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L'arrivée du train à Toulouse : 1856

26 Octobre 2025 , Rédigé par srose Publié dans #transport, #Toulouse

Le maire de Toulouse le comte Joseph de Villèle (1773/1854 – maire de la ville Rose entre 1815 et 1818), refuse le chemin de fer au début du siècle alors qu’à cette époque, le rail commence à s’imposer comme symbole de l’industrialisation naissante (la plus ancienne gare de France est celle de Saint-Lazare, 1837 et la 1ère ligne de chemin de fer est construite en 1827 et relie Saint Etienne à Andrézieux sur 21 km de rail).

Ainsi, pendant la première moitié du 18è siècle, faire le trajet Bordeaux-Toulouse demande encore 18 heures de diligence. Si l’on voulait ensuite aller jusqu’à Sète, il fallait rajouter 10 heures de trajet sur le canal du Midi ! => voir cet article 

En 1853, les frères et hommes d’affaires bordelais Émile et Isaac Pereire décident de fonder la Compagnie des Chemins de Fer du Midi.

 

Le chemin de fer empruntera la rive gauche de la Garonne jusqu’à Langon, puis la rive droite jusqu’à Toulouse. Il passera ensuite par Castelnaudary, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Mèze, avant d’arriver à Cette. D’une longueur totale de 481 km, le budget est évalué à 140 millions de francs.

La question du Canal du Midi est primordiale : que fait on? Certains proposent la concession simultanée du chemin de fer et du canal, d'autres proposent la suppression du canal et l'utilisation de sa plate forme pour y poser des rails ! Le gouvernement donnera finalement son accord pour une concession unique.

Gautreau - gare de Langon 

 

Dès 1855, la section Bordeaux-Valence est ouverte au trafic.

Le 31 août 1856, le site de la future gare de Matabiau est officiellement inauguré, en présence du comte Roguet, représentant l’Empereur Napoléon III, à l’occasion de la réalisation du tronçon Agen-Toulouse par la Compagnie des chemins de fer du Midi : «  Tout au long du parcours, des drapeaux, des arcs de triomphe, des attroupements soulignent la solennité du moment » comme l’explique Thierry Bonnafous, auteur de « 1856, Gare Matabiau, le train arrive enfin » (Editions Midi-Pyrénéennes).

En gare de Toulouse, Monseigneur Moliand, l’archevêque de la ville bénit cette « voie nouvelle » tandis qu’Antoine Policarpe, maire de Toulouse de 1855 à 1858, écrit dans son discours : « les habitants accueilleront ce nouveau bienfait dû à la sollicitude de l’Empereur pour tout ce qui rattache au bien-être et à l’avenir des populations méridionales ».

Tous les détails de cette cérémonie dans « Le Journal de Toulouse » : " Le train d'honneur partir de Toulouse à 7h50. Il comprenait six wagons dans lesquels prirent place les personnalités officielles. Ce train partit au milieu d'un énorme concours de peuple et il passa sous de magnifiques arcs de triomphe, dans les principales communes qu'il traversait. II franchissait la station de Grisolles à 8 h 30 et arrivait à Montauban à 9 heures, Là, le convoi reçut les autorités du département de Tarn-et-Garonne et, s'étant remis en marche, passa à Moissac, à Valence, et arriva à Agen à 10 h 35. Le préfet de cette ville et Mme Ducos offrirent au palais de la préfecture un déjeuner aux invités et le train repartit à 12h10, devant être de retour à Toulouse à 15 heures pour la cérémonie de la bénédiction des locomotives...

A 3 h 30, Mgr Mioland, archevêque de Toulouse, revêtu de la chape d'or et mitre en tête, parut à l'autel entouré d'un nombreux clergé. II prononça un éloquent discours qui fut écouté avec la plus respectueuse attention. Après cela, le cri aigu d'une machine ayant donné le signal, quatre locomotives, ornées de drapeaux et de branches de feuillages, vinrent se placer devant l'autel. Le pontife procéda à leur bénédiction selon les rites de l'Eglise et après le chant du « Domine salvam fac » qu'éxécutèrent les élèves des écoles primaires...

A 17 heures, un banquet de quatre- vingt couverts réunissait au palais de la préfecture les principales autorités, et, à 20 heures une brillante soirée avait lieu au Capitole, dans la salle des Illustres, où la musique du 161, d'artillerie, d'habiles chanteurs, et les élèves du conservatoire se firent tour à tour applaudir. Dès la chute du jour, une brillante illumination « au gaz et à l'huile » faisait resplendir la façade du Capitole. La place était ornée de guirlandes, de lanternes vénitiennes du meilleur effet, et tout cela se prolongeait jusqu'à la gare, par la rue, la place et l'allée Louis-Napoléon (Lafayette)

L'administration du chemin de fer du Midi, ne voulant pas que les pauvres fussent oubliés un tel jour, fit distribuer au bureau de bienfaisance des diverses localités traversées par la section qui avait été solennellement inaugurée une somme de 20.000 francs. Toulouse reçut, pour sa part, la moitié de cette somme. »

Extrait du journal du 31 aout 1856
 

=> Quatre trains circulent désormais quotidiennement dans chaque sens : 3 omnibus et un express sur Bordeaux Toulouse.

Se rajoutent des « trains de plaisir » pour visiter Bordeaux, Toulouse, Bayonne. Voir aussi article sur les loisirs ICI

De nouvelles lignes touristiques sont réalisées : par exemple la ligne de La Teste à Arcachon est inaugurée le 26 juillet 1857 ; dès 1858, la gare voit arriver 140.000 voyageurs pour la plupart fortunés. Tout est fait pour les attirer :  le Casino mauresque est construit en 1863, la gare en 1864, le Grand Hôtel érigé par la compagnie du Midi est achevé en 1866, etc

Casino  mauresque à Arcachon

 

=> Le prix aller-retour du 1er train de plaisir pour Bordeaux est de 8 francs en 3ème classe : on est assis sur un banc de bois à l’air libre, 12 francs en 2ème classe et 16 francs pour la 1ère classe (à noter qu’à cette époque un journalier agricole gagne en moyenne 1.7 francs par jour et un artisan entre 2 et 3 francs).

 

La gare Matabiau, avril 1857 - Gustave Le Gray, Archives de Toulouse (côte 26Fi101)

 

Le 2 avril 1857, la ligne Bordeaux–Sète (Cette à l'époque) est terminée : Toulouse devient un carrefour ferroviaire entre l’Atlantique et la Méditerranée. Pour fêter cet évènement, un banquet est organisé dans la salle des Illustres du Capitole, réunissant « les hautes autorités civiles, militaires et religieuses, le maire de Pampelune, le directeur des chemins de fer belges et des écrivains de renom tels que Théophile Gautier et Alexandre Dumas fils. Le soir, un feu d’artifice est tiré devant l’école vétérinaire (à l’emplacement de l’actuelle médiathèque José-Cabanis ) ».

 

Journal de Toulouse du 4 avril 1857 - Inauguration de la gare
 
Menu servi aux invités le 2 avril lors de l'inauguration
 

La ligne n’est réellement opérationnelle que vers juin 1857 du fait d’un certain nombre de problèmes techniques.

Un express circulera chaque jour entre Bordeaux et Sète avec un arrêt à Toulouse, 2 omnibus quotidien relieront Bordeaux et Toulouse en 10 heures à peu près et 2 omnibus quotidien égalent entre Sète et Toulouse en 8 heures.

La gare de Bordeaux Saint Jean - début 20ème

 

Des trains sont planifiés également entre Toulouse et Agen et Toulouse et Carcassonne.

L’arrivée du train à Toulouse va profondément modifier la ville : Voir article ICI. Autour de ce qu’on l’on nomme à l’époque le débarcadère du chemin de fer, s’organisent les premiers transports en communs : calèches, omnibus, tramways, autobus (et métro aujourd’hui), vont acheminer les voyageurs de la gare jusqu’au centre-ville. 

 

Eugène Courboin - Le 1er chemin de fer parisien - 1900 - Musée de Compiègne
 © GrandPalaisRmn (Domaine de Compiègne) / Daniel Arnaudet
 

 

Sources

Thierry Bonnafous : 1856 Gare Matabiau, le train arrive enfin !

Jean Suret-Canale : Les chemins de fer de la région toulousaine

https://www.rosinelagier.com/Articles/L15_trains-de-plaisir.pdf

https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/histoire-en-1856-la-tres-attendue-arrivee-du-train-a-toulouse_59029846.html

https://trainconsultant.com/2024/03/06/les-trains-du-second-empire-en-france/

https://www.50ans-citedutrain.com/chapitre/1825-1900/

https://histoire-itinerante.fr/cartotheque/evolution-du-reseau-de-chemin-de-fer-francais/

http://www.dieupentale.com/le-bordeaux-cette/

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L'urbanisme toulousain en quête de modernisme

21 Septembre 2025 , Rédigé par srose Publié dans #ville, #Toulouse

Au début du 19ème siècle Toulouse n’est pas une ville industrielle importante en France ; elle va se développer, d’un point de vue économique, plus lentement que d’autres grandes villes.

Jacques Godechot (1907-1989), historien, dira de Toulouse qu’au milieu du 19ème siècle, elle est un grand village (« Un grand village (1815-1914) », in P. WOLFF, Histoire de Toulouse, Toulouse, Privat, 1994 (1ère édition en 1974), p. 445-494).

Il estime en effet qu’en 1851 les « ouvriers de l’artisanat » constituent le premier groupe professionnel avec 44,5 % des actifs, ce qui correspond à peu près à la situation sous l'Ancien Régime; il n'y a donc pas d'avancée majeure en terme économique et industriel. 

Toulouse est une belle endormie..

Les projets d’urbanisme vont eux aussi se concrétiser tardivement par rapport au reste du pays ce qui va entraver l’économie de la ville. En effet si on veut donner juste un exemple, prenons celui du « haussmanisme » : l’arrivée des grands magasins sera souvent concomitante au percement de larges artères dans les centre villes. Or nous le verrons dans un autre article, l’ère haussmannienne est arrivée à Toulouse plus tard que dans les autres villes françaises.  

L’avantage non négligeable de cet état de fait est que Toulouse a conservé sa topographie médiévale que nous pouvons admirer en flânant dans ses rues.

 

Le chevalier Louis de Mondran, urbaniste né à Seysses en 1699 et mort à Toulouse en 1792 avait déjà commencé une amorce de modernisation de la ville avec la création en dehors de la ville du jardin ovale de 247m sur 210 m (Grand Rond ou Boulingrin) dans les années années 1750 et les 6 allées qui y convergent :  la première vers la porte Saint - Etienne (allées François-Verdier), la seconde vers la porte Montoulieu (rue du 8 mai 1945), la troisième et la quatrième rejoignent le Canal du Midi (allées Paul Sabatier et allées des Soupirs), la cinquième relie au pont de Montaudran (allées Frédéric Mistral) et la dernière va jusqu’à la Garonne en passant par la porte Saint-Michel (allées Jules Guesde) .

 

A noter que Boulingrin vient de l'expression bowling-green (jeu de boules et gazon). Voir plus bas dans les sources.

Le jardin ovale comprend au centre « un plateau de gazon », une allée ombragée qui le borde, et un chemin sur l’extérieur pour les charrois. Les six allées mesurent 58 m de large et sont organisées en cinq parties : une allée centrale « engravée » pour les promenades à cheval ou en équipage, elle sera bordée de 2 allées « engazonnées » et ombragées pour les promenades à pied, et enfin sur chaque extrémité un chemin pavé pour les charrois. On disposera des banquettes en pierres de Carcassonne entre les arbres qui serviront de siège aux promeneurs tout en « contenant la circulation ».

Louis de Mondran fut également à l’origine de la création de la place dauphine (place Dupuy) dans le faubourg st Etienne dans les années 1780), et de la construction des quais de la Garonne entre le pont Neuf et le Bazacle, des ports de la Daurade et Saint-Pierre, du canal de Brienne, du cours Dillon, de la porte et des places intérieure et extérieure Saint-Cyprien, des allées de Garonne (aujourd’hui allées Charles-de-Fitte).

Le cours Dillon et le Pont Neuf , début 19ème,  Lithographie de Jean Baptiste Chapuy, Bibliothèque municipale

 

Il avait en effet compris l'importance de la modernisation du tissu urbain : ces travaux étaient rendus nécessaires par la nécessité d’aller au-delà des limites des remparts de la ville rose. La démographie allait bon train tandis que les limites de de la ville restaient inchangées ; le résultat était catastrophique en terme de salubrité public, d’entassement de la population, de dégradation de l’habitat et d’engorgement des rues. En parallèle ce la n’aidait pas au dynamisme économique que Toulouse peinait à retrouver depuis l’âge d’or du pastel.

