec les crises alimentaires : En 1709 lors du terrible hyver, les abandons à Paris sont passés de 1759 en 1708 à 2525 en 1709 et 1698 en 1710. Idem à Lyon : en 1708, on recensait 454 abandons d’enfants contre 1884 en 1709 et 589 l’année suivante.
Parmi tous ces enfants abandonnés, il y en a malheureusement qui n’étaient pas destinés à l’abandon … ainsi le 8 janvier 1703, Jean Mondon, propriétaire, loue une chambre à une femme avec 2 enfants en bas âge. Elle doit mendier pour trouver de quoi subsiter. Arrêtée pour mendicité, elle est conduite avec son plus jeune enfant à l’Hôpital général. Le plus grand, resté dans la chambre sera remis à la Maison de la Couche.
Idem pour Charles Hochaut dont la mère, malade, est entrée à l’hôtel Dieu de Paris le 28 avril 1658. Les administrateurs de l’hôpital ne pouvant s’occuper de l’enfant l’amènent à la Maison de la Couche.
D'autres encore sont abandonnés par leurs parents pour éviter qu'ils ne meurent de faim : le 1er février 1703, Jacques Bénardier, limeur, se présente à la Charité car il vient de perdre sa femme; il a 5 enfants dont l'ainé a 9 ans et demande qu'on recueille la plus jeune, âgée d'un an et "encore à la mamelle". Elle sera placée en nourrice aux frais de la charité.
La Maison de la Couche
Cette Maison créée par Saint Vincent de Paul en 1638 devient en 1670 l’hôpital des Enfants Trouvés ou Maison de la Couche.
En effet, révolté par l'exposition des enfants dehors quel que soit le temps et par l'horreur de savoir "qu'on les vendait dans la rue Saint Landry 20 sols par tête à des femmes viciées qui se faisaient sucer un lait corrompu par ces infortunées créatures", saint Vincent de Paul arrive à convaincre Louis XIII de lui céder son château de Bicêtre avec une rente de 20 000 livres.
Saint Vincent de Paul réussit également à convaincre des dames fortunées et influentes d’apporter leur patronage à cet établissement spécialement destiné aux enfants trouvés. Le succès est réel mais la situation financière de cette institution reste difficile. C’est pourquoi elle sera rattachée en 1670 à l’Hôpital Général sans que cela ne résolve complètement la problématique financière.
extérieur de l'hôpital des Enfants Trouvés, 18ème, Musée Carnavalet
L’enfant qui rentre à la Maison de la Couche reçoit un collier numéroté et scellé plus un sachet dans lequel se trouve le procès verbal du commissaire ou du personnel ayant réceptionné l’enfant. L’enfant est enregistré dans un registre avec son nom ; soit ce nom était mentionné dans les affaires qu’il portait soit on lui en attribue un.s’il a été trouvé près d’une porte il pourra s’appeler Delaporte, si ses parrain et marraine (souvent du personnel ou des pensionnaires de l’hôpital) s’appellent Sennequin et Duval et le petit s’appellera Senneval.
Puis un médecin l’examinera pour vérifier surtout s’il n’est pas porteur de maladie contagieuse.
Enfin il sera remis à une nourrice résidant à l’hôpital. En 1672, il y en a 2, 5 en 1708 et 8 en 1756. Celle cii est chargée de les allaiter avant de les faire partir à la campagne. Le problème est qu’elles sont vite débordées et il faut trouver une alimentation autre : lait de vache, de chèvre, d’anesse, lait coupé avec de l’eau douteuse, soupe avec du pain bien cuit et du lait, …
A l’hôpital de Rouen on expérimenta le lait de vache coupé d’eau bouillie, d’eau de riz ou de décoction de rhubarbe, « cet essai de nourriture, avec le lait de vache, fut fait sur cent trente deux enfants depuis le 15 septembre 1763 jusqu’au 15 mars 1765 ; il n’en resta au bout de ce temps que treize vivants. Dans ce petit nombre, plusieurs étaient mourants […] d'autres qui ne digéraient pas le lait furent mis au bouillon gras, à la panade, quelques-uns à la bouillie préparée avec la farine et le lait.» RAULIN (J.). De la conservation des enfants. Paris, 1768.
Comment faire manger les bébés ? biberons d’étain, de terre avec comme tétine des bandelettes ou des tétins de vache, cuillère….
biberon en étain
Bref il est évident que les ustensiles utilisés sont des foyers d’infection microbienne et le lait non bouilli ne vaut guère mieux.
Quant aux locaux, ils sont vites trop petits : en 1784, la salle des pouparts de la Maion de la Couche était « une grande pièce contenant environ 80 berceaux contigus les uns aux autres, à la suite de laquelle est une infirmerie pour les enfants moribonds ».
Les nourrissons sont changés au mieux une fois par jour tant le langeage est serré. L’enfant a le temps de macérer dans ses excréments et son urine, faisant ainsi le lit des épidémies les plus variées.
L’état alarmant des bébés ceci étant vient aussi du fait qu’ils sont à leur arrivée le plus souvent syphilitiques, ou abimés par des manœuvres abortives infructueuses ou par le manque de savoir faire de l’accoucheuse ou encore par la malnutrition de la maman pendant la grossesse.
Tout cela donne au final des chiffres catastrophiques : en 1781 l’hôpital de Paris reçoit 11 bébés ; 10 meurent dans le mois qui suit. Le dernier survivra jusqu’en 1784. En 1670, la Maison de la Couche accueille 423 enfants : 118 meurent avant leur mise en nourrice.
l'orphelinat, anonyme, 19ème, Musée Carnavalet
Sources
Enfants trouvés, enfants ouvriers 17/19ème siècle de Jean Sandrin
la Maison de la Couche à Paris de Léon Lallemand
le site suivant https://www.tombes-sepultures.com/crbst_2170.html
le site suivant sur les biberons au cours des siècles : http://dona-rodrigue.eklablog.com/histoire-du-biberon-a3971890
Les Lumières et l'éducation du peuple
Les Lumières et l’éducation du peuple
L’éducation des enfants est un sujet qui a donné lieu à de nombreux écrits et débats de Montaigne à nos jours en passant par les Lumières. Tant sur le contenu pédagogique que sur les méthodes d’apprentissage mais aussi sur les bénéficiaires de cette éducation (les femmes, les pauvres, ou seulement une élite et dans ce cas laquelle : les petits de la noblesse, les petits du monde bourgeois ….).
