guerre
La bataille de Toulouse de 1814
Bataille de Toulouse de 1814 - Théodore Jung
Le contexte de la bataille
Depuis le 18ème siècle une même famille règne sur la France et l'Espagne : les Bourbons. Aussi quand Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, l'Espagne vient au secours de la famille royale de France et déclare la guerre. Collioure et les rives de la Bidassoa tombent très vite sous les assauts espagnols.
A noter qu'à cette époque l'Angleterre est une alliée de l'Espagne.
En 1794, les Français retournent la situation et s'emparent de Figueras, Bilbao, et Vitoria. L'Espagne négocie la paix et le 18 août 1796 le traité de San Idelfonso matérialise l'alliance franco espagnole contre l'Angleterre.
Par la suite, pour diverses raisons que nous ne développerons pas ici, l'Espagne entreprend de marcher sur le Portugal avec le soutien de Napoléon, celui ci voulant mettre au pas le Portugal pour avoir refusé de participer au blocus contre l'Angleterre : ce sera la guerre des Oranges de 1801.
En 1807, rebelote, le Portugal refuse toujours de participer au blocus et Napoléon envoie des troupes pour occuper le pays. Mais pour ce faire il passe par l'Espagne. Or les troupes françaises se conduisent comme des rustres et pillent les villages espagnols, ce qui ne fait qu'attiser la haine de la population à leur égard. En parallèle, Napoléon tente de profiter de la situation politique chaotique de l'Espagne pour s'immiscer dans les affaires du royaume. Et alors que l'armée napoléonienne occupe Madrid, la population se soulève; cette révolte embrase le pays quand le roi d'Espagne abdique sous la pression de Napoléon au profit de son frère Joseph. La rébellion espagnole sera écrasée dans le sang par Murat. Violence que représentera Goya dans sa peinture.
Francisco De Goya - Tres de Mayo - 1814
Musée du Prado - Madrid
Et c'est ainsi que la guerre d'indépendance espagnole commença. Elle dura 6 ans et fut un désastre pour Napoléon qui l'avoua d'ailleurs à Sainte Hélène : "cette malheureuse guerre d'Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France".
Entre temps, le Portugal qui est lui aussi occupé par Napoléon qui ne lui pardonne pas son manque de coopération dans le blocus international, recevait de l'aide de l'Angleterre.
C'est ainsi qu'une coalition Espagne/Portugal/Angleterre va se former contre Napoléon dans cette guerre d'indépendance.
L'assaut de la caserne de Monteleon, 1808 - Joaquin Sorolla (1886)
Musée Victor Balaguer, Vilanova, Catalogne
En décembre 1809, Napoléon prend le contrôle de la Catalogne qui sera annexée à l'empire le 26 janvier 1812 et le restera jusqu'au 10 mars 1814. Ce territoire sera divisé en 4 départements :
- les Bouches de l'Ebre avec Lleida comme préfecture
- Montserrat avec Barcelone comme préfecture
- Sègre avec Puigcerdà
- Ter avec Gérone
Mais les Français vont perdre du terrain et en quelques semaines, de mai à juillet 1813, Joseph Bonaparte et son armée reculent jusqu'aux Pyrénées. Napoléon n'eut d'autre choix que d'accepter par le traité de Valencay le retour de Ferdinand VII dans son royaume.
Début 1814, la Catalogne est reconquise par les Espagnols. La guerre d'Espagne s'achève mais à l'inverse, débute pour les Hispano Britanniques, la campagne de France qui allait amener la chute de Napoléon.
Scène de la campagne de France - 19ème siècle - Horace Vernet
Et c'est ainsi que l'on se retrouve quelques mois plus tard en ce jour de Pâques, le dimanche 10 avril 1814, à Toulouse ...
La bataille de Toulouse
La bataille s'est déroulée le dimanche 10 avril 1814 de 6h à 21h et opposa les troupes françaises commandées par le maréchal Soult aux troupes anglo hispano portugaises menées par le duc de Wellington.
L'armée française comptaient à peu près 42 000 hommes contre 52 000 pour les coalisés. Le nombre exact est difficile à déterminer car il varie selon les sources mais ce qui est sûr c'est que les coalisés sont supérieurs en nombre.
A noter que parmi les Français se trouve Louis Joseph Hugo, chef d'état major de la 1ère division d'infanterie de l'armée des Pyrénées, dont le neveu, Victor, n'a alors que 12 ans.
7 956 soldats seront mis hors de combats dans les deux camps (dont 975 morts) à la fin de la journée selon les comptages.
Quelle est la situation de Toulouse en 1814 ?
La ville compte près de 65 000 habitants et constitue la base arrière de l'armée. Elle abrite des casernes, la poudrerie impériale sur l'ile de Tounis, fond depuis 1793 des canons dans l'ancien couvent de Sainte Claire des Salins à l'emplacement de l'actuel Institut catholique, fabrique des armes à l'Arsenal (ancien couvent des Chartreux, rasé en 1960, il ne reste que les vestiges du cloître aujourd'hui) depuis 1792 et organise le ravitaillement des troupes depuis le Lauragais et le piémont ariégeois.
Elle est entourée d'un rempart médiéval en piteux état, avec tours et portes fortifiées et s'étend sur la rive droite à l'intérieur des actuels boulevards, sur la rive gauche à l'intérieur des allées Charles de Fitte; des embryons de faubourgs à Guilheméry, aux Minimes, et à la Patte d'Oie complètent la physionomie de la ville.
Toulouse en 1870 mais cela permet de situer les différents sites, quartiers, faubourgs de la ville
A consulter avec zoom sur ce lien : https://www.visites-p.net/ville-histoire/toulouse-01.html#b
En 1814, les remparts ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes : mal entretenus, crevassés, envahis par des constructions civiles : l'enceinte de Saint Cyprien par exemple "ne consiste plus guère qu'en un mur d'octroi percé de deux grilles, l'une à la barrière de la patte d'oie, l'autre à l'extrémité du Cours Dillon".
Une partie des remparts a qui plus est été détruit pour laisser place au boulevard Saint Cyprien de la place du Fer à cheval à la place Roguet et à l'allée de Garonne de la place Roguet au pont des Amidonniers.
Les fossés étaient en partie comblés, et des maisons avaient été adossées aux murailles; d'autres, bâties sur le terrain de l'ancienne contre-escarpe masquaient près de la moitié de l'enceinte, qui conservait néanmoins un terre-plein, ou terrassement, trèslarge , de la Porte du Bazacle, ou de Saint-Pierre, jusqu'à la Porte de Las-Croses, et de celle d'ArnaudBernard jusqu'à la Porte-Neuve.
Toulouse c'est aussi de l'eau : en plus du fleuve, elle est entourée de rivières et de ruisseaux : le Touch, l'Hers, la Save, la Louge, la Lèze, l'Hyse, l'Aussonnelle, la Sauve, le Girou, la Sausse, la Pichounelle, la Marcaissonne, la Seillonne plus le Canal du Midi et le canal de Brienne.
Carte de Toulouse en 1815 par Vitry à consulter sur :
Quant à la population toulousaine, elle est a priori plus royaliste que partisane de l'empereur et souffre du blocus continental; par ailleurs elle commence à connaitre les atrocités commises par les Français en Espagne et de ce fait ne montre guère de motivation à venir en aide aux troupes françaises.
Les magasins sont fermés, les affaires commerciales, l'activité des administrations et des tribunaux sont suspendues. Les plus riches propriétaires de la ville sont partis. Les rues vont bientôt être encombrées par les voitures d'artillerie sortant de l'Arsenal, les fantassins, les cavaliers
Toulouse en 1839
Il s'agit de la plus vieille photo de Toulouse ; elle date de 1839 : un daguerréotype de l'opticien Antoine Bianchi (il avait ouvert un magasin rue de la Pomme) pris en haut du clocher des Jacobins : on voit le Capitole au 1er plan et derrière, la colline de Jolimont telle qu'elle était en 1814 c'est à dire sans habitations ainsi que le cimetière de Terre-Cabade.
On voit en haut à gauche l'obélisque de Jolimont qui a été érigé le 28 juillet 1839 pour commémorer la bataille de Toulouse. C'est en effet à cet endroit notamment (appelé le Calvinet ou Mont Chauve) que s'est déroulée une partie de la bataille. La gare ne s'y trouve pas car elle ne fut inaugurée qu'en 1857avec la mise en service du tronçon ferroviaire Bordeaux Sète.
Les différentes portes de Toulouse
Situation de l'armée française et travaux de défense sur Toulouse
Le 22 mars 1814 l'armée quitte Saint Gaudens et arrive le soir à Martres. Le 23 elle bivouaque dans la plaine de Noé; le 24 elle prend une position semi circulaire en avant de Toulouse, entre les Minimes et Montaudran et entre les allées Charles de Fitte et la Patte d'oie. Malgré la pluie, "les différents mouvements de troupes avaient pour spectateurs plusieurs milliers d'habitants accourus sur les boulevards à la rencontre de l'armée".
"Les Toulousains paraissaient saisis de respect et de recueillement à la vue de ces vieux débris des armées d'Espagne et du Portugal auxquels la fatigue de la campagne et la marche pénible du matin, au milieu de la pluie qui dégoutaient encore des armes et des vêtements n'ôtaient rien de leur mâle assurance".
Soult décide de préparer la ville au siège
Ses officiers du Génie mettent en oeuvre la défense de la ville sur les deux rives de la Garonne reliées par le seul pont de Toulouse à l'époque, le Pont neuf.
Des maisons furent utilisées pour y construire des plates formes ou y percer des embrasures destinées au tir de l'artillerie ou pour construire des redoutes, sortes de fortin destiné à l'artillerie notamment.
Ils entourèrent par exemple d'une enceinte fortifiée les fermes Aurole et Chastel au nord et au sud de le chemin de Cugnaux : ce furent les redoutes Aurole et Chastel équipée chacune de 6 pièces d'artillerie.
Idem pour la maison Rodolose qui s'élevait près de la route de Bayonne à 700m en avant de la Patte d'oie : elle fut entourée d'une redoute rectangulaire armée de deux pièces.
Près de la caserne Pérignon, deux maisons surplombant la route de Castres (la maison Sacarin et la maison Cambon laquelle se trouvait à l'emplacement de l'actuel Caousou) furent entourées chacune d'une redoute terrassée.
Voici quelques unes des redoutes que l'on pouvait trouver le 10 avril à Toulouse : la redoute Caraman sur le plateau de Montaudran entre la route de Caraman (ou de Castres) et le vieux chemin de Lasbordes, la redoute de la Sipière (qui n'a rien à voir avec la Cépière) à 500 mètres au sud est de la précédente, la redoute du nord et celle des Augustins sur le Calvinet, la redoute du Colombier près du chemin de la Gloire près de la route de Soupetard.
Exemple de redoute (1900, redoute des Mattes près de Narbonne)
Exemple de redoute adossée à une habitation : redoute de St Pierre près de Narbonne en 1900
La porte Matabiau fut défendue par deux canons de 24 et deux mortiers de 32 cm.
Entre les portes St Etienne et St Michel, on mit deux pièces pointées sur Montaudran.
Au Pont des Demoiselles furent construits deux bastions et une courtine qui barrait la route de Revel.
Le couvent des Récollets et la chapelle furent fortifiés en crénelant les murs, en barricadant les fenêtres et en cerclant le tout d'un fossé.
Le livre de H. Geschwind et F. De Gélis détaille de façon très précise les travaux effectués afin de défendre la ville.
Ces travaux gigantesques réalisés en quelques jours (entre le 24 mars et le 9 avrril) n'ont pas tous pu être menés à terme et ont demandé la réquisition de près de 1000 ouvriers par jour sur Toulouse et ses environs.
Le 2 avril, Soult donna l'ordre suivant : "les habitants de la ville seront commandés pour être employés aux ouvrages de défense, chacun dans son quartier, particulièrement aux portes, aux ouvrages avancés et sur les remparts. Ils devront être munis d'outils; ils seront conduits par les commissaires de quartier qui en feront l'appel et resteront avec eux au travail et imposeront des amendes à ceux qui refuseront de s'y rendre".
L'armement
L’infanterie se sert encore du fusil à pierre du modèle de 1777 dont la portée utile tourne autour de 100 m sans dépasser 150m . S'il pleut, si c’est humide, impossible de tirer. Par ailleurs si un vétéran arrivait à tirer jusqu’à 6 coups par minute, un soldat moins aguerri n’en tirait que 2 ou 3. Dans les 2 cas la précision du tir restait médiocre.
L’artillerie n’était pas plus performante et surtout très peu mobile ; il fallait de 4 à 6 chevaux voir pour les trainer et souvent faute de chevaux on utilisait des bœufs. Ainsi à Véra, au passage de la Bidassoa par Clausel « les premiers obus de sa propre artillerie tombèrent au milieu de son infanterie aux applaudissements ironiques et joyeux des soldats anglais postés sur l’autre rive ».
Le quotidien des soldats français
Pour ne rien arranger, les soldats de Soult manquait de chaussures. Le 10 mars il écrivait au ministre que 2 à 3000 de ses hommes étaient pieds nus et il demandait à ses généraux à « requérir dans les communes où ils passent ou qui seraient à leur portée , des souliers pour être distribués aux soldats qui en manquaient entièrement , les communes devant être indemnisées par la suite ».
En arrivant à Toulouse Soult vida les magasins pour remédier à cette situation.
Et que dire de la charge du soldat français . Elle est trop importante : 60 livres. Le soldat anglais ne porte pas ses gamelles et sa marmite, il ne porte du pain que pour 3 jours, tout le reste est transporté par les animaux de bât : tente, ustensile de cuisine, provisions, etc.
Le ravitaillement a toujours été une source de préoccupation pour les armées. Les troupes françaises ont pillé au cours de toutes leurs campagnes les villes et villages qu'ils ont traversés alors que les anglais avaient pour habitude de payer ce dont ils avaient besoin.