Dès 1752, il préconisait dans son Projet pour le commerce et pour les embellissements de Toulouse « d’aligner et d’élargir les rues, d’ouvrir des places, d’installer des fontaines, de rebâtir les portes de l’enceinte, de créer à l’extérieur de celle-ci un ensemble de promenades et un jardin public, d’aménager des bassins sur le canal. Pour stimuler le commerce, il préconisait de démolir les bastions qui gênaient la circulation devant les portes de la ville, et de faciliter la navigation en dotant d’écluses les chaussées des moulins du Bazacle et du Château, en édifiant un quai et deux ports sur la rive droite de la Garonne et en creusant un canal de jonction entre le fleuve et le canal des Deux-Mers ». Louis de Mondran, urbaniste, homme d’affaires et franc-maçon in Études sur la sociabilité à Toulouse et dans le Midi toulousain de l’Ancien Régime à la Révolution de Michel Taillefer, p. 517-520

​​​​​​​Toulouse en plans 

Ceci étant les remparts faisaient partie de l’histoire de la ville et psychologiquement il fut difficile pour les Toulousains de se dire qu’ils devaient être remplacées par des places et des allées. Les mentalités évoluèrent lentement et ce ne fut qu’au début du 19ème siècle que l’on commença par exemple les travaux de démolition des remparts et de la porte Villeneuve pour créer la place Villeneuve (future place Wilson). Le nom de Villeneuve provient de la maison de Vilanòva (Villeneuve en occitan), une influente famille de la noblesse toulousaine du 12e au 15e siècle). Ces travaux furent entrepris sous la direction de Jacques-Pascal Virebent, architecte de la ville.

 

Place Wilson (https://toulouseetlabrique.wordpress.com/accueil/les-places-a-programme/)

 

Ce sera ensuite Urbain Vitry (1802-1863) architecte en chef de la ville qui va continuer à moderniser la ville, rénover et construire des édifices, orner les places de fontaines comme celles de la Trinité ou de st Georges.

Il dessinera l'obélisque commémorant la bataille du 10 avril 1814

 

Maison Lamothe, place de la Trinité avec ses arcades à entresol, édifiée vers 1824 par Urbain Vitry

 

Maison Soucaze avec ses arcades à entresol au 1 rue St Rome construite en 1854 par Urbain Vitry
 Musée Paul Dupuy

 

Mais c’est vraiment avec Urbain Magues (1807-1876) ingénieur en chef du canal du midi que l’on va rentrer dans le paysage hausmannien : il est chargé en effet en 1869 du percement de deux voies achevées en 1874 et 1884 respectivement : la rue d’alsace lorraine ou rue Longitudinale percée de 1867 à 1873, puis de 1874 à 1897. Et la rue Transversale ou future rue de Metz percée entre 1869 et 1873 avant d’être achevée au début du XXe siècle.

Ces rues furent renommée après la défaite de la France face à la Prusse en 1871, en hommage aux "provinces perdues".

Plan de Toulouse en 1860 : pas de rue d'Alsace Lorraine ni de rue de Metz !

Plan de Toulouse en 1875 : la rue d'Alsace Lorraine est percée mais la rue de Metz n'en est qu'à ses débuts !

Plan de Toulouse en 1904, la rue de Metz est percée de part en part !

Toulouse aujourd'hui !

 

Rue de Metz en travaux entre 1895 et 1908 : au fond les Augustins - Archives municipales 51Fi2675


Sources

Toulouse percée de part en part : CINFO-TActu.indd

Toulouse en plans : https://www.revue-belveder.org/wp-content/uploads/2019/07/Toulouse_en_plans_BelvedeR_n5.pdf

https://documents.toulouse.fr/AToulouse/atoulouse_avril2022/version_accessible/patrimoine/percer-la-rue-de-metz.html

https://www.archives.toulouse.fr/histoire-de-toulouse/patrimoine-urbain/plans-anciens/plans1860_1950

le Boulingrin : https://www.archives.toulouse.fr/histoire-de-toulouse/patrimoine-urbain/dans-ma-rue/-/asset_publisher/CLQUBtXHFZEQ/content/jeu-de-boules-sur-gazon-dit-boulingrin?inheritRedirect=false

 

 

 

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Circuler dans Toulouse au 19ème siècle

14 Septembre 2025 , Rédigé par srose Publié dans #transport, #ville, #Toulouse

 

Orloff en 1824 écrit à propos de Toulouse : « l’ensemble n’a rien que de confus et de peu flatteur »

Stendhal en 1838 dans son Journal de voyage : « je ne vois rien que de laid et que de grossier »

Stendhal continue sur les pavés en disant « petits pavés gris noir, de la forme d’un rognon de brochette »

Marcher dans Toulouse n’est en effet pas chose aisée. L’asphalte fait une timide apparition en 1839 rue d’Angoulême et rue des marchands mais l’essai n’est pas concluant et en 1847 on polémique encore sur les avantages et les inconvénients de la chose.

En attendant les rues de Toulouse sont sales ; dans les procès-verbaux de l’époque on trouve ainsi « des jets d’urine sur la voie publique », des "dépôts de matière fécale dans les rues », des « jets de tripaille sur la voie publique », l »élevage de porcs à l’intérieur des maisons »

Les urinoirs ne sont pas en reste : en 1838, ils sont tellement sales et puants que le conseil municipal vote « au nom de la décence et de la salubrité publiques » leur suppression

Des tentatives de mise en place d’un service de balayage ont été faites mais cela n’a jamais duré : en 1837 les propriétaires des rues St Rome, des Changes, de la Trinité, des Filatiers, et de Maison-professe (rue des marchands) contribuent « par un abonnement annuel à raison de deux à trois sols chaque dimanche » à assurer le salaire d’une équipe de balayeurs. Mais 5 mois plus tard la motivation commence à baisser et il n’y a bientôt plus personne qui veut payer

Circuler dans les rues de Toulouse à pied est donc une affaire périlleuse ; il est possible toutefois d’utiliser des chaises à porteurs ; elles sont utilisées par la bourgeoisie ou la noblesse pour aller à la messe ou au bal.

Il existait aussi avant 1838 un service public d’une trentaine de chaises à porteurs que l’on trouvait place Saint Etienne

Elles disparaissent en 1838 pour laisser la place aux voitures de place ou fiacres : en effet en janvier 1838, six « Toulousaines » stationnent de 8h du matin à 10h du soir en 6 lieux différents de Toulouse.

En 1844, ce seront 95 fiacres qui sillonneront la ville

 

 

Toulouse connait ses 1ers omnibus en 1862

Omnibus à impériale de 1863 - archives municipales de Toulouse - 2fi 5626

En effet le maire de Toulouse Jean Patras de Campaigno (1805-1876) a lancé en 1862 un appel d’offre pour équiper la ville d'un réseau de transport en commun : une seule personne a répondu : Eugène Pons, riche minotier d’Auterive ayant ses bureaux Place Dupuy à Toulouse. Eugène fonde ainsi le Service Général des Omnibus .une convention signé entre lui et le maire concède «  … le droit exclusif de faire circuler dans Toulouse les voitures destinées au transport des voyageurs, dites omnibus, (…) et de les faire stationner sur la voie publique… ».

Jean Patras de Campaigno

C’est ainsi que sont ouvertes les trois premières lignes

  • Saint-Cyprien-Capitole-Gare,
  • Saint-Michel-Capitole-Gare
  • Casernes monumentales (Compans-Caffarelli)- Capitole-Gare

Le prix de la course est de 10 centimes contre 1.50 francs de l’heure pour la voiture

De 1863 à 1882, « l'omnibus à impériale » est le seul véhicule assurant les transports en commun à Toulouse.

Eugène Pons décède en 1871 et son fils Firmin lui succède. Celui ci transfère en 1877 le siège et le dépôt sur  au bord du cabal du midi sur l'actuelle rue Danielle Casanova (le bâtiment a été rasé depuis et à la place se trouve l'hôtel du département).

Les tramways « Ripert » arrivent en 1882 et les omnibus sont relégués aux transports en banlieue et aux barrières de la ville.

Tramway Ripert 1882

En effet Firmin Pons va moderniser le réseau en équipant sa flotte de voitures Ripert, du nom du carrossier marseillais qui lança ces voitures à chevaux sans impériale

Les tramways Ripert ne roulent pas encore sur rails, ce sont des véhicules hippomobiles, mieux adapté à la montée et à la descente.

Le 31 juillet 1887 est la journée d'inauguration officielle du tramway hippomobile sur rail

Quinze ans plus tard, en 1902, 118 tramways à chevaux sillonneront Toulouse

 

Tramways sur les boulevards - 1895 - Fonds Trutat
 
Tramways Carrefour Lafayette - 1905

En 1900 Firmin accepte de passer au tramway électrique après moults hésitations et fait une demande en ce sens à la mairie de Toulouse. Pour ce faire, sa société devient la Société Anonyme des Tramways et Omnibus Firmin Pons.

Le 7 mai 1906 trois lignes électriques sont mises en service : le tramway devient électrique

Tramway rue Alsace Lorraine 1919
 
Voir également les articles sur la rue de l'ancien régime au 19ème siècle  et histoires de wc, latrines et autres lieux d'aisance et sur les moyens de transport à Toulouse au 19ème siècle

 

Sources

https://amtuir.org/03_index_htu_gale.htm Musée des transports urbains de France

https://www.attelage-patrimoine.com/article-toulouse-une-capitale-de-la-carrosserie-hippomobile-112189916.html

Jean Fourcassié : Toulouse, une ville à l’époque romantique

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Les moyens de transport à Toulouse au 19ème siècle

13 Août 2025 , Rédigé par srose Publié dans #transport, #Toulouse

Jean Fourcassié, écrivain français né le 17 octobre 1886 à Albi et mort le 15 juillet 1955 à Catella en Catalogne fut également professeur de littérature française à la faculté des lettres de Toulouse.

Il écrit dans son livre « Toulouse, une ville à l’époque des romantiques », qu’un réseau assez dense de voitures publiques relie Toulouse au reste de la France. En effet au 19ème siècle une soixantaine de diligences arrivent et partent de la ville quotidiennement.

On peut trouver dans la ville rose des départs pour Nîmes, Bordeaux, Auch, Albi, Paris, d’autres encore pour Tarascon, Lavaur, l’Isle Jourdain, Muret, St Girons etc

Les sociétés de transports sont situées dans le centre de Toulouse notamment avec les Messageries du Midi et du Commerce au 21 rue Lafayette , La Poste aux chevaux, rue des arts,  ou encore les Messageries de l’Hôtel d’Espagne au 18 rue Peyrolières ; et bien d’autres encore.

 

Diligence des Messageries du Midi et du Commerce 1839 - maquette exposée à la salle toulousaine en 1935

La durée des voyages est longue à cette époque : il faut compter pour aller de Toulouse à Paris  4 jours et demi de transport en 1840 !

Pour aller de Toulouse à Ax les Termes ce sera un voyage de 14h

Ci dessous une série de cartes permettent de constater l'évolution des temps de trajet en France en 1765, 1840 et 1870 (la dernière carte concernant le train)

Temps de parcours en coche en 1765 depuis Paris - l'Indicateur fidèle de Michel et Desnos
 
Temps de parcours en malle poste depuis Paris en 1840 - Annuaire des postes
 
Temps de parcours en train depuis Paris en 1870 - Guide Chaix

Et le trajet n’est pas de tout repos : en 1820 la diligence, partie de Toulouse pour Paris est arrêtée près d'Uzerche la nuit par une bande de sept hommes à cheval et armés

Tandis que la diligence Bordeaux Toulouse est pillée près de Moissac par un bandit qui dévalise sept voyageurs en 1842; peu de temps après la malle-poste Bordeaux Toulouse est dévalisée près d'Agen par 4 voleurs espagnols qui seront condamnés à mort par la suite.

Indépendamment des risques du voyage et de la longueur de celui-ci , le gros inconvénient des voyages en diligence ou en malle poste reste pour le voyageur le fait d'être enfermé durant tout le voyage. Dans Mémoire d'un touriste, en 1838, Stendhal écrit « Trois jours de Paris à Marseille ! C'est beau mais aussi l'homme est réduit à l'état d'animal  : on mange du pâté ou l'on dort la moitié de la journée »

En tous les cas, Toulouse au 19è siècle est une place connue en ce qui concerne la carrosserie : Prosper Mérimée écrit en 1840 à la comtesse de Montijo « s'il vous faut une voiture, vous feriez bien je crois de la prendre ou de la commander à Toulouse où l'on fabrique très bien les voitures de voyage et peut-être plus solide qu'à Paris ; outre qu'elle coûte 1/3 moins cher, elles ont l'avantage d'être plus tôt et plus économiquement rendu à la frontière d'Espagne ».

 Le développement de cette industrie est dû à la position topographique de la ville « qui se trouve à portée de toutes les matières premières nécessaires à la carrosserie ; ainsi les bois d’orme et de frêne y sont abondants et à bas prix ; les fers de l’Ariège et de Bruniquel fournissent de très bonnes bandes de roue ; l’acier du Saut du Tarn donne des ressorts de première qualité ; les cuirs de Toulouse et les draps du Midi procurent les moyens de garnir à peu de frais l’intérieur des voitures » (Exposition des produits des Beaux-Arts et de l’Industrie, dans les Galeries du Capitole, à Toulouse en 1835, Toulouse, Imp. Auguste Hernault, 1835, p. 162-163)

En 1830, l’Annuaire du département de la Haute Garonne indique 18 carrossiers en activité. Certains occupant jusqu’à 60 ouvriers et fabriquant entre 40 et 50 voitures par an

En 1850, on dénombre 39 entreprises de carrosserie dans la ville rose.