Bref, au dix-huitième siècle l’éducation est encore réservée aux classes aisées et, surtout destinée aux hommes.
Il est vrai que les femmes de bonne famille accèdent à une certaine instruction mais force est de constater que cette instruction reste assez « superficielle » et destinée essentiellement à les préparer aux diverses mondanités qu’elles vont avoir à vivre (Ce thème fera l’objet d’un article ultérieur).
Diderot l’explique très bien dans son ouvrage « Sur les femmes », dans lequel il critique la finalité de leur instruction : « Le soin principal est de prévenir l’ennui, de multiplier les amusements, d’étendre les jouissances. À cette époque, les femmes sont recherchées avec empressement, et pour les qualités aimables qu’elles tiennent de la nature, et pour celles qu’elles ont reçues de l’éducation » .
Quant à la classe populaire, qu’en est-il réellement de leur instruction ?
L’Eglise dispense à tous, pauvres et moins pauvres, une instruction de base, gratuite, qui leur permettra de ne pas tomber dans les travers de la Religion réformée. Car c’est bien cela l’objectif recherché : éviter que les jeunes âmes ne s’égarent.
Le grand maître d'école de Jean Jacques de Boissieu - 1780
C’est ainsi que depuis le dix-septième siècle les Jésuites contrôlent l’éducation dans les collèges ainsi que l’enseignement dans quelques universités en imposant leur modèle éducatif dans toute la France mais aussi dans toute l’Europe. Voltaire sera d’ailleurs élève au collège jésuite Louis le Grand à Paris.
Les écoles de charité de leur côté vont fleurir dans la seconde moitié du 17ème siècle. Elles sont destinées aux enfants pauvres avec le même objectif avoué de conserver ces derniers dans le giron de l’Eglise.
Le maître d'école - 17ème - Adriaen Van Ostende
Par exemple à partir de 1666, Charles Démia ecclésiastique français, fondateur du séminaire Saint-Charles à Lyon (1637-1689) entame une action éducative dans le diocèse de Lyon en proposant aux autorités municipales un plan d’éducation du peuple : « Les pauvres n’ayant pas le moyen d’élever ainsi leurs enfants, ils les laissent dans l’ignorance de leurs obligations : le soin qu’ils ont de vivre fait qu’ils oublient celui de leur faire apprendre à bien vivre et eux-mêmes ayant été mal élevés, ils ne peuvent communiquer une bonne éducation qu’ils n’ont jamais eue. […] Ils se soucient fort peu que leurs enfants apprennent les bonnes mœurs et les devoirs du christianisme qu’ils ignorent. […] Ainsi l’on voit avec un sensible déplaisir que cette éducation des enfants du pauvre peuple est totalement négligée, quoiqu’elle soit la plus importante de l’État ».
Charles Démia
En 1689, à la mort de Charles Démia, 16 écoles de charité accueillent garçons et filles à Lyon.
En 1790 la Révolution supprimera la congrégation Saint Charles et avec elle les écoles pour les pauvres.
Jean Baptiste de la Salle, prêtre, (1651-1719) fonda de son côté, en 1691, l'Institut des frères des écoles chrétiennes qui oeuvreront pour l’éducation des enfants pauvres à Reims puis à Paris et ensuite sur tout le territoire. Là aussi la Révolution mis un terme à cet enseignement.

Jean Baptiste de la Salle
Il y a aussi les petites écoles de Port Royal qui accueillent des enfants de moins de 12 ans (parmi lesquels il y eut pendant 10 ans Jean Racine, orphelin très jeune). Ces petites écoles sont liées à l’abbaye de Port Royal et sont fidèles à la pensée janséniste. Blaise Pascal fut l’un des professeurs qui exercèrent dans ces écoles. Elles ne durèrent pas longtemps malheureusement, victimes des querelles entre Jésuites et Jansénistes.
Et enfin quelques initiatives privées à l’instar de celle de cet avocat au parlement de Paris qui fonde à Vierzon en 1763 une école gratuite pour les enfants pauvres de la ville.
Mais malgré les efforts louables de ces bonnes volontés, force est de constater qu’il ne s’agit là que d’initiatives localisées, hétérogènes et non généralisées à l’ensemble du territoire et surtout il ne faut pas oublier que les parents préfèrent garder leurs enfants pour leur force de travail et l’argent qui en découlera.
Mais revenons à nos Lumières …
Si, au temps des Lumières, les débats se concentrent donc essentiellement sur le contenu de l’éducation à apporter au petit enfant et à l’homme en devenir, il va également porter sur les destinataires de cette précieuse éducation.
Et c’est là que l’on ne peut qu’être étonné du parti pris de certains philosophes des Lumières …
Ainsi Louis-René de Caradeuc de La Chalotais (1701-1785), procureur général au Parlement de Bretagne est manifestement peu touché de la nécessité de développer l'instruction du grand nombre ; pour lui seul l’éducation d’une élite est nécessaire.
Certes ce monsieur n’est pas philosophe mais son positionnement face à l’éducation du peuple sera repris sans restriction par l’un de nos plus célèbres penseurs du 18ème siècle, Voltaire.