De façon générale les Français réquisitionnaient tout ce dont ils avaient besoin sur leur passage : bois de chauffe, tonneaux, volailles, jambons, draps, charrettes, bois de charpente, bétail …
Un arrêté du 7 avril 1814 stipulait que le département de la Haute Garonne devait fournir à l’armée d’Espagne 4 000 quintaux métrique de grains, 100 de sel, 200 de légumes, 40 000 l d’eau de vie.
Nicolas Jean-de-Dieu Soult (1769-1851), Maréchal d'Empire et duc de Dalmatie
de Louis Henri de Rudder
Prise en charge des blessés
Toulouse était en capacité de recevoir près de 1500 malades et blesséa.
Les évacuations de blessés et malades se faisaient par les lignes d’étape sur la route d’Auch ou celle de Saint Gaudens, par voiture de roulage ou par charrettes à bœufs.
Toulouse comptaient comme hôpitaux La Grave (900 places), l’Hôtel dieu St Jacques (400 places), l’Hôpital militaire (400 places) mais ce ne fut pas assez et furent créés des hôpitaux temporaires : dans la caserne de passage Guibal, au bd Lascrosses (400 places) et dans le dépôt de mendicité de St Cyprien (300 places).
La Grave
S’y ajoutèrent l’ancien couvent de la Visitation de la bienheureuse Vierge Marie fondé en 1646 à la porte Saint-Étienne au 41 de la rue Rémusat (aujourd'hui remplacé par Primark), l’ancienne manufacture Boyer Fonfrède au Bazacle et l’ancien réfectoire des Jacobins 69 rue Pargaminière.
Réfectoire des Jacobins
Ceci étant, les Toulousains, malgré leur hostilité envers les armées françaises, vont venir en aide aux blessés : un témoin des faits écrira que "toutes les maisons de Toulouse étaient autant d'hospices ouverts aux malheureux blessés".
Soult a également prévu et organisé un transport des blessés et malades par eau de Toulouse vers Castelnaudary et le Lauragais tant pour désencombrer au fur et à mesure les hôpitaux qu’en cas de retraite. Aussi tous les magasins et bâtiments de l’administration ont été réquisitionnés ainsi que les bateaux existants sur le canal, les chevaux pour les tirer, des brancards et des paillasses.
La bataille ( le livre de H. Geschwind et F. De Gélis détaille très précisément les différentes étapes de cetet bataille)
Le 25 mars, les coalisés arrivant par le chemin de Boulogne, et donnent l’assaut sur Tournefeuille. Les divisions napoléoniennes se replient sur Saint-Cyprien.
Le 28 mars un détachement ennemi remonte jusqu'à Roques. Dans la nuit du 30 au 31 mars une partie de l'armée britannique remonte l'Ariège jusqu'au pont de Cintegabelle, l'avant garde poussant dans la direction de Villefranche.
Le 4 avril les troupes ennemies changent de position et se dirigent vers Blagnac par Cugnaux, Tournefeuille, et la vallée du Touch.
Le 8 avril Grisolles, sur la route de Montauban est occupé par Welligton. Des reconnaissances de cavalerie furent envoyés vers Lalande, Croix Daurade et Balma.
le 9 avril Soult fit sauter les ponts de Balma et de Lasbordes
La Ville Rose est entourée notamment au niveau de St Cyprien, des Minimes, de la vallée de l'Hers, de Croix Daurade et la bataille s’engage le 10 avril dès 6 heures avec trois coups de canon tirés depuis Croix-Daurade, d’où les Anglais partent sur Le Calvinet ou Mont Chauve ou encore Mont Rave (site aujourd'hui appelé Jolimont).
Vues de Toulouse et certains des sites indiqués dans l'article
Les anglais s’élancent dans le même temps vers le faubourg Saint Cyprien mais sont arrêtés aux actuelles allées Charles de Fiite. Les combats sont rudes devant le mur d’enceinte, à l’angle de la rue Varsi et des allées Charles-de-Fitte. Les coalisés massés devant l’actuel musée des Abattoirs, canardent les Français perchés sur les redoutes et le mur d’enceinte.
Les Espagnols échouent au pont Matabiau et au Calvinet. Les anglais arrivent à rejoindre la route de Castres malgré l'inondation de l'Hers et attaquent en donnant l'assaut à la redoute de la Sipière.
Il faut se rappeler que les lieux de l’époque ne correspondent en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui : à la place du tissu urbain dense que nous connaissons entre l’Hers et la butte de Jolimont se trouvait en 1814 la campagne (voir la photo de 1839 plus haut). Les soldats avançaient donc à découvert. La bataille qui s’est déroulée notamment entre la rivière l’Hers et la colline de Jolimont s’est donc déroulée en rase campagne dans des conditions difficiles, avec des rivières en crues et des sols gorgés d’eau rendant la progression des troupes compliquée.
Dès 9h les Espagnols lancent un assaut depuis le pont de Périole (le pont qui traverse aujourd’hui l’Hers en direction d’Auchan-Gramont), vers les hauteurs de Périole. Ils sont décimés par l’artillerie française.
Les Ecossais attaquent à ce moment les Ponts Jumeaux qui sont défendus par 300 soldats et 5 canons : c’est un nouvel échec. Au milieu des soldats, sur le pré aujourd’hui recouvert par le périphérique et le skatepark de l’Embouchure, tombe le lieutenant écossais Thomas Forbes, l’aïeul du fondateur du magazine économique du même nom.
Après la bataille, ses camarades l’enterrent dans les jardins du château du Petit-Gragnague. Dans les années 1960, on déplacera ses restes pour faire de la place au Stade Toulousain tennis club. Il repose depuis au cimetière de Terre-Cabade et partage la sépulture de Hunter.
Les suites de cette attaque des Ponts Jumeaux est relatée notamment dans le récit d’un officier du 45th The Sherwood Foresters : « toutes les maisons et chaumières sont pleines de blessés de la 3ème division. Nous entrons dans la pièce où le pauvre Little du 45th agonise. La scène est poignante, la brigade a établi son bivouac derrière un grand château vide car on a donné des ordres pour que les tentes et les bagages arrivent de l’arrière. Je demeure avec eux jusqu'à 22h et puis je retourne au camps. J'essaye de retrouver l'ordonnance blessée de Barnwell dans un hôpital installé dans une grande maison abandonnée où le spectacle est encore plus pénible. Plusieurs de ses malheureux garçons sont morts et d'autres agonisent tandis que le vent sifflant dans des tonnelles semble se moquer des gémissements de ces malheureux...".
À 10h, après avoir repoussé une offensive française, les Britanniques lancent des assauts sur les positions françaises et atteignent le Calvinet (juste en dessous du Jolimont actuel) et tentent de percer les défenses françaises situées entre la colline et l’enceinte médiévale. Mais ils sont repoussés par une contre-attaque menée par Darmagnac et Soult.
À la mi-journée, les Espagnols tentent toujours de contourner les défenses par Montaudran tout en maintenant une forte pression sur Jolimont.
La position des Français devient critique en début d’après-midi puisque l’armée de Soult est menacée d’encerclement. Si bien que vers 16h, le maréchal Soult ordonne l’évacuation définitive des positions du Calvinet pour se retirer derrière le canal du Midi.
Les Français racontent :
"Après l’évacuation (du Calvinet), les Espagnols et les Portugais s’emparèrent des retranchements inférieurs délaissés qui enveloppaient la base du Calvinet, où il n’y avait plus personne. C’est alors qu’ils purent juger de la grandeur des sacrifices qu’ils avaient faits, par le nombre de cadavres dont cette pente, qu’ils furent obligés de traverser, était couverte".
"Un témoin oculaire qui visita la pente de la montagne du côté de la Ville, l’après-midi vers le soir, estima que le nombre des blessés dont le champs de bataille était couvert à ce moment pouvait se porter à 1 500. Les tertres, les chemins creux en étaient comblés, tant des nôtres que de ceux de l’ennemi; mais celui-ci surtout semblait , avoir semé les siens depuis Croix-Daurade, Lapujade, la vallée de l’Ers, Montaudran et le Pont des Demoiselles, jusque à l’embouchure du canal; et de là, au sommet du Calvinet comme s’il avait voulu avec les traces de son sang marquer toute l’étendue du terrain qu’il avait parcouru".
il est environ 21h quand les combats s’arrêtent.
"A neuf heures du soir les pièces du pont des Demoiselles, commandées par le lieutenant Marcoux, terminèrent la fatale journée par urne dernière explosion qui sonna la retraite; et avertit ceux qui n’étaient ni morts ni blessés de préparer leurs armes pour le lendemain. Cependant, les Français avaient besoin de prendre quelques moments de repos pour se refaire de tant de fatigues de toute espèce, un grand nombre d’entre eux s’étant battus à jeun; et de son côté l’ennemi avait trop de morts et de blessés pour pouvoir recommencer au jour la même scène. La Ville néanmoins était dans l’effroi, les Anglais se vantant sur toute la ligne d’avoir les moyens de l’incendier avec leurs fusées à la Congrève (du nom de l’inventeur - Ça ne fait pas beaucoup de dégâts mais ça effraie les chevaux et les soldats sans expérience. Avec ces fusées, les Anglais ont fait fuir des régiments entiers de conscrits à Saint-Cyprien et surtout à l’emplacement de la Cité de l’Espace). C’était pour en terrifier les habitants et les soulever contre l’armée. Ils ont ensuite nié qu’ils en eussent l’intention, ni même que la chose fut possible".
Les Français se sont regroupés du côté du faubourg Saint-Etienne et préparent leur départ de la ville : ils partiront dans la nuit du 11 au 12 avril. L’armée de Soult, sauf les blessés intransportables quittent Toulouse pour Avignonet-Lauragais puis Castelnaudary d’où le maréchal Soult a finalement signé l’Armistice le 18 avril.
Le 12 avril, Wellington entre triomphant dans Toulouse accueilli sous les acclamations des royalistes qui firent allégeance à Louis XVIII lors du conseil municipal tenu le même jour.
Le 19 avril, Soult faisait paraître l'ordre du jour suivant :
"La Nation ayant manifesté son voeu sur la déchéance de l'Empereur Napoléon et le rétablissement de Louis XVIII au trône de ses anciens rois, l'armée, essentiellement obéissante et nationale, doit se conformer au voeu de la Nation. Ainsi au nom de l'armée, je déclare que j'adhère aux actes du Sénat-conservateur et du Gouvernement provisoire relatifs au rétablissement de Louis XVIII au trôn de St Louis et de Henri IV et que nous jurons fidélité à Sa Majesté.
Au quartier général à Castelnaudary, le 19 avril 1814
Le Maréchal, Duc de Dalmatie"
Qui a gagné ?
Victoire à la Pyrrhus ou coup nul !
En tout cas, totalement inutile, puisque Napoléon Ier avait abdiqué quatre jours plus tôt, le 6 avril ... Soult et Wellington ne l'apprirent que le 12.
Il est évident que la ville n'a pas été prise d'assaut, Soult a pu évacuer ses blessés, ses armes, son matériel. Son armée a eu moins de pertes que chez les coalisés donc on pourrait imaginer une victoire française.
D'un autre côté, Wellington est entré dans Toulouse en libérateur.
Depuis 1814, les avis divergent sur la question !
Toulouse pendant cette journée : "Les citoyens, épouvantés dès les 1ers coups de canon, se cachèrent au fond de leurs maisons dont les portes restèrent fermées [...] Remis de la première frayeur, ils accourent dans les rues et sur les places, plusieurs se portent sur les remparts, un petit nombre va même explorer le champ de bataille. Mais la majeure partie, penchée sur les toits et les clochers attend avec impatience l'issue de cette effrayante lutte".
Les dégâts
- 60 maisons furent brûlées, 85 endommagées
- 200 dossiers de demandes de dédommagement pour 178 propriétaires
- L’état récapitulatif des pertes se monte à 103 450 francs
Commémoration de la bataille
Depuis le 24 juillet 1839 se dresse, dans le parc de la Colonne, un obélisque commémorant la bataille de Toulouse.
Cet obélisque construit de 4,50 mètres de côté et de 32,60 mètres de haut, avec une échelle intérieure, permettait à l’époque d’avoir une vue complète sur le champ de bataille et sur les buttes des redoutes
Obélisque de Toulouse, Jolimont
Epilogue
Le 28 juin 1838, à Westminster, Soult et Wellington se retrouvent pour un banquet célébrant le couronnement de la reine Victoria. Lorsqu’on demande à Wellington s’il ne voit pas d’inconvénient à avoir Soult comme voisin de table, il répondra : “Je préfère l’avoir à côté qu’en face.”
Sources
Précis historique de la bataille de Toulouse livrée le 10 avril 1814, entre l'armée française, commandée par le maréchal Soult, duc de Dalmatie et l'armée alliée sous les ordres de Lord Wellington, éd. Delboy, Toulouse, 1852 de Alexandre de Mège
La bataille de Toulouse de 1814 de H. Geschwind et F. De Gélis
Toulouse une métropole méridionale – 20 siècles de vie urbaine de Jean Paul Escalettes
10 avril 1814, la bataille de Toulouse de Jean Paul Escalettes
Un article de 2021 sur la bataille de Sébastien Vaissière (photo : Rémi Benoit et illustrateur ; Laurent Gonzalez) sur le site : https://www.boudulemag.com/2021/05/la-bataille-de-toulouse-de-1814-un-choc-pour-l-honneur-napoleon-et-nous/
Sur les armes : http://armesfrancaises.free.fr/fusil%20d%27infanterie%20Mle%201777%20an%20IX.html
Cartes de Toulouse
https://www.flickr.com/photos/archives-toulouse/albums/72157664247082820/with/25111159875/ différentes cartes de Toulouse sur plusieurs siècles
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8441589z/f1.item.zoom : carte fin 18ème
cartes de Toulouse à consulter sur : https://www.archives.toulouse.fr/histoire-de-toulouse/patrimoine-urbain/plans-anciens/plans1772_1847
Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)
Ci-dessous quelques témoignages locaux sur les conséquences de l’occupation hollandaise dans le Pas de Calais essentiellement :
Quelques unes des villes citées ci dessous
Les Hollandais, campés depuis le Mont-St-Eloi jusque Tincques, incendièrent l'église de Berles et pillèrent et brûlèrent Savy le 3 septembre 1711.
