les Frouzinois ayant participé à la guerre 14/18
En reconstituant les familles de Frouzins de 1702 à 1900 j'ai recensé 85 Frouzinois mobilisés dont 23 (et non 20 comme indiqué sur le monument aux morts) qui sont morts à la guerre.
Ci dessous la liste de tous les hommes nés à Frouzins ou s'étant mariés à Frouzins et y ayant vécu avant la guerre 14/18 et qui ont participé à la Der des Ders :
- Bertrand Charles Julien BERGOUGNAN †
- Dominique Raymond BERGOUGNAN †
- Guillaume Justin BERGOUGNAN †
- Léon BERGOUGNAN †
- Marius Jean Pierre BERGOUGNAN
- Raymond BRUNET †
- Pierre CAPELLE †
- Isidore Antonin Germier DARAM
- Bernard DINSE †
- Jean JASSAREAU †
- Paul LANTA †
- Auguste OLIERES †
- Denis Paul PONS †
- Pierre PONS †
- Jacques SERRES †
- Guillaume SUBERVILLE
- Pierre VIDAL †
-
L'étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés par Michel Pastoureau
Le vêtement tout a long des siècles est un marqueur social assez simple à utiliser : à tel groupe social tel type de vêtement, de couleur, d’accessoire ou d’étoffe.
L’uni et le rayé par exemple : au Moyen Age le rayé a une connotation négative, voire maléfique. C’est le motif (avec le tacheté ou le damier) de la transgression de l’ordre social, de la malhonnêteté, de la perfidie. C’est ainsi que seuls ceux que l’on doit éviter peuvent, voire doivent s’habiller ainsi : les prostituées, les condamnés, les bouffons, les bourreaux, les lépreux … ou tout simplement les pesonnes dites de condition inférieure : : les serfs, les valets de cuisine ou d’écurie, les serviteurs de bouche etc.
Ainsi les clercs n’ont pas le droit de porter des étoffes rayées ou à damiers : en 1310 à Rouen un certain Colin d’Aurrichier, savetier et « que l’on disait estre clerc » fut condamné à mort parce qu’il était marié et qu’ « il avait esté pris en habit rayé ».
Cette méfiance du rayé s’étend même au règne animal : les chevaux dont la robe n’est pas unie dévalorisent ceux qui les chevauchent ; de même dans le Roman de Renart, « les animaux à pelage roux, tacheté ou rayé constituent le clan des menteurs, voleurs, lubriques et cupides ».
On peut supposer que visuellement, l’œil est attiré immédiatement vers ces motifs et de ce fait on peut voir plus facilement dans un espace donné les personnes à éviter.
A partir de la fin du XVe siècle et du début du XVIe, la rayure perd peu à peu sa connotation diabolique, mais reste un marqueur social fort puisqu’elle devient “le signe premier d’une condition servile ou d’une fonction subalterne » qui existait déjà auparavant mais qui va se développer et s’étendre à toutes les fonctions subalternes domestiques (par exemple le caricatural gilet rayé du majordome jusqu’au 19ème siècle et même plus) et militaires.
Dans le même temps va se se développer aussi à cette époque une “rayure aristocratique” que l’on retrouve sur les manches et les chausses des jeunes nobles italiens notamment. Mais à chacun sa rayure, alors que la rayure aristocratique est verticale, celle des serviteurs est horizontale. Quelques rois vont donner l’exemple (François 1er ou Henri VIII).
Puis vient le 18ème siècle et la mode des rayures romantiques et révolutionnaires.
La rayure est en effet prisée des révolutionnaires américains et devient le symbole de la liberté et de la révolution. Nos révolutionnaires français emprunteront également ce motif, signe patriotique par excellence et l’utiliseront dans tous les emblèmes de la Révolution.
Au 19ème siècle le rayé s’identifie à l’hygiène en envahissant les vêtements de nuit et sous vêtement et détrônant même la couleur blanche.
Et au 20ème, il devient le symbole des loisirs (monde de l’enfance, vogue balnéaire de la rayure, maillots rayés des sportifs).
Ce qui ne va pas empêcher de conserver ce motif pour des identifications encore négatives : le costume des bagnards.
Enfermement (suite) : Hôpital général et dépôt de mendicité
Le 27 avril 1656, Louis XIV décrète par lettres patentes la création de l'Hôpital Général de Paris. Cette institution nouvelle se compose de cinq maisons, la Salpétrière, Bicêtre, la Pitié, Scipion et la Savonnerie.
Cette institution «se donne pour tâche d’empêcher la mendicité et l’oisiveté comme source de tous les désordres».
L’article premier de l’arrêt de la Cour du parlement pour l’exécution de l’établissement de l’Hôpital Général annonce que « la Cour […] enjoint à tous les pauvres mendiants valides et invalides, de quelqu’âge qu’ils soient, de l’un et l’autre sexe, de se rendre […] dans la cour de l’hôpital de Notre-Dame de la Pitié […] pour être par les directeurs envoyés et départis aux maisons dépendantes dudit Hôpital Général, auxquelles ils y seront logés, nourris, entretenus, instruits et employés aux ouvrages, manufactures et services dudit hôpital ». Les pauvres mendiants qui ne se seront pas rendus à la Pitié dans les délais prévus y seront amenés de force par les officiers de police. L’article 4 interdit de nouveau la mendicité « à peine du fouet contre les contrevenants, pour la première fois ; pour la seconde, des galères contre les hommes et garçons, et du bannissement contre les femmes et filles ».
Fronton de l'hôpital général de Douai
On l’a vu cette institution précédemment est à la fois une œuvre de charité et une œuvre de stricte police.
En tout état de cause l'Hôpital Général est destiné aux pauvres mendiants. Il a une fonction d’assistance et non de soin ; les actes de soin seront réservés à l’hôtel Dieu.
l'Hôtel-Dieu est donc tenu de recevoir le malade provenant de l'une des maisons de l'Hôpital Général et de lui administrer les soins et traitements
susceptibles de le rétablir en bonne santé.
Les femmes enceintes par exemple sont accueillies dans l'Hôtel-Dieu. Elles y subissent un examen qui détermine si elles se trouvent au terme de leur grossesse.
Dans l'affirmative, elles sont reçues à l'Hôtel-Dieu. Dans le cas contraire, elles sont envoyées à la Maison de Scipion et y attendent le neuvième mois avant d'être acceptées. Après leurs couches elles reviennent à Scipion où leur enfant est mis en crèche et confié éventuellement à une nourrice.
Comme on l’a vu précédemment, le fonctionnement de ces lieux se faisait sur la base d’un tri des mendiants :
Il existe plusieurs « classes » de mendiants. Il y a tout d'abord ceux qui par vice ou fainéantise se livrent sur la voie publique à la quête et sollicitent l'aumône ; ces derniers considérés comme des parias sont tout d'abord exclus de mesures que propose l'Hôpital Général. A l'inverse, ceux que la guerre ou les troubles économiques ont privé de moyens d'existence et qui se trouvent au regard de la société en danger du fait d'une situation qu'ils subissent, ces bons pauvres sont intéressés au premier chef par son établissement. Parmi ceux là, on l’a vu il y a plusieurs type de « bons mendiants », les valides autrement dit les adultes en état de travailler et les autres, enfants ou vieillards mais également les incurables, pourvu que leur mal ne soit pas contagieux
A la veille de la Révolution, on comptait 32 Hôpitaux généraux dans tout le pays.
Dans la mesure où il s’agissait d’un lieu de correction et de détention, la nourriture la plus mauvaise et la plus chiche ajoutée à la perte de leur liberté doit faire naître chez eux « le repentir de leur vie passée et la résolution de s’adonner au travail » une fois délivrés.
Les détenus seront « instruits, conduits et corrigés dans leurs ouvrages ».
Pour récompenser les courageux ceux-ci recevront le 1/6è du produit de leur besogne grâce auquel ils se constitueront un petit pécule.
Les dépôts de mendicité vont seconder à partir de 1767 les hôpitaux généraux en détenant eux aussi les mendiants et autres vagabonds.
Dépôt de mendicité de Villers Cotteret
Ils viennent renforcer l’arsenal répressif contre le vagabondage : ils ont en effet un caractère nettement plus répressifs et pénitentiaire que les hôpitaux généraux. En effet s’ils avaient vocation à recueillir les mendiants de la même façon que le faisaient les hôpitaux généraux, 10 ans plus tard ils ne conservent que les plus dangereux , les infirmes et les incapables.
En 1773, on compte 58 000 "pensionnaires" dans les dépôts.
Mais les mendiants et vagabonds sont toujours bien là malgré tout ce qu'on leur inflige ... L'Empire ne sera pas en reste et décrètera lui aussi la guerre à ces oisifs perpétuels :
Le décret du 5 juillet 1808 « sur l’extirpation de la mendicité » dispose dans son article 1er : « La mendicité sera interdite dans tout le territoire de l’Empire".
L'article 2 nous informe que "les mendiants de chaque département seront arrêtés et conduits dans le dépôt de mendicité dudit département aussitôt que ledit dépôt aura été établi… »
Les articles suivants règlent les formalités et posent les principes d’organisation et d’administration des dépôts.
