toulouse
L comme Louis Victor Gesta et le château de Verrières
A l’angle de l’avenue Honoré Serres et de la rue Godolin, en plein quartier des Chalets, se trouve un élément du patrimoine toulousain somme tout assez méconnu : le château de Verrières, connu aussi sous le nom de Castel Gesta.
De style néogothique avec ses tours et tourelles, ses balcons dentelés, ses fenêtres en ogive, ses ferronneries d’art et ses gargouilles et autres animaux chimériques, le château a été construit par Louis-Victor Gesta, maître-verrier toulousain. Ce dernier était un grand collectionneur d'antiquités et d'œuvres d'art, et «avait fait construire sa résidence à l'image d'un palais urbain médiéval crénelé et les couverts de toitures élancées, surmontées de magnifiques épis de faîtage».
Dans une pièce du château le maître verreir expose ses plus beaux vitraux comme L’Adoration des Mages d’après Albert Dürer ou celui de L’Entrée de Louis XI à Toulouse qu’il considérait comme son œuvre capitale. Il aménage également une Salle des Illustres et en confie la décoration picturale à Bernard Bénezet. Au sommet de l’escalier d’honneur s’ouvre une grande salle d’exposition peinte par le peintre toulousain Joseph Angalières.
Les ateliers Gesta, créés par Louis Victor en 1852 et dont le château fait partie intégrante, ont été primés lors de nombreuses expositions notamment l’exposition universelle de 1867 (deuxième prix).
« A cette époque, la manufacture est l’une des plus importantes de France et des milliers de vitraux sortent du faubourg avant de partir décorer plus de 8 500 églises aussi bien dans l’hexagone qu’à l’étranger » précise Christian Maillebiau, archiviste adjoint des Toulousains de Toulouse.
Le succès des ateliers est tel que le 8 mars 1867, l’archevêque de Toulouse, accompagné de ses vicaires généraux, visite la manufacture où se trouve exposé le vitrail Sainte Geneviève de Pibrac destiné au pape Pie IX.
Louis Victor Gesta sera même fait chevalier de l’ordre de Saint-Sylvestre par le pape.
Gesta est ce que l’on appelle un artiste industriel, ce qui lui valut un certain nombre de critiques : ces vitraux étaient en effet produits en série mais de très bonne qualité.
À la mort de Gesta en 1894, le château fut vendu à un négociant toulousain, Bernard Bordes puis aux soeurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, qui y hébergèrent des familles réfugiées durant la guerre.
Le château en 1913
Il fut ensuite transformé en centre d’apprentissage de la couture pour les jeunes filles sans emploi. En 1956, il devint un lycée d’enseignement professionnel.
En 1987, le château fut racheté par la Mairie de Toulouse qui y installa la classe d’orgue du Conservatoire supérieur national de musique.
Le 3 octobre 1991, l’État classe le château aux monuments historiques mais celui-ci est en piteux état, squatté et tagué depuis de nombreuses années, le terrain est en friche.
Le château en 2009 avant les travaux de réstauration
Il est racheté par un promoteur qui entame à compter de 2014 une série de travaux pour le réhabiliter et y aménager six appartements.
Le château en 2016
J comme Jolis noms de rue
Certaines rues de Toulouse ont des nom qui prêtent à sourire.
Voici l’origine du nom de certaines d’entre elles…
Le chemin Mal Clabel, pas loin de l’avenue Jean Rieux
Ce chemin était en fait mal pavée (mal clabel en occitan) mais un ouvrier a mal lu les directives et a transformé Mal en Maréchal d’où la naissance d’un officier imaginaire ….
Rue de la Verge d’Or, à côté de la place Arnaud Bernard
Le nom semble coquin et pour cette raison la rue fut renommée à plusieurs reprises mais en vain :
En 1794 elle est appelée rue l’Expérience.
En 1869, on lui donne le nom de rue de la Merci.
Le 13 août 1883, on proposa de l’appeler rue Delescluse.
Mais elle reste toulours la rue de la Verge d’or
Comment expliquer ce nom ?
Trois pistes possibles :
1/La Verge d’or est un « ancien nom de terroir, connu dès le XVe siècle », explique l’historien Pierre Salies dans son Dictionnaire des rues de Toulouse.
2/La verge d’or est le nom d’une plante aux nombreuses vertus médicales, le solidago, qui auraient poussé dans les cours d’immeubles de la rue ou dans le jardin d’Embarthe à proximité.
3/Il semble que cette rue au XVe Siècle se nommait « Carriera Virgam auri apud Vergadaux » en raison de la présence d’une probable échoppe. « Vergadaux » ne resistant pas au temps qui passe devient progressivement Verge d’Or
Le quartier des Trois cocus
Le terme de Trois-Coucuts (en occitan, c’est-à-dire trois coucous en français) est ancien puisqu’on le retrouve dans dans un bail datant de 1740.
La petite anecdote veut qu’à l’époque napoléonienne, le quartier était surnommé « Tres Coucuts » en raison d’une bâtisse seigneuriale, aujourd’hui disparue, qui était ornée d’une sculpture de trois coucous. Des soldats de Napoléon qui y étaient logés demandèrent aux habitants le nom du quartier. Ne comprenant pas l’occitan ils marquèrent sur leur carte « trois cocus ».
Pierre Salies dans son Dictionnaire des rues de Toulouse paru en 1989 privilégie également cette origine car en effet dit-il « quand on arrivait à ce quartier [il y a quelques années] on apercevait au sommet du pignon d’une vieille maison une pierre carrée encastrée dans la muraille. Sur cette pierre se trouvait dessinée la silhouette de trois oiseaux qui semblaient regarder les passants. Ces oiseaux représentaient trois coucous, en patois coucuts ».
Malgré cette origine tout à fait morale, au début du XXe siècle, il a été question de supprimer le nombre « Trois », ce chiffre étant désobligeant pour certains habitants de cette rue. Le maire de cette époque a tranché la question de façon tout à fait diplomatique :
« Voyons, répondit Albert Bedouce, ancien maire de Toulouse, en souriant, cela n’est pas sérieux ! D’abord, nul ne connait les cocus en question ! Ensuite, c’est pour vous une vraie chance que d’habiter un quartier comptant aussi peu de maris trompés. Ceci est tout à l’honneur de la vertu de vos épouses, et quel autre quartier de Toulouse oserait se vanter de n’en avoir que trois ? Allez, allez, conclut-il, gardez vos trois cocus et essayez bonnement de n’en pas augmenter le nombre ! »
Chemin de Lanusse
Le chemin de Lanusse est situé dans le quartier des Trois-Cocus, au nord du parc de la Maourine. Il fait référence tout bonnement à François de Lanusse, capitoul au 17ème siècle, qui possédait un château et des terres à Croix-Daurade.
La famille de Lanusse est d'origine gasconne, du Béarn plus exactement et le terme Lanussa qui est un mot occitan fait référence à une mauvaise lande.