De la Chalotais
De La Chalotais rédige donc en 1763 son "Essai d’éducation nationale" où il fustige l’instruction d’alors essentiellement dispensée par l’Eglise, notamment les Jésuites dont il est un farouche opposant. Or leur enseignement s’adresse à tous et c’est justement là que de la Chalotais fulmine : « n’y a t-il pas trop d’écrivains, trop d’académies, trop de collèges ? (…) il n’y a jamais eu autant d’étudiants dans un royaume où tout le monde se plaint de la dépopulation : le Peuple veut étudier ; des Laboureurs, des Artisans envoient leurs enfants dans les Collèges des petites Villes, où il en coûte peu pour vivre et quand ils ont fait de mauvaises études qui ne leur ont appris qu’à dédaigner la profession de leurs pères ils se jettent dans les Cloitres et dans l’état ecclésiastique ou prennent des offices de justice. (…) le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations. Tout homme qui voit au-delà de son triste métier ne s’en acquittera jamais avec courage et patience. »
Voltaire
Voltaire (1694 - 1778) le félicitera d’en exclure les enfants du peuple : « Je vous remercie de proscrire l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés».
Voltaire réitèrera ses positions sectaires dans une lettre écrite en mars 1766 à Damiaville, homme de lettre né à Bordeaux en 1723 : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu’il soit instruit ; il n’est pas digne de l’être… ».
Le 1er avril, il persiste dans un nouveau courrier toujours adressé à Damiaville : « je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être instruit. J’entends par peuple la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyen ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me parait essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre et si vous aviez des charrues vous seriez bien de mon avis ».
Rousseau (1712-1778) n’est pas en reste puisque dans l’Emile il écrit : « Le pauvre n’a pas besoin d’éducation ; celle de son état est forcée, il n’en saurait avoir d’autre ; au contraire, l’éducation que le riche reçoit de son état est celle qui lui convient le moins et pour lui-même et pour la société ».
Rousseau
Diderot (1713-1784) heureusement est d’un autre avis puisqu’il écrit dans son ouvrage le "Plan d’une université ou d’une éducation publique dans toutes les sciences", (qu’il rédige pour Catherine II dès son retour de Russie en 1775) ces diverses lignes démontrant bel et bien qu’il est en faveur de l’instruction des masses laborieuses :
Diderot
Le principe d'une éducation pour tous : « Depuis le 1er ministre jusqu’au dernier paysan il est bon que chacun sache lire, écrire et compter » ou encore : « Instruire une nation, c’est la civiliser. Y éteindre les connaissances, c’est la ramener à l’état primitif de barbarie".
Les raisons de ce principe : « Je dis indistinctement, parce qu’il serait aussi cruel qu’absurde de condamner à l’ignorance les conditions subalternes de la société. Dans toutes, il est des connaissances dont on ne saurait être privé sans conséquence. Le nombre des chaumières et des autres édifices particuliers étant à celui des palais dans le rapport de dix mille à un, il y a dix mille à parier contre un que le génie, les talents et la vertu sortirons plutôt d’une chaumière que d’un palais ».
"Quoiqu’il en soit, les basses conditions de la société seront donc dans tous les empires la pépinière des moeurs, des connaissances, des talents, de la gloire et de l’illustration présente et à venir de leurs nations".
La naissance n'est pas un gage de réussite : "Dans toutes les contrées, presque tous les hommes qui se distinguent dans les sciences et les arts sont de basse extraction, et la raison en est simple. Ces conditions communes fournissent mille hommes contre un de naissance. Les premiers sont élevés plus sévèrement ; moins chers à leurs parents indigents, ils sont moins corrompus ; ils n’imaginent pas qu’on sait tout sans rien apprendre ; ils se tourmentent ; ils travaillent ; ils se hâtent de sortir de leur obscurité, l’unique moyen d’obtenir les aisances de la vie qui leur manquent, ou de s’en consoler par la considération générale, l’estime de leurs semblables, et la conscience de leur valeur ».
Les conditions de l'éducation : « C’est des basses ou dernières conditions de la société dont les enfants restent sans aucune sorte d’éducation que sortent toutes les sortes de malfaiteurs. On a voulu à Paris les enlever à leurs parents, et cette violence a causé une révolte ; c’est qu’il fallait les contraindre à se rendre dans les écoles publiques et leur fournir du pain dans ces écoles".
« Moins il y a d’opulence autour du berceau de l’enfant qui naît, mieux les parents conçoivent la nécessité de l’éducation, plus sérieusement et plus tôt l’enfant est appliqué ».
Sources
L’éducation des enfants au XVIIIe siècle de Luisa Messina
Diderot et l’éducation du peuple de Liliane Maury
Les sociétés au XVIIe siècle de Annie Antoine et Cédric Michon
Histoire incorrecte de l’école de Virginie Subias Konofal
E comme Enfants abandonnés
L’hôpital général reçoit les enfants orphelins, les enfants qui sont abandonnés ou ceux qu’on leur confie tout simplement.
Ainsi à Pau :
« En 1776, « un enfant Etienne âgé de deux ans dont la mère est morte et qui est sans parens ny aucune personne qui en ait soin »
En 1779 « Antoine dit Vincent âgé d’environ 3 ans , son père était étranger, cieur de long qui étant décédé à Pau, son épouze chargée de deux enfants mendiaient tous les trois et cette pauvre femme étant morte subitement, une personne se chargea de l’ainé des enfants âgé de 6 ans ,le dit Vincent fut reçu à l’hôpital »
L’hôpital reçoit aussi des enfants délaissés : le 1er novembre 1767 l’hôpital accepte de prendre « une fille Julie, 6 ans que sa mère est morte chez le nommé Lestanguer, aubergiste à la rue de Polidor, commis à Mr Berdoulet , le père de cette fille est un faiseur d’instruments pour la musique, ayant laissé sa femme malade pour s’aller chercher de l’ouvrage pour gagner son pain, il n’a plus paru, ainsi cette fille a été reçu à l’hôpital en même temps qu’une autre fille, …. sœur de celle cy »
En juillet 1780, l’hôpital accepte de se charger du fils d’un ancien décrotteur devenu marchand de faïence qui, « ayant fait faillite s’est évadé »
En janvier 1781, l’hôpital se charge du fils d’un perruquier : la mère morte, le père s’en est allé « on ne sçait où » et l’enfant « est sur le carreau, il se retire chez le misérable Jean Ligues, son grand père, homme âgé vieux et sans ressource »
En 1783 une nourrice vint se plaindre de ce que » le nommé Labarthe fabricant de papier peint et habitant chez Jeanne Dufourc près du collège de Pau » s’était enfui en Espagne en lui laissant son fils
En 1783 toujours une femme se présente chez un jurat « portant un enfant de sexe féminin … elle dit qu’elle était chargée de nourrir le dit enfant de l’âge de 9 mois , qu’elle était absolument sans lait et d’une misère extrême, que la mère du dit enfant qui avait été établi à Pau avait décampé de la ville depuis cinq semaines lui devant deux mois et demi de nourrissage ».