Ces entreprises ont une clientèle locale mais pas que : Marseille, les Landes, Bayonne, l’Ardèche, l’Espagne, Narbonne, l’Algérie, Buenos Aires, Saïgon et bien d’autres endroits !

 

Pont neuf photographié par Georges Ancely, 1886

 

Quelle différence entre la malle poste et la diligence ?

Au 17ème siècle le volume de lettres à adresser aux 4 coins de la France augmente et ce que l’on appelle les courriers (en fait les personnes qui « courrent la poste. ») utilisent alors une charrette appelée « brouette » pour transporter la « malle aux lettres ».  il n’est pas possible de transporter des voyageurs. Normalement mais dans les faits la  brouette prendra un ou deux voyageurs à chaque départ !

En 1793 cette brouette est remplacée par une voiture à 2 roues et 3 chevaux, assez inconfortable puis par une voiture à 4 roues et 4 ou 5 chevaux, plus grande et plus rapide, la malle poste. Plus rapide car elle a le droit de mettre ses chevaux au galop là où les diligences sont au trot. La malle poste a pour vocation de transporter la correspondance et des voyageurs (6 à 8) avec leurs bagages. Mais elle est également plus chère que les diligences et donc réservée à la bourgeoisie.

En 1818, 259 malles poste sillonnent la France.

Maquette de malle poste de l'administration des Postes 1879 - Musée Carnavalet

Une diligence est plus lourde car elle transporte plus de voyageurs et sera moins rapide.

La diligence va progressivement évoluer pour finalement être divisé en trois compartiments : de l’avant vers l’arrière, le coupé, la berline ou intérieur et à l'arrière la rotonde peu appréciée des voyageurs. A l'extérieur on aura la banquette ou impériale

Dessin tiré du site : http://aghve.verton.free.fr/H-AGHVE/H-PAGES/diligence.html

Victor Hugo écrira dans "En voyage" tome 2 lors de son voyage Bordeaux Bayonne : "Une diligence, c’est bien plus qu’une préfecture ; c’est l’image parfaite d’une nation avec sa constitution et son gouvernement. La diligence a trois compartiments comme l’état. L’aristocratie est dans le coupé ; la bourgeoisie est dans l’intérieur ; le peuple est dans la rotonde. Sur l’impériale, au-dessus de tous, sont les rêveurs, les artistes, les gens déclassés". Victor Hugo voyageait dans l'impériale..

En 1814 il faut 86 h pour aller de Paris à Bordeaux contre 37 un 1840.

En 1840,  une lettre va mettre 36 h pour être transporté de Paris à Lyon contre 56 h en 1750.

Diligences et malle poste laisseront progressivement la place au chemin de fer. La dernière malle poste qui reliait Toulouse à Montpellier cesse son service le 23 aout 1857.

Michelet à propos des transports écrit : « Les diligences, comme on sait, marchaient encore fort lentement à cette époque [ 19ème]. Je ne m’en plaignais pas. C’est la seule façon de voyager avec profit. Depuis qu’on a créé les chemins de fer, on passe, on s’éblouit, on a le vertige et tout échappe. » 

 

Qu’en est il de la Garonne ?

La route n’est pas le seul moyen de transport à Toulouse au 19ème siècle : il est possible aussi de voyager par eau. Avec la barque de poste.

Coche d'eau 1830 - Musée de la batellerie et des voies navigables (Conflans Sainte Honorine)

En 1673 Pierre Paul Riquet commande les 1ères barques qui sont fabriqués à Gardouch

La traction de ces barques exige un certain nombre de relais sur le trajet , relais qui vont fournir des chevaux car ces barques ne vont circuler que grâce à la force des chevaux.

Embarquement à Castelnaudary 1815 - Musée de la batellerie et des voies navigables (Conflans Sainte Honorine)

Jusqu’au début du 19ème les barques ne franchissent pas les doubles et triples écluses et l’on change donc régulièrement de barques ce qui ne fait qu’augmenter le temps de trajet.

C’est ainsi que tout au long du canal, on va trouver des auberges des chapelles et bien sûr des écuries (par exemple l'ancien hôtel de voyageurs dit auberge de Négra, actuellement maison d'éclusier à Montesquieu Lauragais qui date du 17ème siècle : voir https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA31011107

Les haltes repas et dodo se font à Castelnaudary Trèbes , Le Somail et Agde

Des modèles tractés par 4 chevaux atteignent une vitesse comprise entre 11 et 13km/h !

Avant la Révolution, aller à Bordeaux prenait 6 à 8 jours , 4 jours quand l’eau était haute mais pour remonter il fallait 10 à 15 jour suivant le vent.

De même avant 1826, pour aller De Toulouse à Béziers il faut quand même plus de 3 jours car on s’arrête la nuit.. À partir de 1826 le coche d'eau avance nuit et jour ce qui permet d'aller à Béziers en 36 h avec un arrêt à Castelnaudary Carcassonne et Le Somail.

Le guide du voyageur sur le canal du midi publié en 1836 indique que le départ a lieu tous les matins du port de l'embouchure, du port Saint Etienne ou du bassin du Radoub ; le bateau peut transporter jusqu'à 150 voyageurs

En 1841 on peut trouver comme moyen de transport fluvial plusieurs bateaux à vapeur : le Toulousain, un bateau à vapeur pour le trajet Toulouse Agen Bordeaux, le bateau l'Etoile qui lui, fait le trajet Bordeaux Toulouse en 3 jours aller-retour et le bateau Clémence Isaure qui va d'Agen à Toulouse en 15h00 en 1843 et qui peut recevoir jusqu’à 150 voyageurs et leurs bagages. En Avril 1843 : Le Clémence Isaure fait la liaison Agen-Moissac en 6 heures !

«Le musée du vieux Lormont possède une pièce rare : la maquette du premier navire à vapeur destiné à naviguer sur la Garonne, et qui fut baptisé le Garonne, construit en 1818 par M. Church, consul d'Amérique à Bordeaux. Le musée d'Aquitaine de Bordeaux en possède aussi quelques-unes» (Dépêche du 14/04/2013)

Maquette du Garonne - Musée du vieux Lormont

Le guide du voyageur en France De Richard de 1849 indique que le bateau à vapeur le Xavier remonte la Garonne de Bordeaux à Toulouse en 32 h et l'adolescent en 15h00

Le canal ne devint malheureusement pas la voie incontournable reliant l'océan à la méditerranée ; le transport fluvial ne survécut en effet pas à l’arrivée du chemin de fer puis de la route. 

 

 

Sources

 

 

 

 

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Le télégraphe Chappe à Toulouse et à Lille

18 Juin 2025 , Rédigé par srose Publié dans #communication, #Toulouse

Claude Chappe, né en 1763 à Brûlon dans la Sarthe et mort en 1805 à Paris, est l’inventeur de l’ancêtre du télégraphe. Il a mis au point en effet un dispositif qui permettait de communiquer par le biais de signaux optiques.

Lithographie représentant Claude Chappe datée de 1833 -BML -Collection des portraits - POR-11-53

Plus précisément, un mat équipé de bras articulés en bois était placé tout en haut d’une tour, dite "tour Chappe" et des personnes manipulaient les bras en utilisant un système de code, chaque position des bras représentant un signe.
https://www.ens-lyon.fr/RELIE/Cadrans/chappe/Pages/Description.htm

Ces signaux codés étaient observés à la longue-vue par des guetteurs situés eux aussi en hauteur, et répétés pour transmission à la tour suivante. Chacune des tours est distante de l’autre de 7  à 20 km en fonction de l’environnement.

La première "grande" ligne opérationnelle, longue de 230 km, fut inaugurée en 1794 entre Lille et Paris. A Lille, la station de télégraphe était installée en haut du clocher de l'église Sainte Catherine un des plus hauts points de la ville à la fin du XVIIIe siècle.

Eglise Sainte Catherine à Lille avec son système Chappe sur le clocher

C’est ainsi que la nouvelle de la victoire des armées révolutionnaires sur les Autrichiens parvient aux Parisiens le 30 août 17984 une heure seulement après l’événement : l'armée française avait repris la ville de Condé sur l'Escaut.

Entre 1794 et 1830, c’est tout un réseau de télégraphie qui se développe entre Paris et la province ; en 1833, une première ligne transversale entre Bordeaux est Avignon est mise en place avec quatre relais) Toulouse dont l’un est placé sur le coteau Guilheméry et un autre au sommet du clocher de l’église des Cordeliers.

Réseau télégraphique Chappe en 1830

Au milieu du XIXe siècle, on compte plus de 550 postes en France, 200 hors du territoire national et plus de 5 000 km de réseau.

En forêt de Bouconne on peut encore voir une tour Chappe de 10 m de haut et de 4m de diamètre (le mat faisait, lui, 6 m de haut)  à 216 m d’altitude qui a fonctionné entre 1834 et 1853 et qui se trouvait justement sure cette ligne. ; elle servait de relais entre les tours de Thil et de Cornebarrieu, Blagnac suivait avec le clocher de l’église Saint Pierre qui abritait un système Chappe.

Il fallait entre Paris et Toulouse, près de trois heures pour recevoir le message, à la condition que ce soit le jour, et que le temps soit clair.

On peut voir aussi les vestiges d’une tour Chappe à Avignonet Lauragais, initialement haute de 6.5m et qui servait de relais aux tours de Montferrand et Labastide Beauvoir.

Puis arriva le télégraphe de Samuel Morse, peintre et inventeur américain (1791-1872) qui remplaça le système mis au point par Chappe par le télégraphe électrique Morse ; progrès majeur car l’on pouvait communiquer nuit et jour et par tous les temps ; le télégraphe morse s’installa à Toulouse en 1852.

 

Sources

https://www.museedutelephone.fr/

http://www.telegraphe-chappe.com/chappe/communiquer.html

https://injs-bordeaux.org/tour-chappe-2/

https://www.cite-telecoms.com/accueil/musee-des-telecommunications/les-peres-fondateurs/morse/

https://archives.lille.fr/page/1794-le-premier-telegramme-de-l-histoire-est-emis-depuis-la-tour-de-la-collegiale-saint-pierre-de-lille

https://www.goodmorninglille.org/blog/telegraphe-chappe-paris-lille

Premier « piratage » d’un réseau de communication : l’affaire du réseau télégraphique détourné

 

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De la Maison commune au Capitole

24 Novembre 2024 , Rédigé par srose Publié dans #ville, #Toulouse

 

De la Maion commune au Capitole

 

Le Capitole de Toulouse se dresse à l’emplacement de ce que l’on appelait autrefois la Maison commune de Toulouse puis l’hostel de ville.

De cette première maison municipale ne reste aujourd’hui que le Donjon (l'ancienne tour des archives) datant du 16ème , les galeries de la cour Henri IV datant du 17ème , la façade du 18ème et la porte du petit consistoire datant de 1546

 

De la Maison commune au Capitole

Donjon du Capitole, 1906

 

Revenons à notre maison commune.

Elle fut fondée en 1190 par les Capitouls mais on la mentionnera pour la 1ère fois sous cette appellation dans la chanson de la croisade des albigeois de 1216.

En 1190 donc les Capitouls achètent une bâtisse en bordure nord de l’ancien rempart romain appelé aussi mur sarrasin, à la jonction du bourg et de la cité, proche de la tour Charlemagne qui deviendra par la suite la prison communale. L’emplacement de cette tour est aujourd’hui matérialisé par un marquage au sol dans une allée qui va de la rue Lafayette au donjon du Capitole.

Le lieu retenu pour la maison commune est stratégique car loin du pouvoir comtal au sud (porte narbonnaise) et du pouvoir ecclésiastique à l’est (avec Saint Etienne) et en limite de la cité (la ville ancienne) et du nouveau bourg regroupant le quartier de st Sernin, le domaine des cuisines et le terroir de las crosses.

A noter que cette zone est tout proche de ce que l’on appellera plus tard le « quartier latin » toulousain.

Le plan de Toulouse ci dessous ainsi que le dessin un peu peu plus bas sont établis tel qu'on imagine Toulouse sous l'Antiquité : on peut y voir les 3 portes de la Cité et l'emplacement actuel de certains sites ce qui permet de visualiser mieux la ville au début du Moyen Age. La zone de la Porterie nous intéresse plus particulièrement ici.

De la Maison commune au Capitole

Plan de Tolosa tiré de l'ouvrage de Jacques Frexinos

"Toulouse, histoire panoramique des origines à la révolution"

 

De la Maion commune au Capitole

 

La Maison commune se situe juste en face de ce que l’on appelait au Moyen Age la Porterie. Il s’agit de l’une des 3 portes de la ville, celle au nord qui donnait accès à la route de Cahors, notre actuelle rue du Taur et la route d’Albi (actuelle route de Rémusat).