Façade de l'abbaye de St Eloi
Ambroise DELOEUVACQ (1659-1721), chanoine de Saint Eloi et curé d’Aubigny-en-Artois, notait sur le registre paroissial : « depuis le 26 de mars 1711 jusqu’au 23 de novembre 1711, ce registre et les autres en ce tout ce quy estoit de conséquence a été réfugié à Arras à cause du voisinage des deux armées, scavoir l’armée du roy qui estoit campée près d’Habarcq, et l’armée des alliés qui a campé deux ou trois jours sur le terroir d’Aubigny et environs, trois jours pendant lesquels les habitants d’Aubigny et des environs ont beaucoup souffert, estant obligés de prendre quasy tous les jours les armes contre les maraudeurs de l ‘armée du roy qu’ils ont toujours repoussés avec beaucoup de bravoure. Cependant il a fallu à la fin céder au trop grand nombre de maraudeurs, de manière que tout le voisinage a été pillé par eux, à la réserve d’Aubigny qui a eu le bonheur de résister à leur furie. Savy a été entièrement pillé et bruslé, Berles et Berlette en partie. En un mot, la désolation estoit si grande dans ces villages que la postérité aura bien du mal à le croire. L’incendie est arrivé le deux, trois et quatre du mois d’aoust 1711, après quoy les deux armées ont décampé pour aller au siège de Bouchain. C’ était dans l’appréhension d’avoir un sort semblable au voisinage, que ce registre a été réfugié de bonne heure à Arras ».
Le 2 juillet 1710, l'armée hollandaise campe à Camblain-l'Abbé et sur les territoires circonvoisins. L'armée du roi, à son tour, quand elle campa dans les environs d'Avesnes-le-Comte, réquisitionna tout ce qui restait de blé, d'avoine, de chevaux. D'où une première disette en 1710 qui causa des maladies.
Le curé de Beaufort décrit quant à lui : « L’an 1709 l’hiver fut si long et si rigoureux que les blés manquèrent ; le pauvre peuple ayant été obligé de manger du pain d’avoine. Registre de catholicité de Beaufort, curé Delaleau »
Beaufort
A Izel les Hameau : « L’an 1710, les habitants d’Izel faisant peu à propos, empêchèrent les alliés d’entrer chez eux. Ils se sauvèrent sous leurs effets et abandonnèrent le village. Malborough qui occupait Villers Brulin leur y fit mettre le feu ; les soldats enlevèrent une cloche ; on avait sauvé les 3 autres à Arras, Père Ignace »
« A tous ces malheurs de la guerre, il faut ajouter la peste ; depuis le mois de 06 1710 jusqu’au mois de février 1711, les maladies et la mortalité y furent si grande qu’il mourut 230 habitants »
En 1709 et 1710 la province d’Artois était envahie dans sa partie méridionale et la ville d’Avesnes le comte se trouve cernée de toutes parts, au sud est par l’armée française sous le commandement du maréchal de Villars , au Nord est par l’armée alliée aux ordres du Prince Eugène de Savois, de Milord Malborough et du comte de Villy et l’armée des Hollandais était campée depuis St Eloi jusques et passé Aubigny. Et celle des Français était campée à Barly et s’étendait depuis Montenescourt jusqu’à Frévent.
Frévent
Les armées s’observèrent longtemps avant d’en venir aux mains, mais le pays eut beaucoup à souffrir de leur voisinage et fut dévasté par les deux parties : « qui nous ravagèrent si bien l’un que l’autre ». Les Hollandais surtout pillèrent les églises où ils ont « brisez, tous pillez, tous déchirez, tous emportez jusques au registres des baptêmes, des morts et des confirmés » (reg. Catholique de Beaufort par M. Nicolas DELALEAU, curé) A Izel, M. Deshorties (curé de Izel) confirme ce détail : « nota que le registre des morts depuis1692 jusqu’en 1710, a été perdu pendant la guerre ».
Château de Villers Brulin
A Avesnes : « la grande agglomération de troupes dans la contrée, la misère et la disette qu’en furent la conséquence y développèrent une maladie contagieuse qui causa partout une effroyable mortalité », Histoire d’Avesnes, par M. Ledru
A Nédonchel : « L’an 1710, le 24 septembre est décédée en cette paroisse Anne DANVIN, femme de Thomas COLART, 34 ans, et deux enfants qu’il avoient, décédez au mois d’aoust précédent pendant les fuites à cause des armées voisine d’icy et ont étez inhumées dans le cimetière sans cérémonies ne les pouvant faire à cause du péril par les ennemies en foy de quoy j’ay signez, étoit signez P. J Badart, curé ». Après cet acte de décès le curé note pour mémoires : « Icy suivent tous les morts pendant les mois d’aoust, septembre te octobre qui ont etez inhumez dans le cimetière de nostre paroisse sans cérémonies à cause du péril causé par les ennemies campez près d’icy au mois d’aoust » (28 décès dont certains d’autres paroisses probablement réfugiés)
Hermaville : Le curé note : « il ne manque rien icy mais à cause des guerres commencés le 13 de juillet 1710 dans ce pays, j’ay esté obligé de sauver et transporter ce présent registre à arras et de faire une feuille volante que j’ay cy après attaché ou j’ay marqué les mariages qui se sont fait jusqu'à ce jourdhui quatorze de feb. 1713»
Magnicourt et Maizière : Déclaration du curé qui rédige la liste des morts : « La guerre faict dans l’année 1710 ayant causé une fuite générale des prestres hors des paroisses et de la province d’Artois, fust aussi la cause que les curés ayant esté contraint d’abandonner leurs paroisses n’ont peut enregistrer les enfants baptisés et toutes les personnes mortes selon le temps les mois de leur décédé, c’est pourquoi on les a mis selon l’ordre qui s’en suit : …. »
Flers (14 07 1710 (n°786) LOUIS Antoine Flers à marier, Tué à Flers par les troupes de Malbouroucq, acte en double.
Le curé de Cambrin, Delerue, écrit :
Le 27 Octobre 1708 : « ne pouvant sortir pour les courses journalières des hollandais en ce quartier, n'ayant oser sortir de Béthune où j'étais réfugié à raison des mauvais traitements que l'on recevait tous les jours des troupes hollandaises et anglaises ... ».
"L'an de grace 1708 dans le courant du mois de novembre est décédé en cette paroisse Mathieu Caron agé aux environ de 52 ans, marié à Marguerite Myon, il fut inhumé dans le cimetière de ce lieu par les paysans, moy étant réfugié dans la ville de Béthune, ne pouvant sortir à cause des courses journalières des Hollandois en ce quartier, nous lui avons fait ...." " L'an de grace 1708 quelques jours après la mort du précédent est trépassé en cette paroisse Pasquier Beugnier, réfugié chez Ferdiand Marischal, son beau fils, agé aux environ de 80 ans, son corps fut inhumé dans le cimetère de ce lieu par les paysans ayans encore osé sortir de Béthune, ou estois réfugié en raison des mauvais traitements que l'on recevoit tous les jours des troupes Hollandoises et Angloises après la rebellion de la ville de Lille, ses funérailles luy furent fait dans la fuite."
Cambrin
"Le ving quatriemme jour d'aoust mil sept cens et dix, feste de la saint barthelemy aposthume, un convoy de chariots chargé de poudre passant par La Bassée pour être conduit au siège de Béthune, un de ces tonneau, ayant commencé à filer dessus les pavés du grand marché, le fer d'un pied de cheval fit feu dessus le pavé et fit sauter toute la poudre, et de plusieurs autres suivants, ce qui causat en même temps un fracas épouvantable dessus la place et emporta plus de cens personnes de la ville et plusieurs dont on ne sait pas le nom, quelques uns furent brûlés et d'autres sont morts depuis".
Cet accident relaté par le curé de Cambrin se déroula en fait au beau milieu du bourg de La Bassée. Il n'existe plus de registres avant 1737 à La Bassée, mais d'après plusieurs sources, cet accident aurait fait entre 150 et 250 victimes, pratiquement toutes civiles, dans la population de La Bassée.
Le curé de Cambrin écrit encore : "le 29 septembre 1710 s'est rendu aux Hollandois, après un siège de trois semaines, la ville de Saint-Venant"
" le huitième de novembre 1710 s'est rendu aux Hollandois et après un siège de deux mois la ville d'Aire elle fut vaillement défendue par Mgr de Gabriant" ...
Baillage d'Aire sur la Lys
Mons en Pévèle : 9 septembre 1708 est décédé Jacques Barbieux " d'une mort subite estant réfugiez dans l'Eglise a raison de guerre" . 4 août 1708 "at esté tuez Noël Mazenghe par des soldats des troupes des alliez […] ce jour Mons en Pevele fut pillez par les memes trouppes et ledit feu Noël Mazenghe se sauvant avec un fusil fut poursuivi et tuez par des soldats " " L'armée de France estoit campé au Mons en pevele et Monseigneur le duc de Bourgogne généralissime de l'armée et Monseigneur le duc de Berry son frère logez dans la maison pastoralle. Monseigneur le duc de Vendôme logé chez Thomas Picquet, le prince de Galles fils du Roy Jacques d'Angleterre sauvé en France avec sa famille royalle logé a la maison rouge ; la ville de Lille estant assiégé et prise ensuite le 25 d'octobre par le prince Eugene de Savoye général des trouppes de l'Empereur allié avec l'Angleterre, la Hollande, le Brandebourg, le Saxe, Prusse, Hesse Cassel et autres souverains de l'Empire ; général de la cavalerie, le prince d'Auvergne qui conduisit la garnison de la citadelle de Lille a Douai, pendant le siège de laquelle l'Eglise de Mons en pevele fut entierement pillez et tout le village par des trouppes des alliez."
1707 : une garnison hollandaise s’installe à La Bassée et rançonne Auchy. Les habitants du village d’Auchy s’enfuient vers les villages voisins.
La Bassée
En 1709, le maréchal français de Villars, pour mieux parer l’attaque du Duc de Marlborough et avoir une parfaite visibilité, fait raser toute la plaine environnante. Auchy voit 163 maisons et le château complètement détruits. Les bois aussi sont rasés. Il ne reste debout que l’église qui sert de poste d’observation et trois maisons où loge le corps de garde
En 1707, La Bassée est occupée par les alliés (anglais et hollandais). Mais les français avant de se retirer emportent ou détruisent tous les grains et fourrages de la région entre Lens, La Bassée, et Béthune. Pendant tout l'automne 1708 la contrée est livrée aux brigandages. Les habitants de Annequin se réfugient à Béthune ou Beuvry derrière les marais.
Les paysans face à la guerre
Tout est manifestement un problème de logistique ….
Théoriquement, le soldat de Louis XIV avait droit à une ration quotidienne de 2 livres de pain (734 g), ration qui était plus élevée pour la cavalerie et les officiers.
Si l’on considère que l’on a une armée de 60 000 combattants à l’époque de Louis XIV, on peut estimer avoir besoin de 90 000 rations de pain, car il faut ajouter aux combattants les hommes qui s’occupent du transport, les travailleurs qui suivent une armée et les rations supplémentaires pour les officiers qui sont mieux nourris). Ce chiffre est considérable si on considère 1/ l’absence de logistique de ravitaillement, 2/ les dévastations de la guerre n’aident pas aux travaux des champs et quand on sait 3/ que les capacités des moulins et des fours locaux sont insuffisantes.
Et que dire du fourrage ? Dans une armée théorique de 60 000 combattants, dont 20 000 cavaliers et 40 000 fantassins, plus les animaux de trait pour le transport de l’artillerie, du matériel de campement et du ravitaillement, il faudrait 40 000 rations de fourrage, une ration de fourrage correspondant à 25 kg de fourrage vert (un peu moins s’il s’agit de fourrage sec). Au total, on arrive donc au chiffre énorme de 1000 tonnes de fourrage à fournir chaque jour.
Impossible de tout faire venir de l’arrière par des magasins, car il aurait fallu un nombre considérable de chariots pour les transporter, lesquels chariots étaient tirés par des animaux de trait qui consommaient eux-mêmes du fourrage.
Bref, le déficit en logistique implique de se fournir sur les territoires conquis. D’où les réquisitions en nature ou en espèce. Auxquels s’ajoutent les pillages désordonnés de la soldatesque.
A noter que l’une des raisons du siège de Lille de 1708 était que la ville devait servir de magasin pour les troupes en route vers Paris.
Ce que subissent les villageois en temps de guerre
En temps de paix, les villages subissent une fiscalité ordinaire : la trilogie royale, paroissiale, seigneuriale : taille, dîme, cens/champart.
En temps de guerre, ce n’est plus la même chose.
- A court terme il faut prévoir un alourdissement de la fiscalité royale à laquelle s’ajoutent les réquisitions et contributions de guerre : les troupes exigent leur nourriture et le foin pour les montures et se servent sur les réserves du village et n’oublient pas à côté de piller et de massacrer … d’où une hausse de la mortalité.
- A moyen terme, le village s’appauvrit du fait des destructions et vols répétés ; les hommes s’endettent, les mariages se font rares, la natalité baisse.
- A plus long terme, les terres retournent en friche, plus de blé, plus de vignes plus de ressources. Disette, famine, malnutrition, épidémies.
Ainsi, pour ne donner que trois exemples en région wallonne : le village des Avins fut durant la guerre de Hollande (1671-1679) abandonné 3 ans par ses habitants ; la communauté de Hamoir perdit la presque totalité de ses biens communaux pour apurer les dettes contractes lors des guerres du 16 et 17ème siècle.
A Huy les guerres des 17 et 18ème siècle amènent la ruine d’une petite industrie sidérurgique ; la ville contracte suite aux guerres de Louis XIV une dette de près de 700 000 francs dont elle a à peine remboursé le 1/20ème lors du rattachement à la France.
Dans le Nord de la France, les Espagnols, en 1693, demandent 30 000 florins à Rumegies au titre des contributions de guerre !
Le principe des contributions
Les contributions étaient établies par des conventions passées entre les autorités locales et les représentants du roi : elles établissaient les obligations financières et promettaient la protection à ceux qui les payaient régulièrement. Les communautés et particuliers concernés recevaient un document dit de sauvegarde.