En 1764 le curé et les jurats demandent à l’hôpital de se charger de Cécile 3ans et de sa sœur Marguerite Lucie 18 mois dont « le père et la mère sont laissés sur le pavé ».
En août 1781, le sieur Cazaux, chirurgien, i ntervient pour que Pierre, fils naturel de Chinette de Guilhamet soit reçu à l’hôpital, la mère « étant sans lait … et dans un état de misère à ne pouvoir subsister elle-même qu’avec peine… ».
Et bien sûr il y a tous les enfants exposés. A Pau par exemple en 1789 128 enfants sont exposés ; parmi eux 32 ont moins d’un jour, 26 moins de 8 jours, 51 entre 9 jours et 6 mois.
Le taux de mortalité de ces enfants est énorme : un peu plus de 8 sur 10. Cette mortalité est due à la conjonction de plusieurs facteurs : les conditions de grossesse, les conditions de l’exposition (accroché à un arbre, enfoui dans un tombereau, à peine enveloppé de quelques chiffons, couvert de haillons, enveloppé dans un mauvais morceau de cape brune… mais surtout les conditions de prise en charge : les enfants sont gardés au milieu de tous les autres laissés pour compte, sans soins, hygiène et nourriture adaptée.
Cosette - 1862
Ce sont aussi de jeunes enfants que l’on trouve errants et qui sont « capturés » pour être remis au dépôt de mendicité le plus proche : ainsi le 4 avril 1782 sont pris Jeanne 7 ans et Pierre son frère, 2 ans. Un an plus tard, le 5 juin 1783 leur mère Hélène est à son tour arrêtée. Elle accouche d’un enfant, Jean Paul, « fils naturel du nommé Jean Demonain, tisserand ». Il mourra le 12 mai 1790 à l’hôpital. Jeanne est placée en 1786, à 11 ans mais s’enfuit , elle est reprise quelques mois plus tard comme vagabonde. Pierre placé à l’hôpital sera repris par sa mère.
Ces enfants enfermés dans les dépôts pour cause de mendicité se révèlent être une aubaine pour des manufacturiers en mal de main d’œuvre pas chère .. C’est ainsi qu’en 1771, un certain sieur Daudiffret de Barcelonnette, patron d’une fabrique de moulinage de la soie émit l’idée de se charger de 200 enfants lesquels demeureraient chez lui comme apprentis.
Voir sur le site de Histoire P@ssion les articles très fournis et très bien documentés sur l'histoire de l'enfance abandonnée.
Source
Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy
B comme BAPTEME
Je suis en train de dépouiller les registres paroissiaux de Frouzins, petite commune de Haute Garonne où je vis depuis 15 ans. La période dont je m’occupe en ce moment concerne les années 1700-1715.
Et je suis étonnée de voir que les baptêmes ne se font pas nécessairement de suite après la naissance. Sur 211 naissances par exemple (en 12 ans) j’ai 23% des baptêmes qui se font au-delà de 2 jours et sur ce pourcentage j’en ai 30% qui sont réalisés entre 4 et 8 jours après la naissance (voire même jusque 20 jours !).
Et cela quelles que soient l’année et la saison, été comme hiver. Je me suis dit que peut-être ils faisaient un « tir groupé » mais même pas vu le peu de naissance chaque mois et les dates de baptême toutes différentes.
Or, je sais que le baptême est un moment important puisque cela permet d’éviter au petiot d’errer dans les Limbes comme une âme en peine, c’est le cas de le dire… s’il venait à mourir. Et pour éviter ce destin funeste, il fallait donc baptiser le bébé de suite après sa naissance.
La problématique principale étant donc de savoir quoi faire lorsque l’accouchement se passait mal et que le petit était en état de péril de mort ; la sage-femme pouvait en fait dans ce cas ondoyer l’enfant c’est-à-dire le baptiser d’urgence.
Je vois dans les registres de Frouzins que sur 12 années, il n’est pas fait mention d’ondoiement mais qu’à 3 reprises l’enfant ou plutôt l’ « avorton » a été baptisé à la hâte à la maison (ce qui me paraît tout de même peu eu égard au nombre de bébés morts dans ce village à cette époque, à moins peut être que les actes de baptême ne précisait pas toujours les circonstances du baptême). En tous les cas le petit ,baptisé à la hâte, n’a quand même pas reçu de prénom puisqu’il est désigné sur l’acte par le terme « avorton » et qu’il n’a pas eu de parrain ni de marraine. A t-il seulement été enterré dans le cimetière ?
Pourquoi toutes ces complications ? Tout simplement parce que selon St Augustin, sans baptême (qui est la condition du Salut pour le Chrétien), les âmes des enfants morts étaient condamnées à l’Enfer. L’Église, aux XIIIe et XIVe siècles, a tenté d’assouplir cette doctrine pour le moins cruelle en créant pour ces petiots un lieu intermédiaire, le Limbus puerorum. Il n’en reste pas moins que si les Limbes n’étaient pas l’Enfer, ils n’étaient pas non plus le Paradis.