Aujourd’hui à l'emplacement de la Porterie nous avons notre place du Capitole.

Pourquoi ce nom de Porterie ? il s’agit de la déformation de Porta Arietis la porte du bélier; cette appellation nous vient peut être de l'antiquité si l'on en croit un morceau de bas relief avec un bélier trouvé lors des fouilles archéologiques de 1971 près de la tour ouest de la Porterie.

Ce n’est pas une simple porte, c’est en fait une forteresse avec deux tours de guet encadrant un bâtiment circulaire avec une petite cour centrale. Au début du Moyen Age cette forteresse existe toujours. Elle sera démolie avec le mur sarrasin au 13-ème siècle ou sera incorporée dans les maisons qui vont être construite à cet endroit, maisons qui seront à leur tour démolies au 18ème siècle lorsque l'on va dégager cet endroit pour en faire une place. Lors des travaux de 1729/1730 furent découverts en effet sous les maisons démolies les restes de la porterie :"c'est dans cette place et sous les maisons démolies en 1729 (...) qu'on découvrit la porte appelée porta Arietis (...) Dans le temps de cette démolition, on découvrit  partie convexe d'une voûte environ trois pieds sous terre plus bas que le niveau de la place. On crut d'abord que c'en était une de cave ordinaire, parce qu'elle servait à cet usage. La pierre qui fut trouvée (...) excita les entrepreneurs de la démolition à pénétrer plus avant (...)Les deux côtés du passage étaient bâtis de gros quartiers de pierre (...) Le milieu de ce bâtiment, quoique presque entièrement dégradé de même que la voûte, était bâti de briques"; c'est ainsi que cette découverte fut racontée par Barnabé Farmian Durosoy, (1745-1792), journaliste et homme de lettres.

 

De la Maion commune au Capitole

© Studio Différemment 2014 Illustrations : Jean-François Binet, Jean-François Péneau

Porte du bélier sous Auguste

4 = rempart

5 = passages latéraux

6= passage central

7 = cour

 

De la Maion commune au Capitole

 Vue des restes découverts au début du chantier du parking en 1970 : on voit bien comment était située la Porterie par rapport au Capitole à gauche

© Studio Différemment 2014 Illustrations : Jean-François Binet, Jean-François Péneau

2 et 3 = tour est et ouest

5 = cour circulaire centrale

4 = passages latéraux

 

De la Maison commune au Capitole

Les fouilles de 1971 lors de la construction du parking sous la place du Capitole

 

Notre Maison commune va tout au long des siècles s’agrandir au grès des achats de bâtisses diverses et changer de nom ...  En effet au 16ème siècle les Capitouls engagent des travaux pour agrandir ce qu'ils vont appeler désormais le Capitole : en 1522 jusque là l e nom de cette maison commune est Capitulum qui signifie Chapitre et qui est traduit en Capítol en occitan. En 1522, Pierre Salmon, greffier à l'hôtel de ville, latinise le nom en Capitolium, en référence au Capitole romain.

C’est à cette époque que vont être construits la tour des archives, (notre donjon du Capitole), le poids de l’huile (bureau municipal où les huiles, les jambons, les chairs salées étaient entreposées en entrant dans la ville pour y être pesées avant d’être livrées aux marchands, la tour de la poudre, et la prison des Carces , le logis de l’Agasse (agassa = pie en occitan) ou de l’écu (au 6 de la rue du poids de l’huile) et la chambre de l’artillerie, la bouille et le poids commun où sont conservés les poids municipaux qui permettent de peser et taxer les marchandises qui sont vendues en ville, et le grand consistoire qui sert aux cérémonies puis la chapelle et une nouvelle façade avec des tourelles d’angles de défense.

Au début du 17ème siècle, la cour Henri IV et ses galeries sont crées à leur tour.

De la Maison commune au Capitole

Cour Henri IV - deparlemonde.com

 

C'est donc un ensemble de bâtiments très hétérogènes qui forment la maison commune ou Capitole, ensemble fortifié et percé de portes, le tout sur une superficie correspondant à l'actuel Capitole et le square Charles de Gaulle.

Les deux plans ci dessous nous donnent une image assez précise de ce que cela représentait au 18ème siècle.

De la Maion commune au Capitole

Le Capitole, Wikipédia

 

De la Maion commune au Capitole

De la Maion commune au Capitole

Tiré de l'article de Messieurs PRIN et TOLLON : un projet inédit pour la façade du Capitole, Toulouse et Rome au 17ème siècle, 1997 dans la revue Mémoires de la société archéologique du Midi de la France 

 

Le souci d’homogénéiser l’ensemble ne prendra véritablement corps qu’entre 1758 et 1768, avec la grande façade élaborée par l’architecte Guillaume Cammas. Mais avant de donner une façade digne de ce nom à la Maison commune, les Capitouls vont vouloir lui donner dès 1676 une place royale comme nous l'avons vu plus haut. Ils vont délibérer en ce sens :

«  … que la démolition du moulon (pâté de maisons) qui est au devant de l’Hostel de Ville sera faicte pour y avoir une place carrée au milieu de laquelle sera mise l’effigie de nostre invincible monarque… » 

 Le Parlement de Toulouse s’y oppose ; les plans ne seront dressé qu’en 1730 par Antoine Rivalz (peintre toulousain, 1667-1735).

« resserré dès l’origine au milieu d’un dédale de ruelles sales et sombres, cet Hôtel (la maison commune) dominait cependant les lourdes et plates toitures de briques de la cité de toute la hauteur d’un donjon, flanqué de quatre tourelles élégantes qui indiquait et proclamait au loin la destination de la noblesse de la Maison commune »

Seront ainsi détruites notamment 11 maisons dans le moulon de Saint Quentin , opposé à l’hostel de ville, depuis la rue du collège Sainte Catherine jusqu'à la rue des Cordeliers, , le moulon où se trouvent les 7 maisons de mr de Puget, lieutenant des maréchaux de France, la maison du sieur Cassé et du sieur Pied pour continuer la façade jusque la rue du Petit Versailles, deux maisons attenant au collège Saint Martial, la maison qui fait le coin de la rue Sainte Catherine

Cette place nommée Royale, changera de nom au gré des régimes qui vont se succéder : c'est ainsi qu'en 1794 elle fut nommé place de la Liberté, en 1800, place d'Armes, en 1804, Place commune, en 1805, place de la Mairie, en 1812, place Impériale, en 1815, place Royale et en 1844 place du Capitole.

 

De la Maion commune au Capitole

 

La façade de 135 mètres de long sera quant à elle construite de 1750 à 1760 en pierre calcaire et en briques.

L'article de Messiers Maurice Prin et Bruno Tollon, paru en 1997 dans la revue Mémoires de la société archéologique du Midi de la France, "Un projet inédit pour la façade du Capitole, Toulouse et Rome au 17ème siècle", nous donne un aperçu de ce que pouvait être le Capitole, du moins sa façade, avant d'être complètement refaite par Guillaume Cammas (peintre et architecte français, 1698-1777) au 18ème siècle.

De la Maion commune au Capitole

Ce relevé daterait d'après 1671 si l'on se réfère au portail que l'on voit sur le dessin. C'est donc cette façade qu'a dû voir Guillaume Cammas, une façade de 68 mètres de long, aux allures de maison forte (à but défensif), avec un rez de chaussée aveugle et la présence d'échauguettes aux angles et à l'étage des ouvertures réduites.

 

La façade va donc être construite en pierre calcaire et en briques mais en 1771 les briques seront cachées par  de la peinture blanche selon la coutume de l'époque; en 1883 on peignit les briques en rouge et la pierre en blanc et ce n'est qu'en 1988 que le la façade retrouva ses briques et ses pierres dans leur couleur originelle.

De la Maison commune au Capitole

 

Pierre Barthès, toulousain né en 1704 dans une famille de foulonneurs de draps, est témoin de la construction de la façade dès 1750 et écrit ceci dans son livre "les Heures perdues" :

"le 26 de ce mois (août), à midi, les fondements de la façade de la Maison de Ville ont commencé à l'angle, près du collège Saint Martial, jusqu'à la porte de la Commutation. La première pierre fut posée en cérémonie par M. Lassère, Capitoul, avocat et chef du Consistoire, assisté par MM. ses collègues. On posa tout d'abord une tuile neuve, au milieu de laquelle on avait pratiqué un vide en rond, dans lequel on plaça une petite couronne de paille, sur laquelle on posa une pièce d'or de la grandeur d'un double louis, représentant d'un côté la figure du roi, et de l'autre une inscription relative au sujet. On la montra à tous les assistants puis l'ayant mise dans le vide, on la couvrit d'une couronne de pareille paille sur laquelle on renversa la première pierre, sur laquelle était gravée l'année et l'époque de ce nouvel ouvrage qu'on éleva sous la direction de M Cammas, peintre de la ville qui en a donné le plan :"Ceci arriva sous le Pontificat de Benoit XVIII, Louis XV, roi de France, étant Capitouls M. Lassère, avocat, chef du Consistoire, M. Filhol, M. Laulanié de Rigaud, M. Simorre de Lourdes, M. David de Baudrigues et M. Robert Cammas, dirigeant des travaux; les nommés Azéma dit Tatore et Quercy maçons, étant les entrepreneursla paix étant générale en 1750"".

 

De la Maison commune au Capitole

Reproduction d'un daguerréotype de Bianchi de 1839 avec la façade du Capitole en blanc - Archives municipales de Toulouse

 

Sources

https://www.toulouse-brique.com/hoteldeville.html

http://www.studiodifferemment.com/telechargement/PDF/toulouseb32-porterie.pdf : une porte romaine sous la place du Capitole

https://www.urban-hist.toulouse.fr/uhplus/?context=adxg

https://www.inrap.fr/la-maison-commune-de-toulouse-ancetre-de-l-hotel-de-ville-11891

 « L'ancienne place royale (Place du Capitole) », Revue de Toulouse et du Midi de la France, t. 23,‎ 1866, p. 247-269

https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA31133207 : site du ministère de la culture

https://books.openedition.org/psorbonne/3296?lang=fr : Toulouse au Moyen Age, les pouvoirs dans la ville de  Quitterie Cazes

https://societearcheologiquedumidi.fr/_samf/memoires/T_57/07_Prin_Tollon.pdf : article de Messieurs Prin et Tollon sur la façade du Capitole

https://shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-833?lang=fr : Les Heures perdues de Pierre Barthès, une chronique privée au xviiie siècle de Mathieu Soula

 

 

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Le pont du Bazacle

31 Décembre 2023 , Rédigé par srose Publié dans #Toulouse

Le pont du Bazacle

Le nom « bazacle » vient de vadaculum (petit gué) ; il désigne un site sur la Garonne constitué de bancs de marne dure traversant obliquement le fleuve. La faible hauteur des eaux à cet endroit en fait un passage pratique pour les hommes. Ce devait être d’ailleurs le seul point de passage du fleuve avant la construction du pont antique (le 1er pont vieux).

Il faut bien avoir en tête quand on étudie les ponts de Toulouse, les berges, le guet ou la Garonne elle même que la configuration topographique actuelle n'est pas tout à fait la même que celle des siècles passées et que les aménagements effectués par les hommes ont modifié l'ensemble de façon plus ou moins importante (voir à ce sujet l'article de Henri Molet).

 

Le pont du Bazacle

bloc de marne blanche

 

Des fouilles archéologiques ont ainsi permis de prouver l’utilisation du gué comme passage depuis l’âge du bronze.

Manifestement les hommes ont eu à un moment besoin de pérenniser ce passage par la construction d’un pont : Georges Fouet, et Georges Savès, archéologues,  ont effectué trois campagnes de recherches dans les années 70 sur ce site et ont découvert, sur ce gué, à 40 mètres en aval du barrage actuel (reconstruit en 1719 par l’ingénieur  Joseph Abeille à l'origine de la reconstruction du pont de Pigasse) et à 250 mètres en amont du pont des Catalans, des vestiges prouvant l’existence d’un pont sans doute entièrement en bois dans les 1ers temps puis en maçonnerie.

Ils ont étudié un fragment de pile avec éperon, en briques et galets, située à une vingtaine de mètres à l’est de la tour d’angle de l’hospice de la Grave ; la pile mesurait 5 mètres de long et 3 mètres de large, et était haute de 1,80m.

Ils ont trouvé lors de leurs fouilles sur le gué plusieurs milliers de pièces diverses des 13 et 14ème siècles (monnaies, épingles, etc.) qui prouvent l'importance de la circulation sur ce pont.

