Se soigner autrefois (1)
Au 18ème siècle, un enfant sur 4 meurt avant 1 an contre 15% en 1900, 5% en 1950 et 0.3% en 2012
L’espérance de vie n’est à cette époque que de 28 ans …
En 1810, l'espérance de vie atteint 37 ans en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900.
Pendant les guerres napoléoniennes et la guerre de 1870, l’espérance de vie décline brutalement et repasse sous les 30 ans.
Comment était perçue la maladie au 18ème siècle ?
En 1677, Claude Joly, évêque d'Agen écrit que Dieu nous envoie les maladies « pour mortifier notre corps et le rendre obéissant à l'esprit, pour nous détacher de l'amour des créatures et pour nous convertir à lui, pour nous préparer à bien mourir ».
Au début du 18ème siècle, Antoine Blanchard, prêtre de Vendôme écrit dans son "Essai d'exhortations pour les états différents des malades" que la maladie "est un véritable remède. Elle afflige le corps mais contribue à la guérison de l’âme […] Les maladies ne sont pas seulement des remèdes mais elles sont des châtiments salutaires".
Quelques décennies plus tard, les mentalités n’ont guère changé puisqu’en 1770 Yves Michel Marchais, curé d'une petite paroisse de l'Anjou nous explique que "de quelque côté que nous les envisagions, les souffrances sont des traits de miséricorde à notre égard et des moyens efficaces de sanctification […] Elles nous purifient, perfectionnent notre vertu, nous font aimer Dieu pour lui seul…"
Les épidémies répondent au même besoin de châtiment de Dieu. Ainsi, lors d'une épidémie de dysenterie en Anjou en 1707, l'évêque d'Angers affirme dans un mandement du 30 septembre que Dieu ne fait que punir les coupables : "il ne nous livre à la corruption de notre corps que pour nous punir de celle de notre âme. Ce sont pour ainsi dire les vapeurs de nos crimes qui ont répandu dans l'air la malignité dont nous nous plaignions".
Louis Marie Grignion de Montfort écrit en 1703 à sa sœur tombée malade au cours de son noviciat : "ma chère sœur, je me réjouis d'apprendre la maladie que le bon Dieu vous a envoyé pour vous purifier comme l'or dans la fournaise".
Ces mentalités entraînent inéluctablement une indifférence voir une haine du corps et donc le refus d'intervenir par de moyens humains pour recouvrer la santé.
Le curé Marchais toutefois nous explique que "des malades et des infirmes peuvent et doivent chercher leur guérison dans des remèdes naturels et employer tout ce qu'ils croient pouvoir leur être utile pour se soulager"
Bien sûr il est hors de question de recourir à des moyens surnaturels relevant de la magie.
Cette intervention humaine implique aussi que tout ce qui relève de la médecine « de précaution » ne soit pas utilisé : d'où le débat sur la variolisation ouvert en 1735 par Voltaire qui préconise cette pratique tandis que nombreux ecclésiastiques sont contre car c'est tenter Dieu que de donner à une personne une maladie qui ne lui serait peut être pas venue naturellement. En 1775 les curés bretons y voient d’ailleurs un crime contre la loi divine.
La maladie relève donc clairement du médecin et du prêtre : le premier devoir du médecin n'est-il pas devant un malade gravement atteint de veiller à ce qu'il se confesse? Une déclaration royale de 1712 oblige d’ailleurs les médecins à agir de la sorte en leur interdisant après la 3ème visite de retourner chez un malade gravement atteint si celui-ci ne leur présente pas un certificat du confesseur.
Dieu est donc la cause première de la maladie ; qu'en est-il des causes secondes?
Comme je l’ai expliqué dans un précédent article, les phénomènes qui se produisent dans le microcosme qu'est le corps humain (donc la maladie) est en relation avec les phénomènes du macrocosme (l'univers, la terre les cieux) : c’est la théorie en vigueur à cette époque.
Donc aux 4 éléments du macrocosme (la terre, l'air, le feu et l'eau) et leur qualités respectives (le sec, le froid, le chaud et l'humide) répondent les 4 humeurs (substances liquides sécrétées par le corps humain) :
- le sang sécrété par le cœur, chaud et humide,
- la pituite ou phlegme sécrétée par le cerveau, froide et humide,
- la bile sécrétée par le foie, chaude et sèche,
- l'atrabile ou mélancolie sécrétée par la rate froide et sèche
Selon qu'une humeur l'emporte sur l'autre, un individu sera de tempérament bilieux, sanguin, phlegmatique ou mélancolique
La maladie va intervenir quand ces humeurs vont se dérégler soit par surabondance soit par altération.
A partir du milieu du 18ème siècle, grâce aux Lumières notamment, le fatalisme ambiant devant la maladie et les épidémies est contesté par de nombreux médecins qui sont persuadées des possibilités infinies de la médecine; beaucoup notamment refusent de considérer comme inéluctable la mort de tous ces enfants au berceau d’où une profusion d’ouvrages les concernant vers cette époque.
Reproduction of Luke Fildes' painting The Doctor, by Joseph Tomanek
N’oublions pas en effet qu’ «un quart du genre humain périt pour ainsi dire avant d’avoir vu la lumière puisqu’il en meurt près d’un quart dans les premiers mois de la vie » (Buffon 1777 – naturaliste et biologiste français 1708-1788).
Jeune mère contemplant son enfant endormi dans la chandelle . 1875. Albert Anker (1831-1910)
Entre 1740 et 1789 une étude a montré que le taux de mortalité des enfants de moins d’un an était de 280/1000.
Les causes de ces décès de touts petits se divisent en 3 catégories :
- Les malformations congénitales,
- les lésions subies au cours de l’accouchement,
- les maladies diverses.
Ainsi la diarrhée du nourrisson plus fréquente en été induit une mortalité saisonnière élevée (n’oublions pas qu’elle est encore aujourd’hui la 2ème cause de mortalité dans le monde des enfants de moins de 5 ans).
Au 18ème siècle un peu plus de 50 enfants sur cent atteignent 10 ans. Ils sont attaqués de toute part par la coqueluche, les oreillons ou oripeaux, la varicelle assimilée à une variole atténuée, la rougeole, la scarlatine, la rubéole ….
Et les soins se résument souvent à des enveloppements, des cataplasmes, des infusions de bourrache, de persil ou de coquelicot.
Et que dire de la diphtérie ou angine pestilentielle ou putride, ou croup ou mal de gorge gangréneux qui sévit tant chez les jeunes que chez les plus âgés.
Voir également l'article sur la naissance au cours des siècles.
Une maladie qui fait peut : la rage
En 1714 un loup enragé pénètre dans les faubourgs d’Angers et mord, avant d’être abattu, de nombreux chiens et bestiaux et une centaine de personnes. Une trentaine d’entre elles meurent dans des conditions épouvantables : elles sont parquées dans une tour désaffectée et « on les voyait se déchirer, et crier pitoyablement et enfin expirer » »
Quid des autres maladies
La gale, la gratelle et la dartre sont moins graves mais très fréquentes. Les malades se grattent furieusement faisant ainsi « rentrer l’humeur » provoquant des infections et aggravant le pronostic initial.
La plupart des affections pulmonaires sont confondues sous le nom de phtisie.
La tuberculose que l’on ne connait pas et qui n’est pas décrite existe bien avant le 19ème siècle.
Le cancer est défini par Antoine Furetière (homme d’église, poète et romancier – 1619-1688) comme « une maladie qui vient dans les chairs et qui les mange petit à petit comme une sorte de gangrène ».
Un cancer déjà fréquent : le cancer du sein ; par pudeur beaucoup de femmes hésite à se confier à un chirurgien.
Saint Simon (duc et pair de France, mémorialiste français – 1675-1755) ainsi nous dit que Mme de La Vieuville qui meurt en 1715 dans un âge peu avancé d’ « un cancer au sein dont jusqu’à deux jours avant la mort elle avait gardé le secret avec un courage égal à la folie de s’en cacher et de se priver par là des secours ».
Il nous signale le cas de Mme Bouchu qui cachait un cancer depuis longtemps ; « avec le même secret, elle mit ordre à ses affaires, soupa en compagnie, se fit abattre le sein le lendemain de grand matin et ne le laissa apprendre à sa famille ni à personne que quelques heures après l’opération : elle guérit parfaitement ».
Les maladies vénériennes : longtemps confondues entre elles sous le nom de vérole. Elles sont très fréquentes.
Le compagnon vitrier Jacques Ménétra (18ème siècle) avoue une dizaine d’accident contracté à frayer ici ou là à Paris ou lors de son tour de France.
Il se guérit à chaque fois avec des remèdes à base de mercure manifestement. En effet « le mercure et les préparations mercurielles sont l’unique remède capable de détruire radicalement la vérole pourvu qu’on les emploie avec précaution ».
A Paris on soigne la vérole à Bicêtre, l’une des maisons de l’hôpital général.
On enferme les malades mentaux, les hystériques, les mélancoliques, les déments auxquels on assimile les épileptiques.
Dès la création de l’hôpital général en 1656 il est prévu d’y enfermer « les fous et insensés », les mendiants valides ou non, les vieillards indigents, les vénériens et les enfants abandonnés.
Mirabeau (écrivain français - 1749/1791) est scandalisé de la façon dont sont traités les enfermés, laissés à croupir avec leurs chaines et dans leurs ordures.
Les conditions de vie font-elles la différence en terme de mortalité ?
Une étude réalisée dans le Thimerais entre Chartres et Dreux fait apparaitre une différence certaine : entre 1765 et 1791 il a été calculé que les probabilités de survie à 15 ans pour 1000 enfants de laboureurs (le « haut du panier » paysan) y sont de 587 alors que le chiffre tombe à 515 pour les journaliers agricoles.
Dans les villes sales et empuanties par les eaux usées, les ordures de toutes sortes, la situation ne fait qu’aggraver les épidémies voir même les déclencher.
L’entassement dans des maisons de bois ou de torchis mal entretenues et mal aérées aggravent nécessairement les conditions de vie des habitants.
A Angers en 1769 dans la petite rue Putiballe (aujourd’hui rue Tuliballe), 403 personnes s’entassent dans 39 maisons et 9 de ces maisons abritent 206 personnes (soit une moyenne de 23personnes par maison). Je vous invite à lire les articles sur l’habitat lillois au 19ème siècle qui explique bien l’indigence et l’insalubrité de ces habitions (voir mes articles sur l'habitation lilloise au 19ème siècle 1 et 2).
Dans les campagnes ce n’est guère brillant : l’habitation se résume là aussi le plus souvent à une pièce où l’on dort, mange, vit. Les maisons sont souvent basses, mal aérées, humides : or « l’on sait qu’un air trop renfermé occasionne les fièvres malignes les plus fâcheuses ; et le paysan ne respire chez lui jamais qu’un air de cette espèce. Il y a de très petites chambres qui renferment jour et nuit le père, la mère, 7 ou 8 enfants et quelques animaux, qui ne s’ouvrent jamais pendant 6 mois de l’année et très rarement les autres 6 mois » (Simon André Tissot, médecin suisse 1728-1797 – Avis au peuple sur sa santé 1761).
Et que dire du tas de fumier à proximité du ruisseau ou du puit ?
L’alimentation concourt également à aggraver l’état général des individus. Les gens pauvres ont 70 à 80% de leurs calories provenant des céréales (surtout seigle, blé orge noir) sous forme de pain ou de bouillie (lire également l'article sur le repas sous l'Ancien Régime).
Peu de poisson ou de viande, peu de fruits (quand ils existent, ils sont surtout cuits), quelques légumes pour la soupe et un peu de graisse (beurre ou huile).
Au 17/18è on mange moins de viande qu’au 15ème siècle ou que les siècles plus tard.
Ce régime entraîne fatalement de nombreuses carences en vitamines. La mauvaise qualité des aliments est quant à lui responsable du pelagre, du scorbut, de l’ergortisme ou mal des ardents.
Parlons un peu de l’ergotisme qui est dû à l’absorption de farines contenant du seigle ergoté ce qui entraîne la gangrène des pieds et des mains.
En 1776, Tessier donne une description de l’ergotisme sévissant en Sologne : « les hommes malades surtout les mieux constitués éprouvaient les deux ou trois premiers jours des douleurs de tête et d’estomac ; la fièvre survenait, ils sentaient tous des lassitudes douloureuses dans les extrémités inférieures ; ces parties se gonflaient sans inflammations apparentes ; elles devenaient engourdies, froides et livides et se gangrenaient… Les doigts tombaient les premiers et successivement toutes les articulations se détachaient. Les extrémités supérieures, quoique plus rarement, éprouvaient le même sort. On a vu des malheureux auxquels il ne restait que le tronc et qui ont vécu dans cet état encore quelques jours ».
Les Mendiants – P. Brueghel
Sources
"Se soigner autrefois" de François Lebrun
"Enquête sur les plantes magiques" de Michèle Bilimoff
Revue "Nos ancêtres" n°18 sur les médecins et chirurgiens du 15 au 19ème siècle
La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (3)
Juridiquement
Le domestique est tenu d’avoir un livret qui retrace sa carrière (décret du 3/10/1810 et décret du 1/8/1853) mais il n’a jamais été réellement mis en application ni suivi d’effet ne serait-ce que parce qu’il y a une ambiguïté entre les définitions professionnelles : un ouvrier agricole est-il un domestique ?
Jusqu’en 1848, les domestiques n’eurent pas le droit de vote. Ils ne peuvent pas être jurés ni conseillers municipaux. Les domestiques agricoles sont exclus de l'assemblée des paroissiens.
Jusqu’en 1986, le maître était cru sur son affirmation pour la quotité des gages, le paiement des salaires. Le domestique n’avait aucun recours.
La loi de 1906 qui accorde une journée de repos hebdomadaire ne s’applique pas aux domestiques notamment parce que le domestique est « en quelque sorte le prolongement de la famille de son maître » et le législateur ne saurait s’immiscer dans la sphère privée…
Jusqu’en 1914 on pouvait renvoyer une domestique mariée du fait de son état de grossesse.
En 1909 une loi précise tout de même que l’accouchement est cause seulement de suspension du contrat et non de résiliation … maigre consolation.
La loi de 1910 sur les retraites ouvrières concerne aussi les domestiques mais n’a que bien peu d’effets car certains l’ignorent, d’autres refusent de donner leur âge de crainte de ne trouve de place, les maîtres n’insistent pas non plus pour économiser les cotisations ; par ailleurs Siméon Flaissières (1851-1931), médecin et sénateur de Marseille, socialiste dénonce une utopie à la séance du sénat le 11/3/1910 : « Je vous accuse d’instituer une retraite pour les morts » ; en effet sur 100 domestiques qui cotiseront de 18 à 65 ans aucun n’atteindra 65 ans…
Les causes de renvoi peuvent être l’âge, la maladie ou la grossesse : la Cour de cassation a elle-même dit en 1896 « qu’à aucun point de vue on ne saurait considérer un maitre comme tenu de garder à son service une fille enceinte soit que l’on envisage l’immoralité de sa conduite le mauvais exemple dans la maison ou les graves inconvénients de l’accouchement ».