J’ai donc fait quelques recherches sur ce sacrement que je pensais simple à la base mais qui en fait ne l’est pas du tout, et j’en veux pour preuve un ouvrage très intéressant : L’ancien sacramentaire de l’Eglise écrit en 1699 et 1701 (il y a deux parties) de M. Grancolas, docteur en théologie de la Faculté de Paris. Cet ouvrage parle des divers sacrements de l’Eglise catholiques et notamment du baptême ; et je me suis aperçue que ce sacrement était en fait beaucoup plus codifié et réglementé que ce que je croyais. Je vais essayer de vous résumer ce qui y est écrit.
Cet article va être nécessairement long et je m’en excuse par avance.
En premier lieu, qu’utilise-t-on pour baptiser ? Les Canons d’Egbert, archevêque d’York en 747 sont clairs : ils défendent de mêler du vin avec de l’eau pour baptiser et l’eau utilisée doit avoir été bénite solennellement le Samedi Saint ou la veille de la Pentecôte. Le concile de Nîmes de 1284 permet d’utiliser de l’eau chaude en cas de nécessité lorsqu’un enfant ne fait que naître et est en danger de mort.
Le concile de Trente nous dit ensuite que l’on doit strictement prononcer les paroles suivantes : « Ego te baptizo in nomine Patris et Filii et Spiritus Sanctis ». Il est important de ne rien omettre car si l’on a baptisé uniquement au nom de Jésus Christ, il faut refaire le baptême nous dit le pape Pelage sauf en cas d’extrême nécessité et que l’on n’a pas le temps de prononcer toutes les paroles, nous précise encore le concile de Nîmes de 1282.
Le concile de Sens de 1524 permet l’utilisation de la langue française à ceux qui n’entendent pas le latin : « Enfant je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Il est donc nécessaire, nous dit-on, d’instruire les sages- femmes pour qu’elle puisse baptiser en urgence dans les règles.
L’ouvrage évoque ensuite le baptême sous condition. L’Eglise permet en effet de réitérer le baptême de l’enfant si et seulement s’il existe un doute qu’il ait manqué quelque chose d’essentiel la première fois. Ainsi si l’enfant a été baptisé à la maison, le prêtre doit s’enquérir des paroles exactes qui ont été prononcées et ce qui a été précisément fait. Car il ne s’agit pas de re-baptiser l’enfant, ce n’est pas possible nous dit le concile de Langres de 1404.
Le concile de Rheims de 1583 exige d’ailleurs deux témoins qui puisse déposer comment l’enfant a été baptisé.
Quid du baptême donné par un hérétique ? Le premier concile d’Arles en 314 sous Constantin nous dit qu’il est valide si les paroles ont bien été prononcées et si la manière est conforme : le concile de Rheims confirme cette décision ; en cas de doute on procèdera donc au baptême sous condition.
La question se pose de savoir ce que l’on doit faire si l’on trouve des enfants abandonnés car dans ce cas personne ne peut témoigner qu’ils ont été baptisés. Doit-on procéder au baptême sous condition ? Le concile d’Aix de 1585 exige un baptême alors même qu’un billet ou autre note serait attaché et préciserait que l’enfant a été baptisé.
L’ancien sacramentaire décrit ensuite la manière dont le baptême doit être donné. De 3 manières possibles : par immersion quand on plonge l’enfant dans l’eau, par aspersion quand on l’arrose d’eau, par infusion en versant de l’eau sur sa tête.
Quelle que soit la manière, ce sera 3 immersions, 3 aspersions ou 3 infusions nous précise le concile de Rheims.
Le concile de Nîmes de 1282 demande que les paroles soient prononcées en même temps que les ablutions et ce doit être la même personne qui prononce et qui procède (concile de Langres de 1404).
Le concile de Chartres de 1526 est plus précis puisqu’il indique qu’en versant l’eau sur la tête de l’enfant il faut faire les 3 infusions consécutives en forme de croix.
Le concile de Sens de 1524 nous explique qu’il ne faut pas verser l’eau avec la main mais avec une cuillère ou un vase et l’eau versée ne doit pas tomber par terre ni dans les fonts mais dans une piscine destinée à cela (concile d’Aix de 1585).
Tout un paragraphe est ensuite consacré au ministre du baptême : c’est le prêtre mais aussi le diacre avec la permission du prêtre nous indique Tertullien (théologien du 2ème siècle) qui peut baptiser ; et le prêtre ne peut donner le baptême qu’avec la permission de l’évêque ou du curé.
Le concile de Frelingue en 1440 demande aux curés d’informer les hommes et les femmes qu’ils peuvent baptiser en cas de nécessité. En revanche le concile de Nîmes précise que l’on ne peut se donner le baptême quelle que soit la nécessité dans laquelle on se trouve.
Justement en cas de nécessité que faire ? On sait qu’une autre personne que le prêtre peut intervenir mais comment ? Il existe une hiérarchie puisque le concile de Sens de 1524 prescrit qu’un homme baptisera de préférence à une femme, que les père et mère ne baptiseront point s’il se trouve quelqu’autre personne, et qu’un clerc baptisera de préférence à un laïque.
Le concile de Langres de 1404 a précisé qu’en cas de nécessité le baptême fait par les laîques ne crée pas d’affinités spirituelles entre eux. En effet il ne faut pas oublier que les parrain et marraine contractent une affinité spirituelle entre eux, avec l’enfant, les père et mère sauf cas de nécessité : le curé doit donc les en avertir.
Le concile de Bourges de 1584 stipule quant à lui que les sages-femmes ne pourront baptiser qu’en cas de péril évident de mort ; et elles devront être instruite sur la manière de procéder (concile d’Aix).
Le concile de Nîmes de 1282 indique que quand une femme est en travail et que l’enfant montre seulement la tête et qu’il semble y avoir danger, la sage-femme versera un peu d’eau sur la tête de l’enfant et prononcera les paroles suivantes : « si matre in partu laborante infans extra ventrem matris tantum emiserit caput, et in tanto periculo infans positus nasci nequiverit, infudat aliqua de obstetricibus aquam super caput infantis, dicendo, Ego te baptizo ».