L’article 274 du Code pénal quant à lui précise que « Toute personne qui aura été trouvée mendiant dans un lieu pour lequel il existera un établissement public organisé afin d’obvier à la mendicité, sera punie de trois à six mois d’emprisonnement et sera, après l’expiration de sa peine, conduite au dépôt de mendicité. »
L’article 275 précise : « Dans les lieux où il n’existe point encore de tels établissements, les mendiants d’habitude valides seront punis d’un mois à trois mois d’emprisonnement. S’ils sont arrêtés hors du canton de leur résidence, ils seront punis d’un emprisonnement de six mois à deux ans… »
Voir aussi l'article suivant sur les dépôts de mendicité
Sources
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Le dépôt de mendicité de Toulouse (1811-1818) de David Higgs
L'Hôpital Général de Paris. Institution d'assistance, de police, ou de soins ? de Nicolas Sainte Fare Garnot
Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) de Charles Engrand
Les travaux publics comme ressource : les ateliers de charité dans les dernières décennies du xviiie siècle de Anne Conchon
Les secours aux indigents : un droit ou une faveur de Dominique Godineau,
Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy
Le délit de vagabondage au 18ème siècle de Catherine Grand
Qui sont ces gueux, mendiants et autres vagabonds que l'on enferme?
Le mendiant est celui « qui mendie », le vagabond est celui qui « erre çà et là », qui est « sans aveu, sans état, sans domicile » : Grand Larousse universel du XIXe siècle.
Sans asile - Fernand Pelez
Qu’en disent les autorités ? En 1534, le vagabond répond à la définition suivante : « tous vagabonds, oisifs, gens sans aveu et autres qui n’ont aucun bien pour les entretenir et qui ne travaillent ny labourent pour gagner leur vie » sera coupable du délit de vagabondage.
2 critères définissent donc le vagabond :
- le manque de travail, et donc de ressources pour vivre,
- et l’absence d’appartenance à une communauté.
En 1666 on ajoute l’absence de caution morale d’un tiers digne de foi :: « seront déclarez gens vagabonds et gens sans aveu, ceux qui n’auront aucune proffession ny mestier, ny aucuns biens pour subsister, qui ne pourront faire certifier de leurs bonnes vies et mœurs par personne de probité connues et dignes de foy et qui soient de condition honneste ».
En 1701, « Déclarons vagabonds et gens sans aveu ceux qui n’ont ny profession, ny mestier, ny domicile certain, ny bien pour subsister, et qui ne sont avouéz, et ne peuvent certifier de leurs bonnes vies et mœurs, par personnes dignes de foy ».
On ajoute l’absence de domicile.
En 1720, on ne distingue plus le mendiant du vagabond : les critères définissant le vagabondage s’étendent à la mendicité : le mendiant domicilié entre dans la définition générique du délit de vagabondage.
Une loi du 1er février - 28 mars 1792 considère comme vagabond toute personne trouvée hors de son canton et incapable de justifier dans les vingt jours de son inscription sur le tableau de sa commune de domicile.
En fait soyons pragmatique : « les mendiants et les vagabonds appartiennent à ce monde de la grande pauvreté, incapables d’assurer leur minimum vital, et donc placés dans une situation de dépendance et d’exclusion ».
Dans les faits, nous retrouvons de petits paysans vivotant d’une maigre agriculture de subsistance, des marchands ruinés, des soldats et matelots démobilisés, de bohémiens, des pélerins, des prostituées …
Pourquoi les pélerins ? il s’agit des en fait des faux pélerins profitent de la bienveillance des personnes qu’ils croisent ; mais en pratique la maréchaussée ne fait pas de réelle distinction entre les vrais et les faux pélerins :
Jaquette Tisné 44 ans a « des yeux gris bien fendus, nez bien fait, montée en couleur » ; capturée, le procès verbal note qu’ « elle mendie depuis longtemps ayant été deux fois à St Jacques de Compostelle et une fois à Rome, un peu imbécile, elle a une grande liberté dans ses propos » mais « n’est point libertine ».
Les bohémiens, les égyptiens sont considérés comme des fauteurs de troubles et leurs femmes séduisent pat la divination des innocents allant même jusqu’à se faire épouser !
Finalement, potentiellement, toute personne hors de chez elle peut être attrapée par les chasse coquin ; des procès verbaux notent que tel mendiant a été pris par exemple à plus d’une demi lieue de chez lui (2km)….
Les colporteurs représentent un métier à risques (tout comme les journaliers et toute autre personne cherchant un emploi) … ainsi Jean Poulon d’Albi capturé le 24 septembre 1774 possédait 3 livres 6 sols une boite en bois « dans laquelle il s’est trouvé des jarretières, 6 miroirs, 50 autres miroirs, 30 tabatières à la bergamote, 12 tabatière de carton, 6 rasoirs, 12 étuis, 9 couteaux, 6 autres couteaux à manche d’argent, 3 flacons ».
Antoine Roche natif de Lyon « a été arrêté nanty d’un livre de hazard avec des chiffres romains, un cornet de corne, un état portant explication d’une petite loterie, plus des tas de boîtes, tabatières, bijoux, flacons, petits couteaux, des couverts d’argent, une paire de courroies, une estampe de Noble Jeu de Hazard »
Bernard Carrère un autre colporteur de 33 ans, manœuvre de profession est capturé : « nanty de deux chemises, une paire de bas de laine, deux paires de mauvais souliers, une cuillère d’étain, deux livres intitulés le parfait maréchal et l’imitation de Jésus Christ, 6 petits alphabets, trois paquets entiers de lie, un paquet de jarretière, 12 boutons de corne à bretelle ».
Le registre de l’hôpital général de Pau indique la profession des vagabonds capturés : des laboureurs, des tisserands, des tailleurs d’habits, des charrons …
Est-ce à dire qu’ils étaient sur les chemins pour les besoins de leur métier et n’ont pas pu prouver la réalité des faits ou bien alors, sans emploi, mendiaient-ils bel et bien ?
L’accident et la maladie font aussi tomber dans la mendicité : Pierre Ferran explique « qu’il y a 12 ans qu’il se donna un coup de hache sur la rotule du genou droit et qu’il se la fendit en deux et fut obligé de rester alité pendant 6 mois et a dépensé le comptant de presque tout le peu qu’il possédait sans pouvoir se procurer aucune guérison, étant obligé de marcher même avec beaucoup de peine sur deux béquilles et d’ailleurs affligé depuis de longues années d’une double hernie, ce qui l’a mis dans un état le plus triste et le plus misérable, incapable de pouvoir agir d’aucune façon pour gagner sa vie qu’en demandant la charité pour se procurer la subsistance ».
Pierre Douabé est un mendiant à Rennes au 18ème siècle. C'est un ancien soldat de 50 ans qui travaillait comme terrassier, qu'une « espèce de lèpre aux jambes » a contraint à séjourner régulièrement à l'hôtel-Dieu de Rennes. À sa sortie, il commence à demander l'aumône car il a perdu son travail.
Giacomo Ceruti - les 3 mendiants
Enfin il y a les bandes affamées qui parcourent les chemins, et se pressent aux portes des villes : Les malheurs des temps dispersent les familles, chassent les paysans de leur terre, les artisans de leur ville et ils reconstituent ensemble une communauté qui leur est propre, devenant en quelque sorte des mendiants « professionnels ».
Ainsi, en 1816 nous avons une année de très mauvaise récolte : le 31 octobre trois voitures chargées de grains sont pillées à Châteauneuf, par « une populace d’hommes et de femmes, dont l’opiniâtreté et les vociférations » viennent rapidement à bout des forces de l’ordre, présentes en nombre insuffisant. Les coupables sont poursuivis et les propriétaires des voitures pillées devront être indemnisés.
Le rapport montre que les 155 coupables, «ouvriers, maçons, tisserands et un petit nombre de couteliers», sont tous pauvres, sans moyens d’existence et dans l’impossibilité de rembourser les propriétaires des grains...
Les femmes de mauvaise vie
Marie de Lauseret , 18 ans, originaire de Laruns et réfugiée à Pau (à 40 km de son village) ; elle y apprend le métier de tireuse d’eau et loge dans un coin de chambre qu’elle loue mais elle est chassée parce que sa loueuse l’accuse de frayer avec une autre fille, dépravée, qui se laissait « cajoler par les garçons » ; sans toit, elle erre dans les rues et se cache dans les coins. Et « entretient des colloques suspects avec les jeunes hommes ». Elle est capturée et amenée au dépôt d’Auch.
Un arrêt du parlement de Bretagne du 29 mars 1759 observe qu'à Rennes la prostitution est devenue un fléau : « Toutes les nuits, des bandes de ces malheureuses occupent dans les carrefours et dans les différentes rues de la ville des postes assignés où elles attirent et assemblent les passants de tous âges ; le scandale est si général que d'honnêtes personnes n'osent presque sortir de leur maison. On entend journellement des cris de force, des hurlements, des batteries et des querelles. »
Les femmes qui se prostituent sont le plus souvent des mères célibataires, des veuves ou des filles séduites, âgées de 20 à 25 ans, qui exercent des petits métiers (fileuses le plus souvent, servantes, journalières, blanchisseuses).
Comment les autorités tentent de remédier à cette engeance ?
Outre la déportation dans les colonies, l’Hôpital général va devenir le principal mode de mise à l’écart des prostituées jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Les dépôts de mendicité ne seront pas en reste.
Les filles de mauvaise vie se retrouvent dans les dépôts « au nom de la morale, de l’ordre et de l’honnêteté publique »
A Paris, « les femmes d’une débauche et prostitution publique et scandaleuse, ou qui en prostituent d’autres, seront renfermées dans un lieu particulier destiné pour cet effet dans la maison de la Salpêtrière ». Les débauchées pourront y être enfermées sur décision de justice. Un inspecteur est chargé de la police des mœurs. Il est chargé, jour et nuit, de les arrêter et de les conduire au dépôt Saint-Martin, passage obligé des futures condamnées. Le lendemain, les femmes arrêtées comparaissent à l’audience du grand Châtelet. Les femmes condamnées, escortées par des archers, sont alors emmenées en charrette, dont les planches sont recouvertes de paille, à travers les rues de Paris, à la vue de tous, jusqu’à la Salpêtrière.