La loi qui protège les ouvriers en cas d’accident du travail date de 1898 ; il faut attendre 1923 pour qu’elle s’applique aux domestiques.
« 30 mai 1907 – justice de paix de Paris – Dame Michault contre Vilpelle. La dame Michault est laveuse de vaisselle, c’est-à-dire domestique chez Vilpelle. Le 3 mai 1904, elle a eu un accident du travail. Une écharde dans l’index de la main droite a provoqué un panaris : elle demande à son patron une indemnité temporaire de 25 francs. La justice statue ainsi : « Sans révoquer en doute l’accident dont elle se plaint, il est certain que cet accident ne rentre pas dans la catégorie des risques professionnels prévus par la loi du 9 avril 1888 …. ». La dame Michault devrait justifier qu’a été commise envers elle par son patron une faute ou une négligence. Vilpelle est renvoyé des fins de la demande, sans dépens ».
Le code pénal frappe plus lourdement le domestique quand il est rendu coupable de 3 délits facilités par sa situation : le vol, l’abus de confiance, l’attentat aux mœurs. Ainsi, quand le domestique commet un vol cela passe de délit à crime ; de même le domestique convaincu d’attentat à la pudeur sur un enfant de moins de 13 ans sera condamné aux travaux forcé voir à perpétuité en cas de viol.
Le maître peut fouiller sans problème les affaires de ses domestiques.
Aucune loi sur la protection ouvrière ne s’applique aux domestiques avant 1914 : ni sur le travail des enfants ou des femmes, ni sur le repos hebdomadaire, ni sur la limitation de la durée de travail ou le repos des femmes en couche. On peut ainsi employer des enfants de tout âge si on leur permet de fréquenter l’école obligatoire (ne pas oublier que la loi du 2/11/1892 fixe à 13 ans l’âge minimum d’embauche mais ne s’applique pas aux domestiques).
Quant aux bureaux de placement, tous les abus sont permis : les droits d’inscription sont abusifs les commissions tout autant (2à5% du salaire annuel payable sous huitaine après entrée en fonction) ; des gratifications sont nécessaires pour être placé vite et /ou bien. Et que dire des placements douteux …
Mauvais traitement
Certains maitres faisaient payer 25ct chaque fois que le valet laissait choir quelques pièces d’argenterie.
En 1864 est jugé par le jury de la cour d’assise d’Aix, Armand, riche bourgeois de Montpellier : il est accusé d’avoir frappé sauvagement Maurice Roux, son domestique et il n’en serait pas à son coup d’essai. L’opinion aixoise prend le parti d’Armand. Celui-ci est acquitté mais doit payer 20 000 Fr de dommages et intérêts : pourquoi cet acquittement ? Car il se serait agi de relations homosexuelles (la presse laisse entendre que le domestique a des mœurs efféminés) et que les pratiques sado maso auraient dépassé la mesure.
En 1859 à Marzy près de Nevers : « Marie Doret, 25 ans, dont le mari se trouve en prison pour vol, a été traitée de manière odieuse par le sieur L. propriétaire à Marzy, chez lequel elle sert en qualité de domestique ; celui-ci la battit et lui fit une plaie de deux cm à la partie extérieure de l’arcade sourcilière gauche. La gendarmerie dressa PV ; Marie est élève à l’hospice de Nevers et a un enfant et est enceinte de 7 mois ».
Edmond et Jules Goncourt dans leur « Journal » de 1860 écrivent : « Le service est dur, presque cruel en province. La servante n’est pas traitée en femme ni en être humain. Elle ne sait jamais ce qu’est la desserte d’une table. On la nourrit de fromage et de potée et on exige d’elle, même malade, un labeur animal. Je crois que si le luxe amollit l’âme, il amollit bien aussi le cœur ».
Maladie
Difficile de conserver un serviteur malade ou âgé. Si la servante n’a pas d’épargne elle est condamnée à terme à la misère. Et ce d’autant plus que les hospices ou asiles pour servantes n’existent pas au début du 19ème siècle.
Les maitres sont inconscients des règles d’hygiène et ne se soucient guère de la santé de leur domestique.
Et que dire des rhumatismes, varices, syphilis …
Le Dr Toulouse en 1921 écrivait : « Crimes licites. En équité le petit bourgeois qui, buté dans son égoïsme étroit, accable d’un travail excessif une servante ignorante et l’expose ainsi à une tuberculose certaine, commet une action aussi répugnante à l’égard d’une conscience éclairée qu’un attentat sanglant ».
Au 19è on constate la naissance de tout un mouvement destiné à moraliser les servantes mais aussi à leur venir en aide : des congrégations pieuses de servantes sont ainsi organisées sous la Restauration.
En 1840 par exemple, le père Soulas (1808-1857), surnommé le « Saint Vincent de Paul de Montpellier », est chargé de l’œuvre des Domestiques créée à Montpellier à la suite de la grande mission de 1821 : il s’inquiète de la misère morale des servantes isolées à la ville, des dangers qui les guettent (la maladie, la peur de perdre leur place, le danger chez le maître lui-même : flatteries, occasions funestes, mauvais livres, paroles libres ….) ; il cherche à ouvrir une maison de retraite pour ces pauvres filles.
Des caisses de secours mutuels existent également mais peu de domestiques y adhèrent car les cotisations restent chères. Ces caisses assurent pour les personnes à jour de leur cotisation les soins du médecin les médicaments, et versent une indemnité journalière d’1 franc.
Maternité
Prenons l’exemple de Paris : en 1890, on recense dans les hôpitaux de la ville 4624 mères célibataires dont 2354 domestiques (à Baudelocque en 1900 sur 637 domestiques qui accouchent, 509 sont célibataires ; à la Pitié sur 105 domestiques qui accouchent, 86 sont célibataires).
Etre bonne, c’est s’exposer à être enceinte (souvent des œuvres du maître de maison voir de son fils). Ou alors ces enfants naissent de la promiscuité entre domestiques dans les fameux 6ème étages comme on les appelle … Et comme les maîtres ne veulent pas de domestiques mariées, celles si sont en plus quasi toujours célibataires.
D’où les nombreux infanticides, abandons, avortements qui semblent être l’apanage de ces bonnes et autres domestiques femmes. Et que dire de la misère et de la prostitution qui guettent celles qui gardent leur enfant mais qui sont inexorablement renvoyées du fait de leur « nouvelle situation » !
A partir de 1850, des maternités furent créées pour recevoir des filles mères enceintes jusqu’à complet rétablissement : à Nevers, sur 70 filles admises à la maternité départementale, 40 sont des domestiques.
Furent créés également des Secours pour les filles mères : en 1886 sur 167 filles mères secourues, 75 sont là aussi des domestiques.
La problématique principale de la maternité chez les domestiques, indépendamment de savoir qui est le père, est que la maternité est tout simplement interdite par les maîtres de maison. Ils ne veulent ni de domestique qui puisse être enceinte ni de domestique avec déjà un enfant.
Louis Liévin écrit dans « La France » le 7 février 1892 qu’« une des causes de la dépopulation de la France est l’incroyable quantité de domestiques qui figure dans les recensements…la première et la meilleure des références pour un domestique est donc de ne pas avoir d’enfants ».
Paul Thimonnier, dans un article intitulé « La France se dépeuple » (Le Réveil des gens de maison – 1er décembre 1908), répond au sénateur Piot qui se lamente sur le dépeuplement de la France. Paul Thimonnier prouve que les domestiques ne peuvent se permettre d’avoir des enfants. Il rappelle les chiffres : « si 10% des ménages de domestiques ont un ou deux enfants, 90% en revanche n’en ont pas » …. « La bonne gagne 25 à 30 Fr par mois et ne peut payer les mois de nourrice. Elle doit donc pour subvenir aux besoins de son enfant se prostituer »… la prostitution pour éviter la misère et pouvoir payer la nourrice, n’est bien sûr pas propre aux domestiques mais la propension de domestiques y est forte (une étude de Parent-Duchâtelet en 1857 indique que sur 1000 domestiques à Paris, 81.69 se prostituent alors que sur 1000 ouvrières, « seules » 52.42 se prostituent).
Paul Chabot, fils d’un cocher et d’une cuisinière nous explique dans son livre « Jean et Yvonne, domestiques en 1900 », qu’ « il était hors de question que ma mère m’élève, elle n’avait pas le temps de s’occuper de moi et les patrons ne toléraient pas les enfants de domestiques ». Il passe donc son enfance dans une autre maison, pas très loin de sa mère mais il ne la voit quasiment jamais parce qu’elle n’a droit à aucun congé pour aller voir son fils.
Dépendance totale au maître
Pas de vie personnelle, pas de culture, pas d’instruction. Le corps est caché derrière un uniforme, le valet doit se raser (pas de moustache !), la femme cache ses cheveux sous une coiffe, à défaut elle les a peignés de façon irréprochable.
L’existence du domestique va se calquer sur celle du maître. George Sand raconte à ce propos l’histoire d’un ancien chef de cuisine de Napoléon 1er, dénommé Gallyot, chez qui elle louait un appartement en 1823. Gallyot était chargé de l’en-cas de l’empereur, un poulet toujours rôti à point, peu importe l’heure du jour et de la nuit. Cet homme dit George Sand occupé à surveiller le poulet, a dormi dix ans sur une chaise, tout habillé prêt à servir l’empereur. Le malheureux n’a jamais pu après ces 10 ans se coucher comme tout le monde.
Et que penser des propos de Mme Caro-Delvaille, fervente féministe, qui répond en juillet 1899 à un article du journal « La Fronde » qui proposait de loger les servantes dans les appartements des maîtres : elle déclare que pour l’instant c’est impossible car les bonnes sentent trop mauvais !
Le juriste Marcel Cusenier notait en 1912 : « Les maitres ravalent les domestiques à un rang intermédiaire entre les hommes et les choses. Devant eux point de pudeur. Ils s’efforcent de détruire leur personnalité au dehors comme au dedans….on ne regarde les domestiques comme des humains que pour les soupçonner. On met en doute leur probité leurs mœurs leur appétit. »
Un exemple entre tous : le maître va jusqu’à changer le prénom de son domestique si celui-ci porte celui d’un membre de la maisonnée ou si son prénom ne fait pas assez bien.
Le « Manuel des pieuses domestiques » de 1847 demande de refréner ses sentiments et d’être charitable envers ses maitres : « la charité est une vertu chrétienne que vous êtes obligé de pratiquer bien plus envers vos maitres qu’envers tout autre quel que soient leur caractère ou leurs mauvaises habitudes. Dieu ne vous demandera pas compte des péchés de vos maitres mais des vôtres. La charité doit donc vous porter à excuser à supporter avec patience ceux que vous avez choisi pour les servir ».
Le chômage
Le chômage revient cher à une domestique : elle soit se loger, se nourrir, payer le droit d’inscription dans un bureau de placement. En 1912, Cusenier affirme que le coût d’un mois de chômage est supérieur à 200 Fr c’est-à-dire environ 6 mois de gages.
Si le domestique est syndiqué et qu’il (ou elle) est à jour de ses cotisations, il a droit aux secours dudit syndicat. Ainsi il a droit à une indemnité de 2 francs, due à partir du 8ème jour ; pendant les 15 premiers jours de chômage, il aura le droit de refuser ou prendre les places proposées mais au bout de ce laps de temps, toute place refusée entraînera la perte des droits à chômage.
Des refuges existent, tenus par les sociétés philanthropiques, mais le prix de pension est assez élevé ; tous n’acceptent pas les enfants (garçons) de plus de huit ans. Et surtout il n’y en a pas partout.
Que font celles qui n’ont aucune aide ? La prostitution reste malheureusement une solution trop souvent utilisée pour ne pas tomber dans la misère totale.
Fin de la domesticité
La guerre diminua notablement le nombre de domestique : certains furent tués d’autres congédiés du fait de la diminution des revenus des maitres, les femmes durent travailler dans les usines et les bureaux pour les plus instruites. Beaucoup préférèrent d’ailleurs travailler même dans les usines plutôt que retourner à l’état de bonne à tout faire !
En 1911 on compte 770 000 domestiques femmes et 672 000 en 1926
Il y avait 158 000 domestiques hommes en 1911 et 102 000 en 1926
La scolarisation massive des filles participa également à ce déclin et diminua ainsi l’écart qui existait entre les femmes de chambre et les maitresses de maison…
On va préférer un service réel et non plus un service personnel : il faut payer l’acte plutôt que l’homme. Le Dr Commenge déjà en 1897 préconisait de l’organisation suivante : les maitres loueraient pour quelques heures par l’intermédiaire d’une agence des employés pour telle ou telle tâche déterminée. La bonne serait remplacée par la femme de ménage. On va passer du service à gages au service à la tâche.
Et surtout la mode au début du 20ème siècle, et cela va durer pendant quelques décennies, va être à la valorisation de la femme au foyer qui est capable dorénavant de gérer toute sa maisonnée elle même sans l'aide d'une bonne à demeure. Les progrès de la technologie (lave linge, aspirateur ...) vont le lui permettre sans soucis ...
Sources
Filles mères à Bordeaux à la fin du 19ème
Pierre Guiral et Guy Thuillier, La vie quotidienne des domestiques en France au XIXe siècle, Hachette, Paris, 1978.
La domesticité à Cannes à la belle époque de Christine Cecconi
La place des bonnes – la domesticité féminine à Paris en 1900– Anne Martin Fugier
Cybergroupe Généalogique de Charente Poitevine » (C.G.C.P.)
La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (2)
Comment les loger ?
Les domestiques de façon générale sont logés au dernier étage des immeubles dans les mansardes sans eau, ni cheminée, et des fenêtres rares : « … Remontée tard de la cuisine, éreintée, la bonne ayant froid l’hiver, chaud l’été n’aère pas la pièce et se couche rapidement. Souvent lorsqu’on visite ces chambres de jour on est saisi dès l’entrée par l’odeur écœurante des pièces renfermées où se trouvent du linge douteux, un lit défait et des eaux sales non vidées ».
Les divers textes parlent en général du « sixième » pour désigner ces logements. Lieux où par ailleurs les domestiques des deux sexes vivent sinon dans la même pièce du moins au même étage. Il peut y avoir jusqu’à 80 chambres de bonnes pour un grand immeuble parisien. Le couloir étroit qui dessert les diverses chambres comporte en général un voir deux postes d’eau et un cabinet d’aisance sordide car jamais nettoyé. Il est à noter que les clés sont toutes les mêmes et que rentrer dans l’une ou l’autre chambre est très facile.