Chemin de la Levrette
Cette impasse se situe près du lac de Sesquière. En Langue d’oc, le chemin de la Levrette fait uniquement référence au petit du lièvre.
Rien de bien coquin …
Rue de la Hache
Rue de la Hache
Considérée comme une voie privée, un habitant en fit condamner l’accès en 1632 par une porte à l’angle de la rue du Castel.
N’ayant pas d’issue, elle fut longtemps négligée, et vers 1920 encore, nul éclairage n’y était prévu, rappelle Pierre Salies, dans son Dictionnaire des rues de Toulouse. À la Révolution, elle devient la rue de la Hache.
Rue de l’homme armé
Le "sauvage"
La rue de l'Homme-Armé tire son nom d'une auberge du Sauvage, établie dans la rue à la fin du XVe siècle (actuels no 16 et 18, et no 23 de la rue des moulins). C'est le propriétaire de l'auberge, Peyronet Delfau, qui fit sculpter, comme enseigne, un « sauvage », c'est-à-dire un indien, armé d'une massue. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que le nom devint rue de l'Homme-Armé[].
Chemin du sang du serp (quartier des Ponts Jumeaux)
Ce chemin date du 16ème siècle et doit son nom aux serpents et à son sang. En effet, à l'époque ce chemin traversait des champs infestés de serpents (d'où Serp).
L'évocation du sang n'est qu'une succession de déformation du mot toulousain "cami" (chemin) qui donnera "camp del Serp" qui se transformera ensuite en "Sang du Serp".
Rue du coq d’inde (centre ville historique)
Rue du Coq d'inde
Le nom de la rue du Coq-d'Inde est apparu au milieu du XVIIe siècle. Il vient d'une auberge (au n°3) qui avait pour enseigne un « coq d'Inde », c'est-à-dire un dindon, animal venant des Amériques
Rue des Gestes, (centre ville historique)
Les Gestes étaient une riche famille de Toulouse. Leur demeure était située derrière l’actuelle place du Capitole. Des membres de cette famille furent Capitouls.
La rue de la Pomme (centre ville historique)
Elle tient son nom de l’auberge de la Pomme qui avait son enseigne au n°40
Rue du Poids de l’huile (centre ville historique)
Ce nom vient du Poids de l'huile qui se trouvait dans la maison commune (le Capitole) où étaient pesées les denrées alimentaires entrant en ville
Enclos de la Maison commune au 18ème siècle : 1 = façade du Capitole, 13=poids de l'huile
Rue des Trois Renards (proche du musée Saint Raymond)
Anciennement «carriera de banquetis ou banquos sancti Saturnini » ou rue des bancs puis qu’elle comprenait des étals étroits où commerçants, maraîchers et poissonniers présentaient leurs produits. C’est au XVIIe que la rue prit le nom actuel grâce à l’installation d’une auberge qui avait pour enseigne « les trois renards ».
La rue de l'Écharpe
Rue de l'écharpe
116 m de long et entre 4 et 7m de large, près de la place d’Assézat tient son nom de l'hôtellerie de l'Écharpe, établie dans la rue en 1755 (actuel no 3).
Rue du May (centre ville historique)
Rue du May
Ce nom vient de l'hôtel Dumay que possédait Antoine Dumay, docteur de la Faculté de médecine de Toulouse en 1596
I comme Institutions hospitalières de Toulouse sous l'Ancien Régime
L'Hôtel Dieu et le dôme de la Grave
La Grave
La construction des institutions hospitalières sur la rive gauche en bordure de la Garonne, remonte au XIIè siècle. Deux ensembles vont émerger de quelques maisons de charité, couvents et autres hôpitaux établis sur la rive gauche tout au long du Moyen Age.
HÔTEL DIEU SAINT JACQUES
L’hôpital Sainte-Marie de la Daurade est édifié entre 1130 et 1140 en face de l’Eglise de la Daurade implantée sur la rive droite. Un pont (le pont de la Daurade, voir ci après), dont l’existence est attestée en 1150, mais qui a aujourd’hui disparu, reliait les deux établissements.
Une maison de charité, destinée à accueillir les voyageurs et pèlerins, est établie en amont de l’hôpital Sainte-Marie. Ce sera l’Hôpital Nouvel. Entre les deux établissements se trouve l’entrée du pont de la Daurade disparu au XVIè siècle, mais dont on conserve encore aujourd’hui, la dernière arche de la rive gauche.
C’est au début du XIVè siècle, en 1313, que les deux établissements Sainte-Marie et l’Hôpital Nouvel adoptent le même nom : “l’hôpital Saint-Jacques” ou “Hôpital du bout du pont ; ils sont dirigés par la confrérie Saint Jacques.
Emplacement des bâtiments au 13ème siècle
de part et d'autre du pont de la Daurade
Quid de ce fameux pont de la Daurade ?
L’hôpital Saint Jacques est relié à Toulouse par deux ponts à cette époque : le pont de la Daurade ou pont couvert ou encore « Pont neuf », pour le distinguer du deuxième pont de Toulouse, le Pont de la reine Pédauque (du nom d’une reine wigothique légendaire qui aurait eu son palais au pied de l’eau ) ou Pont vieux.
Extrait du plan de Boisseau - 1645 - Toulouse
Le pont de la Daurade va être endommagé à de nombreuses reprises du fait notamment des inondations. Aussi il devient vital de construire un nouveau pont : la construction de celui-ci, le futur “Pont-Neuf”, est décidée dès 1541 et Jean de Mansencal, président du Parlement de Toulouse, pose solennellement la première pierre de l’ouvrage le 7 janvier 1544.
Les travaux de construction du Pont-Neuf se poursuivront jusqu’en 1632, date de sa mise en circulation et à partir de 1639, débutera la démolition du pont de la Daurade déjà très endommagé par la crue de 1608 et qui est devenu entre temps « Pont Vieux ».
Les travaux de construction du pont de la Daurade ont commencé dans les années 1130 et se sont achevées en 1179. Il était traversé par les nombreux pèlerins de Saint Jacques de Compostelle et son emplacement était tout à fait pertinent du fait de la présence de l’hôpital Sainte Marie (ne pas oublier qu’à cette époque ce que l’on appelle « hôpital » n’est en fait qu’un lieu d’accueil pour les nécessiteux notamment les pèlerins.
Neuf arches, 8 piles en rivière. La dernière arche est encore visible en face de l’hôtel Dieu, adossée à sa façade. Ce pont se couvrent très vite de maisons en bois comme il est habituel d’en voir à cette époque.