 

Le pont du Bazacle

Toulouse au 12ème siècle par Pierre Gérard - 

Plan de Toulouse 1080-1208 soit avant la construction du pont du Bazacle qui a eu lieu quelques années après mais on peut voir en bas de la carte la chaussée et le gué du Bazacle, l'emplacement du chateau et des moulins et la porte Vital Carbonnel

 

Le pont du Bazacle a vraisemblablement été construit au début du 13ème siècle, à la suite de la croisade contre les Albigeois. Il était protégé par un château (le château du Bazacle) qui surveillait le gué et les moulins du même nom ainsi que la porte dite « de Vital Carbonnel ». Il ne s’agissait pas d’un point de passage important car assez excentré. Il servait essentiellement à l’usage des moulins d’après Georges Fouet et Georges Savès (L'emplacement réel du pont du Bazacle, dans L'Auta, n° 399, novembre 1973).

 

Le pont du Bazacle

Toulouse, le patrimoine en images - éditions Privat

 

Le 13 septembre 1217, il était non achevé lorsque Raimond VI entra dans Toulouse. En 1218, on enregistre une donation pour son entretien. La Chanson de la croisade albigeoise, traitant des événements de 1219, spécifie d'ailleurs que ce pont était « nouvellement construit » ; le texte énumère en effet les chevaliers qui « an la charga del ponh nau del Bazacle, lo qual asta fact novelaman » (les ponts de Toulouse de Jean Coppolani, p.23).

En 1222, un texte cite « illo loco in quo pons Badaclei est constructus ».

Le pont est mentionné en 1271 et en 1350 ; en 1337 il est réparé de même qu’en 1391. On ne retrouve plus de mention du pont ensuite.

 

Il est à noter qu’en 1613 lors d’une crue de la Garonne qui provoqua la rupture de la chaussée du Bazacle, les vestiges d’un édifice romain apparurent, vraisemblablement un temple. 

Le pont du Bazacle

Deux témoins oculaires de ces vestiges surgis des eaux :

Bertrand de Laroche-Flavin « Recherches sur les antiquités et curiosités de la ville de Thoulouse », 1627, Toulouse. Exemplaire conservé à la B.M. Toulouse, cote res D XVII 499, daté de 1627, mais écrit vers 1618-21. « En cet endroit du moulin du Bazacle, il y a eu au temps passé quelque grand et superbe bâtiment car il se trouve encore dans l’eau de grandes et épaisses murailles et de grandes pièces de marbre et autre pièces élaborées à l’Antique ; y ayant esté trouvée une statue qu’on jugeait être de Pallas ».

 Catel, Mémoires de l’Histoire du Languedoc, 1629, paru en 1633, Toulouse, Colomiez. Pages 123-124: « Temple au Bazacle : …mais je pese qu’il y a plus de raison de dire qu’il estoit tout contre le moulin du Bazacle, et entre l’hospital de la Grave et ledict moulin. Car il y a quelques années que la chaussée du moulin du Bazacle estant quasi du tout rompüe, et par ce moyen la rivière de Garonne estant fort basse du costé du bazacle, on descouvrit dans ladite rivière devers le moulin, des ruines d’un édifice très somptueux, lesquelles ayant esté veües par Souffron, et Bachelier, gens forts ingenieux et sçavans en l’architecture, ils trouvèrent que c’estoient des masures et ruines d’un grand temple, lequel estoit de marbre blanc basty avec telle solidité que les quartiers de marbre estoient liés ensemble avec des lames de fer cramponnées avec du plomb. Dequoy ayant esté adverty je fus aussi tost sur le lieu, et vis partie de ces ruines, entre lesquelles plusieurs batteliers s’occupoient à tirer le plomb qui avoit servy à faire tenir les crampons de fer. Je vis aussi plusieurs grandes pierres de marbre, où estoient entaillés a demy relief de grands personnages vestus à la romaine. Les masures de cet édifice estoient fort grandes, et commme en quarré, tesmoignant que ce temple ou édifice estoit enrichy de colonnes de marbre noir si grandes, quelles avoient trois pieds et demy de diamètre… L’ay appris dudit sieur Souffron que aux corniches desdites colonnes estoient entaillées des hiboux, ce qui donne sujet de croire que c’estoit le temple de Pallas. Ce temple semble avoir esté grandement fréquenté ; car l’on recognoit encores dans la rivière de Garonne des fondements, et vieilles masures de piliers qui estoient sans doute d’un pont pour aller du costé de Sainct Cyprien au susdit temple»

 

Toulouse renferne quantité de vestiges romains en son sein depuis des siècles et les divers vestiges de cette Toulouse romaine furent utilisées depuis le 13ème siècle pour créer notamment la chaussée du Bazacle.

Le pont du Bazacle

Chaussée du Bazacle - collection Trudat (1840-1910)

 

Sources

https://societearcheologiquedumidi.fr/_samf/memoires/t_61/015-034-MOL.pdf

Chanson de la croisade albigeoise : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103147b.image

Les ponts de Toulouse de Jean Coppolani

le pont du bazacle de Henri Paum Eydoux

Autour du Bazacle, la Garonne et les vestiges antiques de Henri Molet

FOUET et G. SAVÈS, « Le gué du ramier du Bazacle », dans L’Auta, août 1971, n° 381, p. 138-145 ; Idem, « Le gué du Bazacle, catalogue sommaire des trouvailles faites avant 1971 », dans L’Auta, janvier 1972, n° 384, p. 8-20 ; Idem, « L’emplacement réel du pont du Bazacle », dans L’Auta, novembre 1972, n° 399, p. 202-207 ; Idem, « Le gué du Bazacle, ses ponts et ses richesses archéologiques », dans L’Auta, mars 1977, n° 426, p. 73-81 ; Idem, « Les premières fouilles du Bazacle au XIXe siècle », dans L’Auta, octobre 1983, n° 489, p. 227-236

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Le pont de Pigasse et l'arche de Tounis

17 Décembre 2023 , Rédigé par srose Publié dans #Toulouse

Le pont de Pigasse et l'arche de Tounis

Le Pont de Tounis (qui n'a rien à voir avec l'arche de Tounis), reliant l’ancienne île de Tounis à la ville, enjambe la "Garonnette", ancien bras maintenant asséché de la Garonne, et est le plus ancien pont de Toulouse.

Le pont de Pigasse

Plan de Toulouse - Rochefort 1670 - on peut voir comment se situe l'île de Tounis 

 

Mais il a existé un autre pont  plus ancien encore, traversant la Garonnette plus en aval, à l'endroit où la Garonnette débouchait dans la Garonne sous l’actuel quai de Tounis. Plus précisément il partait de la halle aux poissons (aujourd'hui rue de la Descente de la Halle aux Poissons) et arrivait à la pointe nord de l’ile. Il s'agit du pont qui se trouve au n°12 ci dessous :

Le pont de Pigasse

Ile de Tounis avec le Pont Neuf tout à droite

Le n°12 correspond au pont de Pigasse ou pont en fil de fer qui est l'emplacement aujourd'hui de l'arche de Tounis (voir plus bas)

Le pont de Tounis est au n°8

La Garonnette figure au n° 7 (aujourd'hui il s'agit de l'avenue de la Garonnette)

La rue des abattoirs au n°11

La rue des Teinturiers au n°6

 

Jules Chalande (historien né en 1854 à Marseille et mort en 1930 à Toulouse) a retrouvé un texte dans les archives de Toulouse qui atteste de l’existence du pont de Pigasse en 1597.

Il semblerait qu’une crue l’ait détruit en 1608 et qu’il fut reconstruit en bois de chêne en 1612.

Il reprenait le tracé du Pont-Vieux, 1er du nom et fut dénommé Pont de la Halle (la Halle aux poissons était toute proche) ou plus simplement Pont de Bois avant de s'appeler pont de Pigasse pour une raison inconnue.

 

Le pont de Pigasse

Hypothèse de restitution cadastrale en 1680

 

Plusieurs fois réparé, voire entièrement refait (il s’écroule en 1690 et fut reconstruit totalement en 1693 pour 1800 livres), il fut emporté par l’inondation de 1709. Malgré un appel d’offres lancé par les capitouls en 1711 puis en 1720, aucun artisan ne souhaite s’emparer du chantier.

En 1731 l’ingénieur Joseph Abeille (né en 1671 à Vannes et mort en 1756 à Rennes) se lance et reconstruit le pont de bois qui s’effondrera en 1764. (Joseph Abeille a apporté son expertise technique ainsi que des capitaux dans la réparation du moulin du Bazacle et la digue qu’il a construite est toujours celle actuellement utilisée pour produire de l'électricité).

 

Le pont de Pigasse

 

Pont de Bois, dit pont de Pigasse. Plan de construction dressé par l'architecte Souffron, 1612, Ville de Toulouse, Archives municipales, DD213/1 (détail)

 

Pierre Barthès auteur des Heures perdues, ouvrage rédigé à partir de 1737 écrit à ce sujet :

« Le dimanche 8ème de ce mois (juillet), jour de la dizaine de l’île de Tounis où l’affluence du monde qui passe et qui se rend dans l’île après vêpres pour se divertir est très grande, entre 9h et 10h du soir, le pont qu’on appelle de Pigasse et qui va de la Halle aux poissons dans l’île, tomba dans l’eau, rongé de vétusté. La 3ème partie de l’édifice qui aboutit à Tounis vis-à-vis la maison de Dubarry, s’étant affaissée sur les piliers qui n’étaient plus que de bois pourri, n’ayant jamais été réparée, fut entrainé dans la chute. Personne ne se trouvait à passer dans ce moment funeste, ce qui a été regardé comme un bienfait du ciel, après la grande quantité de monde qui avait passé dessus pendant cette journée. »

il fut définitivement démoli en 1767.

 

Par la suite un bac sera utilisé pour que les Tounisiens puissent traverser la Garonnette depuis la pointe nord de l’île.

Pierre Barthès précise dans ses Heures perdues que « pour la commodité des bouchers, des habitants, des blanchers, des pêcheurs qui habitent Tounis, ont établi sans doute avec permission, un passage dans une barque pour la traversée où chacun pour le prix d’un liard, peut se faire passer sans pour remonter au pont de la Dalbade, ce qui allongeait beaucoup ».

Ce bac sera utilisé jusque vers 1829 date à laquelle on construisit au même endroit, un pont suspendu (réservé aux piétons)  appelé par les toulousains le pont de fil de fer, long de 24m et large de 2m ; il a couté 4 295 frs et 99 cts.

Toutefois entre la décision de construire le pont et l’achèvement de celui-ci, les habitants de Tounis ont décidé d’écrire au maire de Toulouse, Joseph Viguerie, le 6 septembre 1830 :

« les habitants de l’île de Tounis ont l’honneur de vous exposer que depuis longtemps un bac placé sur le canal de fuite (la Garonnette) du moulin du Château leur facilitait le passage de l’île au pont, lorsque la construction du pont en fil de fer est venu interrompre le service de ce bac. Par la démolition de l’escalier de la halle (aux poissons) voilà plusieurs mois qu’ils se trouvent privés de ce passage qui leur est si utile, notamment aux bouchers qui sont obligés, chargés d’un lourd fardeau, de faire un long contour. C’est pourquoi Monsieur le maire, ils viennent solliciter de vos bontés, vu l’escalier provisoire établi à la halle, ordonner au fermier dudit bac de continuer son service, jusqu’à ce que le pont soit totalement achevé, et à défaut autoriser momentanément tout autre individu à faire ce service ».

 

Mais ce pont ne dura guère car il fut détruit vers 1854 pour faire place à un nouveau quai construit d’après le projet de l’architecte Urbain Vitry, né en 1802 à Toulouse, mort dans cette ville en 1863.

A la place du pont de Pigasse fut construit dans la maçonnerie du quai de Tounis, l’arche de Tounis pour laisser le passage à la Garonnette dont les eaux permettaient encore le fonctionnement du moulin du Château.