Ces chambres mansardées n’ont bien sûr pas le chauffage ni l’eau, des fois même pas de fenêtres et quand il y en a une c’est du type lucarne. Pour se garantir du froid, les domestiques accumulent leurs jupons devant la fenêtre ou collent du papier sur les fissures.
Pourquoi ces endroits si hauts et si mal commodes ? Jules Simon (philosophe et homme d'état ; 1814-1896), indigné de cette situation, nous dit tout simplement que c’est parce qu’on ne peut vraiment rien en faire d’autre ! « Ces cellules sont évidemment et nécessairement inhabitables ; car si l’on pouvait s’y tenir debout, y respirer, y vivre, on les mettrait en location et on trouverait un peu plus haut ou s’il n’y avait pas de grenier, dans les caves, dans quelques recoins de la cage d’escalier, la place d’un matelas pour les domestiques ».
Gaston Jollivet (journaliste et écrivain – 1842/1927), l’Eclair, 23/7/1908 : « le sixième, c’est, appliqué au logement, le collectivisme dans toute son horreur ».
Vers 1905, un juge de paix du 6è arrondissement évoquait dans de curieux attendus les conséquences de cette misère matérielle et psychologique : « attendu qu’il est de notoriété publique qu’à Paris c’est au derner étage où les jeunes filles de la campagne couchent, qu’elles contractent parfois la tuberculose et parfois de pires maladies. Attendu que ces malheureuses amenées à se placer comme domestiques sont excusables ; que leurs compagnes qui les poussent à l’inconduite le sont également jusqu’à un certain point ; attendu que sont responsables moralement les maîtres qui abandonnent hors du domicile familial des jeunes filles sans défense, les propriétaires qui distribuent leurs immeubles sans souci de la morale uniquement par esprit de lucre ; attendu que si parfois les maladies contagieuses descendent de la mansarde de ces taudis où sont entassées les malheureuses par des proprietaires rapaces qui tirent un plus grand revenu des bouges que des immeubles bien tenus et pénètrent dans l’appartement des maîtres , les propriétaires peuvent et doivent se dire que c’est souvent par suite de leur insouciance coupable et de leur égoisme … »
La baronne Staffe (auteur français – 1843/1911) écrit qu’ « il est odieux d’envoyer les jeunes filles se coucher sous les toits dans une espèce de promiscuité horrible ».
En 1927 Augusta Moll-Weiss (186/-1946 – fondatrice de l’école des mères) protestait contre la corruption à laquelle on expose encore les servantes :
« Quoi ! ces petites Bretonnes, ces Alsaciennes venues à Paris pour y apprendre la chère langue française, ces enfants de nos provinces qu’on nous confie pour gagner leur pauvre vie et acquérir une valeur professionnelle plus grande, nous avons le triste courage de les envoyer le soir coucher au sixième où l’on entend les conseils les plus pernicieux, où l’on subit les contacts les plus dissolvants et le matin venu nous nous plaindrions de leur indolence, de leur inattention, nous nous étonnerons de les trouver chaque jour plus experte plus rusées plus distantes de nous ! »
Il y a aussi des maîtres qui font loger leur domestique chez eux mais dans des conditions désolantes : un réduit obscur avec une lucarne donnant sur la cuisine, un débarras encombré avec un matelas posé à même le sol ; aucune intimité et une dépendance au maître encore plus importante puisqu’ils peuvent être réveillés n’importe quand dans la nuit.
Seule la nourrice a droit à d’avantages d’égards : une chambre pour elle, aérée, claire et confortable : la chambre de l’enfant.
Témoignage fourni par Jacques Valdour (1872-1938 – sociologue, observateur du monde ouvrier de son époque) en 1919 dans une ferme en Brie : « la petite pièce où nous dormons, cuisinons et mangeons est séparée de l’écurie qui la commande mais n’est pas mieux éclairée ni aérée ; la porte d’accès est dépourvue de de toute clôture ; une petite imposte aux carreaux gris de poussière ancienne laisse filtrer un peu de de jour. Presque tout le mur du fond est occupé par 4 couchettes disposées sur 2 étages, sorte de vaste caisse à 4 compartiments aussi crasseux que le plafond et les murs. Le patron fournit les paillasses ; elles sont sales, crevées, dégonflées. Il y joint une couverture et deux draps : un drap blanc et un drap fait d’une grossière toile d’emballage. Le reste du mobilier comprend : une table graisseuse et disjointe, un banc à demi brisé, deux caisses servant de siège, un poêle détérioré. Pour nous laver nous n’avons rien ; il faut par tous les temps traverser la cour et aller à cent pas de cette tanière se mettre sous la pompe, opération malaisée au moment où elle est le plus nécessaire c’est-à-dire au retour des champs car les chevaux sont alors conduits à l’abreuvoir que la pompe alimente ».
Salaires
Les gages sont réglés par l’usage : dans chaque localité il y a une sorte de prix courant dont il ne faut pas s’écarter.
Aux gages peuvent s’ajouter d’autres choses : les étrennes qui vers 1900 peuvent représenter de ½ à 1 mois de salaire selon les maisons, des cadeaux divers, des produits fermiers …
La hiérarchie des salaires est très marquée en fonction de la qualification de l’expérience.
Le montant des gages varie toutefois en fonction des revenus du maître : une bonne peut ne gagner que 15 à 20 francs par mois ainsi que le précise un rapport au Congrès féministe de 1900, « Le Travail des bonnes ». Cusenier affirme que des bonnes vraiment habiles obtiennent jusqu’à 55 ou 60 francs.
Marguerite Perrot, dans une étude sur les comptabilités privées (« Le mode de vie des familles bourgeoises 1873-1953 » - 1961) a montré que les gages étaient très variables et pouvait être un poste conséquent : dans 80% des cas ils représentent entre 3.5 et 9.4% des dépenses totales.
Il est à noter que les domestiques des institutions (type couvent, asile d’aliénés) sont moins bien lotis : en 1844 les infirmiers ne gagnent que 12.50f par mois ; en 1880 à Bicêtre une infirmière capable ne touche que 20 Fr par mois.
Si l’on regarde côté employeur, il faut compter pour un bourgeois modeste entre 400 et 500 francs par an de gages pour une bonne à tout faire, plus la nourriture et le logement.
Les différentes tâches
Dans les grandes maisons les activités sont divisées par thématique :
- La bouche : chef cuisinier rôtisseur, saucier, filles de cuisine
- L’hôtel : maitre d’hôtel, valets de pied chargé du nettoyage des appartements de réception et du service de table ; argentiers chargés de l’entretien des cristaux et de l’argenterie, femme de charge qui commande les femmes de chambre chargées du linge et des appartements privés, le piqueur qui assure le service de l’écurie et de la remise.
Le « Manuel complet des domestiques » de 1836 différencie ainsi les domestiques en fonction de leur principales tâches :
- «Soins des aliments ou service de la nourriture : auxquels de rattachent les cuisinières, et cuisiniers, les maîtres d’hôtel, les aides de cuisine : ce service comprend le choix, la disposition, la conservation des substances alimentaires et tout ce qui concerne les repas et le service de la cave
- Le service des étrangers c’est-à-dire tout ce qui concerne la conduite à tenir à l’égard des visites, des assemblées, des personnes qui reçoivent dans la maison une amicale hospitalité
- Soins de la maison et service du mobilier : qui comprennent les occupations des femmes de ménage, femmes, valets de chambre, frotteurs, concierge, …. Tous les conseils relatifs à la propreté, à l’élégance, à la bonne tenue de l’intérieur trouveront place ici
- Soins de la personne et des vêtements : s’adresse aux valets et femme de chambre chez les gens opulens, à la domestique chez les personnes à la fortune plus modeste ; cette partie contiendra tous les détails du nettoyage, blanchissage, repassage, enlevage des tâches, et tous les modes de réparation éprouvés
- Soin des enfants qui concernera les bonnes d’enfants et le soin des maladies
- Soins de l’écurie : il s’agira ici du pansement des chevaux, de l’entretien des voitures, et donc toutes les obligations imposées au domestique homme chargé du service général, aux cochers et aux valets d’écurie »
Dans les maisons bourgeoises le personnel étant moins qualifié, les tâches seront moins diversifiées et le personnel plus polyvalent.
Les tâches ménagères, quelles sont-elles ? Bien différentes que celles que l’on connait aujourd’hui.
Pendant longtemps il a fallu monter l’eau aux appartements par des porteurs d’eau ou aller chercher l’eau au robinet commun. Il fallait monter le bois et le charbon, descendre les ordures, la lessive était faite à l’extérieur (par une blanchisseuse à Paris ou au lavoir en province), il fallait frotter les planchers cirer le parquet.
« Beaucoup de bonnes le faisant malgré elle au détriment de leur santé et de leurs maternité futures, le déhanchement que provoquent le vas et vient du pied qui frotte est absolument funeste … des femmes … obligent leur bonne à frotter à genoux. C’est un travail épuisant. La servante ne se relève que fourbue, les reins fauchés, les jambes molles, les bras anéantis, la tête congestionnée. Beaucoup d’entre elles se refusent avec raison à remplir ce travail ».
Par ailleurs, l’abondance des tentures, double rideaux, bibelots, draperies multiplient les nids à poussière.
Vider les pots de chambre, rincer les cuvettes
Dans la cuisine, minuscule, la bonne fait bouillir sur la cuisinière la lessiveuse pendant des heures ; elle étend le linge, toujours dans la cuisine sur des cordes ; l’humidité, il va sans dire n’est pas évacuée et reste dans la pièce rendant l’air malsain ; le repassage se fait aussi dans la cuisine sur une planche de fortune à côté du dîner qui cuit. La cuisine pièce que l’on cache, que l’on remise au bout du logement (dans certaines provinces on appelle ces réduits où la bonne lave la vaisselle des souillardes).
Les servantes connaissent très mal les règles d’hygiène et n’hésitent pas par exemple à faire les chambres fenêtres fermées ou à secouer le torchon au-dessus du tapis.
Servante plumant le gibier
« Les maitresses de maison qui commande un ouvrage qu’elles n’ont jamais fait elle-même ne savent pas le travail et le soin qu’ils réclament. La bonne va à l’aveuglette, s’éternise, se fatigue et fait mal ».
L’idée que l’on puisse expliquer à une servante, leur enseigner les rudiments de leur travail n’est pas une idée acceptée encore dans les années 1900-1910
Jacques Boucher de Perthes, préhistorien du 19è déclarait dès 1859 qu’il fallait créer des écoles pour servantes pour les femmes de journée dite à tout faire ainsi qu’une école pour domestiques de luxe, pour femme de chambre de bonne maison : celles-ci doivent savoir broder coiffer réparer et faire une robe et aussi une école de bonnes d’enfants car « de ces servantes trop souvent dédaignées dépend souvent l’avenir ou les habitudes bonnes ou mauvaises de l’être faible qu’on leur confie » et une école normale de cuisinière.
Autre témoignage, celui de Paul Chabot dans son ouvrage « Jean et Yvonne, domestiques en 1900 », sur ce que les patronnes de sa mère, deux douairières de Saint Pol, imposaient à celle-ci quand elle avait 13 ans (vers 1880) : « Entretenir le manoir (de 10 pièces), faire la cuisine, assurer le service de ces dames, le lavage, le repassage, il y avait toujours une tâche qui débordait sur l’autre. … Depuis 6h le matin, elle se démenait pour allumer les feux. Elle attaquait la journée par les corvées de bois … à quatre pattes, courbées sur sa paille de fer, elle décapait le parquet, l’encaustiquait et, au chiffon de laine le faisait reluire … il lui fallait sortir les tapis dans la cour, les jeter à cheval sur un fil et les battre avec une tapette. Yvonne qui était toute petite avait un mal fou à les hisser … ».
Qu’en est-il du travail masculin ? Le « Manuel du valet de chambre » en 1903 donne un certain nombre de directives à suivre pour exercer la profession de valet.
Ainsi sur la propreté : « on ne saurait trop insister sur ce point ; un domestique qui approche ses maîtres, qui vit dans leur intimité, ne doit pas se rendre désagréable à la vue ni à l’odorat ; il doit donc avoir un soin tout particulier de sa personne ; se laver souvent à fond ; changer fréquemment de linge et de chaussettes ; avoir toujours les cheveux en ordre, le visage bien rasé, les mains et les ongles aussi propres que le permet le travail. Ne pas se servir de cosmétique, ni de pommade ni d’aucun parfum. »
Sur le service : « le service d’un valet de chambre comporte ordinairement le soin des appartements ; le service de table ; l’entretien de l’argenterie, des couteaux, des lampes ;cuivres, carreaux ; le bois, les feux ; le balayage de la rue ; répondre à la porte. … aussitôt levé, ouvrir les persiennes, faire le service de Monsieur ; en hiver, dresser les feux, monter le bois et le charbon ; balayage de la rue ; premier déjeuner pris rapidement, ce n’est pas le moment de perdre du temps ; faire les appartements ; s’habiller, mettre le couvert, servir le déjeuner ; déjeuner soi même ; après, ôter le couvert et remettre la salle à manger en état ; service d’office ; argenterie, couteaux, lampes cuivres, acrreaux, … à la nuit allumer les lampes, fermer les persiennes ; mettre le couvert du dîner, servir. Après le dîner des domestiques, ôter le couvert e remettre tout en ordre, sans rien laisser traîner, ce qui compliquerait le travail du lendemain ».
Durée de travail
Les journées sont forts longues : de 15 à 16h/jour. Le repos est strictement limité : rarement avant 10 h, parfois à 11h le domestique va se coucher et il doit être à son service à 7h du matin.
Et cela quel que soit l’âge ! Le Congrès diocésain de Nevers en 1913 nous explique que « plusieurs patrons exigent un travail disproportionné avec l’âge et les forces du domestique [les jeunes bonnes commencent dès 12 ans]. Ainsi à certaines époques, ce travail se prolonge jusqu’à treize, quatorze et même quinze heures par jour ».
Mme Gagnepain, 130 grande rue à Villemomble en Seine St Denis, se plaint auprès du ministère du Travail de ce que sa fille de 17 ans et demi en place depuis le 23 mars 1920 n’ai jamais eu un jour de repos ; elle travaille de 5h30 à 23h (lettre du 20/8/1920).
Césarine Marie, 10 rue Muller dans le 18ème à Paris est bonne chez une boulangère de 5h à 22h dans des locaux « où l’air et la lumière font souvent défaut » (lettre du 12/7/1921 adressée au ministère du Travail).