Les particuliers et communautés échangeaient des victuailles, des rafraîchissements, de l'argent, des terrassiers, des chevaux contre une lettre de sauvegarde qui les place sous la protection des gens de guerre. Dans la pratique, cela prend surtout la forme d'un chantage à l'incendie : pas de contributions = incendie du village..
pillage et incendie d'un village par Callot
Une sauvegarde : document délivré par les chefs de l’armée d’occupation attestant que telle personne avait payé sa part de contribution et devait être à l’abri des extorsions des gens de guerre
Un sauvegarde : soldat prêté à un particulier (souvent un chatelain, une abbaye, un couvent) pour servir de protecteur moyennant bien sûr finance.
Ceci étant même avec une sauvegarde, personne n'est à l'abri des exactions militaires.
Les autorités espagnoles vont tenter de réduire les nuisances que la soldatesque inflige à sa propre population. Ainsi, le 27 juin 1635, le cardinal infant ayant été informé que « aucun soldats tant de cavallerie que d'infanterie s'advancent à rançonner les maisons où ils sont logez sous prétexte d'empescher la ruine d'icelles, ou foule des autres (...) défendons aux soldats de ne prendre aucune chose es lieu ils passeront ou logeront, se contentant de la nourriture ordinaire de leur hostes (s 'il y en a) sans extorquer argent ou en recevoir soit de leur dicts hostes ou de ceux qu'ils rencontrent es chemins sous prétexte de rédemption de logis (...) à peine de trois traicts de cordes ou aultres plus griesve selon l 'exigence du cas".
Cependant ce principe des contributions ne peut fonctionner que si elles sont raisonnables ; trop importantes, les villages ne peuvent verser la totalité de ce qui est demandé; or en cas de non exécution, les représailles peuvent être disproportionnées : comme l'incendie du village en entier.
Dans les faits, ce principe dérapa très vite ; à tel point que lors des conférences de Deynze (au sud est de Gand) en janvier 1675, Français et Espagnols ont tenté de s’entendre pour limiter le niveau des contributions. Les négociateurs ont également condamner les incendies du moins tant que les populations n’ont pas déserté les villages et à la place il fut convenu que des otages pourront garantir le paiement.
Ce ne fut qu’un vœu pieux …
Les excès de guerre reprennent de plus belle : aux exécutions des uns répondent les représailles des autres. « S’instaure alors une arithmétique brutale : pour chaque maison ou village brulés situés sur un territoire placé sous la protection de Louis XIV, de 2 à 50 villages ou maisons ennemis sont condamnés à l’incendie. » Ainsi en 1684 Louvois ordonne au comte de Montal de brûler 20 villages près de Charleroi sous prétexte que les espagnols ont détruits deux granges placéess aux extrémités de deux villages français.
Ou encore Louvois à Chamilly le 6/10/1676 : « Je vois avec plaisir que vous avez commencé à brûler la vieille ville de Gand. Je vous prie de continuer … et de piller et brûler là jusqu’à ce que les populations aient rempli les engagements du traité .. et de ne cesser que lorsque vous serez informés qu’ils l’ont bien faits ».
pillage par Callot
Logement des troupes
Par ailleurs il ne faut pas oublier que les habitants doivent loger aussi les gens de guerre ; en principe le séjour des troupes est interdit dans les villages car les bourgs et les villes sont mieux armés économiquement parlant pour les géreer mais en fait les villes laissent le plus souvent tomber cette charge sur « les petits lieux de la campagne ».
En général les officiers vont loger chez les bourgeois, les sous officiers chez les plus gros cultivateurs et les simples soldats tant à la charge du reste de la population.
En 1747 à St Gilles dans le Gard, le maire se désole de voir un bataillon espagnol aux portes de son village et composé de 44 officiers, 663 soldats, 50 femmes et 100 chevaux. « Je vous avoue que ma situation est triste de nous voir dans la dure nécessité de mettre trois ou quatre soldats dans la maison d’un habitant qui n’a pas de pain à manger »
Un règlement de 1641 stipule pourtant de loger les soldats dans les halles granges et autres lieux couverts de façon à soulager les habitants. Mais encore une fois cette règle n’est pas observée il faudra attendre la construction de casernes qui débute au 18ème siècle pour avoir des endroits réellement spécifiques au logement des soldats, le logement chez l’habitant devenant l’exception regrettable ; ce sera le début des villes garnisons.
Caserne de Charras
En attendant les armées séjournent où elles peuvent, rançonnant, pillant, ravageant tout sur leur passage. Les hommes sont massacrés, les femmes violées puis massacrées, les enfants martyrisés, les villages sont pillés, tout ce qui ne peut être emporté est brulé, les troupeaux sont emportés, les puits empoisonnés, les arbres coupés, les terres dévastées, les récoltes volées, les loups en profitent pour rôder autour des cadavres et les taxations diverses finissent d’affamer les survivants en installant plus ou moins durablement la disette et la famine.
maraude de Callot
Les témoignages rapportent les mêmes faits, peu importe l’époque, les lieux ou les armées en présence.
Les survivants préfèrent alors fuir et abandonner leurs maisons ; ils affluent dans les villes avec pour seule conséquence de grossir la population d’indigents ; en attendant les labours ne se font pas, les semailles sont tardives, les vignes mal taillées. Bref l’économie d’un pays peut basculer très vite dans le rouge sans parler bien sûr de l’équilibre démographique très fragile déjà en temps de paix.
Voir ici et ici et encore ici pour des témoignages de pillages en temps de guerre
Sources
Prendre l'argent plutôt que le sang : la contribution de guerre au XVIIe siècle : Christian BAES
La pauvreté dans la région liégeoise à l’aube de la révolution industrielle de Nicole HAESENNE PEREMANS
Les villageois face à la guerre (14-18èm siècle) de Charles DESPLAT
Les occupations étrangères en Belgique sous l’Ancien Régime de VAN HOUTTE
De la guerre de siège à la guerre de mouvement : une révolution logistique à l’époque de la Révolution et de l’Empire de Jean Philippe CENAT
Siège de Lille en 1708
Siège de Lille en 1708
Pourquoi ce siège ?
Tout a commencé avec la mort de Charles II d’Espagne en 1700 puisqu’en effet celui-ci meurt sans héritier. Or au vu des possessions espagnoles (n’oublions pas que Charles II est roi d'Espagne, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, duc de Bourgogne et de Milan, souverain des Pays Bas) et des liens que l’Espagne entretient avec les Habsbourg d’Autriche, les grandes puissances européennes ne sont pas prêtes à rester sans rien faire …
Trois candidats sont en lice :
- Louis XIV réclame l'Espagne au nom de son fils aîné, Philippe d’Anjou, qui, de par sa mère l’infante Marie-Thérèse (1660), est petit-fils de Philippe IV d'Espagne et neveu de Charles II
- Joseph-Ferdinand, prince électeur de Bavière, arrière-petit-fils de Philippe IV veut également le trône
- Léopold Ier, empereur du Saint Empire romain germanique, qui a épousé l'une des filles de Philippe, réclame aussi la succession pour son fils, l'archiduc Charles.
Un traité, signé en 1698, désigne Joseph-Ferdinand comme héritier principal mais son décès remit tout en question.
Un second traité, signé en 1700, attribue l'essentiel des possessions espagnoles à l'archiduc Charles.
Mais les Espagnols persuadèrent finalement le roi Charles II de nommer sur son lit de mort le petit-fils de Louis XIV comme héritier unique ce qu’il fit dans son testament (voir ici).
Philippe d'Anjou couronné roi d'Espagne
Et là bien évidemment rien ne va plus … L’Angleterre, la Hollande et le Saint-Empire se réunirent en une Triple-Alliance pour reprendre la couronne d’Espagne. Nous sommes en 1701.
Sept ans plus tard, les 3 belligérants se retrouvent devant Lille.
Siège de Lille
Pour entamer ce siège, les assiégeants font partir depuis Bruxelles le 6 août, un convoi de 6 000 chariots de munitions de guerre, 94 pièces de canon et 60 mortiers du premier calibre. Le siège de Lille est très vite complet et les forces très supérieures en nombre ne donnent que peu d’espoir aux assiégés. La ville se voit entourer par un impressionnant parc d’artillerie compris de la Deûle à la Marque : 120 pièces de canon, 40 mortiers et 20 obusiers.
Un document de l’époque écrit par Maximilien Prévost, maître (directeur) de l’Hôpital Notre Dame de Seclin depuis 1690, décrit précisément, de l’extérieur, le siège et ses conséquences sur les habitants aux alentours. Il avait 67 ans lors du siège.
Prévost annonce dès son introduction que ce siège « a presque ruiné cet hospital » ; plus loin il signale même qu’il « n’est point arrivé un désastre semblable à cet hospital, soit par rapport aux pertes, soit à l’égard de la longueur du temps ».
Hôpital de Seclin
Le siège eut en effet un impact important sur les environs à cause des incessants pillages tant de l’armée ennemie que de l’armée française. Et pourtant l’hôpital s’était assuré des sauvegardes délivrées par le prince d’Orange, par le prince Eugène de Savoie et par le duc de Marlborough (ancêtre de Churchill).
En vain…
Tout au long du siège les habitants des différents villages alentours vivent dans la crainte des pillages et autres violences.
Une première ligne face au site assiégé (ligne de contrevallation) empêche toute sortie de l’armée assiégée. Derrière elle, l’armée assiégeante établie une seconde ligne dite de circonvallation, afin de parer à toute attaque ennemie de secours. Mais Malborough encore plus prudent fit établir un retranchement en amont avec de la cavalerie et de l’infanterie qui se déployaient de Wattignies à Péronne sur « un front, dans la longueur d’une lieue, avait un fossé large de douze pieds et profonds de six. L’artillerie était placée sur les retranchements dans les endroits plus convenables. Ce fut par de telles mesures de Marlborough, profitant des lenteurs d’un ennemi irrésolu et divisé, vint à bout de mettre sa position à l’abri de toute attaque ». Le hameau actuel d’Ennetières était à l’époque un fort de retranchement dans ce dispositif.
Pendant ce temps, à l’intérieur de Lille
« Les hôpitaux de Lille sont évacués et tous leurs malades transportés à Douai. Des proclamations, placardées dans les rues, exhortent les habitants à concourir à la défense de la cause publique et de leurs propres foyers en péril. On poursuit sans retard le dégagement des abords de la place, commencé par monsieur de Lee. Les arbres et les haies des faubourgs sont partout coupés à 300 toises des murs de la ville (une toise = 6 pieds = 1.949 m). L’ennemi paraît le 12 août en vue de Lille, venant de la chaussée de Menin. Aussitôt le même soir, vers sept heures, Boufflers fait brûler toutes les maisons et censes de la porte de la Madeleine jusqu’à la Maladrerie, le long du chemin de Menin. Seules la maison du curé de la Madeleine et une chapelle attenante sont gardées pour servir de postes avancés à la défense. Le lendemain, à 10 heures et demie du matin, le faubourg de Fives subit le même sort. Pour dégager les abords de la redoute de Canteleu (système de fortifications à l’extérieur d’un fort plus grand), le maréchal donne l’ordre de mettre le feu aux maisons du pont « qui forment une espèce de bourg ». Il fait encore brûler en avant de la porte de Saint André, un petit château appelé le château d’Ouchin et une maison voisine dénommée la Cayère. Les palissades manquent. Monsieur de Valory a demandé aux Etats de Lille 40 000 fascines (fagots de branchages destinés à combler des fossés) et 60 000 piquets et 10 000 palissades et des bois propres à faire des gabions (système défensif destiné à protéger une position des tirs d’artillerie) ».
Gabions
[…]
« (Le Magistrat) constitue de grands approvisionnements de vins, bières, viandes salées et fumées. Ils font entrer dans Lille tous les blés et les bestiaux qu’ils peuvent se procurer. On était ainsi parvenu à réunir 600 porcs, des moutons et des vaches en grand nombre ».
[…]
« Un premier traité est conclu avec les brasseurs pour la fourniture de 4 000 rondelles de fortes bières, d’une razière de grains chacune (une razière de blé dans la région de Lille vaut 70 litres), au prix de 5 florins 5 patards la rondelle ».
[…]
« Le 19 août, plusieurs dames, entre autres Madame de Flandres et Madame la marquise du Quesnoy, obtinrent de sortir de Lille pour se retirer à Tournay ».
Les premiers temps sont toutefois assez calmes : Prévost mentionne les premiers combats dans le « maretz (…) (à l’arrière de l’hôpital et asséché au 19ème siècle) où il y eut un soldat allemand blessé à la mort et mourut à l’hospital un peu après y estre transporté. La seconde fois ce fut vers le chasteau (des Boulets), où il y eut beaucoup de chevaux pris et quatre ou cincq allemans tuez et quelques françois blessez, dont l’un mourut à l’hospital et l’autre s’est en allé presque guéry ».
Puis les pillages commencent à Seclin et dans toutes les villes voisines.