Un petit mot sur le dépôt de Saint Denis ou maison de détention de Franciade au début du 19ème siècle. On y envoya jusqu’en 1816 « ces filles dégoûtantes, autant ruinées sous le rapport physique que sous le rapport moral et qui sans ressources et mourant de faim, se font arrêter partout et peuvent être considérées comme des mendiantes et de véritables vagabondes. A une époque où l’on avait l’habitude de les faire reconduire dans leurs pays, on envoyait à Saint Denis celles qui par leur âge et leurs infirmités étaient hors d’état de faire la route »
« Depuis 10 ou 12 ans, le nombre de prostituées envoyées à Saint Denis par ordre de l’administration s’élève tout au plus à 8 ou 10 dans le courant de l’année … le plus souvent ces envois se font à la demande des médecins pour des cas incurables tels que cancer, désorganisation, fistule recto-vaginales, idiotisme etc quelquefois aussi comme moyen de répression par exemple lorsqu’une de ces filles ne veut pas subir une opération reconnue indispensable ».
Sources
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Le dépôt de mendicité de Toulouse (1811-1818) de David Higgs
L'Hôpital Général de Paris. Institution d'assistance, de police, ou de soins ? de Nicolas Sainte Fare Garnot
Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) de Charles Engrand
Les travaux publics comme ressource : les ateliers de charité dans les dernières décennies du xviiie siècle de Anne Conchon
Les secours aux indigents : un droit ou une faveur de Dominique Godineau,
Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy
Le délit de vagabondage au 18ème siècle de Catherine Grand
Enfermement des pauvres
L’idée est de séparer les réprouvés de toute sorte du corps social.
Un « test » a été fait en 1581 dans la Rome des deux papes : Grégoire XIII et Sixte Quint. 850 mendiants furent enfermés dans un monastère désaffecté …. et relâchés un peu plus tard faute d’argent.
L’idée fait son chemin malgré tout et à Paris au 17ème siècle le Grand Bureau des Pauvres confine dans l’Hospice Saint Germain pour les y dissimiler « les vieils et decrepitz et autres pauvres incorrigibles ou invalides ou impotens ».
Louis XIV va déclarer très vite la guerre à ces oisifs incapables de s’amender, à ces « vraÿs fénéans » : l’idée qui circule alors est de créer des espaces de coercition où l’on va leur enseigner des rudiments de religion et les faire travailler : en les soumettant à la pénitence et au travail, on les aiderait ainsi à dominer leurs mauvais penchants.
Et c’est comme cela qu’apparurent les hôpitaux généraux et un peu plus tard les dépôts de mendicité et autres « ateliers de charité ».
En 1693 Tarbes se dote de l’hôpital de la Clôture qui est destiné à recevoir les mendiants bien portants que les chasse-gueux vont débusquer. Ces pauvres hères, habillés de blanc avec une croix rouge sur la poitrine voient leur vie leur échapper totalement puisqu’un règlement va gérer chaque parcelle de leur vie :
Levés en été à 4h et en hiver à 5h, couchés à 21h, à 6h Rosaire, à 10h seconde partie du Rosaire, après le diner, une courte prière pour les bienfaiteurs, à 4h 3ème partie du Rosaire, à 7h litanie des Saints, puis prière du soir, les repas sont à 8h (déjeuner), 11h (dîner), et 18h (souper), et entre chaque prière et repas, ce sera du travail et des chants sacrés. Les récréations prévues uniquement le dimanche et les jours de fêtes pour instruire « les enfermez » des mystères de la religion.
Ceux qui se rebiffent seront mis au cachot ou privé de repas …
Ce nouveau dispositif est vu comme une réelle avancée pour les pauvres qui vont ainsi ne plus succomber à la « paresse dédaigneuse et insolente ». C’est pourquoi par exemple le maréchal de Navailles et sa fille la duchesse d’Elbeuf donnent des sommes importantes à l’hôpital de la Cloture.
Une des premières bienfaitrices de cet hôpital au XVIIème siècle s'appelait Isabeau de Rimbles d'Orignac. Elle légua à hôpital de Tarbes une rente de 500 livres. Puis une somme de 300 livres fut léguée par un administrateur nommé Bonsom Pedoux.
A noter que louis XIV a étendu en 1693 le système de l’hôpital général à tous les bourgs et villes du royaume.
Mais malgré ce système il y a toujours des mendiants ! Les autorités de l’époque sont consternées tant elles pensaient tenir La Solution pour éradiquer ces hordes de vagabonds, mendiants, oisifs …
Une ordonnance du 30 juillet 1777 renforce encore l’arsenal judiciaire : tous les mendiants de l’un et l’autre sexe, qu’ils aient un domicile fixe ou non, devront dans un délai de 15 jours prendre état, emploi, métier ou profession dont ils puissent vivre vraiment ; passé ce délai toute personne prise en train de demander la charité « dans les campagnes ou sur les grandes routes », dans les rues des bourgs, dans les églises et autres lieux publics quel que soit son âge, sera arrêtée et conduite en prison pour y être punie.
En vain …
Voir cette page sur l'histoire des hôpitaux de Tarbes
Sources
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Le dépôt de mendicité de Toulouse (1811-1818) de David Higgs
L'Hôpital Général de Paris. Institution d'assistance, de police, ou de soins ? de Nicolas Sainte Fare Garnot
Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) de Charles Engrand
Les travaux publics comme ressource : les ateliers de charité dans les dernières décennies du xviiie siècle de Anne Conchon
Les secours aux indigents : un droit ou une faveur de Dominique Godineau,
Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy
Le délit de vagabondage au 18ème siècle de Catherine Grand
Bonté charitable contre crime de pauvreté
Le message chrétien incite à l’amour de son prochain et donc à la charité.
"J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez recueilli, j'étais nu et vous m'avez vêtu, j'étais malade et vous m'avez visité, j'étais en prison et vous êtes venu vers moi » Matthieu
L’évêque Sébastien Zamet au 17ème siècle affirmait qu’aider les humbles, c'était à la fois, rendre grâces à Dieu et assurer son salut. Ce n’est donc pas une charité tournée réellement vers l’autre, donnée par pur altruisme mais une charité plutôt égoïste.
Ainsi Jean louis Roch, auteur du livre « Le jeu de l'aumône au Moyen Age» précise bien que «Le pauvre reste un oublié, il n'est pas considéré pour lui-même, mais comme l'image du Christ, comme l'instrument du salut du riche, comme un objet ».
Quoi qu’il en soit, pour satisfaire à cette vertu, de nombreuses villes au moyen âge ont mis en place « l’Aumône générale », une sorte de bureau des pauvres qui va se charger de recenser et d’enregistrer les indigents puis qui va les trier en deux catégories : les invalides aidés par des distributions régulières de pain et les valides affectés systématiquement à des travaux publics.
Ne nous y trompons pas, dès le départ, les bureaux des pauvres excluaient des secours « les vagabonds, fainéants et gens sans aveu». Comment les distinguait elle des autres ? ce sera surtout une affaire de circonstances, nous le verrons au fur et à mesure des articles.
Des chasse pauvres ou chasse coquins ou encore chasse gueux étaient chargés d’expulser de la cité les errants de tous horizons et de traquer toux ceux qui faisaient l’aumône. En effet le bureau des pauvres était censé suppléer à l’aumône en prélevant une taxe des pauvres auprès des habitants de la cité , donc mendier était désormais interdit.
Certains prêtres s’insurgèrent contre ce tri car finalement laisser un pauvre à la porte, c'était repousser le Christ, c'était courir à la damnation.
Les pauvres étant pour certains les Elus de Dieu, des legs parfois très importants sont faits en leur faveur.
Ainsi le 13 septembre 1767 le sieur Arnaud Soussens, Bagnerais, laisse t-il « aux Pauvres Honteux de Bagnères une maison, un jardin, des écuries pour faire du Bouillon aux pauvres à perpétuité »
Un archiprêtre de la paroisse de Monfaucon crée en 1700 une fondation dont les revenus devaient permettre de verser « une somme de trente livres pour chaque fille pauvre et vertueuse pour l’aider à se marier et la même somme pour donner un métier à de pauvres garçons ».
Maitre Dumoret avocat au parlement rédigea en 1765 son testament dans lequel il exige que son héritier distribue 50 livres aux « Pauvres présents lors de ses honneurs funèbres » qu’il désire d’ailleurs modestes.
Crime de pauvreté
Toutefois, il faut reconnaître que le message chrétien d’amour charitable n’est quand même pas passé par toutes les oreilles.
Ainsi le 11 mai 1732 à Mauvezin dans le Gers, un certain Jean « pauvre mendiant estranger » attendait sur le parvis de l’église quelque aumône quand il fut pris à parti soudainement et brutalement par un certain Jean Monnin. Celui-ci lui a prononcé de « sales paroles » avant de se ruer sur le malheureux à coups de bâton. Il a fallu ‘intervention de plusieurs personnes pour arriver à dégager le pauvre mendiant.
Ce Jean Monnin est lui aussi un misérable déclassé (valet de boucher devenu brassier sans emploi et qui vit de menus larcins).
Il fut jeté au cachot et durement puni non pas seulement parce qu’il avait agressé le mendiant mais parce qu’il s’en était pris aux honnêtes gens qui avaient essayé de le calmer et par ce que tout simplement il est pauvre et a troublé l’ordre public.
Les juges lui demandent de faire amende honorable devant tous « en chemise, le hard au col, pieds nus, tenant en ses mains une torche de cire ardente et du poids de deux livres » contraint de s’agenouiller devant les portes de l’église puis devant celles de l’hôtel de ville, « demandant pardon à Dieu, au Roy, et à la justice des crimes de rébellion par luy commis ».
Il sera ensuite livré « entre les mains d’un patron de galère », il y servira le roi comme forçat pendant 6 années.