Le « Manuel des bons domestiques » de 1896 nous précise que : « la bonne à tout faire doit être levée à 6h, se coiffer s’apprêter et ne descendre à sa cuisine que prêt à sortir pour le marché. De 6 à 9h elle a le temps de faire bien des choses. Elle allumera le fourneau et les feux ou chargera le poêle
Elle préparera les petits déjeuners, fera la salle à manger, brossera les habits et nettoiera les chaussures. Ici les maitres se lèvent de bonne heure ; elle fera les chambres, mettra de l’eau dans les cabinets de toilette, montera le bois ou le charbon et descendra les ordures. Pour tous ces ouvrages elle mettra de fausses manches et un tablier bleu. Elle fera le marché si madame ne le fait pas avec elle et ne s’attardera pas à causer. Son temps est précieux. Elle mettra le couvert, préparera le déjeuner, prendra un tablier blanc pour servir et aura soin de se laver les mains. Puis la salle à manger remise en ordre la vaisselle lavée et rentrée, les ustensiles de cuisine nettoyés elle pourra avant les préparatifs du diner faire un ouvrage spécial chaque jour de la semaine. Par exemple le samedi le nettoyage à fond de la cuisine et de ses accessoires, le lundi le salon et la salle à manger, le mardi les cuivres, le mercredi un savonnage, le jeudi un repassage ».
Le sort des hommes n’est guère plus intéressant : Jean Tollu nous parle de Jean Baptiste, cocher de son état : il était devenu surtout valet de chambre et un peu majordome de la maison : « je n’ai jamais su à quelle heure commençait pour lui la journée de travail ni à quelle heure elle s’achevait ».
La durée de travail s’est allongée entre 1850 et 1900 : avant 1850 on prenait le diner vers 6h mais à partir de 1850 on dine vers 8h, ce qui retarde l’heure du coucher des domestiques.
Absence de repos du dimanche : on donne parfois un dimanche par mois parfois 2 mais l’usage n’est pas général et ce peut être juste l’après-midi.
Les congés payés ne sont pas connus.
Conséquence de cette absence de réglementation du travail : surmenage, anémie, troubles mentaux propension à la tuberculose …
Un jugement du tribunal de la Seine condamne ainsi vigoureusement les patrons qui surmenaient leur bonne : « attendu qu’en novembre 1904 les époux L. ont engagé comme bonne d’enfant aux gages mensuels de 25f Amélie Cayrol âgée d’environ 16 ans ; attendu que cette dernière entrée au service le 12 décembre dans un état de santé satisfaisant dû le 21/3 1905 sur l’avis du médecin rentrer chez ses parents où elle mourut le 4/4 de la même année d’une méningite cérébro spinale ; attendu qu’il est constant qu’Amélie Cayrol a été à partir du 8 janvier, époque de la naissance de l’enfant des époux L soumise à des travaux excessifs ; qu’il résulte de sa correspondance avec ses parents qu’au mépris des engagements on l’astreignait à lessiver et à repasser tout le linge de maison et à se lever plusieurs fois par nuit pour les soins à donner à la mère et à l’enfant ; qu’elle ne cessa de s’y plaindre de la dureté de ses maitres qui ne lui laissent pas de repos ni le jour ni la nuit et de sa fatigue et de son épuisement qui vont grandissant ; qu’on l’y voit partagée entre le désir de partir pour rétablir sa santé qu’elle sent compromise et la crainte de se trouver sans place , à la charge de ses parents, … attendu que la faute des époux L. apparait encore dans leurs efforts pour empêcher le départ d’Amélie Cayrol ; … attendu qu’il résulte d’une lettre d’Amélie Cayrol que, alors qu’elle exprimait le besoin impérieux de se reposer, ils l’ont contrainte à rester en la menaçant en cas de départ de lui retirer le montant de son voyage à Paris ; … attendu qu’en raison de son épuisement Amélie Cayrol était particulièrement apte à contracter la maladie et sans force pour lui résister, qu’il existe dès lors un lien de droit entre le surmenage et la mort … »
Conditions de travail
Les cuisines au 19ème siècle sont, on l’a vu, petites, encombrées, pas ou peu aérées.
La bonne doit y passer son existence sans pouvoir se retourner aisément, avec la chaleur du fourneau, les fumées, les odeurs qui la forcent à travailler fenêtre ouverte, été comme hiver.
La fenêtre donne souvent sur une cour, petite (souvent de l’ordre de 4/5m2) et sans soleil et où s’accumulent toutes les poussières de la maison que les domestiques y déposent en secouant les tapis et autres plumeaux. Le garde-manger est d’ailleurs le réceptacle des toutes ces poussières.
Le docteur Oscar du Mesnil dans un article intitulé « La question des courettes de Paris » dénonce l’insalubrité que crée dans la capitale ces courettes : « de véritables puits de 15 à 17m de profondeur ne communiquant avec l’extérieur que par leur orifice supérieur et dont les parois emprisonnent une colonne d’air infectée par les émanations fétides qui s’échappent nuit et jour des cabinets d’aisance et des cuisines… ».
N’oublions pas que souvent les bonnes dorment dans leur cuisine ; les médecins protestent contre ce mode de couchage : coucher dans une cuisine est dangereux « car un jour ou deux par semaine le linge de la lessive sèche et répand une telle humidité que les domestiques qui couchent là contractent immanquablement des rhumatismes ».
Un observateur en 1912, Marcel Cusenier, note à Paris que : « dans le quartier de Grenelle et de Javel de nombreuses cuisines n’ont même pas de fenêtres ; elles prennent le jour sur l’escalier où se répandent toutes les odeurs …. Parfois au-dessus du fourneau la hotte manque ; l’oxyde de carbone qui se dégage inévitablement de tout fourneau ne trouve pour ainsi dire plus d’issue : c’est l’intoxication lente et fatale.
Dans certaines cuisines passent des trémies d’aération pour les WC voisins. Ces trémies ont jusqu’à deux mètres de long. L’étanchéité n’est jamais parfaite. Quelles émanations viennent se mélanger à celles des cuisines. Sur l’évier on place la boite à ordures ; le plus souvent elle n’est pas couverte. »
Et que dire des accidents : les noyades en rivière car la bonne a cherché à rattraper une pièce de linge, les chutes dans la cave ou en lavant les vitres, les blessures avec la paille de fer utilisé pour frotter les parquets …
Sources
Filles mères à Bordeaux à la fin du 19ème
Pierre Guiral et Guy Thuillier, La vie quotidienne des domestiques en France au XIXe siècle, Hachette, Paris, 1978.
La domesticité à Cannes à la belle époque de Christine Cecconi
La place des bonnes – la domesticité féminine à Paris en 1900– Anne Martin Fugier
La domesticité au 19è et début du 20ème siècle (1)
Le monde de la domesticité est vaste, hétérogène et somme toute complexe
Il est difficile au vu des différentes études et documents sur la question de se faire une idée simple de cette activité à travers les siècles tant les sources sont finalement rares ; et quand elles existent, elles demeurent lacunaires voire ambiguës.
Ainsi il est difficile jusqu’au début du 20ème siècle de différencier l’ouvrier agricole (le journalier ou le manouvrier) du domestique tel qu’on l’imagine aujourd’hui c’est à dire attaché à une ou plusieurs personnes au sein d’une maison. En fait en y regardant de près, le monde de la domesticité englobe largement les différents métiers agricoles :
- Le valet de chambre : partage l’intimité des maîtres de maison, prépare les vêtements, aide à la toilette et à l’habillage.
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Le valet de pied est l’équivalent masculin de la servante : c’est l’homme à tout faire
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Le valet de ferme : avant la guerre 14/18 c’est un employé dans une exploitation agricole, viticole … c’est souvent le synonyme de manœuvre, manouvrier ou journalier agricole si l’on regarde les recensements alors qu’en fait, les valets de ferme sont « plus permanents » que les journaliers.
Xavier Walter écrit : « les valets, entre 3h30 et 4h tirent des râteliers le foin que n’ont pas mangé les chevaux et les regarnissent de bottes neuves, une demie par cheval. A 5h30 tout le monde se réunit dans la grande salle où la maîtresse de maison sert le premier repas qu’elle prépare depuis son lever à 3h30 : soupe, lard, galettes de sarrasin. Puis on sort travailler et l’on rentre à 11h pour le « dîner » de midi ; on y mange la même chose que le matin plus des pommes de terre ; lorsque le premier valet replie son couteau, tout le monde se lève, le patron aussi, et on repart travailler aux champs pour 4h de temps ; au retour, les chevaux requiert de longs soins des petits valets. On soupe de bonne heure vers 6h et chacun gagne son lit ».
Pour tous ces valets, le travail quotidien est d’au moins 13h ; ils ont marché entre 35 et 40km, ont mené la charrue ou la herse. A noter qu’au début du 20ème siècle il faut compter 1 homme pour 8ha.
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La servante de ferme : « c’est sur celle-ci que retombait le travail le plus ingrat : travaux des champs, la « buge » ou lessive avec souvent le rinçage dans l’eau glacée en hiver, la participation à la traite, l’alimentation des porcs. Après le repas du soir le valet allait se coucher à l’écurie. La servante devait tout remettre en ordre avant d’aller se reposer. Elle était libre le dimanche mais devait rentrer pour participer à la traite du soir.
La servante de ferme reçoit comme sobriquet au milieu du 19ème siècle le nom de boniche ; de façon générale, le travail était en effet dur : elle aidait à la tenue du ménage, balayait la maison, soignait les poules, allait chercher l’eau au puit, trayait les vaches avec la patronne, épluchait les légumes du repas, empotait le caillé dans la laiterie, conduisait les bestiaux à la pâture, reprisait les effets, repassait le linge, ...
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Le charretier = celui qui conduit des chariots et charrettes
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Le journalier ou manouvrier = il est payé à la journée, accomplit les basses besognes ne nécessitant pas de qualification : nettoyage des étables, travaux de terrassement, mise en fagot des bois, surveillance du bétail, transport des foins …
Gustave Lhomme dans une étude sur notamment les journaliers de la région d’Orchies (entre Valenciennes et Douai dans le Nord) - « Petites histoires d’Orchies » - nous explique que le journalier est au plus bas de l’échelle du monde rural, travaillant durement mais gagnant peu. Le manouvrier est « un véritable prolétaire totalement dépendant du salaire de ses journées. Il cherche à réduire au maximum ses dépenses, accepte de vivre dans une masure héritée prêtée ou louée à bas prix … ».
Au vu des documents (encore une fois lacunaires), on peut estimer à, à peu près, 900 000 le nombre de domestiques en France entre 1850 et 1870.
En 1881 (période qui semble être l’apogée de l’emploi domestique en France,) ce chiffre culmine à 1 156 000 domestiques soit 31 domestiques pour 1000 habitants.
En 1901 ce chiffre tombe à 956 000 ; c’est on le verra le début du déclin de cette profession ; déclin qui va s’accentuer avec la 1ère guerre mondiale.
Les hommes représentaient 31.7% des domestiques en 1851, ils ne sont plus que 17% en 1901 : la population domestique se féminise en même temps qu’elle diminue globalement.
On estime généralement à 14.2 millions, la population active en 1852 ; les domestiques représenteraient donc 1/14ème de cette population.
Si l’on regarde une ville comme Cannes, en 1852 la population domestique représente 21% de la population active et en 1906, 30%. Manifestement Cannes ne connait pas de crise de domesticité contrairement à ce qui se passe dans le reste de la France (mémoire de Christine Cecconi sur la domesticité à Cannes à la belle époque).
gare de Cannes en 1880
Il faut dire que Cannes cumule un nombre important de grandes maisons et une santé économique florissante : ce qui explique d’ailleurs le pourcentage de domestique femme à Cannes (60% en 1906 par rapport au reste de la France, Paris notamment et ses 83% à la même époque) : plus la maison est prospère, plus le personnel masculin est nombreux ; dès que l’on descend dans la hiérarchie sociale, l’élément féminin parmi les domestiques augmente.
Qui sont ces domestiques ?
Il est difficile d’avoir une vue précise de la situation car par exemple les journaliers sont déclarés soit ouvriers (agricoles ou non) soit domestiques de ferme soit valet de ferme dans les recensements, les servantes d’hôpital ou d’asiles sont quant à elles appelées infirmières.
Quoi qu’il en soit, tout en bas de l’échelle nous allons trouver les domestiques ruraux qui sont en fait des travailleurs au sens de productifs : ce sont nos manouvriers ou journaliers agricoles, les valets et servantes de ferme.
Tout en haut, nous trouvons les dames de compagnie, les précepteurs, les gouvernantes, les maîtres d’hôtels. Bref les domestiques de « la haute » : l’aristocratie et la grande bourgeoisie.
Entre ces deux catégories, nous retrouvons tous les autres : la servante que l’on appellera « la bonne » (terme qui se répand vers 1830/50) et que l’on appelait auparavant « soubrette » (terme qui désigne en fait une petite servante), le valet, la cuisinière … Mais aussi les domestiques d’institution (asiles, hôpitaux, …).
Il faut bien comprendre qu’au 19ème siècle toute la bourgeoisie, de la plus modeste à la plus haute, a SA servante ; n’oublions pas en effet que dans la société bourgeoise du 19ème siècle la bonne est une nécessité sociale : « sans bonne on ne serait pas bourgeois ».
L’employé de maison est donc le signe distinctif de la promotion sociale. « N'être pas servi vous rejette du côté des prolétaires ».
Ainsi, Marcel Cusenier en 1912 fait le constat suivant : « Certaines personnes prennent des domestiques alors que raisonnablement leurs minces revenus ne le leur permettent pas ».
Si l’on reprend l’exemple de Cannes, certes une ville économiquement attractive et prospère, on s’aperçoit qu’en 1891, 35 % des employeurs de domestiques sont des propriétaires, des rentiers, des retraités ou des sans profession, 22,1 % sont des commerçants et 17,1 % sont des professions libérales et des cadres. Les employés et les ouvriers représentent tout de même 12,3%% des employeurs de domestiques. Enfin, 8,7 % sont des artisans.
Bien sûr le nombre de domestiques à son service va varier en fonction des revenus de la maison : dans les grandes maisons urbaines ou rurales, la domesticité reste abondante jusqu’à la 1ère guerre mondiale
Ainsi en 1906 les Murat ont par exemple une résidence à Paris, un château à Rocquencourt et un autre à Chambly : ils emploient entre 35 et 42 domestiques.
Le cas des domestiques agricoles : comment les recrute-t-on ?
2 fois l’an se tenaient des foires où les exploitants faisaient leur marché en quelque sorte. C’est que l’on appelait les louées de la St Jean (24 juin) et de la st Martin (11 novembre).