Et les capitouls décident à partir de 1480 de couvrir le pont d’un toit et d’édifier sur ce pont, à côté des maisons en bois, des échoppes qu’ils donnent en location. Le pont de la Daurade devient alors le « Pont-Couvert », que l’on peut voir sur le plan de Melchior Tavernier, en 1631, à côté du pont de Clary, du nom de François de Clary, président du parlement de Toulouse : il s’agit d’un pont de bois provisoire érigé en attendant la mise en service du Pont-Neuf et qui sera finalement emporté par les eaux cinq ans plus tard.
Extrait du plan de Tavernier - 1631
Toulouse et ses 3 ponts : le pont de la Daurade, le pont Vieux, le pont Clary
Entretemps, en 1554, les capitouls décident de réunir les “petites charités” de la ville en un seul établissement. L’idée est d’éliminer le plus possible les foyers d’infections potentiels.
C’est ainsi qu’est créée la “Maison Dieu” ou “Hôtel-Dieu” Saint-Jacques qui est désormais l’établissement hospitalier le plus important de la ville.
Suite à un grave incendie, le 7 février 1574, il est en grande partie détruit et la reconstruction se fait sensiblement suivant le plan qu’on lui connaît aujourd’hui.
L'Hôtel Dieu au 17ème siècle
Le Pont de la Daurade est détruit, il ne reste que les piles
Au 18ème siècle, on reconstruit la grande aile le long de la Garonne qui se prolonge presque jusqu’au Pont-Neuf et le mur situé entre le Pont et l’Hôpital est bâti en 1710. A l’emplacement de la rue qui prolongeait le pont de la Daurade est installé en 1716 un grand escalier d’honneur, fermé du côté rivière par la grande verrière qui évoque toujours l’une des voies majeures du Toulouse médiéval.
L'Hôtel Dieu au 18ème siècle
La dernière pile du pont médiéval qui subsiste est aménagée en terrasse en 1734 pour permettre aux convalescents de se promener vers le fleuve.
L'hôtel Dieu à la veille de la Révolution
On voit le promontoire servant de promenade
La façade sur la Garonne se déploie alors de part et d’autre de la pile du pont de la Daurade qui est encore débout. Cette façade, longue de 130 mètres, est légèrement courbe et plonge directement dans le fleuve.
L’Hôtel Dieu conservera jusqu’au bout sa vocation première : l’accueil des pèlerins et des nécessiteux au contraire de La Grave qui, on va le voir, va devenir au 17ème siècle un lieu de renfermement des pauvres et des mendiants.
En 1793, l’Hôtel Dieu est rebaptisé “l’Hospice de l’Humanité”
L’Hôtel Dieu héberge aujourd'hui le centre administratif du CHU de toulouse ainsi que l’Institut européen de Télémédecine, le centre européen de recherche sur la peau et les épithéliums de revêtement ainsi qu'un musée d’histoire de la médecine.
Ce musée est une petite merveille. Je vous conseille la visite guidée qui est faite par un bénévole dont l’érudition est absolument captivante !!
LA GRAVE
La construction du futur Hospice de la Grave, remonte probablement à l’extrême fin du XIIè siècle puisqu’il est mentionné dans une charte du comte Raymond V en 1197. Il est érigé en aval de l’Hôpital Sainte-Marie de la Daurade à quelques centaines de mètres sur les graviers de la Garonne (d’où son nom), dans le quartier Saint-Cyprien. Il ne reste rien de ce premier hôpital aujourd’hui.
Deux établissements occupent alors les lieux de ce que sera plus tard notre hôpital la Grave: un petit hospice et un couvent de frères bénédictins issus de l’abbaye de Moissac.
Entre 1508 et 1544, le futur Hôpital de la Grave est transformé et agrandi, notamment pour permettre l’accueil des pestiférés (la peste ravage en effet Toulouse, emportant près de 3000 personnes dans les premières années du siècle).
Il va s’appeler hôpital Saint-Sébastien (du nom du Saint protecteur contre la peste), le long de la Garonne et rejoignant, à l’ouest, le rempart et la tour Taillefer. Cette tour fut construite entre 1516 et 1517 ; il s’agit en fait de l’une des 4 tours qui flanquent le rempart englobant le faubourg St Cyprien, surplombant la Garonne à environ 35 m de hauteur.
La Tour Taillefer est à l’origine une tour d’artillerie servant de réserve de poudre et de munitions. Elle fut affectée à l’accueil des pestiférés, des mendiants et des épileptiques car son isolement en fait un lieu particulièrement bien adapté pour mettre à l’écart les malades victimes d’épidémies, les pestiférés notamment ; par ailleurs elle compte peu d’ouvertures et se dresse à l’ouest, ce qui évite à la ville les effluves malodorants les jours de vent d’Autan.
La tour Taillefer au premier plan
Les années qui vont suivre vont être traumatisantes pour la population : épidémies, guerres, famines, … Toutes ces catastrophes vont jeter à la rue nombre de personnes. La pauvreté et la misère vont conduire à une augmentation de la délinquance qui va elle-même mettre en danger l’ordre public.
Pour donner un ordre d ‘idée, sur une population estimée à 40 000 habitants (après l’épidémie de peste de 1628/1631 qui a fait 10 000 morts), Toulouse compte 5 000 mendiants .
C’est ainsi qu’à partir des années 1630-1640, va se mettre en place partout en France ce que l’on va appeler le « Grand Renfermement ». Cette politique conduit les autorités à interner d’office les pauvres, de façon à les « soigner, instruire et relever leur niveau moral ». Voir article sur ce sujet ICI.
L'Aumônerie Générale de la ville, crée en 1647, et qui sert de refuge volontaire ou imposé, aux pauvres et aux mendiants de la ville, est installée à l’Hospice de la Grave qui va devenir “l’Hôpital Général Saint-Joseph de la Grave” préfigurant ainsi l’édit royal de 1662 de Louis XIV qui décide d’imposer l’ouverture de ce type d’établissement dans toutes les villes du Royaume.
C’est ainsi que l’Hôpital Saint-Sébastien des Pestiférés perd sa vocation d’assistance aux pestiférés et malades ; il est désormais destiné à « renfermer » mendiants, voleurs, filles publiques, « fous », vieillards démunis, orphelins et enfants abandonnés.
On met en place des boutiques et des manufactures dans lesquelles les pauvres travaillent. Le produit de ce travail représente une petite partie des revenus de l’Hôpital.
Une représentation de “L’hospital de la Contagion” établie par Colignon en 1642 nous donne une idée de ce à quoi ressemblait l’hôpital de la Grave à cette époque … il lui manque son dôme si caractéristique.
Hospital de la Contagion - 1642
L’hôpital est agrandi dans les années 1660 et 1687.
Dès 1684 et 1686, la construction d’une nouvelle chapelle, plus spacieuse, plus éloignée du fleuve, devient nécessaire. L’emplacement choisi pour le futur bâtiment, est un jardin situé devant l’hôpital et appartenant à un particulier, le sieur Rose. Mais sa réalisation n’aura lieu qu’aux siècles suivants.