Et enfin il devra payer une amende de 20 livres et les dépens de justice (73 livres, 15 sols et 8 deniers).
La dureté de cette sanction tient au fait que les villes sont envahies de pauvres et que ces misérables font peur : la misère n’est plus vertueuse mais redoutable, obscène, abjecte.
Les temps difficiles liées aux guerres, famines, et autres catastrophes jettent à la rue quantité d’hommes, de femmes et d’enfants qui livrés à eux même, en quête de quoi survivre deviennent bien malgré eux potentiellement dangereux.
Pour protéger les honnêtes gens, des mesures plus radicales vont être prises : l’enfermement.
Dans cet article j'explique ce qui était mis en place pour aider les pauvres avant la Révolution.
Au 19ème siècle la vision du pauvre n'a guère changé ...
« D’où qu’ils viennent, les mendiants et les vagabonds, que l’on peut bien confondre dans ce même point de vue, sont un danger pour la société, car l’absence de ressources, l’incertitude des moyens d’existence, sont pour eux un stimulant perpétuel au maraudage, au vol et à de pires délits. Ce sont des parasites qui coûtent à la collectivité plus qu’on se l’imagine et qui, à ne consulter que l’intérêt, sont toujours trop nombreux ». Paroles du substitut du procureur général près la Cour d’appel d’Orléans, Monsieur Drioux, en 1892
Sources
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Les dépôts de mendicité sous l’Ancien Régime et les débuts de l’assistance publique aux malades mentaux (1764-1790) de Christine Peny
Le dépôt de mendicité de Toulouse (1811-1818) de David Higgs
L'Hôpital Général de Paris. Institution d'assistance, de police, ou de soins ? de Nicolas Sainte Fare Garnot
Mendier sa vie au XVIIIe siècle : de la résignation à la révolte (Amiens, 1764-1789) de Charles Engrand
Les travaux publics comme ressource : les ateliers de charité dans les dernières décennies du xviiie siècle de Anne Conchon
Les secours aux indigents : un droit ou une faveur de Dominique Godineau,
Quand la pauvreté était un crime de Françoise Froelhy
Le délit de vagabondage au 18ème siècle de Catherine Grand
Manuels de vulgarisation thérapeutique
Afin de lutter contre la maladie de façon efficace, sans superstition, sorcellerie ni coût dispendieux, apparaissent à partir du 16ème siècle des manuels de vulgarisation de médecine à destination des pauvres.
Entendons-nous bien : le pauvre à cette époque ne sait pas lire. En fait ce type d’ouvrage est d'abord destiné à ceux qui s’occupent du soin des pauvres ; Il n'y a pas au 16ème siècle de médecin de campagne, tout au plus des chirurgiens de campagne qui vivent et exercent essentiellement dans de gros bourgs. Ce sont donc des dames dévotes et charitables, des religieuses hospitalières, des curés … qui vont soigner de leur mieux les nécessiteux de leur paroisse.
Aussi les ouvrages en questions étaient d'une aide inestimable pour ces personnes.
Madame Fouquet par exemple, mère du surintendant Nicolas Fouquet, préparait des remèdes qu'elle distribuait aux pauvres. C'est ainsi qu'elle rédigea une compilation de ces recettes : Les remèdes domestiques qui fut publié en 1675. Son fils Louis, évêque d'Agde, l'envoya à tous les curés du diocèse en les priant d’organiser des assemblées pour en faire prendre connaissance à leurs paroissiens.
« La santé du corps est assurément le plus grand de tous les biens créés puisque sans elle la possession des honneurs, des richesses et satisfactions les plus légitimes est toujours imparfaite et souvent ennuyeuse » nous explique Mme Fouquet.
Les remèdes et les simples permettent de conserver la santé, elle en est certaine mais « il y a quatre choses qui d’ordinaire font rebuter les remèdes dans les maladies tant interne qu’externe [….] la cherté, la difficulté de les préparer, l’aversion pour leur usage, et l’incertitude de leurs effets ».
Le docteur Delescure qui rédigea la préface de l'ouvrage de Mme Fouquet précise que cet ouvrage est destiné à simplifier la tâche de ceux qui ont besoin de préserver ou recouvrer leur santé en les protégeant des charlatans : « Pour moy qui suis ennemy juré de tous ceux qui font profession de débiter des secrets et qui en cachent l’intelligence ».
Et de vanter les remèdes de ce recueil de recettes : « Combien de personne de tout sexe et de tout âge qui pour être dans une pauvreté connue ou dans une honteuse indigence ne sont pas moins l’image de Dieu, que les plus riches, et à qui la vie n’est pas moins chère qu’aux plus opulents, l’ont heureusement conservée par le prudent usage de ces inestimables recettes. Combien de tête galeuse et chargées de teignes en ont été tout à fait nettoyées. Combien de visage enlaidis et rendus difformes par l’opiniâtreté des dartres ont recouvré leur premier éclat par l’application de ces rares onguents, combien de parties du corps à demy grillées par la violence d’un feu inopiné ont perdu dans peu d’heures par le moyen de ces incomparables baumes, l’impression douloureuse causée en elle par l’activité surprenante de cet impitoyable élément ? combien de bras et de jambes à demy pourris et gangrénés par la sanie des playes, le pus des tumeurs, et l’ordure maligne des ucères rongents à la guérison desquelles la plus fine chirurgie s’est trouvée courte ont été consolidez par l’énergie de ces merveilleux emplâtres… »
Récolte de la sauge
Ces ouvrages de vulgarisation se développeront jusqu’au 19ème siècle : ils sont simples, pragmatiques, écrits en français et non en latin et basés sur un savoir populaire, empirique et peu coûteux. Car l’idée (nous l'avons vu avec Mme Fouquet) est en effet de concocter rapidement des remèdes avec les produits locaux dans la mesure du possible sans passer par des plantes exotiques et couteuses et sans passer par l’apothicaire qui bien souvent est en ville et donc loin et cher. Malgré tout, on retrouvera dans ces manuels quelques recettes imaginatives, complexes et demandant des ingrédients que l’on ne trouve pas partout …
Qui sont les auteurs de ces manuels ? Arnaud de Villeneuve par exemple est un médecin galiéniste connu pour ses oeuvres scientifiques et médicales, éditées jusqu'à la fin du seizième siècle, notamment le Trésor des pauvres dont la version imprimée date de 1504 et dont s’inspireront de nombreux manuels de vulgarisation de médecine après lui.
Attention, ces manuels se basent comme toute la médecine de l’Ancien Régime, sur les théories des symboles, les humeurs,….
Dans le "Breviarium Practicae", Arnaud de Villeneuve explique par exemple que la douleur dentaire provient parfois du vice du cerveau à cause des humeurs froides qui descendent de la tête jusqu'au nerfs dentaires et produisent une douleur sourde avec une lourdeur de la tête, inflammation et pâleur du visage. Quand ces humeurs sont chaudes, la douleur est aigüe et pulsatile, avec une rougeur du visage.
Bref, voici quelques titres : Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé du chancelier Laurent Joubert en 1578, le Livre des secrets touchant la médecine d’Anne Marie d’Auvergne en 1768, La médecine et la chirurgie des pauvres de Dom Nicolas Alexandre en 1714, La médecine, la chirurgie et la pharmacie des pauvres de Philippe Hecquet édité en 1740, Les remèdes domestiques de Mme Fouquet en 1675, Le médecin des pauvres de Paul Dubé en 1669( Si un païen comme Gallien se souciait des pauvres, écrit-il, c'est un devoir bien plus grand pour nous Chrétiens de nous pencher sur le sort des malheureux) …
Exemple de recettes et remèdes tirés de ces ouvrages
- La fleur du myrthe est séchée et utilisée contre les piqûres d’insectes et les catarrhes.
- La menthe aide à lutter contre l’engourdissement et le sommeil, aiguise l’appétit aide les facultés intellectuelles, ; elle est utilisée comme expectorant contre les quintes de toux et l’asthme.
Elle est utilisée comme stomachique pour ses propriétés cordiales toniques antiseptiques de l’estomac :
« faites cuire de la menthe pouliot dans du vin, buvez cette décoction et ayant trempé une éponge dans icelle étant chaude, appliquez la sur l’estomac »
- « Les coquilles de limaçons réduites en poudre sont fort diurétiques … les écrevisses de rivière lavées et dégorgées dans l’eau chaude puis concassées font un bouillon adoucissant diurétique … les grenouilles en font un excelle nt remède contre la phtisie »
- « mettez dessus (sur bubon de peste) un crapaud désséché dans un pot luté mis au four. Il attirera le venin et devie ndra enflé , entterez le et appliquez un autre et continuez ainsi de suite »
- « pour la colique prenez de la fiente de cheval récente , jetez dessus un verre de vin blanc ; ensuite vous le passerez par un lingé fin, vous y ajouterez une drachme et demie d’anis vert pulvérisé et un peu de sucre. Il faudra réitérer cette dose seux ou trois fois »
- Contre la peste il est conseillé aux individus sains de boire le matin à jeun leur propre urine de telle manière que ce concentré de leur organisme qui n’a pas conçu la maladie dont l’entourage est atteint, constitue un antidote
- La pierre d’aigle pendue au cou ou à la cuisse de la femme enciente permet d’obtenir un bon accouchement
- La pierre de jade calme les coliques
- Le jaspe rouge arrête les hémorragies
- Pour les hémorroïdes il faut boire un vin « lequel est fait de cinamone (cannelle), réglisse gingembre, girofle, calament, myrthe, mastic et balsamite. »
- Contre le flux de ventre , « prendre 2 drachmes de rasure de cornes de cerf, 3 livres d’eau commune, 3 onces de sucre fin, 2 onces de eau de rose, 1 once de suc de grenades aigres, 1 drachme de santal pulvérisé ; faites infuser sur les cendres chaudes dans les 3 livres d’eau commune la corne de cerf pendant 6 heures ; ensuite faites bouillir cela à feu lent jusqu’à ce que les deux tiers soient presque consumées ; coulez le at ajoutez y le reste des drogues ; faites encore bouillir le tout à feu lent pendant un quart d’ehure ; après laissez le refroidi et mettez cette liqueur dans des conserves de verre où il se réduira en gelée et donnez au malade de temps en temps deux cuillères de cette gelée »
- « le meilleur cordial qui coûte le moins pour les pauvres est le vin puisqu’il n’y a rien qui sépare sitôt la chaleur et les esprits que cette liqueur . Pour rendre le vin plus effectif vous y pourrez faire infiser la racine d’angélique, l’écorce d’orange et de ctron et les feuiles de mélisse avac un epu de cannelle pour en user par cuillerées »
- L’huile d’olive est connue pour ses propriétés laxatives, cholagogues, elle apparait dans les manuels comme remèdes des insuffisances hépatiques et de l’élimination des calculs ; les feuilles de l'olivier sont conseillées en fébrifuges toniques et hypotentives
La thériaque
Le remède par excellence qui peut tout soigner dont le principe fut défini dans l’antiquité et qui a traversé les siècles avec quelques variantes. Il semblerait que la première thériaque (antidote à tout poison et confectionné par le médecin du roi Mithridate au 1er siècle avant JC) contenait 64 composants dont l’ail, la colchique, le dictame, l’iris, l’encens, la poudre de vipère.