« Ledit cincquiesme jour de septembre 1708, après midy, il vint un officier Holandois, disant d’avoir ordre de prendre du fourrage, avec environ 50 ou 60 hommes, qu’on tâcha de contenter en livrant du foin à chacun, et l’on donna à boire et à manger audit officier et à deux de ses compagnons ». Le lendemain, « quantité d’officiers de toute sorte nations (…) ont visité tous nos greniers et pris toute l’avoisne qu’il y avoit, tant la nostre que celle qui y estoit refugiée ; il n’y ont pas laissé un seul grain (…) »Hollandois, disant d’avoir ordre de prendre du fourrage avec environ 50 ou 60 hommes, qu’on tâcha de contenter en livrant du foin à chacun, et l’on donna bien à boire et à manger audit officier et à deux de ses compagnons. […] Le lendemain, sixiesme dudict mois, quantité d’officiers de toute sorte de nations, avec un lieutenant des houssars habillé à leur mode, et l’officier du jour d’hier, ont visité tous nos greniers et ont pris toute l’avoisne qu’il y avoit, tant la nostre que celle qui y estoit réfugiée ; ils n’y ont pas laissé un seul grain, nonobstant que le seigneur de Ninove, frère à la religieuse de Nieppe à Lille et le sieur Dutrieu, officier dans le régiment de Westerloo, envoyez ici exprès, fissent tous leurs efforts pour sauver quelques choses. »
Pillage pendant la guerre de Trente ans
« Notre troisième assaut se fit le septiesme septembre. Il commença environ les sept heures du matin, avec quantité des fourrageurs (pilleurs) à la porte, ausquel ont disputait l’entrée, pendant qu’ils entroient à la foule par le jardin de la cense. Et d’abord ils ont jetté à bas toutes les couvertures avec un fracas terrible, pris tout le foin qu’il y avoit sur les chenels (grenier), pillé toutes les granges avec ce qu’il y avoit dedans, emportés toutes les moyes (gerbes), pillé la chambre de maître Jacques (Jacques Brasme, maître des labours), fait couler dix tonneaux d’huille, tué cochons, veaux, poulets, cannards, dindons, dérobé l’équipage du frater de Westerloo (le barbier) (qu’on se sçavoit par après contenter) ; enfin un fourragement ou pillage épouvantable. Il n’est pas resté une seule jarbe ; emportés tous les ustensiles de la bassecour, pelles, hoyaux, ferrailles, la corde er seaux du puits, enfin, tout ce qu’on n’avoit su emporter, tant fut on surpris de leur entrée subite. Ce ne fut ce jour-là qu’allarme continuel, tant au cimetière, près de la burie, qu’au jardin qui fut tout ravagé et la pluspart des outils du jardinier dérobés. […] La plus grande partie des maisons avoient esté pilées, l’église plusieurs fois forcée, les chaudières emportées, même celles de la brasserie du chapitre ; enfin une ruine totalle ».
Les Hollandais ensuite brûlent Seclin.
« Et la nuit du 11èe au 12ème, presque toute la ville de Seclin fut bruslée par un feu mis à dessein par les hollandois. Il y eut quatre vingt deux maisons bruslées à deux fois ; la première qui fut le 8 au matin, il y en eut environ 14 ou 15, et les autres ceste nuit. Il seroit impossible d’exprimer les désordres, larcins et foules des peuples qu’on fist plusieurs jours de suite audit Seclin. Parmi cette confusion toute sorte de gens se fourroient dans nostre maison, tous nos ouvriers avec leurs femmes et enfans, quantité de vieilles femmes et d’autres inconnus ; et durant ce vacarme plusieurs qui pensent toujours à mal faire nous ont dérobé deux grands chaudrons à la cuisine, sans qu’on eût peu sçavoir ce qu’ils sont devenus ».
Les Français reprennent Seclin sans épargner toutefois les civils puisque les soldats volent tout ce qu’ils trouvent.
« Cette mesme nuict, l’armée de France se saisit de Seclin …. Le 12ème au matin, l’on vint marquer nostre maison pour y loger le marquis de Saint Fremont , le comte d’Albergotty, messieurs de Coigny et Senelay, et une grande quantité d’autres qui se fourèrent partout , tellement que les quartiers vieux et nouveaux, la grande cuisine , la grande salle , l’ouvroir mesme des religieuses estoient occupéz ; il ne restoit pour nostre logement que le réfectoire et dortoir et le quartier des chapelains qu’ils n’osèrent prendre de crainte de balles de canon, selon que j’ay pu prévoir ». (Prévost était resté de sentiment espagnol plus que français…)
« C'estoit une grande désolation pour nous ; toute la journée les soldats coupoient du bois à l'entour de la maison pour se baracquer ; on prenoit nos poissons dans les fossés ; ils faisoient manger l'herbe du pré à la burie (fontaine) par leurs chevaux ; les lavendières faisoient la lessive dans nos fosséz, séchoient leur linge au feu de nostre bois ; ce n'estoit que tentes et baraques à la basse-cour, aux jardins du couvent et de la cense, avec plus de vingt huict ou trente feux, sans la cuisine de ces bons messieurs. Et à force de prendre bois ils ont trouvé environ quatre à cincq charrées de foin qu'on avoit tâché de sauver en le couvrant de naffetas (chaume) et furent enfin découvertes et ce qui avoit eschappé le pillage des Hollandois n'a pu éviter celui des François... le canon des hollandois se faisoit entendre de temps à autre et il y avoit de fréquentes escarmouches .
...C'estoit un pitié de voir nostre bois si mal traité pour trois jours que les François furent ici campez, et tout dégradez».[…]
L'armée du duc de Vendôme n'avait tenu Seclin que trois jours, du 12 au 15 septembre, et le pillage par les alliés recommença de plus belle.
« Le 15e toutes les troupes campées icy et aux environs décampèrent de bon matin, et tous ces messieurs qui avoient promis payer le bois pour leurs cuisinnes et boulangerie, comme aussy la bierre,beurre, pigeons, grain et choses semblables, sont en allez sans payer un seul double...et monsieur d’Albergotty qui paroissoit si honeste, ayant demandé un de nos chariots et deux chevaux , qu’il promit de renvoyer ici pour le disner, il ne le fit que le jour suivant , même sans escorte et sans avoir donné à boire ni à manger au charton, ni aux chevaux. Voyez l’honesteté de ces Messieurs ! »
« Dimanche 16e, les fourrageurs de l'armée d'Hollande sont venus prendre les fourrages que l'armée de France avoit laissé icy et aux environs avec chariots et chevaux... »
« Depuis le [25] jusqu’au 28ème, il n’y eut rien de nouveau sinon qu’on estoit toujours en frayeur et grande perplexité. La nuit du 28 au 29, il y a eu quelques troupes françoises venant de Douay qui ont tachez d’entrer dans Lille, chargés chacun à ce que l’on disoit de cinquante livres de poudres et de grenades. Vers les 11 ou 12 heures la nuict, ils avaoient passé la grande garde, qui s’estoit retiré lâchement, mais par malheur pour eux, les dragons du quartier en eurent l’alarme, lesquels on fait feu sur eux et il prit dans les poudres et grenades qu’ils portoient, ce qui fit un terrible fracas et massacre parmi eux, tellement que c’estoit une pitié de voir, le jour venu, quantité d’hommes et chevaux coupez en diverses pièces, les uns par le milieu du corps, , les austres la teste coupée, aucuns fendus en deux, les autres sans bras et sans cuisses ; enfin chose extrêmement pitoyable».
A ce sujet, le journal du siège de Lille de Maurice Sautai relate cet épisode de la façon suivante :
« La nuit du 28 au 29, M. le chevalier de Luxembourg est entré icy avec 2000 chevaux dont une partie est de dragons, et de carabiniers. Ils estoient tous armés de chacun un bon fusil et une bayonnette ; ils avoient derrière leurs chevaux la valeur de 100 livres de poudre. Il n'est entré que la moitié du secours qui devoit entrer, par un accident qui arriva à quelques cavalliers qui portoient de la poudre ; proche le pont Arache, le cheval d'un cavallier voulant faire le fringuant, fit feu sur le pont en se tourmentant, et mit le feu à la poudre d'une quarantaine de cavalliers qui sautèrent tous en l'air, et outre cela à 2 maisons qui joignoient le pont, ce qui obligea M. le chevalier de Luxembourg de faire construire un autre pont pour faire défiler toute sa cavallerie, l'autre moitié n'ayant pas eu le temps de défiler, joint à ce que les chevaux des derniers faisoient les diables, et ne vouloient pas passer pardessus les corps morts. Quand M. le chevalier de Luxembourg fut donc proche des grandes gardes des ennemis, il mit à la teste les dragons de Flandre avec chacun un rameau vert, avec ordre à eux de ne point parler que ceux qui dévoient parler, lesquels sçavoient le patois du pays et la langue des Hollandois. A leur première grande garde, ils ne trouvèrent aucune opposition à la barrière. On cria : « Wardanly ? ». Ceux qui estoient abouchez leur crièrent : « Troupe de Hollande », en leur langue, et leur dit qu'ils amenoient des officiers généraux à M. de Malbrouq. On les laissa défiler. Cependant, s'apercevant qu'ils estoient trompez, ils crièrent : « Allerte ! » et tirèrent une cinquantaine de coups de fusil avec 3 ou 4 coups de canon. Pendant ce temps-là, nos troupes serroient, et arrivèrent enfin à la porte des Malades à minuit et demy, avec le plus grand accueil du monde et de tous les bourgeois de la ville. M. de Luxembourg dit que sans la poudre dont ils estoient tous chargez, ils auroient haché et mis en pièces tous ces gens-là ».
[…]
Revenons au journal de M Pruvost ; nous sommes en octobre.
« Le 3ème, sur les huict heures du matin, nous vismes passer quantité de troupes du prince de Hesse, qui y estoit en personne, avec des chariots, par le maret, prenant vers la haute planche ; et cela dura jusqu’à 10 heures. On disoit qu’ils alloient faire un grand fourragement, comme ils firent aux villages d’annoeulin, Meurchin, Provin-Bauvin et Herrin, où la damoiselle qui demeuroit avec le sieur pasteur fut honteusement despouillée ».
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« Le dimanche 7è d’octobre, il a passé quantité des détachemens allans par le maret et par le grand chemin, avec charrettes et caissons, sans sçavoir où ils alloient. On a sçeu par après qu’ils ont esté furonner l’église de Gondecour et plusieurs autres villages ».
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« Ledict jour huictièsme du mois, sur les six heures du soir, on entendit redoubler les coups de canon avec la lousqueterie ; on voyoit les esclairs de nos jardins. Et cela dura presque toute la nuict. On croyoit que c’estoit quelque assaut, c’est estoit effectivement un mais dès le lendemain on disoit qu’il n’avoit point réussi ».
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Les pillages continuent tout autour de Seclin. Voir également ici à Rumegies
« Le 15è de bon matin, c’estoient encore fourageurs avec caisson et charettes passant par le grand chemin, prenant leur route vers Camphin et lieux circonvoisins. On dit que le 13è ils ont faict dans l’église dudit Camphin des profanations horribles, ayant brisé le tabernacle, pris le ciboire, foulé au pied les saintes hosties, ce qui est épouvantable, sans qu’on en ait fait aucune recherche ny punition des coupables ».
Le 17 octobre, « les fourageurs et maraudeurs ont encore passé par le grand chemin avec infanterie et l’attirail ordinaire, prenant la route vers Camphin. Ils sont encore tous revenus fort chargez de toute sorte d’usentiles. L’après midy on n’entendit plus tirer ni de la ville ni du costé des assiégeans non plus que le 18è au matin et toute la matinée. Cependant des maraudeurs houssars allèrent vers le moulin rouge. A l’arrivée de nostre sauvegarde, ils se retirèrent. Il faisoit un très grand brouillard ; c’est pourquoi les fourrageurs avec l’escorte restèrent un peu à Seclin, et pendant ce temps-là ils entrèrent dans les maisons et prirent ce qu’ils y trouvèrent. Et estans passez au Pont à Vendin et lieux circonvoisins, ils y fourragèrent et les françois fortifiés le long de la rivière tuèrent quelques houssars. Ils se vengèrent sur les paysans ; ils tuèrent un vieil homme de deux coups de pistollet, selon que nous ont dit des officiers de Westerloo qui rafraichirent icy, ils coupèrent la teste à une pauvre femme qui estoit cachée dans un fosset, et ramenèrent un homme prisonnier qu’ils disoient estre gascon, habitué audit Vendin passé trente ans ; ils disoient qu’ils le feroient pendre soubsonné de les avoir trahy, arce qu’il s’enfuyoit vers la rivière. Voilà comment ils agissoient envers ceux qui estoient entre leurs mains ».
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« Le 22ème dudit octobre, on tiroit sur la ville de bon matin avec beaucoup de furie, ce qui a continué jusqu’à quatre heures et demie du soir et lors il a cessé tout à coup ; on croyait qu’on avoit battu la chamade ; ce qui estoit vray. En effet le 23ème au matin, la grande garde et les fourrageurs qui conduisoient environ vingt deux chariots allans vers Camphin et Espinoit, sisoient qu’on capituloit ; et environ les dix heures , nos sauvegardes assuroient que les Hollandois estoient déjà maistre d’une porte de la ville, sçavoir de La Magdeleine ».
Lille va céder devant les assiégeants
« Le 24ème s’est passé assez tranquillement et l’on parloit toujours diversement de la capitulation de la ville. L’on sceut enfin le 25ème qu’une partie de la garnison estoit sortie de la ville ce matin, sçavoir la cavallerie, qui estoit entrée dans laditte ville avec des poudres, comme il est dit cy devant. L’on parloit diversement de leur nombre. Aucuns disoient quinze cens hommes, d’autres moins. Et Monsieur de Mareschal de Boufflers, gouverneur de la place, est entré avec toute la garnison, cavallerie et infanterie dans la Citadelle ».
[…]
Pruvost rentre dans Lille
« La ville a beaucoup pati pendant le siège. Il est constant qu’on y a mangé de la chair de chevaux et on la vendoit publicquement. Quantité des maisons et cloisttes du costé de l’attaque ont estéz foudroyez du canon et bombes. L’épouvante a esté si grande que les religieux carmes deschaussés ont abandonné leur maison ; les religieuses grillées ont rompu leur closture, comme les carmélites, les ursulines, célestines et autres qu’on voyoit aller par la ville d’un costé et d’autre, aucunes chez leurs parens, d’autres chez leurs amis ; la closture des religieuses du Saint Esprit estoit ruynée presque de fond en comble, deux de leur novice ont abandonné leur résolution et sont rentrées dans le monde ».
« Le 26è je fus à Lille où j’ai trouvé nos religieuses en bonne santé, lesquelles pendant le siège avoient esté obligées de livrer cent rasières de beau froment que le Magistrat avoit prisez et apprétiez à treize livres et ce nonobstant les placets et autres devoirs qu’elles avoient faict pour estre exemptées de ladicte livrance ; ce qui nous viendra assurément à grand préjudice dans la suite, à cause de la disette où nous sommes réduits par les fourragemens que nous avons souffert et la perte générale de la moisson de ceste année 1708 ».