Aux abords de l’Hôpital de la Grave l’environnement est modifié en 1719, par le déplacement du gué du Bazacle décalé et prolongé vers l’Hôtel-Dieu. Ce changement a pour conséquence de provoquer la montée des eaux du fleuve le long de l’aile de l’Hôpital de la Grave où se trouve probablement la chapelle.
En 1717, l’archevêque de Toulouse, Mgr Henri de Nesmond lègue à l’Hospice de la Grave tous ses biens dans le but de construire une nouvelle Chapelle : enfin les travaux peuvent commencer.
En 1793, la Grave est rebaptisée “l’Hospice de Bienfaisance”.
Vers 1797, l’Hôpital de la Grave est considérablement agrandi par l’annexion de l’ancien couvent des Dames des Clarisses établi depuis l’époque médiévale au sud de l’hôpital et qui avait été préalablement réquisitionné et transformé en hôpital militaire à la Révolution sous le nom d’Hôpital "Christophe Colomb".
Le chantier de la chapelle de l’hôpital de la Grave n’est toujours pas terminé au XIXè siècle.
Le Dôme de la Grave
Le premier pont suspendu Saint-Pierre est réalisé en même temps que le percement de la rue du même nom et l’ouvrage est ouvert à la circulation en 1852 .
Le pont suspendu Saint Pierre et la Grave en arrière plan
Au cours de l’inondation de 1875, les eaux de la Garonne montent jusqu’au dessus du premier étage de l’hôpital et provoquent de nombreuses destructions à l’intérieur des salles. Les cours et les jardins sont ravagés, ensevelis sous quarante centimètres d’eau et au cours de la crue, le personnel comme les malades se réfugient sur le toit de l’orangerie .
Inondations de 1875
Devant l’ampleur de la catastrophe pour l’ensemble du quartier Saint-Cyprien, il est prévu de détruire le Pont-Neuf, l’Hôtel-Dieu et une partie de l’Hospice de la Grave pour permettre l’élargissement du lit de la Garonne. Grâce à l’Association des Toulousains de Toulouse et une partie de la population, ce projet fut abandonné. Mieux que cela, le site du Pont-Neuf comprenant les vestiges de ponts plus anciens situés en amont et en aval, l’Hôtel Dieu Saint Jacques et l’Hospice de la Grave « faisant partie de la perspective des rives de la Garonne » sont classés aux Monuments Historiques en 1932.
Les projets de démolitions des ouvrages et édifices au bords de la Garonne sont définitivement abandonnés le 16 mars 1933.
Une note accompagnant les débats qui ont eu lieu autour du devenir de ces bâtiments indique :
C’est un paysage admirable. Les ingénieurs ont déclaré qu’ils ne comprennent pas la beauté de l’hôpital. Mais que pourraient-ils mettre à la place qui soit plus noble et plus grand et la silhouette du dôme de la Grave ne rappelle t- elle pas des souvenirs de Florence ?
La Grave à droite et tout à gauche l'l'Hôtel Dieu
Pour bien visualiser les deux établissements : la Grave à gauche et Saint Jacques à droite
Sources
http://france.jeditoo.com/MidiPyr/toulouse/Toulouse-hotel-dieu.htm
https://www.chu-toulouse.fr/-histoire-des-hopitaux-de-toulouse-
MONOGRAPHIE HISTORIQUE - SITE DE L’HÔTEL-DIEU SAINT-JACQUES (FAÇADE EST) ET DE L’HOSPICE DE LA GRAVE par Mesdames FUCHS Magali et MARTIN Élisabeth
H comme Hospice St Raymond
Le plus ancien hôpital de Toulouse semble être l’hospice de saint Raymond édifié entre 1071 et 1080 par Raymon Gairard pour les pauvres et nécessiteux, juste à côté de la toute jeune basilique Saint Sernin (qui sera consacrée en 1096).
Attention à l'époque ce que l'on appelait hôpital n'était en fait qu'un lieu d'accueil des nécessiteux malades ou non. Sa vocation première n'était donc pas le soin aux malades. Voir cet article pour plus de détail.
Saint Raymond au 19ème siècle
Dans le cartulaire de l’abbaye de Saint Sernin de Toulouse, on peut plus précisément lire que cette maison de charité a été fondée par le comte Guillaume IV (1060-1093), l'évêque Isarn de Lavaur (1071-1105), également prévôt de Saint-Sernin, Raymond Guillaume de Marquefave, sacriste du monastère, ainsi que par le prieur Pierre Ponchet et le chanoine Raymond Pierre.
Le comte Guillaume, son épouse, la comtesse Mathilde, et l'évêque Isarn confient la direction de l'établissement à un personnage nommé Raymon Gérard (ou Géraud) qui sera connu plus tard sous l’orthographe de Gairard ou Gayrard. Il est mentionné dans ce cartulaire ainsi que dans d’autres documents de l’époque non comme le fondateur de l’hospice mais comme responsable de cette institution. Dans d’autres documents, Raymon Gairard apparaît comme « capiscol » ou écolâtre de Saint-Sernin (un écolâtre est le maître d’une école monastique ou cathédrale).
Raymon Gairard mourra avant 1122 (a priori le 3 juillet 1118) et fera l’objet d’un culte qui remonterait au 27 juin 1122.
L’hospice peut accueillir à cette époque 13 pauvres.
En 1229 l’université de Toulouse voit le jour ; il devient nécessaire de trouver où loger et nourrir les étudiants pauvres. C’est ainsi qu’en 1233 le pape Grégoire IX ouvre le bâtiment aux étudiants pauvres.
L'inventaire des biens de Saint-Sernin dressé du 10 au 14 septembre 1246 sous l'autorité de l'abbé Bernard de Gensac (1243-1263) déclare d’une part que la chapelle Saint-Jean (dans laquelle est enterré Raymon de Gérard) est passée sous le vocable de Saint-Raymond (elle sera détruite en 1852/1853) et d’autre part que dans la liste des biens de l'hôpital figurent alors notamment 101 matelas dont 49 de plume, 41 couverture, 47 coussin, 54 oreiller dont 50 de plume, 56 lits de bois et 36 draps.
En 1250 l’évêque d’Agen Guillaume, ancien inquisiteur dominicain donne à l’hospice une maison voisine que l’on a retrouvé lors des fouilles de 1994/1996. Cette maison achetée par l’Inquisition quelques années avant, servait de prison pour les hérétiques supposés ou convaincus d’hérésie.
Probablement vers 1403 ou même peut être avant, le bâtiment devient un collège qui va pouvoir accueillir 16 étudiants boursiers puis seulement 10 en 1675.
Entre temps le bâtiment a été partiellement détruit en 1523 par un incendie ; il fut reconstruit par l’architecte Louis Privat.