Mais le concile de Langres de 1404 et le concile de Cologne de 1280 interdisent aux sages-femmes et autres personnes de baptiser les enfants dans le ventre de leur mère sauf s’il est manifeste que l’enfant est vivant et qu’il montre la tête ; il précise que si la femme mourrait en travail et que l’on pensait l’enfant vivant, il fallait ouvrir la mère, et procéder au baptême ; si l’enfant était mort il fallait le laisser dans les entrailles de sa mère nous explique le concile de Paris de 1557 pour les enterrer ensemble.
Si l’enfant est mort, le concile de Langres de 1452 cette fois ci condamne la pratique des sanctuaires à répit qui sont très utilisés du XVe siècle au XVIIe siècle (et même encore après) où l’on emmène le bébé dans l’espoir de déceler un quelconque signe de vie même fugace qui permettrait de le baptiser ; la sanction sera l’excommunication.
Quand doit avoir lieu le baptême ? Le concile de Sens de 1524 affirme que le baptême doit intervenir dès la naissance et qu’il ne faut pas le différer quelle qu’en soit la raison, notamment qu’il ne faut point le retarder à cause des parrains.
Le premier concile de Milan de 1585 punit d’excommunication ceux qui différeront jusqu’à 9 jours. Le concile d’Aix de 1585 également confirme la sanction pour les parents qui attendent plus de 8 jours.
De même le concile de Rheims de 1583 demande que le prêtre soit diligent et donne le baptême aussitôt qu’il en est requis, et donc à toute heure bien que le concile de Mayence de 1549 stipule que sauf cas de nécessité le baptême devra avoir lieu le matin, devant ou après l’Office.
Le concile de Cologne préconise d’être à jeun pour être plus attentif et le concile de Narbonne de 1619 défend de le faire dans les maisons des grands seigneurs et les chapelles privées, cela étant réservé pour les enfants des rois et des princes (concile de Chartres 1526).
Si jamais en cas de nécessités le sacrement est fait à la maison, l’eau du baptême doit être jeté au feu et le vase ou bassin utilisé devra être donné à l’Eglise (Constitutions de l’Evêque de Sarum en Angleterre – 1217).
La codification de ce sacrement va loin puisque la façon de se vêtir est également l’objet d’un paragraphe : le concile d’Aix de 1585 défend que les enfants soient superbement vêtus ; le prêtre ne doit pas les accepter dans cet état ; le baptisé doit être en revanche revêtu de blanc, symbole de l’innocence et de la grâce ; cette condition est réduite dans la plupart des cas au bonnet appelé le chrémau (ou chrémeau) ; ce chrémau ou langes enveloppait autrefois l’enfant ; le concile de Troyes de 1400 demande qu’on les fasse amples et larges pour justement permettre cet enveloppement ; le concile de Paris de 1557 demande aux mères après qu’elles se soient relevées de leurs couches d’amener les bonnets à l’Eglise pour les y brûler afin d’éviter qu’ils ne soient utilisés de façon profane ou encore pour y être utilisé à des usages saints (Constitution de Sarum de 1217).
L’ancien sacramentaire précise ensuite qu’il n’est pas possible de demander le baptême au son des tambours et autres instruments (concile d’Aix) mais il est possible en revanche de jouer de l’orgue et de sonner les cloches après, en signe de joie (concile de Rheims) tout en prenant soin de se comporter avec modestie et de ne pas faire de bruit ni de tumulte.
Il peut arriver que l’on baptise plusieurs enfants en même temps mais là aussi un ordre doit être respecté : on commence toujours par le garçon sauf cas de nécessité (concile d’Aix).
Le baptême des monstres est évoqué rapidement : il faut déterminer qui est mâle et femelle, voir s’il y a deux têtes et deux corps distincts pour savoir si on les baptise ensemble ou l’un après l’autre.
Que peut-on dire sur les parrain et marraine ? Le Concile de Trente exige un de chaque. Le concile de Chartres de 1526 en demande deux ; le concile de Sens 1524 quant à lui défend d’en prendre plus de 3.
Le parrain et la marraine seront instruits des principes de la religion (concile de Paris). Le concile de Rheims défend aux moines et religieuses d’être parrains et marraines et celui de Chartres de 1526 demande à ce que ces derniers aient au moins 10 ans et demi, tandis que celui de Rouen 1581 exige 14 ans. Ils seront de bonnes mœurs et confirmés (concile d’Aix)
Le concile d’Aix demande également de la modestie dans leurs habits et que les hommes quittent leurs armes.
Il sera ensuite donné aux enfants le nom d’un saint ou d’une sainte pour être incités à admirer et suivre leur vertu (concile de tours de 1583).
Les fonts doivent être fermés pour éviter sortilèges et profanation de l’eau bénite (de nombreux conciles le rappellent et demande à ce que l’eau soit renouvelée souvent). Le concile de Paris de 1557 ordonne de renouveler tous les ans les saintes huiles et qu’elles soient confiées au curé. Celui-ci devra tenir des registres où seront mentionnés le jour du baptême, les nom et surnom du baptisé, des parrains, marraines, des père et mère et le concile d’Oxford de 1287 exige que soit mentionné si l’enfant est né légitimement.
Le concile de Bourges de 1584 défend que l’on oublie une cérémonie sous peine d’anathème c’est-à-dire les exorcismes, les demandes et les onctions.
De nombreux conciles demandent aux prêtres d’informer les laïques sur la signification du baptême. Ainsi il faudra leur expliquer les points suivants :
- On donne un nom à l’enfant pour lui rappeler qu’il est enrôlé dans la milice du christ
-
Le prêtre souffle sur l’enfant pour apprendre l’approche du Saint Esprit qui va chasser le démon du catéchumène
-
On fait le signe de la croix sur le front et la poitrine pour marquer le sceau du christ
Le signe sur la poitrine permettra de chasser le démon du cœur
-
Le prêtre étend les mains sur l’enfant en disant les prières pour marquer l’autorité et la puissance de Jésus Christ et consacrer l’enfant
-
On met le sel bénit dans la bouche de l’enfant, le sel sapienta car il est le symbole de la sagesse et de la prudence que doit incarner le chrétien dans sa conduite.