Sa composition est compliquée et on distingue la thériaque des riches et celle des pauvres ou thériaque diétessaron avec seulement 4 ingrédients : racines de gentiane ; racines d'aristoloche ; baies de laurier ; myrrhe et un peu de miel.
Cette thériaque « profite aux affections froides ; tant du cerveau comme l'épilepsie, paralysie, convulsion canine ; que du ventricule, comme à l'inflation et douleur qui en procède, à la costion tardive ; et aussi du foye, comme à l'hydropisie, cachexie, obstruction ; à la piqueure du scorpion et venin avalé. »
« Cette thériaque n'est pas à mépriser ; elle est fort propre dans les maladies contagieuses, dans les poisons et les morsures des bêtes venimeuses, contre l'apoplexie, les convulsions, toutes les maladies froides du cerveau, même contre les vers ; elle fortifie l'estomac et ouvre les obstructions de tous les viscères. On en peut user de même et en pareille dose que des autres thériaques".
Mme Fouquet nomme aussi thériaque des paysans l’extrait de genièvre : « contre tous les maux d’estomac comme aussi contre la peste et pour s’en préserver en temps de contagion l’extrait de genièvre est excellent pour cela ; en voici la préparation. Prenez la quantité que vous voudrez de graines ou baies de genièvre, pilez les bien dans un mortier de marbre, mettez les ensuite dans une poêle et versez y ensuite de l’eau bouillante de sorte qu’elle surnage sur cette matière. Faites bouillir cela pendant une demi heure entière , coulez le à travers de la toile neuve et en tirez l‘expression avec une presse ».
Mais la plus sophistiqué reste la thériaque de Venise ou thériaque de Paris ; en 1626 la recette contient 88 ingrédients dont l’aristoloche, l’encens, la cinamone ou cannelle et la poudre de vipère pour les contrepoisons, la centaurée, la gentiane, le marrube, pour les fébrifuges, l’anis, la rose, la sauge, la valériane, l’opium pour les antagiques, la balsamite en tant qu’antispasmodique, la cardanome pour ses effets diurétiques, la thérébentine en tant que tonique …
Ces ouvrages expliquent également les conditions de stockage, d'utilisation de ces remèdes, la provenance des différents ingrédients pour assurer la qualité des remèdes préconisés.
Certains de ces manuels insistent sur la situation des pauvres gens pour expliquer et tenter de prévenir les affections dont ils sont atteints le plus souvent ; ainsi Philippe Hecquet précise que les porteurs d’eau souffrent de rhumes, de bronchites et ont le dos « déplacé » ; les femmes qui exercent ce métier font plus souvent des fausses couches. Il ajoute que certains artisans requierent des soins particuliers : les serruries, armuriers, cloutiers, maréchaux, verriers, plâtriers, boulangers, porteur de chaise, brasseur, bâtelier, chandeliers, chaudronniers, postillons, …
Un autre médecin précise les causes des maladies des pauvres : la fatigue excessive, le manque de sommeil, les suées, le travail sous la pluie, la négligence alimentaire, le manque d’air à l’intérieur des maisons, l’insalubrité surtout à la campagne.
Ces remèdes sont « découverts » en utilisant plusieurs théories héritées de l’Antiquité :
La théorie des contraires : il faut faire échec à la maladie en prenant des ingrédients plus forts qu’elle : des odeurs fortes comme l’oignon ou le tabac pour la léthargie ou l’évanouissement, des essences calmantes comme la marjolaine contre l’excitation des nerfs
La théorie des semblables ou des signatures : le mal soigné par son semblable disparaît (on se base ici sur l’analogie entre la forme, la couleur ou la consistance du remède et le mal du patient) : la bave d’escargot contre les mucosités, les enveloppements chauds contre la fièvre, le vinaigre contre les brûlures, des pétales de roses rouges pour les maladies du cœur ou les saignements, la gentiane jaune pour le foie, l’œuf contre la stérilité, le millepertuis cueilli en plein midi d’été contre les brûlures, …
Certais remèdes semblent s’apparenter à un reste de magie ... magie que l’on va christianiser pour ne pas être « hors la loi" : ainsi l’ouvrage Le médecin des pauvres ou recueil de prières et d’oraisons précieuses datant de 1695) nous livre quelques prières assez ambigües :
Pour les brûlures : « par trois fois différentes vous soufflerez dessus en forme de croix et vous direz à st laurent : sur un brasier ardent, vous retourniez et n’étez pas souffrant. Faites comme moi la grâce que cette ardeur se passe ; feu de Dieu perd ta chaleur comme Judas perdit sa couleur quand pour sa passion juive il trahit Jésus au jardn des Olives et après avoir nommé la personnne vous ajouterez Dieu t’a guéri par sa puissance »
Une autre prière pour arrêter le sang de n’importe quelle blessure : « Dieu est né la nuit de Noel à minuit. Dieu est mort , dieu est ressuscité ; Dieu a commandé que le sanfg s’arrête , que ma plaie se ferme, que la douleur se passe et que ça n’entre ni en matière ni en senteur ni en chair pourrie comme ont fait les 5 plaies de notre seigneur Jésus Christ ».
A lire également
Sources
La thériaque diatessaron ou thériaque des pauvres de Jean Flahaut
Les livrets de santé pour les pauvres aux XVIIe et XVIIIe siècles de Mireille Laget
http://scalpeletmatula.fr/epoques/moyen-age/
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57337v.image : le livre des remèdes de Mme Fouquet
Rabelais et Laurent Joubert de J. Boucher
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54036z.image Les erreurs populaires au fait de la médecine et régime de santé de Laurent Joubert
Ouvrage de Dame et succès de librairie : les remèdes de Madame Fouquet de Olivier Lafont
L'accouchement ... avant
Porter un enfant demeure l'une des activités les plus dangereuses qu'une femme puisse entreprendre ; d'ailleurs un vieil adage dit "qu'être enceinte c'est mettre un pied dans la tombe"
En dépouillant les BMS de Frouzins, je me suis rendue compte qu'il y avait un nombre assez important de femmes qui mourrait en couche au 18 et 19ème siècle ou peu après la naissance. De même j'ai toujours été sidérée par le nombre d'enfants qu'une femme pouvait mettre au monde au cours de sa vie . Aussi je me suis demandée quelles étaient les conséquences pour elles, physiquement, à avoir toutes ces grossesses et le pourquoi du comment de ces morts en donnant la vie.
Et c'est là que je me suis dis que j'étais bien contente d'être née au 20ème siècle ....
Les chiffres
D'après l'étude du Docteur Le Fort, réalisée dans les maternités parisiennes de 1860 à 1863, la mortalité maternelle était en moyenne de 3%, ce taux atteignant 9 % dans les maternités les plus mortifères.
De nos jours, une étude du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) datant de 2006 précise que depuis une dizaine d'années, le taux de mortalité maternelle se stabilise entre 9 et 13 décès pour 100 000 naissances vivantes ce qui correspond en moyenne à 60 décès de femmes chaque année.
La « mort maternelle », de quoi parle t-on précisément ?
La mort maternelle est définie comme « le décès survenu au cours de la grossesse ou dans un délai de 42 jours à un an après la fin de la grossesse, pour une cause quelconque déterminée ou aggravée par la grossesse ou les soins qu’elle a motivés, mais ni accidentelle ni fortuite ».
Le taux de mortalité se calcule de la façon suivante : TMM = m/nv
TMM = taux de mortalité maternelle
m= décès maternels sur une année
nv = naissances vivantes durant la même année
Les complications, mortels ou non, qu’encourent la jeune maman
La grossesse et l’accouchement sont le lieu de toutes les complications, aggravées par l’état général, le travail au champs ou à l’usine jusqu’au dernier moment, la méconnaissance des règles élémentaires d’hygiène, les grossesses à répétition …
Bref, je ne suis pas médecin, je ne vais donc pas vous faire une liste détaillée et exhaustive des risques, complications et séquelles de l’accouchement. Mais vous trouverez ci-après quelques éléments permettant de mieux appréhender le quotidien des femmes avant notre XXIème siècle somme toute très confortable ….