Saint Sernin et le collège Saint Raymond en 1760- Dessin de Pierre JOseph Wallaert
Lors des fouilles de 1994/1996 on a retrouvé entre autre chose deux murs épais de 60 cm datant du 11ème siècle ainsi qu’un mur appartenant à une maison voisine identifiée comme celle donnée par l’évêque d’Agen.
À la Révolution, le collège se trouva abandonné à la suite de la suppression de ces institutions. La Ville de Toulouse l'achète en 1836 pour l’utiliser comme écuries et caserne.
En 1852/1853, lors du réaménagement de la place Saint Sernin, le collège et ses annexes sont détruits. Seul subsiste le bâtiment qui aujourd’hui abrite le musée Saint Raymond. Viollet Le Duc le restaurera en y faisant des ajouts non historiques comme les cheminées crénelées. IL sera réaménagé en 1946/1950 et l'essentiel des ajouts de Viollet Le Duc seront supprimées.
Avant de devenir un musée en 1892 il servira de presbytère jusqu’en 1890.
Musée de Saint Raymond
Sources
Les fouilles du musée Saint-Raymond à Toulouse de Pierre Garrigou Grandchamp
Mémoires de la Société Archélogique du Midi de la France – Tome LVII – 1997 - LES FOUILLES DU MUSÉE SAINT-RAYMOND À TOULOUSE (1994 -1996) par Quitterie CAZES, C. ARRAMOND, avec la collaboration de S. BACH (anthropologie),L. BOUOARTCHOUK (étude de mobilier), CABA (recherches historiques) et L. GRIMBERT (dessins)
Habitat et intérieur toulousain
L’habitat toulousain
Quand on parle de Toulouse on pense de suite aux « toulousaines », ces petites maisons avec jardin autrefois réservées aux maraichers en bordure de ville, sans étage ni sous-sol mais pourvu d’un galetas.
Le nom de « toulousaine » n’est pas venu de suite ; ces maisons se sont d’abord appelées maison de maraicher, maison maraichère ou simplement « maraichère ».
Au fur et à mesure que la profession s’est réduite, d’autres artisans se sont installés dans ces maisons qui peu à peu se sont appelées du nom de « toulousaine » mais il faut bien avoir à l’esprit que l’on retrouve ce type de maison un peu partout dans le département.
La toulousaine d'origine n'avait pas d'étage mais un grenier ou plutôt un galetas aéré et éclairé par de petites ouvertures rondes, carrées ou en losange. Elle est construite en briques pleines ou briques foraines ; la toiture est en tuile à deux pentes ; la construction est en brique apparente mais les murs peuvent être crépis et enduits d’un badigeon, la brique restant apparente dans l’entourage des portes et fenêtres.
Une petite moulure, appelée listel, soulignait le niveau du galetas sous toiture.
Dans la ville de Toulouse même, on trouve des maisons urbaines, des immeubles de rapport, des hôtels particuliers. Beaucoup de ces habitats sont des constructions en corondage (nom donné à Toulouse au colombage) qui se perpétuent même après l’incendie de 1463 et leur interdiction en 1555 – il en reste 200 dans Toulouse aujourd’hui.
2 rue des Couteliers à Toulouse
Germain de la Faille en 1701, ancien capitoul, écrit dans les Annales de la ville de Toulouse depuis la réunion de Comté de Toulouse à la Couronne :
« J’ai remarqué ailleurs qu’anciennement dans Toulouse, à l’exception de quelques grandes Maisons, qui étaient toutes bâties de briques, et auxquelles on donnait communément le nom de Tours, les autres étaient que de torchis, ou tout au plus de charpente, avec des remplissages de briques, qui est la manières de bâtir, qu’on appelle corondage* en nôtre Langue vulgaire, & colonnage dans quelques Provinces de France.
* ces termes dérivent du mot Latin Columna ; parce que les pièces de bois qui lient l’édifice, représentent des colonnes. »
La brique est sous l’Ancien Régime assez chère et sa fabrication ne permet pas une cuisson homogène. Aussi, les parties destinées à être enduites sont faites avec des briques de moindre qualité
rue des Arts à Toulouse
En 1783 le badigeonnage blanc des façades est obligatoire
En 1852 un badigeonnage d’entretien est obligatoire tous les 10 ans
Au début du 20ème siècle et surtout à partir de 1943 la suppression des enduits et badigeons commence et deviendra la règle.
rue Mage à Toulouse
Intérieur
Alors qu’au 17ème siècle,la cuisine ne se rencontre que dans 5% des foyers, à la fin du 17è les pièces commencent à se spécialiser : on va avoir de plus en plus de pièces réservés à la confection et la prise des repas que l’on appelle salle basse, des pièces de réception et des chambres à coucher.
Au 18ème siècle les hôtels particuliers disposent tous d’une cuisine, et d’une salle à manger dans 86% des cas, mais aussi de salons, bibliothèques, cabinets de travail…
Les inventaires des 17 et 18ème siècles témoignent d’un entassement assez impressionnant de meubles et cela quel que soit le statut social du foyer. Ainsi dans la paroisse de la Dalbade, on compte en moyenne 3 ou 4 tables , 7 meubles de rangement, 3 lits (sans information sur leur « taux d’occupation ») et plus d’une vingtaine de sièges par foyer (quel que soit le milieu social on en retrouve dans tous les intérieurs toulousains : 11 en moyenne chez les artisans, 22 chez les marchands, 65 chez les parlementaires).
siège 18ème siècle
Le coffre qui représente 70% du mobilier de logement au 17è est détroné au profit de l’armoire ou alimande qui existait déjà avant mais en moindre proportion ; les meubles de rangement se spécialisent : vaisselier, buffet, commodes.
Le chauffage est pour l’essentiel assuré par les cheminées ; dans l’inventaire d’un cabinet d’avocats on a trouvé la précision suivante : « gants coupés pour écrire », ce qui en dit long sur la température de ces pièces de travail.
Les poëles restent encore rares au 18ème siècle.
De nombreuses tables sont retrouvées dans les inventaires : des tables à pliant notamment (dont le plateau et les pieds peuvent être dissociés), plus faciles à ranger.
Table démontable
La décoration n’est pas en reste dans les intérieurs aisés : miroirs (à partir d la fin du 17ème siècle) , tableaux et estampes (chez 1/3 des artisans, la moitié chez les marchands, les 2/3 chez les hommes de loi, la quasi-totalité des nobles). Certains parlementaires ont réunis des collections impressionnantes : à la veille de la révolution le conseiller de Lassus Nestier a réuni 111 œuvres, le conseiller Du Bourg 135, le conseiller de Gaillard de Frouzins 156.
On trouve aussi quantité de bibelots, cages à oiseaux, vases et bouquetières (selon Mme Cradock, une Anglaise voyageant en France avec son mari de 1783 à 1786 et qui écrivit son journal de route, « l’habitude de porter des fleurs, d’en offrir et d’en orner les appartements fait ici la fortune des jardiniers » - les fleurs artificielles sont forts prisées).