-
Le prêtre fait des exorcismes pour chasser les démons le prêtre fait des onctions avec de la salive aux oreilles à l’exemple de Jésus Christ qui fit ainsi pour guérir un homme muet et sourd ; la salive est un liquide qui descend du cerveau et il est donc symbole de sagesse ; avec cette onction on avertit qu’il faut avoir les oreilles du cœur ouvertes pour entendre la voix de dieu
Avant de baptiser on doit s’assurer de la volonté de celui qui se présente et après le baptême on fait l’onction avec le saint chrême sur la poitrine (le front étant réservé aux évêques)
Le chrême doit être béni par l’évêque et est constitué d’huiles et de baume
La dernière action du baptême est de donner au baptisé un cierge allumé qui représente la lumière et la foi qu’il a reçues
Le 1er concile de Milan et le concile de Narbonne de 1609 condamnent la pratique de mettre ensuite l’enfant sur l’autel tel une offrande à Dieu car il y a eu des abus de la part de prêtres qui demandaient quelque chose pour rachat de l’enfant.
Le concile de Chartres de 1526 demande que le prêtre soit revêtu du surplis et d’une étole.
Le concile de Mayence de 813 et de Cologne en 1549 demandent que le repas de baptême ne soit pas excessif (concile de Chartres en 1526). Le prêtre ne peut pas se trouver à ces repas parce que souvent il y est dit des choses indignes d’être entendues par un ecclésiastique.
Après leurs couches les femmes viennent à l’Eglise avec des cierges pour se purifier et pour remercier dieu d’avoir évité les périls auxquels les exposent leurs couches.
Les conciles recommandent enfin aux prêtres d’informer les parents de ne pas faire coucher l’enfant avec les père et mère avant un an sous peine d’excommunication pour éviter de l’étouffer. Le concile de Chartres de 1526 demande d’attendre les 3ans de l’enfant.
Il y aurait encore beaucoup à dire mais je m'arrête là. Je constate que les règles édictées n'étaient pas toutes respectées, loin de là. Mais ces quelques lignes me donnent finalement un éclairage plus vivant et plus pragmatique de cette cérémonie.
L'enfant au fil des siècles ...
On peut noter une certaine indifférence vis à vis de l'enfant jusque fin du XVIII/début XIXème siècle. Il est perçu comme un adulte en réduction et ne bénéficie pas réellement d'une tendresse particulière. L'enfant partage la vie des adultes et partipe en fnoction de ses forces aux travaux des champs, de la mine ... (À titre d’exemple, dans les mines, les plus jeunes font office de “trappers” : recroquevillés dans une niche, et souvent dans le noir complet, ils actionnent les portillons d’aération au passage des convois. Le travail dure jusqu’à 15 heures par jour).
Les enfants étaient également soupçonnés de comportements libertins qui les conduisaient à des fautes morales.
→ En 1692, Jeanne Alamy, 12 ans, mise enceinte par son père, fut condamnée à l'enfermement dans une maison de force afin d'y expier pendant un an sa ... faute !
Ce ne sera qu'en 1832, lors de la révision du Code Pénal que "toute atteinte sexuelle sur un enfant de moins de 12 ans" serait désormais assimilée à un acte commis avec violence.
Un ancien adage dit : "le temps auquel on élève les vers à soie est le temps auquel on peuple le plus le paradis".En effet, la mère devant utiliser son temps pour travailler et gagner le moindre sous, le bébé était laissé dans un coin, emmailloté sans pouvoir bouger, jusqu'à ce que quelqu'un vienne s'occuper de lui.
Les abandons
Les abandons d'enfants connaissent une hausse importante au XVIIIe siècle (près de 7 000 à Paris en 1770). Les hôpitaux mis en place au XVIIème siècle ont rarement les moyens pour les nourrir convenablement, ce qui explique le taux de mortalité important dès les premiers mois.
En 1778 à Paris 80% des enfants recueillis par la Maison de la Couche ont moins de 1 mois
Jean-Jacques Rousseau, abandonna ses cinq enfants à l'Hôpital des Enfants Trouvés et avoua que "tout bien pesé je choisis pour eux le mieux, ou ce que je crus l'être. J'aurais voulu, je voudrais encore avoir été élevé et nourri comme ils l'ont été".
La misère semble être une cause importante des abandons d'enfants : les registres d'admission à la Maison de la Couche ou des Hôtel-Dieu de province montrent un abandon parallèle des abandons d'enfants et des grandes crises de subsistance, des épidémies ou des guerres
Rouen en août 1785, mot d'une jeune mère : "je vous la laisse en bon état et vous prie d'en avoir bien soin, jusqu'à ce que j'ai gagné un lit pour me coucher, car je couche par terre depuis que je suis sortie de l'hôpital et je suis devenue enflée de fièvre".
Une autre cause des abandons : les naissances illégitimes : à Paris à la veille de la Révolution, une enfant sur 4 est illégitime. Souvent les mères sont très jeunes.
Dans le cahier de doléances de la ville d’Angoulême en 1789 l’on déplore la situation des enfants exposés en ces termes : « Ces malheureuses victimes de la débauche ou de la misère n’ont d’autre appui que le gouvernement. Partout où il n’y a point de bureau établi, l’exposition faite sous les halles, dans les rues et sur les places publiques, livre les enfants à la voracité des animaux, et ceux qui en échappent n’étant à la charge des seigneurs sur les terres de qui ils ont été trouvés que jusqu’à un âge encore trop tendre sont abandonnés avant d’être en état de gagner leur vie. Ils semblent n’avoir été conservés que pour les faire périr par la soif et la faim, ou pour multiplier le nombre des vagabonds et des brigands ».