Les hémorragies qui demeurent aujourd’hui la 1ère cause de mortalité maternelle (18 %) ont toujours été très difficiles à gérer en raison notamment des multiples causes possibles . Ces hémorragies sont souvent liées à un placenta praevia, des hématomes rétro placentaires ou des troubles de la coagulation. Cette complication de l’accouchement s’accroit en cas de multiparité, entre autre.
Les maladies thrombo emboliques constituent aujourd’hui la deuxième cause de mortalité maternelle. Là aussi il était impossible d’anticiper et de traiter ce risque. Souvent, il s'agit d'accidents vasculaires cérébraux pas nécessairement provoqués directement par la grossesse mais apparaissant à la suite (un anévrysme qui va se rompre lors de l'accouchement par exemple). Ce risque est aggravé chez les multipares et lors des accouchements compliqués.
L’hypertension artérielle : Les patientes hypertendues présentent un risque de complication plus élevé lors de l'accouchement.
Les abolies amniotiques : C'est le passage de liquide amniotique dans le sang, une cause de décès fréquente et impossible à prévenir.
Et que dire des obstructions à l’accouchement ? Elles peuvent être causées par la morphologie de la mère (un pelvis trop étroit pour le passage de la tête du bébé), par une mauvaise position de l’enfant ou par des contractions utérines trop faibles. Des lésions squelettiques importantes liées à la tuberculose osseuse, le rachitisme, des séquelles de la poliomyélite, des cyphoscolioses graves, des luxations congénitales des hanches rendent les conditions mécaniques de l’accouchement impossibles ou à tout le moins très difficiles.
Sans une intervention médicale appropriée dans ces situations, la femme peut subir un accouchement de plusieurs jours et éventuellement mourir des suites d’une rupture de l’utérus.
Généralement le bébé est mort-né ou décède rapidement après sa naissance.
Au XVIII et XIXème siècle, l'accoucheur a conscience de l'existence des mauvaises présentations du bébé ou des cas de malformation du bassin des femmes rendant difficile voire impossible l’accouchement.
Pour pallier cette difficulté, des instruments facilitant l'extraction ont donc été inventés par les premiers obstétriciens.
Cependant, ni la femme ni l'enfant ne sont épargnés lors des accouchements difficiles. Les femmes subissaient de graves délabrements anatomiques (déchirures et autres lésions périnéales, lésions du sphincter anal et/ou lésions de la muqueuse anale, déchirure du col, fistule obstétrique, lésion de la vessie, de l’urètre, fracture coccygienne …) sans parler du traumatisme psychologique !
A noter que ces différentes séquelles existent aussi en cas d'accouchement sans instruments barbares !
Pieds de griffon - Ambroise Paré
Autre type de pied de griffon - Ambroise Paré
Dans ces situations donc, le but n’est pas de sauver l’enfant mais la mère ; aussi des instruments tels que les pieds de griffon d'Ambroise Paré au 16ème siècle, le basiotrypse, le basiotribe , le céphalotribe, ou le cranioclaste aux 18 et 19ème siècle vont broyer le crâne du foetus afin de permettre l'accouchement, que le bébé soit mort ou vivant.
Basiotribe
Randi Hutter Epstein écrit dans «Sortez-moi de là: histoire de l’accouchement du jardin d’Éden aux banques de sperme» :
«Avant les forceps, les bébés coincés dans le canal génital en étaient tirés par le médecin, souvent en plusieurs morceaux. Parfois les sages-femmes brisaient le crâne, tuant le bébé mais épargnant la mère. Parfois les médecins cassaient l’os pubien, ce qui souvent tuait la mère mais épargnait le bébé. Les médecins disposaient d’un arsenal complet d’épouvantables gadgets pour accrocher, poignarder et découper un bébé difficile à mettre au monde. Beaucoup de ces gadgets avaient une ressemblance troublante avec des instruments de torture médiévaux».
Catherine de Médicis en fit les frais puisqu'en 1556 l'accouchement des jumelles qu'elle portait étant impossible, on fut obligé de découper in utero l'une d'elle, Jeanne, pour que sa sœur Victoire survive.
Couteau pour découper in utero - Ambroise Paré
Une autre méthode, moins "barbare" (encore que ...) , pouvait permettre de sauver l'enfant et la mère lorsque l'accouchement s'avérait très compliqué voire impossible là aussi. Il s'agit d'une méthode manuelle, donc sans instruments appelée "version podalique" qui consiste à saisir les pieds, à faire éventuellement tourner l'enfant et à le sortir par les fesses. Cette version podalique sur enfant vivant a été décrite pour la première fois en 1573 par Ambroise Paré (mais elle existait déjà depuis longtemps au moins sur enfant mort).
Puis vint le forceps, instrument destiné à sortir l'enfant du ventre de sa mère sans le mutiler, en principe. Le premier inventeur du forceps « moderne » est un français huguenot, Pierre Chamberlen (1560-1631). Mais malgré l'évidente amélioration que le forceps représente, ces instruments abiment encore les femmes et sont très traumatisantes pour les bébés.
Progressivement, la forme des forceps et la manière de les utiliser évoluent. Lors du XIXème siècle, l'utilisation des forceps reste toutefois trop fréquente même dans des situations qui ne le nécessitaient pas.
Forceps de Chamberlen
Tous les instruments du monde ne sont toutefois pas toujours suffisants :
Témoignage du Dr Moriceau : « : « Le 19 août 1670, j'ai vu une petite femme de 38 ans, qui avait le passage tellement étroit et les os qui le fermaient si serrés et proches l'un de l'autre et l'os du croupion si recourbé en dedans, qu'il me fut impossible d'y introduire une main pour l'accoucher.
Il survint aussitôt un médecin anglais, nommé Chamberlen (petit neveu de Pierre Chamberlen), qui était alors à Paris et qui, de père en fils, faisait une profession ordinaire des accouchements en Angleterre, dans la ville de Londres, où il a acquis depuis ce temps-là le suprême degré de réputation. Il était venu à Paris dans l'espérance d'y faire fortune, faisant courir le bruit qu'il avait un secret tout particulier pour les accouchements de cette nature. Ce médecin, voyant cette femme et ayant appris que je n'avais pas trouvé aucune possibilité de l'accoucher, témoigna être étonné de ce que je n'en avais pas pu venir à bout, moi, qu'il disait et assurait être le plus habile homme de cette profession qui fût à Paris; nonobstant quoi, il promit d'abord de l'accoucher très assurément en moins d'un demi quart d'heure, quelque difficulté qu'il pût y trouver. Il se mit aussitôt en besogne et au lieu d'un demi quart d'heure, il travailla durant plus de trois heures entières sans discontinuer que pour reprendre haleine. Mais ayant épuisé inutilement toutes ses forces aussi bien que toute son industrie, et voyant que la pauvre femme était près d'expirer entre ses mains, il fut contraint d'y renoncer et d'avouer qu'il n'était pas possible d'en venir à bout. Cette pauvre femme mourut avec son enfant dans le ventre, vingt-quatre heures après les extrêmes violences qui lui avaient été faites ».
Il faudra attendre le milieu du XXème siècle pour permettre aux accoucheurs une alternative à l'utilisation des forceps. En 1950, le Dr Thierry invente les spatules et en 1954 le Suédois Malmström met au point la première ventouse réellement efficace. Les extractions par ventouse moins traumatisantes pour la mère et le foetus ont au cours du siècle remplacé en partie celles par forceps.
Forceps de Tarnier
D’autres complications et séquelles existent : le prolapsus (surtout chez les multipares), le retour de couche hémorragique, l’abcès du sein, la dépression puerpérale et tellement d’autres problèmes, malheureusement ....
Et bien sûr il y a les infections : c’est LE plus grand danger menaçant les femmes enceintes et ce, jusqu’au 20ème siècle (encore dans les années 1920 aux États-Unis, la moitié des morts maternelles étaient causées par la fièvre puerpérale).
A noter que la manifestation de la septicémie puerpérale se caractérise par une fièvre élevée survenant généralement entre le 5e et le 7e jour après l'accouchement ; donc manifestement les femmes décédées au moment de l'accouchement ou tout de suite après, que l'on recense dans nos généalogies, ne sont pas mortes par infection.
En ce qui concerne les causes de cette fièvre, je pense que tout y est passé sauf l'essentiel :
Tous les accoucheurs du début du 19ème siècle s'accordent à regarder comme causes spéciales de la fièvre puerpérale "...des erreurs dans le régime, un air insalubre et humide que l'on respire, le défaut de soin domestique, des passions tristes et débilitantes, les jouissances réitérées, une vie molle et sédentaire ...mais après la délivrance, on doit aussi regarder comme causes générales de cette fièvre les attouchements rudes et peu ménagés, la séparation trop précipitée des placenta, une mauvaise application du forceps ou de la main, la déchirure du col de la matrice, un accouchement accéléré, une pression trop forte de la région abdominale par des bandages, des boissons alcoolisées, des substances animales trop nourrissantes ou faisandées, la constipation, l'exposition trop prompte à l'air, l'impression du froid et de l'humidité, l'influence de quelques épidémies régnantes ...»
et seulement à la fin de cette longue litanie, ils ajoutent quand même « ...n 'oublions point que l'hygiène ou la médecine préventive ne sera jamais plus importante par ses heureux résultats, que lorsqu'elle sera appliquée avec succès à la conservation des femmes». (Robert, 1816).
Bref, ce qu'il faut surtout retenir c'est qu'avant l’apparition de la théorie microbienne, les gens pensaient que la fièvre puerpérale était probablement contagieuse et savaient que certaines sages-femmes et certains médecins en avaient davantage dans leur patientèle que d’autres (la «putridité de l’air» était une des hypothèses en vogue : l’air des salles d’hôpitaux est toxique et les sécrétions des femmes en couches constituent des foyers d’infection, on en est certain).