Mme Cradock, est ainsi ressortie enchantée de l’hôtel du comte Dubarry : « jamais je ne vis une collection de si belles choses et je crois même que ces appartements bien que plus petits dépassent en luxe et en magnificence ceux de la reine de Versailles » (qu’elle avait visité d’ailleurs). Mme Cradock admira donc les fresques en trompe l’œil de l’hôtel Dubarry, ses pièces décorées de panneaux de stuc doré, ses plafonds peints, sa grande galerie tendue de soie verte ornée de 4 grandes statues de marbre d’Italie, sa salle à manger divisée par une balustrade en un espace pour les convives et un espace pour les serviteurs muni d’une fontaine à laver les verres …
hôtel Dubarry qui aujourd'hui fait parti du lycée St Sernin
intérieur de l'hôtel Dubarry
intérieur hôtel Dubarry
Il est évident que cet hôtel n’est pas représentatif de l’habitat toulousain. Mais dans la catégorie des hôtels particuliers nous pouvons en trouver d’autres aussi opulents.
Ainsi le président au parlement de Toulouse Jean Desinnocens de Maurens, ancien député aux Etats Généraux abandonne lors de la Révolution son vaste hôtel toulousain place des Pénitents Blancs. L’inventaire des biens de sa demeure est très instructif : salle à manger, salon de compagnie d’hiver, cabinet de bains doté d’une baignoire, une bibliothèque regroupant 2182 volumes, des pièces de réception, 22 tapisseries, 162 nappes, 130 douzaines de serviettes, 1526 assiettes, (seulement) 154 verres, 812 bouteilles de vin dans la cave.
Le papier peint fait son apparition mais timidement dans les intérieurs toulousains au 18ème siècle (des fabriques s’installent d’ailleurs à Toulouse au 18ème siècle).
détail tapisserie 18è
La couleur dominante des tentures est le vert, loin devant le jaune et le rouge. La fonction des tentures murales, des tapis, des rideaux, paravents et portalières n’est pas que décorative mais avant tout utilitaire : lutter contre le froid et l’humidité. Les lambris sont utilisés pour la même raison.
Mais Toulouse fait peu de cas des tapisseries peut être à cause du climat plus clément . Quand on trouve dans les inventaires des tapisseries ce sont en majorité celles de Bergame , peu coûteuses et fabriqué pour beaucoup sur place (quai de tounis). On retrouve tout de même des tapisseries de haute lice provenant des Flandres, de Beauvais, d’Aubusson, ou des Gobelins
tapisserie d'Aubusson
morceau de tapisserie de Bergame
Selon l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, la tapisserie de Bergame est une grosse tapisserie, qui se fabrique avec différentes sortes de matières filées, comme bourre de soie, laine, coton, chanvre, poil de bœuf, de vache, ou de chèvre. Rouen et Elbœuf fournissent une quantité considérable de bergames de toutes les couleurs et nuances.
Les cheminées sont construites en pierre de taille, ou en marbre des Pyrénées ; jusqu’au milieu du 18ème siècle c’est le seul moyen de cuisson des aliments. Vers 1750 apparaissent les trépieds, les réchauds et les fourneaux maçonnés qui permettent de poser les plats à cuire et surtout de cuisiner debout et non plus accroupi ; cela reste malgré tout marginal car à la veille de la Révolution seul ¼ des parlementaires disposent de fourneaux.
Crémaillère - détail de "Le Christ chez Marthe et Marie" - Joos Goemaere - 1600
Les ustensiles de cuisine sont diversifiés, en terre, faïence, fer, étain, cuivre : casseroles, poêles, poêlons, passoires, écumoires, couteaux, hachoirs, tourtières, poissonnières, moules à gâteaux et moules à faire des glaces.
Le linge de table (fabriqué en tissu grossier pour les foyers les moins aisés et en soie pour les foyers plus aisés) est présent en quantité d’après les inventaires : les artisans du bâtiment possèdent en moyenne 4 nappes et une trentaine de serviettes, les hommes de loi et les marchands une quinzaine de nappes et une centaine de serviettes ; les parlementaires plus de 60 nappes et plus de 500 serviettes.
La vaisselle au 18ème siècle diffère du siècle précédent ne serait ce que par les matériaux utilisés : l’étain recule (pas dans les couches pauvres) au profit de la faënce qui est aussi utilisée pour les bénitiers, les décorations de cheminée, les fontaines. A la fin du 18è on trouve également chez les parlementaires de la porcelaine de Saxe, de Limoges ou de Chine.
L’acquisition de pièces en porcelaine témoigne également de la consommation de nouvelles boissons : café surtout , thé et chocolat dans une moindre mesure : présence dans les inventaires de cafetières et de moulin à café, tasse en porcelaine, soucpues et sucriers
Les fourchettes font un bond spectaculaire dans les inventaires du 18ème siècle alors qu’elles étaient pratiquement inconnues au 17ème.
Nombre de pièces par foyer
Les hôtels particuliers on l’a vu se distinguent par l’opulence de leur intérieur. Ils se distinguent également par le nombre de pièces : 31 en moyenne chez les parlementaires à la fin du 18ème siècle.
La classe populaire se contentera, elle, d’une pièce multifonctionnelle où on y mange, dort, travaille et surtout où on s’y entasse : le quartier de la rue des Blanchers, selon le rapport d’un capitoul en 1779, « n’est presque habité que par des artisans ou des gens de la lie du peuple qui se réunissent dans une seule maison à ce point qu’i y en a certaines où il y a 10 ou 12 familles qui l’habitent ».
rue des Blanchers à Toulouse
Toutefois contrairement à d’autres villes comme Lille ou Bordeaux, la population de Toulouse intra muros et ses faubourgs comme St Etienne augmentent modérément : en 1695 on a 37 349 habitants et un siècle plus tard 57 869.
Faubourg Toulouse 17ème siècle
Mais même si la population ne croît pas exagérément, il n’en reste pas moins que la ville intra muros accueille à la Révolution 73% de la population de Toulouse, ce qui donne une densité importante : 250 habitants par hectare.
La conséquence est inévitable : construction de nouveaux habitats dans les faubourgs, densification intra muros par le biais de l’adjonction de nouveaux étages ou de nouveau corps de logis et par de nouvelles constructions dans les espaces laissés libres
Les effets de cette densité se retrouvent au niveau du foyer : en 1695, 47.3% des maisons étaient habités par une seule famille, elles n’en sont plus qu’un tiers en 1790 : la densité familiale passe en effet de 2 à 2.8 au cours du siècle dans la ville elle même et de 1.6 à 2.5 dans les faubourgs.
Les logements ne sont toutefois pas surpeuplés comme c’est le cas à la même époque à Lille : le nombre moyen de pièces est d’environ 2 par foyer au 18ème siècle.