 

Le pont de Pigasse

1ère photo : l'arche de Tounis et les quais avant 1950 (époque où la Garonnette existait encore) - à noter au loin le clocher de la Dalbade qui s'est effondré en 1926 

Seconde photo : l'arche et les quais après 1950 (la Garonnette n'existe plus) et avant 2019, date à laquelle les berges furent rénovées - à noter la buse qui permet l'écoulement de ce qui reste de la Garonnette

Photos tirées du blog : Le Soulier Voyageur http://souliervoyageur.canalblog.com/

 

 

Le pont de Pigasse

L'arche de Tounis et le quai de Tounis après les rénovations de 2018/2019

Photo tirée du blog : Le Soulier Voyageur http://souliervoyageur.canalblog.com/

 

 

Le pont de Pigasse

L'arche de Tounis et sa voûte composée de 9 arcs et au loin le Pont Neuf

 

La largeur de l’arche est de 12 mètres et est composée de 9 arcs en pierres et en briques

Cette arche est aujourd’hui sèche à l’instar du pont de Tounis puisque la Garonnette a été comblée et asséchée dans les années 1950

 

Le pont de Pigasse

 1ère photo : la garonnette et le pont de Tounis  avant 1950

2nde photo : la Garonnette est le ruisseau au milieu de la photo entre les deux espaces de gazon, le pont de Tounis au second plan

Photos tirées du blog : Le Soulier Voyageur http://souliervoyageur.canalblog.com/

 

Le pont de Pigasse

Ce qui reste de la Garonnette aujourd'hui : un ruisseau ; au loin le pont de Tounis

 

 

Sources

Les heures perdues sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k132172x.image

L'île de Tounis de Jean-Marie Arrouy

Les ponts de Toulouse de Jean Coppolani

L’îlot de la rue de la Descente-de-la-Halle-au-Poisson à Toulouse de Yoan Mattalia

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Le 1er pont vieux de Toulouse

4 Décembre 2023 , Rédigé par srose Publié dans #Toulouse

Le 1er pont vieux de Toulouse

Le premier pont de Toulouse est le Pont Vieux, 1er du nom (il y en aura un autre plus tard). Le Pont Vièlh est à l'origine un ancien pont aqueduc construit au 1er siècle pour franchir le fleuve et pour alimenter Toulouse en eau. La légende attribue sa construction à la reine wisigoth Pédauque d'où son nom au Moyen âge de Pont de la reine Pédauque ou Pont de la Régine. Il ne s'appellera Pont Vieux que lorsque le Pont de la Daurade sera construit au 12ème siècle mais pour plus de commodité ici nous l'appellerons d'ores et déjà Pont Vieux.

il est à noter toutefois que les historiens ont longtemps contesté le fait que l'ancien pont aqueduc corresponde à ce que les textes médiévaux appellent le pont vieux (le 1er du nom). Les avis sont partagés mais il semblerait toutefois au vu des découvertes archéologiques qui ont été faites que l'on puisse imaginer qu'il s'agisse bien du même ouvrage... Affaire à suivre. 

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Reconstitution de la Tolosa antique vers le 5ème siècle où l’on voit l’aqueduc à droite et l’emplacement des sites actuels de Saint Sernin , Saint Etienne et le Capitole ainsi que le Pont Neuf qui bien sûr à l’époque n’existaient pas

 

Voyons un peu comment se présentait le pont aqueduc antique long de près de 9 km : il comprenait deux sections :

- La première est souterraine et va de Monlong à la Cépière en passant sous les immeubles de Bellefontaine (notamment sous l'immeuble Camus), de la Reynerie et du grand Mirail; cette section captait les sources proches et amenait les eaux par un canal souterrain jusqu’à la Cépière où devait se trouver un château d'eau. L'abbé Georges Baccrabère, archéologue et historien toulousain né en 1920, énumère une vingtaine de sources sur ce parcours (dont sept dans le parc du Mirail, cinq dans celui du château de la Réynerie).

- La seconde section, aérienne avec ses 517 arches commençait donc à la Cépière pour virer à 90° plein ouest empruntant le tracé actuel des routes de Saint Simon, de la rue de Cugnaux, où une quinzaine d'arches ont été exhumées au XIXe siècle, et de la rue des Teinturiers, et culminant à 5 mètres au-dessus de l’actuel quartier Saint Cyprien pour rejoindre la Garonne. Le nom de la rue des Arcs Saint Cyprien (Cami dels Arcs) est le souvenir de la présence de l'aqueduc à proximité.

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Dessins de Christian Darles d’après les travaux de Pierre Pisani et de Badie et Gassend

 

Le pont aqueduc traversait ensuite le fleuve environ 200 mètres en amont de l'actuel Pont Neuf, et atteignait la rive droite au niveau de la rue de la Descente de la Halle au Poisson où l'eau était stockée dans un premier réservoir. Puis l'aqueduc, descendant jusqu’au niveau de la chaussée, poursuivait jusqu'à l'actuelle place Rouaix où devait se trouver là aussi un château d'eau. 

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Tracé du pont aqueduc en fonction des traces et vestiges archéologiques retrouvés

 

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Illustration de Philippe Biard donnant une idée de ce qu'était le pont aqueduc en fonction

de sa situation sur le tracé

  

On retrouve les vestiges d'un réservoir à l'emplacement de l'actuelle école Lespinasse près de la place Olivier à Saint -Cyprien (article de la Dépêche du 25/08/2017 ).

Autre vestige de ce pont : une arche de pont est enfouie à 3 mètres de profondeur sous le tronçon nord de la rue de la Descente de la Halle aux Poissons et n'est accessible que par les caves des immeubles voisins. Il semblerait que ce soit aussi les vestiges du premier « pont Vieux » de Toulouse qui aboutissait vraisemblablement dans ce secteur après avoir traversé la pointe de l’ile de Tounis.

 

On peut supposer que le pont adueduc de Toulouse ressemblait à l'aqueduc du Gier près de Lyon, encore debout :

Le 1er pont vieux de Toulouse

 

Bertrand du Puy des Grais, avocat né en 1639, donne déjà à l'époque une description (spartiate) du tracé de l’aqueduc de Monlong à la Garonne :

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Plan reconstitué de Toulouse antique, dans Bernard Dupuy des Grais, "Tolosae antiquae chorographia", 1713, Bibliothèque municipale de Toulouse, Ms. 1254.

 

Ce pont est encore utilisé au 12ème siècle mais sans sa fonction d’aqueduc ; plus précisément il apparaît pour la première fois dans les textes en 1152 ; il est le seul pont à cette époque permettant de franchir la Garonne. Il permet le passage des marchandises et des voyageurs notamment les pèlerins qui vont à Compostelle.

Mais il subit les vicissitudes du temps... En 1258 il est emporté par la Garonne en crue ; en 1281 il s’effondra sous le poids de 200 personnes qui regardaient passer une procession de bateaux : « L’an 1281 et la veille du jour de l’Ascension, une partie du Pont-Vieux s’écroula pendant que la Confrérie des Bateliers de la Dalbade faisait sur la Garonne sa procession accoutumée. Les spectateurs qui s’étaient portés en grand nombre sur ce pont furent entraînés dans sa chute et 200 personnes périrent dans les eaux du fleuve ».

Le 30 mai 1485 le pont est entouré par un "soudain débordement de la Garonne". En 1508 il "croula quasi d'un bout à l'autre". En 1508 et en 1523 des crues emportent une partie de l'ouvrage. En 1524, le tablier en bois est refait.

Il sera remplacé progressivement par le pont de la Daurade construit plus en avant à partir de 1153 et sera abandonné totalement à partir de 1556. Il n'apparaitra plus entier sur les plans de la ville à partir du 17ème siècle.

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Extrait du plan de Toulouse par Albert Jouvin de Rochefort en 1680 montrant en jaune les restes du pont vieil de pédauque

 

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Extrait du plan de Toulouse de 1663 par Nicolas Berey (Musée Paul-Dupuy, inv. 20.6.1) montrant les ruines de l'aqueduc antique. Tirage photographique couleur, 13 x 18 cm. Ville de Toulouse, Archives municipales, 2 Fi 1305 détail.

 

Au 17ème siècle, l’historien toulousain Guillaume Catel donne une description des vestiges du pont vieux (Guillaume Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 1633, p. 127-128 et 194-195) :

« L'aqueduc [...] estoit continué jusques dans la ville, passant à travers la riviere de Garone, dans laquelle se treuvent encore les fondemens des piliers de brique qui portoient ledit aqeuduc. Et peut estre estoit il continué dans la riviere par piliers & arceaux à la façon d’un pont, d’où vient qu’il est appellé par le peuple, le Pont de la Regine Pedauque, c’est-à-dire pied d’oye, d’autant qu’il estoit si estroit qu’un homme, ou autre animal n’y pouvoit si commodement passer, qu’une oye. [...] Ce Pont est appellé le Pont Vieil depuis longues années, pour le distinguer de celuy de la Daurade [...]. Ce Pont Vieil estoit de structure romaine ou plustost Gotthique ; car il est fait grossierement, comme l’on peut recognoistre à l’arcade, qui reste encores dans la maison du Sieur Raché, laquelle est bastie de brique, & de pierre fort grossierement. »

 

Le 1er pont vieux de Toulouse

Vestiges du pont de la reine Pédauque à droite du Pont Neuf et vestiges du pont de la Daurade à gauche -

Gravure de 1730

 

Il restait encore fin 19ème siècle deux piles visibles aux basses eaux et qui furent emportées lors de la crue de 1875. 

En 1949, la dernière pile, qui émergeait à une trentaine de mètres de la rive actuelle de la Prairie des Filtres connue comme le « rocher de Carnaval » ou rocher de Callebe, est démoli. Le terme de Callèbe semble désigner le dispositif de bascule en bois qui y était implanté.

Il est possible que l’on y suspendait une cage en fer, la « gabio » (en occitan gàbia qui veut dire cage), utilisée du XVIe au XVIIIe siècle pour le supplice qui consistait à plonger à plusieurs reprises dans le fleuve une personne condamnée pour prostitution ou proxénétisme ou pour blasphème : ceux qui survivaient à la noyade étaient reconnus innocents... Le terme de gabio va donner son nom au port de la Gabio sur l'ile de Tounis, à proximité de la pile en question.

 

 

A noter que la rue du Pont-Vieux dans le quartier Saint Cyprien – nom qu'on lui donne dès le 13ème siècle – rappelle la présence de ce pont qui franchissait la Garonne dans l'axe de cette rue et atteignait la pointe nord de l’île de Tounis pour arriver dans la rue de la Descente de la Halle aux Poissons.

  

Le 1er pont vieux de Toulouse

 Représentation du Pont Vieux en miniature sur la couverture d’un livre des tailles de 1480.

Ville de Toulouse, Archives municipales, CC 164

 

 

Sources

Toulouse au 12ème siècle par Pierre Girard

Les ponts de Toulouse de Jean Coppolani

Evocation du vieux Toulouse de Robert Mesuret

https://aqueduc.jeb-project.net/

https://www.bazarurbain.com/2087/laffaire-de-laqueduc-dit-de-la-reine-pedauque-episode-2/

https://documents.toulouse.fr/AToulouse/atoulouse_mai2022/version_accessible/patrimoine/de-leau-par-dessus-la-garonne.html

https://lavilledetoulouseetsonarchitectureauxepoquesantique.wordpress.com/2017/10/02/toulouse-naissance-dune-ville-porte-nord/

focus sur l'aqueduc gallo romain : https://www.calameo.com/books/006765105182e1cecfb69

Documents des Archives de Toulouse sur le sort réservé aux maquerelles : https://archives.mairie-toulouse.fr/documents/10184/311548/FRAC31555_Bas-Fonds-2016-10.pdf/96cc1376-1603-4ae4-a80d-fc5bfc6b4fca

 

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La bataille de Toulouse de 1814

13 Août 2023 , Rédigé par srose Publié dans #Toulouse, #guerre

 

Bataille de Toulouse de 1814 - Théodore Jung

 

 

Le contexte de la bataille

Depuis le 18ème siècle une même famille règne sur la France et l'Espagne : les Bourbons. Aussi quand Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, l'Espagne vient au secours de la famille royale de France et déclare la guerre. Collioure et les rives de la Bidassoa tombent très vite sous les assauts espagnols.

A noter qu'à cette époque l'Angleterre est une alliée de l'Espagne.

En 1794, les Français retournent la situation et s'emparent de Figueras, Bilbao, et Vitoria. L'Espagne négocie la paix et le 18 août 1796 le traité de San Idelfonso matérialise l'alliance franco espagnole contre l'Angleterre.

Par la suite, pour diverses raisons que nous ne développerons pas ici, l'Espagne entreprend de marcher sur le Portugal avec le soutien de Napoléon, celui ci voulant mettre au pas le Portugal pour avoir refusé de participer au blocus contre l'Angleterre : ce sera la guerre des Oranges de 1801.

 

En 1807, rebelote, le Portugal refuse toujours de participer au blocus et Napoléon envoie des troupes pour occuper le pays. Mais pour ce faire il passe par l'Espagne. Or les troupes françaises se conduisent comme des rustres et pillent les villages espagnols, ce qui ne fait qu'attiser la haine de la population à leur égard. En parallèle, Napoléon tente de profiter de la situation politique chaotique de l'Espagne pour s'immiscer dans les affaires du royaume. Et alors que l'armée napoléonienne occupe Madrid, la population se soulève; cette révolte embrase le pays quand le roi d'Espagne abdique sous la pression de Napoléon au profit de son frère Joseph. La rébellion espagnole sera écrasée dans le sang par Murat. Violence que représentera Goya dans sa peinture.

 

Francisco De Goya - Tres de Mayo - 1814

Musée du Prado - Madrid

 

Et c'est ainsi que la guerre d'indépendance espagnole commença. Elle dura 6 ans et fut un désastre pour Napoléon qui l'avoua d'ailleurs à Sainte Hélène : "cette malheureuse guerre d'Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France".

Entre temps, le Portugal qui est lui aussi occupé par Napoléon qui ne lui pardonne pas son manque de coopération dans le blocus international, recevait de l'aide de l'Angleterre.

C'est ainsi qu'une coalition Espagne/Portugal/Angleterre va se former contre Napoléon dans cette guerre d'indépendance.