Selon l’emploi recherché, les candidats mettaient un insigne sur leur chapeau ou leur corsage : l’épi désignait le moissonneur, le flocon de laine le berger, le charretier portait un fouet autour du cou, le valet de ferme arborait une feuille de chêne, la servante se parait d’une plume de volaille, la femme de chambre épinglait une rose à son corsage…
André Guérin (1899 – 1988 ; journaliste et écrivain, rédacteur en chef de l’ « Aurore », explique dans « La Vie quotidienne en Normandie au temps de Madame Bovary » à propos des femmes se présentant à la Louée de Montebourg en Normandie : « Elles sont venues dès l’aube s’asseoir sur les marches de l’église, sous la statue de Saint Jacques, couronnées de roses. Celles-ci ne sont point trop attifées, cela ne pourrait ne pas plaire, mais bien plus soucieuses de montrer qu’elles se portent bien et n’ont pas peur de l’ouvrage. Au besoin, on peut leur tâter le bras comme on tâte les flancs et les membres d’un bestiau, ceci pour s’assurer qu’elles seront aptes à porter des seaux de lait … ».
André Accart (1947-2008) décrit la louée des servantes d'Avroult dans le Pas De Calais – louées qui se sont tenues jusque 1914 (Etudes et Documents du Comité d'Histoire, n° 25) : « C'est là, sur la grand route, que, dès le matin, se rassemblent beaucoup de personnes de tous âges et des deux sexes, qui se placent sur deux lignes, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Les fermiers et leurs ménagères se promènent gravement au milieu, jetant d'abord un coup d'œil sur l'ensemble de tous ces individus, singulier bazar qu'ils examinent avec le regard scrutateur d'un marchand turc ou d'un colonel d'infanterie.
Ces personnes revêtues modestement attendent impatiemment qu'on leur adresse la parole. Elles présentent leurs mains calleuses ; plutôt que d'y étaler une toilette hors de saison, le mantelet classique et le mouchoir sur la tête sont toute leur parure.
Les plus robustes, sur les certificats qu'ils présentent de leur moralité, de leurs services, sont souvent les premiers loués. Le prix convenu, les derniers adieux sont aussitôt donnés, maîtres et domestiques s'en retournent ensemble ».
Les qualités d’un bon domestique « urbain »
Le « Manuel complet des domestiques » de 1836 précise en préambule que « les domestiques sont regardés communément comme une fâcheuse nécessité. Pour quelques maîtres satisfaits, un grand nombre change continuellement de serviteurs ; un plus grand nombre tout en grondant s’abstient de changer de crainte d’en rencontrer de pires ».
Le « Manuel du valet de chambre » de 1903 explique sans détours quant à lui que « le métier de domestique est le seul où, sans aucun apprentissage, on trouve, du jour au lendemain, le vivre et le couvert, plus des gages qui sont tout profit. Il n’est donc pas étonnant de voir quantité de jeunes gens quitter les travaux des champs, pénibles et peu rétribués, pour aller servir dans les villes, comme domestiques ; ils s’en vont, sans idée aucune de ce qui leur sera demandé, croyant tout savoir et ayant tout à apprendre : maintien, langage, service».
Comment trouver LE bon domestique ?
Le « Manuel des bons domestiques » (1896) conseille d’avoir des domestiques soignés qui « se laveront les mains, seront peignés, et auront des vêtements en ordre avant de prendre leur service ». N’oublions pas toutefois que l’époque est à la chasse aux microbes pour la première fois de l’humanité et qu’il est bien évident que ces consignes n’étaient pas ou peu demandées auparavant.
Le « Manuel complet des domestiques » de 1836 demande aux domestiques « une obéissance portée jusqu’à l’abnégation, une fidélité scrupuleuse, un zèle de tous instans, une discrétion à toute épreuve, l’ordre, le désintéressement ». Des qualités que « les maîtres ont le droit d’exiger de leurs domestiques et qu’ils exigent tous à moins que ce ne soit des gens faibles, insoucians, sans esprit et sans caractère, qui ne savent pas se faire servir ».
Sources
Filles mères à Bordeaux à la fin du 19ème
Pierre Guiral et Guy Thuillier, La vie quotidienne des domestiques en France au XIXe siècle, Hachette, Paris, 1978.
La domesticité à Cannes à la belle époque de Christine Cecconi
La place des bonnes – la domesticité féminine à Paris en 1900– Anne Martin Fugier
Habitat et intérieur toulousain
L’habitat toulousain
Quand on parle de Toulouse on pense de suite aux « toulousaines », ces petites maisons avec jardin autrefois réservées aux maraichers en bordure de ville, sans étage ni sous-sol mais pourvu d’un galetas.
Le nom de « toulousaine » n’est pas venu de suite ; ces maisons se sont d’abord appelées maison de maraicher, maison maraichère ou simplement « maraichère ».
Au fur et à mesure que la profession s’est réduite, d’autres artisans se sont installés dans ces maisons qui peu à peu se sont appelées du nom de « toulousaine » mais il faut bien avoir à l’esprit que l’on retrouve ce type de maison un peu partout dans le département.
La toulousaine d'origine n'avait pas d'étage mais un grenier ou plutôt un galetas aéré et éclairé par de petites ouvertures rondes, carrées ou en losange. Elle est construite en briques pleines ou briques foraines ; la toiture est en tuile à deux pentes ; la construction est en brique apparente mais les murs peuvent être crépis et enduits d’un badigeon, la brique restant apparente dans l’entourage des portes et fenêtres.
Une petite moulure, appelée listel, soulignait le niveau du galetas sous toiture.
Dans la ville de Toulouse même, on trouve des maisons urbaines, des immeubles de rapport, des hôtels particuliers. Beaucoup de ces habitats sont des constructions en corondage (nom donné à Toulouse au colombage) qui se perpétuent même après l’incendie de 1463 et leur interdiction en 1555 – il en reste 200 dans Toulouse aujourd’hui.
2 rue des Couteliers à Toulouse
Germain de la Faille en 1701, ancien capitoul, écrit dans les Annales de la ville de Toulouse depuis la réunion de Comté de Toulouse à la Couronne :
« J’ai remarqué ailleurs qu’anciennement dans Toulouse, à l’exception de quelques grandes Maisons, qui étaient toutes bâties de briques, et auxquelles on donnait communément le nom de Tours, les autres étaient que de torchis, ou tout au plus de charpente, avec des remplissages de briques, qui est la manières de bâtir, qu’on appelle corondage* en nôtre Langue vulgaire, & colonnage dans quelques Provinces de France.
* ces termes dérivent du mot Latin Columna ; parce que les pièces de bois qui lient l’édifice, représentent des colonnes. »
La brique est sous l’Ancien Régime assez chère et sa fabrication ne permet pas une cuisson homogène. Aussi, les parties destinées à être enduites sont faites avec des briques de moindre qualité
rue des Arts à Toulouse
En 1783 le badigeonnage blanc des façades est obligatoire
En 1852 un badigeonnage d’entretien est obligatoire tous les 10 ans
Au début du 20ème siècle et surtout à partir de 1943 la suppression des enduits et badigeons commence et deviendra la règle.
rue Mage à Toulouse
Intérieur
Alors qu’au 17ème siècle,la cuisine ne se rencontre que dans 5% des foyers, à la fin du 17è les pièces commencent à se spécialiser : on va avoir de plus en plus de pièces réservés à la confection et la prise des repas que l’on appelle salle basse, des pièces de réception et des chambres à coucher.
Au 18ème siècle les hôtels particuliers disposent tous d’une cuisine, et d’une salle à manger dans 86% des cas, mais aussi de salons, bibliothèques, cabinets de travail…
Les inventaires des 17 et 18ème siècles témoignent d’un entassement assez impressionnant de meubles et cela quel que soit le statut social du foyer. Ainsi dans la paroisse de la Dalbade, on compte en moyenne 3 ou 4 tables , 7 meubles de rangement, 3 lits (sans information sur leur « taux d’occupation ») et plus d’une vingtaine de sièges par foyer (quel que soit le milieu social on en retrouve dans tous les intérieurs toulousains : 11 en moyenne chez les artisans, 22 chez les marchands, 65 chez les parlementaires).
siège 18ème siècle
Le coffre qui représente 70% du mobilier de logement au 17è est détroné au profit de l’armoire ou alimande qui existait déjà avant mais en moindre proportion ; les meubles de rangement se spécialisent : vaisselier, buffet, commodes.
Le chauffage est pour l’essentiel assuré par les cheminées ; dans l’inventaire d’un cabinet d’avocats on a trouvé la précision suivante : « gants coupés pour écrire », ce qui en dit long sur la température de ces pièces de travail.
Les poëles restent encore rares au 18ème siècle.
De nombreuses tables sont retrouvées dans les inventaires : des tables à pliant notamment (dont le plateau et les pieds peuvent être dissociés), plus faciles à ranger.
Table démontable
La décoration n’est pas en reste dans les intérieurs aisés : miroirs (à partir d la fin du 17ème siècle) , tableaux et estampes (chez 1/3 des artisans, la moitié chez les marchands, les 2/3 chez les hommes de loi, la quasi-totalité des nobles). Certains parlementaires ont réunis des collections impressionnantes : à la veille de la révolution le conseiller de Lassus Nestier a réuni 111 œuvres, le conseiller Du Bourg 135, le conseiller de Gaillard de Frouzins 156.
On trouve aussi quantité de bibelots, cages à oiseaux, vases et bouquetières (selon Mme Cradock, une Anglaise voyageant en France avec son mari de 1783 à 1786 et qui écrivit son journal de route, « l’habitude de porter des fleurs, d’en offrir et d’en orner les appartements fait ici la fortune des jardiniers » - les fleurs artificielles sont forts prisées).
Mme Cradock, est ainsi ressortie enchantée de l’hôtel du comte Dubarry : « jamais je ne vis une collection de si belles choses et je crois même que ces appartements bien que plus petits dépassent en luxe et en magnificence ceux de la reine de Versailles » (qu’elle avait visité d’ailleurs). Mme Cradock admira donc les fresques en trompe l’œil de l’hôtel Dubarry, ses pièces décorées de panneaux de stuc doré, ses plafonds peints, sa grande galerie tendue de soie verte ornée de 4 grandes statues de marbre d’Italie, sa salle à manger divisée par une balustrade en un espace pour les convives et un espace pour les serviteurs muni d’une fontaine à laver les verres …
hôtel Dubarry qui aujourd'hui fait parti du lycée St Sernin
intérieur de l'hôtel Dubarry
intérieur hôtel Dubarry
Il est évident que cet hôtel n’est pas représentatif de l’habitat toulousain. Mais dans la catégorie des hôtels particuliers nous pouvons en trouver d’autres aussi opulents.
Ainsi le président au parlement de Toulouse Jean Desinnocens de Maurens, ancien député aux Etats Généraux abandonne lors de la Révolution son vaste hôtel toulousain place des Pénitents Blancs. L’inventaire des biens de sa demeure est très instructif : salle à manger, salon de compagnie d’hiver, cabinet de bains doté d’une baignoire, une bibliothèque regroupant 2182 volumes, des pièces de réception, 22 tapisseries, 162 nappes, 130 douzaines de serviettes, 1526 assiettes, (seulement) 154 verres, 812 bouteilles de vin dans la cave.
Le papier peint fait son apparition mais timidement dans les intérieurs toulousains au 18ème siècle (des fabriques s’installent d’ailleurs à Toulouse au 18ème siècle).
détail tapisserie 18è
La couleur dominante des tentures est le vert, loin devant le jaune et le rouge. La fonction des tentures murales, des tapis, des rideaux, paravents et portalières n’est pas que décorative mais avant tout utilitaire : lutter contre le froid et l’humidité. Les lambris sont utilisés pour la même raison.
Mais Toulouse fait peu de cas des tapisseries peut être à cause du climat plus clément . Quand on trouve dans les inventaires des tapisseries ce sont en majorité celles de Bergame , peu coûteuses et fabriqué pour beaucoup sur place (quai de tounis). On retrouve tout de même des tapisseries de haute lice provenant des Flandres, de Beauvais, d’Aubusson, ou des Gobelins
tapisserie d'Aubusson
morceau de tapisserie de Bergame
Selon l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, la tapisserie de Bergame est une grosse tapisserie, qui se fabrique avec différentes sortes de matières filées, comme bourre de soie, laine, coton, chanvre, poil de bœuf, de vache, ou de chèvre. Rouen et Elbœuf fournissent une quantité considérable de bergames de toutes les couleurs et nuances.
Les cheminées sont construites en pierre de taille, ou en marbre des Pyrénées ; jusqu’au milieu du 18ème siècle c’est le seul moyen de cuisson des aliments. Vers 1750 apparaissent les trépieds, les réchauds et les fourneaux maçonnés qui permettent de poser les plats à cuire et surtout de cuisiner debout et non plus accroupi ; cela reste malgré tout marginal car à la veille de la Révolution seul ¼ des parlementaires disposent de fourneaux.
Crémaillère - détail de "Le Christ chez Marthe et Marie" - Joos Goemaere - 1600
Les ustensiles de cuisine sont diversifiés, en terre, faïence, fer, étain, cuivre : casseroles, poêles, poêlons, passoires, écumoires, couteaux, hachoirs, tourtières, poissonnières, moules à gâteaux et moules à faire des glaces.
Le linge de table (fabriqué en tissu grossier pour les foyers les moins aisés et en soie pour les foyers plus aisés) est présent en quantité d’après les inventaires : les artisans du bâtiment possèdent en moyenne 4 nappes et une trentaine de serviettes, les hommes de loi et les marchands une quinzaine de nappes et une centaine de serviettes ; les parlementaires plus de 60 nappes et plus de 500 serviettes.
La vaisselle au 18ème siècle diffère du siècle précédent ne serait ce que par les matériaux utilisés : l’étain recule (pas dans les couches pauvres) au profit de la faënce qui est aussi utilisée pour les bénitiers, les décorations de cheminée, les fontaines. A la fin du 18è on trouve également chez les parlementaires de la porcelaine de Saxe, de Limoges ou de Chine.
L’acquisition de pièces en porcelaine témoigne également de la consommation de nouvelles boissons : café surtout , thé et chocolat dans une moindre mesure : présence dans les inventaires de cafetières et de moulin à café, tasse en porcelaine, soucpues et sucriers
Les fourchettes font un bond spectaculaire dans les inventaires du 18ème siècle alors qu’elles étaient pratiquement inconnues au 17ème.
Nombre de pièces par foyer
Les hôtels particuliers on l’a vu se distinguent par l’opulence de leur intérieur. Ils se distinguent également par le nombre de pièces : 31 en moyenne chez les parlementaires à la fin du 18ème siècle.