Si l’on détaille un peu plus cette analyse, on voit que les artisans se contentent d’une ou deux pièces (les artisans et marchand plus aisés auront 3 ou 4 pièces ce qui permet une spécialisation de celles-ci notamment avec la cuisine et la chambre à coucher). Les pièces à vivre sont au-dessus de la boutique ou dans l’arrière-boutique. Les apprentis dormiront sans un coin de la boutique ou de l’atelier. Toutefois cette spécialisation n’est pas complète : les chambres à coucher par exemple servent aussi à la réception à la lecture, à la toilette et à la satisfaction des besoins naturels.
Des artisans ou marchands plus prospères bénéficieront de davantage d’espace. C’est le cas du marchand linger Jean Calas demeurant rue des Filatiers au 18èe siècle : il avait 8 pièces. On pénétrait dans son logement depuis la rue par une porte à double battant à droite de la devanture de la boutique ; un couloir conduisait à une cour et à l’escalier menant aux appartements ; au 1er étage se trouvaient la cuisine et la chambre des parents donnant sur la rue , la salle à manger et le salon donnant sur une galerie extérieure surplombant la cour.
Le 2ème étage comportait quatre chambres pour les enfants et la servante ; une cave voutée, un galetas et des latrines dans la cour et au 1er étage complètent la demeure.
Il n’en reste pas moins que les immeubles occupés par les familles pauvres sont insalubres, les pièces donnent sur des rues étroites ou des cours exigües, manquent d’air et de lumière ; elles sont infestées de punaises, de rats et autres « insectes des appartements ». L’hygiène ou plutôt le manque d’hygiène, on l’a vu dans un précédent article reste un problème majeur au 18ème siècle.
Domesticité
Il faut de la main d’œuvre pour entretenir ces grandes demeures : les domestiques représentent ainsi 12% de la population toulousaine à la fin du 17ème siècle, plus de 8% à la veille de la Révolution.
En 1695, l’hôtel du procureur général Le Mazuyer en abrite 17 au service de 4 personnes, celui du procureur général Riquet de Bonrepos une trentaine.
Les nobles sans profession, les grands négociants et les capitouls ont 3 serviteurs en moyenne. Les hommes de loi et les professions libérales en ont un voire deux.
Quant aux marchands et artisans ayant un minimum d’aisance, ils ont une servante à disposition.
Il est à noter que 78% des domestiques travaillant sur Toulouse sont nés hors de Toulouse.
45% d’entre eux sont des femmes. Il est intéressant de voir que plus on s’élève dans l’échelle sociale plus la domesticité se spécialise et se masculinise. Le conseiller Rey de Saint Géry emploie fin 18ème siècle une fille de service, deux femmes de chambre, une cuisinière, une gouvernante, trois laquais, un maître d’hôtel, un suisse, deux porteurs de chaise et un cocher.
Il est évident que les conditions de travail des domestiques vont varier en fonction de leur fonction, de leur employeur et du degré d’aisance de ce dernier. Pour avoir une idée, une servante à la fin de l’Ancien Régime gagne entre 40 et 75 livres par an tandis qu’un maître d’hôtel en gagne 350.
La plupart des servantes et autres valets sont contraints de dormir dans la cuisine ou dans un galetas sommairement meublé ; dans les grandes familles les conditions seront plus confortables avec un logement individuel parfois.
Jeanne Viguière, servante de la famille Calas en 1761 depuis plus de 25 ans, fait l’objet de toutes les attentions de ses maîtres du fait de ses infirmités : ainsi les enfants Calas s’occupaient des visiteurs en leur ouvrant la porte et en les raccompagnant pour lui éviter de monter et descendre les escaliers.
L’ancien capitoul Henri de Lafont laissera dans son testament 3 000 livres à son cuisinier, 1 000 livres à sa servante, 600 à son valet de chambre, 300 à son cocher, 200 à son laquais, 600 à son agent de campagne.
Sources
Entre tradition et modernité : les intérieurs toulousains au XVIIIe siècle de Christine Dousset
Vivre à Toulouse sous l’Ancien Régime de Michel Taillefer
http://www.les-petites-toulousaines.com/
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1028087/f3.image.r= journal de mme Cradock
Déclaration de Jeanne Viguière dans le procès Calas
L'hygiène sous l'Ancien Régime à Toulouse - 2
Hygiène personnelle
Comme vu dans mon précédent article sur l'hygiène au XIXème siècle, la notion de propreté sous l'Ancien Régime n'était pas tout à fait celle que l'on a aujourd'hui : à cette époque, propreté = changement fréquent de linges.
Raison pour laquelle les inventaires révèlent d'importantes quantités de vêtement de dessous et ce, dans toutes les couches sociales : une dizaine de chemises et trois paires de bas chez les artisans, deux à trois fois plus chez les marchands, plusieurs dizaines chez les plus riches bourgeois et les nobles.
La toilette se limitant aux parties visibles du corps (le visage et les mains), l'équipement est réduit au plus strict minimum : quelques grands bassins et cuvettes et des pots à eau.
Au cours du XVIIIème siècle, le goût des ablutions, nous l'avons vu, se répand chez les nobles et les riches bourgeois. Logements de ces riches personnes disposent souvent à cette époque d'un cabinet de toilette : à la veille de la Révolution, tous les hôtels de parlementaires en possèdent au moins un voire plusieurs comme c'est le cas pour le premier président qui en possède 6.
exemples de mobiliers pour le bain avec le chauffe bain au premier plan à droite, un bidet, une baignoire et une chaise percée
On y trouve des tables de toilettes surmontées de miroirs et garnies de peignes, brosses, étuis à savonnettes, plats à barbe, rasoirs, ciseaux, fers à friser, boites à poudre, flacons de parfums, draps et serviettes de toilette et des bidets de bois ou de faïence.
cabinet de toilette, château de Fontainebleau
Les cabinets de bains, munis de baignoires en bois doublé de plomb ne se rencontrent que chez la moitié des parlementaires. Celui du président Emmanuel de Boyer-Drudas de Sauveterre (1725-1789) offre un confort unique à Toulouse avec sa chaudière de cuivre posée sur un fourneau et son réservoir pour l'eau froide.
Quid des bains publics ? Au XVIème siècle, ces bains ont mauvaise réputation et sont soupçonnés de favoriser la diffusion de la peste.
Au XVIIIème siècle au contraire on conseille les bains de santé; Cinq bains publics sont installés de part et d'autre de la Garonnette (il s'en implante plusieurs dans la rue des Couteliers, à cause de la proximité de la Garonnette,mais à la suite de l'ouverture de bains publics mixtes (anciens no 11 et 21), la rue devient un des hauts lieux de la prostitution toulousaine) et un sixième faubourg Saint Etienne, au pied du coteau de Guilhemery. Il s'agit des bains de la Baraquette, ouverts en 1769 par le manufacturier Debru. On y sert des cafés, du chocolat, des sirops. les bâtiments sont environnés de jardins et de fontaines. Les salles individuelles pour hommes et femmes contiennent un lit de repos et une baignoire alimentée par deux robinets (eau froide/eau chaude) et un thermomètre pour vérifier la température de l'eau.