[…]
Emotions des Lillois
« Toute la population de Lille estoit extrêmement animée contre le mareschal de Boufflers pour toutes les exactions qu’il avoit faictes pendant le siège, pour garnir et munir la Citadelle par toute sorte de provision et contre le Magistrat d’avoir si peu protégée la bourgeoisie (le journal du siège relate quant à lui que « en se voyant abandonnés le 25 octobre par la vaillante garnison, les habitants de Lille n’avaient point dissimulé leurs sympathies pour la cause française »).
« Ils ont pris tout le plomb de l’hospital Comtesse et les nochères (sorte de gouttière) des maisons des bourgeois et pour nostre part, celles de nostre maison faisant le coin de la rue du Sec Arembault ».
[…]
La capitulation n’empêche pas les pillages ; les civils sont toujours les grands perdants que l’on soit en paix ou en guerre.
« Ce matin (14 novembre), avant le jour il a passé un grand détachement d’infanterie, qui fut suivi vers les huit heures d’un grand nombre de toute sorte de gens, cavalerie et infanterie, commandés par le fameux Saint Amour avec chariot et charettes, marchant vers Phalempinn Camphain, Neuville, Thumeries, Oignies et autres villages dans les bois. Passant par Martinsart, Denis Dupont fut fort mal traité et despouillé. A Thumeries un censier appelé Le Roy a perdu tous ses moutons et vaches. A Attiches, Darlez a perdu une partie de ses moutons et ainsi des autres paysans qui furent battus et despouillez. On a veu passer par Seclin un soldat avec sa trousse et quatre moutons et un cochon, d’autres avec quantité des meubles, habits et ustensiles de ménage. De long temps d’ici, on n’avoit veu un désordre semblable ».
« Et pour nostre part, un peu après midy, on vint crier à plusieurs fois : Sauvegarde ! Sauvegarde ! L’alarme fut chaude ; toute la maison fut en mouvement ; les unes couroient aux greniers, aucunes à la porte, d’autres sur les champs, au sujet que six dragons emmenoient par la rueyelle Comtesse une de nos plus belle vache prise à l’entrée du marets qui fut rattrapée par nostre sauvegarde Frédéricq. Un peu plus tard ils l’auroient égorgée dans la cense des Euwis. Ceux de ce fouragement ont si bien employé leur journée que l’escorte fut obligée de passer la nuict à Seclin. Ils ont pris pain, beurre et habits où ils ont pu principalement dans les maisons à l’écart. Ils ont tiré à bas quelques parties de maisons en la rue de Lille et vers le maretz pour leur faire du feu . et comme nous sçavons qu’ils avoient traitez cruellement tous les lieux où ils avoint fouragez et pillez, prenants chevaux, vaches, moutons, meubles et ustensiles, on fut icy toute la nuict sur ses gardes. Les religieuses, domestiques et sauvegarde firent la sentinelle. Les bestiaux du chasteau, de Denis Dupont et de la cense du Four couchèrent à nostre bassecour. On n’osa même sonner les messes. Mais grâce au seigneur, nous avons échappé cetet fois pour la peur. Ils partirent de Seclin assez de bonne heure. »
[…]
« Et cejourd’huy 15è dudit novembre quie stoit un jeudy, nostre sergent nous fit un rapport qu’on avoit veu passer par Bourgault une grosse troupe allant vers Avelin et la chaussée de Douai et lieux circonvoisins. On disoit qu’ils alloient fourager le village de Flines ».
[…]
« Depuis le 27 novembre jusqu’au premier du mois de décembre, il n’y a rien eu de particulier. Le 2è (décembre) qui estoit un dimanche l’on fit un fouragement épouvantable vers Tourmignies, Nomain et villages circonvoisins, principalement à Templeuve en Pévèle où le curé qui estoit fort vieux fut dépouillé, l’église pillée et les saintes hosties profanées par des sacrilèges horribles ; le censier de l’abbaye dudit templeuve en Pévèle tout pillé et ses moutons tués et emportés. Il fut à Lille le même jour et le lendemain comme les paysans venoient faire leurs plaintes à Monsieur d’Haffringues, logé à nostre refuge, il n’eut aucune raison auprès des généraux ».
[…]
« Ainsi la campagne est finie glorieusement pour les alliez, et nous nous sommes trouvez obligez à cause des notables pertes précédentes d’acheter à un prix très haut toutes nos denrées comme le soucrion (sorte d’orge) pour brasser, que nous avons esté chercher au Pont à Vendin, avec beaucoup de risques pour les parties françoises, comme aussi l’avoine et febves pour la nourriture de nos bestiaux dont nous avons payé pour deux charées de foin prises à Haubourdin 78 florins 8 patars et tout le reste à proportion ».
« Dieu veuille dans sa bonté et miséricorde que cette année 1709 nous soit plus heureuse que la précédente et qu’il daigne éloigner de nous les misères et les calamitez dont nous avons esté si rigoureusement chastiéz et accablez ».
Chacun sait que Dieu ne l’a point entendu …. Voir article sur l'hiver 1709
« Au mois de janvier de ceste année 1709 il a esté ordonné par les baillifs des seigneurs hauts justiciers de la chastelenie de Lille à toutes les communautés et magistrats des bourgs et villages de ladite chastelenie de demander à chaque particulier une déclaration sur serment de toutes les pertes qu’on avoit souffert tant pour les armées des alliez que de France ».
[…]
« Nostre perte portoit à l’égard des alliez la somme de 16 668 florins 16 patars y compris la perte des habits et hardes de nos domestiques qui portoit 94 florins et 3 patars. A l’égard de l’armée de France dont une partie des généraux fut logée ici, nostre perte estimée à la somme de 11 557 florins 18 patars 6 deniers. Somme totale : 28 226 florins 14 patars 6 deniers.On nous fait espérer que nous en aurons quelque chose pour nous dédommager ; le temps nous fera voir ce qu’il en arrivera ».
[…]
« Nous n’avons rien eu du tout ; c’est une honte d’écrire le peu de modération que les baillis des Estats nous ont fait sur les vingtièmes de l’année 1708 à cause qu’ils disoient que la perte n’avoit point excédé la moitié de noster remise. Pour surcroît d’affliction, l’hiver qui avoit commencé au mois de novembre et continué pendant les mois de décembre et janvier 1709 fut si rigoureux et si violent, avec quantité de neige, que les bleds furent la pluspart gelez en très grand danger de rien avoir ; les soucrions et colsats entièrement perdus ; les arbres fruitiers et les vignes ont mouru à plusieurs costé ; ledit hyver, à quatre ou cinq reprises a duré jusques au troisième jour du mois de mars de ladite année 1709, et puis a encore recommencé avec beaucoup de rigueur jusques au 15è dudit mois ».
Revenons aux premiers jours de la capitulation de Lille : la famine guette ….
« Les hollandais avaient compté que Lille, renommée pour sa richesse, fournirait, elle et sa châtellenie, de quoi entretenir 14 ou 15 000 hommes. Mais quand à leur prière le Magistrat fit assembler tous les banquiers, marchands et boutiquiers, on réunit à grand’peine 53 000 écus. Au lieu des 80 000 demandés par les députés hollandais pour le paiement de leurs troupes. […] La ville était épuisée après les sacrifices sans nombre qu’elle s’était imposés pendant le siège. […] Mais cette préoccupation n’était pas de toutes la plus importante. Trouver du blé, empêcher les 60000 âmes qui leur étaient confiées de ressentir les horreurs de la famine, tel était le souci capital. […]. Les députés hollandais s’étaient empressés de faire pratiquer par le Magistrat une recherche exacte ‘de tous les blés qui étaient dans la ville, dans le cloître de Saint Pierre, maisons et chanoines et autres lieux exempts ‘ ». Au total : 18 000 razières. « Avec d’aussi faibles ressources, la ville se trouvait à la veille de manquer de blé. La consommation journalière atteignait le chiffre de 600 sacs. Sur ce pied, les 18 000 razières devaient être épuisées aux premiers jours de décembre ».
Un observateur décrit ce qui se passe dans Lille rationnée :
Le 5 novembre « on fait courir ce pauvre peuple avec son cher argent d’un bout à l’autre de la ville pour être servi de sa modique portion de blé consistant dans un seul havot, je veux dire le quart de la razière, aujourd’hui aux Capucins, demain aux Bapaumes et un autre jour ailleurs. Deux cents personnes se trouvent en foule prêtes à payer pour avoir leur affaire et bien souvent après avoir essuyé l’attente de quatre heures entières la quantité de blé quoique au prix de 35 patards l’havot (un havot = sur Lille à 17 litres à peu près) ne survient pas à pouvoir contenter et fournir la cinquième partie des attendants ; et c’est de là que sort une infinité d’acclamations. La mère s’oublie pour plaindre son enfant, le père tombe en fureur de se voir affamé avec la main garnie d’argent. Si le pauvre découvre un endroit à s’en pouvoir, il se tait et se donne garde d’en parler à son voisin tant la crainte qu’il a du manquement le préoccupe ».
[…]
« Le spectacle des maux qui accablaient la ville le cédait en profonde tristesse à la désolation répandue à travers la châtellenie. Partout ce n’étaient que terres en friche, villages et fermes saccagés ou brulés, la guerre dans toute son horreur. Les hussards et les partis ennemis se livraient chaque jour à des désordres sans nom : ″il est incroyable, écrit un témoin occumaire, combien ces troupes si différentes et mal disciplinées ont causé des dégâts dans la châtellenie de Lille et les environs, pillant et saccageant les églises et châteaux forts, dépouillant le monde, maltraitant les prêtres″. Les soldats des alliés nommaient cette chatellenie « pays de Ghelt » c’est-à-dire pays d’argent. En effet tout y était lors en abondance et ses habitants plein de luxe et d’ambition mais en peu de temps ils furent entièrement épuisés et ruinés. ″Nous n’avons ni censes ni terres dans la châtellenie, dit le Registre de l’abbaye de Loos qui n’aient été pillées ou fourragées plusieurs fois … il n’y a pas eu de sauvegarde ou très peu qui n’ait été forcée, point de maison qui n’ait été pillée. Grains battus, meubles, bestiaux, tout s’enlevait ; beaucoup de maisons tirées en bas ou fort dégradées ; plusieurs paysans blessés et tués dans les pillages et autrement″. Si le Prince Eugène se divertit de comédies, le soldat en fait de très touchantes aux paysans ; le village d’Ascq en ressentit les tristes effets par un pillage qu’on en fit aujoud’hui, 12 novembre. Et ces scènes affligeantes se renouvelaient sans cesse »
« Las de récolter pour des déprédateurs sans pitié, le paysan ne songeait plus à ensemencer ses champs et les laissaient incultes ».
Et après ?
La suite des évènements ne sera guère brillante pour Louis XIV puisqu’avec la prise de Gand le 30 décembre 1708 le Hainaut et la Flandre sont perdus. Les places de Douai, Béthune et Aire sur la Lys tombent en en 1710, celle de Bouchain en 1711. Il ne reste plus qu’une place à prendre pour pouvoir marcher sur Paris : Landrecies. Le prince Eugène a 130 000 hommes équipés face à 70 000 Fançais fatigués et sans munition.
Ruines du moulin d'Avesnes le sec, point d'observation stratégique lors de la bataille de Denain
Ce ne sera qu’en 1712, à la bataille de Denain que fut remportée LA victoire, par surprise par le maréchal de Villars et le maréchal Pierre de Montesquiou (plus connu sous le nom de d’Artagnan) face au Prince Eugène. Voir le déroulé de la bataille et de ses préparatifs sur
http://www.histoire-pour-tous.fr/batailles/4384-la-bataille-de-denain-1712.html
Les français, galvanisés, récupèreront en quelques mois les places fortes perdus et le traité d’Utrecht l’année suivante mettra fin à la guerre de succession.
Pourquoi Lille pourtant réputée imprenable d’après Vauban est tombée ?
La perte de Lille vient en fait de l’insuffisance de sa garnison. Vauban estimait en effet qu’il fallait un minimum de 12 000 fantassins et 1 200 cavaliers. Or Boufflers n’avait que 9 000 hommes à peine et parmi eux beaucoup de conscrits. Sautai donne à ce sujet le témoignage de Jean Godefroy, seigneur d’Aumont : « la garnison était de 23 bataillons y compris 2 régiments de dragons et cela aurait suffi si ces corps eussent été complets. Malheureusement, il y manquait plus d’un tiers des hommes : ainsi au lieu de 12 à 13 000 hommes dont cette garnison devait être, il n’y en avait pas 8 000 en état de servir. Il y avait même entre ces troupes plusieurs compagnies d’invalides qui ne furent employées qu’au service du canon, leurs infirmités et leurs blessures ne permettant pas de les envoyer à la garde des dehors ».
Sources
Extrait des archives de l’Hôpital Notre-Dame de Seclin en 1910 par le chanoine Théodore Leuridan http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k131556q
Histoire de John Churchill – Tome Second – Paris – 1808.
https://www.seclin-tourisme.fr/2017/02/24/le-si%C3%A8ge-de-lille-et-de-sa-r%C3%A9gion-en-1708/
Siège de la ville de Lille et de la citadelle par Maurice Sautai :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5784402b
http://www.histoire-pour-tous.fr/batailles/4384-la-bataille-de-denain-1712.html
X comme eXcès des gens de guerre
La date n’est pas connue mais les faits semblent dater de la fin du 16ème siècle. Suite à une épidémie de peste qui s’est abattue sur Frouzins, les habitats du village se sont endettés pour soigner les malades.
Mais ne pouvant payer ils furent assignés par leurs créanciers et ils furent condamnés à payer.
Or dans une supplique adressée « aux gens des Trois Etats », les Frouzinois déclarent être ruinés du fait des impositions du marquis de Villars, gouverneur de Guyenne nécessaire à l’entretien de son armée. Les habitants ont dû fournir du blé, de l’avoine, du vin, des moutons et des charrettes. A cela s’ajoute la perte d’un cheval qui fut tué plus les frais d’un gendarme blessé lors d’une visite de nuit avec pertes de chevaux et de charrettes, frais d’un charretier blessé par arquebuse, et entretien de 300 chevaux. L’armée resta 8 jours sur place et la présence des soldats s’accompagna de pillage sur Frouzins et aux alentours. Ils demandent donc à être remboursés pour les préjudices subis et demandent également semble t-il à ne pas payer du moins de suite ce à quoi ils ont été condamnés.