Fin 19è, fort de ces constations, Hervieux, médecin à Port-Royal, conclut que la continuité des femmes en couches dans un local déterminé associé à l’encombrement des salles facilitent le "miasme puerpéral" et la contagion d’une personne infectée à une personne saine.
Maternité de Port Royal - Paris
Il suggère d’espacer les lits, d’organiser une occupation alternée des salles et des lits, de ventiler régulièrement, de supprimer les rideaux, de purifier les salles et les objets mobiliers. Ce ne sera pas suffisant toutefois sans une hygiène rigoureuse de toutes les personnes amenées à manipuler la femme enceinte ou venant d’accoucher. Et c’est là que l’on s’aperçoit avec stupéfaction que ce sont dans les maternités que le taux de mortalité maternelle est au plus haut.
Maternité à Vienne
En effet jusqu'à la fin du XIXème siècle, les maternités sont de véritables mouroirs. Les épidémies de fièvre puerpérale déciment les femmes venant y accoucher. La mortalité maternelle atteint des sommets sans que la communauté scientifique ne comprenne pourquoi.
La description que font les frères Goncourt, dans leur roman Germinie Lacerteux, de la maternité de Paris au 19ème siècle est à ce titre très explicite : « « elle était là depuis plusieurs heures, abimée dans ce doux affaissement de la délivrance qui suit les épouvantables déchirements de l’enfantement […] Tout à coup un cri […] Presque au même instant, d’un lit à côté, il s’éleva un autre cri horrible, perçant, terrifié, le cri de quelqu’un qui voit la mort […] Il y avait alors à la Maternité une de ces terribles épidémies puerpérales qui soufflent la mort sur la fécondité humaine, un de ces empoisonnements de l’air qui vident, en courant, par rangées, les lits des accouchées et qui autrefois faisaient fermer la clinique : on croirait voir passer la peste, une peste qui noircit les visages en quelques heures, enlève tout, emporte les plus forts, les plus jeunes, une peste qui sort des berceaux, la Peste noire des mères ! C’était tout autour de Germinie, à toute heure, la nuit surtout, des morts telles qu’en fait la fièvre de lait, des morts tourmentées, furieuses de cris, troublées d’hallucination et de délire, des agonies auxquelles il fallait mettre la camisole de force de la folie, des agonies qui s’élançaient tout à coup, hors d’un lit, en emportant les draps et faisaient frissonner toute la salle de l’idée de voir revenir les mortes de l’amphithéatre ».
Autres exemples : au printemps 1843, 25 des 54 accouchées à l’hôpital Necker décèdent. A la maternité de Port Royal, au cours de la première semaine de mai 1856, 31 des 32 accouchées décèdent). Un interne, Stéphane Tarnier, décide de consacrer sa thèse aux maladies des femmes en couches. Afin de prendre la mesure des choses, il compare la mortalité maternelle à la maternité pour l’année 1856 à celle survenue en ville, dans le même arrondissement : la mortalité est de 5,9 % à la maternité alors qu’elle n’est que de 0,3 % en ville. Comment expliquer ce décalage ?
Tout a été expliqué 9 ans auparavant par un médecin autrichien, le Dr Semmelweis (1818-1865). Celui-ci va comprendre en 1847 le mécanisme de la fièvre puerpérale en constatant tout simplement que le nombre de décès est nettement supérieur lorsque les femmes sont accouchées par les médecins que lorsqu'elles sont accouchées par des sages-femmes.
Ignace Semmelweis en 1864
Et la raison en est là aussi très simple : les médecins sortent de la salle d’autopsie pour aller accoucher les femmes sans aucun lavage des mains entre les deux actions ...
Il consignera ses notes en 1861 dans un ouvrage intitulé «Etiologie de la fièvre puerpérale et sa prophylaxie».
Semmelweis préconise le lavage des mains avec du chlorure de chaux après la réalisation d'une autopsie : les résultats sont spectaculaires : la mortalité a chuté à l'hôpital de Vienne passant de 18,27 % en avril 1847 à 0,19 % à la fin de l’année.
Mais l’importance de ses découvertes ne sera pas convaincante pour le monde médicale, du moins pas de suite …
Maternité en 1915
Voir aussi l'article sur la naissance au fil des siècles
Sources
Histoire de naître: De l'enfantement primitif à l'accouchement médicalisé de Fernand Leroy
Évolution de la Mortalité maternelle au XXème siècle en France.de LANGLAIS Margaux
Etudes sur quelques échecs de basiotripsie du docteur Henri Galvin http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58064072
Accouchements et mortalité maternelle à l’Hôtel-Dieu de Marseille au milieu du XIXe siècle de Gilles Boetsch, Emma Rabino-Massa, Silvia Bello
La tragédie des maternités hospitalières au 19è siècle et les projets de réaménagement de Scarlett Beauvalet
Naître en France du XVII au XXème siècle de Marie Françoise Morel
Témoignages locaux des dévastations liées à l'occupation hollandaise (1707-1713)
Ci-dessous quelques témoignages locaux sur les conséquences de l’occupation hollandaise dans le Pas de Calais essentiellement :
Quelques unes des villes citées ci dessous
Les Hollandais, campés depuis le Mont-St-Eloi jusque Tincques, incendièrent l'église de Berles et pillèrent et brûlèrent Savy le 3 septembre 1711.
Façade de l'abbaye de St Eloi
Ambroise DELOEUVACQ (1659-1721), chanoine de Saint Eloi et curé d’Aubigny-en-Artois, notait sur le registre paroissial : « depuis le 26 de mars 1711 jusqu’au 23 de novembre 1711, ce registre et les autres en ce tout ce quy estoit de conséquence a été réfugié à Arras à cause du voisinage des deux armées, scavoir l’armée du roy qui estoit campée près d’Habarcq, et l’armée des alliés qui a campé deux ou trois jours sur le terroir d’Aubigny et environs, trois jours pendant lesquels les habitants d’Aubigny et des environs ont beaucoup souffert, estant obligés de prendre quasy tous les jours les armes contre les maraudeurs de l ‘armée du roy qu’ils ont toujours repoussés avec beaucoup de bravoure. Cependant il a fallu à la fin céder au trop grand nombre de maraudeurs, de manière que tout le voisinage a été pillé par eux, à la réserve d’Aubigny qui a eu le bonheur de résister à leur furie. Savy a été entièrement pillé et bruslé, Berles et Berlette en partie. En un mot, la désolation estoit si grande dans ces villages que la postérité aura bien du mal à le croire. L’incendie est arrivé le deux, trois et quatre du mois d’aoust 1711, après quoy les deux armées ont décampé pour aller au siège de Bouchain. C’ était dans l’appréhension d’avoir un sort semblable au voisinage, que ce registre a été réfugié de bonne heure à Arras ».
Le 2 juillet 1710, l'armée hollandaise campe à Camblain-l'Abbé et sur les territoires circonvoisins. L'armée du roi, à son tour, quand elle campa dans les environs d'Avesnes-le-Comte, réquisitionna tout ce qui restait de blé, d'avoine, de chevaux. D'où une première disette en 1710 qui causa des maladies.
Le curé de Beaufort décrit quant à lui : « L’an 1709 l’hiver fut si long et si rigoureux que les blés manquèrent ; le pauvre peuple ayant été obligé de manger du pain d’avoine. Registre de catholicité de Beaufort, curé Delaleau »
Beaufort
A Izel les Hameau : « L’an 1710, les habitants d’Izel faisant peu à propos, empêchèrent les alliés d’entrer chez eux. Ils se sauvèrent sous leurs effets et abandonnèrent le village. Malborough qui occupait Villers Brulin leur y fit mettre le feu ; les soldats enlevèrent une cloche ; on avait sauvé les 3 autres à Arras, Père Ignace »
« A tous ces malheurs de la guerre, il faut ajouter la peste ; depuis le mois de 06 1710 jusqu’au mois de février 1711, les maladies et la mortalité y furent si grande qu’il mourut 230 habitants »
En 1709 et 1710 la province d’Artois était envahie dans sa partie méridionale et la ville d’Avesnes le comte se trouve cernée de toutes parts, au sud est par l’armée française sous le commandement du maréchal de Villars , au Nord est par l’armée alliée aux ordres du Prince Eugène de Savois, de Milord Malborough et du comte de Villy et l’armée des Hollandais était campée depuis St Eloi jusques et passé Aubigny. Et celle des Français était campée à Barly et s’étendait depuis Montenescourt jusqu’à Frévent.
Frévent
Les armées s’observèrent longtemps avant d’en venir aux mains, mais le pays eut beaucoup à souffrir de leur voisinage et fut dévasté par les deux parties : « qui nous ravagèrent si bien l’un que l’autre ». Les Hollandais surtout pillèrent les églises où ils ont « brisez, tous pillez, tous déchirez, tous emportez jusques au registres des baptêmes, des morts et des confirmés » (reg. Catholique de Beaufort par M. Nicolas DELALEAU, curé) A Izel, M. Deshorties (curé de Izel) confirme ce détail : « nota que le registre des morts depuis1692 jusqu’en 1710, a été perdu pendant la guerre ».