Sources :
Vivre à Toulouse sous l'Ancien Régime de Michel Taillefer
Entre tradition et modernité, les intérieurs toulousains au XVIIIème siècle de Christine Dousset
F comme FLETRISSURE
En farfouillant dans les archives municipales de Toulouse, j'ai trouvé des informations très intéressantes sur la répression pénale qui existait sous l'ancien régime et plus exactement au XVIIIème siècle. Cela fera certainement l'objet d'autres articles de ce challenge mais pour la lettre F j'ai donc tout de suite pensé à la peine de flétrissure.
Dans un chapitre consacré aux peines corporelles, le Traité de la justice criminelle en France, publié par Daniel Jousse en 1771, consacre un paragraphe à la description de la flétrissure, ou marque au moyen d’un fer chaud :
« Cette peine est presque toujours jointe à celle du fouet, ou à celle des galères, & ne se prononce presque jamais seule. Elle a été introduite, afin qu'on puisse reconnoître à cette marque ceux qui ont subi l'un ou l'autre de ces supplices, & qu'on les punisse plus sévèrement, en cas de récidive. Ceux qui sont flétris pour vol doivent être marqués sur l'épaule avec un fer chaud, de la lettre V ; et ceux qui sont condamnés aux galères, sont marqués des lettres GAL [...].
Autrefois on marquoit les voleurs, qui étoient condamnés au fouet, d'une fleur de lis, qui est la marque du Souverain ; comme à Rome, dans l'état Ecclésiastique, on les marque de deux clefs en sautoir, qui sont les armes de la Papauté. Mais cette marque a été changée en celle d'un V, par la Déclaration du 4 Mars 1724 [...] ».
La marque devait signaler à tous l'ignominie de son porteur. Au XVIIIe siècle, elle est depuis longtemps apposée exclusivement sur l'épaule droite du condamné, et ne peut être ainsi reconnaissable que lorsque l'on ôte le haut du vêtement.
Ce sera par exemple le cas de Jean-Louis Siguier, engagé dans les troupes comme chirurgien au régiment Royal, d'où il est finalement chassé lorsque l'on reconnaît sur son épaule les lettres infamantes GAL
Apposition de la marque
A Toulouse comme ailleurs dans le royaume, on marquera certains condamnés d'une fleur de lys sur l’épaule jusqu'à l'ordonnance royale de mars 1724 qui réformera cette pratique pour lui préférer un jeu de plusieurs lettres :
- V pour les voleurs (hommes et femmes),
- W (ou VV) pour les récidivistes (hommes et femmes),
- GAL pour ceux condamnés à servir le roi aux galères (hommes).
Cette marque n'est toutefois qu'un des aspects d'une peine en général plus complexe, où l'accusé marqué du V (ou W) sera généralement fouetté, puis exposé au carcan ou banni. Pour les femmes, ce sera majoritairement l’enfermement au quartier de force (à hôpital Saint-Joseph de la Grave à Toulouse). Quant aux hommes condamnés à recevoir les lettres GAL, ils sont aussi souvent fouettés, et leur peine principale sera ensuite d’aller « servir le roi » aux galères, à temps ou à vie de Toulon, Rochefort ou Brest.
La manière de faire devait varier selon l’exécuteur mais il n’est pas certain que l’application du fer fut rapide pour éviter trop de douleur ainsi qu’en atteste le chroniqueur Barthès qui note en 1749 que « l’exécuteur de la justice qui opéra d'une manière si violente que le fer étincelant, comme il était alors, fut enfoncé jusqu'à l'os de l'épaule ».
Emplacement de la marque
L'emplacement de la marque à porter sur le corps est précis et immuable : l'épaule droite, au niveau de l'omoplate
En 1754, l'instruction d'une procédure criminelle à Toulouse va permettre d'en savoir un peu plus sur l’apposition de cette marque : Mathieu Bouyrou, alors exécuteur de Toulouse, est soupçonné d'avoir flétri un condamné non pas sur l'épaule, mais « au bas de[s] reins, ce qui est une contrevention à l'arrêt et aux ordonnances royaux et une prévarication manifeste » ; on le suspecte encore d'avoir marqué « légèrement » une femme récemment condamnée.
Finalement, l’exécuteur sera mis hors-de-cour et pourra continuer de vaquer à son office jusqu’à son renvoi en 1757 pour cause… « d’yvrognerie ».
Vérifications
Ce n'est que dans la seconde moitié du siècle XVIII que l'on a la certitude que la plupart des individus arrêtés pour vol ou même vagabondage sont soumis à un examen corporel.
Cette visite n'est pas conduite à la légère puisqu'elle demande l'intervention de deux experts : généralement un médecin et un chirurgien. Ceux-ci prêtent serment avant toute expertise puis remettent aux juges leur relation, rapport manuscrit décrivant : l'état des épaules, la présence de cicatrices suspectes, et surtout s'il y a signe évident d’une trace quelconque pouvant indiquer l'application d'un fer par ordre de justice.
La tâche n’est toutefois pas aisée du fait des nombreux stigmates qui ornent les épaules des hommes et femmes de cette époque. Entre traces de ventouses, cicatrices attribuées à des plaies causées par arme blanche, empreintes anciennes d’ulcères, scarifications imputables à la petite vérole, les experts restent prudents.
Faire disparaître sa marque
La technique la plus originale semble être celle employée par le fils du bourreau de Carcassonne, fustigé et marqué à Toulouse en 1744, « lequel après avoir été marqué du fer ordinaire se fit apporter un harang noir qu'il appliqua sur la brûllure pour en effacer la marque comme il disoit ».
Selon les experts, les techniques les plus employées sont l'application d'emplâtres corrosifs ou de vésicatoires.
Peine non infâmante
Il existe des cas de flétrissure non infâmante toutefois.
C’est ce qui est arrivé à deux vagabonds, convaincus d'être récidivistes (ils avaient déjà été arrêtés pour vagabondage), et ainsi de ne pas s'être conformés aux ordonnances royaux, tout comme à la récente ordonnance de police des capitouls publiée le 20 juillet 1754.
La sentence précise qu'ils seront condamnés au renfermement « pendant l'espace de trois mois, et qu'avant leur élargissement ils seront marqués par un des gadouards (ramasseurs de boue, ordures, gadoues) de la présente ville, au bras, dans l'intérieur dudit hôpital, d'une marque en forme de la lettre M, sans que cette marque emporte infamie ».
L’idée était de les marquer non pour les humilier mais pour pouvoir les identifier et les chasser voire les enfermer. La différence reste très subtile …
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