« A cauze de quoy, Mrs, les pauvres suppliants vous supplient très humblement avoir pitié et compassion d'eux et de leur misérable vie, et ce faysant plerra à vos bénignes grâces ordonner, attendu les faicts susdits, qu'ils sont ruynés de tout en tout, et que presque ils n'ont moyen de se substanter le coeur d'un morceau de pain, à cause que par le moyen des pilliages et batementz ils sont destitues de tous moyens, qu'ils seront rembources de tous lesdist frais, lesquels on pourra mettre sur tout le pays, et ils en bailleront au vray le rolle et aquits et quictes, ou tout le moins partie d'iceulx, ou bien, en tout évènement, qu'ils n'en paieront aulcuns quels que soient jusques à ce que les fruits, qu'il plaise à Dieu garder, soient recullis, afïn de subvenir aux affaires du pays, le proffit duquel ils désirent aultant que pour eulx mesmes, et s'assurants de vostre bonne justice, prieront Dieu qu'il vous doinct ce que désirés, d'un si bon coeur, qu'ils demeurent à jamais voz fideles serviteurs »
1792 - le siège de Lille - dommages de guerre
Quand on pense à la Révolution et la période noire qui s’ensuivit, on pense de suite à la Terreur, à la guillotine … .
On ne pense pas nécessairement, (de prime abord en tout cas), à la guerre contre les Autrichiens et les Prussiens qui débuta en 1792 et du coup on ne pense pas à ce que purent endurer les populations du Nord face aux troupes ennemies qui avancèrent lentement mais sûrement jusqu’aux portes de Lille.
J’avoue ne pas très bien connaître cette période. Je découvre donc en même temps que vous …
Le 20 avril 1792, à Paris, sur une proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclare officiellement la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait l'archiduc d'Autriche François II de Habsbourg.
La machine est lancée, l’ennemi, escorté de mercenaires et autre « brigands » va entamer sa traversée de la Flandre avec pour objectif Lille. La chute de la capitale des Flandres françaises aura en effet un effet psychologique considérable sur la nouvelle République et l’affaiblira.
Leur avancée s’accompagne bien sûr de tout ce que l’on peut imaginer en terme de violences de campagne : massacres, viol, pillage, demande de contributions en nourriture, fourrage et monnaies trébuchantes …
Je n’ai pas le détail de l’avancée des armées ennemies jour après jour mais
Fin août, « un gros détachement d’impériaux d’environ 100 hommes armés de toutes pièces, se sont portés avec une fureur barbare sur les pauvres chaumières des habitans de Warneton-France et surtout de Deûlémont ; … ils ont pillé, dévasté, maltraité tout ce qui s’est présenté sans défense au-devant de leur brutalité et que secondés par des scélérats de Warneton –esclave ils ont chargé sur des chariots les effets, les outils, le linge et même les meubles de plusieurs indigens »
Le 4 septembre Lannoy et Roubaix sont occupés : « une horde de misérables Autrichiens au nombre de 4 à 5000 dit-on, l’exécration humaine, mourant de faim et dépourvus de vêtemens, s’est portée sur Roubaix avec du canon, a tiré sur ce bourg comme s’il eut été fortifié, et l’a traité comme une ville prise d’assaut. Sans doute que son but étoit d’en faire fuir tous les habitans pour le piller avec plus de tranquillité et de sûreté ; dans ce cas les scélérats ont réussi en partie parce que ni le détachement peu nombreux qui y étoit cantonné ni la garde nationale ne pouvoient s’opposer au torrent de ces brigands avides de butin, ni résister à des volées de coups de canon chargé de mitraille, sans y trouver une mort certaine. […] sortant de Roubaix on dit qu’ils se sont portés sur Lannoy où ils ont commis les mêmes atrocités ». « on évalue les vols, les pillages et les dommages causés au bourg de Roubaix au moins à 600 000 livres ».
Le 11 septembre les Autrichiens entrent dans Saint Amand Le 17 septembre ils sont aux portes de Pont à Râche
Le 23 septembre, 1 300 impériaux commandés par Albert de Saxe-Teschen, gouverneur des Pays Bas autrichiens, mettent le siège devant Lille défendue par le général Ruault (à la fin du siège on recensera 32 000 soldats ennemis face à la ville).
Albert Van Sachsen Teschen
L’avancée se poursuit : le 25 septembre, les Autrichiens entrent dans Seclin et Haubourdin
Le 24 septembre les hulans (lanciers allemands) sont à Noyelles et à Emmerin
Le 26 septembre ils se logent dans le faubourg de Fives Le 28 septembre, ils évacuent Orchies et Saint Amand
Pendant ce temps, « les intrépides et braves habitans de Santes, de Loos, d’Emmerin se sont levés, les uns avec des fusils, les autres avec des instruments de labourage et ont donné la chasse aux brigands ».
Le siège de Lille - Nicolas François Joseph Masquelier
Le 29 septembre 1792, le duc de Saxe-Teschen envoie une sommation à la place de Lille indiquant qu'il est disposé à épargner la ville contre reddition.
Le major d'Hasper, porteur de la sommation, se présenta devant la porte Saint-Maurice accompagné d'un trompette et d'un porteur d'un drapeau blanc et il se soumit à l'obligation d'avoir les yeux bandés en pénétrant dans la ville :
« Monsieur le Commandant,
L’armée de Sa Majesté l’Empereur et Roi, que j’ai l’honneur de commander, est à vos portes ; les batteries sont dressées ; l’humanité m’engage, Monsieur, de vous sommer vous et votre garnison de me rendre la ville et la citadelle de Lille, pour prévenir l’effusion du sang. Si vous vous y refusez, Monsieur, vous me forcerez, malgré moi, de bombarder une ville riche et peuplée que j’aurois désiré ménager. Je demande incessamment une réponse catégorique.
Fait au camp devant Lille, le 29 septembre 1792.
Albert »
Réponse de Ruault :
« La garnison que j’ai l’honneur de commander, et moi, sommes résolus de nous ensevelir sous les ruines de cette place, plutôt que de la rendre à nos ennemis ; et ses citoyens, fidèles comme nous, à leur serment de vivre libres ou de mourir, partagent nos sentimens et nous seconderont de tous leurs efforts.
Le maréchal de camp commandant à Lille, Ruault »
Le siège de Lille - Watteau
Une proclamation est affichée à trois heures de l’après-midi le samedi 30 septembre 1792, suite à la sommation faite par l’ennemi aux corps administratifs de livrer la ville aux Autrichiens.
« De Lille, le 30 septembre 1792, PROCLAMATION du Conseil de guerre, tenu à Lille le 29 septembre 1792 à midi et l’an 1er de la République françoise.
Citoyens, nos ennemis désespérant de s’emparer de cette place par les règles de l’art, vous menacent, pour parvenir au même but, de la bombarder : Citoyens, soyez calmes, souvenez-vous de vos sermens, soyez assurés que la République vous indemnisera de vos pertes, et nos ennemis éprouveront que c’est sans succès que l’on attaque un peuple libre.
Par ordre du conseil de guerre,
Signé Poissonnier, secrétaire-greffier ».
Le siège de Lille - Gaston Melingue
Une seconde proclamation est affichée le lendemain, 1er octobre 1792, après une journée de bombardement.
« Vous le voyez ! Un ennemi ne veut pas vous vous gouverner, il veut vous exterminer : courage ! redoublez de zèle contre les incendies : envoyez dans les campagnes libres vos tendres épouses, vos chers enfans, défendez vos habitations des flammes ; soyez assurés, soyez absolument certains que la république, riche de ses vastes domaines et des propriétés des infâmes émigrés, fera rebâtir vos maisons, vous indemnisera de toutes vos pertes ! Le conseil de guerre en prend derechef l’engagement au nom de la nation entière, libre enfin de ses tyrans. Par ordre du conseil de guerre. Signé : Poissonnier, secrétaire greffier. »
Le 30 septembre donc les bombardements commencent à 3 heures et quart de l’après-midi; les casernes de Fives, Saint Etienne et Saint Sauveur sont incendiés.
Plus précisément, durant la première journée « l’église de Saint Etienne, quelques petites maisons qui l’entouroient, deux dans la rue Esquermoise, l’extrémité de la rue de Fives, toutes les rues du Croquet, de Pois, du Curé St Sauveur, les Moulins de Garence et quelques autres maisons éparses dans différents quartiers ont été incendiées ».
Ruault a pour se défendre quatre mille hommes plus six mille gardes nationaux et 132 canonniers. Il doit attendre le renfort des armées républicaines.
Le maire de Lille, le 30 septembre, lance un appel désespéré aux villes voisines : "Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes, nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes... ".
Le bombardement durera 185 heures quasi ininterrompues au cours desquelles 30 000 boulets rouges et 6 000 bombes tombèrent sur Lille. Pour rendre plus meurtrières ces « machines infernales », les Autrichiens y mirent «des clous et autres mitrailles mêlés dans la poudre ».
« Quelques citoyens ont eu la bien louable audace d’empêcher l’éclat de plusieurs en arrachant la mèche avant qu’elle ait eu atteint l’ingrédient inflammable, auquel rien ne résiste. »
Le siège de Lille - Watteau
A noter que ces fameux «boulets rouges» sont restés dans le langage courant puisqu'on dit toujours: «Tirer à boulets rouges»!
Que pensent les historiens de ces 30 000 boulets rouges ? En fait il s'agissait de boulets de 4 ou de 12 qu'on avait portés à la température du rouge cerise et ceci posait naturellement un problème de chargement du canon. Avec des projectiles habituels les canonniers devaient d'abord introduire au fond du tube la charge propulsive fréquemment constituée par des gargousses en papier; on enfournait ensuite le boulet en usant habituellement d'un refouloir pour que le projectile vienne au contact de la charge. Il est évident que l'introduction d'un boulet porté au rouge dans un tube où se trouvait déjà la charge eut provoqué aussitôt une explosion et il fallait donc interposer de part et d'autre du boulet une couche isolante; pour ce faire on utilisait deux tampons de foin mouillé ou même deux mottes de gazon. Le boulet était au préalable chauffé sur des grils placés à une certaine distance du canon et on le transportait avec des pinces. L'ensemble de l'opération était donc très long et, de plus, il fallait fréquemment refroidir le tube, ce qui augmentait encore les délais. Bref, il était impossible d'atteindre la cadence habituelle du tir avec des projectiles normaux, c'est-à-dire 10 à 12 coups à l'heure. Avec les boulets rouges, on devait pouvoir débiter un coup par quart d'heure, aussi faut-il penser que sur les 30 000 boulets tirés pendant le bombardement, le tiers tout au plus fut tiré pour provoquer des incendies.
A noter que ce mode de tir n'était pas exempt de danger. Napoléon écrira "« Le service du tir à boulets rouges est par lui-même dangereux, pénible et difficile ; les canonniers y répugnent tellement, que, pour peu qu’il y ait encore d’autres dangers, ils y renoncent, et ne tirent qu’à boulets froids. »
À bout de munitions et sous la pression des armées révolutionnaires, accourues d'Aire, de Béthune, Saint-Omer et Dunkerque, les Autrichiens finissent par lever le siège le 6 octobre non sans avoir mis la place à feu et à sang.
Verdict de ces quelques jours de bombardement : 500 maisons sont détruites, plus de deux mille maisons sont touchées (les historiens pensent toutefois que ces chiffres ont été grossis) ; le quartier St Sauveur n’est plus qu’un amas de ruines. La rue Royale et ses environs, habités par « l'aristocratie," ont été épargnés par l'ennemi. «Parmi les édifices, l'église Saint-Etienne, alors sur la Grande Place, avait été incendiée, en même temps qu'une douzaine de maisons qui l'entouraient. L'église Saint-Sauveur avait perdu sa flèche ; la tourelle de la Bourse et le clocher de l'église des Jésuites (Saint-Etienne actuelle), étaient gravement endommagés. Les rues de Fives, de Poids, du Croquet, St Sauveur n’étaient qu’un monceau de ruines ».
On profita des destructions pour élargir et aligner la rue Saint -Sauveur. L'église Saint-Etienne resta en ruines pendant des années; de là le nom de la rue des Débris-Saint-Etienne. L'église fut déplacée dans le collège des Jésuite, rue de l'hôpital militaire à quelques mètres de là.
Incendie de l'église St Etienne
Quid des pertes humaines ? Aux dires d'un curé dont les paroissiens se trouvaient dans la zone la plus touchée, 150 personnes auraient été inhumées; mais un autre texte révèle qu'il y eut seulement une quarantaine de morts dans la population civile et parmi eux se trouvait un bébé de six mois. On ignore d'autre part le nombre des militaires tués.
Le 8 octobre 1792, la Convention nationale décréta à cette occasion que « Lille et les Lillois ont bien mérité de la patrie ». Le vote de la Convention fit l’objet d’un poème révélateur de l’emphase d’alors :
« Honneur à vous, Lillois. Françaises Thermopyles
Vos murs, tout de granit, ont protégé nos villes
Que la ligue des Rois menaçait en courroux.
Ici l'ère nouvelle a reçu son baptême;
Vous étiez sous le feu dans cet instant suprême,
Républicains, Honneur à vous! »
La colonne de la Déesse, sur la Grande place, commémore cette victoire de la ville sur ses assiégeants. Elle sera érigée en 1845.
Projet de Watteau
Les Autrichiens ont battu en retraite mais continuèrent à rôder dans les villages alentours, portant des sommations aux municipalités pour les faire contribuer et en profitèrent pour dévaliser pour leur compte les passants sur les routes et prennent des à comptes dans les villages.
« Les habitans de celui de Phalempin réunis à ceux de Gondecourt, Attiches, Garnin et autres, se sont armés pour repousser ces brigands, ce qu’ils ont fait avec succès. Mais le lendemain (5 octobre), ces monstres sont revenus en force, ils ont pillé Phalempin et brûlé 23 à 24 maisons et assassinés un grand nombre d’habitans ».