 

L'assaut de la caserne de Monteleon, 1808 - Joaquin Sorolla (1886)

Musée Victor Balaguer, Vilanova, Catalogne

 

En décembre 1809, Napoléon prend le contrôle de la Catalogne qui sera annexée à l'empire le 26 janvier 1812 et le restera jusqu'au 10 mars 1814. Ce territoire sera divisé en 4 départements :

- les Bouches de l'Ebre avec Lleida comme préfecture

- Montserrat avec Barcelone comme préfecture

- Sègre avec Puigcerdà

- Ter avec Gérone

 

Mais les Français vont perdre du terrain et en quelques semaines, de mai à juillet 1813, Joseph Bonaparte et son armée reculent jusqu'aux Pyrénées. Napoléon n'eut d'autre choix que d'accepter par le traité de Valencay le retour de Ferdinand VII dans son royaume.

Début 1814, la Catalogne est reconquise par les Espagnols. La guerre d'Espagne s'achève mais à l'inverse, débute pour les Hispano Britanniques, la campagne de France qui allait amener la chute de Napoléon.

 

Scène de la campagne de France - 19ème siècle - Horace Vernet

 

Et c'est ainsi que l'on se retrouve quelques mois plus tard en ce jour de Pâques, le dimanche 10 avril 1814, à Toulouse ...

 

La bataille de Toulouse 

La bataille s'est déroulée le dimanche 10 avril 1814 de 6h à 21h et opposa les troupes françaises  commandées par le maréchal Soult aux troupes anglo hispano portugaises menées par le duc de Wellington.

L'armée française comptaient à peu près 42 000 hommes contre 52 000 pour les coalisés. Le nombre exact est difficile à déterminer car il varie selon les sources mais ce qui est sûr c'est que les coalisés sont supérieurs en nombre.

A noter que parmi les Français se trouve Louis Joseph Hugo, chef d'état major de la 1ère division d'infanterie de l'armée des Pyrénées, dont le neveu, Victor, n'a alors que 12 ans.

7 956 soldats seront mis hors de combats dans les deux camps (dont 975 morts) à la fin de la journée selon les comptages. 

 

Quelle est la situation de Toulouse en 1814 ?

La ville compte près de 65 000 habitants et constitue la base arrière de l'armée. Elle abrite des casernes, la poudrerie impériale sur l'ile de Tounis, fond depuis 1793 des canons dans l'ancien couvent de Sainte Claire des Salins à l'emplacement de l'actuel Institut catholique, fabrique des armes à l'Arsenal (ancien couvent des Chartreux, rasé en 1960, il ne reste que les vestiges du cloître aujourd'hui) depuis 1792 et organise le ravitaillement des troupes depuis le Lauragais et le piémont ariégeois.

 

Elle est entourée d'un rempart médiéval en piteux état, avec tours et portes fortifiées et s'étend sur la rive droite à l'intérieur des actuels boulevards, sur la rive gauche à l'intérieur des allées Charles de Fitte; des embryons de faubourgs à Guilheméry, aux Minimes, et à la Patte d'Oie complètent la physionomie de la ville.

 

Toulouse en 1870 mais cela permet de situer les différents sites, quartiers, faubourgs de la ville

A consulter avec zoom sur ce lien : https://www.visites-p.net/ville-histoire/toulouse-01.html#b

 

En 1814, les remparts ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes : mal entretenus, crevassés, envahis par des constructions civiles : l'enceinte de Saint Cyprien par exemple "ne consiste plus guère qu'en un mur d'octroi percé de deux grilles, l'une à la barrière de la patte d'oie, l'autre à l'extrémité du Cours Dillon".

Une partie des remparts a qui plus est été détruit pour laisser place au boulevard Saint Cyprien de la place du Fer à cheval à la place Roguet et à l'allée de Garonne de la place Roguet au pont des Amidonniers.

Les fossés étaient en partie comblés, et des maisons avaient été adossées aux murailles; d'autres, bâties sur le terrain de l'ancienne contre-escarpe masquaient près de la moitié de l'enceinte, qui conservait néanmoins un terre-plein, ou terrassement, trèslarge , de la Porte du Bazacle, ou de Saint-Pierre, jusqu'à la Porte de Las-Croses, et de celle d'ArnaudBernard jusqu'à la Porte-Neuve.

Toulouse c'est aussi de l'eau : en plus du fleuve, elle est entourée de rivières et de ruisseaux : le Touch, l'Hers, la Save, la Louge, la Lèze, l'Hyse, l'Aussonnelle, la Sauve, le Girou, la Sausse, la Pichounelle, la Marcaissonne, la Seillonne plus le Canal du Midi et le canal de Brienne.

 

Carte de Toulouse en 1815 par Vitry à consulter sur :

https://www.archives.toulouse.fr/documents/10184/405363/20Fi13.jpg/0e37e64c-db58-4cf6-ad17-2725221a1d04?t=1535095546234

 

Quant à la population toulousaine, elle est a priori plus royaliste que partisane de l'empereur et souffre du blocus continental; par ailleurs elle commence à connaitre les atrocités commises par les Français en Espagne et de ce fait ne montre guère de motivation à venir en aide aux troupes françaises.

 

Les magasins sont fermés, les affaires commerciales, l'activité des administrations et des tribunaux sont suspendues. Les plus riches propriétaires de la ville sont partis. Les rues vont bientôt être encombrées par les voitures d'artillerie sortant de l'Arsenal, les fantassins, les cavaliers

 

Toulouse en 1839

Il s'agit de la plus vieille photo de Toulouse ; elle date de 1839 : un daguerréotype de l'opticien Antoine Bianchi (il avait ouvert un magasin rue de la Pomme) pris en haut du clocher des Jacobins : on voit le Capitole au 1er plan et derrière, la colline de Jolimont telle qu'elle était en 1814 c'est à dire sans habitations ainsi que le cimetière de Terre-Cabade.

On voit en haut à gauche l'obélisque de Jolimont qui a été érigé le 28 juillet 1839 pour commémorer la bataille de Toulouse. C'est en effet à cet endroit notamment (appelé le Calvinet ou Mont Chauve) que s'est déroulée une partie de la bataille. La gare ne s'y trouve pas car elle ne fut inaugurée qu'en 1857avec la mise en service du tronçon ferroviaire Bordeaux Sète.

 

 

Les différentes portes de Toulouse

 

Situation de l'armée française et travaux de défense sur Toulouse

Le 22 mars 1814 l'armée quitte Saint Gaudens et arrive le soir à Martres. Le 23 elle bivouaque dans la plaine de Noé; le 24 elle prend une position semi circulaire en avant de Toulouse, entre les Minimes et Montaudran et entre les allées Charles de Fitte et la Patte d'oie.  Malgré la pluie, "les différents mouvements de troupes avaient pour spectateurs plusieurs milliers d'habitants accourus sur les boulevards à la rencontre de l'armée".

"Les Toulousains paraissaient saisis de respect et de recueillement à la vue de ces vieux débris des armées d'Espagne et du Portugal auxquels la fatigue de la campagne et la marche pénible du matin, au milieu de la pluie qui dégoutaient encore des armes et des vêtements n'ôtaient rien de leur mâle assurance".

Soult décide de préparer la ville au siège   

 

Ses officiers du Génie mettent en oeuvre la défense de la ville sur les deux rives de la Garonne reliées par le seul pont de Toulouse à l'époque, le Pont neuf.

 

Des maisons furent utilisées pour y construire des plates formes ou y percer des embrasures destinées au tir de l'artillerie ou pour construire des redoutes, sortes de fortin destiné à l'artillerie notamment.

 

Ils entourèrent par exemple d'une enceinte fortifiée les fermes Aurole et Chastel au nord et au sud de le chemin de Cugnaux : ce furent les redoutes Aurole et Chastel équipée chacune de 6 pièces d'artillerie.

 

Idem pour la maison Rodolose qui s'élevait près de la route de Bayonne à 700m en avant de la Patte d'oie : elle fut entourée d'une redoute rectangulaire armée de deux pièces.

 

Près de la caserne Pérignon, deux maisons surplombant la route de Castres (la maison Sacarin et la maison Cambon laquelle se trouvait à l'emplacement de l'actuel Caousou) furent entourées chacune d'une redoute terrassée.

 

Voici quelques unes des redoutes que l'on pouvait trouver le 10 avril à Toulouse : la redoute Caraman sur le plateau de Montaudran entre la route de Caraman (ou de Castres) et le vieux chemin de Lasbordes, la redoute de la Sipière (qui n'a rien à voir avec la Cépière) à 500 mètres au sud est de la précédente, la redoute du nord et celle des Augustins sur le Calvinet, la redoute du Colombier près du chemin de la Gloire près de la route de Soupetard.

Exemple de redoute (1900, redoute des Mattes près de Narbonne)

 

Exemple de redoute adossée à une habitation : redoute de St Pierre près de Narbonne en 1900

 

La porte Matabiau fut défendue par deux canons de 24 et deux mortiers de 32 cm.

Entre les portes St Etienne et St Michel, on mit deux pièces pointées sur Montaudran.

Au Pont des Demoiselles furent construits deux bastions et une courtine qui barrait la route de Revel.

Le couvent des Récollets et la chapelle furent fortifiés en crénelant les murs, en barricadant les fenêtres et en cerclant le tout d'un fossé.

 

Le livre de H. Geschwind et F. De Gélis détaille de façon très précise les travaux effectués afin de défendre la ville.

 

Ces travaux gigantesques réalisés en quelques jours (entre le 24 mars et le 9 avrril) n'ont pas tous pu être menés à terme et ont demandé la réquisition de près de 1000 ouvriers par jour sur Toulouse et ses environs.

Le 2 avril, Soult donna l'ordre suivant : "les habitants de la ville seront commandés pour être employés aux ouvrages de défense, chacun dans son quartier, particulièrement aux portes, aux ouvrages avancés et sur les remparts. Ils devront être munis d'outils; ils seront conduits par les commissaires de quartier qui en feront l'appel et resteront avec eux au travail et imposeront des amendes à ceux qui refuseront de s'y rendre".

 

L'armement

L’infanterie se sert encore du fusil à pierre du modèle de 1777 dont la portée utile tourne autour de 100 m sans dépasser 150m . S'il pleut, si c’est humide, impossible de tirer. Par ailleurs si un vétéran arrivait à tirer jusqu’à 6 coups par minute, un soldat moins aguerri n’en tirait que 2 ou 3. Dans les 2 cas la précision du tir restait médiocre.

 

 

L’artillerie n’était pas plus performante et surtout très peu mobile ; il  fallait de 4 à 6 chevaux voir pour les trainer et souvent faute de chevaux on utilisait des bœufs. Ainsi à Véra, au passage de la Bidassoa par Clausel « les premiers obus de sa propre artillerie tombèrent au milieu de son infanterie aux applaudissements ironiques et joyeux des soldats anglais postés sur l’autre rive ».

 

Le quotidien des soldats français

Pour ne rien arranger, les soldats de Soult manquait de chaussures. Le 10 mars il écrivait au ministre que 2 à 3000 de ses hommes étaient pieds nus et il demandait à ses généraux à « requérir dans les communes où ils passent ou qui seraient à leur portée , des souliers pour être distribués aux soldats qui en manquaient entièrement , les communes devant être indemnisées par la suite ».

En arrivant à Toulouse Soult vida les magasins pour remédier à cette situation.

Et que dire de la charge du soldat français . Elle est trop importante : 60 livres. Le soldat anglais ne porte pas ses gamelles et sa marmite, il ne porte du pain que pour 3 jours, tout le reste est transporté par les animaux de bât : tente, ustensile de cuisine, provisions, etc.

Le ravitaillement a toujours été une source de préoccupation pour les armées. Les troupes françaises ont pillé au cours de toutes leurs campagnes les villes et villages qu'ils ont traversés alors que les anglais avaient pour habitude de payer ce dont ils avaient besoin.

De façon générale les Français réquisitionnaient tout ce dont ils avaient besoin sur leur passage : bois de chauffe, tonneaux, volailles, jambons, draps, charrettes, bois de charpente, bétail …

Un arrêté du 7 avril 1814 stipulait que le département de la Haute Garonne devait fournir à l’armée d’Espagne 4 000 quintaux métrique de grains, 100 de sel, 200 de légumes,  40 000 l d’eau de vie.

 

Nicolas Jean-de-Dieu Soult (1769-1851), Maréchal d'Empire et duc de Dalmatie

de Louis Henri de Rudder

 

Prise en charge des blessés

Toulouse était en capacité de recevoir près de 1500 malades et blesséa.

Les évacuations de blessés et malades se faisaient par les lignes d’étape sur la route d’Auch ou celle de Saint Gaudens, par voiture de roulage ou par charrettes à bœufs.

Toulouse comptaient comme hôpitaux La Grave (900 places),  l’Hôtel dieu St Jacques (400 places), l’Hôpital militaire (400 places)  mais ce ne fut pas assez et furent créés des hôpitaux temporaires : dans la caserne de passage Guibal, au bd Lascrosses (400 places) et dans le dépôt de mendicité de St Cyprien (300 places).