La classe populaire se contentera, elle, d’une pièce multifonctionnelle où on y mange, dort, travaille et surtout où on s’y entasse : le quartier de la rue des Blanchers, selon le rapport d’un capitoul en 1779, « n’est presque habité que par des artisans ou des gens de la lie du peuple qui se réunissent dans une seule maison à ce point qu’i y en a certaines où il y a 10 ou 12 familles qui l’habitent ».
rue des Blanchers à Toulouse
Toutefois contrairement à d’autres villes comme Lille ou Bordeaux, la population de Toulouse intra muros et ses faubourgs comme St Etienne augmentent modérément : en 1695 on a 37 349 habitants et un siècle plus tard 57 869.
Faubourg Toulouse 17ème siècle
Mais même si la population ne croît pas exagérément, il n’en reste pas moins que la ville intra muros accueille à la Révolution 73% de la population de Toulouse, ce qui donne une densité importante : 250 habitants par hectare.
La conséquence est inévitable : construction de nouveaux habitats dans les faubourgs, densification intra muros par le biais de l’adjonction de nouveaux étages ou de nouveau corps de logis et par de nouvelles constructions dans les espaces laissés libres
Les effets de cette densité se retrouvent au niveau du foyer : en 1695, 47.3% des maisons étaient habités par une seule famille, elles n’en sont plus qu’un tiers en 1790 : la densité familiale passe en effet de 2 à 2.8 au cours du siècle dans la ville elle même et de 1.6 à 2.5 dans les faubourgs.
Les logements ne sont toutefois pas surpeuplés comme c’est le cas à la même époque à Lille : le nombre moyen de pièces est d’environ 2 par foyer au 18ème siècle.
Si l’on détaille un peu plus cette analyse, on voit que les artisans se contentent d’une ou deux pièces (les artisans et marchand plus aisés auront 3 ou 4 pièces ce qui permet une spécialisation de celles-ci notamment avec la cuisine et la chambre à coucher). Les pièces à vivre sont au-dessus de la boutique ou dans l’arrière-boutique. Les apprentis dormiront sans un coin de la boutique ou de l’atelier. Toutefois cette spécialisation n’est pas complète : les chambres à coucher par exemple servent aussi à la réception à la lecture, à la toilette et à la satisfaction des besoins naturels.
Des artisans ou marchands plus prospères bénéficieront de davantage d’espace. C’est le cas du marchand linger Jean Calas demeurant rue des Filatiers au 18èe siècle : il avait 8 pièces. On pénétrait dans son logement depuis la rue par une porte à double battant à droite de la devanture de la boutique ; un couloir conduisait à une cour et à l’escalier menant aux appartements ; au 1er étage se trouvaient la cuisine et la chambre des parents donnant sur la rue , la salle à manger et le salon donnant sur une galerie extérieure surplombant la cour.
Le 2ème étage comportait quatre chambres pour les enfants et la servante ; une cave voutée, un galetas et des latrines dans la cour et au 1er étage complètent la demeure.
Il n’en reste pas moins que les immeubles occupés par les familles pauvres sont insalubres, les pièces donnent sur des rues étroites ou des cours exigües, manquent d’air et de lumière ; elles sont infestées de punaises, de rats et autres « insectes des appartements ». L’hygiène ou plutôt le manque d’hygiène, on l’a vu dans un précédent article reste un problème majeur au 18ème siècle.
Domesticité
Il faut de la main d’œuvre pour entretenir ces grandes demeures : les domestiques représentent ainsi 12% de la population toulousaine à la fin du 17ème siècle, plus de 8% à la veille de la Révolution.
En 1695, l’hôtel du procureur général Le Mazuyer en abrite 17 au service de 4 personnes, celui du procureur général Riquet de Bonrepos une trentaine.
Les nobles sans profession, les grands négociants et les capitouls ont 3 serviteurs en moyenne. Les hommes de loi et les professions libérales en ont un voire deux.
Quant aux marchands et artisans ayant un minimum d’aisance, ils ont une servante à disposition.
Il est à noter que 78% des domestiques travaillant sur Toulouse sont nés hors de Toulouse.
45% d’entre eux sont des femmes. Il est intéressant de voir que plus on s’élève dans l’échelle sociale plus la domesticité se spécialise et se masculinise. Le conseiller Rey de Saint Géry emploie fin 18ème siècle une fille de service, deux femmes de chambre, une cuisinière, une gouvernante, trois laquais, un maître d’hôtel, un suisse, deux porteurs de chaise et un cocher.
Il est évident que les conditions de travail des domestiques vont varier en fonction de leur fonction, de leur employeur et du degré d’aisance de ce dernier. Pour avoir une idée, une servante à la fin de l’Ancien Régime gagne entre 40 et 75 livres par an tandis qu’un maître d’hôtel en gagne 350.
La plupart des servantes et autres valets sont contraints de dormir dans la cuisine ou dans un galetas sommairement meublé ; dans les grandes familles les conditions seront plus confortables avec un logement individuel parfois.
Jeanne Viguière, servante de la famille Calas en 1761 depuis plus de 25 ans, fait l’objet de toutes les attentions de ses maîtres du fait de ses infirmités : ainsi les enfants Calas s’occupaient des visiteurs en leur ouvrant la porte et en les raccompagnant pour lui éviter de monter et descendre les escaliers.
L’ancien capitoul Henri de Lafont laissera dans son testament 3 000 livres à son cuisinier, 1 000 livres à sa servante, 600 à son valet de chambre, 300 à son cocher, 200 à son laquais, 600 à son agent de campagne.
Sources
Entre tradition et modernité : les intérieurs toulousains au XVIIIe siècle de Christine Dousset
Vivre à Toulouse sous l’Ancien Régime de Michel Taillefer
http://www.les-petites-toulousaines.com/
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1028087/f3.image.r= journal de mme Cradock
Déclaration de Jeanne Viguière dans le procès Calas
Habitat et intérieur lillois au 18 ème et au 19ème siècle
La maison lilloise type n’existe pas mais on peut trouver un schéma directeur au 18ème siècle par exemple : une maison à deux étages avec cave et grenier et une façade étroite n’excédant pas 6 mètres.
façades de maison à Lille
rue du vieux Lille
quai de Wault, maisons et immeubles
rue St François à Lille
L’entrée se fait généralement par un couloir latéral assez étroit qui débouche dans une cour..
Le rez de chaussée est partagé entre deux pièces, souvent une salle et une cuisine ; à l’étage 2 chambres, une sur rue et une sur la cour.
On trouve également au 18ème siècle le modèle ancien de la maison à 2 corps de logis, l’un sur rue et l’autre au fond de la cour : soit on y loge deux familles soit on a une organisation fonctionnelle de l’espace : magasin, bureau, chambre sur rue et les pièces à vivre dans la cour.
Il existe également à Lille des hôtels particuliers lesquels n’obéissant bien sûr pas à cet ordonnancement.
Par exemple l’hôtel Hangouart d’Avelin, rue Saint Jacques : à la fin du 17ème siècle, Michel d’Hangouart y loge sa famille, ses 10 domestiques, ses cochers et ses chevaux. D’après les inventaires de l'époque, on sait qu’il y avait une grande tapisserie de feuillage, une série de tableaux de chasse, un miroir en bordure d’écailles dans la salle de réception ainsi qu’un lit de parade de damas cramoisi et une douzaine de fauteuils.
L’hôtel de Wambrechies sur la rue Royale (aujourd’hui siège de l’archevêché), édifié en 1703 pour Nicolas François Faulconnier, seigneur de Wambrechies, n’est pas en reste avec son vestibule dallé de marbre, sa chapelle, sa bibliothèque, sa salle de réception, sa vaste cuisine, son grand salon, son autre salon, son grand cabinet, son petit cabinet, ses chambres …
maquette de l'hôtel au 18ème siècle
Il est de bon ton, ne l’oublions pas, de posséder une demeure dans la rue Royale de Lille sous Louis XIV. Si une maison bourgeoise se vend, à la fin du règne de Louis XIV, à 3 000 / 4 000 florin, il n’est pas rare de voir des ventes de maisons de « riches » à 30 000 florins, le plus courant tout de même restant des transactions autour de 13 000 florins.
rue Royale au carrefour de la rue Léonard Danel à gauche et de la rue d'Angleterre à droite au début du 19èsiècle; avant l'agrandissement de 1670, l'espace au delà de ce carrefour était hors les murs et consistait en terres cultivées
rue Royale
Une maison de ce type, appartenant à la noblesse ou à la très haute bourgeoisie, exige une main d’œuvre importante pour faire face au nombre de pièces occupant ces demeures (en moyenne 26 pour la noblesse te 11 pour la haute bourgeoisie).
Ainsi la baronne de Saint Victor emploie à son service deux laquais, un cuisinier, deux femmes de chambre, un maître d’hôtel, un cocher, une relaveuse, une lingère et un portier dans une maison sise au 112 de la rue Royale.
Cette maison a été acquise en 1769 par la baronne pour 26 000 florins. L'inventaire de 1772 précise que la demeure de la baronne de Saint Victor contenait pour 37 210 florins de "meubles, effets et vaisselles" : 15 104 livres de bijoux, diamants et vaisselle d'argent, 4 douzaines d'assiettes d'une valeur de 4 070 livres, 15 plats estimés à 2 409 livres, 6 chandeliers pour 362 livres, 2 soupières pour 1 068 livres, 12 couverts au titre de Paris pour 462 livres et divers autres biens estimés à 2 5952 livres.
La petite bourgeoisie qui englobe le monde de l’artisanat et de la boutique est propriétaire ou locataire d’une habitation de 6 pièces en moyenne d’après les inventaires de 1772.
L’inventaire de Jeanne Delobelle quant à elle, 81 ans en 1772, inventaire estimé à moins de 1000 florins, la classe dans la catégorie des gens humbles, qui sans être dans la misère vivent néanmoins pauvrement : elle vivait dans une seule pièce et possédait à sa mort : « une robe et un jacotin de calemande, quatre autres jacotins, six jupes, deux mauvaises jupes, trois chemises, cinq tabliers et un linge de corps, un mantelet de toile peinte, 26 pièces de coiffure, une faille de camelot, un petit coffre et une boite en chêne, une paire de boucles de souliers à étage de femme, des mauvais souliers et des bas ».
N’oublions pas en effet que le logement des plus humbles, c’est-à-dire du commun des mortels, n’excède pas en moyenne 1.5 pièce au 18ème siècle et que cela ne changera pas au 19ème siècle. On est loin du faste vu plus haut.
Dans les années 1730, saint étienne qui rassemble moins de 20% de la population lilloise concentre 48.7% des logements de 4 pièces et plus tandis que saint sauveur n’en accueille que 5.1%.
Pire, près des 2/3 des pauvres vivent dans une seule pièce, nécessairement polyvalente (voir les articles sur les courées et sur les caves) Le lit sera la pièce maîtresse avec le coffre et la cheminée (plus tard le poêle). La vaisselle de ces foyers est en cuivre et en étain. La marmite ne fait pas défaut alors que l’on ne trouvera pas de tournebroches ni de tourtières. On retrouve en revanche une quantité importante d’objets religieux : livres de prières, images pieuses, bénitiers.
Pour les foyers un petit peu plus riche, on trouve l’achelle : buffet simplifié formé de quelques planches à rebord posées contre le mur et qui sert de vaisselier.
Dictionnaire du patois de la Flandres française ou wallonne
Les lits en bois avec rideaux (de préférence en serge – étoffe souple à base de laine) sont réservés aux plus aisés.
Les buffets et les commodes ne s’imposent pas dans l’habitat prolétaire. La garde robe rentre dans les intérieurs bourgeois au détriment du coffre, plus archaïque et réservé aux plus pauvres.
Il est à noter que le poêle n’apparait à Lille que vers 1750. A défaut de poêle, reste la cheminée dans laquelle brûle de l’orme, du hêtre et plus rarement du chêne.
ancien poêle en fonte Godin
poêle en fonte et en laiton
Que peut on trouver d’autres dans ces intérieurs ? Des bassinoires pour réchauffer les lits.
Des objets liés à l’hygiène font leur apparition dans les années 1730 : bassins, aiguières.
En 1780 on note chez le manufacturier Durot une baignoire placée dans une « cabine au bain ».
34% des foyers ont en 1787 des pots de chambre, 37% des chaises percées.
Cela reste bien rudimentaire (voir article sur l'hygiène).
Certaines maisons possèdent des dépendances : des caves et des greniers essentiellement. Les écuries sont présentes dans 7% des logis en 1787 d'après les inventaires après décès.
En terme de vaisselle, les inventaires de la fin du 18ème siècle montrent l'existence et la progression des tasses, sous tasses, théières et cafetières, preuve de l'intérêt pour les nouvelles boissons "dopantes". Les assiettes se spécialisent : à soupe et à dessert, les plates et les petites. L'étain disparaît au profit de la porcelaine et de la faïence. Les soupières, les moutardiers, huiliers, porte huiliers sont rares au 18ème siècle contrairement à la salière et a saladier. Les casseroles sont de plus en plus utilisées alors que les faitouts et les poêlons perdent du terrain. Apparition de la poissonnière permettant de faire cuire au court bouillon les poissons et de la bouilloire.
Des réchauds et des fourneaux sont présents dans les inventaires.
Un petit détail de décoration intéressant : l'apparition de la tapisserie de papier ou papier peint. Elles sont assez prisées car beaucoup moins chères qu'une tapisserie classique (même si l'utilisation est différente : la tapisserie classique est destinée certes à la décoration d'une pièce mais surtout à protéger du froid et de l'humidité). Le papier peint va se développer à la fin de l'Ancien Régime (elles représentent 38% des tapisserie inventoriées en 1787) et vont s'utiliser soit à même le mur soit sur un support (papiers sur toile).
papier peint 1803
papier peint 1799
Finissons par une famile ouvrière du 19ème siècle : le mobilier tient toujours à peu de choses : un ou plusieurs lits (en fait des paillasses posées à terre et bourrées de fannes de pommes de terre , de copeaux ou de paille de colza), un poêle en fonte vertical (les pauvres se contentent de le louer au mois : 2 francs) sur lequel la cafetière « trône su l’buich’ du poël comm’ un guetteu sur eun’ tour » (Alexandre Desrousseaux, père du P'tit Quinquin), quelques chaises, une table.
Alexandre Desrousseaux
A la fin de la Monarchie de Juillet on estimait à 20 francs la valeur moyenne d’un mobilier ouvrier.
Il n’y a finalement pas de différence avec le siècle précédent et malheureusement aucune non plus avec le siècle suivant du moins jusqu’au premier tiers du 20ème siècle …
Sources
http://peccadille.net/2014/01/27/papier-peint-xviiie-siecle-gallica/
Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard
http://www.lilledantan.com/index.html
Vivre à Lille sous l'ancien régime de Philippe Guignet
L'habitat prolétaire lillois (2) : les caves
Cet article fait suite au précédent relatif aux courées, cours et courettes de Lille. Les ouvriers et leur famille parmi les plus indigents de la ville ne trouvaient pas toujours à se loger dans des logements 'classiques" dirons nous. Certains n'avaient que des caves pour se loger ...