Le 28 juin 1793, la mère qui abandonne son nouveau-né est pour la première fois protégée de toutes poursuites. Son anonymat est en plus garanti : “Il sera pourvu par la nation aux frais de gésine de la mère et à tous ses besoins pendant la durée de ses couches. Le secret le plus inviolable sera conservé sur tout ce qui la concerne.”
L'allaitement
Quand l'enfant naît, il ne peut pas boire le lait de sa mère de suite car ce lait est réputé mauvais au début. Il faut au contraire le purger. De toute façon, la priorité est de le baptiser. Seulement après il pourra boire le lait maternel ou celui de sa nourrice.
De façon générale en effet, les mères n'allaitent pas soit qu'elles n'en ont pas le temps car il leur faut retourner travailler (aves l'industrialisation, cette pratique explose) soit parce que cela ne sied pas à la vie mondaine des mères issues de milieux plus aisés.
La conséquence est la mise en nourrice du bébé. Mode désastreuse pour le bébé puisqu'au XVIIIème siècle à Lyon, 50% des nourissons "placés" chez une nourrice meurt avant un an, 40% à Rouen (con tre 19% pour ceux nourris par leur mère). Le taux passe à 90% pour les enfants abandonnés placés en nourrice. En effet, les hospices ne peuvent s'occuper des bébés abandonnés et les confient donc à des nourrices rémunérées à cet effet. De façon général, ces femmes sont mal rémunérées mais c'est pire encore dans le cas des enfants abandonnés pour lesquels la nourrice va rogner sur tout (alimentation, médication ...); ça plus le fait qu'elle s'occupera de plusieurs enfants en même temps. Les nourrices ont en effet parfois jusqu'à 10 bébés, manquent totalement d'hygiène, sont parfois enceintes et n'ont donc de ce fait plus de lait. Certaines nourrices rachètent des bébés abandonnés à l'hôpital pour remplacer ceux qui sont morts chez elles. A cela s'ajoutent le gavage systématique du bébé pour qu'il ne crie pas, le recours aux bouillies indigestes pour compléter un lait insuffisant, les bercements frénétiques, l'allaitement artificiel ...
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A Erfurt en Allemagne en 1870, 17% des enfants allaités par leur mère décèdent avant leur 1 an contre 30% pour ceux placés en nourrice.
Sur les 2244 nourrissons abandonnés envoyés en nourrice par l'hôpital de Lyon en 1771-73, 1519 décèdent.
Au début, c'est à dire du XIII au XVIIème siècle, les qualités morales et physiques sont scrupuleusement vérifiées. Par la suite, l'offre étant supérieure à la demande, les parents seront moins regardants.
Le lieutenant général de police de Lyon déplore en 1781 : "on remet des enfants souvent à des nourrices enceintes ou à des femmes qui ont un lait de 3 ou 4 ans, à des vieilles femmes ou à des vagabondes sans mari qui, faisant de l'allaitement un trafic infâme, prennent plusieurs nourrissons à la fois, les font végéter avec du ait de vache ou de chèvre souvent même avec une nourriture plus malsaine pour les enfants et font périr misérablement la plupart de ces infortunés ou les rendent infirmes ou estropiés".
Su 21000 enfants nés en 1780 à Paris, 1000 sont nourris par leur mère, 1000 sont nourris par une nourrice à domicile et les 19000 autres sont envoyés n nourrice dans les campagnes environnantes. Les conditions de transport sont d'ailleurs telles que beaucoup de bébés n'arrivent pas en vie à destination.
La mise en nourrice disparaîtra progressivement après la 1ère guerre mondiale.
Le sevrage
le sevrage peut être brutal pour l'enfant : application de pâtes à base de motarde ou de poivre sur les tétons pour dissuader le bébé.
Il est désormais nourri avec des bouillies ensalivées par la mère.
Le sevrage provoque souvent le décès de l'enfant par manque d'hygiène et par des méthodes non adaptées à l'enfant
L'hygiène
Le moyen Age de manière générale est propre mais tout change avec la peste de 1348 : la saleté va devenir protectrice.
L'une des conséquences de cet état d'esprit est de garder la crasse sur la tête de l'enfant pour protéger la fontanelle.
Louis XIII né en 1601 prendra son premier bain à 7 ans !
Le linge est rarement lavé; on dort sur la même paillasse. A la campagne, les hommes et les bêtes partagent les mêmes lieux.
En ville, l'essor de la population au XVIIIème siècle s'accompagne de la promiscuité ( via des logements exigües ) ce qui favorise les contagions. Les villes sont insalubres, malodorantes (ordures, entrailles d'animaux jonchent les sols).
L'urine est considéré comme un désinfectant et donc on fait sécher les langes sans les nettoyer.
Les abcès divers (eczéma purulent, gale, petite vérole) jouent le rôle de purification du corps des mauvaises humeurs (reste du sang menstruel que l'enfant expulse).
Façonnage
L'enfant qui naît n'est pas achevé. Il faut tout d'abord remodeler son crâne à l'aide de bandeaux (les flamands préfèrent les têtes en longueur tandis que les gascons les préfèrent rondes).
Le bébé est ensuite ficelé très serré, les bras maintenus le long du corps. L'idée est de le protéger du froid, de le porter plus facilement et de pouvoir l'accrocher à un clou sans surveillance mais aussi de faire en sorte à ce qu'il soit bien droit et ne marche pas à 4 pattes comme les animaux.
Vers 2 mois, ses bras sont libérés puis vers 8 mois, l'emmaillotage est abandonné. L'enfant portera une robe jusqu'à 6 ou 7 ans. A ce moement, il sera habillé comme l'homme ou la femme qu'il ou elle sera.
Sources
http://memoires.pro.free.fr/doc/histoireenf.htm
http://users.skynet.be/maevrard/livre2.html
http://www.santeallaitementmaternel.com/se_former/histoires_allaitement/allaitement_histoire.php
https://shs.cairn.info/revue-l-ecole-des-parents-2013-5-page-34?lang=fr
L'enfant et la vie familiale sous l'ancien régime de Philippe Ariès
Hors série Généalogie sur la naissance
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