 

La Grave

 

S’y ajoutèrent l’ancien couvent de la Visitation de la bienheureuse Vierge Marie fondé en 1646 à la porte Saint-Étienne au 41 de la rue Rémusat (aujourd'hui remplacé par Primark), l’ancienne manufacture Boyer Fonfrède au Bazacle et l’ancien réfectoire des Jacobins 69 rue Pargaminière.

 

Réfectoire des Jacobins

 

Ceci étant, les Toulousains, malgré leur hostilité envers les armées françaises, vont venir en aide aux blessés : un témoin des faits écrira que "toutes les maisons de Toulouse étaient autant d'hospices ouverts aux malheureux blessés".

Soult a également prévu et organisé un transport des blessés et malades par eau de Toulouse vers Castelnaudary et le Lauragais tant pour désencombrer au fur et à mesure les hôpitaux qu’en cas de retraite. Aussi tous les magasins et bâtiments de l’administration ont été réquisitionnés ainsi que les bateaux existants sur le canal, les chevaux pour les tirer, des brancards et des paillasses.

 

La bataille ( le livre de H. Geschwind et F. De Gélis détaille très précisément les différentes étapes de cetet bataille)

Le 25 mars, les coalisés arrivant par le chemin de Boulogne, et donnent l’assaut sur Tournefeuille. Les divisions napoléoniennes se replient sur Saint-Cyprien.

Le 28 mars un détachement ennemi remonte jusqu'à Roques. Dans la nuit du 30 au 31 mars une partie de l'armée britannique remonte l'Ariège jusqu'au pont de Cintegabelle, l'avant garde poussant dans la direction de Villefranche.

Le 4 avril les troupes ennemies changent de position et se dirigent vers Blagnac par Cugnaux, Tournefeuille, et la vallée du Touch. 

Le 8 avril Grisolles, sur la route de Montauban est occupé par Welligton. Des reconnaissances de cavalerie furent envoyés vers Lalande, Croix Daurade et Balma.

le 9 avril Soult fit sauter les ponts de Balma et de Lasbordes

La Ville Rose est entourée notamment au niveau de St Cyprien, des Minimes, de la vallée de l'Hers, de Croix Daurade et la bataille s’engage le 10 avril dès 6 heures avec trois coups de canon tirés depuis Croix-Daurade, d’où les Anglais partent sur Le Calvinet ou Mont Chauve ou encore Mont Rave (site aujourd'hui appelé Jolimont).

 

 

 Vues de Toulouse et certains des sites indiqués dans l'article

 

 

Les anglais s’élancent dans le même temps vers le faubourg Saint Cyprien mais sont arrêtés aux actuelles allées Charles de Fiite. Les combats sont rudes devant le mur d’enceinte, à l’angle de la rue Varsi et des allées Charles-de-Fitte. Les coalisés massés devant l’actuel musée des Abattoirs, canardent les Français perchés sur les redoutes et le mur d’enceinte. 

Les Espagnols échouent au pont Matabiau et au Calvinet. Les anglais arrivent à rejoindre la route de Castres malgré l'inondation de l'Hers et attaquent en donnant l'assaut à la redoute de la Sipière.

Il faut se rappeler que les lieux de l’époque ne correspondent en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui : à la place du tissu urbain dense que nous connaissons entre l’Hers et la butte de Jolimont se trouvait en 1814 la campagne (voir la photo de 1839 plus haut). Les soldats avançaient donc à découvert. La bataille qui s’est déroulée notamment entre la rivière l’Hers et la colline de Jolimont s’est donc déroulée en rase campagne dans des conditions difficiles, avec des rivières en crues et des sols gorgés d’eau rendant la progression des troupes compliquée.

Dès 9h les Espagnols lancent un assaut depuis le pont de Périole (le pont qui traverse aujourd’hui l’Hers en direction d’Auchan-Gramont), vers les hauteurs de Périole. Ils sont décimés par l’artillerie française.

Les Ecossais attaquent à ce moment les Ponts Jumeaux qui sont défendus par 300 soldats et 5 canons : c’est un nouvel échec. Au milieu des soldats, sur le pré aujourd’hui recouvert par le périphérique et le skatepark de l’Embouchure, tombe le lieutenant écossais Thomas Forbes, l’aïeul du fondateur du magazine économique du même nom.

Après la bataille, ses camarades l’enterrent dans les jardins du château du Petit-Gragnague. Dans les années 1960, on déplacera ses restes pour faire de la place au Stade Toulousain tennis club. Il repose depuis au cimetière de Terre-Cabade et partage la sépulture de Hunter.

Les suites de cette attaque des Ponts Jumeaux est relatée notamment dans le récit d’un officier du 45th The Sherwood Foresters : « toutes les maisons et chaumières sont pleines de blessés de la 3ème division. Nous entrons dans la pièce où le pauvre Little du 45th agonise. La scène est poignante, la brigade a établi son bivouac derrière un grand château vide car on a donné des ordres pour que les tentes et les bagages arrivent de l’arrière. Je demeure avec eux jusqu'à 22h et puis je retourne au camps. J'essaye de retrouver l'ordonnance blessée de Barnwell dans un hôpital installé dans une grande maison abandonnée où le spectacle est encore plus pénible. Plusieurs de ses malheureux garçons sont morts et d'autres agonisent tandis que le vent sifflant dans des tonnelles semble se moquer des gémissements de ces malheureux...".

À 10h, après avoir repoussé une offensive française, les Britanniques lancent des assauts sur les positions françaises et atteignent le Calvinet (juste en dessous du Jolimont actuel) et tentent de percer les défenses françaises situées entre la colline et l’enceinte médiévale. Mais ils sont repoussés par une contre-attaque menée par Darmagnac et Soult.

À la mi-journée, les Espagnols tentent toujours de contourner les défenses par Montaudran tout en maintenant une forte pression sur Jolimont. 

La position des Français devient critique en début d’après-midi puisque l’armée de Soult est menacée d’encerclement. Si bien que vers 16h, le maréchal Soult ordonne l’évacuation définitive des positions du Calvinet pour se retirer derrière le canal du Midi. 

Les Français racontent :

"Après l’évacuation (du Calvinet), les Espagnols et les Portugais s’emparèrent des retranchements inférieurs délaissés qui enveloppaient la base du Calvinet, où il n’y avait plus personne. C’est alors qu’ils purent juger de la grandeur des sacrifices qu’ils avaient faits, par le nombre de cadavres dont cette pente, qu’ils furent obligés de traverser, était couverte"

"Un témoin oculaire qui visita la pente de la montagne du côté de la Ville, l’après-midi vers le soir, estima que le nombre des blessés dont le champs de bataille était couvert à ce moment pouvait se porter à 1 500. Les tertres, les chemins creux en étaient comblés, tant des nôtres que de ceux de l’ennemi; mais celui-ci surtout semblait , avoir semé les siens depuis Croix-Daurade, Lapujade, la vallée de l’Ers, Montaudran et le Pont des Demoiselles, jusque à l’embouchure du canal; et de là, au sommet du Calvinet comme s’il avait voulu avec les traces de son sang marquer toute l’étendue du terrain qu’il avait parcouru".

 

il est environ 21h quand les combats s’arrêtent.

"A neuf heures du soir les pièces du pont des Demoiselles, commandées par le lieutenant Marcoux, terminèrent la fatale journée par urne dernière explosion qui sonna la retraite; et avertit ceux qui n’étaient ni morts ni blessés de préparer leurs armes pour  le lendemain. Cependant, les Français avaient besoin de prendre quelques moments de repos pour se refaire de tant de fatigues de toute espèce, un grand nombre d’entre eux s’étant battus à jeun; et de son côté l’ennemi avait trop de morts et de blessés pour pouvoir recommencer au jour la même scène. La Ville néanmoins était dans l’effroi, les Anglais se vantant sur toute la ligne d’avoir les moyens de l’incendier avec leurs fusées à la Congrève (du nom de l’inventeur - Ça ne fait pas beaucoup de dégâts mais ça effraie les chevaux et les soldats sans expérience. Avec ces fusées, les Anglais ont fait fuir des régiments entiers de conscrits à Saint-Cyprien et surtout à l’emplacement de la Cité de l’Espace). C’était pour en terrifier les habitants et les soulever contre l’armée. Ils ont ensuite nié qu’ils en eussent l’intention, ni même que la chose fut possible".

Les Français se sont regroupés du côté du faubourg Saint-Etienne et préparent leur départ de la ville : ils partiront dans la nuit du 11 au 12 avril. L’armée de Soult, sauf les blessés intransportables quittent Toulouse pour Avignonet-Lauragais puis Castelnaudary d’où le maréchal Soult a finalement signé l’Armistice le 18 avril.  

Le 12 avril, Wellington entre triomphant dans Toulouse accueilli sous les acclamations des royalistes qui firent allégeance à Louis XVIII lors du conseil municipal tenu le même jour.

 

Le 19 avril, Soult faisait paraître l'ordre du jour suivant :

"La Nation ayant manifesté son voeu sur la déchéance de l'Empereur Napoléon et le rétablissement de Louis XVIII au trône de ses anciens rois, l'armée, essentiellement obéissante et nationale, doit se conformer au voeu de la Nation. Ainsi au nom de l'armée, je déclare que j'adhère aux actes du Sénat-conservateur et du Gouvernement provisoire relatifs au rétablissement de Louis XVIII au trôn de St Louis et de Henri IV et que nous jurons fidélité à Sa Majesté.

Au quartier général à Castelnaudary, le 19 avril 1814

Le Maréchal, Duc de Dalmatie"

 

Qui a gagné ?

Victoire à la Pyrrhus ou coup nul !

En tout cas, totalement inutile, puisque Napoléon Ier avait abdiqué quatre jours plus tôt, le 6 avril ... Soult et Wellington ne l'apprirent que le 12.

Il est évident que la ville n'a pas été prise d'assaut, Soult a pu évacuer ses blessés, ses armes, son matériel. Son armée a eu moins de pertes que chez les coalisés donc on pourrait imaginer une victoire française.

D'un autre côté, Wellington est entré dans Toulouse en libérateur.

Depuis 1814, les avis divergent sur la question !

 

Toulouse pendant cette journée : "Les citoyens, épouvantés dès les 1ers coups de canon, se cachèrent au fond  de leurs maisons dont les portes restèrent fermées [...] Remis de la première frayeur, ils accourent dans les rues et sur les places, plusieurs se portent sur les remparts, un petit nombre va même explorer le champ de bataille. Mais la majeure partie, penchée sur les toits et les clochers attend avec impatience l'issue de cette effrayante lutte".

 

Les dégâts

- 60 maisons furent brûlées, 85 endommagées

- 200 dossiers de demandes de dédommagement pour 178 propriétaires

- L’état récapitulatif des pertes se monte à 103 450 francs

 

Commémoration de la bataille

Depuis le 24 juillet 1839 se dresse, dans le parc de la Colonne, un obélisque commémorant la bataille de Toulouse.

Cet obélisque construit de 4,50 mètres de côté et de 32,60 mètres de haut, avec une échelle intérieure, permettait à l’époque d’avoir une vue complète sur le champ de bataille et sur les buttes des redoutes

 

Obélisque de Toulouse, Jolimont

 

Epilogue

Le 28 juin 1838, à Westminster, Soult et Wellington se retrouvent pour un banquet célébrant le couronnement de la reine Victoria. Lorsqu’on demande à Wellington s’il ne voit pas d’inconvénient à avoir Soult comme voisin de table, il répondra : “Je préfère l’avoir à côté qu’en face.”

 

Sources

Précis historique de la bataille de Toulouse livrée le 10 avril 1814, entre l'armée française, commandée par le maréchal Soult, duc de Dalmatie et l'armée alliée sous les ordres de Lord Wellington, éd. Delboy, Toulouse, 1852 de Alexandre de Mège 

La bataille de Toulouse de 1814 de H. Geschwind et F. De Gélis

Toulouse une métropole méridionale – 20 siècles de vie urbaine de Jean Paul Escalettes

10 avril 1814, la bataille de Toulouse de Jean Paul Escalettes

 

Un article  de 2021 sur la bataille de Sébastien Vaissière (photo : Rémi Benoit et illustrateur ; Laurent Gonzalez) sur le site : https://www.boudulemag.com/2021/05/la-bataille-de-toulouse-de-1814-un-choc-pour-l-honneur-napoleon-et-nous/

 

Sur les armes : http://armesfrancaises.free.fr/fusil%20d%27infanterie%20Mle%201777%20an%20IX.html

https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-Louis-XIV-Napo-Bonaparte/MA_fusil-1777.pdf

 

Cartes de Toulouse

https://www.flickr.com/photos/archives-toulouse/albums/72157664247082820/with/25111159875/ différentes cartes de Toulouse sur plusieurs siècles

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8441589z/f1.item.zoom : carte fin 18ème

cartes de Toulouse à consulter sur : https://www.archives.toulouse.fr/histoire-de-toulouse/patrimoine-urbain/plans-anciens/plans1772_1847

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