L’habitation n’est bien sûr pas la vocation première des caves mais c’est devenu un palliatif durable et non exceptionnel à un manque de place récurrent ; ainsi en 1618, « Philippe le Bas, chargé de ferme et enffans, quil demeure a present au chelier au dessoubz de la maison Philippe Cherbault boullenghier » (A.M.L.,725,registre aux visitations de maisons 16118-1623, f°8 r°).
Déjà en 1677 les échevins sont obligés d'édicter une « deffense a toutes personnes d’habiter dans aucunes caves de cette ville et aussy dans les petites caves ».
Et pourtant … en 1740, 1267 caves sont habitées !
En 1743, 7077 chefs de famille indigentes habitent dans plus des 2/3 des cas dans des logements insalubres (38% dans des cours, 10% dans des caves et 24% dans une seule pièce).
Il a fallu faire quelques aménagements extérieurs pour pouvoir aller dans les caves directement par les rues : d’où la construction de burguets (escaliers qui s'ouvrent directement sur la chaussée, protégés par une porte).
burguet rue d'Arras à Lille
burguet à Lille
burguet à Douai
Ces caves n’ont aucun élément de confort : aucun évier, aucun éclairage ou chauffage, pas de fenêtres ouvertes.
En 1785, un médecin est appelé au chevet d’une famille résidant dans la cave du 178 de la rue des chats bossus à Lille et y découvre un couple avec 6 enfants dans un état sanitaire effroyable qui ont failli périr étouffés par la fumée d’un feu en l’absence de cheminée.
rue des chats bossus à Lille
Victor Hugo en témoignera dans la Légende des Siècles après l'enquête parlementaire à laquelle il participa sur les conditions de logement de la classe ouvrière à Lille : « Caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierre ».
Quelques jours avant le passage de Victor Hugo et de la commission d’enquête, Alphonse Bianchi, homme politique et journaliste du 19ème siècle, décrit les caves qu’il a visitées :
« Les caves ont une ouverture qui sert de porte, donnant sur la rue : cette ouverture est étroite et il est difficile souvent que deux personnes y passent de front. Quelques-unes de ces habitations ont une lucarne placée à ras de terre, lucarne toujours étroite. Les caves sont souvent inondées. On y descend par un escalier de pierre d’une dizaine de marches. Le sol est pavé ou carrelé jamais planchéié. La voûte est en pierre complètement dépourvue de plafond. Ans la plupart des cas il y a une latrine qu’il faut vider de temps à autre et un chemin quand ce n’est pas un trou fait dans la voûte. De 6 à 8 personnes occupent ces réduits. Les familles qui y sont parquées sont étiolées, rachitiques, scrofuleuses. Souvent les habitants ont les jambes torses ou sont estropiées. La nuit, toutes les issues sont fermées de façon que l’air n’y pénètre plus. Qu’on ajoute à cela les couchettes où la paille pourrie joue le principal rôle les miasmes qui s’échappent des latrines et l’on aura une idée affaiblie encore des caves d’habitation de la ville de Lille »
Les notes de Victor Hugo prises le 10 février 1851 lors du passage d’une enquête parlementaire destinée à constater sur place les conditions de logement des ouvriers de l’industrie textile décrites par Blanqui confirment le rapport de ce dernier. Il est horrifié par ce qu’il découvre : chaque famille vit et travaille à domicile dans des conditions épouvantables, entassée dans des caves insalubres :
« cour à l’Eau, n°2 – cave – une vieille – un enfant près d’un poêle sur un révchaud – 4 petits enfants – la mère et la fille dentelière gaganent 10 sous par jour – 3 pains par quinzaine. Cave de 5 pieds à la partie la plus haute – au fond deux lits (quels lits !) : indescriptible – impossible de s’y tenir debout – dans un une petite fille de 6 ans preqque nue, malade de la rougeole – près de l’enafn un tas de cendre dans un coin (ramassent la cendre pour vendre) – odeur telle que NB (Napolépon Bonaparte, c’est-à-dire Pierre Bonaparte frère de Lucien, député montagnard de la corse il fait partie de la commission d’enquête) n’a pu descendre : est remonté asphixié ».
« cour Ghâ. Cave – 4 marches – 2 mètres et ½ de hauteur de plafond – étroit 4petits enfants – plus le père et la mère – les enfants suels – l’ainée berçant le plus petit qui pleure – elle a 7 ans on lui en donnerait 5 – sol humide – flaques d’eau entre les careeaux »
A son retour, Victor Hugo rédigera pour l’Assemblée un discours, relatant avec force détails sa visite. Ce discours, il ne le prononcera pas, mais il l’utilisera plus tard pour un poème de Châtiments, "Joyeuse vie".
Ci dessous ce discours :
Quel impact a le logement sur la mortalité ?
A Wazemmes au 19ème siècle, 70% des ouvriers des deux sexes meurent avant 40 ans.
Le taux de mortalité est plus important dans les cours ; en 1854 alors que la moyenne lilloise est de 34 décès pour 1000 habitants, la moyenne du 1er arrondissement est de 30 dans les rues, 42 dans les cours ; la moyenne du 3ème arrondissement (en gros St Sauveur) est de 36 dans les rues et 55 dans les cours...
Sources
http://ancovart.lille.free.fr/spip.php?article74
http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=4432
http://lillesaintsauveur.blogspot.fr/2014/11/saint-sauveur-mode-demploi.html
Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard
Cours, courées et corons de Philippe Guignet
Les caves médiévales de Lille de Jean Denis Clabaut
http://www.lilledantan.com/index.html
Les courées de Roubaix de Jacques Prouvost
http://www.nicolasbouleau.eu/wp-content/uploads/2015/03/Lenvers-de-la-ville.pdf
http://www.ina.fr/video/CAB97007131 = reportage de 2mn sur les courées
L'habitat prolétaire lillois (1) : cours, courettes, courées et rue à sacq
Certains de mes ancêtres, journalier, filtier ou fileur, ont vécu à Lille, quartier St Maurice pour beaucoup, sur les deux derniers siècles au moins. Ce furent des ouvriers, indigents pour certains si j'en crois les annotations du recensement de 1906. Quel pouvait être leur quotidien? leur habitat dans une ville surpeuplée, industrielle, humide et sale (pas de tout à l'égout, canaux servant aux industries, manufactures et abattoirs, humidité atmosphérique continue ou presque avec 180 jours de pluie en moyenne selon les observations de l'industriel français Castel-Henry sous le 2nd empire...).
Bref, voici la synthèse de mes recherches concernant 3 types d'habitats prolétaires en ville : les courées, les caves et les chambres.
Au XVIIème siècle, la population de Lille avoisine les 50 000 habitants pour un espace réduit. Ce qui entraîne une surpopulation rapide des différents quartiers ouvriers de Lille, essentiellement Saint Sauveur et St Maurice.
Un phénomène d'entassement de la population lilloise qui se retrouve assez tôt dans l'histoire de la ville puisque déjà au 16ème siècle une ordonnance des échevins de Lille du 4 août 1555 s’alarme de la prolifération des cours à sacq exposant les Lillois aux assauts des épidémies. Interdiction est alors faite, avec un total insuccès, on va le voir, d’en construire de nouveaux.
Pourquoi ces courées, courettes, cours ou rue à sacq que l’on retrouve également à Roubaix et Tourcoing ? Par manque de place tout simplement : les cours sont en effet une réponse facile à la croissance démographique de la population sur un espace somme tout restreint.
Le logement n’étant en effet pas suffisant, on va proposer ce que l’on appelle des courées ou cour à sacq ou rue à sacq aux ouvriers lillois. Ce sont de petites cours obscures, rectangulaires, de 3, 4 (ou plus) maisons basses avec un étage éventuellement (ou juste une mansarde) ou 2 étages dans le meilleur des cas (mais cela reste rare et le 2ème étage sera une mansarde). Les maisons sont toutes collées les unes aux autres, construites en briques légères laissant passer le froid, la chaleur, l’humidité. Une rigole court au centre de la cour pour les eaux usées et un wc collectif est placé au fond de la cour. A Moulins-Lille, il y avait par exemple 2 courées de 44 maisons.
2 courées côte à côte sur Roubaix
En 1555 donc une ordonnance interdit la construction de nouvelles courées. Mais qu'importe l'interdiction, le nombre de courées va aller en augmentant : en 1678, 76 cours à sacq sont dénombrées ; en 1740 il y en a 105 ; en 1822 on compte 123 cours et en 1911 il y a 882 cours ...
Ces courées concentrent une population importante qui va en s’accroissant : ainsi la cour Noiret et la cour Désolée à Lille passent de 7.1 habitants par maison fin 17ème à respectivement 10 et 12 habitants en 1740.
Ce phénomène d’entassement n’est pas nouveau : André Lottin étudiant le milieu des sayetteurs (ouvriers fabriquant des tissus légers ou sayettes par tissage de la laine peignée et séchée) remarque que déjà à l'époque de Louis XIV : « si l’on fait un rapport entre le nombre de maisons et le nombre d’habitants, procédé simple mais pouvant donner des indications valables dans les rues habitées de façon assez homogène par le petit peuple, on obtient les quotients suivants :
8.6 rue St Sauveur
7.7 rue de la Vignette
7.4 rue de Fives et rue de Poids
6.9 rue des Etaques et ses cours
7.1 pour les cours Désolée, des Sots, et Noiret
6.8 rue du Bordeau
6.5 place du Réduit et ses cours »
Ces densités sont « le signe soit d’une grande pénurie domiciliaire soit d’une activité urbaine carctérisée »
La population de Lille, saturée d’industrie et attirant de façon récurrente des ouvriers belges continue d’augmenter de façon très importante entre 1820 et 1906 alors que déjà, on l’a vu, le logement est nettement insuffisant.
1820 = 72.000
1856 = 113.000
1861 = 131 800
1872 = 158.000
1896 = 201.000
1906 = 205.000
1911 = 217 800
En effet Lille s’agrandit au 19è siècle en annexant les communes de Wazemmes, Moulins-Lille, Esquerme, Fives, lesquelles concentrent 768 cours soit 87% de ce type d’habitat.
Cette extension n’aura aucun effet positif sur l’habitat prolétaire : les courées augmentent alors que l’on sait maintenant grâce aux hygiénistes que ce sont des lieux favorisant les épidémies en tout genre.
24% des Lillois habitent encore dans des cours en 1911 !
Est-ce que la courée et les corons, c’est pareil ? Non. Ce sont certes tous les deux des habitats prolétaires mais la courée, à la base, est un logement destiné aux plus indigents des prolétaires.
La courée elle-même est exigüe : on a vu tout à l’heure que c’est une cour rectangulaire bordée de maisons basses : la cour des Bourloires dans le quartier St Sauveur par exemple est large de 3 pieds (0.90m), ce qui n’est pas grand du tout mais elle abrite tout de même 21 habitations disposées sur 4 maisons !
courée Vilain à Lille
cours Bodin à Lille
La maison des courées est, elle aussi, exigüe : elle n’a pas de couloir, pas de dépendance, pas de cave, rarement un jardin et quand il existe il mesure quelques m2. On pénètre directement dans l’unique pièce du rez de chaussée qui est très polyvalente : cuisine, salle à manger, cabinet de toilette, chambre des enfants, voire chambre des parents (quand la pièce au plafond bas de l’étage est trop petite pour offrir un lit), et tout ça sur 12 à 15/17m2 au sol !
La courée est fermée alors que le coron est ouvert (en ligne ou en arc de cercle) ; la courée est surpeuplée alors que le coron présente une densité humaine nettement moins importante. La courée a rarement un jardinet , le coron en a un. Chaque niveau de la maison de coron a 2 pièces tandis que la maison de courée n’en a qu’une par niveau.
coron route de Rieulay à Somain
Robert Boussemart donne dans son livre « Adieu terrils, adieu corons » une description précise de ce qu’était la maison de coron dans la cité des 28 construite par la société de Lens après la grande guerre : « Nous entrons dans le logement par un couloir étroit. A gauche s’ouvre la ‘pièce de devant’, (la belle pièce) avec une fenêtre donnant sur la rue. La belle pièce on n’y entre pas souvent. La ménagère la conserve propre et nette pour les grandes occasions … Ouvrons la porte au fond du couloir. Et nous voilà dans la cuisine. La cuisine c’est la pièce à tout faire. La ménagère y prépare ses repas ; l’hiver elle y fait la lessive, en toutes saisons son repassage. C’est là qu’elle coud, qu’elle tricote à ses moments perdus. La cuisine sert de cabinet de toilette et de salle de bains pour tous … La cuisine, c’est là qu’on reçoit les amis, c’est là qu’on écoute la TSF. Les WC sont dans la cour, l’eau courante aussi. De la cuisine on accède aux chambres à l’étage par un escalier étroit. De la cuisine également on descend à la cave située sous la pièce de devant. Une unique fenêtre et une porte vitrée permettent de voir la petite cour pavée de briques fermée par deux murs mitoyens et, au fond, par une remise abritant l’unique robinet de la maison, les cabanes à lapins, une brouette en bois, le foyer servant l’été pour la lessive. On accède au jardin par une lourde porte en bois de couleur marron. Accolé au mur extérieur de la remise, le poulailler modeste sert parfois de débarras. Au dessus des chambres, existe un grenier auquel on accède par une échelle de meunier. »
Certes la maison de coron n’est pas un palace mais elle présente malgré tout plus de "confort" et d'espace que la maison de courée.
Pourquoi construire des courées plutôt que des corons ou des batisses genre caserne ? C’est en fait la conjonction de quatre motifs qui a entraîné la construction de ce type d’habitat :
- Augmentation importante et continue de la population
- Les conditions de travail dans l’industrie : rapprocher l’ouvrier de son lieu de travail
- Le manque de logement patent
- La facilité de construire sans contrôle d’aucune sorte : aucune autorisation de construire n’est nécessaire pour construire en dehors de la voie publique ; le propriétaire d’un verger ou d’un jardin peut y construire sans problème des habitations : peu de capital à investir pour un gain finalement intéressant.