Château de Villers Brulin
A Avesnes : « la grande agglomération de troupes dans la contrée, la misère et la disette qu’en furent la conséquence y développèrent une maladie contagieuse qui causa partout une effroyable mortalité », Histoire d’Avesnes, par M. Ledru
A Nédonchel : « L’an 1710, le 24 septembre est décédée en cette paroisse Anne DANVIN, femme de Thomas COLART, 34 ans, et deux enfants qu’il avoient, décédez au mois d’aoust précédent pendant les fuites à cause des armées voisine d’icy et ont étez inhumées dans le cimetière sans cérémonies ne les pouvant faire à cause du péril par les ennemies en foy de quoy j’ay signez, étoit signez P. J Badart, curé ». Après cet acte de décès le curé note pour mémoires : « Icy suivent tous les morts pendant les mois d’aoust, septembre te octobre qui ont etez inhumez dans le cimetière de nostre paroisse sans cérémonies à cause du péril causé par les ennemies campez près d’icy au mois d’aoust » (28 décès dont certains d’autres paroisses probablement réfugiés)
Hermaville : Le curé note : « il ne manque rien icy mais à cause des guerres commencés le 13 de juillet 1710 dans ce pays, j’ay esté obligé de sauver et transporter ce présent registre à arras et de faire une feuille volante que j’ay cy après attaché ou j’ay marqué les mariages qui se sont fait jusqu'à ce jourdhui quatorze de feb. 1713»
Magnicourt et Maizière : Déclaration du curé qui rédige la liste des morts : « La guerre faict dans l’année 1710 ayant causé une fuite générale des prestres hors des paroisses et de la province d’Artois, fust aussi la cause que les curés ayant esté contraint d’abandonner leurs paroisses n’ont peut enregistrer les enfants baptisés et toutes les personnes mortes selon le temps les mois de leur décédé, c’est pourquoi on les a mis selon l’ordre qui s’en suit : …. »
Flers (14 07 1710 (n°786) LOUIS Antoine Flers à marier, Tué à Flers par les troupes de Malbouroucq, acte en double.
Le curé de Cambrin, Delerue, écrit :
Le 27 Octobre 1708 : « ne pouvant sortir pour les courses journalières des hollandais en ce quartier, n'ayant oser sortir de Béthune où j'étais réfugié à raison des mauvais traitements que l'on recevait tous les jours des troupes hollandaises et anglaises ... ».
"L'an de grace 1708 dans le courant du mois de novembre est décédé en cette paroisse Mathieu Caron agé aux environ de 52 ans, marié à Marguerite Myon, il fut inhumé dans le cimetière de ce lieu par les paysans, moy étant réfugié dans la ville de Béthune, ne pouvant sortir à cause des courses journalières des Hollandois en ce quartier, nous lui avons fait ...." " L'an de grace 1708 quelques jours après la mort du précédent est trépassé en cette paroisse Pasquier Beugnier, réfugié chez Ferdiand Marischal, son beau fils, agé aux environ de 80 ans, son corps fut inhumé dans le cimetère de ce lieu par les paysans ayans encore osé sortir de Béthune, ou estois réfugié en raison des mauvais traitements que l'on recevoit tous les jours des troupes Hollandoises et Angloises après la rebellion de la ville de Lille, ses funérailles luy furent fait dans la fuite."
Cambrin
"Le ving quatriemme jour d'aoust mil sept cens et dix, feste de la saint barthelemy aposthume, un convoy de chariots chargé de poudre passant par La Bassée pour être conduit au siège de Béthune, un de ces tonneau, ayant commencé à filer dessus les pavés du grand marché, le fer d'un pied de cheval fit feu dessus le pavé et fit sauter toute la poudre, et de plusieurs autres suivants, ce qui causat en même temps un fracas épouvantable dessus la place et emporta plus de cens personnes de la ville et plusieurs dont on ne sait pas le nom, quelques uns furent brûlés et d'autres sont morts depuis".
Cet accident relaté par le curé de Cambrin se déroula en fait au beau milieu du bourg de La Bassée. Il n'existe plus de registres avant 1737 à La Bassée, mais d'après plusieurs sources, cet accident aurait fait entre 150 et 250 victimes, pratiquement toutes civiles, dans la population de La Bassée.
Le curé de Cambrin écrit encore : "le 29 septembre 1710 s'est rendu aux Hollandois, après un siège de trois semaines, la ville de Saint-Venant"
" le huitième de novembre 1710 s'est rendu aux Hollandois et après un siège de deux mois la ville d'Aire elle fut vaillement défendue par Mgr de Gabriant" ...
Baillage d'Aire sur la Lys
Mons en Pévèle : 9 septembre 1708 est décédé Jacques Barbieux " d'une mort subite estant réfugiez dans l'Eglise a raison de guerre" . 4 août 1708 "at esté tuez Noël Mazenghe par des soldats des troupes des alliez […] ce jour Mons en Pevele fut pillez par les memes trouppes et ledit feu Noël Mazenghe se sauvant avec un fusil fut poursuivi et tuez par des soldats " " L'armée de France estoit campé au Mons en pevele et Monseigneur le duc de Bourgogne généralissime de l'armée et Monseigneur le duc de Berry son frère logez dans la maison pastoralle. Monseigneur le duc de Vendôme logé chez Thomas Picquet, le prince de Galles fils du Roy Jacques d'Angleterre sauvé en France avec sa famille royalle logé a la maison rouge ; la ville de Lille estant assiégé et prise ensuite le 25 d'octobre par le prince Eugene de Savoye général des trouppes de l'Empereur allié avec l'Angleterre, la Hollande, le Brandebourg, le Saxe, Prusse, Hesse Cassel et autres souverains de l'Empire ; général de la cavalerie, le prince d'Auvergne qui conduisit la garnison de la citadelle de Lille a Douai, pendant le siège de laquelle l'Eglise de Mons en pevele fut entierement pillez et tout le village par des trouppes des alliez."
1707 : une garnison hollandaise s’installe à La Bassée et rançonne Auchy. Les habitants du village d’Auchy s’enfuient vers les villages voisins.
La Bassée
En 1709, le maréchal français de Villars, pour mieux parer l’attaque du Duc de Marlborough et avoir une parfaite visibilité, fait raser toute la plaine environnante. Auchy voit 163 maisons et le château complètement détruits. Les bois aussi sont rasés. Il ne reste debout que l’église qui sert de poste d’observation et trois maisons où loge le corps de garde
En 1707, La Bassée est occupée par les alliés (anglais et hollandais). Mais les français avant de se retirer emportent ou détruisent tous les grains et fourrages de la région entre Lens, La Bassée, et Béthune. Pendant tout l'automne 1708 la contrée est livrée aux brigandages. Les habitants de Annequin se réfugient à Béthune ou Beuvry derrière les marais.
Journal d'un curé de campagne au 17ème siècle - 19 - occupation hollandaise suite
L’occupation hollandaise : suite
Les exactions rencontrées lors de l’occupation hollandaise de 1709 touchèrent également l’église de Rumegies. Notre curé nous dit que l’église a été en effet « forcée, pillée, profanée de la manière la plus outrageante qui se puisse imaginer ».
Il nous explique également qu’alors qu’une femme était à l’article de la mort rue Prière, « on a dû lui porter son Viatique », et ce, sans cérémonie. Mais le curé a rencontré les hollandais en chemin qui l’ont « futé » (battu) et volé la petite boite d’argent où se trouvait la sainte hostie.
Eglise en bas à gauche et rue de la prière (point rouge en haut à droite) - 16mn à pied par le chemin le plus court
« Nous fûmes avec toute la communauté tellement épouvantée que le lendemain (du pillage de l’église), nous avons tout abandonné à la rage de ces malheureux. Nous avons été entre leurs mains depuis huit heures du matin jusqu’à pareille heure du soir, pendant quoi ils ont commis toutes les inhumanités des nations étrangères, dont on n’entendait point le langage et qui avai0ent des visages qui ne respiraient que le carnage. Nous nous sommes enfuis les uns à St Amand, les autres à Orchies, Marchiennes, et Hasnon et nous y fûmes jusqu’à la reddition de la citadelle de Tournai où tout le pauvre peuple a bien souffert des misères, pauvreté et maladie ».
Cet exode durera 2 mois.
Durant ce laps de temps les maraudeurs ont voulu emporter les cloches de l’église : « ils ont fait tomber la petite mais elle n’a point cassé. Dès que nous l’apprîmes à Saint Amand, nous sommes venus avec six sauvegardes et trois chariots pour sauver les trois cloches ». Mais en vain car un commandant en poste à l’entrée du village leur refusa l’accès. Dès que celui-ci partit, ils revinrent et « trouvâmes les maraudeurs qui frappaient à toute force sur les cloches pour les rompre ; et les autres avaient dépendu la seconde pour la faire tomber sur la petite pour es casser toutes deux mais en vain. Dès qu’ils nous ont aperçus ils ont fui. Et ainsi avec bien des peines, nous avons chargé nos trois cloches et les avons emmenées à l’abbaye de St Amand ».
Une fois Tournai prise (septembre 1709), l’armée hollandaise n’a pas demandé son reste et les villageois sont revenus à Rumegies pour trouver un paysage désolé : « point de portes, point de fenêtres, point de vitres, point un morceau de fer, et qui pis est, point une botte de paille ».
Le curé précise que dans tout le Tournaisis, il n’y avait plus une seule botte de paille « ce qui a causé une mortalité de tous les bestiaux qui sont presque tous morts l’hiver suivant ».
Et que dire des hommes ? « Depuis le mois de septembre jusqu’au Noël », il semblerait que près de 300 personnes soient mortes (dans le village et dans les villages alentours) et « tous, faute d’aliments, de linge, de soins, tout le monde étant malade et ne se pouvant secourir les uns les autres [… ] La plupart de ceux qui sont morts n’avaient ni argent ni linge ni même de la paille pour se coucher ».
Le curé remarque que « ceux qui ont eu des bouillons de bon vin de Bourgogne, il n’en est point mort un seul de ceux là ».
Finalement cette année 1709 fut effroyable, à tel point misérable que le curé Dubois ne se sent pas capable de l’exprimer qu’avec ses larmes ! « Adieu fatale année ! que je ne me souvienne jamais de toi si ce n’est pour me souvenir que c’est mes pêchés qui ont attiré la colère de Dieu ! »
Voir également l'article suivant : Quelques témoignages locaux liées sur les dévastations liées à l'occupation hollandaise
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