Aide financière
Dès le 12 octobre, pour venir en aide aux dentellières, nombreuses à Lille, la Municipalité leur fournit gratuitement un carreau, des fuseaux et du fil. On achète aussi cent pièces de toile pour faire des chemises et cinquante autres pièces pour des paillasses, ainsi que des bois de lits, pour les pauvres.
Le Bureau de Charité générale a fait faire une distribution de secours par les ministres paroissiaux de Saint-Sauveur (1 000 livres), de Saint-Maurice (800 livres) de Sainte-Catherine (300) et de la paroisse Saint- Pierre (300).
La glorieuse défense de Lille avait enthousiasmé toute la France : de nombreux dons affluèrent.
Ainsi les citoyens de Rouen envoyèrent 2 270 livres, la société patriotique de St Quentin 1 706 livres, la commune d’Hondschoote 1 146 livres, la société des amis de la liberté et de l’égalité de Nancy 1 500 livres, les citoyens et la société patriotique de Lorient 3 085 livres …
A ces dons volontaires, la Convention ajouta une somme de 2 969 044 livres, ce qui forme un total de 3 390 734 livres 15 sols, lequel suffit à dédommager complètement les sinistrés.
Comment les indemnités furent elles réglées ?
L'Etat, ayant pris la responsabilité des ruines, c'est à lui, qu'allèrent les réclamations. Il était représenté à Lille, par l'administration du District. Les demandes lui étaient envoyées sous forme de mémoires établis sur « papier ordinaire ». Chaque mémoire était signé de l'intéressé, et certifié par deux témoins qui étaient généralement des voisins. Préalablement, le sinistré prêtait serment :
« Aujourd'hui le ......,.....,.le soussigné ......a prêté devant vous, officiers municipaux de Lille, le serment de n'augmenter en aucune manière le montant des pertes qu'il a essuyées par l'effet du bombardement de cette ville, et que l'état qu'il en donnera, sera sincère et véritable ».
Le District adressait ensuite à la Municipalité chaque mémoire, en l'accompagnant d'une lettre-circulaire ainsi conçue :
« Lille le ............ Citoyens, Nous vous adressons une requête présentée par le citoyen ...... Vous voudrez bien nous renvoyer cette requête le plus tôt possible avec les observations que vous croirez devoir faire sur la demande qu'elle a pour objet.
Les administrateurs composant le Directoire du district de Lille,
Signé : xxx, secrétaire ».
Une commission extra-municipale dite «de liquidation des indemnités» donnait son avis sur chaque demande. Les demandes étaient instruites rapidement et l’indemnisation décidée tout aussi rapidement.
Toutefois cela pouvait prendre plus de temps dans certains cas et là, l'intéressé s'adressait aux commissaires de la Convention, en mission à Lille, avec pleins pouvoirs. Exemple du citoyen Chailly :
« Aux citoyens représentants de la nation, députés de la Convention dans le département du Nord Citoyens, Chailly, marchand horloger, établi sur la Grande Place à Lille, implore votre justice pour obtenir les dédommagements et indemnités des pertes qu’il a éprouvées lors du bombardement de cette ville.
Sa femme, se trouvant au fond de sa maison, a eu le malheur d'avoir une jambe emportée par un boulet de canon, et elle est morte après une maladie cruelle qui a duré plus de trois mois.
La maison de Chailly a également souffert du siège; percée dans plus de dix endroits, il a été obligé de l'abandonner, les réparations qu'il a fait faire sont considérables ; l'état en a été remis à la Municipalité.
Chailly lui a également remis celui de la maladie de sa malheureuse épouse, mais il n'a obtenu encore qu'un acompte sur les frais qu'elle lui a occasionnés.
Dans ces circonstances, il vous prie, citoyens représentants, d'engager la Municipalité à lui accorder promptement les indemnités auxquelles il a droit. Sa fortune est plus que médiocre, et il ne sera jamais pleinement dédommagé des pertes qu'il a éprouvées ; celle de sa femme surtout, en est une inappréciable pour lui et pour ses enfants, dont deux sont encore en bas âge.
Lille, le 12 avril 1793, l'an II de la République ».
Une note, en marge de la supplique, indique que le citoyen Chailly obtint, le 29 avril 1793, une somme de 2.335 livres, y compris l'acompte de 1.000 livres qu'il avait reçu en janvier précédent.
Satisfaite des procédés de la nation, la commune voulut en conserver le souvenir. Elle donna le nom de «rue des Indemnités» à la rue des Bonnes-Filles, c'est-à dire à la partie de la rue Royale actuelle, qui s'étend de la rue Esquermoise à la rue d'Angleterre.
Exemple de mémoires :
Mémoire de Sabine Deswamme, dentelière chez le citoyen Alexandre Deswamme, son frère, rue du Croquez, paroisse Saint-Sauveur,
Mémoire N° 1446 elle déclare avoir tout perdu par l'effet du bombardement de cette ville de Lille. Savoir :
Une paillasse de toile 6 livres
Un carreau et fuseaux à faire dentelle 4 livres
Six aunes de dentelle 1,2 livres
Une coiffure à dentelle 12 livres
Une chemise demi-neuve 3 livres
Trois bonniques ou bonniquets 3 livres
Un coffre de bois blanc 3 livres
Quatre mouchoirs de poche 2 livres 10 sols
Total 45 livres 10 sols
(Certifié par deux témoins qui, ne sachant pas écrire, ont tracé des croix).
Mémoire de Aimable- Joseph Delannoy, ouvrier de sayetteur, demeurant dans la rue de Malpart,
Mémoire N° 399 : brûlés dans la maison de Jean-Baptiste Becquart, maître sayetteur dans la rue du Croquez Savoir :
Une navette 5 livres
Nafteaux (?) 0 livre 2 sols 6d
Ciseaux 0 livre 6 s.
Raucher ( ?) 0 livre 2 s. 6d
Une lampe 0 livre 7 d.
Un coussin 3 livres
Total 8 .liv.res 17 s. 12 d.
(Lacroix, qui sert de signature à Delannoy, est certifiée par deux témoins).
Mémoire de Charles-Louis-Joseph Delerue, mécanicien, demeurant en cette ville, rue Saint-Sauveur, cour Lottin, section première,
Mémoire N° 1.050 : bombardement qui a tout fracassé ce qui suit, savoir :
Pour une garde-robe en bois de chêne 6 livres
Pour un mécanisme à retordre le coton 60 livres
Pour deux armoires 15 livres
Pour un tonneau à la farine y contenant encore deux avots de farine, de plus un met à pétrir le pain 15 livres
Un cabinet d'autel et quantité de cadres 10 livres
Quatre chaises tournées et un tabouret 5 livres
Une pendule et une table 4 livres
Pour poteries, faïences et huit pots à cornichons 15 livres
Pour trois chaises, de fenêtres à moi appartenant 4 livres
Total 134 livres
(La signature de Delerue, qui est une simple croix, est certifiée par un voisin, nommé André Rogez).
Exemple de quelques-unes des sommes qui furent allouées aux sinistrés :
Les religieuses de La Madeleine 1.300 livres
L'Hôpital de la Charité 1.275 livres
L'Hôpital Comtesse 3 734 livres
L'Église Saint-Sauveur 31 376 livres
Cuisine des pauvres malades de Saint-Sauveur 5 053 livres
Pour le moulin de la porte de Fives 1 650 livres
La réparation des lanternes servant à l'éclairage public, coûta 787 livres 13 sols.
Un certain nombre de lillois refusèrent les indemnités auxquelles ils avaient droit et en firent don à la République. L'historien Dérode cite l'apothicaire Carette, qui avait vu son officine de la rue des Chats-Bossus détruite par des boulets rouges. C'était une perte de 2.000 livres. Carette n'était pas riche mais il refusa toute indemnité, et demanda en échange, à la municipalité, le don de deux boulets autrichiens qu'il fit enchâsser dans la façade de sa maison.
Le paiement des indemnités se faisait à la Maison commune, dans le bureau dit des Patentes.
Au mois d’aout 1793 tout était liquidé.
Sources
Les dommages de guerre à Lille en 1792 de Edmond Leleu Revue du Nord Année 1925
http://nordnum.univ-lille3.fr/ark:/naan/a011455718610RtsIih/75b9bc20c0
Le siège de Lille en 1792 Pierre Rocolle
LES EPIDEMIES ET AUTRE CALAMITES (5)
GUERRE DE TRENTE ANS (1618-1648)
Le passage des soldats entraîne pillage, dévastations des récoltes, abandon des champs et épidémies galopantes. La peste se répand ainsi en Alsace, en Lorraine, en Champagne, en Franche Comté, en Bourgogne, en Savoie, en Artois puis en Picardie.
Lille en 1617 est touché par la peste qui se répand en Picardie, en Artois , en Ile de france, en Normandie et en Bretagne.
Nancy passa de 15 000 à 5 000 habitants entre 1628 et 1648. En Alsace et dans les évêchés de Metz, Toul et Liverdun la population diminua de 50 à 60% durant cette période.
En 1631, l'ensemble du royaume est affecté. En Lorraine, la population baisse de 60 à 70% dans les années 1630. La Franche Comté perd jusqu'à 75% de ses habitants entre 1635 et 1645.
A partir de 1642, des épidémies de choléra, variole et typhus apparaissent.
CRISE DE LA FRONDE (1649-1653)
Le Nord, le centre du bassin parisien, l'est et le massif central sont fortement touchés. La guerre entraîne en effet avec elle une crise de subsistance : certaines zones rurales ont perdu de 15 à 20% de leur population.
Dans le même temps la peste touche la Provence en 1650, l'Aquitaine en 1652 et le Languedoc en 1652-1655.
Entre 1647 et 1657, la peste fera 275 000 victimes.
PESTE EN 1668
La peste arrive en Flandre, en Artois, en Picardie et en Haute Normandie, faisant 110 000 morts.
Le curé de La Chapelle-Gaugain (Sarthe) en 1670 a inscrit dans ses registres une "recepte tres escellente et tres certaine approuvée contre la peste laquelle le sire Guillaume Chaudière a envoyée de paris" (G.Chaudiere était imprimeur-libraire à Paris) La recette est à base de Reine de Prés, connue pour faire baisser la fièvre grâce à l'aspirine qu'elle contient :
"Il fault prendre de l'eau cy-dessouls mentionnée, en prendre un doigt de deux jours l'un, et principalement quand on sort en public, ou bien si c'étoit quelqu'un frappé dans douze heures, il luy en fault faire prendre six onces, s'il est robuste et puissant , huict, et qu'il se promene un peu, ce qu'il faict facilement à cause de la dicte eau luy fera bon coeur, puis se fera coucher, et il suera dehors toute la peste ; celui qui l'essuiera fault qu'il en prenne un peu et qu'il rafraichisse ses mains de vinaigre, apres en avoir frote ses temples et derriere de ses aureilles. vous direz apres l'avoir esprouvé que c'est un excellent remède, après dieu. pour cognoistre l'herbe de quoy il fault faire le dict remede, prendrez une branche d'orme, la plus verte, je dis une branche et vous vous en irez en un pré , le long de quelque ruisseau ou petit fossé, et regarderez l'herbe qui semblera le mieux à la dicte branche que j'ai dict la premiere, car elle est toute semblable, elle se nomme vulgaris regina prati, il ny a nul herbe lisse qui (...) et en la cueillant, vous sentirez qu'elle sent comme la pimpenelle et reseuille. , voila seroit certain d'icelle. Vous en cueillerez tant que vous en pourrez mettre en une chapelle ou alambic, et auparant que la mettre en alambic, il faut qu'elle aye trempé dans un pot net plain du plus excellent vin blanc que l'on poura trouver vingt et quatre heures, puis tirer la dicte herbe sans y laisser le dict vin blanc, et la mettre dans l'alambic et la faire distiller lentement sans qu'elle soit bruslée, puis la laisser jeter son feu dedans une fiole deux ou trois jours, puis la servir; tant plus elle sera vieille et meilleure elle sera".
EPIDEMIES DE 1706-1715
Le nord et l'ouest sont frappés par uné épidémie de rougeole et de dysenterie.
Le Maine, l'Anjou et le Haut Poitou sonttouchés dès 1706.
CRISE FRUMENTAIRE DE 1738 A 1742
De mauvaises récoltes produisent une crise céréalière en 1739 et en 1741/42 à laquelle se rajoute à cette époque une épidémie de forme broncho pulmonaire. La crise touche la moitié nord de la France en 1741
DYSENTERIE DE 1779
Cette maladie est caractérisée par des selles fréquentes et aqueuses souvent mêlées de sang, de mucus ou de glaires et accompagnées de fortes crampes abdominales. Elle est provoquée par l’ingestion d’aliments contenant certains micro-organismes, qui provoquent une maladie dans laquelle l’inflammation des intestins affecte gravement le corps.
La France du Nord et du Nord Ouest est dévastée par cette maladie alors qu'aucune disette n'est enregistrée.
175 000 morts entre juillet et décembre 1779 dans le royaume.
Sources
http://geneactinsolites.free.fr/peste.htm
revue Votre Généalogie n°60
Les épidémies et diverses autres calamités (1)
Quelques catastrophes au début du XVIIème siècle :
1600-1601 - Hiver très rigoureux en Belgique
1602 - Tremblement de terre en Belgique et aux Pays-Bas
1602 - La peste à Enghien
1602 à 1604 - La peste à Lille, Douai, Orchies
1603 - La peste à Bruxelles et Gand
1603 à 1605 - La peste sévit durant 3 ans à Anvers
1604 - 1605 - Epidémie de peste à Saint-Omer et dans le Luxembourg
1606 - Chasse aux sorcières, nombreuses exécutions - Un enfant sur deux est mis à mort
1606 - En mars, ouragan près de Liège
1607 - 1608 Hiver très rigoureux
1609 Guerres - Inondations importantes dans le Tournaisis
1613 Invasion de sauterelles en Belgique
1615 - 1617 Sécheresse, famine, épidémie de peste à Lessines, Ath, Mons et Liège
1617 - 1618 La peste à Anvers, Enghien, Lille, Douai (7000 victimes)
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