Motte Bossut, industriel français mort en 1883, écrit à son fils le 30 novembre 1858 une lettre instructive à ce sujet dont voici un extrait : « Les ouvriers sont rares ; des métiers chôment faute de bras ; le fileur ne craint pas de faire la noce le lundi, il sait qu’on ne le congédiera pas parce qu’on en trouverait pas d’autre pour le remplacer. Vous augmentez en vain les salaires pour attirer chez vous les ouvriers du voisin ; le voisin en fait autant pour les conserver ; vous ne pouvez en appeler des villes ou villages environnants, on ne trouve pas à les loger. Il n’y a plus une demeure diponible. Les maisons sont habitées avant que le pavé ne soit achevé, avant que l’escalier ne soit posé. Nous allons être obligés de bâtir des maisons si nous voulons continuer à filer. »
Revenons à nos courées : la paroisse St Sauveur et les rues de la paroisse St Maurice qui la côtoie sont, au 17ème siècle, le quartier des sayetteurs, ouvriers qui constituent la corporation laborieuse la plus nombreuse et la plus typiquement lilloise. En 1861 plus de la moitié des courettes lilloises sont situées sur ce territoire. L'îlot compris entre la rue des Malades, la rue St Sauveur, la rue des Etaques et la rue des Robleds est ainsi un archipel de cours suintant l'humidité, aux murs salpêtrés, dissimulés à l'arrière plan des façades bourgeoises.
St Sauveur, cadastre 1881, section B feuille 10
St Sauveur, cadastre section B9, 1881
En 1679, le dénombrement des cours et courettes indique 32 cours abritant 338 maisons pour 1548 habitants. Les niveaux d'entassement sont déjà inhumains : la cour à l'Eau à St Pierre par exemple avec 207 personnes, ou la cour des Bourloires en 1678 à St Etienne qui avec ses 3 pieds de largeur (1 pied = 0.298m) abrite 4 maisons et 21 habitations.
En 1866, rien n'a changé : Henri Violette, chargé par la municipalité d’enquêter sur les logements insalubres du quartier St Sauveur précise : la cour Ghâ, « vrai cloaque, impasse immonde » , la cour des Jardins « sorte de cour des miracles », la cour Noiret « aux maisons noires et humides », la cour Joyeuse « bouge infect large de 80 cm », la cour du Vert-lion « une des plus dangeureuses », la cour Mousson à laquelle on accède par un couloir de 9m de long, 2m de haut et 1m de large, longé par des « goulottes effondrées » pleine d’eau sale, la cour Touret (au 64 rue St Sauveur) sans latrines, la cour Sauvage, « triste cité ».
cour du Soleil au 223 rue de Paris à Lille (1960)
Lille, métropole industrielle et commerciale, centre universitaire depuis 1875, place militaire, croûle en effet sous une population toujours plus nombreuse : « la population s’est accrue d’une manière disproportionnée à l’espace qu’elle occupe » dira Adolphe Blanqui, économiste français mort en 1854.
Tous les quartiers de Lille ne sont bien sûr pas logés à la même enseigne : les quartiers bourgeois du nord et de l’ouest, bâtis à la fin du 17ème siècle, tracés de rue larges et droites, présentent de nombreux hôtels et jardins alors que les quartiers du centre et de l’est, (St Maurice et St Sauveur, on l’a vu) sont constitués d’ilots séparés par des ruelles sombres et étroites aboutissant à nos fameuses cours servant à la fois d’égouts et de dépôts d’immondices et où règne une humidité constante.
Féron Vrau, médecin français mort en 1908, parcourera à la fin du 19ème siècle 54 rues et cours de Wazemmes, commune surpeuplée et à dominante ouvrière, et trouvera 1816 maisons avec une superficie inférieure à 43m2 (1345 habitations ont moins de 21m2, 273 ont moins de 14m2, 55 moins de 12m2). Le Progrès du Nord écrira en 1866 : Wazemmes et Moulins-Lille n’ont à offrir que des « taudis plus infects que ceux du vieux Lille ».
La superficie par exemple est significative : dans l’ancien Lille, en 1861, 21% des maisons ont plus de deux étages, à Wazemmes la proportion tombe à 6%, à Moulins-Lille : 4%, à Fives 3%
Qu’en est-il des loyers de ces taudis ? Il est de manière générale moins élevé dans les communes annexées que dans l’ancien Lille : en 1843 une chambre se loue entre 6 et 7 francs par mois et une cave 6 francs (le gain d’une semaine de travail pour un filtier). En 1857, le loyer d’une chambre au cour du Vert bois coûte 54 francs par trimestre. En 1870, le loyer mensuel est en moyenne de 9 francs à Wazemmes, à Fives une chambre mansardée coûte 4 francs par semaine.
(A noter qu’il existait un impôt sur l’air pour les caves dotées d’une fenêtre !!)
Les courées insalubres ont été détruites au 20ème siècle. Il reste aujourd'hui quelques courées que l'on peut voir sur Lille comme la cité Pottier ou la courée Impérator . Elles sont toutes rénovées, coquettes et dotées de tout le confort moderne !!
cours Vilain avec sa maison de maître et ses 11 habitations
cité Pottier
Sources
http://ancovart.lille.free.fr/spip.php?article74
http://www.editionsquartmonde.org/rqm/document.php?id=4432
http://lillesaintsauveur.blogspot.fr/2014/11/saint-sauveur-mode-demploi.html
Habitat ouvrier et démographie à Lille au 19ème siècle sous le second empire de Pierre Pierrard
Cours, courées et corons de Philippe Guignet
Les caves médiévales de Lille de Jean Denis Clabaut
http://www.lilledantan.com/index.html
Les courées de Roubaix de Jacques Prouvost
http://www.nicolasbouleau.eu/wp-content/uploads/2015/03/Lenvers-de-la-ville.pdf
http://www.ina.fr/video/CAB97007131 = reportage de 2mn sur les courées
Vivre à Lille sous l'ancien régime de Philippe Guignet
« Cours à sacq », cours et courées de Lille : Vue cavalière sur un stigmate identitaire de la population ouvrière de Lille (de Charles Quint à Gustave Delory) de Philippe Guignet
Une histoire de calendrier
Le calendrier, qu’est ce que c’est ?
C’est tout simplement un système de division du temps en jours, mois, années.
Il existe 3 phénomènes astronomiques à la base des calendriers : le jour solaire moyen, la lunaison et l’année tropique :
- le jour solaire est l’intervalle de temps séparant deux levers, deux couchers ou deux passages consécutifs du soleil au méridien = c’est tout simplement la rotation de la Terre sur elle-même
- la lunaison est l’intervalle de temps séparant deux nouvelles lunes consécutives = c’est ce que l’on appelle la révolution de la Lune autour de la Terre ; la lunaison moyenne est égale à 29,530 589 jours (soit 29j 12h 44 min 3 s).
- l’année tropique est la durée que met la Terre pour faire un tour complet autour du Soleil, d’un équinoxe de printemps à l’autre (révolution de la Terre autour du Soleil ) ; l’année tropique est égal à 365,242 19 jours (soit 365 j 5 h 48 min 45 s).
Calendrier romain
Les romains ont adopté au tout premier temps de Rome, le calendrier lunaire. Ils avaient 10 mois de 29j ou 30j soit 295j
Plusieurs mois étaient dédiés aux dieux :
– le premier, Martius, honorait le dieu de la guerre, Mars ;
- le second, Aprilis,vient de Aperta, autre nom d’Apollon
– le troisième, Maius, honorait Maïa, une amante de Jupiter (les chrétiens ont plus tard dédié ce mois (mai) à la Vierge Marie) ;
– le quatrième, Junius, était dédié à Junon, épouse de Jupiter
Quintilis, était le 5ème mois, sextilis, le 6ème, septembre le 7ème mois de l'année, octobre le 8ème, novembre le 8ème et décembre le 10ème, d'où certaines abréviations dans les registres d'état civil.
L’année commençait à l’équinoxe de printemps, aux ides de Mars. Lorsque le mois de décembre (le 10ème mois de l’année) s’était écoulé, on ajoutait des jours jusqu’à la nouvelle lune d’équinoxe de printemps. Ce système était très bancal ; ils ont donc ajouté deux autres mois, Januarius et Februarius, de façon à ce que l'année coïncide avec le cycle solaire et respecte le rythme des saisons.
– Januarius ou janvier correspondait à Janus, un dieu à double face ;
– le dernier mois, Fébruarius, (février) était le mois des morts ; il était consacré à des purifications et était réputé néfaste.
Avec ces deux mois supplémentaires, l’année comprenait 355 jours ; il manquait encore 10 jours pour être en phase avec les saisons. Un mois intercalaire, Mercedonius ou mensis intercalaris, de 27 jours était alors intercalé tous les deux ans. Cette intercalation avait lieu alternativement après le 23 ou le 24 février, le mois de février était alors tronqué de quelques jours.
Malgré ces deux mois complémentaires de janvier et février et le mois intercalaire, l'année calendaire dérivait par rapport au cycle solaire.
Calendrier julien : Jules César élabora alors à l’aide de l’astronome Sosigène en -46 avant J.-C. le calendrier julien, en remplacement du calendrier romain. Il comprend trois années communes de 365 jours, suivies d´une année bissextile de 366 jours, dans laquelle le mois de février est de 29 jours.

La durée moyenne de l'année julienne (365.25 jours) reste toutefois une approximation là aussi bancale de l'année tropique.
Il est à noter que sur proposition du Sénat de Rome, le cinquième mois de l'année (Quintilis) fut renommé Julius (juillet) pour a priori remercier Jules César d'avoir réformé le calendrier.
La mise en place de ce calendrier fut laborieuse et l’empereur Auguste dû procéder à des modifications pour pallier à un léger décalage avec le cycle solaire. Le Sénat décida de donner son nom au sixième mois de l'année, Augustus (Août).
Le calendrier julien place le début de l’année au 1er janvier, et permet d’avoir 365 jours + une année bissextile tous les 4 ans, ce qui donne une année moyenne de 365.25j.
Malgré cette année bissextile, ce calendrier présente des faiblesses puisque l’année n’est pas exactement de 365,25 jours. L'année julienne excède l'année solaire vraie de 11min 14s. Il y a une différence de 1 jour tous les 128 ans. Le calendrier julien a donc lentement dérivé de 3 jours en 4 siècles par rapport aux saisons et l’équinoxe de printemps, auquel est liée la date de Pâques, tomba à un moment vers le 11 mars, alors que le comput alexandrin, suivi par le concile de Nicée le fixait au 21 mars.
Le calendrier grégorien : En 1582, le pape Grégoire XIII décida donc dans la bulle Inter gravissimas que le jeudi 4 octobre 1582 serait immédiatement suivi par le vendredi 15 octobre pour compenser le décalage accumulé au fil des siècles.
Concrètement, le calendrier grégorien ne diffère du calendrier julien que par la répartition entre années normales de365 jours et années bissextiles (366 jours) : les années bissextiles sont les mêmes que celles du calendrier julien (année dont le millésime est divisible par 4) sauf trois années séculaires sur quatre, celles dont le millésime est multiple de 100 sans l'être de 400. Ainsi, les années 1700, 1800, 1900 sont normales alors que l'année 2000 est bissextile.
La durée moyenne de l'année est de 365, 2425 jours. Elle est très voisine de celle de l'année tropique (365,242190 jours) soit une erreur de 3 jours tous les 10.000 ans ce qui reste tout à fait acceptable !
Imposé par le pape dans les Etats pontificaux, le calendrier grégorien fut aussi immédiatement adopté par l'Espagne, l'Italie, la Pologne et le Portugal. Au jeudi 4 octobre 1582 du calendrier julien, succède le vendredi 15 octobre 1582 du calendrier grégorien. C'est pour cette raison que la religieuse espagnole Sainte Thérèse d'Avila est morte dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582.
En France, Henri III l'adopta un peu plus tard : le 9 décembre 1582, fut suivi le lendemain du 20 décembre 1582.
Témoin attentif, Montaigne fit part dans ses "Essais" de ses réactions au changement de calendrier. Il joue au vieil homme importuné: "Je suis des années durant lesquelles nous comptions autrement". Il ne s'y habitue pas: "Mon imagination se jette toujours dix jours plus avant ou plus arrière" et se dit "incapable de nouveauté, même corrective". Son refus de s'adapter l'amène à reconnaître: "Je suis contraint d'être un peu hérétique par là".
A noter toutefois que des particularismes locaux ont retardé l’adoption du calendrier en Alsace (16 février 1682 avec des différences entre Strasbourg, l’Alsace catholique et l’Alsace protestante) et en Lorraine (adoption définitive le 28 février 1760 après une parenthèse julienne à partir de 1736).
Les pays protestants adoptèrent tardivement le calendrier grégorien, préférant selon l'astronome Johannes Kepler, « être en désaccord avec le Soleil, plutôt qu'en accord avec le pape ». L'Allemagne adopta ainsi le calendrier grégorien en 1699 et l'Angleterre en 1752.
Quid du reste du monde : Le Danemark l’adopta en 1700, la Suède en 1753, le Japon en 1873, la Grèce en 1916, et la Russie en 1918, la Chine en 1929.
Sources
http://infocom.net.free.fr/calendriers/histoire_calendrier.htm
http://www.yvongenealogie.fr/2012/10/histoire-de-france/1582-le-calendrier-gregorien/
http://www.calagenda.fr/origine.htm
http://www.courant-d-idees.com/Tempsa.htm
http://astronomia.fr/1ere_partie/calendrier/calendrier.php
Wikipédia
Hiérarchie et ascension sociale de nos ancêtres paysans du 16 au 18ème siècle
De Thierry Sabot (édition Thisa)
Autrefois, beaucoup de gens vivaient à la campagne. Des nobles, qui n’habitaient pas forcément un château ou un manoir, des bourgeois, des rentiers, des ecclésiastiques, des officiers royaux et de seigneurie (notaires, greffiers…), un médecin, parfois un maître d’école, des marchands, des artisans, et surtout une masse de paysans.
En effet, si la population française était composée de plus de 80 % de ruraux, près de trois habitants sur quatre de la campagne étaient des travailleurs de la terre. Ceux-ci constituaient le fondement même de la société de l’ancienne France, d’abord parce qu’ils produisaient l’essentiel de la richesse du pays, ensuite parce que la vie du village dépendait avant tout de leur travail dans les champs et dans les fermes.
Mais la paysannerie, loin d’être uniforme, apparaît extrêmement variée. Si l’on s’en tient aux critères de la profession, du revenu, de la propriété ou de la fortune, la situation socio-économique des paysans paraît simple et fortement hiérarchisée : une majorité de « petits » (manouvriers, petits laboureurs, vignerons…), et une minorité de « gros » (fermiers receveurs de seigneurie, fermiers laboureurs, marchands laboureurs…). En réalité, la place occupée par chacun dépend de critères plus complexes, où interviennent le travail, le mérite, l’instruction, l’ambition, les relations et la mobilité.
Avec ce fascicule, nous allons découvrir la situation de chaque catégorie de paysans, de chaque profession, sur l’échelle sociale. À travers quelques exemples, nous allons voir comment, sur plusieurs générations, les familles d’agriculteurs pouvaient s’extraire de leur condition, s’élever socialement ou parfois régresser.
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